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Document 52021AE5472
Opinion of the European Economic and Social Committee on Food security and sustainable food systems (exploratory opinion requested by the French presidency)
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Sécurité alimentaire et systèmes alimentaires durables» (avis exploratoire à la demande de la présidence française)
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Sécurité alimentaire et systèmes alimentaires durables» (avis exploratoire à la demande de la présidence française)
EESC 2021/05472
JO C 194 du 12.5.2022, pp. 72–80
(BG, ES, CS, DA, DE, ET, EL, EN, FR, GA, HR, IT, LV, LT, HU, MT, NL, PL, PT, RO, SK, SL, FI, SV)
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12.5.2022 |
FR |
Journal officiel de l'Union européenne |
C 194/72 |
Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Sécurité alimentaire et systèmes alimentaires durables»
(avis exploratoire à la demande de la présidence française)
(2022/C 194/10)
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Rapporteur: |
Arnold PUECH D’ALISSAC |
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Corapporteur: |
Peter SCHMIDT |
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Consultation |
Lettre de la présidence française du Conseil, 21.9.2021 |
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Base juridique |
Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne |
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Compétence |
Section «Agriculture, développement rural et environnement» |
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Adoption en section |
7.1.2022 |
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Adoption en session plénière |
19.1.2022 |
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Session plénière no |
566 |
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Résultat du vote (pour/contre/abstentions) |
165/2/2 |
1. Conclusions et recommandations
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1.1. |
Le CESE a été la première institution de l’Union européenne à préconiser l’élaboration d’une politique alimentaire globale en Europe afin d’assurer une alimentation saine à partir de systèmes alimentaires durables, en établissant un lien entre l’agriculture d’une part et la nutrition et les services écosystémiques d’autre part, et en veillant à ce que les chaînes d’approvisionnement préservent la santé publique dans tous les segments de la société européenne (1). Une telle approche, qui a maintenant trouvé une traduction dans la stratégie «De la ferme à la table», devrait améliorer la cohérence entre les différents domaines d’action en rapport avec les aliments, sensibiliser à la valeur de l’alimentation et promouvoir des systèmes alimentaires durables. |
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1.2. |
En réponse à la demande d’élaboration du présent avis exploratoire formulée par la présidence française du Conseil, le CESE estime que les principaux leviers à activer au niveau de l’Union européenne pour préserver la compétitivité (2) des producteurs européens, dans le but de garantir d’une part la sécurité alimentaire européenne et une alimentation durable, et d’autre part des prix abordables pour les consommateurs, sont les suivants:
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1.3. |
En outre, parmi les principaux leviers pouvant contribuer à réduire la dépendance aux intrants, notamment de synthèse, et à améliorer l’autonomie protéique de l’Union, le CESE compte ce qui suit:
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1.4. |
Le CESE accueille favorablement le «Plan d’urgence visant à garantir l’approvisionnement et la sécurité alimentaires en période de crise» et la proposition de créer un mécanisme européen de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire, et recommande d’intégrer ces dispositifs dans une politique alimentaire globale (3). Le CESE demande de se voir conférer un rôle actif au sein du groupe spécifique d’experts. |
2. Introduction
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2.1. |
Le CESE a été la première institution de l’Union européenne à préconiser l’élaboration d’une politique alimentaire globale en Europe afin d’assurer une alimentation saine à partir de systèmes alimentaires durables, en établissant un lien entre l’agriculture d’une part et la nutrition et les services écosystémiques d’autre part, et en veillant à ce que les chaînes d’approvisionnement préservent la santé publique dans tous les segments de la société européenne (4). Une telle approche, qui a maintenant trouvé une traduction dans la stratégie «De la ferme à la table», devrait améliorer la cohérence entre les différents domaines d’action en rapport avec les aliments, sensibiliser à la valeur de l’alimentation et promouvoir des systèmes alimentaires durables. |
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2.2. |
Par l’intermédiaire des principes énoncés dans la stratégie «De la ferme à la table» et dans la stratégie en faveur de la biodiversité, le pacte vert pour l’Europe offre l’occasion de réaffirmer le «contrat social sur l’alimentation» entre l’Union européenne (UE) et ses citoyens ainsi que de promouvoir un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement dans le contexte de l’urgence climatique et environnementale. |
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2.3. |
La pandémie de COVID-19 a eu des répercussions sans précédent sur la société et l’économie (5). Dans l’ensemble de l’UE, les agriculteurs et les acteurs de la chaîne alimentaire sont restés mobilisés pour maintenir la production et nourrir la population, en dépit des difficultés et des obstacles rencontrés. Le secteur agroalimentaire de l’UE a fait preuve de résilience en fournissant des denrées alimentaires sûres et de qualité, en dépit des perturbations qu’a connues la chaîne d’approvisionnement. |
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2.4. |
En France, le Conseil national de l’alimentation (CNA) a adopté en juillet 2021 un avis (no 89) intitulé «Retour d’expérience de la crise COVID-19 — Période du premier confinement national» (6). Cet avis conclut que la crise de la COVID-19 a renforcé la nécessité de développer une vision plus systémique des systèmes alimentaires en appliquant l’approche «One Health» à tous les niveaux de la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Cette approche intégrée de la santé met en avant les interactions entre les animaux, les êtres humains et leur environnement. En raison de la précarité économique et sociale qu’elle a pu engendrer ou aggraver, la crise a également mis en lumière de profondes inégalités en matière d’accès à l’alimentation qui sont incompatibles avec un système alimentaire durable, ouvrant ainsi une réflexion sur le droit à l’alimentation et la démocratie alimentaire. L’accès de toute la population de l’Union européenne à une alimentation saine, produite selon les normes en vigueur, abordable et accessible constitue un enjeu crucial pour réaliser les objectifs que pose le pacte vert (7). Le CESE tient pour très ambitieux l’objectif de porter à 25 % la part de la surface agricole consacrée à l’agriculture biologique d’ici à 2030 (8) et il demande une stratégie de promotion dans toute l’Union afin d’atteindre cet objectif sans perdre de vue que la consommation doit suivre de manière correspondante. |
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2.5. |
La crise a également démontré qu’il s’impose d’accroître la coordination et d’améliorer la planification des mesures d’urgence afin d’être prêts à faire face aux risques susceptibles de menacer l’approvisionnement et la sécurité alimentaires de l’Union européenne. Il s’agit d’éviter que ne se répète la situation vécue du fait de la COVID-19, lorsqu’il s’est avéré nécessaire de concevoir sur-le-champ et de prendre de manière expédiente des mesures de coordination à l’échelon de l’Union. Pour parvenir à cet objectif, la Commission a récemment publié une communication sur un «Plan d’urgence visant à garantir l’approvisionnement et la sécurité alimentaires en période de crise» (9). Elle expose les domaines mis en évidence en pleine pandémie de COVID-19 qui appellent des améliorations, énonce les principes qu’il convient de respecter en temps de crise, et prévoit la création d’un mécanisme européen de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire. Il s’agit notamment de mettre sur pied un groupe spécifique d’experts composé d’autorités publiques des États membres et de pays tiers ainsi que de parties prenantes. |
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2.6. |
Selon la définition de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un système alimentaire durable est «un système qui assure la sécurité alimentaire et la nutrition pour tous de manière à ne pas compromettre les bases économiques, sociales et environnementales nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire et la nutrition des générations futures» (10). La stratégie «De la ferme à la table» doit tenir compte des conséquences de la crise, mais aussi fournir les garanties nécessaires pour assurer la sécurité alimentaire au sein de l’UE. Les systèmes alimentaires de l’Union devraient «garantir l’approvisionnement des populations en quantité et en qualité, en soutenant la compétitivité du secteur alimentaire tout en prenant en compte les enjeux de durabilité». Il convient par ailleurs de soutenir l’innovation sociale. |
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2.7. |
Le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne a publié, en août 2021, un rapport intitulé «Modelling environmental and climate ambition in the agricultural sector with the CAPRI model» (Modéliser les ambitions environnementales et climatiques dans le secteur agricole à l’aide du modèle CAPRI) (11), qui simule l’incidence sur le secteur et les marchés agricoles européens de certains des objectifs quantifiés inclus dans la stratégie «De la ferme à la table» et la stratégie en faveur de la biodiversité (réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, réduction des pertes de nutriments, accroissement des surfaces écologiques dans l’agriculture biologique et augmentation des zones d’intérêt). Il apparaît que ces objectifs pourraient entraîner une diminution de 10 à 15 % de la production de l’Union européenne, une baisse des revenus des agriculteurs, une hausse des prix et une augmentation parallèle des importations. Les conclusions de ce rapport mettent en lumière l’importance d’envisager conjointement les transitions agricole et alimentaire. Comme indiqué dans la stratégie «De la ferme à la table», réduire les pertes et le gaspillage alimentaires permettrait d’éviter que ne se manifestent les inconvénients décrits précédemment. À cet égard, une distribution efficace des ressources alimentaires disponibles pourrait constituer un instrument approprié. |
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2.8. |
L’évolution des habitudes alimentaires fait partie intégrante de la transition que doit engager le système agricole et alimentaire dans son ensemble, au même titre que d’autres politiques telles que celles en matière de commerce, de concurrence, de santé, d’éducation, d’environnement et de consommation. |
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2.9. |
La présidence française du Conseil de l’UE a demandé au CESE d’élaborer un avis exploratoire portant en particulier sur:
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3. Leviers à activer au niveau de l’UE pour préserver la compétitivité des producteurs européens, dans l’objectif de garantir d’une part la sécurité alimentaire européenne (et une alimentation durable), et d’autre part des prix abordables pour les consommateurs
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3.1. |
Comme indiqué dans de précédents avis du CESE, si l’Union veut se doter d’une politique alimentaire globale qui soit réellement pertinente pour les consommateurs européens, il est essentiel que les denrées alimentaires produites de manière durable dans l’UE soient compétitives sous l’angle du prix et de la qualité. Cela signifie que le secteur agroalimentaire européen doit être en mesure de fournir des denrées alimentaires aux consommateurs à des prix incluant les coûts supplémentaires induits par des critères tels que la durabilité, le bien-être animal, la sécurité alimentaire et la valeur nutritive, mais également une juste rémunération pour les agriculteurs, tout en maintenant son statut de premier choix pour la grande majorité des consommateurs (12). |
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3.2. |
Compte tenu des définitions ci-dessus de la sécurité alimentaire, d’un système alimentaire durable et de la compétitivité, le maintien de la compétitivité des opérateurs européens et de chaînes de valeur équitables devrait se traduire par une juste rémunération des agriculteurs, qui encourage ou reconnaisse leurs pratiques vertueuses. Au-delà de son rôle d’approvisionnement en aliments, le système alimentaire apporte une réponse concrète au défi climatique, notamment par l’adaptation des systèmes de production, le stockage du carbone dans le sol, les infrastructures pédologiques et agroécologiques, la filtration naturelle de l’eau potable, ainsi que l’accroissement et la préservation de la biodiversité. Or, dans la stratégie «De la ferme à la table», la Commission européenne propose peu d’actions concrètes pour renforcer le secteur agroalimentaire et les revenus des producteurs primaires, et aucune de ces actions ne renforce la compétitivité du secteur. Ces questions fondamentales devraient être au cœur de la mise en œuvre de la stratégie, car elles en conditionnent le succès. |
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3.3. |
Pour promouvoir la qualité et préserver la productivité tout en garantissant la durabilité, il est essentiel de mener à bien des programmes ciblés de recherche et de développement et d’intensifier les transferts de connaissances. Il convient de s’attacher tout spécialement à offrir aux agriculteurs des solutions technologiques pratiques, accessibles et rentables (telles que l’agriculture de précision, des outils d’aide à la décision, etc.) et des instruments visant à favoriser une production agroécologique et locale, en aidant notamment les groupes qui ne disposent pas de connaissances sur la production durable. |
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3.4. |
L’Union européenne doit également s’assurer d’un engagement résolu à appliquer les droits fondamentaux de tous les travailleurs de la chaîne alimentaire (de la production à la distribution en passant par la transformation). Dans cette optique, elle devrait s’engager à protéger dans les faits les droits sociaux fondamentaux des travailleurs, et notamment à faire respecter les dispositions y afférentes du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi que les conventions et recommandations de l’Organisation internationale du travail en la matière. |
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3.5. |
Les éléments suivants peuvent être considérés comme des leviers à activer pour préserver la compétitivité des producteurs européens, dans l’objectif de garantir d’une part la sécurité alimentaire européenne et une alimentation durable, et d’autre part des prix abordables pour les consommateurs: |
3.5.1. Favoriser une autonomie stratégique ouverte au service de la sécurité alimentaire et d’une alimentation durable
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i) |
Le CESE a déjà proposé une définition de l’autonomie stratégique ouverte appliquée aux systèmes alimentaires qui a pour base les questions de la production d’aliments, de la main-d’œuvre et du commerce équitable, et se place sous la visée globale de donner à tous les citoyens de l’Union européenne une garantie de sécurité et de durabilité de leur alimentation grâce à un approvisionnement équitable, durable et résilient en denrées saines (13). |
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ii) |
Le CESE a également souligné (14) qu’il est indispensable d’harmoniser les normes de production pour éviter les distorsions de concurrence et permettre à chaque pays de produire une alimentation de base. Les clauses de sauvegarde agricoles de l’OMC, aussi bien générales que dans les accords bilatéraux, doivent être améliorées sur la base de différents critères que le CESE énumère dans son avis. Il s’agit d’assurer une concurrence équitable et la pérennité des filières agroalimentaires de l’Union européenne, garantissant la souveraineté alimentaire de l’Union européenne, au profit aussi bien des producteurs que des consommateurs. Ce besoin de souveraineté alimentaire a été largement souligné durant la pandémie de COVID-19. Les clauses actuelles sont inefficaces en raison d’un temps de mise en œuvre trop important. Pourtant, grâce à la numérisation de l’économie, les données peuvent être disponibles en quelques heures. Le suivi des volumes et des prix est aujourd’hui efficace et permet une réaction rapide. |
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iii) |
Plus spécifiquement, il conviendrait que l’Union européenne diversifie davantage ses systèmes alimentaires, qu’elle renforce les effectifs de l’agriculture, en particulier en attirant des jeunes dans ce secteur d’activité et en y garantissant des conditions de travail et des revenus décents, et qu’elle mette ses politiques commerciales en cohérence avec ses normes en matière de durabilité alimentaire et ses impératifs de compétitivité (15). |
3.5.2. Assurer la réciprocité des normes en intégrant la stratégie «De la ferme à la table» et celle en faveur de la biodiversité incluses dans le pacte vert dans tous les accords commerciaux que l’Union européenne conclura à l’avenir, à titre de normes mondiales de durabilité
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i) |
Le CESE a proposé que tous les accords commerciaux de l’UE à venir intègrent les stratégies «De la ferme à la table», «Biodiversité» et «Ajustement à l’objectif 55» du pacte vert en tant que normes mondiales en matière de durabilité, tout en reconnaissant qu’il est extrêmement difficile d’intégrer et de mettre en œuvre les ODD ainsi que des normes plus élevées dans les accords commerciaux multilatéraux. Des progrès plus importants en ce qui concerne les ODD et les normes environnementales et sociales essentielles semblent possibles à plus court terme dans le cadre des accords commerciaux bilatéraux. Il est reconnu que les échanges dans le domaine de l’agriculture contribuent de manière fondamentale à la réalisation de la plupart, voire de l’ensemble, des ODD, que l’OMC a un rôle important à jouer dans la réalisation de ces objectifs, et que ceux-ci seraient beaucoup plus difficiles à atteindre sans un mécanisme commercial multilatéral efficace. De manière générale, fermer les frontières en période de crise ne fait qu’aggraver cette dernière et ne constitue pas une solution. Le CESE est d’avis que l’UE devrait mettre en œuvre une législation imposant un devoir de diligence aux entreprises tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, afin de recenser, de prévenir et d’atténuer les risques environnementaux et sociaux, ainsi que les violations des droits de l’homme. L’Union européenne doit veiller à ce que les accords commerciaux n’externalisent pas ces problèmes et n’aggravent pas, par exemple, la déforestation dans d’autres pays. Tous les accords commerciaux conclus par l’Union européenne doivent respecter ses dispositions sanitaires et phytosanitaires et adhérer au principe de précaution (16). |
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ii) |
Le CESE a également souligné que faute d’opérer des changements dans les politiques commerciales de l’Union, les objectifs de la stratégie «De la ferme à la table» ne seront pas atteints (17). Cette stratégie comporte des mesures importantes pour renforcer les dispositions relatives à la durabilité dans les accords de libre-échange (ALE) bilatéraux conclus par l’Union, ainsi que le contrôle de l’application de ces règles. Cependant, on pourrait s’attacher davantage à faire respecter les engagements internationaux et à rationaliser les procédures de notification et de recours en cas de manquement aux engagements pris en matière de durabilité. Comme l’ont proposé la Commission et le Parlement européen pour d’autres secteurs, et comme le CESE en débat dans son avis NAT/834 (18), il convient d’envisager un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières pour les importations agricoles. |
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iii) |
Le CESE propose de créer une agence de l’Union chargée de certifier les produits importés selon les normes de durabilité de l’Union. |
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iv) |
En outre, le CESE invite instamment l’Union européenne à garantir une véritable réciprocité des normes dans les accords commerciaux préférentiels, en particulier pour ce qui concerne le bien-être animal, la durabilité et la traçabilité «de la ferme à la table» (étiquetage de l’origine des produits bruts, des ingrédients des produits transformés et de tous les composants alimentaires), en s’appuyant sur les avancées obtenues dans certaines dispositions bilatérales récemment conclues et en les généralisant. Il est essentiel également de trouver de nouvelles méthodes durables susceptibles d’être utilisées par les agriculteurs, de promouvoir les pratiques durables et de faire en sorte que les petits producteurs agricoles dans l’Union et dans les pays en développement puissent exploiter de nouveaux débouchés pour une production durable. Ces réflexions doivent être menées dans des forums multilatéraux tels que le Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations unies et le Codex Alimentarius, plutôt que de se limiter aux seules négociations bilatérales, dans lesquelles la participation des agriculteurs et de la société civile est limitée et les déséquilibres des pouvoirs sont importants, et dont l’horizon ultime demeure la libéralisation des échanges. Le cadre législatif prévu pour les systèmes alimentaires durables peut offrir un point de départ. Il doit servir à établir clairement ce que sont des systèmes alimentaires durables, conformément aux définitions que l’Union donne déjà de la durabilité environnementale (19). |
3.5.3. Souligner la valeur de l’alimentation
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i) |
En 2019, selon les derniers chiffres publiés par Eurostat, la part du budget des ménages consacrée à l’alimentation et aux boissons non alcoolisées représentait 13 % des dépenses totales de consommation. Cette part s’est considérablement réduite par rapport à ce qu’elle était lorsqu’a été lancée la politique agricole commune. Variable selon les pays, elle constituait la troisième catégorie de dépenses des ménages dans l’Union après la catégorie «logement, eau, électricité et combustibles» et la catégorie «transports», qui représentaient respectivement 23,5 % et 13,1 % de ces dépenses. Dans le même temps, l’augmentation du taux d’obésité à l’échelle mondiale a été qualifiée d’«épidémie» par l’OMS. En 2017, l’obésité touchait 17 % des adultes au sein de l’UE. Plus généralement, 52 % des européens étaient en surpoids ou obèses, soit un adulte sur deux et près d’un enfant sur trois. L’Europe suit donc les tendances mondiales, qui vont de pair avec une augmentation des aliments transformés, mais aussi des produits gras, sucrés et salés. |
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ii) |
Plusieurs leviers importants peuvent être utilisés pour remédier à cette situation: le CESE souligne qu’une approche européenne commune de l’étiquetage des denrées alimentaires, reflétant les lignes directrices pour une alimentation durable, améliorerait la transparence et découragerait l’utilisation de matières premières excessivement bon marché qui sont à la fois néfastes pour la santé et non durables (par exemple les acides gras trans, l’huile de palme et les sucres en quantité excessive). Les consommateurs bénéficieraient d’extensions de l’étiquetage alimentaire aux aspects environnementaux et sociaux. Cette démarche contribuerait à orienter leurs choix vers des options plus saines et plus durables (20). |
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iii) |
Les prix jouent incontestablement un rôle majeur dans les choix des consommateurs, surtout en périodes de crise, mais la qualité est tout aussi importante, et parfois plus selon certaines enquêtes. Les consommateurs doivent garder à l’esprit que les agriculteurs de l’Union satisfont à des exigences plus strictes, ne serait-ce qu’en raison de la base réglementaire à laquelle ils sont soumis, que celles en vigueur en dehors de l’UE. Ces exigences sont les garantes de produits sains, sûrs, durables et de qualité. |
3.5.4. Garantir des prix équitables et interdire les pratiques commerciales déloyales
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i) |
Une chaîne d’approvisionnement alimentaire pleinement opérationnelle est aussi forte que son maillon le plus faible et, pendant bien trop longtemps, ce maillon a été l’agriculteur. La directive de l’Union européenne sur les pratiques commerciales déloyales au sein de la chaîne d’approvisionnement alimentaire (21) marque une avancée importante (22). Pour la première fois, un accord a été conclu sur des règles contraignantes pour réglementer certaines pratiques commerciales déloyales. La directive doit conférer une protection accrue aux agriculteurs de l’Union, à leurs organisations de producteurs et aux détaillants. Seul un cadre législatif contraignant permettra de parvenir à un équilibre des pouvoirs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. L’organisation des secteurs et des agriculteurs est également une condition importante, l’objectif étant de mettre à la disposition du consommateur des denrées alimentaires de qualité. Il y a lieu de veiller, en dernière analyse, à ce que tous les acteurs de la production alimentaire puissent obtenir des revenus équitables et adéquats, et à ce que les consommateurs aient accès à des produits sains et de qualité à des prix raisonnables. |
3.5.5. Aligner les pratiques et les activités des entreprises du secteur alimentaire sur les ODD (23)
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i) |
Le pacte vert pour l’Europe et le plan de relance de l’Union montrent la nécessité de dissocier la croissance économique des pratiques non durables. La décision du Conseil de l’Union européenne sur les objectifs en matière de climat à l’horizon 2030 apporte la preuve du rôle de premier plan que peut jouer l’Union dans ce domaine. Celui-ci doit cependant s’inscrire dans le cadre plus large que posent les objectifs de développement durable. Aligner les pratiques et les activités des entreprises alimentaires sur les objectifs de développement durable apporte une contribution essentielle à la réalisation desdits objectifs en les plaçant au centre des stratégies d’entreprise (grâce à des activités et des cibles ambitieuses, à l’évaluation des incidences et à la communication transparente des résultats) (24). |
3.5.6. Garantir, notamment par la création d’un Conseil européen de la politique alimentaire (25) , que la société civile et tous les acteurs de chacun des maillons de la chaîne d’approvisionnement alimentaire soient associés à la démarche et y participent de manière structurée, en promouvant la coopération plutôt que la concurrence
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i) |
Le CESE plaide de longue date pour une approche qui embrasse l’ensemble de la société, assortie notamment d’instruments plus participatifs, afin de s’assurer que la société civile, et tout spécialement la jeunesse, puisse davantage s’engager et participer aux processus de prise de décision en matière de durabilité. Un Conseil européen de la politique alimentaire, tel que le préconise vivement le CESE, permettrait de mener un tel exercice de construction conjointe. |
4. Leviers pouvant contribuer à réduire la dépendance aux intrants, notamment de synthèse, et à améliorer l’autonomie protéique de l’UE
4.1. Réduire la dépendance aux intrants, notamment de synthèse
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4.1.1. |
Comme expliqué dans le rapport du Parlement européen sur «La chaîne de distribution des intrants agricoles: structure et implications», la forte volatilité des prix des matières premières agricoles et des intrants agricoles a nourri l’insécurité des revenus agricoles et entravé les investissements à long terme des agriculteurs. Dans le même temps, les agriculteurs manquent cruellement d’outils et de solutions de remplacement, du fait que la recherche ne couvre pas suffisamment ces sujets. Il importe de se mobiliser et d’investir massivement au profit par exemple de l’agroécologie, de la recherche sur les nouvelles variétés résistantes, des nouvelles méthodes de protection biologique et de l’agriculture de précision. |
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4.1.2. |
En ce qui concerne le recours aux antibiotiques dans la production animale, il y a lieu de rappeler que des efforts notables ont été consentis, comme l’a fait l’Agence européenne des médicaments en soulignant que les ventes d’antibiotiques à usage vétérinaire avaient chuté de 32,5 % entre 2011 et 2017. L’objectif fixé par l’Europe de réduire de 50 % supplémentaires l’utilisation d’antibiotiques chez les animaux pourrait avoir de graves conséquences sur la santé et le bien-être de ces derniers et compromettre la sécurité sanitaire des aliments. Les agriculteurs et les vétérinaires sont véritablement sensibilisés à la question et promeuvent, avec le soutien des gouvernements, une utilisation appropriée et raisonnée des antibiotiques, qu’il convient de préserver. Il convient de mettre au point et à disposition des alternatives efficaces et abordables aux antibiotiques, au vu des préoccupations que soulève aussi leur niveau actuel d’utilisation. Le CESE soutient pleinement l’acte délégué proposé par la Commission européenne dans le cadre du règlement (UE) 2019/6 du Parlement européen et du Conseil (26), qui prévoit de réserver certains antimicrobiens à la médecine humaine. Trois outils sont essentiels:
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4.1.3. |
Dans la stratégie «De la ferme à la table», la Commission encourage la limitation du recours aux produits phytopharmaceutiques et aux antibiotiques et la réduction des pertes de nutriments dues à un usage abusif d’engrais, afin de mieux préserver l’environnement, de protéger la santé, d’augmenter les surfaces affectées à l’agriculture biologique et de lutter contre la résistance aux antibiotiques. Les biostimulants peuvent constituer des alternatives durables aux produits phytopharmaceutiques de synthèse; aussi les législateurs de l’Union devraient-ils permettre aux PME de concevoir et d’enregistrer de tels produits. Au-delà des incidences négatives sur l’environnement et la santé d’une utilisation non durable des intrants agricoles, il existe une justification économique à réduire la dépendance des exploitations à l’égard des intrants, y compris ceux de synthèse et les combustibles fossiles, pour autant que soient disponibles des alternatives efficaces, robustes et résilientes. Une augmentation du coût des intrants aurait une incidence directe sur les coûts de production et a des effets négatifs soit sur les revenus agricoles, soit, si elle peut être répercutée en aval, sur le prix des produits agricoles et alimentaires. Le CESE insiste sur la nécessité de réduire au minimum la quantité d’intrants par kilogramme produit (intrants chimiques, travail, pétrole, énergie, surface, nombre d’animaux, etc.). Il insiste en outre sur la nécessité d’accroître au maximum la présence d’infrastructures agroécologiques dans nos écosystèmes productifs, afin de bénéficier des nombreux services qu’elles rendent et en particulier de l’action des auxiliaires de culture qu’elles abritent. |
4.2. Améliorer l’autonomie protéique de l’UE
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4.2.1. |
L’UE présente un déficit important en protéines végétales, puisqu’elle importe la plupart des produits dont son secteur agricole a besoin, notamment les matières premières destinées aux aliments pour les animaux, comme les fèves de soja. Malgré l’augmentation de la valeur de sa production et de ses exportations agricoles, l’UE était un importateur net de calories en 2018 (dépendance de 15 % à l’égard des importations). Son volume élevé de production de produits laitiers et de viande repose sur l’importation massive de protéagineux (notamment les graines et les tourteaux de soja) en provenance du continent américain. La dépendance à l’égard des importations de denrées alimentaires trouve son origine dans les accords commerciaux conclus entre l’Union européenne et les États-Unis durant l’après-guerre. Les États-Unis ont accepté que les marchés européens du blé et des produits laitiers soient protégés, en échange de quoi les produits du maïs et les produits à base de soja américains ont été exemptés de droits de douane par l’UE. En conséquence, les oléagineux et les farines sont entrés dans l’UE aux prix du marché mondial. Alors que la production intérieure de fèves de soja a stagné à un niveau très bas en raison de marges économiques non rentables pour le soja non OGM et d’un climat inadapté en Europe du Nord, les importations de fèves et de farine de soja ont augmenté massivement (+ 49 % et + 87 % respectivement entre 1986 et 2013). |
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4.2.2. |
L’amélioration de l’autonomie protéique de l’UE est souhaitable à tous points de vue. Les importations de fèves de soja en provenance de pays tiers peuvent être une source de déforestation, de dégradation des forêts et de destruction des écosystèmes naturels dans certains pays producteurs. Le développement de la production de légumineuses riches en protéines dans l’Union limiterait le recours aux importations et aurait donc une incidence positive sur le climat et l’environnement. La culture de légumineuses favorise par ailleurs la biodiversité et réduit l’utilisation d’engrais azotés. Enfin, une plus grande autonomie des systèmes d’élevage de polyculture reposant sur les protéines végétales réduirait l’exposition des exploitations à la volatilité des cours mondiaux de ces matières premières nécessaires à l’alimentation animale. |
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4.2.3. |
Le Parlement européen a adopté en avril 2018 un rapport demandant l’élaboration d’une stratégie européenne qui viserait la promotion des protéagineux européens (28), et la Commission européenne a publié fin 2018 un rapport sur le développement des protéines végétales dans l’Union européenne, également appelé «plan protéique européen» (29). La Commission a récemment publié des plans visant à stopper les importations de certains produits lorsque leur production entraîne une exploitation illégale des forêts. |
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4.2.4. |
Dans sa stratégie «De la ferme à la table», la Commission européenne a souligné la nécessité de favoriser bien davantage la culture dans l’Union de protéines végétales et d’accroître la disponibilité et les sources de protéines alternatives, telles que celles issues des microbes, de la mer et des insectes. En outre, les matières premières de substitution servant à l’alimentation des animaux, telles que les insectes, les stocks d’aliments pour animaux marins (par exemple, les algues, le goémon) et les sous-produits de la bioéconomie (par exemple, les déchets de poisson), peuvent jouer un rôle important dans la transition vers une autonomie durable en matière de protéines. Promouvoir une évolution des habitudes alimentaires quotidiennes de la société européenne constitue un élément déterminant. Cette diversification des sources de protéines devrait intervenir en favorisant les produits agricoles bruts et locaux, de manière à promouvoir une dynamique territoriale dans le domaine des protéines végétales. À défaut, le risque est d’accroître les importations et l’offre de produits transformés présentés comme des substituts de viande, qui sont souvent inadéquats sur le plan nutritionnel (30). |
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4.2.5. |
Développer la production de protéines végétales dans l’Union européenne peut apporter non seulement des avantages économiques aux agriculteurs et aux producteurs de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux, mais aussi toute une série de bénéfices d’ordre environnemental et climatique. En particulier, les protéagineux contribuent à fixer l’azote atmosphérique dans le sol, ce qui est important pour rendre le cycle de l’azote plus durable. D’un autre côté, les agriculteurs sont là encore confrontés à un déficit important de recherches appliquées consacrées à des variétés résistantes qui soient suffisamment productives et adaptées. |
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4.2.6. |
Les éléments suivants pourraient être envisagés en tant que leviers à activer pour améliorer l’autonomie protéique de l’Union européenne:
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4.2.7. |
Le CESE envisage d’élaborer une proposition de stratégie qui doit permettre à l’Union européenne de parvenir à une autonomie ouverte durable en matière de protéines et d’huiles végétales en analysant le potentiel des plantes cultivées dans l’Union, de l’aquaculture européenne, de l’élevage extensif et d’autres sources protéiques telles que les insectes, les algues et les systèmes alimentaires urbains. |
Bruxelles, le 19 janvier 2022.
La présidente du Comité économique et social européen
Christa SCHWENG
(1) Avis d’initiative du CESE sur «La contribution de la société civile au développement d’une politique alimentaire globale dans l’Union européenne» (JO C 129 du 11.4.2018, p. 18).
(2) Voir la définition de la notion de compétitivité au paragraphe 3.1 ci-après.
(3) Avis d’initiative du CESE sur «La contribution de la société civile au développement d’une politique alimentaire globale dans l’Union européenne» (JO C 129 du 11.4.2018, p. 18).
(4) Avis d’initiative du CESE sur «La contribution de la société civile au développement d’une politique alimentaire globale dans l’Union européenne» (JO C 129 du 11.4.2018, p. 18).
(5) Le PIB européen a chuté de 11,8 % au deuxième trimestre de 2020 (Eurostat).
(6) https://cna-alimentation.fr/avis/tous-les-avis/
(7) Avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “De la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(8) Avis du CESE sur le «Plan d’action pour le développement de la production biologique dans l’Union européenne» (JO C 517 du 22.12.2021, p. 114).
(9) https://ec.europa.eu/info/food-farming-fisheries/key-policies/common-agricultural-policy/market-measures/agri-food-supply-chain/contingency-plan_en
(10) https://www.fao.org/3/ca2079en/CA2079EN.pdf
(11) https://publications.jrc.ec.europa.eu/repository/bitstream/JRC121368/pubsy_jrc_technical_report_-_capri_environmental_and_climatic_ambition_2.pdf
(12) Avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “De la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(13) Avis d’initiative du CESE sur le thème «Autonomie stratégique, sécurité alimentaire et durabilité» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 56).
(14) Avis d’initiative du CESE sur «L’instauration des mesures de sauvegarde pour les produits agricoles dans les accords de commerce» (JO C 364 du 28.10.2020, p. 49).
(15) Avis d’initiative du CESE sur le thème «Autonomie stratégique, sécurité alimentaire et durabilité» (JO C 105 du 4.3.2022, p. 56).
(16) Avis d’initiative du CESE sur la «Compatibilité de la politique commerciale de l’UE avec le pacte vert pour l’Europe» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 66).
(17) Avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “De la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(18) JO C 152 du 6.4.2022, p. 181.
(19) Avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “De la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(20) Avis d’initiative du CESE sur la «Promotion de régimes alimentaires sains et durables dans l’Union européenne» (JO C 190 du 5.6.2019, p. 9).
(21) JO L 111 du 25.4.2019, p. 59.
(22) Avis du CESE sur le thème «Vers une chaîne d’approvisionnement alimentaire équitable» (avis exploratoire) (JO C 517 du 22.12.2021, p. 38).
(23) Avis d’initiative du CESE sur le thème «Aligner les stratégies et les activités des entreprises du secteur alimentaire sur les ODD pour une relance durable après la COVID-19» (non encore paru au JO).
(24) Avis d’initiative du CESE sur le thème «Aligner les stratégies et les activités des entreprises du secteur alimentaire sur les ODD pour une relance durable après la COVID-19» (non encore paru au JO).
(25) Avis d’initiative du CESE sur «La contribution de la société civile au développement d’une politique alimentaire globale dans l’Union européenne» (JO C 129 du 11.4.2018, p. 18); avis du CESE sur «Une stratégie alimentaire durable “De la ferme à la table”» (JO C 429 du 11.12.2020, p. 268).
(26) Règlement (UE) 2019/6 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 relatif aux médicaments vétérinaires et abrogeant la directive 2001/82/CE (JO L 4 du 7.1.2019, p. 43).
(27) Vaccin préparé à partir d’agents pathogènes prélevés sur un animal malade ou un animal sain de la même exploitation et destiné à être administré à cet animal malade ou aux animaux de ladite exploitation.
(28) https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-8-2018-0121_FR.html
(29) COM(2018) 757 final.
(30) https://www.clcv.org/storage/app/media/Dossier%20presse.pdf
(31) Rapport d’information du CESE sur «Les avantages de l’élevage extensif et des engrais organiques dans le contexte du pacte vert pour l’Europe».