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Document 52014SC0075
COMMISSION STAFF WORKING DOCUMENT Macroeconomic Imbalances - Belgium 2014
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION Déséquilibres macroéconomiques Belgique 2014
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION Déséquilibres macroéconomiques Belgique 2014
/* SWD/2014/075 final */
DOCUMENT DE TRAVAIL DES SERVICES DE LA COMMISSION Déséquilibres macroéconomiques Belgique 2014 /* SWD/2014/075 final */
Résultats
des bilans approfondis au titre du règlement (UE) No 1176/2011 sur la
prévention et la correction des déséquilibres macroéconomiques La
Belgique présente encore des déséquilibres macroéconomiques qui
requièrent une surveillance et l'adoption de mesures. Il convient en
particulier de rester attentif à l’évolution de la compétitivité externe des
biens, dont une dégradation persistante menacerait la stabilité
macroéconomique. Plus
précisément, une poursuite de la détérioration de la compétitivité, y compris
dans ses aspects non liés aux coûts, pourrait avoir des conséquences négatives
sur l’économie. Comme le montrent l'érosion des marges des producteurs et la
suppression d'emplois, l'industrie manufacturière a été gênée dans sa capacité
à livrer concurrence au plan international. Concilier des coûts élevés de
main-d’œuvre avec une création d’emplois durables et un haut niveau de vie
oblige à progresser vers des produits qui se situent plus haut dans les chaînes
de valeur mondiales. En même temps, il importe d'éviter que ne s'aggrave le
découplage entre la croissance rapide des salaires et la faible progression de
la productivité. La Belgique a pris des mesures dans ce domaine, dont les
effets sont attendus dans les années qui viennent. Cependant, une action plus
ambitieuse est requise pour préserver la base manufacturière du pays, d’autant
que des réformes sont en cours dans les pays concurrents. Ceci concerne
l'imposition du travail et l'amélioration de l'adaptation de la formation des
salaires aux réalités économiques et sectorielles, ainsi que le traitement des
problèmes persistants qui affectent le fonctionnement du marché du travail. Le
niveau élevé de la dette publique belge reste préoccupant pour la viabilité des
finances publiques. Un point positif, toutefois, est que la Belgique a réussi à
stabiliser son ratio de la dette publique, a respecté, selon les estimations,
l'objectif recommandé pour son déficit en 2013 et devrait maintenir ce déficit
en dessous de 3 % du PIB. En outre, la longueur des échéances moyennes,
l'interconnexion assez réduite avec le secteur financier national et la
relative bonne santé du secteur privé sont autant de facteurs limitant les
risques pour l’économie en général. COM(2014)
150 final du 5.3.2014 Résumé et conclusions 7 1. Introduction 11 2. Évolution macroéconomique 13 3. Déséquilibres
et risques 19 3.1. Compétitivité 19 3.1.1. Spécialisation de
la gamme de produits 20 3.1.2. Orientation des
exportations 22 3.1.3. Compétitivité-coûts 23 3.1.4. Fonctionnement du
marché du travail 32 3.2. Endettement 41 3.2.1. Évolution récente
de la dette publique 41 3.2.2. Risques de
tension budgétaire à court terme 42 3.2.3. Risques pour la
soutenabilité à long terme de la dette publique belge 43 3.2.1. Interconnexions
avec le secteur financier 46 3.2.5. La dette publique
et l'endettement global de l'économie belge 46 4. Analyse thématique: le système fiscal belge et les déséquilibres
macroéconomiques 55 5. Défis à
relever par les pouvoirs publics 63 Bibliographie 67 LISTE DES
TABLEAUX 2.1. Grands
indicateurs économiques, financiers et sociaux - Belgique 17 3.1. Exportations
de produits manufacturés par type de biens (en % du total) 21 3.2. principaux
marchés d'exportation de la Belgique (% du total) 22 LISTE DES
GRAPHIQUES 2.1. Composition de
la croissance potentielle 13 2.2. Taux
d'activité (2012, %, 15-64 ans) 13 2.3. Part des
différents secteurs dans la VAB (en %) 14 2.4. Ventilation de
la balance des opérations courantes 15 2.5. PEGN par
secteur 15 2.6. Composition de
la dette totale (consolidée) 16 2.7. Composition
des flux de crédit consolidés 16 3.1. Évolution des
parts de marché à l'exportation de biens (2000=100) 19 3.2. Décomposition
des variations des parts de marché à l'exportation pour les biens 19 3.3. Nombre de
chercheurs d'entreprise pour 1000 travailleurs 21 3.4. Dynamisme et
compétitivité des exportations de biens (top 10 des destinations, 2010-2012) 22 3.5. Mesure du taux
de change effectif réel 23 3.6. Coût salarial
unitaire nominal (2005 = 100) 24 3.7. Évolution des
marges bénéficiaires dans le secteur manufacturer 27 3.8. Stock de
capital/heure travaillée (2000 = 100) 27 3.9a. Valeur ajoutée
dans l'industrie (à l'exclusion de la construction, % du total) 28 3.9b. Valeur ajoutée
dans l'industrie manufacturière (% du total) 28 3.10. IPHC (variation
annuelle en %) 29 3.11. Niveaux de coûts
énergétiques unitaires réels observés en Belgique et dans les pays voisins 32 3.12. Comparaison
contradictoire entre les coûts énergétiques unitaires réels observés en
Belgique et dans les pays voisins 32 3.13. Taux d'emploi
(2012; %) 33 3.14a.Taux d'emploi
2012 (%) par région et région NUTS2 33 3.14b.Taux de chômage
2012 (%) par région et région NUTS2 33 3.15. Trappes à
chômage (2012) 35 3.16. Courbe de
Beveridge 36 3.17 Taux d'emploi
selon le niveau d'instruction le plus élevé atteint 37 3.18. Les revenus
mensuels bruts par niveau de compétences et âge (2011) 37 3.19. Dette publique
brute et nette (% PIB), BE par rapport ZE 41 3.20. Contribution à
l'évolution du taux d'endettement (pp du PIB) 41 3.21. Charge d'intérêt
publique et taux d'intérêt implicite 42 3.22. Spread des
obligations d'État sélectionnées par rapport aux obligations allemandes (à
10 ans) 42 3.23. Projections
de la dette brute (% du PIB) - analyse de la sensibilité 44 3.24. Ventilation de
la dette, tous les secteurs (non consolidée) 47 3.25. Ventilation de
la dette totale (consolidée) 50 3.26. Ventilation de
la dette du secteur privé (consolidée) 50 3.30. Ventilation des
actifs nets, tous les secteurs (non consolidés) 53 4.1. Répartition de
l'impôt et de la charge fiscale globale (2011) 55 4.2. Recettes
tirées des taxes et impôts fonciers (2011, en % du PIB) 56 4.3. Recettes
tirées des taxes environnementales (2011, en % du PIB) 57 LISTE DES ENCADRÉs 3.1. Rapport du groupe
d'experts sur la compétitivité et l'emploi 3.2. Réduction de la TVA sur l'électricité pour les ménages 3.3. Dispositions législatives applicables à la protection de l'emploi:
harmonisation entre le statut ouvrier et le statut employé 3.4. La sixième réforme de l'État belge 3.5 Le secteur financier belge 3.6. Le marché immobilier belge En
avril 2013, la Commission a constaté que la Belgique connaissait des
déséquilibres macroéconomiques, notamment en ce qui concerne l'évolution de la
compétitivité extérieure et de l'endettement public. Dans le rapport sur le
mécanisme d'alerte (RMA) publié le 13 novembre 2013, la Commission a
estimé qu'il serait utile, compte tenu également des déséquilibres constatés en
avril, d'examiner davantage la persistance des déséquilibres ou leur
correction. Le présent bilan approfondi fournit donc une analyse de l'économie
belge dans le contexte de la surveillance menée au titre de la procédure
concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM). Il
aboutit aux observations et aux conclusions suivantes: · La double tendance à une détérioration de la balance courante et à un
recul préoccupant des parts de marché à l'exportation se maintient. L'orientation vers des marchés d'exportation géographiquement proches,
moins dynamiques, et la diminution de la compétitivité-coûts continuent de
guider cette évolution. Même si la composition par produits est considérée
comme ayant une incidence plus neutre, la spécialisation dans les produits
situés en milieu de chaîne de valeur n'a pas permis de compenser ces reculs.
Une nouvelle expansion des activités d'innovation et une augmentation de
l'intensité technologique des produits restent donc cruciales pour concilier la
création d'emplois durables et les coûts salariaux élevés qui caractérisent la
Belgique. La position extérieure de l'investissement net, fortement positive,
atténue les risques de détérioration de la position extérieure. · Il est considéré que les coûts salariaux jouent un rôle capital dans la
perte de compétitivité-coûts extérieure. Les activités
manufacturières sont en particulier confrontées aux conséquences de
l'augmentation rapide des salaires sur leur capacité à livrer concurrence au
niveau mondial, qui se traduisent par une érosion des marges et par des
suppressions d'emplois. Les autorités belges ont pris un certain nombre de
mesures pour empêcher l'écart salarial relatif de se creuser davantage, mais
l'effet de celles-ci sera lent à se faire sentir alors que l'ampleur du défi
appelle à une prise de conscience accrue de l'urgence d'agir. En conséquence,
la réduction effective de l'écart pour préserver la base manufacturière belge
nécessiterait une action plus ambitieuse et plus rapide, notamment la révision
tant attendue du système fiscal qui devrait déboucher sur un rééquilibrage en
faveur de l'imposition de facteurs autres que le travail et sur une formation
des salaires plus en phase avec les réalités économiques et les différences
sectorielles. · Des problèmes persistants affectant le fonctionnement du marché du
travail et sa capacité d'ajustement contribuent à la perte globale de
compétitivité et érodent le potentiel de croissance de l'économie. Le taux d'emploi global stagne à un niveau inférieur à la moyenne. De
plus, la participation au marché du travail de certains groupes cibles et dans
certaines régions est particulièrement faible, ce qui entraîne des risques
accrus de pauvreté et d'exclusion sociale. On estime que les raisons en sont le
traitement fiscal dissuasif appliqué au travail et son interaction avec les
allocations de chômage, l'inadéquation de l'offre et de la demande en termes de
compétences et de localisation géographique, l'inefficacité relative des
mesures d'activation, le recours généralisé aux régimes de préretraite et de
retraite anticipée et les rigidités salariales liées au mécanisme de fixation des
salaires. Les mesures prises par le gouvernement n'ont pas permis de remédier
au dysfonctionnement persistant du marché du travail. · La dette publique reste élevée, à près de 100 % du PIB, mais un
certain nombre de facteurs tempèrent les risques macroéconomiques qui y sont
associés et l'action des pouvoirs publics a empêché une nouvelle augmentation
depuis le bilan approfondi de l'année dernière. Le
passif éventuel lié aux garanties fournies au secteur financier a été réduit,
mais son niveau reste significatif (12 % du PIB); il existe donc un risque
de contagion entre le secteur financier et le secteur public. Une part
importante de la dette belge est détenue en Belgique, ce qui, en cas de tension
financière sur la dette souveraine, renforcerait encore les boucles de
rétroaction négatives. Les coûts de financement actuels sont faibles et le
risque de tension budgétaire à court terme paraît limité grâce à la maturité
moyenne relativement longue de la dette publique. Toutefois, une période
prolongée de taux d'intérêt plus élevés aurait un coût budgétaire substantiel
qui compliquerait le retour progressif à un budget en équilibre. Les risques
macroéconomiques associés à la dette publique élevée sont atténués par la bonne
santé du secteur privé: le patrimoine net des ménages est très positif et
l'endettement des sociétés non financières, hors prêts intragroupes, est
relativement limité. Pour résumer, si la dette publique est élevée, la
situation de l'économie belge en termes d'actifs nets (+ 45 % du PIB)
n'en reste pas moins positive, alors que celle de la zone euro ne l'est pas
(- 24 % du PIB). Le bilan approfondi examine également les
défis à relever par les pouvoirs publics qui découlent de ces évolutions et
tente de déterminer quelles seraient les solutions possibles. Un certain nombre d'éléments peuvent être pris en considération: · La formation des salaires est un axe autour duquel les autorités belges
pourraient articuler un programme de réforme plus ambitieux. Un premier élément serait le renforcement de la loi de 1996 afin de
prévenir les problèmes qui pourraient survenir, notamment par la mise en place
d'un lien direct entre la marge de revalorisation des salaires et la
productivité et par l'introduction d'une plus forte différenciation
sectorielle. Ensuite, plusieurs solutions pourraient rendre la pratique de
l'indexation automatique des salaires moins pénalisante en cas de difficultés
économiques, en conciliant les préoccupations à court terme relatives au
maintien du pouvoir d'achat individuel avec la préoccupation à plus long terme
concernant la sauvegarde de l'emploi total. · L'approche actuelle qui consiste à réduire par petites touches la
pression parafiscale qui pèse sur le travail pourrait être remplacée par une
remise à plat générale de la fiscalité belge. Cela
passerait par une réorientation, neutre pour les recettes, de la charge fiscale
pour la faire peser moins sur le travail et davantage sur d'autres sources de
recettes, au niveau tant fédéral que régional. La TVA et l'IPP offrent un
potentiel important d'élargissement de l'assiette fiscale au moyen d'un
réexamen des dépenses fiscales élevées. En outre, une
hausse du taux de TVA normal pourrait être envisagée, car elle générerait des recettes considérables tout en ayant des répercussions limitées. Parmi
les autres pistes qui pourraient être explorées dans le cadre d'une
redistribution générale de la charge fiscale, on peut citer la fiscalité
(récurrente) de l'immobilier, l'utilisation de volets actuellement
sous-employés de la fiscalité environnementale (notamment le traitement fiscal
des voitures de société) et l'imposition de certains types de revenus
financiers. · Si elle veut pouvoir concilier des coûts salariaux élevés avec la
création d'emplois durables et le maintien d'un niveau de vie élevé, la
Belgique devrait renforcer sa compétitivité hors coûts en réorientant sa
production vers des produits à contenu technologique plus important que ce
n'est le cas actuellement. Pour nourrir les capacités
d'innovation de l'économie belge et faciliter la croissance des entreprises
innovantes, les décideurs politiques pourraient accroître encore le soutien
apporté aux pôles d'innovation et chercher à simplifier le système d'octroi des
subventions afin de stimuler l'investissement des entreprises dans la recherche
et le développement. Pour accélérer la transition vers une économie basée sur
la connaissance, il sera également crucial de veiller à ce que le marché du
travail dispose d'une main-d'œuvre judicieusement qualifiée suffisante pour
remédier au déséquilibre entre l'offre et la demande. · La réduction de la charge de la dette publique continue de constituer
un des principaux défis à relever par les pouvoirs publics à moyen et à long
terme, a fortiori au vu du potentiel de croissance relativement faible de l'économie
belge, du coût important que devrait avoir le vieillissement de la population
en Belgique et du niveau d'imposition déjà élevé.
Jusqu'à présent, les stratégies déployées pour réduire la dette publique
s'articulaient en partie autour de la vente d'actifs. Toutefois, une réduction
plus importante du déficit par la diminution des dépenses, conformément à
l'engagement pris par la Belgique d'atteindre son objectif à moyen terme en
2016, restera nécessaire pour placer le taux d'endettement sur une trajectoire
descendante durable. À cet égard, la décentralisation budgétaire accrue exige
la mise en œuvre rigoureuse de modalités de coordination budgétaire convenues
et une contribution à l'assainissement équilibrée entre tous les niveaux de
pouvoir. Il y aurait également lieu de se pencher sur la dette implicite
associée au vieillissement de la population, en continuant à réformer les
retraites afin de prévenir de nouvelles hausses de la dette à moyen terme.
Simultanément, dans la mesure où il contribuerait à stimuler l'emploi et la
croissance, le glissement de la pression fiscale du travail vers d'autres
sources de recettes participerait aussi à la réduction du déficit et de la
dette. Rendre la fiscalité de l'épargne progressivement plus neutre par rapport
au type de produit financier pourrait entraîner une diversification des canaux
par lesquels les importants actifs financiers des ménages belges sont injectés
dans l'économie réelle. Le
13 novembre 2013, la Commission européenne a présenté son deuxième rapport
sur le mécanisme d’alerte (RMA), élaboré conformément à l’article 3 du
règlement (UE) n° 1176/2011 sur la prévention et la correction des
déséquilibres macroéconomiques. Le RMA est un premier instrument d'analyse
permettant d'identifier les États membres qui méritent un examen approfondi
afin de déterminer s'ils sont touchés par des déséquilibres ou risquent de
l'être. Conformément à l'article 5 du règlement
(UE) n° 1176/2011, ces «bilans approfondis» de la situation
spécifique de chaque pays doivent analyser la nature, l'origine et la gravité
des évolutions macroéconomiques dans l’État membre concerné qui constituent ou
pourraient entraîner des déséquilibres. Sur la base de cette analyse, la
Commission établira si elle estime qu’il existe un déséquilibre au sens de la
réglementation et quel type de suivi elle recommandera au Conseil. Il s'agit du troisième bilan approfondi dans
le cas de la Belgique. Le précédent a été publié le 10 avril 2013 et a
conduit la Commission à estimer que la Belgique connaissait des déséquilibres
macroéconomiques, notamment en ce qui concerne l'évolution de la compétitivité
extérieure et de l'endettement public. D'une manière générale, la Commission a
jugé utile, dans le contexte du RMA et compte tenu également des déséquilibres
constatés en avril, d'examiner davantage la persistance des déséquilibres ou
leur correction. Ce bilan approfondi examine donc la situation de l'économie
belge dans le cadre du mécanisme de surveillance instauré au titre de la
procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM). Dans ce contexte, la section 2 présente
un aperçu de l'évolution générale de la situation macroéconomique, tandis que
la section 3 examine plus en détail comment les déséquilibres précédemment
constatés et leurs risques sous-jacents ont évolué. La section 4 aborde
ensuite plus spécifiquement le régime fiscal et la section 5 est consacrée
à des considérations sur les politiques publiques. Croissance
potentielle en baisse par rapport à son niveau d'avant la crise Malgré une légère amélioration des
résultats économiques au second semestre 2013, la croissance ne devrait
pas retrouver ses niveaux d'avant la crise. Le
potentiel de croissance de l'économie belge est actuellement estimé à un peu
moins de 1 %, soit environ la moitié de son niveau d'avant la crise, et il
ne devrait progresser que modestement à moyen terme. Si la contribution de
toutes les composantes a chuté au cours de ces dix dernières années, les très
faibles gains découlant de la productivité totale des facteurs sont
particulièrement notables. Cette situation révèle des difficultés en ce qui
concerne la capacité à générer de l'innovation et des gains d'efficience. La croissance potentielle tirerait
également avantage d'une amélioration du taux d'activité, actuellement médiocre
(66,9 % en 2012). Le faible taux d'activité en
Belgique découle d'un certain nombre de difficultés économiques persistantes
constatées lors d'éditions antérieures du semestre européen. Des éléments tels
que la pression fiscale élevée sur le travail, des trappes à chômage et à
inactivité persistantes et des politiques d'intervention sur le marché du
travail moyennement efficaces sont perçus comme un frein à l'offre de main-d'œuvre.
Du côté de la demande par contre, la création d'emplois est entravée
principalement par le coût élevé de la main-d'œuvre. Ces coûts salariaux jouent
également un rôle clé dans le contexte de la dégradation de la
compétitivité-coûts extérieure, qui est devenue plus marquée et plus
préoccupante ces dernières années et est examinée au point 3.1. Pour
s'attaquer aux causes sous-jacentes, le gouvernement a pris une première série
de mesures ces dernières années, parmi lesquelles l'introduction d'incitations
au travail, en modifiant les indemnités de chômage et le traitement fiscal
appliqué aux salaires les plus bas, la restriction de l'accès à la retraite
anticipée et la réduction de cotisations de sécurité sociale. Bien que globalement stables, les
indicateurs sociaux laissent entrevoir quelques signes préoccupants. En Belgique, les personnes âgées continuent d'être un peu plus
exposées au risque de pauvreté ou d'exclusion sociale qu'en moyenne dans le
reste de l'UE. Ce risque est en hausse également pour les enfants. En outre, le
taux d'abandon scolaire a augmenté ces dernières années. Le nombre de personnes
vivant au sein d’un ménage à faible intensité de travail est supérieur à la
moyenne de l'UE et augmente. En revanche, le taux de risque de pauvreté parmi
les personnes qui travaillent est encore faible, ce qui souligne le fait que
stimuler l'emploi ne permettrait pas seulement d'accroître le potentiel
économique, mais aussi d'assurer une protection contre les risques d'exclusion
sociale. L'économie belge connaît une réorientation
vers le secteur des services. Entre 2000 et 2012,
l'industrie (à l'exclusion du bâtiment) a perdu 110 000 postes,
tandis que le secteur des services a créé 477 000 emplois,
principalement dans les activités libérales, scientifiques et techniques, ainsi
que dans les services administratifs et publics. Rien n'indique que cette
tendance connaîtra un ralentissement dans un futur proche. Cette mutation du
paysage économique transparaît également à l'examen de la composition
sectorielle de la valeur ajoutée brute (VAB), le secteur manufacturier et celui
des services affichant respectivement un recul et une progression d'environ
7 points de pourcentage entre 1996 et 2012. En ce qui concerne la
composition de la VAB par rapport aux revenus, la répartition apparaît stable
entre la rémunération du travail, d'une part, et celle du capital, d'autre
part, qui s'établissent respectivement à environ 58 % et 42 % de la
VAB. La position extérieure reste solide, malgré un
affaiblissement de la balance des opérations courantes Les exportations nettes positives ont
certes permis d'éviter un fort ralentissement en 2012-2013, mais cela masque
une tendance à plus long terme de détérioration de la balance des opérations
courantes. Selon les estimations des services de la
Commission, le déficit des opérations courantes (définition de la balance des
paiements) a continué de se creuser en 2013. Outre cette dégradation,
l'évolution à plus long terme des opérations courantes retient également
l'attention. L'excédent de près de 5 % du PIB enregistré au tournant du
siècle s'est progressivement amenuisé jusqu'en 2008, année au cours de laquelle
il s'est transformé en déficit([1]). Les
estimations du solde des opérations courantes corrigé des variations
conjoncturelles (le niveau qui serait atteint si l'économie nationale et les
économies des pays partenaires réalisaient leur PIB potentiel) indiquent que
seule une fraction de cette détérioration est imputable à des facteurs
conjoncturels. La détérioration de la balance courante est
principalement liée à l'évolution à la baisse de la balance des biens. Cette dernière s'est dégradée de 6,5 points de pourcentage sur
la période 2002-2012, reflétant à la fois un effet en termes de prix et une
contraction du volume. L'excédent important d'environ 2 % du PIB que les
échanges de services continuent de générer n'a pas permis de compenser la baisse
enregistrée au niveau des échanges de biens et semble s'être stabilisé
récemment, après plusieurs années de progression régulière. La lente évolution
de la balance des revenus du capital constatée ces dernières années, passée
d'un excédent modeste à un déficit limité, trouve son origine principalement
dans des sorties nettes plus importantes liées à des investissements directs et
traduit l'incidence sur la structure des actifs d'un environnement caractérisé
par des rendements faibles. S'élevant à presque 50 % du PIB, la
position extérieure globale de la Belgique, mesurée par le solde net des
investissements internationaux, peut encore être considérée comme saine. La position extérieure globale nette (PEGN) est la différence entre
les actifs et les passifs financiers extérieurs. Alors que la balance des
opérations courantes est un indicateur de flux, la PEGN peut être interprétée
comme un indicateur de stock appliqué à la position extérieure d'un pays. Une
stabilisation de la balance courante aux alentours de son niveau actuel avec
une croissance nominale du PIB d'environ 3,5 % entraînerait une diminution
progressive de la PEGN, même si celle-ci conserverait un niveau confortable.
Même si cette tendance à long terme se confirme et si un déficit de la balance
courante plus important se fait jour, la position créditrice nette de la
Belgique fait qu'à ce stade, le déficit de la balance courante peut être
considéré comme viable à moyen terme. Alors que la viabilité extérieure ne semble
pas représenter un risque majeur, un examen plus attentif de la PEGN,
apparemment solide, révèle que les équilibres internes sont néanmoins ébranlés. La PEGN fortement positive reflète le confortable statut de créditeur
du secteur privé, contrebalançant le statut de débiteur structurel du secteur
public. Dans la mesure où la balance courante correspond à la différence entre
l'épargne nationale et la formation intérieure de capital, sa détérioration ces
dix dernières années est allée de pair avec un fléchissement de l'épargne et
une stabilisation globale des investissements. La diminution de l'épargne
totale a elle-même été principalement tirée par une baisse de l'épargne des
ménages, la consommation progressant plus vite que le revenu disponible. La dette intérieure est principalement composée
de dette publique Après une réduction soutenue de la charge
de la dette jusqu'en 2007, la dette publique a de nouveau augmenté, jusqu'à
s'élever à environ 100 % du PIB. Derrière ce
renversement de la dynamique de la dette se cachent une détérioration des
finances publiques et la nécessité d'interventions répétées de l'État en faveur
du secteur bancaire. S'il est attendu que le récent retour d'excédents
primaires et la vente d'actifs aient pour effet de stabiliser la dette
publique, le passif éventuel non négligeable lié au secteur financier et le
coût élevé que devrait avoir le vieillissement de la population menacent encore
les perspectives à moyen terme des finances publiques. L'endettement du secteur privé ne semble
pas constituer un problème majeur, mais il devrait être apprécié dans le
contexte d'une dette publique élevée. L'endettement
des sociétés privées non financières est élevé en termes non consolidés, mais
si l'on exclut les prêts nationaux intragroupes, il est comparable à la moyenne
de l'UE. L'endettement des ménages est proche de la moyenne de l'UE et est
principalement constitué d'emprunts hypothécaires. Le bilan approfondi de
l'année dernière a présenté une analyse complète du marché du logement et a
constaté qu'une éventuelle correction des prix n'aurait très vraisemblablement
pas de répercussions importantes sur le plan macroéconomique. En effet, la hausse
rapide des prix de l'immobilier entre 2000 et 2011 ne s'est pas accompagnée
d'une augmentation de la charge d'intérêts des ménages, ni d'une croissance
excessive de l'offre de logements. Par ailleurs, l'effort de remboursement
annuel moyen des ménages est resté globalement stable, en raison d'une
progression des salaires plus rapide que celle de la charge d'emprunt et d'une
préférence pour le financement à taux fixe. Le refinancement de prêt n'est en
outre pas pratiqué en Belgique. Enfin, les risques pour l'économie semblent
contenus, le taux de défaut (1,2 % en 2013) étant faible et étant resté
stable ces dernières années. Le renforcement du secteur financier se poursuit Après une légère reprise, la croissance du
crédit a diminué ces deux dernières années, mais elle reste supérieure à la
moyenne de l'UE, et les taux des prêts aux sociétés non financières sont parmi
les plus faibles de l'UE. Ce ralentissement de la
croissance du crédit est le reflet, d'une part, de la diminution des besoins de
financement et, d'autre part, d'un durcissement des conditions de crédit, sous
l'impulsion d'une nouvelle réglementation et de nouvelles exigences de fonds
propres dans le secteur financier. Le secteur financier poursuit son
renforcement progressif et le total de ses actifs financiers a considérablement
diminué. La poursuite de la restructuration du secteur
a entraîné un rééquilibrage et l'abandon relatif des activités interbancaires
et des marchés extérieurs au profit d'activités plus traditionnelles et du
marché national. Des apports de capitaux ont renforcé les ratios de fonds
propres, mais la rentabilité reste faible et les prêts improductifs ont
augmenté dans un contexte de faiblesse de l'activité économique. En mai, la Belgique sera le théâtre
d'élections fédérales et régionales. Si ces élections
peuvent déboucher sur une occasion de réforme pour le prochain gouvernement, on
peut aussi craindre, au vu du blocage au niveau fédéral qui avait suivi les
deux élections précédentes (2007 et 2010) et fait que le gouvernement avait
uniquement géré les affaires courantes pendant respectivement 6 mois et
18 mois, que la Belgique ne retombe dans une période d'inaction politique.
Il en résulterait un nouvel ajournement des réformes et le risque d'un regain
de pression sur les marchés financiers, comme ce fut le cas fin 2011
lorsque le différentiel de rendement entre les obligations belges et les
obligations allemandes à dix ans a atteint 360 points de base. 3.1. Compétitivité Comme souligné dans la section 2, la balance
commerciale des biens de la Belgique a affiché une baisse constante. Si le
niveau de déficit actuel n'est pas en soi le signe d’un risque de déséquilibre,
son évolution est néanmoins révélatrice d’un problème sous-jacent d'affaiblissement
de la compétitivité, qui a été identifié comme un déséquilibre dans les bilans
approfondis antérieurs et qui est abordé dans la section 3.1. Le traitement de
cette question centrale permettrait donc également d'atténuer la tendance
négative affichée par la balance des opérations courantes. L’une des manifestations les plus visibles
de la détérioration de la compétitivité de la Belgique est la diminution des
parts de marché à l’exportation au cours de la dernière décennie. Ces pertes ne coïncident pas avec le ralentissement économique de
2008. Entre 2003 et 2012, les parts de marché ont diminué en moyenne de
3,2 % par an, seules les années 2007 et 2009 enregistrant des gains
(limités). En outre, le rythme s’est accéléré au cours des dernières années,
avec une diminution annuelle moyenne de 5,3 % au cours de la période
2009-2012 pour les biens et services et de 5,9 % pour les biens. Ainsi que
souligné dans le bilan approfondi de l'année dernière, les parts de marché
concernant les services ont été stables dans l'ensemble, mais ne représentent
qu'une faible proportion du total des exportations. La plupart des pays de l’UE-15 ont
enregistré des pertes de parts de marché à l’exportation, mais pour la
Belgique, ces pertes ont été plus prononcées. Le pays
a vu sa part dans le total des exportations européennes diminuer (voir
graphique 3.1.). L'évolution qu'a
connue la Belgique ne peut donc être interprétée comme un simple reflet du
glissement du poids économique mondial (ou régional). En fait, la part de la
Belgique dans l’activité économique mondiale, qui pourrait être considérée
comme un indicateur approximatif de l'évolution escomptée des parts de marché à
l'exportation compte tenu du caractère ouvert de l’économie belge, est restée
remarquablement stable et a même légèrement progressé au cours des dernières
années. À cet égard, les performances économiques enregistrées au cours des dix
dernières années n’ont probablement pas reflété pleinement la dynamique
sous-jacente, compte tenu de la détérioration de la position extérieure du
pays. Le fait que la croissance des exportations
du pays soit restée inférieure à la croissance des exportations mondiales peut
s'expliquer par trois grands facteurs: i) une
spécialisation sectorielle dans des biens pour lesquels la demande augmente à
un rythme relativement lent, ii) une orientation géographique vers des marchés
à croissance plus lente ou iii) l'incapacité à livrer une concurrence efficace
à l’échelle internationale, soit, en d'autres termes, une perte de
compétitivité. Une décomposition de la croissance des exportations permet de
se faire une idée de l'importance de ces différents facteurs. L'«analyse à
parts de marché constantes» constitue, à cet égard, une approche commune et
instructive. Les résultats d'une telle analyse shift-share de base concernant
les exportations belges de biens pendant les périodes 1997-2002, 2002-2007 et
2007-2012 apparaissent dans le graphique 3.2. Les exportations belges de biens ont connu
une croissance plus rapide, pendant la période 1997-2002, que les importations
mondiales, mais ont été inférieures au cours des périodes ultérieures. Le gain
initial de parts de marché à l’exportation a principalement été porté par la
compétitivité (au sens large). Par la suite, la contribution des facteurs de compétitivité
est devenue négative, ce qui a entraîné une baisse constante des parts de
marché à l’exportation depuis le début du siècle. L'orientation géographique
semble être devenue un autre facteur important expliquant les pertes globales
de parts de marché à l’exportation, les exportations étant orientées de manière
disproportionnée vers des marchés d’exportation moins dynamiques. En ce qui
concerne la troisième composante, à savoir la composition des produits, sa
contribution a été légèrement négative pendant toutes les périodes considérées,
ce qui signifie que la configuration des exportations belges est largement
alignée sur les modèles mondiaux, mais aussi que la Belgique ne se spécialise
pas dans des produits caractérisés par une demande plus dynamique, qui auraient
permis de limiter les pertes globales de parts de marché à l’exportation. Les sections suivantes examinent de plus près
les causes de la détérioration observée des performances de la Belgique sur les
marchés internationaux. Chacune d'elles traite séparément d'un des quatre
aspects suivants: la spécialisation de la gamme de produits, l’orientation des
exportations, la compétitivité-coûts et le marché du travail. 3.1.1. Spécialisation
de la gamme de produits Le prix des facteurs joue certes
habituellement un grand rôle dans la capacité des entreprises à soutenir avec
succès la concurrence sur les marchés
internationaux, mais le type de produits fabriqués a lui aussi de l'importance.
La production et la commercialisation d'une gamme de produits (finis) à plus
forte valeur ajoutée facilite la répercussion du coût de main d'œuvre sur les
prix finaux, étant donné que la concurrence pour ce type de produits est
essentiellement fondée sur des aspects autres que les prix, comme par exemple
la qualité (BCE, 2013). Comme indiqué ci-dessus, la composition des produits
belges n'apparaît pas particulièrement problématique, mais elle n'a pas non
plus permis de compenser la détérioration de la compétitivité ou la faiblesse
de la croissance des marchés d'exportation. Des chiffres récents confirment la
conclusion du bilan approfondi de l'année dernière selon laquelle les
entreprises belges exportent relativement peu de biens d'équipement: moins de
la moitié de la moyenne des pays de la zone euro (voir tableau 3.1). À l’inverse, les biens intermédiaires
représentent une part plus élevée dans les exportations de produits
manufacturés que pour d’autres pays de la zone euro, ce qui est aussi le cas
pour les importations. Par conséquent, les exportations belges sont
relativement plus exposées à la concurrence internationale sur la base des
facteurs de coûts. Une grande partie des biens intermédiaires sont par exemple
exportés en Allemagne([2]), les
exportateurs belges se retrouvant en concurrence avec des entreprises des
nouveaux États membres de l’UE et les marchés émergents. Ces pays sont
généralement mieux placés pour rivaliser en termes de coûts et ont vu,
contrairement à la Belgique, leur part dans les importations de produits
intermédiaires allemands progresser au cours de la dernière décennie. Les conclusions équilibrées de la section
du bilan de l’année dernière consacrée à la capacité d'innovation de la
Belgique restent valables. Le total des dépenses en
R&D a augmenté ces dernières années, atteignant 2,2 % du PIB en 2012;
ce taux ne s'établissait certes qu'à 1,9 % en 2002, mais il reste bien en
deçà de l’objectif de 3 % fixé dans le cadre de la stratégie Europe 2020.
L'écart par rapport aux pays scandinaves et à l’Allemagne reste substantiel en
raison du fait que les dépenses en R&D des entreprises comme des entités
publiques belges sont comparativement moins élevées. Il convient toutefois de
noter que le renforcement du soutien public en faveur des activités de R&D
a porté ses fruits (BFP, 2013), ce qui permet d'espérer une nouvelle
intensification des investissements en R&D. Néanmoins, les dépenses des
entreprises en R&D sont très concentrées dans un petit nombre de sociétés
(internationales) opérant principalement dans un secteur (produits
pharmaceutiques), ce qui réduit la base de l’innovation. En matière de
recherche, les coûts salariaux ne constituent généralement pas le facteur le plus
important. En outre, cette question a fait l'objet d'initiatives telles que
l'incitation fiscale fédérale en matière de rémunérations visant à réduire les
coûts de personnel dans la R&D. Toutefois, en ce qui concerne les activités
de production proprement dites qui sont susceptibles d'être générées par les
recherches effectuées, le coût de la main d'œuvre revêt une plus grande
importance. Enfin, la R&D et le développement d'activités à plus forte
valeur ajoutée sont entravées par la question de la disponibilité des
compétences, ce qui explique en partie le taux de pénétration relativement
faible des chercheurs dans l'emploi global (voir graphique 3.3). La Belgique dispose certes d'une main
d'œuvre globalement qualifiée, mais le nombre de diplômés en sciences, mathématiques,
ingénierie et technologie reste bas ([3]). La création d'un nombre élevé d'emplois de haute technologie en
Belgique au cours de la dernière décennie (Vives, 2013) souligne l'importance
de l'afflux approprié de travailleurs disposant des qualifications requises,
d'autant plus que des recherches montrent qu'il existe un fort potentiel de
création d'emplois découlant de ces emplois de haute technologie. En Belgique, la concurrence dans les services est limitée par
un certain nombre d'entraves réglementaires.
Les fournisseurs de services sont confrontés à des obstacles lorsqu'ils entrent
sur le marché et lorsqu'ils offrent des services, comme par exemple des
différences entre les systèmes d'autorisation au niveau régional. Le secteur de
la vente au détail reste soumis à un certain nombre de règlements et de
restrictions opérationnelles, qui entravent son développement et font en sorte
que les prix de détail pratiqués en Belgique dépassent de plus de 10 % la
moyenne de la zone euro. 3.1.2. Orientation
des exportations Comme indiqué par l'analyse shift-share
visée ci-dessus, l'orientation de la Belgique vers des marchés moins dynamiques
a eu un impact négatif sur les résultats à l’exportation. L'analyse précédente a mis en exergue la forte concentration des
exportations sur les pays européens, en particulier les pays voisins. Le
graphique 3.4 fait ressortir le fait
que la Belgique exporte principalement vers des marchés dont la croissance est
plus lente que les importations mondiales et qu'elle a enregistré des pertes de
compétitivité par rapport à ses concurrents sur ces marchés. Néanmoins, l’importance des marchés
d’exportation traditionnels s’est progressivement réduite. Cela s'est vérifié en particulier ces dernières années avec la
diversification croissante des exportations et le renforcement rapide de
l'importance directe de marchés tels que l'Inde, la Chine ou la Turquie (voir
tableau 3.2). Alors que, d’une part,
cette tendance reflète le ralentissement de la croissance des exportations vers
les marchés traditionnels, la croissance des exportations vers les marchés
émergents, d’autre part, s’est accélérée de manière générale, ce qui signifie
que la réorientation progressive ne traduit pas seulement un glissement relatif
résultant de l'atonie de la croissance des importations dans l’ensemble de
l’Europe. En outre, la part des exportations vers les
pays européens en général et vers les pays voisins
en particulier est moins importante lorsque les données sont corrigées pour
tenir compte des réexportations. Ces dernières représentent un volume élevé
dans le cas des pays disposant de grands ports internationaux comme la Belgique
et les Pays-Bas. Cela ressort également lorsque les les exportations sont
mesurées en termes de valeur ajoutée (BNB, 2013). En 2009, soit la dernière
année pour laquelle des données sont disponibles, l’UE-27 représentait
64,6 % du total des exportations à valeur ajoutée contre 75,5 % si
l’on considère les exportations brutes. En particulier, l'importance des trois
pays voisins diminue fortement, tandis que les pays de l’UE-12, mais aussi
l’Italie et le Royaume-Uni, gagnent en importance, de même, par exemple, que
les États-Unis, les exportations des pays tiers comportant une importante
valeur ajoutée belge. Néanmoins, même mesurées en termes de
valeur ajoutée, les exportations belges ont perdu des parts de marché
mondiales. Entre 1995 et 2009, la perte s'est élevée à
26 %, contre respectivement 15 % et 3 % seulement, au cours de
la même période, pour la ZE-12 et l'UE-27 ([4]). 3.1.3. Compétitivité-coûts B. Coûts salariaux Une appréciation du taux de change effectif
réel révèle une perte de compétitivité-coûts relative.
La détérioration de la balance courante et la perte de parts de marché à
l'exportation trouvant leur origine dans l'exportation de biens, le taux de
change effectif réel corrigé des coûts salariaux unitaires dans le secteur
manufacturier peut être considéré comme l'indicateur le plus approprié de la
compétitivité-coûts pour la Belgique([5]). Le graphique 3.5 fait
apparaître une forte détérioration de la compétitivité relative des coûts
salariaux dans le secteur manufacturier depuis le début du siècle, ou, en d'autres
termes, une appréciation du taux de change effectif réel. D'autres mesures,
moins précises, de la compétitivité-coûts figurent aussi dans le graphique 3.5.: taux de change effectif réel corrigé des prix
à la consommation et des prix à l'exportation. Ces trois éléments ont connu,
dans l'ensemble, une évolution parallèle jusqu’en 2006, année qui a vu
apparaître un découplage. Le taux de change effectif réel corrigé des coûts
salariaux unitaires dans le secteur manufacturier semble toutefois le plus
pertinent pour les raisons évoquées ci-dessus. La correction du taux de change effectif
réel par l’ajustement du taux de change nominal n’est plus possible pour la
Belgique car le taux de change de l’euro reflète la dynamique opérant au niveau
de l’ensemble de la zone euro. En conséquence, et
ainsi que le confirme l'expérience récente de certains pays, une évolution trop
divergente de la compétitivité relative d'un pays pourrait générer des
déséquilibres qui, à leur tour, peuvent déclencher des corrections excessives
ou entraîner des pertes de bien-être s'ils ne sont pas corrigés. Aussi est-il
primordial de veiller à ce que l'évolution de la compétitivité soit alignée sur
celle des partenaires commerciaux. L'évolution relative des salaires est un
facteur déterminant de la compétitivité-coûts de la Belgique. Le mécanisme belge de fixation des salaires présente deux
caractéristiques: une norme salariale nationale fixée tous les deux ans qui
détermine l'augmentation maximale des salaires réels dans le secteur privé et
qui sert de base aux négociations menées à des niveaux inférieurs, et la
pratique quasi-universelle de l'indexation automatique des salaires sur la base
de l'«indice santé»([6]). Comme indiqué
dans les précédents bilans approfondis, on a assisté ces dernières années à un
découplage entre coûts salariaux et productivité. Tout en restant élevée en
termes absolus, la croissance moyenne de la productivité du travail entre 2007
et 2012 a avoisiné zéro. Parallèlement, la hausse des salaires nominaux a
progressé rapidement sous l’effet de l’indexation des salaires, elle-même
alimentée par les fortes pressions sur les prix. Comme le montre le graphique 3.6, avant la crise de 2008-2009, les coûts
salariaux unitaires belges ont augmenté plus rapidement - mais pas dans des
proportions alarmantes - que ceux observés dans l'ensemble de la zone euro et
chez les principaux partenaires commerciaux. À partir de 2009, toutefois, un
écart marqué est apparu par rapport à la ZE-17, en dépit de l’accélération de
la croissance des coûts salariaux unitaires en Allemagne, premier partenaire
commercial de la Belgique. Cette évolution reflète les mesures prises dans
d’autres pays comme l’Espagne pour freiner la croissance des coûts salariaux
unitaires. D'après les projections actuelles, la croissance des coûts salariaux
unitaires en Belgique serait moins élevée en 2014-2015 que les années
précédentes. Cela ne suffira toutefois pas pour corriger l'écart accumulé dans
le passé. En l’absence de toute action, cet écart est susceptible de renforcer
encore les tendances à long terme au renforcement de l'intensité capitalistique
par l’informatisation ou à la délocalisation pure et simple d’activités, qui
ont toutes deux une incidence négative sur l’emploi, entraînant l'éviction de
la main-d’œuvre moins productive du marché du travail (voir ci-dessous). La Belgique est l’un des États membres où
la pratique consistant à lier l'évolution des salaires aux hausses du coût de
la vie est la plus répandue. Cette pratique a certes
le mérite d’assurer la paix sociale, mais a également des répercussions
économiques négatives. Si les salaires pratiqués dans d'autres pays suivent
l’évolution des prix sur le marché intérieur à moyen terme, comme l'a montré
l’expérience du passé, l’absence d’adaptation automatique fait que les
corrections du pouvoir d’achat dépendent des négociations salariales. Comme le
souligne l'analyse effectuée par Bodart & Shadman (2013), le résultat de
ces négociations sera fonction de la conjoncture et de la situation sur le
marché du travail, ce qui rendra l’ajustement à court terme généralement moins
rigide que ce n’est le cas actuellement en Belgique. Cela explique en partie
pourquoi, entre 2007 et 2012, les salaires horaires ont augmenté en moyenne de
3,3 % par an en Belgique, contre 2,3 % en Allemagne et aux Pays-Bas
et 2,6 % en France et dans la zone euro. Les salaires pratiqués en
Belgique ont été adaptés plus rapidement aux pressions (plus fortes) sur les
prix, et ce malgré le contexte économique. À court terme, l’indexation des
salaires, dans sa forme actuelle, peut donc avoir un impact sur la compétitivité,
entraînant des pertes d'emploi et de parts de marché à l’exportation qui
peuvent devenir permanentes à plus long terme étant donné qu'un nouvel
équilibre tend à se dessiner (Bodart & Shadman). En outre, comme le
soulignent les analyses Bogaert & Robette (2013) et Bodart & Hindriks
(2013), les personnes à faibles revenus ont subi des pertes importantes de
pouvoir d’achat malgré le mécanisme d’indexation. Lorsque le gouvernement
belge a annoncé, en novembre 2012, son intention de combler, d'ici à 2018,
l'écart salarial qui s'est creusé entre la Belgique et ses principaux
partenaires commerciaux, les avis sur la taille précise de cet écart
divergeaient. Ce dernier est généralement mesuré, à des fins politiques, en
termes d’évolution du coût horaire de la main-d'œuvre dans le secteur privé
depuis 1996 (lorsque la loi sur la compétitivité et l’emploi a été adoptée) par
rapport à l’Allemagne, à la France et aux Pays-Bas ([7]). Toutefois, lorsqu'on mesure cet écart, on ne tient compte que des
réductions directes de cotisations de sécurité sociale, et non des «subventions
salariales» auxquelles les autorités belges ont eu de plus en plus recours au
cours de la dernière décennie. En outre, l'écart salarial n'est calculé que sur
une base agrégée, indépendamment des disparités sectorielles. Enfin, si l’on
considère isolément le coût horaire de la main-d'œuvre, on ne tient pas compte
de la dynamique de la productivité. Ces lacunes, ajoutées au caractère
arbitraire du choix de l’année de référence, ont déclenché un débat sur
l’ampleur exacte de l’écart salarial effectif. Pour aplanir la controverse qui
s'éternisait, les autorités ont mis en place un groupe d’experts, qui a publié
un premier rapport en juillet 2013. Même s'il n'est pas parvenu à mettre un
terme à la confusion conceptuelle qui a troublé le débat sur l'évolution du
coût salarial en Belgique, le rapport aborde de nombreuses questions
intéressantes (voir encadré 3.1). Le
gouvernement belge a commandé un rapport de suivi pour juin 2014. Comme le souligne le rapport du groupe
d'experts, les secteurs industriels belges, en particulier,
et plus spécifiquement les activités manufacturières sont confrontés à un grave
problème de détérioration de la compétitivité-coûts, comme en témoigne
l'évolution des marges bénéficiaires. La marge intersectorielle moyenne a
oscillé entre 25 % et 30 % ces dernières années. Cela dénote certes
une situation plus favorable qu'en France, mais le niveau atteint est inférieur
aux marges réalisées en Allemagne et aux Pays-Bas, même si la différence avec
ces derniers est limitée et constante. En outre, la stabilité de la marge
moyenne masque une tendance à la détérioration des performances des activités
manufacturières, avec des marges nettement inférieures à celles observées en
Allemagne et aux Pays-Bas, où elles ont augmenté ces dernières années (voir
graphique 3.7). Si (toutes) les
subventions salariales sont prises en compte, les marges s'améliorent
légèrement, même si la tendance négative subsiste, de même que l’écart
important par rapport aux Pays-Bas et à l’Allemagne, où les subventions
salariales ne jouent qu’un rôle marginal. La Belgique combinant un coût horaire de la
main d’œuvre élevé avec un niveau de productivité élevé, en particulier dans
l’industrie manufacturière, la question se pose de savoir dans quelle mesure
des salaires élevés suscitent une productivité élevée.
Des indicateurs font état d'un renforcement de l'intensité capitalistique en
Belgique([8]), comme le
montre aussi le graphique 3.8([9]), ce qui donne à penser que le niveau global de productivité élevé
découle dans une certaine mesure du remplacement du facteur travail par le
facteur capital et d'un glissement progressif vers des activités du haut de
l’échelle salariale, associé à l'application de techniques de production à intensité
de capital de plus en plus forte et à la hausse des salaires moyens
parallèlement à la hausse de la part de main d'œuvre qualifiée. Cette évolution
a toutefois un impact négatif sur l’emploi, entraînant l'éviction de la
main-d’œuvre moins qualifiée du marché de l'emploi et augmentant le risque de
déséquilibres sur ce marché. Le niveau de productivité plus élevé explique donc
en partie le faible taux de participation au marché du travail en Belgique,
notamment parmi les travailleurs peu qualifiés (voir la section 3.1.4). Qui plus est, le renforcement de
l'intensité capitalistique de l’industrie manufacturière belge semble ne pas
avoir mis un frein à la tendance à long terme à la désindustrialisation. Le graphique 3.9 montre
comment l'industrie (manufacturière) belge a perdu relativement plus de
terrain, en termes de valeur ajoutée totale, que celle d'autres pays. Bien
qu’une perte comparable ait été observée en France, les Pays-Bas et l’Allemagne
ont été en mesure d’arrêter et même de renverser la tendance à la baisse, ce
qui démontre que cette tendance n'est pas inéluctable. La part de la Belgique
dans la valeur ajoutée totale dans la zone euro a chuté de 11 % entre 2000
et 2012, une performance moins mauvaise que celle observée en France (-
20 %), mais inférieure à celle enregistrée en Allemagne (+12%) et aux
Pays-Bas (+9%). Le degré déjà élevé de renforcement de
l'intensité capitalistique réduit les possibilités de gains de productivité
futurs, ce qui fragilise le potentiel de croissance.
Ce problème est particulièrement préoccupant du fait que les services marchands
n’ont pas pu enregistrer une forte croissance de la productivité et que le
niveau atteint est toujours inférieur à celui observé dans l’industrie (BNB,
2013). Il peut aussi en résulter un risque de délocalisation accélérée à
l’avenir. La forte tendance à privilégier la création
d’emplois dans le secteur non marchand au moyen de subventions salariales et
d'emplois dans le secteur public a compensé la suppression nette d’emplois
constante dans l'industrie. Les années de crise n'ont
fait qu'accélérer un processus de pertes nettes d’emplois dans la plupart des
secteurs industriels. Cela s'est particulièrement vérifié pour le secteur de
l'assemblage de véhicules, l'industrie textile, la métallurgie, les produits
chimiques et les métaux non ferreux, qui sont tous des secteurs à forte
intensité de main-d’œuvre (Vandekerckhove, Struyven & Heylen, 2013). B. Mesures gouvernementales concernant la
compétitivité-coûts Pour empêcher que la différence de salaires
par rapport aux pays voisins ne continue de s'accroître, les autorités belges
ont imposé un gel des salaires réels (norme salariale nulle) aux partenaires
sociaux pour la période 2013-2014, une décision qui devra plus que probablement
être prolongée en 2015-2016. D'autres mesures ont été
prises pour réduire l'écart de salaire, comme par exemple toute une série de
réductions limitées de cotisations de sécurité sociale pour les employeurs - le
niveau élevé des coûts salariaux trouvant son origine dans la fiscalité élevée
- et des interventions méthodologiques au niveau du mesurage des pressions sur
les prix par l'indice santé ([10]). Les pressions
sur les prix telles que mesurées par l'IPCH standardisé ont été en moyenne de
0,4 point de pourcentage supérieures à celles enregistrées dans les pays
voisins au cours de la dernière décennie (voir graphique 3.10). Cette différence peut être imputée dans une
large mesure aux produits énergétiques, avec une différence de prix moyenne de
1,3 point de pourcentage sur la même période. Les fluctuations des prix
internationaux de l'énergie ont un effet plus marqué sur l'économie belge([11]), l'impact d'un choc pétrolier sur la compétitivité étant plus fort en
Belgique que dans les pays voisins (Bodart & Shadman, 2013). Les mesures prises par le gouvernement pour
stimuler la concurrence et améliorer la transparence sur les marchés nationaux
de l’énergie ont toutefois inversé ce différentiel de prix depuis le milieu de
l’année 2012. L'inflation globale s'est dès lors
rapprochée de l'inflation de la zone euro et de la croissance moyenne des prix
dans les pays voisins (voir graphique 3.10). Cette réduction de la pression
inflationniste peut permettre à la Belgique d'atteindre plus facilement la
modération salariale, compte tenu de l'impact réduit de l'indexation des
salaires sur la croissance totale des salaires. Toutefois, comme les années précédentes,
l’inflation de base reste plus élevée que dans les pays voisins. Cela pourrait
s'expliquer à la fois par le fonctionnement non optimal de certains marchés de
produits (CE, 2013) et par les effets de second tour d’une pratique répandue
d’indexation des prix dans l'ensemble des secteurs (loyers et polices
d’assurance, par exemple). À la fin de 2013, les autorités belges ont
annoncé un «pacte pour la compétitivité et l’emploi» entre le gouvernement
fédéral et les entités fédérées. Au niveau fédéral, ce
pacte prévoyait une réduction du taux de TVA sur l'électricité (voir encadré 3.2) ainsi que trois réductions structurelles
supplémentaires des cotisations de sécurité sociale (en 2015, 2017 et 2019) de
450 millions d'EUR chacune, dont un tiers serait alloué à des réductions
linéaires, un tiers aux bas salaires et un tiers aux secteurs exposés à la
concurrence internationale et dont le potentiel de croissance est mis à mal par
l'évolution du coût de la main d'oeuvre par rapport à la productivité. Ces
réductions (envisagées) seraient accompagnées de mesures plus limitées ciblant
notamment les PME, le travail posté et les jeunes chômeurs. Dans le cadre du
pacte, les régions ont également annoncé un certain nombre d’initiatives, la
Flandre prévoyant notamment un budget de 125 millions d’EUR pour réduire les
coûts salariaux pour les travailleurs de moins de 30 ans et de plus de 55 ans. Un grand nombre des mesures annoncées
auront un impact budgétaire important, mais non financé. C’est le cas de la triple réduction de 450 millions d'EUR des
cotisations patronales ([12]) ainsi que de
la réduction du taux de TVA sur l’électricité dans le cas où les autorités lui
conféreraient un caractère permanent. La mise en place de mesures de
financement d'accompagnement aurait rendu ces réductions plus crédibles et -
plus important encore - aurait permis de concilier l'ambition de la coalition
sortante d'améliorer la compétitivité-coûts pendant la prochaine
législature - la triple réduction a été décidée par voie législative - avec les
marges budgétaires déjà très serrées disponibles pendant cette période. En plus de prendre des mesures visant à
corriger la croissance excessive des salaires dans le passé, le gouvernement a
tenté en vain de modifier la loi de 1996 pour
empêcher le découplage futur des salaires et de la productivité.
Selon les informations disponibles, plusieurs options de réforme auraient été
examinées, mais les négociations seraient dans l’impasse en raison de
désaccords au sein du gouvernement de coalition et la réforme n'a finalement
pas été intégrée dans le pacte de compétitivité de 2013. Aussi la réforme
sera-t-elle probablement reportée après les élections de mai. Si les négociations
gouvernementales continuent de s'éterniser, la nouvelle loi pourrait ne pas
être instaurée à temps pour s'appliquer à l'accord interprofessionnel
2015-2016. Une des options de réforme examinées consisterait à introduire une
méthode plus contraignante de fixation de la norme salariale, obligeant
légalement les partenaires sociaux à tenir compte des évolutions salariales du
passé pour fixer la norme de telle façon que l'écart de salaires accumulé soit
progressivement réduit. Une autre modification proposée obligerait le
gouvernement à intervenir d'une manière juridiquement contraignante chaque fois
que les partenaires sont en désaccord ou ne respectent pas les exigences plus
strictes de la loi. Des sanctions plus sévères seraient également instaurées
pour les employeurs en cas de non-respect de la norme salariale par les
conventions collectives conclues à un niveau inférieur. Si elles sont adoptées, de telles réformes
rendraient le cadre de négociations salariales plus coercitif, même s'il
subsisterait d'importantes lacunes. Une première
lacune est l'absence de lien entre la fixation des salaires et l'évolution de
la productivité permettant de garantir l'emploi à plus long terme. Cependant,
l’existence d'importantes différences sectorielles en matière de productivité
signifie que l’introduction de la productivité dans la fixation des salaires,
au niveau interprofessionnel national, fausserait gravement les chiffres. Il
serait donc plus approprié de l'intégrer aux niveaux inférieurs. Cela
nécessiterait une procédure plus décentralisée que celle actuellement appliquée
avec la fixation d’une norme salariale nationale. Une telle décentralisation
permettrait aux secteurs et aux entreprises de mieux aligner leur politique salariale
sur leurs résultats, ainsi qu'une réaffectation plus progressive de la
main-d’œuvre des activités en déclin vers des secteurs en expansion. En outre, même si la norme salariale
nationale était rendue plus stricte, l’écart de salaires pourrait encore se
creuser en raison du recours généralisé à l’indexation automatique des salaires
au niveau sectoriel. Si le cadre actuel limite la
croissance des salaires réels, il ne fait pas obstacle à la faculté, pour les
partenaires sociaux, de conclure des accords d’indexation des salaires au
niveau qui leur convient le mieux. Par conséquent, une part importante de la
marge de croissance des salaires sort du champ d’application de la loi sur la
compétitivité et l’emploi et est exclue des négociations salariales, ce qui
entrave la capacité d’adaptation de l’économie. Pour réduire le risque de
pression inflationniste alimentant la croissance des salaires nominaux au-delà
de la hausse des niveaux de productivité relatifs par rapport aux pays
voisins, on pourrait envisager un système où l'équivalent financier des hausses
de l'indice santé ne serait que partiellement affecté aux hausses des salaires
nominaux, le solde étant consacré à d'autres formes de rémunération (non
salariale) et/ou à des investissements dans la formation et le capital humain.
Des accords globaux plafonnant la croissance totale des salaires produiraient
des résultats similaires. Coûts de l’énergie([13]) L’énergie étant un élément clé de nombreux
procédés de production, ses coûts directs relatifs constituent un facteur de
compétitivité pour l’industrie. En conséquence, outre
les coûts de la main-d’œuvre, les quantités d'énergie consommée peuvent
également être à l’origine de la perte de compétitivité-coûts observée.
Toutefois, un autre facteur tout aussi important est l’intensité d’utilisation.
Pour pouvoir se faire une idée plus complète du rôle joué par l’énergie en
matière de compétitivité industrielle, il convient de tenir compte de ces deux
facteurs en examinant les coûts énergétiques unitaires réels, c'est-à-dire les
montants consacrés à l’énergie (dont les éléments autres que les matières
premières, tels que les taxes) nécessaire pour obtenir une unité de valeur
ajoutée. En ce qui concerne les secteurs manufacturiers, le niveau des coûts
énergétiques unitaires réels enregistré en 2011 en Belgique est comparable à
celui des Pays-Bas, mais supérieur à celui de la France et, en particulier, de
l'Allemagne (graphique 3.11). Selon
les estimations, c'était encore le cas en 2013([14]). La décomposition de l'évolution des coûts
énergétiques unitaires réels pendant la période 1995-2011 à l'aide d'une
analyse shift-share montre qu'en Belgique, la hausse de ces coûts enregistrée
dans le secteur manufacturier est due, pour une part relativement importante, à
des effets de restructuration et d'interaction,
ce qui montre que, davantage encore que dans les pays voisins, la hausse a
concerné les industries manufacturières dont (i) les coûts énergétiques
initiaux étaient relativement élevés ou dont (ii) les coûts de l’énergie ont
plutôt sensiblement augmenté. Il apparaît ainsi que c'est la structure de
production, plutôt que les coûts unitaires de l'énergie, qui explique le niveau
relativement élevé des coûts énergétiques unitaires réels en Belgique. Cette
tendance est confirmée par l'analyse contradictoire qui montre que, dans
l'hypothèse où les parts du secteur manufacturier des pays voisins seraient
identiques aux parts enregistrées en Belgique, les coûts énergétiques unitaires
réels du secteur manufacturier seraient, en réalité, plus élevés dans les pays
voisins qu'en Belgique pour 2011 (voir graphique 3.12). 3.1.4. Fonctionnement
du marché du travail L'incidence de la crise sur l'emploi a été
relativement limitée. Cela s'explique en partie par le
renforcement des dispositifs de chômage partiel et l'intensification du recours
aux mesures d'aide à l'emploi et d’activation au cours des dernières années. Le
taux de chômage a augmenté, passant de 7,6 % en 2012 à 8,4 % en 2013,
la moyenne de l’UE-28 étant de 10,9 %. Les performances du marché du
travail se caractérisent toutefois par d'importantes disparités entre les
sous-catégories de population (voir graphique 3.13) et les régions (voir graphique 3.14)([15]). En conséquence, des zones et secteurs caractérisés par des marchés
du travail tendus et des pénuries de compétences freinant la croissance
coexistent avec d’autres où des taux de chômage élevés persistent. Ces problèmes profondément enracinés dans
le marché du travail continuent d'entraîner une sous-utilisation chronique de
la main d'œuvre. Les taux d'activité et d'emploi
continuent de stagner et restent inférieurs à la moyenne de l'UE-28
(respectivement 72,5% contre 76,5% et 67,2% contre 68,2% en 2012). Le chômage
de longue durée exprimé en pourcentage du total des chômeurs reste élevé et est
systématiquement supérieur à la moyenne de l’UE-28 depuis plusieurs années. Ce
n’est que récemment, principalement à la suite de la crise qui a lourdement
frappé le marché du travail d’un certain nombre d’États membres, que le taux de
chômage de longue durée de la Belgique s’est rapproché de celui de l’UE-28 (en
2012, 45,9 % contre 46,1 %). Les travailleurs peu qualifiés, les jeunes,
les personnes âgées et les ressortissants de pays tiers sont les
sous-catégories les moins actives sur le marché du travail, avec des niveaux
largement inférieurs à la moyenne de l'UE (voir
graphique 3.13). Selon les
estimations de l’OCDE (2013), l’impact budgétaire d'initiatives visant à amener
les taux d’emploi des ressortissants de pays tiers au même niveau que le taux
observé pour les nationaux avoisinerait 1 % du PIB, soit le taux le plus
élevé des pays de l’UE. En outre, comme le montre le graphique 3.14, il subsiste d'importantes disparités
géographiques en termes d'emploi et de chômage, Bruxelles enregistrant par
exemple un taux de chômage quatre fois supérieur à celui de la province voisine
du Brabant flamand. Les performances moyennes du marché belge
du travail s'expliquent par un certain nombre de facteurs, à savoir 1) le coin fiscal pesant sur le travail le plus élevé (et
toujours en hausse) de l'UE qui, par son interaction avec le système de
prestations sociales, crée d'importantes trappes à chômage et à inactivité pour
la plupart des catégories de travailleurs (voir ci-dessous); 2) une importante
inadéquation verticale et horizontale des compétences([16]), empêchant une affectation efficace des ressources sur le marché du
travail; 3) des politiques d'activation moyennement efficaces; 4) un recours
généralisé - quoiqu'en baisse - aux régimes de préretraite et de retraite
anticipée et 5) un système de fixation des salaires ne laissant qu'une marge
limitée de différenciation entre les secteurs, ce qui prive les plus productifs
d'entre eux de la possibilité d'utiliser les salaires pour attirer de la main
d'œuvre qualifiée. En outre, des pratiques courantes telles que celle
consistant à récompenser l'ancienneté sectorielle par des salaires plus élevés,
des indemnités potentielles de rupture de contrat et des possibilités de
retraite anticipée continuent de décourager la mobilité. Ces différents facteurs contribuent à limiter
le potentiel de croissance en compromettant l’utilisation efficace de la
main-d’œuvre et sa répartition optimale, avec des répercussions négatives sur
la productivité générale, la capacité d’ajustement et, en fin de compte, la
création d’emplois. En outre, les insuffisances du
marché du travail exercent une forte pression sur le système de sécurité
sociale et les finances publiques en général. Dans le cadre de la procédure
concernant les déséquilibres macroéconomiques, l'attention se concentrera sur les
allocations de chômage et les politiques actives du marché du travail, qui sont
plus directement en lien avec les finances publiques et le potentiel de
croissance. Afin d’accroître les incitations à
l'emploi, les autorités belges ont adopté une réforme du système d'allocations
de chômage et pris des mesures ciblées visant à réduire le coin fiscal pesant
sur le travail. Ainsi, par exemple, le «bonus à
l'emploi» prévu pour les travailleurs à plus faible salaire a été augmenté à
plusieurs reprises([17]). Si l’on peut
s’attendre à ce que ces mesures réduisent quelque peu les trappes à chômage et
à inactivité au bas de l’échelle des salaires, leur effet n’est toutefois pas
encore pleinement visible dans les dernières données disponibles([18]). Néanmoins, il est clair que les trappes à chômage historiques, en
Belgique, sont à la fois de taille et généralisées. Selon les chiffres les plus
récents fournis par le modèle de fiscalité et de prestations sociales appliqué
par l’OCDE([19]), elles
comptent parmi les plus élevées de l’UE. En ce qui concerne la trappe à chômage, sur
30 catégories de travailleurs identifiées dans le modèle de l'OCDE, la Belgique
a enregistré des résultats supérieurs ou équivalents à la moyenne de l'UE dans
4 catégories en 2001, huit en 2006 et seulement six en 2012 (voir graphique 3.15). En
2012, la trappe à chômage pour les travailleurs à faible salaire gagnant
67 % du salaire moyen lors de la reprise du travail était supérieure à la
moyenne de l’UE pour toutes les configurations familiales, en particulier pour
les célibataires et les couples à deux revenus au sein desquels le salaire le
plus élevé équivaut à 100 % du salaire moyen. Les trappes à chômage élevées n’ont pas
échappé à l’attention des responsables politiques. Au
cours des dernières années, ces derniers ont tenté de résoudre le problème au
moyen de mesures ciblant le bas de l’échelle des rémunérations. Les mesures
prises au cours des dernières années ont en effet conduit à une diminution des
trappes à chômage des très bas salaires (jusqu’à 50 % du salaire moyen)
pour tous les types de famille. Toutefois, la trappe a été élargie pour les
travailleurs gagnant 67 % et plus du salaire moyen, les parents isolés ou
les célibataires étant à nouveau ceux qui ont pâti des incitations financières
à ne pas travailler les plus élevées. Dans l’ensemble, les seules catégories
pour lesquelles la Belgique obtient de meilleurs résultats que la moyenne de
l’UE sont les ménages à très faible revenu (33 % maximum du salaire
moyen). En comparaison avec les trois pays voisins,
le tableau est plus mitigé. Selon une étude réalisée
par le Conseil central de l'économie (2012), le taux de remplacement net en
Belgique enregistre de fortes variations en fonction du niveau salarial, les
salaires les plus bas étant davantage protégés que dans les pays voisins et les
salaires correspondant à 100 % du salaire moyen et plus bénéficiant d'une
protection moindre que dans chacun des pays voisins.([20]) Si l'on prend en considération les prestations d'aide sociale
complémentaires, la famille moyenne de quatre personnes trouvera une meilleure
protection en Allemagne et aux Pays-Bas qu'en Belgique pour les salaires
équivalant à 67 % du salaire moyen. Les familles percevant un salaire
équivalant à 100 % du salaire moyen seront, dans un premier temps, mieux
protégées dans les pays voisins qu'en Belgique, bien que les réductions de
prestations inversent la tendance après 23 mois aux Pays-Bas et
25 mois en France et en Allemagne. La récente réforme du système d'allocations
de chômage introduit quelques nouveautés importantes dans la structure de
l'assurance chômage. Le rythme auquel sont
réduites les allocations de chômage classiques au fil du temps est accéléré
depuis novembre 2012. À cet effet, le taux de remplacement net a été
relevé pour les six premiers mois (65 % du salaire brut plafonné à un
salaire brut de référence de 2 370,80 EUR pour les trois premiers
mois, et 60 % du même salaire de référence pour les trois mois suivants)
et reste au même niveau qu'avant la réforme pour les six mois suivants
(60 % du salaire brut plafonné à 2 209,6 EUR). Après cette
première année, les allocations de chômage diminuent en plusieurs paliers, à un
rythme qui dépend de la composition du ménage et de la durée de la période de
cotisation précédente. Après une période de 16 à 48 mois, les demandeurs
d'emploi retombent à un forfait légèrement supérieur aux prestations d'aide
sociale. ([21]) Des exceptions
sont prévues pour les personnes mises en chômage temporaire, certaines
catégories de chômeurs âgés ou ayant occupé un emploi de longue durée, ainsi
que les chômeurs présentant un handicap.([22]) Parallèlement, les conditions d'admissibilité ont été assouplies en
allongeant les périodes de référence utilisées pour le calcul de l'expérience
professionnelle passée (de 18, 27 et 36 à respectivement 21, 33 et
42 mois) et en assimilant également les périodes d'activité dans le cadre
de programmes de réinsertion sur le marché du travail à du travail salarié. Par
ailleurs, les politiques d'activation et conditions de disponibilité au travail
ont été renforcées. Les réformes ont également limité à trois ans maximum
la période au cours de laquelle les jeunes de plus de 18 ans entrant sur
le marché du travail peuvent recevoir une «allocation d'insertion».([23]) En vue d'accroître la participation au
marché du travail, il est indispensable de trouver le juste équilibre entre,
d'une part, la combinaison de systèmes de prestations bien pensés (avec
dégressivité des prestations au fil du temps) avec des exigences adéquates en
matière de recherche d'emploi et, d'autre part, une aide efficace à la
recherche d'un emploi et une offre de possibilités de formation.([24]) La réforme de
l'allocation de chômage promulguée par les autorités belges constitue un pas
sur la voie d'un tel équilibre. Toutefois, la complexité de la méthode belge de
calcul des prestations pourrait entraver les effets incitatifs du système dans
son ensemble. De même, l'élargissement progressif des politiques d'activation à
la catégorie d'âge des seniors et la hausse du taux de chômage font augmenter
la demande de suivi en temps utile, de conseils en recherche d'emploi ainsi que
de services de recyclage de la part des services publics pour l'emploi, ce qui
pourrait exacerber les problèmes actuels de capacités. Les trappes à inactivité sont également
considérables et figurent parmi les plus grandes au sein de l'UE. Pour les personnes qui n'entrent pas dans les conditions du système
d'allocations de chômage, ou n'y ont pas accès, mais sont en revanche couvertes
par l'aide sociale, les trappes à inactivité excèdent sensiblement la moyenne
de l'UE, et ce pour toutes les catégories de travailleurs et tous les types de
famille. Les données de 2012 montrent que les très bas revenus, à 30 % du
salaire moyen, sont lourdement dissuadés, du point de vue financier, de
participer au marché de l'emploi, a fortiori s'ils sont parents célibataires,
célibataires, ou sont en couple à un seul salaire avec ou sans enfant.([25]) Une étude réalisée par le Centre public d'aide sociale (2012)
confirme que les parents célibataires ayant des enfants à charge et touchant un
revenu proche du salaire minimum continueront de percevoir plus d'argent et de
prestations dans le cadre de l'aide sociale que s'ils acceptent un travail, et
sont donc fortement découragés de chercher activement un emploi. Par ailleurs,
il existe d'importantes trappes à bas salaires dans la plupart des catégories
de travailleurs et compositions de ménage, qui n'encouragent pas les
travailleurs peu qualifiés à travailler plus ou à s'efforcer de progresser et
de mettre leurs compétences à niveau, en raison de la perte des prestations
consécutive à la hausse du niveau salarial. Cet état de fait a à son tour des
conséquences sur la compétitivité via une moindre croissance de la
productivité. Le marché du travail belge est également
caractérisé par une forte inadéquation entre compétences et emplois. Ainsi que le montre l'évolution de la courbe de Beveridge (voir le
graphique 3.16), l'efficience du
processus d'appariement ne s'est pas significativement détériorée après la
crise.([26]) Au cours de la
période 2008-2009, le nombre de postes vacants a chuté et le taux de chômage a
augmenté, avant que l'inadéquation ne s'accentue en 2010, la situation se
caractérisant alors par un nombre de postes vacants et un taux de chômage plus
élevés. En 2011 et 2012, le chômage s'est contracté et les postes vacants sont
devenus plus nombreux, avant un retour au niveau de 2010 à la mi-2013. Une inadéquation importante et persistante
existe néanmoins entre les compétences et les emplois, les offres d'emploi
étant concentrées sur les profils hautement qualifiés, tandis qu'un vivier de
travailleurs peu qualifiés est grandement inexploité.
De plus, il apparaît que l'inadéquation, même si elle concerne l'ensemble du
pays, concerne en particulier Bruxelles (Zimmer, 2012). Comme
illustré au graphique 3.17, plus
de 80 % de la population active ayant un diplôme de l'enseignement
supérieur a un emploi en Belgique, alors que les taux d'emploi chez les
travailleurs moyennement qualifiés et les travailleurs faiblement qualifiés
sont respectivement supérieurs à 60 % et inférieurs à 40 %. Bien que le problème ait été reconnu par
les autorités, les initiatives visant à accroître le nombre de diplômés en
sciences et en ingénierie, ainsi qu'à rediriger les jeunes vers les professions
techniques, n'ont pas porté leurs fruits à ce jour. La
Belgique continue d'afficher un taux inférieur à la moyenne en ce qui concerne
les diplômés en mathématiques, en sciences et en technologies par rapport à
l'UE (1,26 %, contre 1,68 % des jeunes âgés de 20 à 29 ans en
2011). Or, tant les travailleurs que l'économie profiteraient d'une orientation
des étudiants vers ces filières étant donné que l'écart salarial entre les
travailleurs faiblement/moyennement qualifiés et les travailleurs hautement
qualifiés pour la même catégorie d'âge est considérable (voir le
graphique 3.18) et qu'une
proportion plus élevée de travailleurs hautement qualifiés sur l'ensemble de la
main-d'œuvre s'accompagnerait d'une hausse de la productivité du travail. Les politiques d'activation sont également
importantes pour améliorer l'adéquation entre compétences et emplois. Bien que la Belgique compte parmi les pays qui dépensent le plus dans
les politiques actives du marché du travail en part du PIB ([27]), les bénéfices restent inchangés, ainsi qu'il peut être conclu du
taux d'emploi toujours inférieur à la moyenne, bien que, parallèlement, le taux
de chômage soit demeuré largement stable en dépit de la crise économique et
financière. La dernière réforme des allocations de chômage englobait également les
politiques d'activation, dotées d'un suivi plus rapide et plus intensif des
demandeurs d'emploi, ce qui devrait améliorer leurs chances de trouver un
travail et leur orientation vers les compétences demandées. Les effets négatifs des trappes à chômage
et à inactivité sur la participation au marché du travail sont reconnus par les
autorités belges. Des mesures sont effectivement
prises pour remédier à la question([28]), mais, si elles doivent encore produire pleinement leurs effets, il
est peu probable qu'elles soient suffisamment ambitieuses pour résoudre
complètement le problème. Alors que la trappe à chômage au bas de l'échelle
salariale s'est en effet affaiblie quelque peu, des trappes à chômage
substantielles demeurent omniprésentes pour les ménages touchant des salaires
légèrement supérieurs. Compte tenu des baisses déjà considérables
des cotisations de sécurité sociale en faveur des salaires les plus faibles,
cette approche offre une marge de manœuvre limitée pour d'éventuelles
réductions supplémentaires du coin fiscal. À cet
égard, une réforme approfondie du régime fiscal serait probablement plus
efficace (voir la section 4). Un glissement fiscal du travail vers d'autres
assiettes pourrait en effet contribuer à rendre le travail plus rémunérateur et
encourager les personnes au chômage à retourner sur le marché de l'emploi. Des
adaptations supplémentaires pourraient également être envisagées pour réduire
les mesures qui dissuadent les deuxièmes salaires d'accepter du travail; elles
pourraient consister par exemple à réduire le taux d'imposition effectif moyen
pour les secondes sources de revenus par rapport aux personnes seules ou en
déplaçant (partiellement) les allocations familiales versées en liquide vers
des prestations en nature afin de faciliter la participation au marché du
travail. Enfin, la mise en œuvre de la sixième réforme de l'État et la
régionalisation accrue, qui en résulte, des politiques d'activation offrent la
possibilité de réexaminer globalement l'efficacité des différentes mesures en
place. Cette occasion peut être saisie afin de rationaliser les programmes
existants d'activation et d'incitation à l'emploi et de les intégrer dans une politique
cohérente adaptée aux besoins des marchés du travail régionaux. Conclusion sur la compétitivité extérieure La Belgique continue de perdre des parts de
marché à l'exportation à un rythme inquiétant et plus rapide que la plupart des
autres pays de l'UE. Cette tendance s'explique en partie par l'accent qui est
traditionnellement mis sur les marchés proches géographiquement, qui sont
cependant dotés d'une croissance plus lente. Alors que des signes indiquent que
ce dernier facteur est doucement en voie d'amélioration, l'autre cause majeure,
à savoir l'évolution des coûts, continue de peser sur la capacité des
producteurs belges à rivaliser avec succès avec leurs concurrents
internationaux. La perte de compétitivité-coûts transparaît d'indicateurs tels
que les marges bénéficiaires et la création d'emplois, ce qui constitue une
menace pour le potentiel de croissance durable. Aussi la perte de compétitivité
est-elle toujours considérée comme une menace pour la stabilité de l'économie
belge à moyen terme. Ces dernières années, les autorités belges ont
engagé une série d'actions pour remédier à ce déséquilibre, notamment en ce qui
concerne l'évolution du coût salarial, mais aussi, par exemple, pour ce qui est
de la stimulation d'activités innovantes visant à mieux aligner la gamme de
produits sur les coûts du travail. Toutefois, la mesure dans laquelle la
compétitivité belge s'en trouvera améliorée est fonction de l'évolution des
autres pays. Des réformes étant adoptées dans toute l'Europe, la Belgique doit
veiller à ne pas prendre de retard. Pour ce faire, des mesures plus ambitieuses
et rapides s'imposent, y compris une refonte complète du système fiscal afin de
rééquilibrer la fiscalité en la faisant peser davantage sur les sources autres
que le travail, une réforme du système de fixation des salaires afin de
permettre une différentiation et une cyclicité plus grandes, ainsi que des
mesures pour remédier aux dysfonctionnements persistants du marché du travail. 3.2. Endettement En avril 2013, la Commission a conclu
à l'existence, en Belgique, de déséquilibres macroéconomiques en ce qui
concerne son endettement, en particulier pour ce qui est des conséquences du
niveau élevé de la dette publique sur l'économie réelle. Dans cette section, nous examinerons l'évolution récente du niveau de
la dette publique et évaluerons plus en détail les risques potentiels qu'elle
constitue. Le bilan approfondi de l'année passée avait
également abouti à la conclusion selon laquelle le niveau d'endettement du
secteur privé, élevé en termes de dette non consolidée, ne laissait pas
entrevoir de risques compte tenu du niveau de dette consolidée encore
raisonnable. La grande divergence entre les deux
niveaux pourrait s'expliquer par la masse importante de prêts intragroupe entre
les sociétés non financières, favorisée par des régimes fiscaux avantageux, qui
ne constitue pas un déséquilibre macroéconomique. Nous réévaluerons dans cette
section la validité de cette conclusion. 3.2.1. Évolution récente de la dette publique Selon les prévisions de l'hiver 2014
de la Commission européenne, la dette publique consolidée a atteint presque
100 % du PIB à la fin de l'année 2013([29]), niveau équivalent à celui de la fin 2012. Ce chiffre est nettement au-dessus du seuil d'activation de la PMD,
fixé à 60 %, et également supérieur à l'agrégat ZE (95 % du PIB en
2013). Toutefois, en dépit d'interventions massives dans le secteur financier
et d'un déficit supérieur aux 3 % du PIB de 2009 à 2012, l'augmentation de
la dette depuis le début de la crise économique et financière est nettement
moins prononcée en Belgique que dans nombre d'autres États membres et que dans
la zone euro dans son ensemble (voir le graphique 3.19). Comme la hausse de l'endettement est allée
de pair avec l'accumulation d'actifs dans le secteur financier, l'augmentation
de la dette nette a été davantage contenue. Cette
augmentation s'est élevée à 8 points de pourcentage du PIB
depuis 2007 (contre plus de 20 points de pourcentage dans la zone
euro). Le ratio net de la dette publique est resté globalement stable
depuis 2011, se situant désormais aux alentours du niveau observé en 2005. En 2013, le solde primaire des
administrations publiques s'est avéré positif pour la première fois depuis le
début de la crise. Cependant, l'effet boule de neige
négatif s'est poursuivi, les dépenses d'intérêt - bien qu'historiquement
basse - excédant la croissance nominale du PIB (voir le graphique 3.20). Afin d'honorer l'engagement qu'il a
lui-même pris en faveur du maintien du taux d'endettement sous les 100 %
du PIB en 2013([30]), le gouvernement s'est défait de plusieurs actifs, tels que le
portefeuille d'investissement de Royal Park Investments (0,2 % du
PIB), la participation dans BNP Paribas Fortis (0,8 % du
PIB) et la créance sur les futurs loyers du bâtiment Berlaymont (0,2 % du
PIB). KBC a remboursé un prêt s'élevant à 0,5 % du PIB. Pour autant, ces
opérations ont été partiellement neutralisées par des ajustements négatifs
entre stocks et flux, tels que la contribution au FESF et au MES (0,6 % du
PIB). De plus, la vente d'actifs n'améliore que le taux d'endettement brut,
l'effet sur la dette nette étant neutre. À politique inchangée, le ratio de la dette
brute devrait, selon les prévisions, poursuivre sa tendance à la hausse en 2014
pour atteindre 100,5 % du PIB, en grande partie à cause des ajustements
stocks-flux (contribution au FESF et au MES), avant de commencer à diminuer en
2015. Les engagements pris en faveur de
l'assainissement budgétaire, s'ils sont respectés, devraient permettre une
réduction solide de la dette publique belge dans les années à venir. Cependant,
la réduction de l'endettement reste entravée par la faiblesse de l'inflation,
une croissance du PIB atone et, à plus long terme, les incidences du
vieillissement de la population (voir le point 3.2.3). Les sections suivantes s'attacheront à mettre
en perspective le taux élevé de la dette publique belge. 3.2.2. Risques de tension budgétaire à court terme Malgré le niveau élevé de sa dette
publique, la Belgique semble avoir regagné rapidement la confiance du marché
après l'envolée soudaine des primes de risque sur les obligations belges vers
la fin de 2011. Le pays bénéficie à l'heure actuelle
de coûts de financement relativement bas (voir le graphique 3.21). En refinançant sa dette à de faibles taux
d'intérêt, la Belgique a eu les coudées franches pour réduire drastiquement la
charge d'intérêts du pays, même après que les niveaux de la dette sont une fois
de plus repartis à la hausse. Aujourd'hui, les taux d'intérêt sur les
obligations belges sont à un niveau historiquement bas et les spreads vis-à-vis
des obligations allemandes se sont rapprochés de ceux des pays du noyau dur (voir le graphique 3.22). En
plus des mesures de la BCE et des progrès politiques observés au niveau de
l'architecture de l'UEM, la confiance restaurée sur le marché pourrait
probablement être également attribuée à l'expérience réussie de la Belgique
dans la mise en œuvre de plans ambitieux d'assainissement budgétaire, notamment
dans les années 1980 et 1990 ([31]). De même, la
relative bonne santé du secteur privé (voir ci-dessous) pourrait avoir joué un
rôle. Cependant, se trouvant en quelque sorte dans un mouvement de balancier
entre les États du noyau dur et les pays périphériques, la Belgique pourrait
voir sa prime de risque croître rapidement en cas de nouvelles turbulences
financières dans la zone euro ou de retour de l'instabilité politique dans le
pays. Pour l'instant, la Belgique ne semble pas
exposée à un risque de tension budgétaire à court terme. La maturité moyenne du portefeuille de la dette (fédérale) est
relativement longue ([32]), s'élevant à
7,6 ans à la fin de l'année 2013 (Agence de la dette belge, 2014). Le
gouvernement belge a mis à profit la conjoncture actuelle pour refinancer, à de
faibles taux, l'encours de la dette et préfinancer une partie des besoins de
financement pour 2014. Le risque de refixation à 12 mois et à
60 mois([33]) de la dette
fédérale a diminué, passant de 20,3 % et 56,8 % à la fin de 2012
à 15,8 % et 51,3 % à la fin de 2013 (Agence de la dette belge,
2014). Bien que les risques de tension budgétaire
à court terme semblent contenus, une période prolongée de taux d'intérêt plus
élevés sur la dette publique aurait une incidence considérable sur les finances
publiques de la Belgique (voir également le graphique 3.23). Des dépenses d'intérêt plus importantes
devraient être compensées par une pression fiscale accrue ou des coupes dans
les dépenses dans d'autres domaines, ce qui pourrait, à son tour, avoir des
conséquences sur l'activité économique. En outre, les paiements d'intérêts à
des non-résidents entraînerait une dégradation du solde des revenus primaires
et, partant, alimenterait la détérioration de la position extérieure du pays.
Ainsi qu'indiqué dans les sections précédentes, des problèmes de compétitivité
exercent déjà une certaine pression sur la balance courante. Une hausse des coûts de financement pour le
gouvernement se répercuterait également sur le secteur privé, accroissant les
coûts de financement des établissements financiers nationaux et, finalement,
des sociétés non financières et des ménages, ce qui aurait des effets néfastes
sur les investissements et l'innovation. Un autre
canal vers l'économie réelle passe par le coût des prêts hypothécaires à taux
variable, légalement lié au taux d'intérêt du marché des obligations belges.
Enfin, l'endettement public élevé mine aussi la résistance des finances publiques
aux potentiels chocs économiques extérieurs défavorables et, partant, fragilise
l'économie dans son ensemble. 3.2.3. Risques pour la soutenabilité à long terme de la dette
publique belge En plus du niveau élevé de la dette
publique, les finances publiques de la Belgique doivent également faire face,
selon les prévisions, à un impact supérieur à la moyenne du vieillissement de
la population, le coût du vieillissement devant s'élever de presque
5 points de pourcentage du PIB d'ici 2030. ([34]) À politique inchangée([35]), ce coût porterait le niveau de la dette à près de 127 % du PIB
en 2030, tandis que, selon des simulations similaires, le taux
d'endettement agrégé de la zone euro devrait diminuer. En outre, ces
projections à long terme sont très sensibles aux changements du scénario
macroéconomique sous-jacent. Une hausse de 1 point de pourcentage des
hypothèses de taux d'intérêt ou une baisse de 0,5 point de pourcentage de
la croissance du PIB porteraient le niveau de la dette à 136 % du PIB
(voir le graphique 3.23). Par
ailleurs, une progression suffisante vers l'objectif à moyen terme de la
Belgique (OMT)([36]), comme exigé
par le pacte de stabilité et de croissance, ramènerait la dette sur une
trajectoire durablement descendante, jusqu'aux alentours de 60 % du PIB à
la fin de la période. Dans ce contexte, il convient de faire remarquer que la Belgique
présente déjà une pression fiscale relativement forte.
Dès lors, la marge de manœuvre budgétaire pour pouvoir rembourser une dette
plus élevée ou alléger le fardeau de la dette via des mesures d'accroissement
des recettes est limitée. Pour autant, il existe une certaine latitude pour
diminuer les distorsions de la croissance induites par le système fiscal,
notamment en taxant moins le travail (voir la section 4). Par ailleurs, les dépenses publiques de la
Belgique sont fortement décentralisées. Il s'agit là d'un défi particulier pour
la réduction de la dette, celle-ci se situant essentiellement au niveau
fédéral. De plus, l'augmentation du coût de
vieillissement se produira elle aussi principalement au niveau fédéral. La récente
réforme de l'État et la récente révision de la loi spéciale qui organise le
financement des Régions et des Communautés (voir l'encadré 3.4) tentent de relever ce défi, notamment en
indexant les montants des transferts financiers du fédéral vers les entités
fédérées sur, partiellement seulement, la croissance du PIB. Enfin, la soutenabilité de la dette
publique est également déterminée par le potentiel de croissance de l'économie. Dans la section 2, nous avons mis en lumière la faible croissance
potentielle de l'économie belge à l'heure actuelle, notamment en raison d'une
érosion graduelle de la contribution de la productivité totale des facteurs
depuis le début des années 1990. De même, la perte de compétitivité et les
insuffisances du marché du travail examinées dans les sections précédentes
rendent le haut niveau de la dette encore plus problématique, dès lors qu'elles
pèsent sur les perspectives de croissance, compliquant la réduction de la
dette. 3.2.1. Interconnexions avec le secteur financier La Belgique affiche toujours un passif
financier éventuel considérable en raison des garanties octroyées au secteur
financier, même s'il a enregistré une baisse notable depuis le bilan approfondi
de l'année passée. En décembre 2013, l'encours des
garanties s'élevait à 45,4 milliards d'EUR (12 % du PIB) contre
59,6 milliards d'EUR en 2012([37]). Le risque maximum se chiffre à l'heure actuelle à 56 milliards
d'EUR (14 % du PIB) ([38]), en rapport essentiellement avec le programme de garanties en faveur
de Dexia. La vente du portefeuille d'investissement de Royal Park
Investments (une entité ad hoc créée dans le cadre du sauvetage de Fortis)
et de la participation dans BNP Paribas Fortis, ainsi que la réduction
d'un prêt à KBC, ont diminué l'exposition de la dette publique aux évolutions
du secteur financier. Belfius, l'une des quatre grandes banques du marché
belge, est encore détenue à 100 % par l'État. L'interaction entre la dette publique et le
secteur financier joue également dans la direction opposée, en particulier via
des expositions considérables du bilan des établissements financiers à la dette
souveraine. La détention d'obligations belges par le
secteur financier du pays s'est accentuée significativement entre 2008 et 2012,
au détriment de la détention d'obligations étrangères. Alors que cette
concentration accrue sur le marché intérieur a peut-être fait office de tampon
au plus fort de la crise des dettes souveraines, elle a également renforcé les
effets d'entraînement négatifs potentiels entre la dette publique et le secteur
financier en cas de baisse du cours des obligations d'État. La tendance à une exposition accrue au
secteur public national s'est partiellement inversée en 2013. Depuis la fin de 2012, l'exposition nationale des établissements de
crédit a chuté, passant de 69 milliards d'EUR à 62 milliards d'EUR,
et s'est stabilisée aux alentours de 60 milliards d'EUR pour les
compagnies d'assurance. Cependant, les boucles de rétroaction négatives
décrites ci-dessus demeurent un point faible en cas de nouvelles tensions
financières. Les deux grands défis auxquels est
confronté le secteur financier belge résident dans le respect des nouvelles
exigences réglementaires et la stimulation de la faible rentabilité (voir l'encadré 3.5). 3.2.5. La dette publique et l'endettement global de l'économie belge La Belgique se caractérise non seulement
par une dette publique considérable, mais également par un endettement élevé de
son secteur privé, du moins en termes non consolidés.
En 2013, l'endettement non consolidé du secteur privé se chiffrait à 243 %
du PIB, légèrement en dessous de son pic de 2012, mais bien au-dessus de
l'agrégat de la zone euro, à savoir 160 % du PIB (voir le graphique 3.24). Ce niveau élevé s'explique en majeure partie
par le fort taux d'endettement des sociétés non financières (188 % du
PIB). Il est toutefois ressorti du bilan
approfondi de l'année passée qu'alors que la dette consolidée du secteur privé
était élevée, elle était exempte de tout signe de risque compte tenu du niveau
encore raisonnable de dette consolidée, comparable à l'agrégat de la zone euro
(voir le graphique 3.25)
et relativement stable depuis 2008 ([39]). Pour la Belgique, la différence entre les deux ratios est
passablement grande (aux alentours de 100 % du PIB), en raison de prêts
intragroupes importants (Suite à la page suivante) Encadré (suite) pour ce qui est des sociétés non financières,
qui ont été encouragés par des régimes fiscaux avantageux, tels que le système
des centres de coordination, remplacé en 2006 par une mesure plus générale de
déduction fiscale pour le capital à risque (ACE). Alors que cette déduction
fiscale a diminué l'attrait que représentait le financement par emprunt pour
les sociétés, ce qui peut expliquer la chute du ratio de la dette consolidée
avant la crise, elle constitue également une mesure incitant aux prêts
intragroupes, qui apparaissent dans le ratio de la dette non consolidée([40]). Il convient de noter que les chiffres de la
dette consolidée aussi contiennent quelques prêts intragroupes, notamment des
prêts et des emprunts transfrontières à l'intérieur de multinationales. Les prêts octroyés par des sociétés étrangères (excepté les IFM) aux
sociétés non financières belges, qui représentaient près de 40 % du PIB en
2012, pourraient servir d'indicateurs approximatifs pour ces prêts
intragroupes. Comme le montrent Bruggeman et Van Nieuwenhuyze (2013), l'augmentation
de ce type de prêts entre 2005 et 2012 (+17 points de pourcentage du PIB) peut
expliquer une grande partie de l'augmentation du ratio de la dette consolidée
des sociétés non financières entre 2005 et 2012 (+26 points de pourcentage du
PIB). Dans le même temps, les prêts bancaires aux sociétés non financières
n'ont crû que de 5 points de pourcentage du PIB. Enfin, la hausse constante du passif des
sociétés non financières s'est accompagnée d'une accumulation d'actifs. Les passifs nets de ce secteur se situent à quelque 90 % du PIB,
soit à un niveau inférieur à l'agrégat de la zone euro qui se chiffre à
95 % du PIB. De même, selon d'autres indicateurs relatifs à la santé
financière des entreprises belges, il n'existe aucun risque significatif pour le
caractère soutenable de la dette. Comme l'a déjà montré le bilan approfondi de
l'année passée, l'augmentation du ratio d'endettement ne va pas de pair avec
une augmentation des ratios dette/actifs ou dette/fonds propres des sociétés
non financières. Les risques liés au fort taux d'endettement
public sont également quelque peu atténués par la bonne santé financière des
ménages belges. L'endettement des ménages est
inférieur (55,8 % du PIB) à celui observé pour la zone euro (63,9 %
du PIB). Toutefois, il a poursuivi sa hausse ces dernières années (voir le
graphique 3.27), contre une
stabilisation depuis 2009 dans l'ensemble de la zone euro. Comme la dette des
ménages est principalement due à la souscription d'emprunts hypothécaires,
cette évolution divergente pourrait s'expliquer par le fait que, contrairement
à celui de la majorité des autres pays de la zone euro, le marché du logement
belge n'a pas encore connu de correction des prix à ce jour. Il avait été
avancé dans le bilan approfondi de l'année passée qu'une correction baissière
éventuelle des prix du logement n'aurait qu'un impact macroéconomique limité
(voir l'encadré 3.6 pour des
informations à jour sur le marché du logement). À la fin de l'année 2013, la Banque
nationale de Belgique a pris certaines mesures pour traiter les risques
potentiels de surévaluation du marché du logement:
ajout de 5 points de pourcentage aux pondérations des risques propres des
banques pour les prêts hypothécaires belges; révision horizontale des modèles
internes des banques fondés sur les risques pour les prêts hypothécaires
belges; autoévaluation et déclaration, par les banques, de la conformité avec
les avis de l'Autorité bancaire européenne sur les bonnes pratiques en matière
de prêts hypothécaires et les bonnes pratiques pour le traitement des
titulaires de prêts hypothécaires en proie à des difficultés de remboursement. Moins de la moitié des ménages sont
endettés et trois ménages belges sur dix ont contracté un emprunt hypothécaire. Dans le quintile des revenus les plus faibles, quelque 25 % des
ménages sont endettés et 38,5 % de leurs revenus sont consacrés au service
de la dette, ce qui est relativement substantiel d'un point de vue européen
(voir le graphique 3.28). (Suite à la page suivante) Encadré (suite) L'augmentation générale de l'endettement
des ménages est allée de pair avec une hausse des actifs financiers, résultant
dans un ratio endettement/actifs financiers relativement faible et stable. Ce ratio se situe à 20,4 %, contre 31 % dans la zone euro
dans son ensemble. Par ailleurs, le ratio endettement/actifs est plutôt
distribué de manière égale en Belgique (voir le graphique 3.29). Dans l'ensemble, les actifs financiers nets
des ménages sont largement positifs (environ 220 % du PIB) et sont
maintenant proches des niveaux d'avant-crise. La
récente reprise est en grande partie liée à l'augmentation des cours des
actions, l'effet de volume ayant moins joué en raison de la légère
réorientation du profil d'investisseur des ménages, qui ont privilégié les
actifs moins risqués([41]). Les actifs
financiers nets des ménages belges sont considérablement supérieurs à l'agrégat
de la zone euro, à savoir 136 % du PIB, les trois premiers partenaires
commerciaux de la Belgique affichant des ratios de 192 % (Pays-Bas), de
139,4 % (France) et de 126,5 % (Allemagne). Cependant, cette position
favorable des ménages pourrait changer à long terme, notamment en raison de la
réduction des économies liée au vieillissement de la population. Les actifs financiers nets sont distribués
de manière un peu plus égale que dans la zone euro en moyenne. Le quintile des revenus les plus élevés détient 61,2 % des actifs
financiers nets, contre 67,7 % pour l'agrégat de la zone euro. Qui plus
est, la part des ménages détenant des actifs financiers négatifs est moindre en
Belgique. Toutefois, cette distribution plus égale
des actifs financiers entre groupes de revenus n'est pas totalement confirmée
par la distribution de la richesse nette totale. Alors
que 70 % des ménages belges possèdent leur résidence principale, contre
60 % dans la zone euro (NL: 57,1 %; FR: 55,3 %; DE:
44,2 %), la part des propriétaires dans le quintile des revenus les plus
faibles (45 %) se situe autour de l'agrégat de la zone euro (47 %)
(Du Caju, 2013). Par ailleurs, la part des ménages affichant une richesse
négative est plus faible en Belgique (2,7 %) que dans la zone euro
(4,8 %) et les trois premiers partenaires commerciaux (NL: 11,7 %;
DE: 7,4 %; FR: 3,9 %). En conclusion, alors que le secteur public
affiche une dette nette considérable, la situation de l'économie belge en
termes d'actifs nets est largement positive (+45 % du PIB) et sensiblement
supérieure à l'agrégat de la zone euro (-24 % du PIB), notamment grâce aux
actifs nets des ménages, qui font plus que compenser les passifs nets du secteur
public et des sociétés non financières (voir le graphique 3.30). Le niveau global d'imposition - ou des dépenses publiques - est le
reflet, dans une large mesure, des choix collectifs opérés au sujet de
mécanismes publics tels que l'organisation des prestations sociales,
l'éducation ou les infrastructures publiques. Le
niveau d'imposition doit donc être apprécié par rapport au service rendu à la
collectivité. Pourtant, des charges fiscales globales comparables peuvent avoir
des effets très divergents en termes de développement économique, car leur
distribution entre les différents types d'impôts influe de manière dissemblable
sur les contribuables. À cet égard, on peut classer les différentes catégories
d'impôts de la moins favorable à la croissance à celle qui lui est la plus
propice, les effets de distorsion potentiels augmentant avec la charge fiscale
globale. En bref, la fiscalité belge se caractérise par son niveau global
élevé, une charge fiscale pesant principalement sur le travail (voir le graphique
4.1) et des taux nominaux élevés conjugués à des
assiettes fiscales étroites en raison de nombreuses niches fiscales, en
particulier dans les domaines de la TVA et de l'impôt sur le revenu des
personnes physiques (IPP). La lourde charge fiscale qui pèse sur le
travail est liée au niveau élevé des cotisations sociales patronales et de
l'IPP, notamment pour les salaires intermédiaires. Les
cotisations sociales versées par les employeurs représentent l'essentiel du
coin fiscal. La charge fiscale importante qui pèse sur le travail va de pair
avec les faiblesses du marché du travail évoquées au point 3.1.4. C'est
dans ce contexte que les recommandations formulées par l'UE ont invité les
autorités belges à remédier à la conception sous-optimale de l'imposition en
procédant à une réduction générale de la fiscalité du travail([42]). Le coût du facteur travail étant une des causes de la perte de compétitivité
extérieure, précédemment évoquée, cette redistribution de la charge fiscale
pourrait contribuer à remédier à ce déséquilibre et à augmenter le taux
d'activité, actuellement faible, qui caractérise le marché du travail en
Belgique. Il en découlerait un renforcement du potentiel de croissance du pays,
ce qui fait le lien avec le second grand défi qui consiste à garantir la
viabilité des finances publiques. Les marges budgétaires dégagées au cours des
prochaines années seront utilisées avant tout pour réduire le déficit
budgétaire, ce qui implique que, dans un premier temps, les réformes fiscales
devront être globalement neutres pour les recettes et garantir des flux
stables. De ce fait, un transfert fiscal est actuellement la solution la plus
réaliste pour atténuer la pression fiscale qui pèse sur le travail. Malgré un appel répété en faveur d'un
réexamen général du système fiscal, peu de progrès ont été accomplis jusqu'à
présent([43]). Un consensus sur la nécessité de procéder à des incursions plus franches
dans la fiscalité du travail semble toutefois se faire jour entre les partis
politiques - même si le volet du financement des propositions présentées semble
moins élaboré - et des avancées semblent possibles après les élections de
mai 2014 au niveau fédéral et régional, d'autant plus que la dévolution
aux régions de certaines compétences concernant l'impôt sur le revenu des
personnes physiques et les cotisations de sécurité sociale ciblées, dans le
cadre de la sixième réforme de l'État (voir l'encadré 3.4), peut
constituer une conjoncture favorable. La présente analyse porte précisément sur
les solutions envisageables. Repenser le système fiscal belge Deux approches (ou une combinaison des
deux) pourraient être envisagées en ce qui concerne une réduction de la
fiscalité du travail: alléger la fiscalité en amont,
en réduisant les cotisations sociales patronales, ou en aval, en
réduisant l'IPP ou les cotisations sociales salariales([44]). Il s'agit d'améliorer, respectivement, la demande et l'offre de
main-d'œuvre, qui sont toutes deux entravées par une fiscalité élevée. Réduire
les cotisations sociales patronales sur les emplois faiblement qualifiés
présente le plus fort potentiel de création d'emplois, selon une étude de
Breemersch & Konings (2013), qui souligne aussi la nécessité d'accompagner
ce choix de mesures suffisantes (en matière de formation, par exemple) pour
remédier aux inadéquations. Des simulations QUEST aboutissent à des conclusions
similaires en ce qui concerne les réductions ciblées des cotisations de
sécurité sociale (CE, 2013). Indépendamment de l'approche retenue, il
importera de compenser la perte de recettes afin de garantir la neutralité du
changement pour le budget. Si l'objectif est de
réduire sensiblement le coût du travail, une approche s'appuyant sur plusieurs
éléments sera nécessaire([45]). Pour rendre
le système fiscal plus efficient, il importe que les recettes de compensation
proviennent d'assiettes d'imposition stables tout au long du cycle économique,
suffisamment larges et ayant un effet de distorsion moins important, d'un point
de vue économique, que la fiscalité du travail. On considère que l'effet de
distorsion économique est moindre en ce qui concerne les taxes sur l'immobilier
et sur la consommation (TVA, droits d'accises, taxes environnementales), plus
important en ce qui concerne la fiscalité du travail et maximal au niveau de
l'impôt des sociétés (Arnold, 2008). Fiscalité immobilière Il semble possible de restructurer, voire
d'augmenter, la fiscalité immobilière, une compétence essentiellement régionale
en Belgique. Si la fiscalité immobilière globale est
déjà relativement élevée par rapport à d'autres pays (voir le graphique 4.2), cette forme d'imposition, en particulier les
taxes récurrentes sur la propriété immobilière ou la taxe à la valeur ajoutée
sur la propriété foncière, est considérée comme faisant partie des moins
défavorables à la croissance compte tenu de l'inélasticité relative de
l'assiette d'imposition (Johannesson Lindén & Gayer, 2012; OCDE, 2010).
Toutefois, elle compte aussi parmi les impôts les plus impopulaires. D'un côté, les taxes récurrentes sur
l'immobilier pourraient être augmentées. En plus
d'être une source de recettes stable, elles ont un effet de distorsion limité,
comme précédemment indiqué. Les taxes récurrentes ne représentent actuellement
que 40 % de la fiscalité immobilière globale. À cet égard, il y aura lieu
d'actualiser les valeurs cadastrales, car ces estimations du loyer imputé (le
revenu net annuel généré par la location d'un bâtiment ou d'une parcelle)
constituent la base de calcul des taxes récurrentes sur la propriété
immobilière en Belgique. Bien que la législation belge dispose que les loyers
imputés doivent être revus tous les dix ans, les taxes sont actuellement basées
sur des estimations de loyer indexées remontant à 1975. De ce fait, l'assiette
de l'impôt est considérablement sous-estimée: la valeur fondée sur les loyers
imputés est, en moyenne, inférieure à la moitié de la valeur sur le marché
(Høj, 2009). De plus, au cours des quarante dernières années, la valeur
relative des biens immobiliers a fortement changé, même au sein d'une même
commune, donnant à l'impôt un caractère régressif dans certaines situations,
compte tenu également de l'existence d'abattements fiscaux en cas de loyer
imputé faible. Ces loyers imputés dépassés sont également
utilisés pour déterminer si un bien immobilier peut bénéficier de droits
d'enregistrement réduits. L'enregistrement des
contrats de location de logements privés, obligatoire depuis 2007, peut fournir
aux autorités une bonne base de données pour la réévaluation des loyers
imputés. Étant donné que les régions sont les bénéficiaires des taxes
immobilières et que le revenu imputé ne joue qu'un rôle mineur dans l'IPP au
niveau fédéral, le transfert aux régions de la compétence en matière de
réévaluation des loyers imputés permettrait à celles-ci d'arrêter à la fois les
taux d'imposition et leur assiette([46]) et d'utiliser ces éléments pour élaborer des politiques du logement
plus globales. En revanche, cela pourrait impliquer une
baisse des recettes provenant des taxes sur les transactions (droits
d'enregistrement régionaux en Belgique). Actuellement,
ces taxes sont les plus élevées de tous les pays de l'UE-27 (voir le graphique 4.2). Leur réduction ou la généralisation du
report des droits acquittés, qui existe déjà en Flandre([47]), peut stimuler la mobilité des travailleurs et faciliter l'achat et
la revente de biens immobiliers en fonction des besoins effectifs. Le
fonctionnement du marché de l'immobilier pourrait s'en trouver amélioré, ce qui
pourrait aussi, au fil du temps, faciliter les corrections de prix dans
certaines zones et sur certains marchés. La révision des taxes d'enregistrement
serait un élément parmi d'autres dans la révision plus globale, par les
régions, du traitement fiscal appliqué à la détention et à l'acquisition de
biens immobiliers. Fiscalité environnementale La fiscalité environnementale est
actuellement sous-développée en Belgique([48]). Les recettes qu'elle génère sont parmi les plus faibles de toute
l'UE. Cette situation s'explique principalement par la faiblesse des recettes
tirées de la fiscalité sur l'énergie (voir le graphique 4.3). Le «tourisme à la pompe» transfrontalier
peut en être en partie la cause, mais d'autres éléments sont considérés comme y
participant également: des droits d'accises sur le diesel inférieurs à ceux
appliqués à l'essence, dans un contexte où les véhicules à moteur diesel
prédominent, et des taux peu élevés de taxation du combustible de chauffage.
L'aide au chauffage apportée aux ménages les plus vulnérables pourrait être
organisée de manière plus efficiente au moyen de prestations sociales
générales, plutôt que par le soutien généralisé actuel à la consommation
d'énergie. En outre, la Belgique ne pratique pas l'indexation automatique des
taxes environnementales([49]). Indexer les
droits d'accises sur l'inflation préviendrait une érosion des recettes fiscales
et contribuerait à maintenir l'influence de la taxe sur le comportement des
opérateurs. Une autre question environnementale
d'importance est le traitement préférentiel accordé aux voitures de société (et
aux cartes-carburant) dans le système fiscal. Malgré
des mesures prises pour lier davantage l'assiette d'imposition des voitures de
société (plus nombreuses que dans d'autres pays) aux émissions de CO2,
l'usage privé de ces véhicules continue d'être largement subventionné. Cette
situation encourage la possession de véhicules, influence les habitudes de
conduite et de déplacement entre le domicile et le lieu de travail et fait
peser des coûts sociaux sur la société. Enfin, selon les prévisions relatives
aux émissions de gaz à effet de serre en 2020, la Belgique manquera de
11 points de pourcentage son objectif consistant en une réduction de 15 %
desdites émissions (CE, 2013). Si tous ces arguments plaident en faveur
d'un glissement vers la fiscalité verte et si une augmentation semble possible
au moyen, entre autres, d'une hausse des droits
d'accises ou de l'introduction de taxes routières ou au kilomètre, il importe de quantifier les perspectives de recettes dans une certaine mesure. En effet, les taxes environnementales sont des
taxes «pigouviennes», à savoir des taxes à la consommation à effet correctif
destinées à internaliser des coûts externes. Toutes ces taxes ciblant un
comportement socialement souhaité, elles risquent d'étouffer une base imposable
déjà relativement étroite - les ambitions concernant la transition vers une
économie à faible intensité de carbone auraient le même effet. Par conséquent,
les recettes effectives peuvent décevoir à long terme et des sources de
recettes supplémentaires devront être trouvées aux fins d'un glissement fiscal.
En outre, il importe de concilier la hausse des taxes sur
la consommation d'énergie avec la nécessité de préserver la compétitivité de
l'industrie belge, dont la composition montre une consommation d'énergie
relativement importante, comme souligné au point 3.1.3. TVA L'efficience des recettes tirées de la TVA
en Belgique semble pouvoir être améliorée. En 2011, le
pays affichait un ratio des recettes de TVA (rapport entre les recettes réelles
et celles qui seraient théoriquement perçues si la TVA était appliquée au taux
normal à l'ensemble de la consommation finale) de 47,9 %, alors que la
moyenne de l'UE-27 s'élevait à 49,4 % et que ce ratio atteignait
55,6 % en Allemagne et 55,1 % aux Pays-Bas (CE, 2013). Les études montrent que ce déficit d'efficience n'est pas dû à une
évasion en matière de TVA supérieure à celle constatée dans d'autres pays
(CASE/CPB, 2013), mais qu'il traduit un recours assez
répandu aux exonérations de TVA et aux taux réduits. Ces dépenses fiscales ont
représenté 2,4 % du PIB en 2012([50]) et s'appliquent à une gamme relativement large de produits, qui
couvre presque 30 % de la base imposable. Cette constatation laisse à
penser qu'il existe une marge considérable pour réaliser des gains
d'efficience. Le taux de TVA normal (21 %) est
comparable à celui appliqué dans les pays voisins. En outre, il existe deux
taux réduits (6 % et 12 %) et un taux nul. - 0 %: taux applicable aux journaux et aux périodiques; - 6 %: taux applicable aux biens et services essentiels et
importants pour la collectivité. Ce taux introduit un certain degré de
progressivité dans la TVA compte tenu de la plus grande importance de ces biens
dans la consommation totale des ménages à faibles revenus. Un taux réduit
comparable pour les biens de première nécessité est appliqué dans la plupart
des autres pays européens; - 12 %: taux applicable, par exemple, à la restauration et au
logement social. Réduire le nombre de taux et classer les
produits dans la catégorie la plus adéquate contribuerait déjà grandement à
améliorer la perception de la TVA. La première des
choses à faire serait très probablement de réexaminer l'utilité de maintenir le
taux réduit de 12 %. Certains biens actuellement soumis à ce taux (le
logement social, par exemple) semblent remplir les conditions pour bénéficier
d'un taux de TVA réduit, mais, pour la plupart des autres, il ne semble pas
suffisamment justifié de ne pas appliquer le taux normal([51]). La principale catégorie
visée à cet égard est la restauration, pour laquelle un taux réduit a été
introduit en 2010 seulement, qui représente un coût budgétaire de 0,1 % du
PIB.([52]) Le taux nul accordé aux journaux et aux
périodiques représente un coût comparable pour les finances publiques belges.
Simultanément, le caractère essentiel ou social de certains biens actuellement
soumis à un taux de 6 % semble douteux (fleurs fraîches, billets pour des
événements sportifs ou de divertissement, objets d’art, antiquités, etc.), ce
qui laisse une marge pour leur appliquer le taux normal. Par ailleurs, une augmentation du taux de
TVA normal pourrait aussi être envisagée. Par le
passé, la TVA s'est avérée une source de recettes stable (fluctuant entre
6,9 % et 7,1 % du PIB sur la période 2004-2011). Elle présente en
outre l'avantage de reposer sur une large base, ce qui signifie qu'une hausse
minime du taux normal peut générer des recettes supplémentaires considérables
tout en n'entraînant vraisemblablement que peu de changements dans le
comportement des consommateurs. Dans le contexte de son exercice budgétaire
2013, le gouvernement belge a déjà envisagé une hausse du taux de TVA normal de
21 % à 22 % (assortie d'une réduction simultanée du taux de
6 %), mais cette option n'a finalement pas été retenue. Les exonérations
accordées aux prestations de services effectuées par les huissiers de justice,
les notaires et les avocats ont certes été supprimées ces dernières années,
mais la décision de soumettre la consommation d'électricité des ménages au taux
réduit de 6 % (voir l'encadré 3.2) contredit l'idée d'un glissement
vers les taxes à la consommation. Prises individuellement, les mesures visant
à accroître l'efficience de la TVA peuvent atténuer sa progressivité. Toutefois, les taxes à la valeur ajoutée peuvent être considérées
comme un instrument de redistribution brutal, étant donné
que les taux réduits ne permettent pas de cibler les
ménages à faibles revenus en établissant une distinction,
à consommation identique, entre les groupes à faibles revenus et les groupes à
revenus plus élevés([53]). Pourtant, du point de vue de l'équité, c'est le
niveau de redistribution du système fiscal global qui compte. En outre, une
augmentation des recettes tirées de la TVA pour réduire les cotisations
sociales patronales sur les bas salaires([54]) renforcerait la création d'emplois dans ce segment et augmenterait le
revenu disponible. En clair, un glissement de la fiscalité
dans cette direction serait la mesure produisant le plus d'effet sur la
compétitivité extérieure, pour autant que les effets sur les prix en résultant
ne se traduisent pas (intégralement) par une hausse des salaires. Comme il ressort de l'étude de De Mooij &
Keen (2012), une réorientation vers la TVA peut accélérer le rééquilibrage,
mais elle a des effets essentiellement à court et à moyen terme, alors qu'à
plus long terme, l'effet sur les prix se propagerait sur les salaires. En
particulier dans le contexte belge d'indexation automatique des salaires, une
neutralisation (partielle) d'une progression temporaire de l'inflation serait
probablement nécessaire. IPP L'impôt sur le revenu des personnes
physiques se caractérise par des taux marginaux élevés, les taux applicables
augmentant rapidement dès le bas de l'échelle des salaires. Cette situation décourage le travail (ou l'acceptation d'une charge de
travail supplémentaire) et se traduit par les importantes trappes que compte le
marché du travail, évoquées au point 3.1.4. Un élargissement des tranches
d'imposition pourrait être financé par une révision des nombreuses niches
fiscales qui existent dans la fiscalité des personnes physiques et qui
grignotent l'assiette de l'impôt. Bien que toutes les dépenses fiscales ne
soient pas injustifiées ou inefficaces, leur rationalisation semble nécessaire,
car elles sont plus élevées et plus nombreuses en Belgique que dans les pays
voisins. Elles ont connu une progression rapide au
cours de ces dix dernières années, jusqu'à atteindre 2,4 % du PIB en 2012.
Au-delà de l'élargissement des bases imposables, la réduction des niches
fiscales contribue à accroître la transparence et l'équité, tout en réduisant
les distorsions, et aboutit à un équilibre favorable à la croissance tant à
court terme qu'à long terme (Carnot, 2013), au regard de l'effet de distorsion
qu'elles produisent souvent en raison de la création d'effets d'aubaine. Tout
en favorisant généralement les salaires plus élevés, les niches fiscales ne
réduisent pas fondamentalement la progressivité globale de l'IPP belge
(Decoster, 2013). Un réexamen complet permettrait d'apprécier pour chaque niche
i) si elle est appropriée en termes d'objectifs visés, ii) si elle contribue à
la réalisation de ces objectifs et iii) si elle se justifie en termes d'incidence
budgétaire. En tout état de cause, un tel réexamen semble s'imposer car, à
l'issue de la sixième réforme de l'État, plusieurs réductions fiscales
importantes deviendront des compétences régionales (voir l'encadré 3.4);
qui plus est, les moyens budgétaires ne seront transférés qu'en partie et le
coût de plusieurs de ces réductions connaît une augmentation rapide. Parmi les
exemples de niches fiscales importantes qui sont susceptibles d'entraîner des
distorsions, on peut citer les réductions pour les prêts hypothécaires
(0,33 % du PIB en 2012, contre 0,11 % en 2008), les systèmes privés
d'épargne-retraite (0,14 % du PIB) et les chèques-service (0,06 % du
PIB), mais il existe une multitude de petites mesures qui contribuent à la
complexité de l'IPP et pourraient être réexaminées. Une autre solution pour élargir l'assiette
d'imposition de l'IPP serait de faire reculer la pratique consistant à
transformer les revenus de personnes physiques en revenus de société, en
alignant la taxation des sociétés (quasi) individuelles sur celle des revenus
imposables au barème progressif de l’IPP. Comme
Valenduc l'a mis en évidence dans son étude de 2011, l'écart significatif entre
l'IPP et l'impôt sur les sociétés en ce qui concerne les taux d'imposition
marginaux a conduit à la création de nombreuses structures qui, d'après leurs
statuts juridiques, sont des sociétés, mais en réalité n'ont souvent aucun
objectif de croissance et créent peu d'emplois, voire aucun. Une réforme plus ambitieuse pourrait
consister en la globalisation fiscale de l'ensemble des revenus des personnes
physiques. Tous les revenus, qu'ils soient issus du
travail, du capital, de l'immobilier, d'allocations sociales, etc., se
verraient imposés à un taux progressif; cette solution a été proposée par
Castanheira e.a. (2014) qui a constaté que la globalisation initiale des
revenus a été graduellement érodée par les mesures publiques, de sorte que seul
le salaire est actuellement soumis à la progressivité de l’impôt. IS L'impôt sur les sociétés est considéré
comme la forme de fiscalité la plus défavorable à la croissance, comme
précédemment indiqué, et il ne constitue donc pas une solution de substitution
à l'imposition du travail. Néanmoins, il est lui aussi
susceptible de voir sa base élargie, ce qui permettrait de réduire sensiblement
le taux d'imposition nominal des sociétés. À 33,99 %, celui-ci figure
parmi les plus élevés d'Europe. Toutefois, une longue liste d'abattements
ramène le taux effectif à un peu plus de 26 %, contre 34,2 % en
France, 28,2 % en Allemagne, 27,5 % aux Pays-Bas et 24,9 % au
Luxembourg (ZEW, 2012). Une niche fiscale méritant d'être signalée
en ce qui concerne l'IS belge est la déduction fiscale pour le capital à
risque, ou déduction d'intérêt notionnel. Cette
déduction a été introduite en 2006 pour stimuler la capacité d'autofinancement
des entreprises et renforcer l'attractivité de la Belgique pour les
multinationales après la disparition progressive du régime des centres de
coordination. Si elle a amélioré la solvabilité des sociétés non financières,
son incidence budgétaire (nette) a rapidement augmenté (1,1 % du PIB en
2008, 1,6 % en 2012) et 30 % des déductions sont accordées à des
entreprises ne générant aucun emploi (Valenduc, 2013). Les autorités belges ont
donc modifié le régime à plusieurs reprises ces dernières années. Le taux
d'intérêt applicable a été progressivement réduit (avec une majoration pour les
PME) pour l'aligner davantage sur les taux du marché pour les obligations
d'État belges. La possibilité de reporter les déductions non utilisées a été
abolie à compter de 2013. Un impôt minimum sur les sociétés (la «taxe
d'équité») a également été introduit pour les grandes entreprises qui
distribuent des dividendes sur des bénéfices qui n'étaient pas imposés en raison
de l'utilisation de la déduction d'intérêt notionnel et/ou du report de pertes.
Néanmoins, réserver le recours à la déduction d'intérêt notionnel aux flux de
capitaux nouveaux, réinvestis, contribuerait à améliorer la viabilité du
système. En outre, les règles spécifiques visant à prévenir les abus pourraient
être revues afin de garantir leur efficacité. Autres impôts L'imposition de la plupart des revenus
financiers a été augmentée et harmonisée au cours de plusieurs cycles
d'assainissement budgétaire consécutifs ces dernières années, mais un certain
nombre d'exemptions demeurent. La première est
l'exonération appliquée aux comptes d'épargne (manque à gagner de 0,12 %
du PIB en 2012), l'imposition de l'épargne représentant 0,2 % du PIB, soit
un des niveaux les plus faibles dans l'UE. Une autre exemption concerne la
plus-value réalisée sur les actifs financiers détenus par les ménages. Enfin,
les revenus tirés de la location à des particuliers pourraient être imposés sur
la base des revenus effectifs, plutôt que de la valeur cadastrale du bien loué,
compte tenu des problèmes liés à cette assiette d'imposition, évoqués plus
haut([55]). Les droits d'accises sur les alcools et le
tabac ont été régulièrement augmentés ces dernières années. Compte tenu de l'étroitesse de la base d'imposition, des possibilités
d'achats transfrontaliers et du changement de comportement des consommateurs
attendu de ces hausses, les perspectives de recettes supplémentaires semblent
plus limitées. Enfin, les coûts de perception s'élèvent, en
2011, à 1,36 EUR par 100 EUR d'impôt (OCDE, 2013). Ils sont parmi les plus élevés des pays de l'UE. Rapprocher ces coûts
relativement élevés de la moyenne de l'UE-27 (1,13 EUR) pourrait
contribuer à un allégement de la fiscalité du travail. Conclusion Le niveau élevé des dépenses fiscales
complique le système fiscal belge et pèse sur son efficacité et son équité. En conséquence, il y aurait tout lieu d'élargir les assiettes de la
TVA et de l'IPP dans le contexte d'une réduction de la fiscalité du travail visant
à remédier à la perte de compétitivité. Une approche générale s'articulant
autour d'un élargissement des bases imposables présente l'avantage de permettre
une allocation des ressources plus efficiente, ce qui serait bénéfique pour le
potentiel de croissance de l'économie au fil du temps. En outre, une hausse du taux de TVA normal peut être envisagée, car elle
générerait des recettes considérables tout en ayant des
répercussions limitées. Parmi les autres pistes à explorer dans le cadre d'une
redistribution générale de la charge fiscale neutre du point de vue des
recettes, on peut citer la fiscalité (récurrente) de l'immobilier,
l'utilisation de volets actuellement sous-employés de la fiscalité
environnementale et l'imposition de certains types de revenus financiers. Un remaniement global du système fiscal
belge pourrait être compliqué par la dispersion des compétences entre le niveau
fédéral et les entités régionales. Chaque niveau
pourrait néanmoins prendre des mesures importantes dans les limites de ses
compétences propres, tout en veillant à une coordination adéquate. À cet égard,
la sixième réforme de l'État peut même faciliter la réalisation d'un glissement
fiscal compte tenu de l'augmentation des majorations régionales de l'IPP et du
transfert d'une série d'abattements fiscaux, deux mesures qui pourraient être
utilisées pour procéder à des réductions ciblées des cotisations sociales, une
autre compétence nouvellement régionalisée (voir l'encadré 3.4). L'analyse réalisée à la section 3 confirme que l'économie belge connaît
d'importantes difficultés macroéconomiques liées à sa compétitivité et sa dette
publique. Ces difficultés ont déjà été recensées
dans les bilans approfondis effectués précédemment au titre de la procédure
concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) et des mesures appropriées
ont été inscrites dans les recommandations spécifiques adoptées par le Conseil
en juillet 2013. Les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ces
recommandations seront évalués dans le cadre du semestre européen, en même
temps que le programme national de réforme et le programme de stabilité de la
Belgique. Dans ce contexte, la présente section examine les différentes pistes
envisageables pour remédier aux difficultés susmentionnées. Compétitivité extérieure En ce qui concerne la première difficulté
majeure que constitue la compétitivité extérieure, il convient de distinguer
différentes voies, compte tenu de la nature composite du recul observé. Afin de permettre la diversification du
marché des exportations, qui se caractérise par une forte concentration, et de
tirer parti de marchés à croissance plus rapide, les autorités peuvent chercher
à encore améliorer les conditions permettant aux entreprises manufacturières de
démarrer ou de développer des activités d'exportation.
Il est encore possible d'accroître significativement la participation des
nombreuses PME belges au secteur des exportations. Les importants écarts
régionaux constatés en matière d'échanges transfrontières indiquent qu'une
marge de progression existe dans ce domaine. L'accès au financement (à long
terme) et les risques de défaillance qu'il suppose sont généralement perçus
comme le principal obstacle au commerce transfrontière. Alors que les
entreprises n'ont souvent que trop peu de possibilités de financer leur
expansion au moyen de capitaux privés, dans le même temps, des montants records
sont immobilisés sur les comptes d'épargne belges. Les décideurs peuvent
étudier les moyens de mobiliser ces capitaux dormants à des fins plus productives.
Aider les entreprises à dépasser les frontières d'un marché national restreint
contribuerait aussi à favoriser leur expansion naturelle et ainsi à augmenter
le potentiel de création d'emplois. Il est également possible de diversifier le
marché en changeant l'assortiment des produits issus des installations de
production belges. Comme souligné par l'analyse
séquentielle des bilans approfondis, les exportations portent sur des produits
à valeur ajoutée moyenne. Si elle veut pouvoir concilier des coûts salariaux
élevés avec la création d'emplois durables et le maintien d'un niveau de vie
élevé, la Belgique devra réorienter sa production vers des produits à contenu
technologique plus élevé que ce n'est le cas actuellement. Certaines solutions
envisageables pour nourrir les capacités d'innovation de l'économie belge ont
déjà été évoquées dans le bilan approfondi de l'année dernière. La première
consiste à encore accroître le soutien aux pôles d'innovation. Compte tenu de
l'importance des PME pour l'économie belge ainsi que de leur
sous-représentation générale dans les activités d'exportation, le regroupement
de PME compatibles au sein de pôles spécialisés pourrait compenser une perte
dans la production de masse traditionnelle. La création des conditions nécessaires
pour permettre l'expansion des entreprises innovantes constitue un autre défi
général. Les incitations financières mises en place par les autorités belges
(incitation fiscale en matière de rémunérations et crédit d'impôt visant à
réduire respectivement les coûts de personnel et les coûts des investissements
en matière de R&D) sont des initiatives louables pour aider les entreprises
innovantes à se développer et permettre à la Belgique de se rapprocher de
l'objectif fixé pour 2020, à savoir consacrer 3 % de son PIB aux dépenses
de R&D. L'accès aux subventions se fait toutefois toujours selon un
processus considéré comme à la fois long et complexe, une grande fragmentation
caractérisant la politique de soutien à la recherche. Afin de permettre aux
activités de recherche réalisées en Belgique de déboucher sur le développement
de produits concrets dans le pays, les autorités pourraient prêter attention à
la fiscalité du travail, le niveau élevé de cette dernière ayant pour effet de
décourager les activités du secteur manufacturier. Outre les incitations
financières, une modernisation et une simplification administratives plus
poussées pourraient être engagées, par exemple en recourant davantage à des
solutions reposant sur les TIC, étant donné que les charges administratives
pèsent relativement plus sur les petites entreprises que sur les grandes. La dynamique relative des salaires ajustés
en fonction de la productivité constitue un élément important en ce qui
concerne l'érosion de la compétitivité. À cet égard,
la formation des salaires est un élément pour lequel les autorités pourraient
faire preuve d'une plus grande ambition, afin de rétablir la
compétitivité-coûts relative de la Belgique et d'éviter toute nouvelle
dégradation de la situation du secteur manufacturier du pays. Un premier élément à examiner est la loi de
1996, qui instaure une norme salariale. Les tentatives
d'accroître l'efficacité de cette loi ayant échoué, le prochain gouvernement
pourrait se pencher à nouveau sur cette question. Le débat politique s'est
jusqu'à présent focalisé sur la méthode utilisée pour arriver à la norme, sur
son statut légal, sur les mécanismes de correction automatique prévus dans le
cadre juridique actuel et sur le rôle du gouvernement dans le processus global.
Il n'est manifestement pas prévu d'examiner la façon d'établir un lien direct
entre la marge de revalorisation des salaires et l'évolution de la
productivité, alors que le découplage persistant entre les deux menace
l'emploi. L'introduction d'une procédure de
négociation salariale plus décentralisée permettrait d'améliorer globalement le
fonctionnement et la capacité d'adaptation de l'économie belge. La détermination d'une norme salariale ne tient pas compte des
différences importantes constatées entre les secteurs. Si les salaires étaient
entièrement déterminés à un niveau inférieur, c'est-à-dire au niveau sectoriel,
les entreprises seraient en mesure de mieux faire correspondre les politiques
salariales avec leurs résultats. Un degré accru de différenciation sectorielle
permettrait, en outre, de rediriger progressivement la main d'œuvre des
activités en déclin vers les secteurs plus dynamiques et d'éviter ainsi des
perturbations. Une réforme de la loi de 1996 ne changerait
rien au fait que l'indexation des salaires entraîne potentiellement un risque
d'augmentation de l'écart salarial. La pratique
généralisée que constitue une certaine forme d'indexation automatique des
salaires est porteuse d'une valeur hautement symbolique aux yeux tant de ses
partisans que de ses détracteurs. Les suggestions de réforme de ce mécanisme
spécifique à la Belgique, notamment les appels répétés formulés en ce sens par
les institutions européennes, se sont heurtées à une farouche résistance de la
part de certains acteurs et sont perçues comme un démantèlement de
l'État-providence belge. L'avantage tangible qu'offre à court terme une
correction rapide du pouvoir d'achat est toutefois neutralisé par les risques
d'érosion rampante de l'emploi à long terme que suppose une flexibilité insuffisante
en période de difficultés économiques pesant sur la compétitivité. Certaines réformes génèreraient
d'importants avantages et rendraient le système plus durable en termes
d'emploi. L'indexation pourrait, par exemple, être
limitée à un certain niveau de salaire (c'est-à-dire consister en une
indexation des salaires en termes nominaux, à comparer avec le système actuel
d'adaptation proportionnelle dégressive). Cela permettrait en même temps de
garantir un réel pouvoir d'achat et de mieux faire correspondre l'évolution des
salaires avec les réalités économiques. Parmi les autres options envisageables
pour utiliser la marge dans sa totalité et préserver la compétitivité-coûts
figure plus précisément la possibilité pour les employeurs d'utiliser une
partie de l'augmentation de l'index pour la rémunération indirecte, comme les
régimes de pensions, ou pour investir dans le capital humain. La conclusion
d'accords globaux reste une autre option viable. Compte tenu de la pratique de l'indexation
automatique des salaires, l'évolution des prix intérieurs est un facteur
important de la croissance des salaires nominaux. Les
efforts remarquables déployés par les autorités belges pour améliorer le
fonctionnement des marchés de produits, notamment dans le secteur de l'énergie
et des télécommunications, semblent porter leurs fruits, comme le reflète
l'évolution des prix dans ces secteurs. Un suivi permanent reste nécessaire
pour garantir la pérennité de ces progrès, en particulier eu égard au fait que
les composantes de prix non liées aux produits de base (par exemple, les coûts
de distribution de l'énergie) ont eu tendance à augmenter rapidement par le
passé. Il reste donc crucial de veiller à ce que tous les tarifs de réseau
soient en rapport avec les coûts réels et soient incitatifs. Consacrer une
attention accrue au fonctionnement du secteur des services est un autre
objectif envisageable. La méthode actuelle qui consiste à réduire
par petites touches la pression parafiscale qui pèse sur le travail pourrait
être remplacée par une remise à plat générale de la fiscalité belge. L'adoption d'une méthode de réduction de la fiscalité sur le travail
plus générale que l'actuelle, qui met l'accent sur la réduction des coûts
d'embauche pour un nombre limité de salariés dans des activités souvent non
marchandes comme celles du secteur de la restauration, bénéficierait à la
croissance de l'emploi. Une remise à plat passerait par un glissement de la
charge fiscale du travail vers d'autres sources de revenus, au niveau tant fédéral
que régional. Bien que la nécessité d'une telle réorientation fasse l'objet
d'un large consensus, aucune action concrète n'a encore été engagée à ce jour.
En outre, la provenance des recettes de compensation fait, quant à elle,
davantage l'objet de désaccords. La TVA et l'IPP offrent d'importantes
possibilités en ce qui concerne l'élargissement de l'assiette fiscale. Il est
en outre possible d'envisager une hausse du taux de TVA normal, car elle
générerait des recettes considérables tout en ayant des répercussions limitées.
Parmi les autres pistes à explorer dans le cadre d'une redistribution générale
de la charge fiscale, on peut citer l'imposition (récurrente) des biens
immobiliers, le recours à des volets actuellement sous-utilisés de la fiscalité
environnementale (notamment le traitement des véhicules de société) et
l'imposition de certains types de revenus financiers. Les effets distributifs
qu'est susceptible d'induire une remise à plat du système fiscal ainsi que la
façon de préserver la progressivité globale du système fiscal sont des éléments
qu'il convient de garder à l'esprit. Pour accroître le potentiel de croissance
de l'économie, il sera primordial d'augmenter le taux de participation au
marché du travail des groupes sous-représentés. Bien que,
ces dernières années, le gouvernement ait pris des mesures pour renforcer les
incitations au travail et réduire les problèmes d'inadéquation des
qualifications, les résultats obtenus ne sont pas encore concluants. La
persistance de degrés élevés d'inadéquation des qualifications indique que les
politiques actives du marché du travail ne jouent pas leur rôle. À cet égard,
il est primordial de trouver le juste équilibre entre, d'une part, des
allocations évoluant dans le temps et des exigences appropriées en matière de
recherche d'emploi et, d'autre part, une aide effective à la recherche d'emploi
et de réelles possibilités de formation. La révision du système fiscal abordée
ci-dessus pourrait, en outre, viser à réduire les désincitations au travail, notamment
pour les personnes qui apportent une seconde source de revenus au ménage.
L'intérêt pour le travail chez cette dernière catégorie peut également être
renforcé en repensant les allocations familiales versées actuellement pour en
faire un système axé sur des services. En ce qui concerne l'aide à la recherche
d'emploi et la formation, il importe de remédier à la complexité du système et
de répondre au besoin accru de capacités des services publics de l’emploi (SPE)
si l'on veut que l'aide apportée par ces derniers soit efficace. La récente réforme de l'État fournira aux régions les moyens
nécessaires pour aborder les rigidités du marché du travail régional de façon
plus adaptée, par exemple au moyen de politiques d'orientation, de reconversion
et d'activation professionnelles. En conséquence, il convient de doter les SPE
des moyens nécessaires à l'accomplissement de leur mission. Enfin, des mesures
plus concrètes sont nécessaires afin de stimuler l'intérêt pour les études en
science, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) et atténuer les
tensions sur le marché du travail. Endettement public Le niveau élevé de l'endettement public et
ses implications possibles pour l'économie réelle restent une des principales
difficultés auxquelles la Belgique doit faire face. La
réduction de cet endettement permettrait non seulement de réduire les risques
liés à la dette publique elle-même, mais aussi de donner aux autorités une plus
grande marge de manœuvre pour mettre en œuvre une politique budgétaire axée sur
l'amélioration de la compétitivité du pays et pour faire face aux imprévus dans
les autres secteurs économiques, par exemple sur les marchés financiers.
Jusqu'à présent, les stratégies déployées pour réduire la dette publique
s'articulaient en partie autour de la vente d'actifs. Cependant, une nouvelle réduction du
déficit public lui-même, conformément à l'engagement pris par la Belgique
d'atteindre son objectif à moyen terme en 2016, restera nécessaire pour placer
le ratio d'endettement sur une trajectoire descendante durable. Bien que le déficit ait, selon les estimations, été ramené sous le
seuil des 3 % du PIB prévu par le pacte de stabilité et de croissance([56]), un important effort budgétaire (3 % du PIB) reste à fournir au
cours des prochaines années afin d'atteindre les objectifs fixés. La charge
fiscale globale élevée de la Belgique et les difficultés abordées ci-dessus
auxquelles le pays doit faire face en matière de compétitivité ne permettent
que dans une faible mesure le recours à des hausses générales d'impôt pour
réduire le déficit et la dette. La réduction du déficit ne pourra donc
essentiellement se faire qu'au moyen d'une restriction des dépenses. Alors que la structure de l'État belge a
connu une décentralisation progressive au cours de ces dernières décennies, la
majeure partie de la dette publique accumulée au cours de l'histoire du pays
est restée au niveau fédéral. La récente réforme de
l'État confère aux régions et aux communautés des responsabilités accrues en
matière de dépenses ainsi que davantage d'autonomie fiscale. Dans ce contexte,
des mécanismes budgétaires clairs et transparents seront nécessaires. La
sixième réforme de l'État inclut une révision de la loi spéciale de financement
qui rééquilibre les flux financiers entre l'autorité fédérale et les entités
fédérées. Un récent accord de coopération mettant en œuvre le «pacte
budgétaire» européen prévoit des mécanismes de coordination budgétaire. Une
mise en œuvre rigoureuse et des contributions équilibrées de la part de tous
les niveaux de gouvernement seront utiles pour mener à bien la stratégie
d'assainissement budgétaire. Par ailleurs, de nouvelles réformes du
système des retraites visant à empêcher de nouvelles augmentations du niveau de
la dette à moyen terme seront indispensables pour faire face à la dette
implicite liée au vieillissement de la population. Des
mesures destinées à renforcer le potentiel de croissance de l'économie
contribueraient également à la viabilité des finances publiques. Pour conclure, si les besoins prévisibles
en matière d'assainissement limitent la possibilité de recourir à des baisses
générales d'impôt, ils n'empêchent toutefois pas un glissement fiscal, pour
autant que ce dernier soit neutre pour les recettes (comme indiqué plus haut). Un glissement fiscal du travail vers d'autres sources de recettes est
de nature à stimuler l'emploi et la croissance et pourrait même contribuer à la
réduction du déficit et de la dette. Enfin, une fiscalité de l'épargne plus
neutre par rapport au type de produit financier pourrait entraîner une
diversification des canaux par lesquels les importants actifs financiers
détenus par les ménages belges sont mis à la disposition de l'économie réelle.
Une approche progressive serait souhaitable dans ce domaine, afin de réduire au
minimum les perturbations pour les établissements financiers et le système
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2012. Zimmer, H., «Inadéquations sur le marché du
travail», Revue économique, septembre 2012, BNB. ([1]) Suivant l'approche fondée sur les comptes nationaux, la balance
courante est restée proche de l'équilibre ces dernières années. Si la balance
courante (définition des comptes nationaux) a été en moyenne 1,6 point de
pourcentage plus positive que la balance courante (définition de la balance des
paiements) sur la période 2002-2012, elle n'en affiche pas moins une tendance à
la baisse à long terme. ([2]) En 2000 16,9 % des biens intermédiaires ont été exportés
en Allemagne, ce taux passant à 18,7 % en 2006 et à 18,9 % en 2012. ([3]) En 2011, 12,7 % des personnes âgées de 20 à 29 ans
possédaient un diplôme de l’enseignement supérieur en science et technologie,
contre 15,2 % pour la moyenne de l’UE. En outre, la Belgique est l’un des rares
pays à avoir vu ce ratio diminuer par rapport à 2007, année où il atteignait
encore 14 %. ([4]) Sur la base des données de l’OCDE/l’OMC concernant le commerce en
termes de valeur ajoutée. L’année la plus récente pour laquelle des données
sont disponibles est 2009. ([5]) Cette mesure du taux de change effectif réel utilise le taux de
change effectif nominal par rapport à un groupe de 36 pays représentant
80 % des exportations belges en 2012. L'Allemagne, la France et les
Pays-Bas représentent 45 % des exportations belges et sont souvent
utilisés comme un indicateur de l’évolution générale. ([6]) L’indice santé diffère de l’IPCH en ce sens qu’il exclut l’évolution
des prix des boissons alcoolisées, des produits du tabac et des carburants. ([7]) Voir les bilans approfondis précédents pour une analyse plus
détaillée. Le dernier rapport technique du Conseil central de l’économie
(décembre 2013) fixe l’écart de salaire horaire à 4,8 % à la fin de 2012
et prévoit une diminution à 3,8 % d'ici à la fin de 2014. ([8]) Le renforcement de l’intensité capitalistique, qui consiste en une
augmentation de la quantité de capital par heure de travail, implique un
développement de l'activité et une augmentation de la productivité par
travailleur. ([9]) Pour des raisons de disponibilité des données, les données utilisées
sont la formation brute de capital fixe dans le secteur privé et les heures
travaillées dans l’ensemble de l’économie. Lorsque le facteur des heures
travaillées dans le secteur privé est utilisé pour la Belgique, la tendance
reste inchangée. ([10]) Un certain nombre de révisions ont déjà été introduites à partir de 1er
janvier 2013 (voir Évaluation du PNR et du programme de stabilité 2013 de la
Belgique, 2013). Une deuxième série de révisions, applicable depuis le 1er
janvier 2014, concerne la composition du panier de produits de base, le mode de
calcul du prix de produits spécifiques et la méthode de calcul de l’indice en
tant que tel. En ce qui concerne ce dernier, des pondérations chaînées ont été
introduites dans les calculs de l'inflation nationale, ce qui permettra
d'intégrer plus rapidement les changements futurs de comportement des
consommateurs dans l’indice santé. ([11]) Corrélation entre l'IPHC global et la hausse des prix de l’énergie en
Belgique (2000-2013): 0,89 contre 0,73 pour la zone euro, 0,66 pour
l'Allemagne, 0,72 pour la France et 0,34 pour les Pays-Bas. ([12]) L’impact sur le budget de la sécurité sociale des réductions répétées
des cotisations patronales sera compensé par l’augmentation des transferts du
budget général («financement alternatif»), de sorte que cette mesure demeure
non financée en termes agrégés. ([13]) La présente section s’appuie dans une large mesure sur le document Energy
Economic Developments in Europe, Commission européenne, DG ECFIN, 2014. ([14]) Les estimations des coûts énergétiques unitaires réels pour 2013
s'obtiennent comme suit: pour chaque pays, deux estimations préliminaires sont
établies à l’aide d’une extrapolation logarithmique des variations intervenues
respectivement pendant les périodes 1995-2011 et 2007-2011. L’estimation
communiquée est la moyenne des deux estimations préliminaires. ([15]) De 31,4 % pour un ressortissant d'un pays tiers peu qualifié à
82,7 % pour un ressortissant belge hautement qualifié (EFT, 2012, 20-64
ans). ([16]) L’inadéquation verticale des compétences vise une situation dans
laquelle le niveau de compétences que possède un travailleur est plus élevé ou
plus bas que ce qui est requis pour la fonction concernée. L'inadéquation
horizontale des compétences vise une situation dans laquelle les travailleurs
ont le niveau de qualification approprié, mais où leurs compétences ne
correspondent pas à celles requises pour la fonction qu’ils occupent (Cedefop,
2009). ([17]) Le «bonus à l'emploi» se présente à la fois comme une réduction des
cotisations de sécurité sociale des salariés et comme un crédit d'impôt sur les
revenus des personnes physiques pour les salaires les plus bas. Ces deux
éléments ont été renforcés en plusieurs étapes en janvier et en avril 2013 et
en janvier 2014. ([18]) La dernière réforme du système d'allocations de chômage (voir
ci-dessous pour plus de détails) est entrée en vigueur en deux phases. Le
régime d'«allocations d'insertion» réformé s’applique depuis le 1er
janvier 2012, tandis que les nouvelles règles sur les allocations de chômage
sont entrées en vigueur à compter du 1er novembre 2012. Le véritable
impact de ces réformes n'est donc pas encore pris en compte dans les dernières
données de l’OCDE. ([19]) Base de données «fiscalité et prestations sociales» de l’OCDE. ([20]) À l'exception des célibataires qui sont mieux protégés en Belgique
qu'en Allemagne jusqu'à 120 % du salaire moyen. ([21]) 474,4 EUR cohabitant; 711,6 EUR célibataire; 948,7 EUR avec enfant à
charge. ([22]) Plus précisément, les catégories suivantes sont exclues: les chômeurs
ayant travaillé au moins 20 ans (23 ans depuis le 1er janvier 2014);
les chômeurs ayant des enfants à charge; les chômeurs célibataires dès 55 ans;
et les chômeurs ayant une capacité de travail réduite de 33 %. ([23]) Cette période peut être prolongée dans certains cas, jusqu'à
six mois. ([24]) Voir Employment and Social
Developments in Europe 2013 (2014). ([25]) Base de données de l'OCDE sur les impôts et prestations. ([26]) La courbe de Beveridge reproduit la relation entre le chômage global
et les postes vacants. ([27]) Selon la base de données PMT d'Eurostat, la Belgique consacre
3,7 % de son PIB à toutes les catégories de PMT, seuls le Danemark et
l'Espagne faisant plus; sur ces 3,7 %, une part de 1,38 % est allouée
aux mesures de PMT actives (catégories 2-7: mesures d'activation en faveur des
chômeurs et d'autres groupes cibles, y compris les instruments suivants: la
formation professionnelle, la rotation dans l'emploi et le partage de l'emploi,
les incitations à l'emploi, l'emploi protégé et la réadaptation, la création
directe d'emplois et les aides à la création d'entreprise). ([28]) Outre les renforcements déjà adoptés au niveau du bonus à l'emploi,
de futures hausses ont été décidées dans le cadre dit du pacte de
compétitivité. Plus particulièrement, le gouvernement fédéral a décidé de
renforcer la dimension fiscale du bonus à l'emploi, à concurrence de trois fois
50 millions d'EUR en 2015, 2017 et 2019. ([29]) Ces estimations sont largement similaires aux estimations officielles
les plus récentes communiquées par les autorités nationales (Geens, 2014). ([30]) Programme de stabilité 2013 de la Belgique ([31]) C'est ce que montre également un document du CPB rédigé par
Van Ewijk et al. (2013), sur la base d'un indicateur «à risque» qui tient
compte des réponses politiques passées. Selon ce document, l'indicateur «à
risque» de la Belgique est l'un des plus bas de l'échantillon. ([32]) La dette fédérale représente 90 % de la dette publique. ([33]) La part de l'encours de la dette qui arrive à maturité au cours d'une
période donnée ou qui est soumise à des changements de taux d'intérêt (en
raison d'un taux variable). ([34]) Projections internes de la DG ECFIN. ([35]) Ces projections ont comme point de départ les prévisions de l'automne
2013 de la Commission européenne, l'hypothèse «à politique inchangée» se
traduisant par un solde primaire structurel constant (hors coût du
vieillissement) pour la dernière année englobée dans les prévisions (2015). Le
scénario de base se fonde sur les hypothèses macroéconomiques suivantes pour le
long terme: hausse de la croissance potentielle du PIB à 1,6 %.
L'inflation et la variation du déflateur du PIB devraient se stabiliser à
2 % à moyen terme. Les taux d'intérêt à long terme devraient augmenter à
5,1 % et ceux à court terme, à 4,2 % (Voir aussi Commission
européenne, 2012). ([36]) L'OMT de la Belgique doit correspondre à un excédent budgétaire, en
termes structurels, de 0,75 % du PIB. ([37]) Source: données notifiées en décembre 2013 au titre de la PDE et
programme de stabilité 2013 de la Belgique. ([38]) C'est-à-dire le plafond combiné de toutes les garanties octroyées aux
établissements financiers. ([39]) Une rupture statistique (mise en œuvre en 2013) explique
partiellement le bond de 2008. ([40]) Pour une explication détaillée, se reporter au bilan approfondi de
2013 pour la Belgique. ([41]) À partir de données de la Banque nationale de Belgique (Belgostat). ([42]) «Élaborer des propositions concrètes et définies dans le temps pour
déplacer la charge fiscale du travail vers des assiettes fiscales ayant un
effet de distorsion moins important sur la croissance, notamment en étudiant le
potentiel de la fiscalité environnementale, par exemple en ce qui concerne le
diesel, les combustibles de chauffage et l'utilisation privée des voitures de
société.», Recommandation du Conseil concernant le programme national de
réforme de la Belgique pour 2013 (2013). ([43]) Une commission parlementaire s’est penchée sur les réformes fiscales
et a remis son rapport en février 2014. Celui-ci fournit une vue d’ensemble de
la fiscalité, mais aucune recommandation particulière n’est formulée sur la
façon dont un prochain gouvernement devrait procéder. ([44]) C'est l'approche retenue par les autorités belges avec leur «bonus à
l'emploi», qui s'applique aux bas salaires. ([45]) Le total des coûts salariaux dans le secteur privé représente environ
200 milliards d'EUR; une baisse de 1 % nécessiterait donc de trouver
2 milliards d'EUR (0,5 % du PIB) de recettes de compensation. ([46]) Les régions fixent le taux de base de la taxation récurrente des
biens immobiliers, que les provinces et les communes majorent ensuite. Depuis
que les compétences en matière de fiscalité immobilière ont été dévolues aux
régions en 2002, celles-ci peuvent décider d'utiliser une autre assiette
pour l'impôt foncier. Il leur manque toutefois la compétence les autorisant à
réévaluer l'assiette actuelle. ([47]) Cette solution ne serait toutefois pas optimale, car la
transférabilité ne s'appliquerait probablement qu'au sein d'une même région. ([48]) Le Conseil supérieur des finances (2009) a procédé à une analyse des
aspects de la fiscalité environnementale, comprenant des conseils stratégiques. ([49]) De plus, les produits énergétiques ont été exclus de la hausse de
8 % appliquée aux droits d'accises le 1er août 2013. ([50]) Voir l'Inventaire 2012 des exonérations, abattements et réductions
qui influencent les recettes de l'État, en annexe du projet de
budget 2014, Chambre des représentants de Belgique, 2013. ([51]) Outre le taux réduit de 12 %, il existe également un «taux
parking» de 12 %, applicable à des produits tels que les cokes, les
houilles et les lignites. Si le manque à gagner est limité, l'utilité de ce
taux est discutable du point de vue de son efficience, a fortiori compte tenu
de la pollution liée à ces produits. ([52]) L'inefficacité d'un taux de TVA réduit appliqué aux services de
restauration a déjà été démontrée dans le cas d'autres pays. ([53]) Selon des estimations de Decoster & Spiritus (2012), une
augmentation du taux normal de 21 % à 22 %, même sans diminution du
taux réduit, est principalement supportée par les déciles supérieurs (au niveau
des dépenses). ([54]) Ce report fiscal des cotisations sociales vers la TVA présente aussi
un avantage en termes de coordination, en ce sens que, contrairement à la
fiscalité environnementale par exemple, la TVA est entièrement contrôlée au
niveau fédéral, qui, après la sixième réforme de l'État, reste chargé de la
mise en œuvre des réductions structurelles des cotisations sociales, telles que
celle en faveur des bas salaires. ([55]) Par ailleurs, mais en rapport avec ce qui précède, il convient de
souligner que le fait que le mode de fixation, à des fins
fiscales, du niveau des revenus immobiliers de source étrangère (sur la base du
loyer effectif) est moins favorable que celui appliqué aux revenus équivalents
obtenus en Belgique soulève un problème de respect des libertés
fondamentales européennes. En conséquence, la Commission demande à la Belgique
de revoir son imposition des revenus immobiliers, de la manière qu'elle juge la
plus appropriée, pour mettre un terme à cette situation. Commission européenne
- IP/12/282 du 22 mars 2012. ([56]) Prévisions économiques de l'hiver 2014 de la Commission.