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Document 52014DC0700
COMMUNICATION FROM THE COMMISSION TO THE EUROPEAN PARLIAMENT, THE COUNCIL, THE EUROPEAN ECONOMIC AND SOCIAL COMMITTEE AND THE COMMITTEE OF THE REGIONS Enlargement Strategy and Main Challenges 2014-15
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Stratégie d'élargissement et principaux défis 2014-2015
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Stratégie d'élargissement et principaux défis 2014-2015
/* COM/2014/0700 final */
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Stratégie d'élargissement et principaux défis 2014-2015 /* COM/2014/0700 final */
Asseoir les bases de la
crédibilité I.
Le programme d’élargissement —
Réalisations et défis Au cours des cinq dernières
années, la Commission a renforcé la
crédibilité de la politique d’élargissement
et a accru son pouvoir de
transformation en recentrant l’attention
sur le traitement des réformes fondamentales dès le début du processus
d’élargissement. La Commission a mis en particulier l’accent sur les trois
piliers que constituent l’état de droit, la gouvernance
économique et la réforme de
l’administration publique. Dans sa communication de 2012 sur
la stratégie d’élargissement[1], la Commission
a introduit une nouvelle approche de l’état de droit. Dans sa communication de
2013[2], elle a défini
un cadre pour le renforcement de la gouvernance économique, s’appuyant sur
l’expérience du Semestre européen. Cette année, la Commission présente de
nouvelles idées pour soutenir la réforme de l’administration publique dans les
pays visés par l’élargissement. Ces trois piliers sont étroitement liés entre
eux et les progrès accomplis dans ces domaines seront décisifs pour déterminer
le moment où les pays concernés seront tout à fait prêts à adhérer à l’UE. La politique d’élargissement de
l’UE contribue à procurer les bienfaits réciproques de la paix, de la sécurité
et de la prospérité en Europe, ce
qui
accroît la force politique et économique de l’UE et exerce un puissant impact
transformateur sur les pays concernés. Un processus d’adhésion bien préparé
permet de faire en sorte que l’élargissement ne se fasse pas au détriment de
l’efficacité de l’Union. Le dixième anniversaire, célébré
en mai, de l’adhésion de dix nouveaux États membres en 2004 vient nous rappeler
les progrès réalisés. À mesure que l’UE s’élargit, les perspectives qui
s’offrent à nos entreprises, à nos investisseurs financiers, à nos
consommateurs, à nos touristes, à nos étudiants et à nos propriétaires fonciers
évoluent dans le même sens. L’adhésion a été bénéfique tant pour les nouveaux
que pour les anciens États membres. Le commerce et les investissements se sont
intensifiés. La qualité de vie des citoyens s’est améliorée grâce à
l’élargissement du champ d’application des normes environnementales, de
consommation et autres de l’UE. Pour les pays des Balkans
occidentaux, la perspective claire d’adhésion à l’UE offerte par les États
membres est un facteur clé de stabilisation. Elle soutient les progrès à
accomplir pour respecter les conditions nécessaires, notamment celles imposées
dans le cadre du processus de stabilisation et d’association. Des relations de
bon voisinage et une coopération régionale ouverte à tous sont d’une importance
essentielle. Des progrès ont été accomplis à cet égard au cours de l’année
écoulée, même si certaines questions restent encore en suspens. Des efforts
constants doivent absolument être fournis pour régler les problèmes bilatéraux
entre les pays visés par l’élargissement et avec les États membres, notamment,
le cas échéant, sous les auspices des Nations unies, et surmonter l’héritage du
passé compte tenu de l’histoire de cette région récemment ravagée par des
conflits. Le processus d’adhésion est
rigoureux et se fonde sur des conditions strictes mais équitables, des critères
bien établis et le principe des mérites propres. Ce point est crucial pour la
crédibilité de la politique d’élargissement, pour encourager les pays visés par
l’élargissement à mener des réformes ambitieuses et pour garantir le soutien des citoyens de l’UE.
Pour leur part, les États membres doivent, de concert avec les institutions de
l’UE, mener un débat éclairé sur l’impact politique, économique et social de la
politique d’élargissement. *** Le programme d’élargissement
actuel concerne les pays des Balkans occidentaux, la Turquie et l’Islande.
L’année écoulée a été importante pour un certain nombre de pays des Balkans
occidentaux: Le Monténégro a pris de nouvelles mesures dans
le cadre des négociations d’adhésion. Douze chapitres ont été ouverts. La mise
en œuvre des réformes de l’état de droit a commencé. Des résultats tangibles
sont à présent nécessaires et seront essentiels pour déterminer le rythme
global des négociations d’adhésion. Tant le gouvernement que l’opposition
doivent veiller à ce qu’un débat politique ait lieu tout d’abord au Parlement. L’ouverture de négociations
d’adhésion marque un tournant dans les relations de l’UE avec la Serbie. Ce pays doit à
présent mettre en œuvre concrètement et de manière durable ses priorités en
matière de réforme, le rythme des négociations dépendant des progrès accomplis
dans les domaines clés, notamment l’état de droit et le processus de
normalisation avec le Kosovo*. Une nouvelle impulsion doit être donnée au
dialogue entre Belgrade et Pristina afin de résoudre les principaux problèmes
encore en suspens et d’ouvrir une nouvelle phase dans les relations de
normalisation. L’Albanie s’est vu octroyer le statut de
pays candidat en juin en reconnaissance de ses efforts de réforme et des
progrès accomplis pour respecter les conditions fixées. Le pays doit renforcer
et consolider la dynamique de réforme et concentrer ses efforts sur les mesures
visant à relever de manière durable et inclusive les défis liés à son
intégration dans l’UE. Le gouvernement et l’opposition doivent veiller à ce que
le débat politique se tienne principalement au sein du Parlement. L’accord de stabilisation et
d’association avec le
Kosovo a été paraphé en juillet, ce qui
constitue un tournant décisif dans les relations entre l’UE et le Kosovo. Le
Kosovo doit à présent obtenir des résultats concrets en ce qui concerne les
réformes clés, en particulier en matière d’état de droit. Le processus d’adhésion à l’UE
mené avec l’ancienne
République yougoslave de Macédoine
est
dans l’impasse. Des mesures s’imposent pour inverser le recul observé
récemment, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression et des médias
et l’indépendance du système judiciaire. Il faut aussi trouver d’urgence une
solution négociée et mutuellement acceptable à la question du nom du pays. Le
gouvernement et l’opposition devraient prendre des mesures pour restaurer le
dialogue politique au Parlement. La Bosnie-Herzégovine continue de faire du sur-place
sur la voie de son intégration européenne. Après les élections, le pays devra
impérativement parler d’une seule voix, s’attaquer aux réformes
socioéconomiques urgentes et faire avancer son programme européen. La mise en œuvre, par la Turquie,
de certains engagements de réforme tels que celui concernant le train de
mesures de démocratisation de 2013, s’est poursuivie et des mesures ont été
prises pour régler la question kurde. Toutefois, plusieurs éléments ont aussi
fait naître de vives préoccupations quant à l’indépendance du système
judiciaire et à la protection des libertés fondamentales. Des négociations
d’adhésion actives et crédibles constituent le cadre le plus approprié pour exploiter
tout le potentiel des relations UE-Turquie. L’ouverture de négociations sur les
chapitres concernés consacrés à l’état de droit et aux droits fondamentaux
permettrait de disposer d’une feuille de route pour les réformes à entreprendre
dans ces domaines clés. À la suite d’une décision du
gouvernement de l’Islande,
les négociations d’adhésion sont suspendues depuis mai 2013. *** L’approche adoptée par la
Commission pour traiter les fondamentaux en premier lieu donne la priorité aux
réformes liées à l’état de droit et aux droits fondamentaux, à la gouvernance
économique et à l’amélioration de la compétitivité de l’économie, ainsi qu’au
renforcement des institutions démocratiques. Cela concerne aussi
l’administration publique,
qui
reste faible dans la plupart des pays visés par l’élargissement, avec des
capacités administratives limitées, une forte politisation et un manque de
transparence. Le renforcement du fonctionnement des institutions démocratiques
nécessite aussi des processus électoraux sains et un fonctionnement adéquat des
parlements, et notamment un dialogue constructif et durable entre toutes les
sensibilités politiques. Il faut œuvrer davantage à la promotion d’un
environnement propice à l’action des organisations de la société civile. Une société
civile forte contribue à renforcer la responsabilité politique et à promouvoir
une compréhension approfondie des réformes liées à l’adhésion. La section II de la présente
communication se concentre sur les principaux défis et passe en revue les
progrès réalisés dans les domaines de la réforme de l’administration publique,
de la gouvernance économique et de la compétitivité, ainsi que de l’état de
droit et des droits fondamentaux. La section III dresse l’inventaire des défis
régionaux et bilatéraux, en particulier dans les Balkans occidentaux. La
section IV expose les conclusions et recommandations concernant les questions
tant horizontales que spécifiques à chaque pays. Dans tous les domaines visés
ci-dessus, la Commission s’efforce d’utiliser au maximum les mécanismes et
structures existants pour faire progresser les réformes, que ce soit au moyen
de structures des accords de stabilisation et d’association (ASA), des
négociations d’adhésion ou d’initiatives par pays ciblées menées par la
Commission, telles que des dialogues à haut niveau ou des dialogues structurés
sur l’état de droit. De telles initiatives ont été étoffées en novembre 2013
avec l’instauration d’un dialogue à haut niveau avec l’Albanie sur les
priorités clés. En ce qui concerne la réforme de l’administration publique, la
Commission est en train de mettre en place un dialogue plus structuré et de
créer des «groupes spécialisés» avec les pays visés par l’élargissement. 2014 a vu le lancement du nouvel
instrument d’aide de préadhésion (IAP II). Dans le cadre de l’IAP II, l’UE fournira
une aide de 11,7 milliards d’euros pour la période 2014-2020 afin de soutenir
les pays visés par l’élargissement dans leurs préparatifs à l’adhésion ainsi que la coopération
régionale et transfrontière. L’IAP II se concentre davantage sur les priorités
qu’implique l’adhésion à l’UE dans les domaines de la démocratie et de l’état
de droit ainsi que de la compétitivité et de la croissance, et introduit une
approche sectorielle, des incitations à produire des résultats, un appui
budgétaire renforcé et une hiérarchisation des projets. Une approche coordonnée
est nécessaire pour les grands investissements à réaliser le long des
principaux corridors d’infrastructures. La coordination avec les institutions
financières internationales (IFI) est en cours de renforcement. Le cadre
d’investissement en faveur des Balkans occidentaux continuera de soutenir les
investissements stimulant la croissance et l’emploi et promouvant la
connectivité dans la région. Trois avantages
stratégiques de l’élargissement 1) Il fait
de l’Europe un espace plus sûr. Par le processus d’adhésion, l’UE promeut
la démocratie et les libertés fondamentales et
consolide l’état de droit dans tous les pays candidats, ce qui réduit
l’incidence de la criminalité transfrontière. La politique d’élargissement
actuelle renforce la paix
et la stabilité dans les Balkans
occidentaux et promeut leur redressement et la réconciliation après les guerres
des années 1990. 2) Il contribue à améliorer la
qualité de vie de la population
grâce
à l’intégration et à la coopération dans des domaines tels que l’énergie, les
transports, l’état de droit, la migration, la sécurité alimentaire, la
protection des consommateurs et de l’environnement et le changement climatique.
L’élargissement nous permet de faire en sorte que nos propres normes élevées
soient appliquées au-delà de nos frontières, ce qui réduit le risque que les
citoyens de l’UE soient touchés, par exemple, par une pollution importée
d’ailleurs. 3) Il
favorise notre prospérité. Une Europe plus grande est une Europe plus
forte. En 2012, le PIB de l’UE s’élevait à 23 % du PIB mondial, soit
13 000 milliards d’euros. L’adhésion a profité tant aux nouveaux
qu’aux anciens États membres. À mesure que l’UE s’élargit, les perspectives qui
s’offrent à nos entreprises, à nos investisseurs, à nos consommateurs, à nos
touristes, à nos étudiants et à nos propriétaires fonciers évoluent dans le
même sens. Un marché unique plus vaste est plus attrayant pour les
investisseurs: les investissements directs étrangers du reste du monde vers
l’UE ont doublé en pourcentage du PIB depuis l’adhésion de 2004 (de 15,2 %
du PIB en 2004 à 30,5 % du PIB en 2012). *** II.
Priorité aux fondamentaux —
consolidation des réformes et renforcement de la crédibilité La présente section dresse
l’inventaire des principaux défis et passe en revue les progrès réalisés dans les domaines de la
réforme de l’administration publique, de la gouvernance économique et de la
compétitivité, ainsi que de l’état de droit et des droits fondamentaux. Elle
présente de nouvelles idées visant à mettre davantage l’accent sur la réforme
de l’administration publique et affine l’approche de la gouvernance économique.
La communication de l’année dernière mettait un accent particulier sur la manière
dont l’aide de préadhésion soutient le processus de réforme dans tous les
domaines. Cette année, l’attention est attirée sur certaines pratiques qui sont
appliquées dans les domaines ci-dessus dans les pays visés par l’élargissement
et sont susceptibles d’inspirer des réformes dans d’autres pays. a)
Réforme de l’administration publique Avec l’état de droit et la
gouvernance économique, la réforme de l’administration publique (RAP) est un
des piliers du processus d’élargissement. Ces trois «piliers» sont des
thématiques transversales, étroitement liées et d’une importance fondamentale
pour la réussite des réformes politiques et économiques et l’établissement
d’une base pour la mise en œuvre des règles et normes de l’UE. Une
administration publique efficace est nécessaire à la gouvernance démocratique.
Elle a aussi un impact direct sur la capacité des pouvoirs publics à fournir
des services publics et à stimuler la compétitivité et la croissance. La réforme de l’administration
publique vise à renforcer la transparence, l’obligation de rendre des comptes
et l’efficacité et se concentre davantage sur les besoins des citoyens et des
entreprises. Une gestion appropriée des ressources humaines, une meilleure
planification, coordination et élaboration des politiques, des procédures
administratives saines et une amélioration de la gestion des finances
publiques, notamment de la gestion et du recouvrement des recettes, sont d’une
importance fondamentale pour le fonctionnement de l’État et pour la mise en
œuvre des réformes nécessaires à l’adhésion à l’UE. Les pays doivent redoubler
d’efforts pour améliorer leurs administrations publiques à tous les niveaux en
s’appuyant sur des stratégies nationales. Reconnaissant les défis auxquels sont
confrontés les pays visés par l’élargissement, la Commission est en train de
renforcer son soutien en faveur de la création des structures et capacités
administratives nécessaires dans le cadre du processus d’adhésion. La Commission structurera ses
travaux sur la RAP avec les pays visés par l’élargissement autour des questions
clés suivantes: Questions clés
pour la réforme de l’administration publique 1. Cadre stratégique pour la réforme de
l’administration publique
—
ce cadre prévoit l’engagement politique de mener à bien le processus de réforme,
et notamment le leadership politique et la coordination technique ainsi que le
suivi de la mise en œuvre. 2. Élaboration et coordination des
politiques — cette notion
recouvre la coordination appropriée au sein du gouvernement, la coordination
interministérielle, l’élaboration des politiques et l’analyse financière. 3. Services publics et gestion des
ressources humaines
— cette question couvre
l’organisation et le fonctionnement du service public, et notamment la
dépolitisation, le recrutement et la promotion fondés sur le mérite, la
formation et la professionnalisation. 4. Obligation de rendre des comptes — cette notion couvre la transparence de
l’administration, notamment l’accès à l’information et la possibilité de
recours administratif et de droit à réparation. 5. Fourniture de services — cette question couvre
l’amélioration des services aux citoyens et aux entreprises, notamment des
procédures administratives et des services d’administration en ligne. 6. Gestion des finances publiques (GFP) — elle prévoit un
engagement à adopter une approche plus globale de l’amélioration de la gestion
des finances publiques et du processus budgétaire général par l’élaboration et
la mise en œuvre de programmes GFP pluriannuels et l’instauration d’un dialogue
de fond sur la GFP avec la Commission et les IFI. Un programme GFP crédible et
pertinent est aussi
indispensable pour l’appui budgétaire sectoriel relevant de l’IAP. La Commission ambitionne de mieux
intégrer la réforme de l’administration publique dans le processus
d’élargissement. Des «groupes de travail spécialisés dans la RAP» associant les
pays des Balkans occidentaux ont été créés ou sont en voie de l’être sur le
modèle des sous-comités ASA. Des groupes spécialisés se sont déjà réunis en ce
qui concerne l’Albanie, le Kosovo, l’ancienne République yougoslave de
Macédoine et le Monténégro. Le premier groupe spécialisé dans la RAP associant
la Serbie se réunira en octobre. Les groupes spécialisés deviendront la
plateforme principale qui fera avancer les travaux sur la RAP, lesquels
s’articuleront autour des questions clés visées ci-dessus. Les résultats
obtenus par les groupes spécialisés dans la RAP devraient alimenter les travaux
du conseil/comité ASA avec une discussion politique plus structurée sur les questions
clés relatives à la RAP. Bien qu’aucun chapitre spécifique de l’acquis ne couvre
l’administration publique en tant que telle, les négociations d’adhésion
devraient aussi être utilisées pour encourager les réformes nécessaires. Les
questions clés doivent être traitées dans le cadre des chapitres concernés,
notamment les marchés publics, le contrôle financier, le pouvoir judiciaire et
les droits fondamentaux, la fiscalité et la politique économique et monétaire -
ainsi que dans le cadre de conférences intergouvernementales lorsque cela
s’avère important pour la mise en
œuvre de l’acquis. La coordination avec les IFI dans le domaine de la GFP sera
essentielle. La Commission continue de soutenir l’École régionale
d’administration publique, qui a un rôle important à jouer dans l’échange
d’expériences dans la région en matière de RAP, y compris en ce qui concerne le
processus d’intégration dans l’UE. Renforcement des
capacités de l’administration publique au Kosovo: Afin
de renforcer les capacités professionnelles et institutionnelles de son
administration publique, le Kosovo a mis sur pied un programme pour jeunes
professionnels. Ce programme, qui met fortement l’accent sur les besoins
inhérents à l’intégration européenne, offre des bourses aux élèves les plus
brillants pour leur permettre de suivre un programme de master spécial au
Kosovo, avec l’opportunité d’étudier dans l’UE. Quelque 80 % des diplômés
ont été recrutés par les autorités kosovares. Cela profite non seulement au
ministère de l’intégration européenne, mais aussi aux ministères sectoriels et
aux institutions qui seront chargées de mettre en œuvre les obligations
découlant du futur ASA. b)
Gouvernance économique et compétitivité La Commission est en train de
renforcer son soutien en faveur de l’amélioration de la gouvernance économique
et de la compétitivité dans les pays visés par l’élargissement. Cela est
essentiel pour répondre aux préoccupations des citoyens dans un environnement
économique toujours difficile, caractérisé par un taux de chômage élevé et un
faible niveau d’investissement. Cette nouvelle approche est particulièrement
importante pour les pays des Balkans occidentaux en ce sens qu’aucun d’entre
eux n’est encore considéré comme une économie de marché viable. Elle s’appuiera
sur l’expérience acquise par les États membres de l’UE dans le cadre du
Semestre européen. L’accent sera mis davantage sur les réformes structurelles
qui sont sectorielles par nature. Les pays visés par l’élargissement seront
invités à communiquer des programmes nationaux de réforme économique. De son
côté, l’UE fournira davantage d’orientations en ce qui concerne les priorités
de réforme et un financement au titre de l’IAP mieux ciblé. L’amélioration de
la gouvernance économique dans les pays visés par l’élargissement est aussi
importante pour maintenir le soutien en faveur de l’élargissement au sein de
l’Union européenne. Tous les pays des Balkans
occidentaux sont confrontés à des défis économiques structurels majeurs,
affichant des taux de chômage élevés et de faibles niveaux d’investissement
étranger. Il reste des défis importants à relever dans tous les pays visés par
l’élargissement sur le plan des réformes économiques, de la compétitivité, de
la création d’emplois et de l’assainissement budgétaire. Les faiblesses qui
affectent l’état de droit et la gestion des finances publiques aggravent le
risque de corruption, ce qui a un impact négatif sur le climat
d’investissement.
À
ce jour, aucun des pays concernés n’a présenté de programme national de réforme
global et convaincant. Situation
macroéconomique dans les pays visés par l’élargissement Þ L’évolution de
la situation socioéconomique des pays visés par l’élargissement est contrastée.
Tous les pays visés par l’élargissement ont, dans une large mesure, maintenu
une stabilité macroéconomique globale, mais les risques budgétaires se sont
accrus de manière significative dans bon nombre d’entre eux. La reprise modeste
se poursuit. Selon les dernières prévisions de la Commission, les pays
candidats des Balkans occidentaux devraient connaître une croissance de
1,6 % en moyenne en 2014. La reprise ne s’est pas traduite par des
créations d’emplois. Le chômage est resté élevé, en particulier parmi les
jeunes, et s’élève actuellement à 21 % en moyenne dans les Balkans
occidentaux, mais est beaucoup plus élevé en Bosnie-Herzégovine, dans
l’ancienne République yougoslave de Macédoine et au Kosovo. Les niveaux de
pauvreté restent obstinément élevés. Þ L’UE est le
principal partenaire commercial des pays des Balkans occidentaux, qui sont
destinataires de près de 60 % des exportations de la région. Elle est
aussi, et de loin, la première source d’investissements directs étrangers. Þ En 2013, la
Turquie a vu sa croissance passer à 4 %, les estimations de croissance
pour 2014 s’établissant à 2,6 %. La livre turque s’est dépréciée et le
déficit des comptes courants a augmenté, s’établissant à près de 8 % du
PIB en 2013. Les performances économiques récentes de la Turquie illustrent à
la fois le potentiel élevé et les déséquilibres persistants de son économie.
L’UE reste le principal partenaire commercial de la Turquie, étant destinataire
de plus de 40 % des exportations de cette dernière. La Turquie est devenue
une base d’investissement pour les entreprises européennes, s’intégrant de plus
en plus dans la chaîne de production et d’approvisionnement de l’UE. Quelque
70 % des investissements directs étrangers réalisés en Turquie proviennent
de l’UE. Indicateurs
économiques clés || PIB par habitant en SPA (% de l’UE) || Croissance du PIB (%) || Inflation (%) || Chômage (%) || Taux d’emploi, 20-64 ans (%) || Taux de participation, 20-64 ans (%) || Exportations (biens & services % du PIB) || Dette publique (% du PIB) || Déficit public (% du PIB) Albanie || 30 || 1,4 || 1,9 || 15,6 || 57,2 || 68,0 || 40,2 || 62,0* || -3,4* Bosnie-Herzégovine || 29 || 2,5 || -0,2 || 27,5 || n. disp. || n. disp. || 30,0 || n. disp. || -2,2 Ancienne République yougoslave de Macédoine || 35 || 2,9 || 2,8 || 29,0 || 50,3 || 70,4 || 53,9 || 36,0 || -4,1 Kosovo || n. disp. || 3,4 || 1,8 || 30,0 || n. disp. || n. disp. || 17,4 || n. disp. || n. disp. Monténégro || 42 || -2,5* || 1,8 || 19,5 || 52,6 || 65,1 || 44,1* || 58,0 || -2,3 Serbie || 36 || 2,5 || 7,8 || 22,1 || 51,2 || 66,0 || 44,7 || 63,2 || -5,0 Turquie || 55 || 4,0 || 7,5 || 8,8 || 53,4 || 58,4 || 25,7 || 36,2* || -0,3* Source: Eurostat. Année de
référence 2013 à l’exclusion (*) de 2012. Ø Renforcement
de la gouvernance économique La stratégie d’élargissement
2013-2014 proposait une nouvelle approche pour aider les pays visés par
l’élargissement à s’attaquer d’abord aux fondamentaux économiques, puis à
remplir les critères économiques. Cette nouvelle approche implique un
changement dans le dialogue et une amélioration de la communication
d’informations afin de clarifier davantage les orientations sur les réformes
nécessaires pour soutenir la croissance et la compétitivité à long terme. Défis
économiques clés dans les Balkans occidentaux Þ Renforcement de
l’assainissement budgétaire par une réduction des déficits budgétaires et la
mise en œuvre de réformes crédibles du secteur public, notamment une réforme de
l’administration publique et du système de retraite. Þ Renforcement de
la gestion des finances publiques, notamment de la gestion et du recouvrement
des recettes, de l’élaboration et de l’exécution du budget, des procédures
comptables et d’information ainsi que du contrôle externe. Þ Mesures visant
à alléger la lourde charge que représentent les prêts non productifs. Þ Restructuration
et amélioration de la gouvernance des entreprises publiques. Þ Amélioration de
l’environnement des entreprises, notamment de l’économie numérique, et soutien
au développement du secteur privé, réduction des charges parafiscales,
simplification de la réglementation et relance des investissements dans la
recherche. Þ Amélioration
des réseaux d’approvisionnement en énergie et de transport et accroissement de
la connectivité. Þ Mise en place
de marchés du travail performants, notamment d’une flexibilité suffisante,
mesures concernant le secteur informel, amélioration de l’employabilité des
travailleurs et meilleure adaptation de l’enseignement et des compétences aux
besoins du marché du travail. Les pays des Balkans occidentaux
sont invités à renforcer leur politique économique et leur gouvernance par
l’élaboration de programmes nationaux de réforme économique. Ces programmes
comprendront deux volets. Le premier consistera en une version améliorée des
programmes économiques de préadhésion (PEP) existants pour les pays candidats
et des programmes économiques et budgétaires (PEB) existants pour les candidats
potentiels, et sera étendu au Kosovo. Le premier volet des programmes nationaux
de réforme économique définira un cadre de politique macroéconomique et
budgétaire à moyen terme, en renforçant l’accent sur l’évaluation de la
viabilité extérieure et des obstacles structurels à la croissance, ainsi que
des mesures de réforme concrètes destinées à soutenir le cadre politique. Le
deuxième volet des programmes nationaux de réforme économique couvrira les
réformes structurelles qui sont sectorielles par nature (transport, énergie,
éducation, environnement, recherche, industrie, concurrence, marché intérieur)
et qui sont essentielles pour améliorer la compétitivité et la croissance dans
les différents pays concernés, et notamment les besoins en investissement dans
les infrastructures. La Commission fournira aux pays concernés des orientations
claires et consolidées pour faire en sorte que ces programmes ciblent les
questions clés. En ce qui concerne l’attention
accrue accordée aux réformes structurelles, 2015 devrait être considérée comme
la première année de la phase pilote. Les réformes abordées dans ces documents
bénéficieront de l’aide relevant de l’IAP. Afin de renforcer la surveillance,
le processus d’évaluation débouchera sur des orientations stratégiques plus
ciblées pour chaque
pays. Dès le mois de mai 2014, le Conseil ECOFIN conjoint a adopté des
orientations plus ciblées pour chacun des pays candidats. La Turquie et l’UE ont un intérêt
commun à promouvoir un programme de réforme économique, à échanger leurs
expériences, à aligner leurs positions au sein du G20 et à approfondir
l’intégration économique. En outre, la récente évaluation de l’Union douanière
UE-Turquie fournit des éléments importants pour l’amélioration de cet accord
commercial. Il est dans l’intérêt des deux parties de renforcer leurs relations
commerciales pour les hisser à la hauteur d’accords commerciaux modernes et de
l’importance stratégique des relations UE-Turquie. Le programme économique
pourrait être examiné dans le cadre d’un dialogue économique régulier à haut
niveau entre l’UE et la Turquie. Ces contacts politiques renforcés pourraient
être complétés par un forum annuel des entreprises UE-Turquie. Un cycle annuel
d’examen de la politique économique et d’orientation pour les Balkans
occidentaux 31
janvier — Communication
à la Commission, par les pays, des
programmes
nationaux de réforme économique (PNRE) (volet 1 consacré au cadre
macroéconomique et budgétaire et au soutien aux réformes, volet 2 consacré aux
réformes structurelles qui sont sectorielles par nature et à la compétitivité).
Compte tenu du fait que les réformes relevant du volet 2 s’inscrivent dans la
durée, ce volet ferait l’objet d’une simple actualisation annuelle dans chaque
PNRE suivant. Février — Missions
d’évaluation de la Commission dans les pays des Balkans occidentaux. Avril — Réunions par
pays avec la Commission pour discuter d’orientations stratégiques ciblées. Mai — Conclusions
du Conseil ECOFIN. Juin/juillet — Réunions par
pays au niveau ministériel. Automne — Le paquet
élargissement de la Commission fait le point sur les nouveaux progrès réalisés
depuis le Conseil ECOFIN, offrant de nouvelles orientations prospectives plus
détaillées à prendre en compte dans les programmes à communiquer au mois de
janvier qui suit. Une assistance technique
spécialisée est nécessaire pour aider à soutenir la mise en œuvre de cette
approche. La mise en œuvre d’orientations stratégiques par pays devra être
rapidement soutenue par des projets IAP ciblés et concrets afin d’améliorer la
gouvernance économique. Les documents de stratégie nationaux et multinationaux
au titre de l’IAP 2014-2020 reflètent l’importance de la gouvernance économique
et allouent des fonds indicatifs à cette fin. Des projets IAP concrets sont en
cours d’élaboration et seront lancés à partir de 2015. L’accroissement de la
compétitivité et l’introduction de mesures stimulant la création d’emplois dans
la région atténueront les pressions migratoires des pays visés par
l’élargissement vers l’UE. Lors des derniers élargissements, des dispositifs
transitoires étaient en place pour instaurer progressivement la libre
circulation complète des travailleurs des nouveaux États membres. La possible
nécessité et la nature de mesures transitoires et/ou d’un mécanisme de
sauvegarde concernant la libre circulation des travailleurs seront abordées au
cours des négociations d’adhésion relatives au futur élargissement, sur la base
d’une future analyse d’impact. Ø
Dialogue
sur l’emploi et les réformes sociales Le soutien de la Commission au
développement économique durable dans les Balkans occidentaux va au-delà de la
stabilisation macroéconomique et de l’acquisition du statut d’économie de
marché viable. Depuis le début de la crise, la Commission insiste sur le fait
qu’il convient de redoubler d’efforts pour faire face à une situation
socioéconomique difficile, et en particulier s’attaquer au chômage élevé. La Commission a déjà entamé un
nouveau dialogue sur les programmes en faveur de l’emploi et des réformes
sociales avec la Turquie et la Serbie. Des dialogues avec l’ancienne République
yougoslave de Macédoine et le Monténégro sont en cours de préparation. La
situation socioéconomique des autres pays est plus problématique et une aide
supplémentaire sera nécessaire pour développer la capacité administrative
permettant de faciliter leur participation au nouveau processus. Ces pays
seront progressivement invités à prendre part au nouveau dialogue. Une
assistance technique complète est actuellement fournie par le biais de l’IAP,
en plus d’un soutien plus large dans le domaine de l’emploi et le domaine
social. La Commission lancera une plateforme concernant l’emploi et les
affaires sociales en tant qu’instrument supplémentaire destiné à aider les pays
concernés à partager leur expérience et à se préparer au dialogue sur les
programmes en faveur de l’emploi et des réformes sociales. Dans le cadre d’un exercice
distinct, la Commission continuera aussi, en vue de réduire le déficit de
compétences et d’améliorer les systèmes d’éducation, de développer la
plateforme pour l’éducation et la formation dans les Balkans occidentaux. Ø Relance des
investissements en faveur de la croissance et de l’emploi; réseaux et
coopération régionale Les réseaux transfrontières de
transport, d’approvisionnement énergétique et de communication sont
insuffisamment développés dans les Balkans occidentaux. Des investissements
dans les infrastructures sont absolument nécessaires pour stimuler le
développement économique dans la région. Compte tenu de la taille des économies
des Balkans occidentaux, le renforcement de leur intégration est indispensable.
La coopération économique régionale offre des opportunités non seulement pour
une croissance durable, mais aussi pour la coopération politique et le
développement de relations de bon voisinage. Des travaux sont en cours sous les
auspices du Conseil de coopération régionale (CCR) afin de respecter les
objectifs et les priorités de la stratégie Europe 2020. La libéralisation des
services envisagée au sein de la zone centre-européenne de libre-échange
contribuerait encore davantage à la réalisation de cet objectif. Réseaux
d’approvisionnement en énergie et de transport L’amélioration
de l’interconnexion des réseaux de transport et des réseaux énergétiques entre
l’UE et les pays visés par l’élargissement est une priorité pour promouvoir une
croissance économique durable, l’emploi, le commerce et les échanges culturels. En
mai, la Commission a adopté sa stratégie européenne pour la sécurité
énergétique[3], qui vise à
renforcer la sécurité énergétique de l’UE. À court terme, la stratégie propose
le lancement, par la Commission, de
tests
de résistance de la sécurité énergétique afin de simuler une rupture de l’approvisionnement
en gaz pour l’hiver prochain et de vérifier comment le système énergétique peut
faire face à des risques pesant sur la sécurité d’approvisionnement. Tenant
compte de la dimension paneuropéenne de la sécurité énergétique, la Commission
a invité tous les pays des Balkans occidentaux et la Turquie à participer aux
tests de résistance. L’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’ancienne République
yougoslave de Macédoine, le Kosovo, la Serbie et la Turquie ont apporté leur
contribution à cet exercice. La poursuite du développement de l’infrastructure
transeuropéenne de transport de l’énergie et la coopération avec la Communauté de l’énergie
sont d’une importance capitale. La Communauté de l’énergie, qui vise à étendre
l’acquis de l’UE dans le domaine de l’énergie aux pays visés par
l’élargissement et aux pays voisins, devrait encore être renforcée à la lumière
des préoccupations de l’UE liées à la sécurité de l’approvisionnement. Pour ce
faire, il convient de continuer à promouvoir les réformes du secteur de
l’énergie dans les pays participants, tout en soutenant la modernisation et la
viabilité de leur système énergétique et leur pleine intégration dans le cadre
réglementaire de l’UE en matière d’énergie. Les
futurs travaux de la Communauté de l’énergie devraient se concentrer en
particulier sur l’amélioration de la mise en œuvre et du contrôle de
l’application des réformes afin de créer un véritable marché intérieur tant de
gros que de détail, en particulier en ce qui concerne le dégroupage des
services d’utilité publique, la transparence des prix ou la garantie, pour les
tiers, de disposer d’un accès aux réseaux. La nécessité de garantir un accès
aux tiers est une des raisons pour lesquelles la Commission a déclaré que les accords
intergouvernementaux signés entre la Russie et un certain nombre de pays
impliqués dans le projet South Stream devaient être renégociés et la
construction basée sur le projet suspendue. La
coopération avec la Turquie doit encore être renforcée, eu égard à sa position
stratégique et à sa vocation à devenir une plaque tournante pour les
approvisionnements en énergie. Le renforcement de la coopération UE-Turquie en
matière d’énergie ainsi que les progrès réalisés en ce sens dans les
négociations d’adhésion faciliteraient encore les progrès vers l’interconnexion
et l’intégration des marchés de l’énergie. La
Commission a adopté une liste de projets d’intérêt commun pour le développement
de l’infrastructure transeuropéenne de transport de l’énergie. Une liste de
projets présentant de l’intérêt pour la Communauté de l’énergie a été adoptée
par le Conseil ministériel de cette dernière. Pour mettre ces réseaux en œuvre,
les parties (avec l’aide de l’UE) devront surmonter les difficultés à financer
les interconnexions entre pays. Le
futur traité instituant une Communauté des transports promouvra
l’intégration des marchés et
des
infrastructures de transport terrestre tout en aidant les pays des Balkans
occidentaux à appliquer les normes de l’UE dans ce domaine. La Commission a
aussi examiné les réseaux transeuropéens de l’UE dans le domaine des transports
(RTE-T) et de l’énergie (RTE-E) en vue d’améliorer les connexions avec les pays
couverts par la politique d’élargissement et la politique de voisinage. Le cadre d’investissement en
faveur des Balkans occidentaux joue un rôle de plus en plus important en aidant
à préparer et à appuyer les investissements les plus nécessaires pour stimuler
la croissance et l’emploi. Par l’intermédiaire de ce cadre, la Commission, les
bailleurs de fonds bilatéraux et les institutions financières internationales
soutiennent des investissements de l’ordre de 4 milliards d’euros par an dans
les domaines des transports, de l’énergie, de l’environnement, du changement
climatique, du soutien à une économie efficace dans l’utilisation des
ressources, du secteur social et du développement du secteur privé/des PME,
dans les cas où la Commission cofinance une plateforme en faveur des PME des
Balkans occidentaux visant à améliorer l’accès des PME au financement au moyen
de garanties et de capital-risque. La Commission encourage les pays à instituer
des comités nationaux d’investissement ou des mécanismes de coordination
similaires qui déboucheraient sur la création de réservoirs uniques de projets
sectoriels. Développement
d’un réservoir de projets unique en Serbie: La
Serbie est en train d’établir une liste de projets d’infrastructure
prioritaires présentant un intérêt stratégique national et européen dans les
secteurs de l’énergie, des transports, de l’environnement et des
infrastructures des entreprises. Ces priorités constitueraient des projets
approuvés au niveau politique à mettre en œuvre d’ici à l’adhésion et au-delà.
Cette liste est établie selon une méthode de sélection cohérente et objective,
sur la base d’un projet financé au titre de l’IAP. Les projets sont évalués
avec soin pour ce qui est des étapes préparatoires/administratives restantes et
des responsabilités institutionnelles détaillées sont attribuées pour toutes
les étapes concernées. Une fois avalisés au niveau politique par le
gouvernement, tous les éléments ci-dessus, qui faisaient défaut dans le passé,
peuvent permettre une meilleure définition des priorités en matière de
financement de projets et une meilleure coordination entre les IFI et les
organisations internationales disposées à fournir des fonds. Le but est de
limiter le financement par l’IAP et les IFI aux seuls projets relevant du
réservoir unique. Ø Garantir la
pérennité des investissements et une gestion efficace des risques de
catastrophe Les pays des Balkans occidentaux
sont exposés à toute une série de catastrophes. Les graves inondations qui ont
frappé à la fois la Bosnie-Herzégovine et la Serbie en mai ont non seulement
provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes, mais ont aussi eu un
impact socioéconomique considérable. Les dégâts subis sont estimés à un montant
total d’environ 2,04 milliards
d’euros
en Bosnie-Herzégovine (l’équivalent de près de 15 % du PIB) et à 1,52
milliard d’euros en
Serbie. Les inondations ont aussi eu un impact important sur les prévisions de
croissance des deux pays, mettant à mal leur développement durable à long
terme. Les inondations ont souligné l’importance d’investir durablement dans la
gestion des risques de catastrophe et d’intégrer effectivement cette gestion
dans les politiques économiques globales de ces pays. c)
L’état
de droit et les droits fondamentaux i) État de droit L’état de droit est une valeur
fondamentale sur laquelle l’UE est fondée et qui est au cœur du
processus d’adhésion.
Les pays qui aspirent à rejoindre l’Union doivent établir et promouvoir, dès le
début, le bon fonctionnement des principales institutions nécessaires pour
garantir l’état de droit. Celui-ci est essentiel pour assurer la stabilité de
l’environnement des entreprises, procurer la sécurité juridique aux opérateurs
économiques, assister les consommateurs et stimuler les investissements,
l’emploi et la croissance. Les pays visés par l’élargissement ont connu une
évolution positive dans ce domaine au cours de l’année écoulée. L’ouverture des
chapitres 23 et 24 fournit au Monténégro un cadre important pour mettre en
œuvre ses plans d’action exhaustifs, qui couvrent un large éventail de
questions relatives à l’état de droit. La Serbie a bien progressé dans
l’élaboration de plans d’action similaires à l’approche de l’ouverture des
négociations d’adhésion concernant ces chapitres. L’Albanie a consenti des
efforts importants en matière de lutte contre la criminalité organisée. Le renforcement de l’état de droit
représente un enjeu majeur pour la plupart des pays engagés dans le processus
d’élargissement, en particulier en termes d’amélioration du fonctionnement et
d’indépendance du pouvoir judiciaire ainsi que de lutte contre la corruption et
la criminalité organisée. Cet objectif nécessitera une forte volonté politique,
privilégiant les résultats tangibles aux déclarations. En ce qui concerne les
affaires de criminalité organisée et de corruption, les pays doivent obtenir
des résultats crédibles dans les enquêtes qui sont menées, les poursuites qui
sont engagées et les condamnations définitives qui sont prononcées, et
celles-ci doivent être assorties de jugements appropriés et de la confiscation
d’avoirs. Dans la plupart des cas, des
réformes
judiciaires de
grande envergure doivent être entreprises afin d’assurer l’indépendance et
l’efficacité de systèmes judiciaires capables de garantir des procès
équitables, au sein desquels les juges sont nommés et promus selon leurs
mérites, sont impartiaux et ont l’obligation de rendre compte. La plupart des
pays ont mis en place des stratégies de réforme judiciaire. Cependant, la mise
en œuvre n’en est qu’à ses débuts, et de nombreuses difficultés demeurent. Il
est nécessaire de garantir l’indépendance des conseils nationaux de la
magistrature, d’instaurer des procédures plus rigoureuses pour la nomination
des juges et des procureurs et de protéger l’indépendance du pouvoir judiciaire
tout en garantissant l’obligation de rendre compte. La justice manque souvent
d’efficacité et sa qualité n’est pas suffisante; la plupart des pays ont un
arriéré judiciaire excessif et éprouvent des difficultés à exécuter les
décisions de justice. Il est nécessaire que la culture judiciaire évolue pour
se mettre davantage au service des citoyens. Formation de
magistrats dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine L’école
de la magistrature a été créée en 2006 et est devenue opérationnelle en 2007.
Elle fournit une formation avant prise de fonction aux futurs juges et
procureurs selon un programme de formation théorique et pratique à temps plein
de deux ans et offre une formation continue en cours de fonction aux juges, aux
procureurs, au personnel judiciaire et aux fonctionnaires tout au long de leur
carrière. La formation est essentiellement donnée par des praticiens, tels que
des hauts magistrats. Quatre-vingts candidats juges et procureurs sont déjà
diplômés du programme de formation avant prise de fonctions et, l’année
dernière, l’école a accueilli plus de 7 300 participants à plus de 270
séances de formation en cours de fonction. Un système décentralisé a été mis en
place pour les participants d’autres localités que la capitale, de même que des
modules d’apprentissage en ligne disponibles sur le portail web de l’école.
Celle-ci favorise également les contacts avec des organisations judiciaires
internationales, notamment les stages à l’étranger. La corruption
demeure un
sérieux problème dans la plupart des pays visés par l’élargissement. Dans des
domaines tels que ceux de la passation de marchés publics et de la
privatisation, les pratiques de corruption continuent de priver les budgets
nationaux de ressources peu abondantes, ce qui a un impact négatif sur le
climat des affaires et des investissements, qui ne peuvent prospérer sans
sécurité juridique. La corruption a aussi une incidence directe sur les
citoyens en tant que destinataires de certains services publics, tels que les
services d’éducation et de santé. Les outils destinés à prévenir efficacement
la corruption restent sous-utilisés. Il est nécessaire que des mesures plus
proactives, bien coordonnées et efficaces visant à faire respecter la loi
soient prises afin de garantir que les affaires de corruption, notamment de
haut niveau, fassent l’objet d’enquêtes, de poursuites et de condamnations
appropriées. Il conviendra de démontrer constamment la réalisation de résultats
concrets dans ce domaine. Les pays doivent veiller à mettre
en place un cadre solide en vue de prévenir la corruption et redoubler
d’efforts en ce qui concerne le financement des partis politiques et des
campagnes électorales, la gestion des conflits d’intérêt, la transparence dans
l’utilisation des fonds publics, l’accès à l’information et la saisie et la
confiscation d’avoirs. La réforme de l’administration publique et la gestion
des finances publiques seront essentielles à cet égard. Il est nécessaire
d’améliorer la collecte de données et l’accès à celles-ci afin d’améliorer la
transparence et d’aider au suivi de la mise en œuvre des politiques de lutte
contre la corruption. La lutte contre la criminalité
organisée demeure
un sujet de préoccupation majeur dans la plupart des pays visés par
l’élargissement. Des progrès sont réalisés, mais il reste beaucoup à faire pour
doter les services répressifs et les parquets d’outils juridiques et de moyens
d’enquête efficaces afin de lutter comme il convient contre la criminalité
organisée et de la sanctionner, ainsi que de permettre la conduite d’enquêtes
proactives. La lutte contre la criminalité organisée et la corruption est fondamentale
pour faire échec à l’infiltration des systèmes politiques, juridiques et
économiques par les réseaux criminels. Il convient d’accroître la résistance à
la corruption des organes répressifs, des parquets et des services judiciaires
et d’instaurer davantage de contrôles afin de détecter les activités
apparemment légales qui servent d’écran aux activités criminelles. Il y a lieu
d’améliorer considérablement la capacité à mener des enquêtes financières
complexes et à s’attaquer au blanchiment d’argent, ainsi qu’à faire face aux
nouvelles menaces, telles que la cybercriminalité. Il est nécessaire de
confisquer effectivement les produits du crime, d’instaurer un système de
confiscation étendue des avoirs et d’envisager d’ériger en infraction l’enrichissement
illicite afin de remédier au phénomène de la richesse inexpliquée. La nature transfrontière de
nombreux groupes criminels organisés et activités criminelles requiert une
coopération régionale et internationale renforcée, ainsi que des réponses améliorées
aux demandes de coopération policière et judiciaire des États membres. Une
coopération opérationnelle plus poussée est également recherchée avec les
agences européennes compétentes, en particulier Europol, Eurojust et Frontex.
Des accords opérationnels avec Europol sont entrés en vigueur pour la Serbie et
l’Albanie, et celui pour le Monténégro est déjà à un stade préparatoire avancé.
La Commission continue d’accorder son soutien à un réseau régional de
procureurs et à des systèmes coordonnés de protection des témoins dans la
région. Conception d’une
analyse stratégique de la situation de la criminalité organisée au Monténégro Tout
pays désireux de lutter efficacement contre la criminalité organisée doit avoir
une vision stratégique cohérente et globale de la criminalité organisée sur son
territoire. Tous les acteurs, même au-delà des services répressifs, en ont
besoin pour comprendre les menaces auxquelles le pays est confronté et pour
gérer l’évolution de la situation. Au printemps 2014, le Monténégro a publié
son évaluation de la menace que représente la grande criminalité organisée;
l’évaluation fournit une vue d’ensemble des menaces criminelles détectées dans
la région et dans le pays qui pèsent sur la situation sécuritaire du
Monténégro. L’analyse sert à présent à déterminer les priorités communes pour
les services répressifs, ce qui leur permet de préparer les réponses
appropriées et de mettre en œuvre le concept d'«activités de police fondées sur
le renseignement». La Commission continue d’accorder
une grande priorité à tous les aspects de l’état de droit dans les pays visés
par l’élargissement. Dans les négociations d’adhésion, une nouvelle approche
est appliquée pour le chapitre relatif au pouvoir judiciaire et aux droits
fondamentaux et celui relatif à la justice, à la liberté et à la sécurité.
Cette approche appelle des résultats majeurs dans la mise en œuvre des réformes
tout au long du processus de préparation à l’adhésion. L’UE a instauré pour la
première fois des critères provisoires dans les négociations d’adhésion avec le
Monténégro en décembre 2013. Des orientations substantielles ont été fournies à
la Serbie pour les plans d’action exhaustifs qu’elle élabore en vue de
l’ouverture des négociations sur les questions relatives à l’état de droit. Ces
orientations et critères guideront les futures négociations et les travaux à
mener avec les autres pays visés par l’élargissement. L’état de droit est un
thème qui est à présent abordé à un stade précoce du processus d’adhésion avec
tous les pays visés par l’élargissement, et les progrès réalisés dans ce
domaine sont un élément important à prendre en compte lors de la prise de
décisions à chaque étape du processus d’adhésion à l’UE. La nouvelle
approche des chapitres 23 et 24 en bref La
nouvelle approche concernant les négociations sur le chapitre
23 «Pouvoir judiciaire et droits fondamentaux» et le chapitre 24 «Justice,
liberté et sécurité» fournit un cadre plus structuré pour les négociations, qui
prend en compte le temps nécessaire pour mener dûment à bien les réformes: ► les chapitres 23 et 24
doivent être ouverts
à un stade précoce du
processus et clôturés
à la fin de
celui-ci de manière à laisser le plus de temps possible pour obtenir des
résultats substantiels qui assureront l’irréversibilité des réformes; ► l’UE doit fournir des
orientations substantielles sur lesquelles seront fondés les plans d’action
exhaustifs pour la réforme, qui sont nécessaires en tant que critères
d’ouverture et qui serviront de catalyseur des réformes; ► il convient d’instaurer des
«critères
provisoires» afin
d’orienter davantage le processus de réforme et de maintenir les réformes sur
la bonne voie; ► les critères de clôture
ne sont établis que lorsque des progrès substantiels ont été réalisés à tous
les niveaux, notamment en ce qui concerne les résultats de la mise en œuvre sur
le terrain; ► des garanties et des
mesures correctives doivent être prévues, par exemple la mise à jour des
critères et la recherche d’un équilibre global des progrès réalisés dans les
négociations dans tous les chapitres, l’instauration d’un mécanisme permettant
de mettre fin aux négociations dans les autres chapitres en cas de progrès
tardifs dans les chapitres 23 et 24; ► il y a lieu d’améliorer
la
transparence et l’ouverture à tous du processus, en organisant une vaste
consultation des parties prenantes sur les réformes afin de recueillir le plus
de soutien possible pour leur mise en œuvre. Plus largement, la Commission
utilise tous les instruments dont elle dispose pour renforcer l’état de droit,
notamment en en assurant un suivi régulier, en particulier par l’intermédiaire
des organes conjoints mis en place dans le cadre des accords de stabilisation
et d’association et au moyen des missions d’évaluation et des dialogues
structurés; en rédigeant des rapports, en particulier les rapports sur l’état
d’avancement; en accordant une aide financière, l’accent étant principalement
mis sur l’état de droit conformément à l’IAP II; en favorisant le
renforcement des institutions, Taiex, le jumelage et les évaluations par les
pairs, qui mettent les juges, les procureurs et d’autres experts du maintien de
l’ordre, de la gestion des frontières et de la migration des États membres en
contact direct avec leurs homologues. Un groupe de travail sur le
chapitre 23 a été créé dans le cadre du programme pour le développement de
relations constructives avec la Turquie. Pour améliorer la lutte contre la
criminalité transnationale, la Commission encourage l’intensification de la
coopération judiciaire et policière dans la région, avec les États membres de
l’UE ainsi qu’avec Europol, Eurojust et Frontex et de plus en plus également
avec le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO). En vue de mettre au
point des mesures adéquates pour enrayer le phénomène des combattants
étrangers, les pays visés par l’élargissement devront accroître leur capacité à
prévenir la radicalisation, notamment grâce à l’échange de bonnes pratiques, et
intensifier la coopération avec les États membres. Le processus de
libéralisation du régime des visas, qui prévoit des conditions de réforme
spécifiques, a aidé les pays à mieux cibler leurs efforts. Les pays doivent
redoubler d’efforts pour consolider ces réformes et mettre en œuvre des mesures
visant à prévenir tout usage abusif du régime de visas libéralisé. Des efforts
consolidés sont nécessaires dans les domaines des migrations et de la gestion
des frontières. Les questions en suspens dans ces domaines continueront d’être
traitées dans les enceintes adéquates, telles que le cadre ASA, et notamment
dans le chapitre 24 «Justice, liberté et sécurité». ii) Droits fondamentaux La Commission surveille
attentivement l’évolution des droits civils, politiques, sociaux et
économiques, ainsi que les droits des personnes appartenant à des minorités
dans les pays visés par l’élargissement. Les droits fondamentaux sont en grande
partie consacrés par la législation, mais il faut intensifier les efforts pour
garantir leur plein respect dans la pratique. La liberté d’expression et la
liberté des médias demeurent un sujet de préoccupation particulier. Il est
nécessaire de mieux protéger les droits des personnes appartenant à des
minorités et de lutter contre la discrimination et l’hostilité à l’égard des
groupes vulnérables, notamment pour des motifs d’orientation sexuelle. Il faut aussi
continuer à promouvoir les droits des femmes, notamment en luttant contre la
violence domestique. Des améliorations sont nécessaires dans le domaine des
droits de l’enfant. Des efforts supplémentaires doivent être consentis pour
soutenir les personnes handicapées. D’autres droits fondamentaux, tels que le
droit de propriété, continuent de poser des problèmes. Il est fréquent que des
mesures plus efficaces soient nécessaires pour faciliter l’accès à la justice. Les pays doivent mettre en place
un cadre institutionnel plus solide pour la protection des droits fondamentaux.
Des institutions de défense des droits de l’homme, notamment les médiateurs,
existent, mais leur rôle doit être renforcé à l’échelle de la gravité des
problèmes rencontrés. Les recommandations de ces institutions sont trop souvent
ignorées, les organes de l’État n’assurant pas un suivi adéquat. Il convient
également de favoriser une culture d’acceptation du travail réalisé par les
organisations non gouvernementales (ONG) et les défenseurs des droits de
l’homme. Dans le but de mieux intégrer les pays visés par l’élargissement dans
les cadres de l’UE et de promouvoir la diffusion de bonnes pratiques, la
Commission encourage vivement les pays candidats à continuer à se préparer à
participer en tant qu’observateurs aux travaux de l’Agence des droits
fondamentaux de l’Union européenne. La Cour
constitutionnelle garante des droits fondamentaux en Turquie Depuis
2011, tout individu alléguant que l’une de ses libertés fondamentales ou l’un
de ses droits fondamentaux garantis par la Constitution a été violé par les
autorités publiques peut saisir la Cour constitutionnelle, en principe après
avoir épuisé les voies de recours ordinaires. C’est sur la base de cette
procédure que la Cour constitutionnelle turque a pris, en 2014, des décisions
qui • protègent la liberté d’expression
et de l’internet; • sauvegardent le droit à la liberté
et à la sécurité, ainsi que le droit à un procès équitable et donnent la
possibilité de rejuger plusieurs affaires très médiatisées qui ont polarisé
l’attention en Turquie. • reconnaissent les discours haineux
motivés par l’orientation sexuelle comme un délit. Ø Liberté
d’expression et liberté des médias Le cadre
juridique relatif à la liberté d’expression et à la liberté des médias est en
grande partie établi dans les pays visés par l’élargissement, dans un
environnement médiatique globalement pluraliste. Toutefois, la situation
relative à la liberté d’expression et des médias s’est détériorée dans la
pratique dans certains pays l’an dernier. Il est nécessaire de remédier
d’urgence à de nombreux écueils majeurs, et l’ingérence des autorités dans la
liberté des médias demeure une grave préoccupation. Il convient de redoubler
d’efforts pour garantir l’indépendance politique et financière des chaînes
publiques de radiodiffusion, de renforcer les agences de régulation et de
favoriser l’autoréglementation fonctionnelle des médias. Il faut aussi
s’attaquer à la pression économique informelle exercée sur les médias,
notamment en garantissant la transparence en matière de propriété des médias,
en empêchant une concentration excessive et en instaurant des règles
transparentes pour la passation des marchés de publicité publique. Dans
certains pays, un climat de crainte et de censure est alimenté par des actes
incessants de violence et d’intimidation à l’égard des journalistes, les
autorités parvenant rarement à identifier les auteurs de ces actes et à les
punir comme il se doit. Il arrive parfois que les gouvernements eux-mêmes
contribuent à créer une atmosphère où les journalistes qui critiquent la
politique du gouvernement sont diabolisés comme des traites, ce qui conduit à
l’autocensure. Bien que la diffamation ait été dépénalisée, les actions en
justice contre les journalistes ne cessent pas. Il est nécessaire de développer
le pouvoir judiciaire et d’en former le personnel afin d’éviter les abus de
pouvoir de l’État. La Commission
continue de donner la priorité aux travaux relatifs à la liberté d’expression
et à la liberté des médias dans le processus d’adhésion à l’UE. Elle explorera
la possibilité d’organiser en 2015, avec le Parlement européen, la troisième
édition de la conférence Speak Up!, rassemblant les principaux acteurs issus du
monde des médias, de la société civile et des autorités nationales. Dans le
courant de cette année, la Commission décernera pour la première fois un prix
pour le journalisme d’investigation. Ø Protection des
minorités, notamment des Roms Dans l’ensemble, il existe des
cadres juridiques valables et bien conçus pour veiller à la protection des
minorités. Néanmoins, la mise en œuvre dans la pratique est souvent compliquée,
notamment lorsqu’il y a un lien avec des conflits récents. Il convient de faire
davantage pour garantir la bonne exécution des engagements juridiques et de
mieux remédier aux difficultés auxquelles les minorités ethniques se heurtent.
Des questions telles que l’usage des langues minoritaires, l’accès à
l’éducation et la représentation politique requièrent souvent une plus grande
attention. Il est nécessaire d’encourager une culture générale d’acceptation
des minorités et de combattre l’hostilité de la société grâce à l’éducation et
à l’organisation de larges débats publics et d’actions de sensibilisation. Il
convient d’adopter une ligne de conduite volontariste de tolérance zéro dans
les affaires d’incitation à la haine, de discrimination, de violence et
d’intimidation fondée sur l’appartenance ethnique. Il importe de consolider un
cadre cohérent pour lutter contre certaines formes et expressions de racisme et
de xénophobie dans des secteurs tels que les médias audiovisuels, le sport, la
politique, l’éducation et l’internet. Dans les Balkans occidentaux et
en Turquie, la situation de la plupart des communautés roms demeure un sujet de
vive préoccupation. Très souvent, les Roms sont victimes de racisme, de
discrimination et d’exclusion sociale; ils vivent dans un dénuement extrême et
n’ont pas un accès suffisant aux soins de santé, à l’éducation, à la formation,
au logement et à l’emploi. L’absence de documents d’état civil est également un
sujet de préoccupation. La Commission a organisé un sommet de haut niveau sur
les Roms en avril 2014 pour attirer l’attention sur les difficultés que les
Roms rencontrent dans toute l’Europe, notamment dans les pays visés par
l’élargissement. Ce sommet a mis en évidence le rôle particulier que jouent les
autorités locales dans les efforts visant à assurer l’inclusion sociale des
Roms. En 2014, la Commission a créé un prix de l’inclusion des Roms afin de
saluer la contribution inestimable des ONG à l’intégration des Roms. La Commission coopère étroitement
avec chacun des pays visés par l’élargissement pour assurer la mise en œuvre,
la surveillance et le suivi adéquats des stratégies nationales en faveur des
Roms. En outre, l’aide financière au titre de l’IAP, dont le montant augmente,
cible mieux les progrès durables qu’elle est destinée à soutenir dans les cinq
domaines prioritaires que sont l’éducation, l’emploi, la santé, le logement et
les documents d’état civil. La Commission a l’intention d’accroître la
coopération stratégique avec les organisations internationales et les autres
donateurs. L’intégration des Roms doit devenir une priorité nationale promue
par une volonté politique forte à tous les niveaux, toutes les parties
prenantes assumant leurs responsabilités. Promotion de
l’éducation des jeunes enfants - assistants enseignants roms en Serbie Pour
augmenter le nombre d’enfants roms inscrits dans le système éducatif et
favoriser leur scolarisation jusqu’à la fin du cycle de l’enseignement
primaire, un réseau de plus de 170 assistants pédagogiques est en place depuis
2008. Les assistants apportent une aide aux élèves issus de groupes
vulnérables, dont beaucoup sont des Roms, organisent des leçons et entretiennent
des contacts avec les parents. Cette initiative, qui est à présent bien ancrée
dans le système éducatif serbe, a entraîné une hausse importante des taux
d’inscription dans les degrés inférieurs ainsi qu’aux programmes préscolaires. Ø Orientation
sexuelle et identité de genre L’homophobie, la
discrimination et les crimes inspirés par la haine, notamment les actes de
violence et d’intimidation fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de
genre, restent des phénomènes très répandus dans les Balkans occidentaux et en
Turquie. Dans ce dernier pays et dans l’ancienne République yougoslave de
Macédoine, il est essentiel que la législation en matière de lutte contre la
discrimination soit étendue de toute urgence à l’orientation sexuelle et à
l’identité de genre. Ces deux pays, ainsi que la Bosnie-Herzégovine et le
Kosovo doivent encore mettre en place une législation relative aux crimes
inspirés par la haine. Il est nécessaire de former le personnel des services
répressifs et des organismes de médiation, les juges et les professionnels des
médias afin de faire mieux connaître la nouvelle législation, d’en garantir la
bonne exécution et de contribuer à une meilleure compréhension de celle-ci. L’adoption d’une ligne de
conduite de tolérance zéro à l’égard de l’incitation à la haine, de la violence
et de l’intimidation, de même que la ferme volonté des autorités de montrer la
voie à suivre sont indispensables pour changer les attitudes fréquemment
hostiles de la société envers les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles,
transgenres et intersexuées (LGBTI). Les pays doivent s’employer à lutter
contre les stéréotypes et la désinformation, y compris dans le système
éducatif. Des valeurs religieuses ou culturelles ne peuvent être invoquées pour
justifier toute forme de discrimination. Il convient de protéger la liberté de
réunion et d’expression, notamment en traitant les marches des fiertés de
manière adéquate. À la fin de l’automne, la
Commission organisera, en collaboration avec le Parlement européen et la
présidence italienne du Conseil, une conférence de haut niveau afin de faire le
point de la situation et des progrès réalisés concernant les personnes LGBTI et
de partager les meilleures pratiques. Améliorer
l’intervention de la police face aux actes de violence commis contre les
personnes LGBTI en Bosnie-Herzégovine En
règle générale, les incidents lors desquels des personnes font l’objet de
menaces ou de violence en raison de leur orientation sexuelle ne sont que très
rarement signalés dans toute la région. Ce silence est dû en partie à
l’indifférence et même à l’hostilité des services de police et de la société au
sens large et à un manque de confiance dans la réaction des autorités. La
police de Sarajevo a nommé des agents de liaison spécialement formés pour traiter
les affaires de menaces et d’attaques homophobes. Cette initiative est le
résultat d’une bonne coopération entre la police et les ONG et a sensibilisé
les policiers à la nécessité de combattre plus sérieusement ce phénomène et
d’intervenir de façon appropriée dans toutes les affaires de crime inspiré par
la haine. Ø Droits
des femmes Il convient de faire davantage
pour promouvoir les droits des femmes et garantir l’égalité entre les femmes et
les hommes. Il y a lieu de tenter de remédier à la discrimination à l’emploi,
ainsi qu’aux faibles taux de participation des femmes à la population active.
Les stéréotypes et les rôles traditionnels des femmes et des hommes persistent,
parfois à un point tel qu’ils entravent gravement la capacité des femmes à
faire valoir leurs droits, en particulier en Turquie. Au Kosovo, de graves
obstacles empêchent les femmes d’exercer leur droit d’hériter de terres. La
plupart des pays de la région ont ratifié la convention du Conseil de l’Europe
sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la
violence domestique, qui est entrée en vigueur cette année. Sa mise en œuvre
est essentielle, car la violence à l’égard des femmes et l’aide aux
victimes demeurent des sujets épineux dans tous les pays. En Turquie, la
violence domestique, la violence et l’oppression commises au nom de l’honneur
et la question des mariages précoces et forcés demeurent des sujets de grave
préoccupation. La convention qualifie une série de faits illicites d'«actes de
violence à l’égard des femmes», qui doivent être érigés en infraction. Ils
comprennent les actes de violence psychologique, physique et sexuelle,
notamment le viol, le mariage forcé et la traque furtive. Programme global
pour l’égalité entre les femmes et les hommes au Monténégro L’évolution
des politiques et de la législation au cours de ces dernières années a créé de
nouvelles perspectives en matière de promotion de l’accès des femmes aux droits
de l’homme et de leur participation au développement politique, économique et
social. Pour assurer l’exécution des lois et des politiques, le Monténégro a
lancé un programme global pour l’égalité entre les femmes et les hommes afin
d’améliorer le respect de l’intégrité personnelle, le progrès économique et la
représentation politique des femmes. Ce programme a donné lieu à la création
d’équipes multidisciplinaires destinées à lutter contre la violence à l’égard
des femmes et a contribué à accroître la participation des femmes au Parlement. Ø Droits de
l’enfant Il convient de prendre de
nouvelles mesures pour protéger les droits de l’enfant, en particulier pour
assurer leur protection contre toutes les formes de violence, améliorer l’accès
à la justice et aux systèmes de justice pour les mineurs et promouvoir les
solutions familiales et de proximité en tant qu’alternatives au placement en
institution des enfants privés de soins parentaux (désinstitutionnalisation). La
plupart des pays de la région disposent à présent de cadres juridiques et de
plans d’actions établis, mais leur mise en œuvre prend du retard. III.
Questions régionales et
bilatérales et efforts pour surmonter l’héritage du passé Les relations de bon voisinage et
la coopération régionale constituent des éléments essentiels du processus de
stabilisation et d’association. Les relations de bon voisinage
ont été renforcées grâce à l’intensification de la coopération et des contacts
bilatéraux, même dans des matières sensibles comme les crimes de guerre et le
retour des réfugiés, notamment par la mise en œuvre du programme régional de logement
relevant du processus de Sarajevo[4], la
construction de logements étant actuellement en cours, ainsi que dans les
domaines de la criminalité organisée et de la coopération policière. Il faut
consolider les progrès réalisés. Les inondations catastrophiques qui ont
gravement touché la Bosnie-Herzégovine et la Serbie en mai ont suscité non
seulement l’intervention énergique de l’UE, qui a mis en lumière la solidarité
qui caractérise l’UE et les avantages d’une intégration plus étroite, mais
aussi une bonne coopération entre les deux pays touchés et avec l’ensemble de
la région. Une forte solidarité s’est exprimée au-delà des frontières
nationales et ethniques, en particulier — mais pas uniquement — au niveau des
populations. Les dirigeants politiques devraient saisir l’occasion de tirer
parti de cette bonne volonté pour accentuer la coopération face aux difficultés
communes qu’ils rencontrent sur le chemin vers l’UE. Il est nécessaire de redoubler
d’efforts pour surmonter les différends bilatéraux entre les pays
visés par l’élargissement et avec les États membres. De nombreuses questions
irrésolues continuent de peser sur les relations bilatérales dans la région, en
particulier celles qui trouvent leur origine dans l’éclatement de
l’ex-Yougoslavie, telles que les différends interethniques et ceux qui ont
trait au statut, la situation des minorités, l’obligation de répondre des
crimes de guerre, les personnes disparues et la délimitation des frontières.
Des points de vue diamétralement opposés sur l’histoire récente grèvent
également les relations. Il faudrait donner suite aux actions initiales
entreprises pour appuyer l’initiative RECOM pour la vérité et la
réconciliation. La réconciliation est essentielle pour promouvoir la stabilité
et favoriser la création, en Europe du Sud-Est, d’un environnement qui permette
de surmonter l’héritage du passé et, partant, de limiter considérablement le
risque d’une instrumentalisation politique des questions bilatérales non
résolues. Les questions bilatérales doivent
être réglées sans tarder par les parties concernées et ne devraient pas mettre
un frein au processus d’adhésion, qui devrait être fondé sur des conditions
bien établies. La Commission engage les parties à tout mettre en œuvre pour
régler les différends en suspens conformément aux principes et aux moyens
établis, notamment en renvoyant, le cas échéant, certaines questions devant la
Cour internationale de Justice ou d’autres instances permanentes ou ad hoc de
règlement des différends. Le contexte des négociations d’adhésion peut susciter
un élan politique propice au règlement des différends. Le processus de
normalisation entre la Serbie et le Kosovo doit se poursuivre et l’accord de
Bruxelles[5] être mis en
œuvre. L’UE a intégré la condition de la normalisation des relations dans le
cadre de négociation avec la Serbie et dans l’ASA avec le Kosovo. En ce qui
concerne l’ancienne République yougoslave de Macédoine, il demeure essentiel de
maintenir de bonnes relations de voisinage, et notamment de trouver rapidement
une solution négociée et mutuellement acceptable à la question du nom du pays,
sous les auspices de l’ONU. La Commission continuera d’offrir un appui
politique à tous les pays concernés et de leur proposer d’intervenir en tant
que modérateur afin de trouver dès que possible des solutions aux questions
bilatérales et maintiendra son soutien actif aux efforts déployés dans d’autres
enceintes pour parvenir à des solutions. Les diverses initiatives de
coopération
régionale continuent
de renforcer les relations de bon voisinage. La Commission soutient sans
réserve les travaux du processus de coopération en l’Europe du Sud-Est (SEECP)
et du Conseil de coopération régionale, notamment la stratégie régionale pour
2020. La Commission se félicite de la création de l’assemblée parlementaire
régionale du SEECP en mai dernier, ainsi que de la coopération renforcée
récemment lancée entre les Six des Balkans occidentaux dans le cadre du
processus de stabilisation et d’association. Cette initiative a donné lieu
récemment à d’importants contacts entre les ministres des affaires étrangères
et des finances de la région pour débattre des difficultés communes, en
particulier en matière de gouvernance économique. La coopération s’est
poursuivie dans d’autres enceintes régionales telles que l’Accord de
libre-échange centre-européen (ALECE), la Communauté de l’énergie et l’École
régionale d’administration publique. Il est important que ces initiatives
soient complémentaires, inclusives et assumées et conduites au niveau régional.
La Commission se félicite de la tenue du sommet de Berlin en août, qui a
démontré un soutien politique fort en faveur de la perspective européenne des
Balkans occidentaux. De nouveaux sommets annuels sont prévus et le prochain
sera organisé par l’Autriche. Le «processus de Berlin» peut contribuer à
encourager les réformes et à adopter des priorités réalistes pour les
principaux investissements dans la connectivité. Il peut également inciter au
règlement des différends bilatéraux en suspens. La Commission se tient prête à
appuyer le suivi de cette initiative. *** IV.
Conclusions
et recommandations Sur la base de l’analyse qui
précède et des évaluations figurant dans les résumés par pays joints en annexe,
la Commission présente les conclusions et recommandations suivantes: I 1.
Au
cours des cinq dernières années, la Commission a renforcé la crédibilité de la
politique d’élargissement et a accru le pouvoir de transformation de cette
dernière en recentrant l’attention sur les réformes fondamentales dès le début
du processus d’élargissement. La Commission a mis en particulier l’accent sur
les trois piliers que constituent i) l’état de droit, ii) la gouvernance
économique et iii) la réforme de l’administration publique. 2.
En
2012, la Commission a introduit une nouvelle approche de l’état de droit. En
2013, elle a défini un cadre pour le renforcement de la gouvernance économique,
s’appuyant sur l’expérience du Semestre européen. Cette année, la Commission
présente de nouvelles idées pour soutenir la réforme de l’administration publique
dans les pays visés par l’élargissement. Les trois piliers du processus
d’élargissement redynamisé sont étroitement liés et les progrès accomplis dans
ces domaines seront décisifs pour déterminer le moment où les pays concernés
seront tout à fait prêts à adhérer à l’UE. 3.
La
politique d’élargissement
de l’UE continue de contribuer aux bénéfices mutuels que constituent la paix,
la sécurité et la prospérité en Europe. Elle accroît la force politique et
économique de l’UE et exerce un puissant impact transformateur sur les pays
concernés. Un processus d’adhésion bien préparé permet de faire en sorte que
l’élargissement ne se fasse pas au détriment de l’efficacité de l’Union. 4.
Le
dixième anniversaire, célébré en mai, de l’adhésion historique de dix
nouveaux États membres en 2004 vient nous rappeler les progrès réalisés. À
mesure que l’UE s’élargit, les perspectives de nos entreprises, de nos
investisseurs, de nos consommateurs, de nos touristes, de nos étudiants et de
nos propriétaires fonciers font de même. L’adhésion a profité tant aux nouveaux
qu’aux anciens États membres. Le commerce et les investissements se sont
intensifiés. La qualité de vie des citoyens s’est améliorée grâce à l’extension
du champ d’application des normes environnementales, de consommation et autres
de l’UE. 5.
Pour
les pays des Balkans occidentaux, la perspective claire d’adhésion à l’UE
offerte
par les États membres est un facteur clé de stabilisation. Elle soutient les
progrès accomplis sur la voie du respect des conditions nécessaires, notamment
celles imposées dans le cadre du processus de stabilisation et d’association.
Des relations de bon voisinage et une coopération régionale ouverte à tous sont
d’une importance essentielle. Il est capital de ne pas relâcher les efforts
fournis pour régler les problèmes bilatéraux et surmonter l’héritage du passé
dans cette région si récemment ravagée par des conflits. 6.
L’élargissement
est devenu un instrument puissant de la politique extérieure de l’Union.
L’évolution de la situation dans le voisinage de l’UE souligne l’importance de
la politique d’élargissement en tant qu’outil destiné à approfondir encore la
coopération sur les questions
clés de politique étrangère. Le dialogue bilatéral en matière de
politique étrangère doit être renforcé avec chacun des pays visés par
l’élargissement. Le chapitre 31 (Politique extérieure, de sécurité et de
défense) doit être traité à un stade précoce avec les pays qui négocient. La
Commission souligne l’importance de l’alignement progressif des pays visés par
l’élargissement sur les positions de l’UE en matière de politique étrangère.
Elle souligne aussi l’importance de la politique de sécurité et de défense
commune, et notamment, par exemple, de la participation aux programmes de
l’agence européenne de défense. 7.
Le
processus
d’adhésion est rigoureux et se fonde sur des conditions strictes mais
équitables, des critères bien établis et le principe des mérites propres. Cette approche
est cruciale pour la crédibilité de la politique d’élargissement, pour
encourager les pays visés par l’élargissement à mener des réformes ambitieuses
et pour
garantir le soutien des citoyens de l’UE. Pour leur part, les États membres
doivent, de concert avec les institutions de l’UE, mener un débat éclairé sur
l’impact politique, économique et social de la politique d’élargissement. 8.
En
ce qui concerne le premier pilier, le renforcement de l’état de droit
est au
cœur du processus
d’adhésion
redynamisé. La réforme du système judiciaire doit être poursuivie avec vigueur
afin de garantir l’indépendance et l’impartialité d’un système judiciaire qui
rende la justice de manière effective. En ce qui concerne les affaires de
criminalité organisée et de corruption, les pays doivent obtenir des résultats
crédibles dans les enquêtes qui sont menées, les poursuites qui sont engagées
et les condamnations qui sont prononcées. Les sanctions doivent être
dissuasives et les biens acquis de manière illégale doivent être confisqués.
L’état de droit soutient l’environnement des entreprises et des
investissements, apportant la sécurité juridique et contribuant à la
compétitivité, à la création d’emplois et à la croissance. 9.
La
Commission continue de mettre en œuvre la nouvelle approche de l’état de droit
avalisée par le Conseil en décembre 2011. L’examen de la question de l’état de
droit dès le début du processus d’adhésion permet aux pays de disposer d’un
maximum de temps pour se bâtir des bilans solides en matière de mise en œuvre
des réformes, ce qui garantit l’enracinement profond et l’irréversibilité de
ces réformes. Conformément à la nouvelle approche, la Commission est déterminée
à garantir des progrès équilibrés dans les négociations. Les progrès accomplis
dans les chapitres 23 (Appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24
(Justice, liberté et sécurité) devront s’accompagner de progrès dans les
négociations dans leur ensemble. La Commission rappelle l’existence de la clause
d'«équilibre global» des cadres de négociation et la possibilité de stopper les
négociations sur
d’autres chapitres en cas de retard sur les questions d’état de droit. 10.
Les
droits fondamentaux sont
en grande partie consacrés par le cadre juridique des pays visés par
l’élargissement, mais des efforts plus importants s’imposent pour garantir leur
respect intégral dans la pratique. La liberté d’expression et la liberté des
médias demeurent un sujet de préoccupation. Les droits des personnes
appartenant à des minorités doivent être mieux protégés. La discrimination et
l’hostilité à l’égard des groupes vulnérables, notamment pour des motifs d’orientation
sexuelle, restent un sujet de préoccupation important. Il faut aussi continuer
à promouvoir les droits des femmes, notamment en luttant contre la violence
domestique, ainsi que les droits de l’enfant et des personnes handicapées. Il
convient de mieux intégrer les pays visés par l’élargissement dans les cadres
de l’UE et de promouvoir la diffusion des bonnes pratiques. À cette fin, la
Commission encourage vivement les pays candidats à poursuivre leurs préparatifs
en vue de participer en tant qu’observateurs aux travaux de l’Agence des droits
fondamentaux de l’Union européenne. 11.
En
ce qui concerne le deuxième pilier, l’amélioration de la gouvernance
économique et
de la compétitivité
dans les
pays visés par l’élargissement est essentielle pour respecter les critères
économiques conditionnant l’adhésion à l’UE. Les réformes doivent être
intensifiées pour garantir une croissance durable, améliorer l’environnement
des entreprises et stimuler les investissements. Le pays doit s’attaquer au
chômage élevé, en particulier parmi les jeunes. Le soutien au développement
économique doit aussi atténuer la pression migratoire exercée sur l’UE. La possible
nécessité et la nature de mesures transitoires et/ou d’un mécanisme de
sauvegarde concernant la libre circulation des travailleurs seront abordées au
cours des négociations d’adhésion relatives au futur élargissement, sur la base
d’une future analyse d’impact. 12.
S’appuyant
sur l’expérience du Semestre européen et sur la gouvernance économique
renforcée dans l’UE, la Commission a lancé un processus amélioré de coopération
avec les pays visés par l’élargissement. Pour les pays des Balkans occidentaux,
la Commission prévoit l’élaboration de programmes nationaux de réforme
économique comprenant deux volets. Le premier volet consistera en une version
améliorée des programmes économiques de préadhésion existants pour les pays
candidats et des programmes économiques et budgétaires existants pour les
candidats potentiels, étendus également au Kosovo. Il présentera un cadre de
politique macroéconomique et budgétaire à moyen terme en mettant davantage
l’accent sur l’évaluation de la viabilité extérieure et des obstacles
structurels à la croissance. Le deuxième volet couvrira les réformes
structurelles qui sont sectorielles par nature et qui suscitent le plus de
préoccupations quant à l’amélioration de la compétitivité et de la croissance,
et notamment les besoins en investissement dans les infrastructures. Afin de
renforcer la surveillance, le processus d’évaluation se poursuivra afin de
déboucher sur des orientations politiques plus ciblées pour chaque pays. En ce
qui concerne la Turquie, un dialogue économique à haut niveau sera instauré. 13.
En
ce qui concerne le troisième pilier, la réforme de l’administration publique
(RAP) est
une priorité dans l’ensemble des pays concernés. Le service public reste
politisé à l’extrême. La transparence, l’obligation de rendre des comptes, le
professionnalisme et l’efficacité de l’administration publique doivent être
renforcés. Il convient de se concentrer davantage sur les besoins des citoyens
et des entreprises. La gestion des finances publiques requiert également une
plus grande attention. La
Commission intégrera mieux la réforme de l’administration publique dans le
processus d’élargissement. Des «groupes spécialisés dans la RAP» associant les
pays visés par l’élargissement ont été créés ou sont en voie de l’être. Ces
groupes deviendront la plateforme principale qui fera avancer les travaux sur
la RAP. Une discussion politique, plus structurée, doit s’engager sur les
questions clés au sein du Conseil/comité d’association. Les négociations
d’adhésion doivent aussi être utilisées pour encourager la réforme nécessaire.
Les questions clés doivent être traitées dans le cadre des chapitres concernés
- notamment les marchés publics, le contrôle financier, l’appareil judiciaire
et les droits fondamentaux, la fiscalité et la politique économique et
monétaire - ainsi que dans le cadre de conférences intergouvernementales. Les
groupes spécialisés serviront aussi de cadre à l’examen des questions
horizontales liées à la RAP abordées par les chapitres de négociation
concernés, au suivi des progrès réalisés et à l’assurance de la cohérence. Les
résultats de leurs travaux seront pris en compte dans les négociations chapitre
par chapitre. 14.
Le
soutien au processus de réforme passe impérativement par le renforcement du
fonctionnement et de l’indépendance des institutions démocratiques clés dans
les pays visés par l’élargissement. Il convient notamment de garantir un
dialogue constructif et durable entre toutes les sensibilités politiques,
notamment au sein du Parlement. Il faut également œuvrer davantage à la
promotion d’un environnement propice à l’action des organisations de la société
civile. Une société civile forte contribue à renforcer la responsabilité
politique et à promouvoir une compréhension plus approfondie des réformes liées
à l’adhésion. 15.
Les
relations de bon voisinage constituent un élément essentiel du processus de
stabilisation et d’association. Des efforts continus sont nécessaires pour
surmonter l’héritage du passé, favoriser la réconciliation et résoudre les
conflits bilatéraux entre
les pays visés par l’élargissement et avec des États membres. Les questions
bilatérales doivent être réglées sans tarder par les parties concernées et ne
devraient pas mettre un frein au processus d’adhésion, qui doit reposer sur des
conditions à respecter. 16.
La
coopération régionale a encore été renforcée tout au long de l’année
dernière. La Commission soutient pleinement les travaux menés dans le cadre du
processus de coopération de l’Europe du Sud-est (SEECP) et par le Conseil de
coopération régionale, notamment la stratégie régionale pour 2020.
L’intégration croissante du Kosovo dans les initiatives régionales a constitué
une évolution positive. La Commission se félicite du lancement de la
coopération renforcée au sein du groupe des Six des Balkans occidentaux dans le
cadre du processus de stabilisation et d’association. Cette évolution renforce
la dimension multilatérale de la politique d’élargissement, soutient une
coopération ouverte à tous ainsi que le partage des bonnes pratiques en matière
de gouvernance économique et favorise la connectivité dans la région et avec
l’UE. La Commission salue aussi la tenue du sommet de Berlin en août, lequel a
démontré l’existence d’un soutien politique fort en faveur de la perspective
européenne des Balkans occidentaux. D’autres sommets annuels sont prévus; le
prochain se tiendra en Autriche. Le «processus de Berlin» contribuera à
stimuler les réformes et à dégager un accord sur des priorités réalistes en ce
qui concerne les investissements de base en matière de connectivité. Il peut
aussi être un stimulant contribuant à résoudre les problèmes bilatéraux en
suspens. La Commission est prête à appuyer le suivi de cette initiative. 17.
2014
a vu le lancement du nouvel instrument d’aide de préadhésion. Dans le
cadre de l’IAP II, l’UE fournira une aide de 11,7 milliards d’euros pour la
période 2014-2020 afin de soutenir les pays visés par l’élargissement dans
leurs préparatifs à l’adhésion ainsi que la coopération régionale et
transfrontière. L’IAP II se concentre davantage sur les priorités qu’implique
l’adhésion à l’UE dans les domaines de la démocratie et de l’état de droit
ainsi que de la compétitivité et de la croissance. L’IAP II introduit aussi une
approche sectorielle, des incitations à produire des résultats, un appui
budgétaire renforcé et une hiérarchisation des projets. Une approche coordonnée
est nécessaire pour les grands investissements à réaliser le long des
principaux corridors d’infrastructures. La coordination avec les institutions
financières internationales est en cours de renforcement. Le cadre
d’investissement en faveur des Balkans occidentaux continuera de soutenir les
investissements stimulant la croissance et l’emploi et promouvant la
connectivité dans la région. II 18.
Monténégro: de nouvelles
mesures ont été prises dans le cadre des négociations d’adhésion. L’examen
analytique de l’acquis a été achevé en mai 2014. En décembre, les négociations
ont été ouvertes sur les chapitres 23 – Appareil judiciaire et droits
fondamentaux et 24 – Justice, liberté et sécurité. Sur la base des plans
d’action adoptés par le Monténégro, l’UE a fixé une série complète de 84
critères provisoires pour ces chapitres, qui fournissent des orientations
claires pour les futures réformes. Au total, les négociations ont été ouvertes
sur douze chapitres et provisoirement closes sur deux. 19.
La
mise en œuvre des plans d’action a commencé. À la suite de l’alignement de la
législation concernée et des réformes constitutionnelles de juillet 2013, un
certain nombre de juges et de procureurs clés ont été élus et nommés. Après
plusieurs tentatives, le Parlement a finalement nommé un nouveau procureur
général en octobre 2014. L’efficience de l’appareil judiciaire s’est accrue. Le
cadre législatif relatif à la protection des droits fondamentaux, notamment la
loi sur le médiateur, a été renforcé. 20.
Des
retards ont en revanche été observés en ce qui concerne un certain nombre de
mesures, en particulier les réformes législatives, notamment dans le domaine de
la lutte contre la corruption. Les mesures législatives adoptées n’ont pas
débouché sur des résultats dans la pratique. Le Monténégro devrait rapidement
s’efforcer d’adopter une loi appropriée sur le financement des partis
politiques. Des résultats crédibles doivent être obtenus en termes d’enquêtes,
de poursuites et de condamnations définitives dans les affaires de corruption,
notamment à haut niveau. Le recours systématique aux instruments de saisie et
de confiscation des avoirs devrait être garanti. De vives inquiétudes
persistent en ce qui concerne le respect de la liberté d’expression et les
médias. Les enquêtes sur les affaires de violence à l’encontre de journalistes
devraient être accélérées. Un dialogue constructif doit être mis en place et la
confiance dans le processus électoral et les institutions de l’État doit être
restaurée. Le renforcement des capacités administratives consacrées aux
questions liées à l’intégration à l’UE sera déterminant pour que le pays
continue sur sa lancée dans sa marche vers l’UE. La dépolitisation de la
fonction publique et le renforcement du professionnalisme sont également
nécessaires. La réforme économique devrait être poursuivie, surtout pour venir
à bout d’un chômage élevé, et l’environnement des affaires devrait être
amélioré. Une solution durable et compatible avec les règles de l’ASA est
requise de toute urgence pour le producteur d’aluminium KAP. 21.
Une
détermination politique sans faille est essentielle pour mener les réformes
politiques approfondies et durables nécessaires pour renforcer l’état de droit.
Le Monténégro est le premier pays avec lequel les négociations sont ouvertes
sur les chapitres 23 et 24 dans le cadre de la nouvelle approche de l’état de
droit introduite dans les négociations d’adhésion. La Commission rappelle
l’existence de la clause d'«équilibre global» du cadre de négociation. Les
progrès réalisés dans le respect des critères provisoires fixés pour les
chapitres relatifs à l’état de droit, et les lacunes y afférentes relevées
ci-dessus, démontrés par des résultats tangibles, influeront sur le rythme des
négociations d’adhésion dans leur ensemble, y compris sur le calendrier des
futures conférences intergouvernementales. 22.
Serbie: les
négociations d’adhésion à l’UE avec la Serbie sont maintenant lancées. La
décision du Conseil européen d’ouvrir les négociations a été prise au vu des
progrès accomplis par la Serbie dans ses réformes et de la persistance de son
engagement en faveur de la normalisation de ses relations avec le Kosovo. La
première conférence intergouvernementale sur les négociations s’est déroulée en
janvier 2014. L’examen analytique de l’acquis se déroule comme prévu. Les
graves inondations qui ont frappé le pays en mai ont eu un impact
socio-économique considérable. L’UE a apporté une aide immédiate et
substantielle aux opérations de sauvetage et de secours et a organisé une
conférence des donateurs en juillet. La communauté internationale a pris des
engagements importants pour la phase de réhabilitation et de reconstruction. 23.
La
Serbie a accompli des progrès dans la réforme de l’administration publique.
Elle a adopté une stratégie globale et a renforcé ses procédures de
coordination et de planification. En ce qui concerne l’appareil judiciaire, des
actes législatifs importants ont été adoptés, de même que des règles pour
l’évaluation des juges et des procureurs. De nombreux présidents de tribunaux
ont été désignés sur une base permanente. Il existe un élan politique fort en
faveur de la lutte contre la corruption. Plusieurs enquêtes ont été menées dans
des affaires à haut niveau et des efforts ont été déployés pour améliorer la
coordination. La Serbie a participé activement à la coopération régionale en
matière répressive. 24.
Cependant,
les progrès doivent se poursuivre pour garantir l’indépendance et l’efficacité
de l’appareil judiciaire. Des textes législatifs clés doivent encore être
adoptés, comme la loi sur l’aide juridictionnelle gratuite, la loi sur les
lanceurs d’alerte et la loi sur les conflits d’intérêt. La corruption continue
de régner dans de nombreux domaines. La Serbie doit étoffer son bilan en
matière de résultats concrets obtenus dans la lutte contre la corruption et la
criminalité organisée. Les droits fondamentaux doivent être intégralement
respectés dans la pratique, notamment la protection des groupes les plus
vulnérables. La détérioration des conditions de plein exercice de la liberté
d’expression suscite des inquiétudes. Les faiblesses de l’administration
publique doivent être corrigées. Les constatations faites par des organes de
régulation indépendants doivent être davantage suivies d’effets. Des réformes
économiques sont également essentielles pour générer de la croissance et lutter
contre le chômage élevé. 25.
Sur
la base de son mandat ambitieux, le nouveau gouvernement devrait saisir
l’occasion pour poursuivre les réformes avec détermination. La Serbie va devoir
relever de nombreux défis. Elle doit promouvoir de manière proactive
l’ouverture à tous et la transparence du processus d’adhésion. Pour appuyer son
processus de réforme, la Serbie devrait améliorer la planification, la
coordination et le suivi de l’application des nouveaux actes législatifs et des
nouvelles stratégies. Conformément à la nouvelle approche des questions
relatives à l’état de droit, des critères d’ouverture ont été fixés pour les
chapitres 23 et 24. Ceux-ci exigent de la Serbie qu’elle présente des
plans d’action exhaustifs. Pour assurer l’équilibre global du processus de
négociation, les avancées sur ces chapitres devront s’accompagner de progrès
dans les négociations en général. 26.
La
Serbie doit maintenir sa participation à la coopération régionale et son
engagement actif et constructif dans le processus de normalisation des relations
avec le Kosovo, qui a enregistré des progrès significatifs. Elle
devrait continuer à assurer la mise en œuvre des accords issus du dialogue. La
Commission rappelle que, comme c’est le cas pour les chapitres sur l’état de
droit, le cadre de négociation exige que les progrès accomplis dans le
processus de normalisation des relations avec le Kosovo au titre du
chapitre 35 s’accompagnent de progrès dans les négociations en général. Le
chapitre 35 devrait être ouvert à un stade précoce des négociations. Cela
fournira un cadre solide pour le suivi de la mise en œuvre des accords conclus. 27.
Ancienne
République yougoslave de Macédoine: le processus
d’adhésion à l’UE de l’ancienne République yougoslave de Macédoine est dans
l’impasse. L’absence de suite donnée par le Conseil à la recommandation de la
Commission signifie que les négociations d’adhésion n’ont pas encore été
ouvertes. Simultanément, les résultats insuffisants du gouvernement sur un
certain nombre de questions clés ont nui à la viabilité des réformes, des
reculs étant même visibles dans certains domaines. 28.
Quelques
progrès ont encore été accomplis dans la réforme de l’administration publique,
ainsi qu’en matière de coopération policière régionale et internationale
active. Le pays continue de se prévaloir d’un niveau élevé d’alignement sur
l’acquis compte tenu du stade du processus d’adhésion auquel il se situe. L’agenda
européen reste sa priorité stratégique. 29.
Toutefois,
au cours de l’année écoulée, la politisation croissante des institutions
publiques et le contrôle du gouvernement sur les médias, notamment dans le
cadre des élections, comme l’a constaté le BIDDH de l’OSCE, ont suscité de
vives inquiétudes. La confiance dans les institutions publiques s’érode
progressivement. La sélectivité de la justice est également de plus en plus
préoccupante. La situation concernant la liberté des médias a continué à se
détériorer. Les crises politiques récentes entre le gouvernement et les partis
d’opposition ont montré que les intérêts partisans l’emportent de plus en plus
sur l’intérêt national. Il appartient aux deux parties de veiller à ce que le
débat politique se tienne principalement au sein du Parlement et d’établir les
conditions de son bon déroulement. Le gouvernement doit veiller à ce que
l’opposition ait la possibilité de remplir pleinement sa fonction de contrôle
démocratique. Parallèlement, l’opposition doit s’engager de manière
constructive dans les processus démocratiques. Aucune réunion ne s’est tenue
l’année dernière dans le cadre du dialogue à haut niveau sur l’adhésion. En ce
qui concerne la situation interethnique, il y a lieu de développer le niveau de
confiance entre les communautés. Le réexamen de l’accord-cadre d’Ohrid doit
encore être achevé et ses recommandations mises en œuvre. 30.
Il
demeure essentiel que des mesures décisives soient prises pour régler le
différend avec la Grèce relatif à la dénomination du pays. L’incapacité des
parties à parvenir à un compromis après 19 années de discussions sous la
médiation des Nations unies a une incidence directe et négative sur les
aspirations européennes du pays. Une action ferme est nécessaire, de même qu’un
soutien proactif de la part des dirigeants de l’UE. La Commission réaffirme que
si l’examen analytique était en cours et si les discussions sur le cadre de
négociation avaient été engagées au sein du Conseil, l’élan nécessaire aurait
pu être insufflé pour parvenir à une solution négociée et mutuellement acceptée
au différend relatif à la dénomination avant même l’ouverture des chapitres de
négociation. 31.
Dans
l’ensemble, au vu de la somme des progrès accomplis par le pays, la Commission
considère que les critères politiques continuent d’être remplis de manière
satisfaisante et elle recommande une nouvelle fois l’ouverture des négociations
d’adhésion, tout en déplorant les régressions constatées au cours de l’année
écoulée. Elle appelle les autorités à prendre des mesures énergiques pour
répondre aux préoccupations relatives à la politisation accrue et aux
insuffisances croissantes concernant l’indépendance du pouvoir judiciaire et la
liberté d’expression pour que sa recommandation puisse être maintenue au cours
des prochaines années. La Commission reste déterminée à soutenir les efforts
déployés par le pays pour mener à bien l’ensemble des réformes liées à l’UE,
notamment dans le cadre d’un processus de dialogue à haut niveau sur l’adhésion
ouvert à tous, de sorte que le potentiel des relations puisse être pleinement
exploité. 32.
Albanie: la décision du
Conseil européen de juin 2014 d’accorder à l’Albanie le statut de candidat est
une reconnaissance des mesures de réforme entreprises. Elle constitue également
un encouragement à l’accélération des réformes. En novembre 2013, la Commission
a ouvert un dialogue de haut niveau avec l’Albanie afin d’aider le pays à rester
concentré sur son processus d’intégration européenne et d’assurer le suivi de
la progression des réformes dans le cadre des priorités clés définies
pour l’ouverture des négociations d’adhésion. En mai 2014, l’Albanie a adopté
une feuille de route présentant et structurant les réformes prévues au titre de
ces priorités clés. 33.
L’Albanie
a réalisé des progrès au cours de l’année dernière. Elle a pris de nouvelles
mesures pour réformer son système judiciaire. Le gouvernement a montré sa
volonté politique d’agir avec détermination en matière de prévention de la
corruption et de lutte contre celle-ci. Le cadre législatif a été renforcé, et
la coordination et le suivi des politiques au niveau central ont été améliorés.
La lutte contre la criminalité organisée progresse dans un certain nombre de
domaines, avec une multiplication des activités répressives, se traduisant
notamment par une augmentation du nombre de saisies de drogue et des actions
contre la criminalité liée à la drogue, ainsi que la criminalité économique et
la traite des êtres humains. Des mesures ont été prises pour améliorer la
reconnaissance juridique des droits des personnes lesbiennes, gays,
bisexuelles, transgenres et intersexuées. 34.
De
nombreuses lacunes persistent néanmoins, en particulier dans le domaine de
l’état de droit. Il reste beaucoup de travail à accomplir. La lutte contre la
corruption et la criminalité organisée est un défi de taille. L’Albanie devra
déployer des efforts substantiels et soutenus pour assurer la mise en œuvre des
priorités clés définies pour l’ouverture des négociations d’adhésion. Le
pays devra agir avec détermination pour: poursuivre la réforme de
l’administration publique en vue de renforcer son professionnalisme et sa
dépolitisation; mettre en œuvre une réforme globale du système judiciaire
visant à renforcer son indépendance, son efficacité et sa responsabilité, dans
le cadre d’un processus ouvert et en étroite concertation avec la Commission de
Venise; intensifier ses efforts de lutte contre la corruption et prendre de
nouvelles mesures résolues en matière de lutte contre la criminalité organisée,
afin d’obtenir des résultats probants sur les plans des enquêtes proactives,
des poursuites et des condamnations dans ces deux domaines; et adopter des
mesures efficaces de renforcement de la protection des droits de l’homme, y
compris des droits des Roms, et des politiques de lutte contre les
discriminations, ainsi que faire appliquer les droits de propriété. Pour ce qui
est de la liberté d’expression et de la liberté des médias, le gouvernement n’a
pris aucune mesure pour s’attaquer aux priorités qui avaient été définies. Il y
a lieu de rétablir l’ensemble des fonctions statutaires de l’autorité chargée
des médias audiovisuels et d’en garantir l’indépendance effective. L’Albanie
devrait mener des réformes économiques visant à accroître la compétitivité et à
combattre un chômage élevé, ainsi que réduire la part informelle importante de
l’économie et améliorer le climat des affaires. 35.
Il
est crucial que le processus de réforme s’accompagne d’un dialogue politique
constructif et durable entre le gouvernement et l’opposition. Il appartient aux
deux parties de veiller à ce que le débat politique se tienne principalement au
sein du Parlement et à établir les conditions de son bon déroulement. Le
gouvernement doit veiller à ce que l’opposition ait la possibilité de remplir
pleinement sa fonction de contrôle démocratique. Parallèlement, l’opposition
doit s’engager de manière constructive dans les processus démocratiques.
Des activités parlementaires constructives et guidées par la recherche du
compromis sont essentielles à la viabilité des réformes. La création d’un
Conseil national pour l’intégration européenne réunissant toutes les parties
prenantes contribuera à renforcer encore le caractère ouvert du processus de
réforme. Cet organisme est également essentiel pour établir un consensus sur
les réformes concernées au sein de la société albanaise. 36.
Bosnie-Herzégovine: le pays reste
bloqué dans son processus d’intégration européenne. Ses dirigeants politiques
continuent d’afficher un manque de volonté politique collective de mettre en
œuvre les réformes nécessaires à une progression du pays dans sa marche vers
l’UE. Les progrès ont été très limités dans les matières politiques et économiques
et le rapprochement avec les normes européennes. Les graves inondations qui ont
frappé le pays en mai ont eu un impact socio-économique considérable. L’UE a
apporté une aide immédiate et substantielle aux opérations de sauvetage et de
secours et organisé une conférence des donateurs en juillet. La communauté
internationale a pris des engagements importants pour la phase de redressement
et de reconstruction. 37.
Les
manifestations citoyennes de grande ampleur survenues au début de 2014 ont mis
en évidence la fragilité de la situation socio-économique. La Commission a
lancé trois initiatives pour réorienter le processus vers des réformes et des
questions présentant un intérêt direct pour les citoyens. Elle a élargi le
dialogue structuré UE/Bosnie-Herzégovine sur la justice à d’autres questions
liées à l’état de droit, en particulier la lutte contre la corruption. Elle a
institué un groupe de travail commun UE/Bosnie-Herzégovine en vue d’accélérer
la mise en œuvre des projets financés par l’Union. Elle a mis l’accent sur le
renforcement de la gouvernance économique, notamment en élaborant un pacte pour
la croissance et l’emploi avec les principales parties prenantes, dont les
institutions financières internationales. Ce pacte constituera une référence
pour les réformes économiques à mettre en œuvre au cours des prochains mois. Il
sera aussi le fondement du programme national de réforme économique que la
Commission a demandé au pays de mettre au point d’ici la fin du mois de
janvier 2015. 38.
L’absence
de mécanisme de coordination efficace concernant les questions européennes
continue de nuire aux relations du pays avec l’UE. Les tensions politiques
apparues au sein du Conseil des ministres au sujet de la répartition des
compétences entre les différents niveaux de pouvoir ont persisté et ont été
exacerbées par la complexité des dispositifs institutionnels en place dans le
pays. Ce contexte a empêché la tenue de trois des six dernières réunions de
sous-commission dans le cadre de l’accord intérimaire. En outre, la Bosnie-Herzégovine
refuse toujours d’adapter cet accord pour tenir compte de ses échanges
traditionnels avec la Croatie avant son adhésion à l’UE. La Commission a
entrepris des démarches pour suspendre certains avantages commerciaux dont
bénéficie la Bosnie-Herzégovine si le processus d’adaptation n’est pas achevé
d’ici la fin de 2015. L’accord de stabilisation et d’association (ASA) signé en
2008 et ratifié en 2011 n’est pas encore entré en vigueur, le pays n’ayant pas
encore rempli les conditions applicables. 39.
Les
acteurs politiques associés n’ont pas été en mesure de s’accorder sur les
stratégies nationales requises au titre de l’instrument d’aide de préadhésion
dans des secteurs tels que l’énergie, les transports et l’environnement. Cela a
entraîné une réduction substantielle des financements dans ces domaines et un
recentrage sur les aides qui profitent directement aux citoyens. L’adoption de
l’accord nécessaire permettra à la Bosnie-Herzégovine de bénéficier pleinement
des financements disponibles. 40.
Malgré
les efforts de médiation considérables déployés par la Commission pour remédier
aux blocages persistants, l’arrêt Sejdić-Finci de la Cour européenne des
droits de l’homme n’a pas été exécuté. Cet arrêt continue à être
instrumentalisé au service d’intérêts politiques et ethniques particuliers et
la solution au problème est subordonnée à d’autres questions. 41.
Pour
que la Bosnie-Herzégovine progresse sur la voie de l’UE, il est important que
tous les niveaux de pouvoir soient rapidement constitués à l’issue des
élections et que des mesures de réforme concrètes soient prises sans tarder.
Les citoyens de Bosnie-Herzégovine sont en droit d’attendre de leurs dirigeants
politiques une direction claire pour leur pays. Il convient d’améliorer
l’efficacité et le fonctionnement des institutions politiques à tous les
niveaux de pouvoir, en particulier l’articulation entre les différents niveaux
de pouvoir. À cette fin, il y a lieu d’établir un mécanisme de coordination
efficace pour les questions européennes. L’administration publique doit
également être renforcée à tous les niveaux. 42.
Kosovo: l’achèvement de
la négociation d’un accord de stabilisation et d’association avec le Kosovo et
son paraphe en juillet constituent une avancée importante dans le processus
d’intégration européenne du Kosovo. Il s’agira du premier accord global entre
l’UE et le Kosovo. L’ASA prévoit un dialogue politique renforcé, une
intégration commerciale plus étroite, notamment l’ouverture des marchés de l’UE
aux produits industriels et agricoles kosovars, et de nouvelles formes de
coopération. À présent, la Commission appelle de ses vœux la signature et la conclusion
de l’accord. Après les élections de juin, le climat politique n’a cessé de se
polariser et le Kosovo s’est retrouvé dans une impasse politique, ce qui a eu
pour effet de retarder certaines réformes essentielles. 43.
Le
Kosovo a progressé dans son dialogue sur la libéralisation du régime des visas.
Il a poursuivi sa bonne coopération avec EULEX, la mission «État de droit» de
l’UE au Kosovo. Les autorités du Kosovo ont pris l’engagement politique fort de
reconduire le mandat de la mission tout en prenant à leur compte davantage de
responsabilités, et ont convenu d’instituer une juridiction spéciale chargée de
connaître des affaires instruites par l’équipe d’enquête spéciale. Pour achever
ce processus, le Kosovo doit adopter les modifications législatives requises, y
compris dans sa Constitution. Il devrait coopérer avec la juridiction prévue et
faire un travail sur le passé. 44.
Le
Kosovo fait face à de nombreux défis. L’état de droit, y compris l’indépendance
du système judiciaire, et les résultats limités en matière de lutte contre la
criminalité organisée et la corruption demeurent un sujet de préoccupation. Il
convient d’en faire davantage pour remédier aux lacunes constatées dans le
cadre du dialogue sur les visas, notamment en atténuant les risques qu’une
libéralisation des visas engendrerait sur les plans de la sécurité et des
migrations. La nécessité de mettre en œuvre des réformes économiques
structurelles permettant de combattre un taux de chômage élevé devient urgente.
Des réformes importantes, telles que la réforme électorale et les réformes de
l’administration publique, doivent être menées en priorité et la protection des
minorités doit être garantie. 45.
Le
Kosovo doit travailler activement à son programme de réformes de l’UE et aux
priorités mises en exergue dans l’étude de faisabilité de 2012 et les derniers
rapports de suivi. Dans le cadre de l’ASA, le Kosovo s’est engagé à
entreprendre un programme complet de réformes et un alignement de sa
législation sur l’acquis de l’UE, notamment dans des secteurs tels que l’état
de droit, l’administration publique, l’économie, la concurrence et le commerce.
Le Kosovo devrait s’attacher à préparer la bonne mise en œuvre de l’ASA, y
compris les structures nécessaires. La Commission se tient prête à soutenir le
Kosovo dans cette nouvelle étape importante de ses relations avec l’UE et à
renforcer son dialogue avec le Conseil national pour l’intégration européenne. 46.
Le
Kosovo a pu progresser sur la voie de son avenir européen grâce aux avancées
obtenues dans le cadre de ses réformes et à son engagement constant en faveur
de la normalisation de ses relations avec la Serbie, qui ont considérablement
évolué. À cet égard, le nouveau gouvernement du Kosovo devra maintenir son
engagement en faveur de la coopération régionale ainsi qu’un dialogue actif et
constructif dans le cadre du processus de normalisation avec la Serbie. Le
Kosovo devrait continuer à assurer la mise en œuvre des accords issus du
dialogue. 47.
La
situation dans le nord du Kosovo reste tendue. Tous les acteurs devraient
coopérer avec EULEX et s’abstenir de prendre des mesures unilatérales. Il
conviendrait de soutenir pleinement EULEX dans l’exercice de son mandat dans le
nord du Kosovo. Des efforts supplémentaires devraient être consentis pour
permettre aux quatre municipalités du Nord de fonctionner dans le cadre
législatif du Kosovo. 48.
Turquie: la Turquie est
un pays candidat et un partenaire stratégique pour l’Union européenne. Son
économie dynamique apporte une contribution précieuse à la prospérité du
continent européen. La tournure très grave que prennent les événements dans la
région, en particulier en Syrie et en Iraq, rend la coopération en matière de
politique étrangère encore plus cruciale. La situation géographique stratégique
de la Turquie souligne également l’importance de renforcer la coopération
concernant la politique migratoire et la sécurité énergétique. La valeur de
cette coopération apparaît encore plus clairement à la lumière des défis
considérables posés par l’évolution récente de la situation dans notre
voisinage commun, y compris la crise en Ukraine. 49.
Des
négociations d’adhésion actives et crédibles constituent le cadre le plus
approprié pour exploiter tout le potentiel des relations UE-Turquie. Compte
tenu de son ampleur et de sa profondeur sans égales, le processus d’adhésion,
irremplaçable s’il en est, favorise des réformes en lien avec l’UE et constitue
une base importante pour intensifier le dialogue sur les questions de politique
étrangère et de sécurité et améliorer la compétitivité économique et les
perspectives commerciales. Il contribue aussi à accroître la coopération dans
les domaines de l’énergie ainsi que de la justice et des affaires intérieures,
y compris concernant les visas/la politique migratoire/les réadmissions. La
dynamique des négociations d’adhésion doit être relancée, dans le respect des
engagements de l’UE et des conditions fixées. L’UE devrait rester un point
d’ancrage majeur des réformes économiques et politiques de la Turquie. À cet
égard, il est dans l’intérêt tant de la Turquie que de l’UE que les critères
d’ouverture des chapitres 23 (appareil judiciaire et droits fondamentaux) et 24
(justice, liberté et sécurité) soient définis le plus rapidement possible en
vue de permettre l’ouverture des négociations sur ces deux chapitres. La
Turquie peut accélérer le rythme des négociations en faisant progresser le
respect des critères de référence, en remplissant les conditions définies dans
le cadre de négociation et en honorant ses obligations contractuelles à l’égard
de l’UE. Des actions en ce sens pourraient stimuler considérablement le
processus de négociation. En attendant, la coopération entre l’UE et la Turquie
devrait s’accroître dans tous les domaines cruciaux, notamment ceux qui ont
déjà été définis dans le programme pour le développement de relations
constructives. 50.
La
Turquie joue un rôle important sur le plan régional et est active dans son
voisinage élargi. À cet égard, il est nécessaire de développer davantage le
dialogue et la coopération concernant les questions de politique étrangère
présentant un intérêt commun. La poursuite de la participation de la Turquie
aux missions et aux opérations de la PSDC, ainsi que sa proposition récente de
contribuer à l’EUFOR RCA et à l’EUBAM Libye, sont les bienvenues. Le rôle de la
Turquie dans le dossier syrien est essentiel, en particulier l’aide humanitaire
très importante qu’elle apporte aux Syriens qui traversent la frontière pour
fuir la violence. L’UE s’est engagée à continuer de soutenir les gouvernements
et les communautés d’accueil des pays voisins de la Syrie afin qu’ils puissent
gérer efficacement l’afflux croissant de réfugiés et renforcer leur résilience.
La Turquie s’est montrée clairement disposée à jouer un rôle actif dans la
coalition contre l’EIIL. Le dialogue politique devrait être utilisé pour
développer une coopération plus étroite dans la lutte contre l’EIIL et ses
réseaux de financement. Le dialogue actif qu’entretiennent l’UE et la Turquie
pour lutter contre le terrorisme est le bienvenu et il devrait être renforcé,
en particulier en ce qui concerne les «combattants étrangers». Cette
coopération s’accroîtra encore avec l’adoption, par la Turquie, de nouveaux
actes législatifs en matière de lutte contre le terrorisme. L’UE continue
d’encourager la Turquie à développer sa politique étrangère en complémentarité
et en coordination avec celle de l’UE et à s’aligner progressivement sur les
politiques et les positions de l’UE. 51.
La
mise en œuvre des réformes adoptées les années précédentes, notamment des
mesures de démocratisation annoncées en septembre 2013, s’est poursuivie. La
Cour constitutionnelle a rendu une série d’arrêts importants illustrant la
résilience du système constitutionnel turc. L’accord de réadmission entre l’UE
et la Turquie a été signé en décembre 2013, parallèlement au lancement du
dialogue sur la libéralisation du régime des visas, et est entré en vigueur le
1er octobre 2014, imprimant un nouvel élan aux relations entre les
deux parties.
De nouveaux efforts ont été consentis en vue du règlement pacifique de la
question kurde; un acte législatif visant à «asseoir le processus sur une base
juridique plus solide» a notamment été adopté. Ce processus revêt une
importance historique pour la Turquie et devrait être mené de bonne foi par
toutes les parties. 52.
La
réaction du gouvernement à la suite des allégations de corruption formulées en
décembre 2013 a sérieusement remis en question l’indépendance du pouvoir
judiciaire et la séparation des pouvoirs. Les très nombreux licenciements et
réaffectations de policiers, de juges et de procureurs, en dépit de
l’affirmation du gouvernement selon laquelle ils n’étaient pas liés au dossier
anticorruption, ont nui au fonctionnement efficace des institutions concernées
et soulèvent des questions quant à la manière dont les procédures ont été
utilisées pour les officialiser. Il est essentiel que les enquêtes relatives
aux allégations de corruption soient menées de manière adéquate et dans une
transparence totale et que les capacités opérationnelles du système judiciaire
et de la police soient garanties. Les tentatives d’interdiction des médias
sociaux, qui ont ensuite été annulées par la Cour constitutionnelle, et les
pressions exercées sur la presse, qui conduisent à une autocensure généralisée,
sont le reflet d’une approche restrictive de la liberté d’expression.
L’approche suivie en matière de liberté de réunion demeure également
restrictive. La législation turque relative au droit de réunion et aux
interventions des forces de l’ordre et son application devront être mises en
conformité avec les normes européennes. 53.
Dans
ce contexte, les priorités, pour la Turquie, consisteront à favoriser le
dialogue entre toutes les sensibilités politiques et, plus largement, au sein
de la société, à redoubler d’efforts pour mener des réformes en lien avec
l’état de droit et à accorder une attention particulière au respect des droits
fondamentaux dans la loi comme dans la pratique. L’ouverture des négociations
relatives aux chapitres 23 et 24 fournirait à la Turquie une feuille de route
globale concernant les réformes à mener dans ces domaines essentiels. La
Turquie est invitée à coopérer de manière plus systématique avec la Commission
et d’autres organismes tels que le Conseil de l’Europe, y compris la Commission
de Venise. En général, une attention accrue devrait être accordée à la mise en
œuvre effective de la législation existante. Le ministère des affaires
européennes a un rôle crucial à jouer pour assurer la coordination et la
compatibilité de la législation nouvelle avec celle de l’UE. La Commission
attend avec impatience que la Turquie donne des suites concrètes à la stratégie
pour l’UE qu’elle a adoptée récemment, qui vise à relancer le processus
d’adhésion du pays. 54.
Le
programme pour le développement de relations constructives lancé en 2012
continue de soutenir et de compléter les négociations d’adhésion avec la
Turquie au moyen d’une coopération renforcée dans un certain nombre de domaines
présentant un intérêt commun. Une intensification des contacts à haut niveau
entre la Turquie, l’UE et ses États membres renforcerait davantage la
coopération. Les défis en matière de justice et d’affaires intérieures,
notamment dans le domaine des migrations, requièrent des efforts communs
renforcés. L’UE attend de la Turquie qu’elle mette en œuvre les obligations qui
lui incombent conformément à l’accord de réadmission de manière intégrale et
effective, vis-à-vis de l’ensemble des États membres. 55.
De
par la taille et le dynamisme de son économie, la Turquie est aussi un
important partenaire commercial pour l’UE et un précieux élément de sa
compétitivité grâce à l’union douanière. L’heure est venue d’œuvrer en vue de
libérer tout le potentiel de l’union douanière. L’UE devrait entamer un
dialogue avec la Turquie afin d’élargir et de moderniser les relations
commerciales entre les deux parties dans leur intérêt à toutes les deux. Un
certain nombre de questions liées au fonctionnement de l’union douanière,
ressorties de l’évaluation terminée en 2014, devraient également être réglées.
De même, il est crucial de mettre en place un dialogue économique actif et de
grande ampleur. La poursuite du renforcement de la coopération UE-Turquie dans
le domaine de l’énergie et l’accomplissement de progrès dans les négociations
d’adhésion faciliteraient l’interconnexion et l’intégration des marchés de
l’énergie. L’ouverture des négociations relatives aux chapitres 5 (marchés
publics), 8 (concurrence) et 19 (emploi et politique sociale), une fois les
critères requis remplis par la Turquie, renforcerait largement la coopération
économique. 56.
La
Commission insiste sur tous les droits souverains dont jouissent les États
membres de l’UE, parmi lesquels figurent celui de conclure des accords
bilatéraux et celui d’explorer et d’exploiter les ressources naturelles,
conformément à l’acquis de l’UE et au droit international, notamment la
Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Conformément aux positions
exprimées à plusieurs reprises, ces dernières années, par le Conseil et la
Commission, il est maintenant urgent que la Turquie satisfasse à l’obligation
qui lui incombe de mettre pleinement en œuvre le protocole additionnel et
avance sur la voie de la normalisation de ses relations avec la République de
Chypre. Cela pourrait insuffler un nouvel élan au processus d’adhésion, en
permettant en particulier la réalisation d’avancées dans les huit chapitres
couverts par les conclusions du Conseil de décembre 2006. La Commission appelle
également à éviter toute forme de menace, source de friction ou provocation
susceptible de nuire aux relations de bon voisinage et au règlement pacifique
des différends. Elle salue le fait que la Turquie a soutenu la reprise de
véritables pourparlers en vue du règlement de la question chypriote.
Maintenant, il importe qu’elle y donne suite par des déclarations constructives
et des mesures concrètes. 57.
En
ce qui concerne la question chypriote, la Commission se félicite de la
reprise de véritables pourparlers entre les dirigeants des communautés
chypriotes grecque et turque sous les auspices des Nations unies et de la
désignation de M. Espen Barth Eide en tant que conseiller spécial du
Secrétaire général des Nations unies pour Chypre. Elle espère voir les deux
parties entamer bientôt des négociations structurées substantielles, qui
ouvriront la voie à un accord sur un règlement global du problème chypriote au
bénéfice de tous. La Commission encourage la prise de mesures contribuant à un
climat positif entre les communautés et améliorant la vie quotidienne des
Chypriotes et salue les initiatives de la société civile en ce sens. L’UE s’est
déclarée disposée à prendre en considération les conditions d’un règlement,
conformément aux principes qui la sous-tendent. Il convient d’éviter les
déclarations qui ne contribuent pas à créer une atmosphère positive dans le cadre
des pourparlers en cours sur le règlement de la question chypriote. 58.
Islande: à la suite
d’une décision du gouvernement islandais, les négociations d’adhésion sont
suspendues depuis mai 2013. Vu la position du gouvernement, la Commission a
continué de supprimer progressivement l’aide de préadhésion fournie à l’Islande
au titre de l’IAP. L’Islande reste un partenaire important pour l’UE, compte
tenu de sa participation à l’accord sur l’Espace économique européen, de son
appartenance à l’espace Schengen et de la coopération concernant l’Arctique. ANNEXE Résumé des
conclusions des rapports sur l’état d’avancement concernant le Monténégro, la
Serbie, l’ancienne République yougoslave de Macédoine, l’Albanie, la
Bosnie-Herzégovine, le Kosovo et la Turquie Monténégro Le Monténégro
continue de remplir les critères politiques de manière satisfaisante. Le
gouvernement est resté concentré sur l’intégration européenne. Les structures
mises en place pour les négociations d’adhésion ont encore été renforcées.
L’adoption du plan d’action 2014-2015 pour la mise en œuvre de la stratégie de
réforme de l’administration publique et la création d’un nouveau groupe spécial
chargé de la réforme de l’administration publique dans le cadre de l’accord de
stabilisation et d’association (ASA) devraient favoriser les progrès dans ce
domaine. L’administration publique doit être davantage rationalisée, la
transparence doit être accrue pour limiter les risques de corruption et les
capacités administratives dans le domaine de l’intégration européenne doivent
être renforcées. De gros efforts sont nécessaires pour remédier à la forte
politisation de la fonction publique et faire en sorte que les processus de
recrutement et de promotion soient fondés sur le mérite. Il importe d’accroître
le professionnalisme et l’efficience, ne serait-ce que pour préparer
l’administration à relever les défis que constituent les négociations
d’adhésion et la mise en œuvre de l’acquis. En ce qui concerne la gestion des
finances publiques, les capacités en matière de prévisions financières doivent
être renforcées, de même que le respect des normes européennes. Les processus
électoraux qui se sont déroulés dans un certain nombre de municipalités début
2014 ont été entachés d’allégations de fraude. Lorsqu’il y a lieu, celles-ci
devraient faire l’objet d’enquêtes et, si nécessaire, de poursuites par les
autorités compétentes. En raison de la polarisation du climat politique, la
formation des nouvelles équipes municipales à l’issue des élections a été
difficile dans certaines municipalités. De nouvelles lois électorales ont été
adoptées en février et en mars. Elles répondent à plusieurs grandes
recommandations du BIDDH de l’OSCE, même si certains points doivent encore être
réglés conformément aux normes et aux bonnes pratiques européennes. L’adoption
de modifications à la loi sur le financement des partis politiques a été
marquée par des controverses, le principal parti au pouvoir ayant voté contre.
À la suite d’un arrêt de la Cour constitutionnelle en juin, une grande partie
des modifications apportées à cette loi ont été jugés anticonstitutionnelles.
Le Monténégro doit procéder rapidement à l’alignement complet de son cadre
législatif dans ce domaine sur les normes et bonnes pratiques européennes, et
commencer à se constituer un bilan pour ce qui est de la bonne mise en œuvre de
la loi, y compris en ce qui concerne l’application de sanctions dissuasives
lorsqu’il y a lieu. Le suivi judiciaire des allégations d’abus de biens publics
à des fins politiques doit être mené à son terme et la responsabilité politique
doit être assumée. Dans le domaine de la réforme
judiciaire, la mise en œuvre des mesures conformément au calendrier prévu dans
le plan d’action suit son cours. À la suite de l’alignement de la législation
concernée sur les réformes constitutionnelles de juillet 2013, plusieurs juges
et procureurs ont été élus. Après plusieurs tentatives, le Parlement a
finalement nommé un nouveau procureur général en octobre 2014. Les réformes en
vue d’introduire un système de recrutement national unique des juges et des
procureurs, un système de promotion objectif et fondé sur le mérite et des
procédures disciplinaires améliorées doivent être achevées. Bien que
l’efficience ait globalement progressé au niveau des tribunaux, il convient de
poursuivre les efforts pour améliorer encore celle de l’appareil judiciaire
dans son ensemble. Jusqu’à présent, les mesures de
lutte contre la corruption n’ont eu que des effets limités. Sans attendre
l’entrée en fonction de la nouvelle agence de lutte contre la corruption, les
institutions existantes dans le domaine de la prévention de la corruption
doivent être renforcées afin d’adopter une démarche plus proactive. La
corruption continue de régner dans de nombreux domaines et reste un grave problème.
Des résultats crédibles doivent être obtenus sur les plans des enquêtes, des
poursuites et des condamnations définitives dans les affaires de corruption,
notamment à haut niveau. Le recours systématique aux instruments de saisie et
de confiscation des avoirs devrait être garanti. Si le bilan a continué de
s’étoffer dans le domaine de la lutte contre les stupéfiants et si de nouvelles
procédures ont été lancées en ce qui concerne le trafic de migrants, des
difficultés persistent lorsqu’il s’agit de s’attaquer à d’autres formes de
criminalité organisée, notamment la traite des êtres humains, la
cybercriminalité et le blanchiment de capitaux. Le nombre de condamnations
définitives pour des faits de corruption ou de criminalité organisée est
limité, et les affaires sont souvent renvoyées pour être rejugées en raison de
vices de procédure. La lutte contre la criminalité organisée et la corruption
est fondamentale pour faire échec à l’infiltration des systèmes politique,
juridique et économique par les réseaux criminels. Le cadre juridique et
institutionnel relatif au respect des droits de l’homme est en place et les
principaux éléments de la législation internationale en matière de droits de
l’homme ont été intégrés dans le système juridique. Les capacités des institutions
chargées de la protection et du respect des droits de l’homme doivent être
renforcées, notamment celles de la police et de l’appareil judiciaire. Les
groupes vulnérables, tels que les Roms et les personnes handicapées, par
exemple, sont ceux qui souffrent le plus des lacunes dans ce domaine. De graves problèmes persistent en
ce qui concerne la liberté d’expression, mise à mal par des affaires d’actes de
violence perpétrés à l’encontre de journalistes et d’attaques contre des biens
appartenant à des médias. Les cas anciens et récents de menaces et de violences
contre des journalistes doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies et de
poursuites afin d’identifier non seulement les auteurs matériels des faits,
mais également les personnes qui tirent les ficelles dans l’ombre. Les cas les
plus anciens doivent en particulier être examinés de toute urgence afin
d’éviter que les faits ne soient prescrits. Une commission a été mise en place
en décembre pour suivre les activités des autorités compétentes en relation
avec les enquêtes portant sur des affaires, tant anciennes que récentes, de
menaces et de violences dirigées contre des journalistes. Ses recommandations
doivent être pleinement suivies par les autorités. Le gouvernement devrait
continuer à promouvoir et à soutenir publiquement la liberté des médias, en
évitant toute déclaration qui pourrait passer pour de l’intimidation. Les
organismes d’autorégulation chargés de maintenir et de promouvoir les normes
professionnelles et éthiques sont faibles. Les autorités monténégrines ont
pris de nouvelles mesures pour renforcer la protection des droits des personnes
lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI). Elles ont
soutenu de manière adéquate la première gay pride, qui s’est déroulée à
Podgorica en octobre 2013. Toutefois, les attaques à l’encontre des personnes
LGBTI se sont poursuivies et les condamnations pénales pour ce genre de fait
restent peu nombreuses. L’hostilité à l’égard de ces personnes reste fréquente
dans la société. Des progrès ont été accomplis en
ce qui concerne la situation des Roms, en particulier sur le plan de la
fréquentation scolaire; néanmoins, le taux de décrochage scolaire et la faible
part des filles dans l’ensemble de la population étudiante rom restent préoccupants.
La discrimination pratiquée à l’encontre des Roms et leur sous-représentation
politique sont des problèmes auxquels le Monténégro doit s’attaquer. Le Monténégro
continue d’entretenir de bonnes relations bilatérales avec les autres pays
concernés par l’élargissement et les États membres de l’UE voisins et il
participe activement au développement de la coopération régionale. Un accord
frontalier avec la Bosnie-Herzégovine a été paraphé. Le Monténégro continue
d’appliquer l’accord bilatéral d’immunité de 2007 conclu avec les États-Unis,
qui prévoit des exemptions par rapport à la compétence de la Cour pénale
internationale. Le Monténégro doit aligner sa position sur celle de l’UE dans
le cadre des négociations d’adhésion. Sur le plan des critères économiques,
le Monténégro a pris de nouvelles mesures en vue de mettre en place une
économie de marché viable. À moyen terme, le pays devrait être en mesure de
faire face aux pressions concurrentielles et aux forces du marché au sein de
l’Union, à condition qu’il continue de s’attaquer aux faiblesses actuelles à
l’aide de réformes structurelles appropriées. L’économie s’est redressée en
2013 et est sortie d’une récession à double creux, mais la reprise reste
fragile en raison de la faiblesse de la demande intérieure, de l’étroitesse de
la base de production et de la forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Le
déficit des comptes courants a quelque peu diminué, mais les déséquilibres
extérieurs restent importants. L’ampleur et la persistance des déficits budgétaires
soulignent la nécessité de mesures d’assainissement budgétaire pour réduire la
dette publique. Malgré des améliorations marginales, l’état du marché du
travail reste précaire au vu de taux de chômage très élevés, en particulier
chez les jeunes et les chômeurs de longue durée. Le Monténégro devrait accroître
la mobilité des travailleurs et renforcer l’efficacité des politiques
d’intervention sur le marché du travail, tout en améliorant la qualité de
l’éducation, notamment de l’enseignement et de la formation professionnels.
Pour appuyer le développement du secteur privé, des mesures devraient être
prises pour simplifier encore l’environnement réglementaire et juridique,
notamment en renforçant l’exécution des contrats, en réduisant les coûts et les
obstacles administratifs et en facilitant les procédures de privatisation. La
question non résolue de la situation du conglomérat de l’aluminium KAP appelle
une solution durable, mise en œuvre dans le respect des règles de l’ASA, pour
éviter un nouveau cycle d’engagements conditionnels. En ce qui
concerne la capacité à assumer les obligations découlant de l’adhésion à
l’UE, le niveau d’alignement du Monténégro varie. À l’issue du processus
d’examen analytique, la Commission a estimé que, pour vingt chapitres, le
Monténégro était suffisamment avancé pour que les négociations sur ces
chapitres soient ouvertes sans qu’il soit nécessaire de fixer des critères
d’ouverture. Sur ces vingt chapitres, dix ont déjà été ouverts et assortis de
critères provisoires ou de fermeture, et deux ont été provisoirement clos. Des
critères d’ouverture ont été fixés pour onze chapitres[6], en plus des
chapitres concernant l’état de droit. Le respect des critères d’ouverture, des
critères provisoires fixés pour les chapitres concernant l’état de droit et des
critères de fermeture fixés pour huit autres chapitres[7] devrait guider
le Monténégro dans sa marche vers l’intégration. Dans l’ensemble,
le Monténégro a atteint un degré élevé d’alignement de sa législation dans
certains chapitres de l’acquis, notamment ceux concernant les droits de
propriété intellectuelle, la science et la recherche, l’éducation et la
culture, la protection des consommateurs et de la santé, et la politique
étrangère, de sécurité et de défense. Le Monténégro s’est globalement aligné
sur les mesures restrictives introduites par les décisions du Conseil et les a
mises en œuvre, notamment les mesures restrictives adoptées par l’UE dans le
contexte de l’annexion illégale de la Crimée par la Russie et des événements qui
se déroulent dans l’est de l’Ukraine. L’alignement sur
l’acquis et le renforcement des capacités administratives nécessaires
continuent de représenter un défi considérable pour le Monténégro.
L’administration monténégrine devra concentrer ses efforts sur le respect des
critères d’ouverture qui ont été fixés et ne sont pas encore remplis. Une
priorité particulière devrait être accordée au respect des règles de l’ASA en
matière d’aides d’État en ce qui concerne l’entreprise KAP. Les capacités
administratives dans tous les domaines relevant de l’environnement et du
changement climatique doivent être renforcées, au niveau tant central que
local, en vue de garantir l’alignement sur l’acquis et l’application de ce
dernier dans ces domaines. Serbie La Serbie continue de remplir les
critères politiques de manière satisfaisante. Les élections législatives
anticipées qui se sont déroulées en mars ont confirmé les aspirations à
l’intégration européenne du pays. L’adhésion à l’UE reste le principal objectif
du nouveau gouvernement. Celui-ci peut compter sur une majorité sans précédent
des deux tiers au Parlement pour mener les grandes réformes prioritaires
nécessaires pour faire avancer le pays sur la voie menant à l’Europe. Le
gouvernement serbe s’est fixé des objectifs économiques ambitieux à cet égard.
Des réformes constitutionnelles tôt dans la législature représenteraient une
avancée décisive dans les négociations d’adhésion. Il conviendrait de veiller à
poursuivre l’amélioration de l’ouverture à tous et de la transparence du
processus de réforme. La procédure parlementaire d’urgence devrait être limitée
aux cas dans lesquels elle est strictement nécessaire. Le rôle des organismes
de régulation indépendants devrait être admis en toutes circonstances et les
recommandations de ces organismes devraient être suivies d’effet. Une
Convention nationale sur l’Union européenne a été mise en place en juin pour
servir de plateforme de coopération avec la société civile au cours du
processus de négociation de l’adhésion, ce qui devrait se traduire par une
consultation accrue de la société civile dans son ensemble, en particulier
lorsque les défis économiques et sociaux sont particulièrement importants pour
les citoyens serbes. La Serbie progresse dans la
réforme de son administration publique. Elle a adopté une stratégie globale et
renforcé la coordination et la planification des politiques publiques grâce à
la mise en place d’un nouveau secrétariat chargé de l’action publique. Il
manque toutefois encore une réforme profonde et globale, s’appuyant sur des
outils d’analyse et de gestion de la performance adéquats. Une première
série de mesures ont été prises pour mettre en œuvre les stratégies nationales
adoptées l’année dernière concernant la réforme de l’appareil judiciaire et la
lutte contre la corruption. La Serbie a pris la mesure des défis considérables
auxquels son appareil judiciaire est confronté. Elle a mené une activité
législative intense. Des règles ont été adoptées pour l’évaluation des juges et
des procureurs. De nombreux présidents de tribunaux ont été désignés sur une
base permanente. La première génération de notaires a pris ses fonctions.
Des actes
législatifs clés doivent cependant encore être adoptés, comme la loi sur l’aide
juridictionnelle gratuite. L’évaluation de la mise en œuvre des lois récemment
adoptées est en cours. Des progrès sont nécessaires pour garantir
l’indépendance et l’efficacité de l’appareil judiciaire. Le recrutement et la
nomination des magistrats restent régis par des critères flous. La généralisation
du principe du contradictoire et la modification des réseaux de tribunaux n’ont
pas encore eu d’effet sensible sur l’efficience et la qualité de l’appareil
judiciaire. Il existe un
élan politique fort en faveur de la lutte contre la corruption. Plusieurs
enquêtes ont été menées sur des affaires à haut niveau et des efforts ont été
déployés pour améliorer la coordination et le leadership institutionnel dans ce
domaine. La corruption continue toutefois de régner dans de nombreux domaines et
reste un grave problème. Le taux des condamnations par rapport aux mises en
accusation est faible. Des mécanismes de protection des lanceurs d’alerte
doivent encore être mis en place. Des mécanismes efficaces de prévention et de
répression doivent également être créés. L’agence et le conseil de lutte contre
la corruption doivent voir leur rôle soutenu au plus haut niveau et des suites
adéquates doivent être données à leurs recommandations et à leurs propositions.
Des solutions efficaces doivent être trouvées pour remplacer le recours trop
fréquent à la mise en accusation au motif d’un abus de position dans le secteur
privé. La Serbie a
participé activement à la coopération régionale entre les autorités chargées de
faire appliquer la loi, ce qui a permis d’obtenir des résultats concrets dans
la lutte contre la criminalité organisée, notamment une arrestation qui a eu un
grand retentissement en liaison avec des groupes criminels organisés. Une
évaluation stratégique des menaces liées à la criminalité organisée est nécessaire
en vue d’élaborer une planification et une analyse stratégiques, puis des
réponses répressives appropriées, notamment grâce au concept d'«activités de
police fondées sur le renseignement». Des résultats crédibles doivent être
obtenus en ce qui concerne les enquêtes menées, les poursuites engagées et les
condamnations définitives prononcées dans les affaires de corruption et de
criminalité organisée, y
compris à haut niveau.
La
lutte contre la criminalité organisée et la corruption est fondamentale pour faire
échec à l’infiltration des systèmes politique, juridique et économique par les
réseaux criminels. À plus long
terme, l’adoption de plans d’action crédibles et exhaustifs pour les chapitres
23 et 24, conformément à la nouvelle approche, sera une étape cruciale pour la
Serbie. Le cadre
juridique relatif à la protection des minorités est globalement en place, mais
sa mise en œuvre cohérente dans l’ensemble du pays doit encore être assurée,
notamment dans les domaines de l’éducation, de l’emploi des langues et de
l’accès aux médias et aux services religieux dans les langues minoritaires. Les
mesures allant dans le bon sens prises pour améliorer la situation des Roms
doivent être approfondies, en particulier en ce qui concerne l’éducation, le
logement et l’emploi. La poursuite d’efforts soutenus est nécessaire pour
améliorer la situation des réfugiés et des personnes déplacées. La marche des
fiertés, qui s’est déroulée sans incident majeur à Belgrade le
28 septembre, marque une avancée importante vers le respect effectif des
droits de l’homme en général, et des droits des personnes lesbiennes, gays,
bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) en particulier. La Serbie a
pris des mesures importantes en vue de mettre en œuvre la stratégie sur les
médias de 2011, adoptant en août une série de lois sur les médias qui vise à
augmenter la transparence en matière de propriété et de financement et à
aligner la législation et les pratiques sur le cadre de l’UE. La détérioration
des conditions d’exercice de la liberté d’expression suscite cependant des
inquiétudes. Les autorités ont un rôle capital à jouer en contribuant
activement à garantir l’exercice sans entrave de la liberté d’expression,
notamment en montrant un soutien approprié aux organismes indépendants, aux
défenseurs des droits de l’homme et aux journalistes indépendants. La défense
de tous les droits fondamentaux et la mise en œuvre de la stratégie de lutte
contre les discriminations requerront une approche encore plus spécifique et
plus volontariste. La Serbie a
continué de suivre une approche constructive dans le domaine de la coopération
régionale et a accompli des progrès significatifs dans les relations qu’elle
entretient avec certains de ses voisins. En ce qui
concerne la normalisation des relations avec le Kosovo, la Serbie a
poursuivi ses efforts de dialogue et son engagement global en faveur de la mise
en œuvre du premier accord de principe régissant la
normalisation des relations d’avril 2013 et des autres accords conclus
dans le cadre du dialogue. Il en est résulté un certain nombre de changements
irréversibles sur le terrain, comme la tenue pour la première fois d’élections
locales et législatives dans tout le Kosovo et la bonne progression du
démantèlement des structures policières et judiciaires serbes. Une solution
permanente pour l’intégration du Kosovo dans le processus de coopération en
Europe du Sud-Est (SEECP) a été approuvée. Bien qu’aucune réunion à haut niveau
ne se soit tenue depuis les élections anticipées organisées au Kosovo, les travaux
se sont poursuivis au niveau technique, ce qui a permis des avancées dans les
domaines de la collecte des droits de douane, de la gestion intégrée des
frontières, de l’énergie et des télécommunications. En revanche, la
mise en œuvre du dialogue a globalement ralenti. Des élections générales
anticipées se sont tenues à la fois en Serbie et au Kosovo. Il importe que le
dialogue à haut niveau reprenne. Il est aussi fondamental que les deux parties
continuent de participer pleinement à la mise en œuvre de bonne foi de tous les
accords existants. De nouvelles avancées devraient progressivement amener à la
normalisation complète des relations entre la Serbie et le Kosovo, sous la
forme d’un accord juridiquement contraignant conclu d’ici à la fin des négociations
d’adhésion de la Serbie, offrant la perspective, tant pour la Serbie que pour
le Kosovo, d’être pleinement en mesure d’exercer leurs droits et d’assumer
leurs responsabilités. En ce qui concerne les critères
économiques, la Serbie a accompli des progrès limités vers la mise en place
d’une économie de marché viable. Un large éventail de réformes structurelles
doivent être mises en œuvre pour que le pays puisse faire face, à moyen terme,
aux pressions concurrentielles et aux forces du marché au sein de l’Union. L’économie s’est contractée au
premier semestre de l’année, aussi sous l’effet de graves inondations. Le
gouvernement s’est engagé résolument dans son ambitieux programme de réformes
économiques et structurelles, en adoptant une première série de lois
importantes concernant le travail, la privatisation et la faillite. Malgré une
série de nouvelles mesures, les déséquilibres budgétaires restent très
importants et la dette publique a continué de s’alourdir. Toutefois, la
croissance des exportations a contribué à réduire les déséquilibres extérieurs.
L’inflation a atteint un niveau historiquement bas, inférieur à la fourchette
ciblée par la banque centrale. Le chômage est resté très élevé. Des efforts considérables sont
nécessaires pour réduire les dépenses publiques et mettre en œuvre les réformes
structurelles adoptées, afin de rétablir la viabilité des finances publiques
et, en fin de compte, de soutenir la croissance. Pour réduire la forte
influence de l’État sur l’économie, la Serbie devra s’attaquer aux
dysfonctionnements du vaste secteur public, poursuivre les privatisations
conformément au calendrier, rationaliser les aides d’État et améliorer la
gouvernance des entreprises publiques. Il y a lieu d’améliorer la collecte de
l’impôt, y compris en s’attaquant au vaste secteur informel. L’environnement
des affaires pâtit des lourdeurs de la bureaucratie, de la lenteur des
procédures d’entrée et de sortie du marché, de nombreux obstacles à
l’investissement, tels que la faiblesse du système juridique, et de la lenteur
de l’exécution des contrats. Il convient de s’attaquer efficacement à la
proportion élevée des prêts improductifs afin d’améliorer l’octroi de prêts par
les banques. La modernisation des infrastructures physiques, en particulier
après les dégâts causés par les inondations, demande des efforts soutenus et la
création d’une marge budgétaire supplémentaire. L’efficacité du système éducatif
doit être améliorée, au vu de la baisse du nombre d’élèves et de l’inadéquation
des compétences sur le marché du travail. En ce qui concerne la capacité
à assumer les obligations découlant de l’adhésion à l’UE, la Serbie a
poursuivi l’alignement de sa législation sur les exigences de la réglementation
de l’UE dans de nombreux domaines. Elle a continué de mettre en œuvre sans
heurts les obligations qui lui incombent en vertu de l’accord de stabilisation
et d’association (ASA). Des progrès satisfaisants sont à signaler dans le
domaine de la société de l’information et des médias, notamment l’adoption d’un
ensemble de trois lois mettant en œuvre la stratégie sur les médias de 2011 et,
ce faisant, alignant un peu plus le cadre juridique serbe sur l’acquis. L’alignement
de la législation sur le transport ferroviaire, aérien et routier s’est
également poursuivi, de même que la publication des résultats des recensements
de la population et des exploitations agricoles. La nouvelle stratégie de
réforme de l’administration publique de janvier 2014 intègre le contrôle
interne des finances publiques parmi les priorités de réforme. Dans le domaine de la politique
étrangère et de sécurité, l’alignement de la Serbie sur les déclarations de
l’UE et les décisions du Conseil devrait être amélioré si la Serbie veut se
conformer à l’exigence issue du cadre de négociation concernant l’alignement
progressif de ses politiques et décisions dans ce domaine sur celles adoptées
par l’Union européenne et ses États membres au cours de la période précédant
l’adhésion. La Serbie doit élaborer et mettre en œuvre sans tarder des
mécanismes fiables et robustes pour le suivi et la surveillance de l’alignement
sur l’acquis dans tous les domaines. Des efforts considérables sont également
nécessaires non seulement pour améliorer et appliquer pleinement le cadre
juridique global, mais aussi, et surtout, pour soutenir ces réformes en y
consacrant des ressources financières et humaines appropriées. La coordination
et le leadership institutionnel se révèlent également insuffisants dans
certains domaines clés de l’acquis et il y a lieu de préserver l’indépendance
des organismes de régulation. La législation sur le contrôle des aides d’État
doit être alignée sur l’acquis et pleinement appliquée à toutes les
entreprises, y compris celles en cours de restructuration ou de privatisation.
La Serbie doit redoubler d’efforts pour aligner sa procédure d’asile sur les
normes de l’UE et moderniser les installations d’hébergement permanentes de
toute urgence. Elle doit intensifier ses efforts d’alignement dans le domaine
de l’énergie, notamment en ce qui concerne le gazoduc South Stream. Elle doit
achever accorder la priorité au dégroupage dans le secteur du gaz et à la
restructuration du fournisseur public de gaz Srbijagas. La poursuite de
l’alignement dans les domaines de la fiscalité, de l’environnement, du
changement climatique et des organismes génétiquement modifiés est aussi
nécessaire, de même qu’un renforcement substantiel du système général de santé
et de protection sociale. Ancienne
République yougoslave de Macédoine Dans l’ensemble, le pays continue
de remplir les critères politiques de manière satisfaisante. Il a achevé
l’essentiel de ses réformes en ce qui concerne le système judiciaire et
l’administration publique et a progressé depuis qu’il est devenu pays candidat
à l’adhésion en 2005. Le pays peut déjà se prévaloir d’un bon niveau
d’alignement compte tenu du stade du processus d’adhésion auquel il se situe.
Toutefois, de graves problèmes persistent et, dans certains domaines, ils se
sont encore accrus. Ils ont trait en particulier à la culture politique, qui
divise de plus en plus, à de vives inquiétudes liées à la politisation
croissante et au contrôle du gouvernement sur les institutions d’État et les
médias, et à une situation interethnique encore fragile. Le BIDDH de l’OSCE a estimé dans
son évaluation que l’élection présidentielle et les élections législatives
anticipées d’avril 2014 avaient été organisées de façon efficace, tout en
constatant l’absence de séparation entre les activités de l’État et celles des
partis et la partialité de la couverture médiatique. Les inquiétudes relatives
au mélange des genres entre l’État et les partis au pouvoir érodent la
confiance dans les institutions publiques. L’absence de dialogue et les
divisions persistantes entre les partis ont entraîné une nouvelle crise politique,
née d’allégations de fraude liées aux élections, qui a vu le principal parti
d’opposition pratiquer la politique de la chaise vide au Parlement. Les
principaux partis politiques font trop peu d’efforts pour s’engager dans des
politiques constructives dans l’intérêt de tout l’électorat et du pays dans son
ensemble. Le
gouvernement et l’opposition devraient prendre des mesures pour restaurer le
dialogue politique au Parlement. Le gouvernement doit veiller à ce que
l’opposition ait la possibilité de remplir pleinement sa fonction de contrôle
démocratique. Parallèlement, l’opposition doit s’engager de manière
constructive dans les processus démocratiques. La politisation de
l’administration publique, au niveau tant central que local, est un grave
problème. Les principes de transparence, de responsabilité et de mérite ne sont
pas encore pleinement appliqués. Le BIDDH de l’OSCE a en outre rapporté des
allégations crédibles de pressions qui auraient été exercées sur des
fonctionnaires lors des élections d’avril 2014. Il conviendrait de s’attaquer à
ces problèmes, notamment au moyen du nouveau cadre législatif. Il y a également lieu de
continuer à renforcer l’indépendance et la compétence des tribunaux, tout en
insistant davantage sur la qualité du système de justice pour les citoyens. Le
niveau avancé du pays sur le plan technique et législatif dans ce domaine est
éclipsé par des problèmes croissants de justice sélective. Des résultats
commencent à être obtenus, mais la corruption continue de régner dans de nombreux
domaines et reste un grave problème. Le cadre de lutte contre la corruption
doit être mis en œuvre de manière plus efficace. De nouvelles améliorations ont
été enregistrées dans les domaines de la coopération policière et de la lutte
contre la criminalité organisée et la traite des êtres humains. Les efforts
doivent être poursuivis afin d’obtenir des résultats sur les plans des enquêtes
menées, des poursuites engagées et des condamnations prononcées dans les
affaires de criminalité organisée et de corruption. La lutte contre la
criminalité organisée et la corruption est fondamentale pour faire échec à
l’infiltration des systèmes politique, juridique et économique par les réseaux
criminels. Le cadre global relatif à la
protection des droits fondamentaux est en place, mais il convient d’insister
davantage sur sa mise en œuvre effective. Des efforts continus sont nécessaires
pour répondre aux préoccupations concernant les préjugés et les discriminations
dont est victime la population rom et pour lutter contre l’intolérance à
l’égard des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et
intersexuées (LGBTI). La situation concernant la
liberté des médias a continué à se détériorer. L’influence du gouvernement sur
le contenu des médias s’exerce, entre autres, par la publicité financée par les
pouvoirs publics. Les reportages réellement indépendants sont rares, les médias
généralistes n’informent pas le grand public de manière précise et objective et
il n’existe pas de débat public informé. En ce qui concerne les relations
interethniques, l’accord-cadre d’Orhid, qui a mis un terme au conflit de 2001,
fournit le cadre permettant de garantir le caractère multiethnique de la
société. Toutefois, le manque de confiance entre les communautés prédomine. Des
tensions peuvent facilement être déclenchées par des événements ou des
incidents. Une approche conjointe et plus volontariste est nécessaire pour
promouvoir une société multiethnique ouverte à tous. Le réexamen de
l’accord-cadre d’Ohrid doit encore être achevé et ses recommandations mises en
œuvre. Dans l’ensemble, le pays continue
d’entretenir de bonnes relations avec les autres pays concernés par
l’élargissement et joue un rôle actif dans la coopération régionale. Il importe
qu’il conserve une approche constructive à l’égard des relations avec les États
membres de l’UE voisins et qu’il se garde de toute action ou déclaration
nuisant aux relations de bon voisinage. Pour ce qui est des critères
économiques, l’ancienne République yougoslave de Macédoine reste bien avancée
et, dans certains domaines, a continué de progresser dans la mise en place
d’une économie de marché viable. Pour être apte à faire face aux pressions
concurrentielles et aux forces du marché au sein de l’Union à moyen terme, elle
doit relever des défis importants en s’attelant résolument à la mise en œuvre
de réformes structurelles. La reprise économique s’est
poursuivie, mais elle continue de reposer essentiellement sur le secteur
extérieur et a eu des effets limités sur le chômage, qui reste élevé en
particulier chez les jeunes. Les réformes visant les rigidités structurelles du
marché du travail n’ont enregistré que de timides progrès. La stabilité
financière a été préservée et les flux d’IDE ont augmenté. La discipline
budgétaire ainsi que la transparence et la qualité des dépenses publiques se
sont détériorées. Les perspectives concernant la
croissance et l’emploi sont fortement liées à la situation de l’environnement
des entreprises du secteur privé national. Pour appuyer celui-ci, il y a lieu
de faciliter encore les procédures d’octroi de licences, ce qui permettra aussi
d’encourager les liens en amont entre les entreprises locales et les
entreprises étrangères, d’accélérer les procédures de sortie du marché et, plus
généralement, de garantir l’égalité de toutes les entreprises devant la
réglementation commerciale. Il s’agira d’améliorer l’accès au financement,
notamment en restaurant le canal du prêt bancaire. Il conviendra de s’attaquer
au problème de l’inadéquation des compétences des travailleurs par rapport aux
besoins du marché du travail, au moyen de nouvelles réformes du système
d’éducation, notamment la mise en œuvre de la stratégie de formation
professionnelle. En ce qui concerne les finances publiques, la nouvelle
détérioration de la discipline budgétaire en 2013 et en 2014 appelle des
procédures de programmation budgétaire renforcées et une plus grande cohérence
entre l’exécution du budget annuel et la stratégie budgétaire à moyen terme. La
qualité des dépenses publiques devrait être améliorée, en modifiant la
composition des dépenses en capital au profit d’investissements propices à la
croissance. L’ancienne
République yougoslave de Macédoine a encore amélioré sa capacité à assumer
les obligations découlant de l’adhésion. Le pays reste engagé dans le
processus de stabilisation et d’association et continue de remplir les
obligations qui lui incombent au titre de l’accord de stabilisation et
d’association. Le pays a noué avec l’UE une
vaste coopération dans tous les domaines de l’acquis et il a atteint un degré
élevé d’alignement législatif au niveau stratégique et institutionnel. Son
niveau d’alignement est suffisant pour lui permettre de passer à la phase
suivante du processus d’adhésion. L’accent devrait maintenant être placé sur
les capacités administratives et la mise en œuvre effective. S’agissant du marché intérieur,
le pays a déjà atteint un niveau d’alignement législatif satisfaisant dans les
domaines des mouvements de capitaux, des services postaux et du droit des
sociétés. Dans le domaine de la justice et des affaires intérieures, les
préparatifs sont bien avancés en ce qui concerne la politique des visas, les
frontières extérieures et Schengen, ainsi que la coopération policière. En
revanche, de nouveaux efforts sont nécessaires en particulier en ce qui
concerne la politique régionale, l’environnement et le changement climatique,
la politique sociale et l’éducation. Le contrôle interne des finances publiques
doit aussi être encore renforcé et développé dans toute l’administration publique. Le Conseil n’a pas encore statué
sur la proposition de la Commission de 2009 concernant le passage à la deuxième
étape de l’association conformément à l’article 5 de l’accord de
stabilisation et d’association. Albanie L’Albanie a poursuivi ses progrès
en ce qui concerne le respect des critères politiques. Un dialogue à
haut niveau sur les priorités essentielles a été lancé et des groupes de
travail mixtes chargés de structurer les travaux sur les réformes requises ont
été constitués. Un Conseil national pour l’intégration européenne doit encore
être mis sur pied afin d’encourager les avancées dans ce domaine et d’unir tous
les acteurs concernés autour du processus de réforme. Il est fondamental qu’un
dialogue politique constructif et durable soit établi entre le gouvernement et
l’opposition pour garantir la viabilité des réformes. Le Parlement a adopté par
consensus une résolution sur l’intégration européenne. Il a adopté un certain
nombre de mesures législatives à cet égard, principalement dans le domaine de
la lutte contre la corruption et la criminalité organisée, et s’est aussi
prononcé sur des nominations au sein de l’appareil judiciaire. Des
améliorations ont été enregistrées en ce qui concerne la transparence de la
procédure législative. Toutefois, en raison du climat politique tendu ayant
affecté l’activité parlementaire, l’opposition s’est souvent abstenue d’y
prendre part et, depuis juillet, elle boycotte tous les travaux du Parlement. Tant le
gouvernement que l’opposition doivent veiller à ce que le débat politique se
tienne principalement au sein du Parlement. Le gouvernement doit veiller à ce que
l’opposition ait la possibilité de remplir pleinement sa fonction de contrôle
démocratique. Parallèlement, l’opposition doit s’engager de manière constructive
dans les processus démocratiques. La réforme de l’administration
publique s’est poursuivie, notamment avec l’entrée en vigueur de la loi sur la
fonction publique et l’adoption des dispositions d’exécution y afférentes ainsi
que de mesures visant à améliorer les procédures de recrutement. Sa mise en
œuvre doit être poursuivie afin de renforcer la dépolitisation, la
responsabilisation et les normes professionnelles de l’administration publique.
Le code des procédures administratives doit être finalisé et adopté
conformément aux normes de l’UE. Il conviendra également de prendre des mesures
afin de rendre les institutions plus indépendantes et d’en améliorer
l’efficacité. L’Albanie a
encore progressé sur la voie de la réforme du système judiciaire en s’engageant
auprès de la commission de Venise dans le but d’améliorer l’indépendance, la
responsabilisation et le professionnalisme de l’appareil judiciaire et en
commençant à élaborer la stratégie de réforme judiciaire 2014-2020. Des mesures
ont été prises pour améliorer l’obligation de rendre compte et la transparence
du pouvoir judiciaire, notamment grâce à des modifications législatives
réglementant l’immunité des juges et des procureurs. Des procédures
disciplinaires engagées à l’encontre de juges ont débouché sur un certain
nombre de sanctions. Les tribunaux administratifs ont commencé à fonctionner,
bien qu’ils ne soient pas encore pleinement opérationnels. Des modifications
ont été apportées à la loi sur le Haut conseil de la Justice, afin d’en améliorer
le fonctionnement. Toutefois, leur adoption hâtive, sans que l’ensemble des
acteurs concernés n’aient été impliqués ni consultés, a suscité des
inquiétudes. De nombreuses lacunes subsistent et l’urgence d’une réforme
approfondie du système judiciaire fait l’unanimité. Des efforts supplémentaires
considérables visant à garantir l’indépendance, l’efficacité et la
responsabilisation du pouvoir judiciaire seront nécessaires, et devront
notamment passer par des modifications constitutionnelles. L’Albanie devra
mettre toute son énergie dans la poursuite de ce processus, dans un esprit de
coopération constructive avec tous les acteurs concernés, et notamment en
collaborant étroitement avec la Commission de Venise. Il convient de s’employer
résolument à renforcer le système disciplinaire à l’égard des juges, des
procureurs et des avocats, ainsi qu’à améliorer encore l’efficacité des
tribunaux. Le gouvernement a montré sa volonté
politique d’agir avec détermination en matière de prévention et de lutte contre
la corruption. Le cadre législatif a été renforcé, et la coordination et le
suivi des politiques au niveau central ont été améliorés. Un coordinateur
national de la lutte contre la corruption a été désigné et un réseau de points
de contact en la matière a été mis en place dans tous les ministères
compétents. Cependant, la corruption prévaut dans de nombreux domaines,
notamment au sein du pouvoir judiciaire et des instances chargées de faire
appliquer la loi, et continue à poser un problème particulièrement grave.
L’Albanie doit prendre des mesures pour faire appliquer le cadre législatif et
adopter la stratégie de lutte contre la corruption pour 2014-2020 et les
programmes d’action correspondants. Il convient de renforcer la coopération
interinstitutionnelle et d’éliminer les obstacles entravant actuellement la
réalisation d’enquêtes proactives. L’Albanie devra aussi améliorer son bilan en
ce qui concerne les enquêtes, poursuites et condamnations dans les affaires de
corruption, notamment en haut lieu. Les résultats en matière de lutte
contre la criminalité organisée progressent dans un certain nombre de domaines,
avec une multiplication des activités répressives, se traduisant notamment par
une augmentation du nombre de saisies de drogues, et d’actions ciblant la
criminalité liée à la drogue, la criminalité économique et la traite des êtres
humains. Ainsi, les autorités ont pris des mesures sévères afin de lutter
contre la culture et le trafic de cannabis, qui demeurent une source de
préoccupation majeure, parmi lesquelles on peut épingler l’opération
d’envergure menée par la police dans le village de Lazarat et dans le nord du
pays. La coopération internationale a été renforcée. Néanmoins, il y a lieu
d’intensifier davantage les efforts visant à lutter contre la criminalité
organisée. La coopération entre instances répressives devrait être encore
améliorée, et il conviendrait de lever les barrières législatives nuisant à
l’efficacité des enquêtes. L’Albanie devra fournir des efforts soutenus, tout
en menant des enquêtes financières proactives et systématiques et en veillant à
garantir une application cohérente de la législation, afin de lutter contre les
activités criminelles de toute nature, notamment le blanchiment d’argent, la
traite des êtres humains et le trafic de stupéfiants. Elle devrait continuer à
lutter résolument contre la culture du cannabis. Il est essentiel de lutter
contre la criminalité organisée et la corruption pour faire échec à
l’infiltration des systèmes politiques, juridiques et économiques par les
réseaux criminels. S’agissant des droits
fondamentaux, la liberté de réunion et d’association, ainsi que la liberté de
pensée, de conscience et de religion ont, d’une manière générale, continué à
être respectées. La coopération entre les autorités publiques et les
organisations de la société civile en ce qui concerne les droits des personnes
lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) s’est
améliorée. Le cadre juridique applicable aux personnes handicapées a été révisé
et il convient d’en garantir la mise en œuvre. Il y a lieu de supprimer les
dispositions juridiques discriminatoires en matière de genre, de renforcer les
capacités institutionnelles en ce qui concerne la protection de l’enfance et de
s’attaquer au travail forcé des enfants. Un plan d’action relatif aux droits de
ces derniers a été adopté. L’Albanie devra axer ses efforts sur la mise en
œuvre de mesures visant à améliorer l’intégration des Roms et à protéger les
groupes vulnérables. Il convient également de mieux protéger les droits de
propriété, notamment en procédant à la révision de la stratégie de réforme des
droits de propriété de 2012 et en protégeant davantage la propriété juridique.
S’agissant de la liberté d’expression et de la liberté des médias, le gouvernement
n’a pris aucune mesure pour s’attaquer aux priorités qui avaient été définies à
cet égard. Il y a lieu de rétablir toutes les fonctions statutaires de
l’autorité chargée des médias audiovisuels et de garantir l’indépendance
effective de cette dernière. L’utilisation non autorisée des fréquences par
plusieurs émetteurs continue à poser problème. Il reste essentiel que l’Albanie
participe véritablement à la coopération régionale et entretienne des relations
de bon voisinage. En ce qui concerne les critères
économiques, le pays a accompli des progrès sur la voie de la mise en place
d’une économie de marché viable. Il devrait être en mesure, à moyen terme, de
faire face aux pressions concurrentielles et aux forces du marché à l’intérieur
de l’Union, à condition d’accélérer encore ses réformes structurelles. L’Albanie a préservé sa stabilité
macroéconomique, a procédé à l’apurement de ses arriérés et a pris des mesures
pour améliorer les mécanismes de gestion et de collecte des impôts. Toutefois,
le rythme de la croissance économique s’est encore ralenti et le déficit
courant reste important, en raison d’une faible compétitivité. Le déficit
budgétaire a dépassé l’objectif fixé en 2013 et la dette publique déjà élevée a
encore augmenté, réduisant d’autant la marge de manœuvre budgétaire disponible.
L’inflation est restée faible et a permis la poursuite de l’assouplissement
monétaire, mais sans que cela se traduise par une croissance du crédit en
raison du nombre élevé de prêts non productifs dans les banques commerciales.
Le taux de chômage est élevé et l’économie informelle reste répandue. L’Albanie devrait poursuivre ses
efforts d’assainissement budgétaire en vue de réduire sa dette publique, tout
en se ménageant une marge pour les dépenses propices à la croissance. Il
convient de réformer le secteur de l’énergie et de poursuivre la mise en œuvre
des réformes de l’administration fiscale et du système des retraites, de
manière à limiter les risques pour les finances publiques. Il y a lieu de
soutenir les prêts bancaires et la croissance du crédit en veillant à ce que
l’État continue à payer ses arriérés envers les entreprises et en s’attaquant
aux prêts non productifs, ainsi que de supprimer les obstacles au développement
du secteur privé en améliorant l’environnement des entreprises, où l’on
constate des défaillances de l’état de droit, des lacunes dans le cadre
réglementaire et des incertitudes en ce qui concerne le régime de la propriété.
Il est essentiel de créer des conditions propices à l’investissement privé, et
en particulier aux investissements directs étrangers, de façon à étoffer la
base de production, trop étroite. Il convient d’améliorer encore l’éducation et
la formation, pour remédier à l’inadéquation entre l’offre et la demande de
compétences sur le marché de l’emploi et améliorer l’employabilité. Dans l’ensemble, la mise en œuvre de
l’accord de stabilisation et d’association (ASA), entré en vigueur en avril
2009, s’est poursuivie sans heurts. L’Albanie a poursuivi l’alignement de sa
législation sur les exigences de la réglementation de l’Union dans de nombreux
domaines et a ainsi renforcé sa capacité à assumer les obligations découlant
de son adhésion à l’UE. Un nouveau plan national pour l’intégration
européenne pour la période 2014-2020 a été adopté. Cependant, peu
d’améliorations concrètes ont été enregistrées dans la plupart des domaines
concernés. L’Albanie devra fournir des efforts considérables pour accélérer les
préparatifs en vue de la mise en œuvre de l’acquis, de même que pour garantir
la protection des droits de propriété intellectuelle. Le règlement du litige
entre le gouvernement et la société de distribution d’électricité CEZ a
contribué à ouvrir la voie à de plus amples réformes du secteur de l’énergie.
Des efforts supplémentaires dans ce domaine, notamment en ce qui concerne la
diversification des sources énergétiques et le fonctionnement du marché de
l’électricité, sont indispensables au développement économique. L’Albanie devra
également améliorer la protection de l’environnement et combler les lacunes
constatées dans les domaines des transports, de la sécurité alimentaire et de
la protection des consommateurs et de la santé. La capacité administrative et
les normes professionnelles des instances chargées de la mise en œuvre de
l’acquis doivent être renforcées et l’indépendance des organismes de régulation
préservée. Par ailleurs, il demeure essentiel d’améliorer la transparence et la
responsabilisation, notamment en ce qui concerne les marchés publics et la
gestion des finances publiques. Bosnie-Herzégovine Les progrès accomplis
par la Bosnie-Herzégovine pour satisfaire aux critères politiques ont à
nouveau été très limités. Aucune amélioration tangible n’a été constatée en ce
qui concerne la mise en place d’institutions fonctionnelles et viables. De
même, l’assemblée parlementaire de Bosnie-Herzégovine n’a guère progressé dans
l’adoption de textes législatifs en rapport avec l’UE. Les
désaccords en fonction des lignes politiques et ethniques ont eu des
répercussions négatives considérables sur les travaux des assemblées tant au
niveau de l’État qu’au sein de la Fédération. La coopération avec la société
civile au niveau national, des entités et des cantons reste limitée. Comme
l’ont réclamé les citoyens à l’occasion des mouvements de contestation sociale
du début de l’année 2014, tous les gouvernements devraient s’employer en
priorité à répondre aux besoins socio-économiques de la population, notamment
en luttant contre le très haut taux de chômage des jeunes et en aidant les
personnes dans le besoin, et ce d’autant plus que de graves inondations ont
frappé le pays au mois de mai. En raison du climat politique, la
réforme de l’administration publique a très peu progressé, de même que la
capacité de cette dernière à satisfaire aux exigences du processus
d’intégration européenne. La fragmentation du cadre administratif légal à
plusieurs niveaux de gouvernement demeure très préoccupante, en ce qu’elle
affecte fortement la fonctionnalité du système des services publics. Il
convient d’élaborer une nouvelle stratégie de réforme de l’administration
publique après 2014. Les nécessaires réformes de la gestion des finances
publiques doivent être abordées dans leur globalité. Peu de progrès ont été
enregistrés en ce qui concerne la réforme du système judiciaire. Le dialogue
structuré sur la justice, qui constitue encore une plateforme de choix dans la
recherche d’un consensus sur les réformes judiciaires, a été élargi et porte
désormais aussi sur d’autres questions liées à l’état de droit. La réforme des
institutions judiciaires nationales doit être menée en priorité. Le manque de
ressources humaines nécessaires pour s’attaquer à l’arriéré judiciaire lié aux
crimes de guerre, constaté à tous les niveaux, a été en partie comblé, mais ces
efforts doivent encore s’inscrire dans la continuité et faire l’objet d’une
véritable planification, les autorités nationales compétentes devant y
consacrer les ressources appropriées. Il convient également de renforcer encore
les outils disciplinaires dans ce domaine, et de prévoir des dispositions
adéquates en matière de conflit d’intérêts. On constate également peu
d’avancées dans les réformes visant à réduire la corruption, qui est toujours
présente dans l’ensemble du secteur public et touche tout particulièrement les
domaines de la fourniture des services et de l’accès au marché du travail. Les
réseaux de favoritisme politique sont très répandus et influencent tous les
niveaux de gouvernement. Les enquêtes et les poursuites dans les affaires à
grand retentissement restent insuffisantes et, dans la pratique, on dénombre
d’une manière générale peu d’enquêtes, de poursuites et de condamnations. La
Bosnie-Herzégovine démontre peu de volonté politique à dépasser le stade de la
rhétorique et à s’attaquer à la corruption, notamment en menant des enquêtes et
en procédant à des condamnations dans les affaires à grand retentissement.
Globalement, peu de progrès ont été réalisés en ce qui concerne la lutte contre
la criminalité organisée, qui reste très préoccupante en dépit de plusieurs
opérations conjointes réussies, notamment grâce à une étroite collaboration
avec les pays voisins. Or la lutte contre la criminalité organisée et la
corruption est fondamentale pour faire échec à l’infiltration des systèmes
politiques, juridiques et économiques par les réseaux criminels. Le cadre juridique et
institutionnel pour le respect des droits de l’homme est en place et les
principaux éléments de la législation internationale en matière de droits de
l’homme ont été intégrés dans le système juridique. Toutefois, la pression
politique et financière accrue exercée sur les médias et les intimidations et
menaces dont sont victimes journalistes et rédacteurs en chef suscitent de
vives inquiétudes. Davantage d’efforts doivent être consentis afin d’améliorer
l’intégration au sein des écoles et d’en finir avec la ségrégation ethnique
selon le modèle «deux écoles sous un même toit» dans la Fédération. Il convient
de mettre en place de véritables mesures de prévention et de mener des enquêtes
efficaces en cas de discours haineux, de violences et de discrimination à
l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et
intersexuées (LGBTI). Si des mesures très efficaces ont été prises pour
répondre aux besoins des Roms en matière de logement, des efforts restent à
faire dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi. En ce qui
concerne les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur du pays, il
convient de veiller à la bonne exécution de la stratégie révisée, notamment de ses
aspects socio-économiques. La Bosnie-Herzégovine a continué de participer
activement à la coopération régionale et de maintenir des relations de bon
voisinage. En ce qui concerne les critères
économiques, la Bosnie-Herzégovine a peu progressé sur la voie d’une
économie de marché viable. Des mesures importantes doivent être prises pour
remédier aux faiblesses structurelles persistantes de façon à pouvoir faire
face durablement aux pressions concurrentielles et aux forces du marché à
l’intérieur de l’Union. La croissance économique a
redémarré timidement, et le déficit de la balance courante a diminué malgré des
déséquilibres extérieurs persistants. La reprise reste fragile, en raison de la
faiblesse de la demande intérieure et de l’étroitesse de la base de production.
Les fortes inondations du printemps dernier devraient encore aggraver la
situation économique et budgétaire à court terme. Des efforts ont été faits
pour améliorer la coordination budgétaire dans la Fédération, ainsi que la
perception des impôts indirects. La Bosnie-Herzégovine devrait
continuer à appliquer des mesures d’urgence afin de préserver la discipline
budgétaire. Il
convient en outre de s’attaquer au problème de la présence prévalente de l’État
dans l’économie et de réduire le niveau des dépenses publiques ainsi que d’en
améliorer la composition et de les mobiliser à meilleur escient. L’inefficacité
des entreprises publiques doit aussi faire l’objet d’un traitement adéquat. Une
meilleure coordination entre les entités et au sein de celles-ci faciliterait
grandement le processus d’élaboration des politiques économiques et permettrait
d’améliorer celles-ci. Les grands déséquilibres sur le marché du travail, dont
témoignent un taux de chômage élevé persistant, surtout parmi les jeunes, ainsi
que le très faible taux de participation à ce marché, réclament la prise de
dispositions décisives visant à abolir les mesures ayant pour effet de
dissuader la population de travailler et à améliorer la qualité de l’éducation.
Il convient en outre de combler les lacunes existant dans l’environnement
juridique et l’environnement des entreprises, notamment la lenteur des
procédures d’exécution des contrats et le coût élevé et la complexité des
procédures d’entrée et de sortie du marché, ainsi que le sous-développement des
infrastructures, afin de soutenir le développement du secteur privé et
d’attirer les investissements, surtout étrangers. Dans ce
contexte, le secteur informel demeure lui aussi un défi important. Il convient
en outre de s’attaquer au taux élevé de prêts improductifs. Comme l’année dernière, l’absence
d’un véritable soutien politique à l’agenda européen et d’un mécanisme de
coordination performant sur les questions relatives à l’UE, ainsi que des
désaccords internes sur les compétences ont eu pour résultat de freiner les
progrès sur la voie du rapprochement avec la législation et les normes de
l’Union. Les domaines concernés plus particulièrement sont la libre
circulation des personnes et de la main-d’œuvre, la libre prestation de
services et le droit d’établissement, la libre circulation des biens, la
protection des consommateurs, l’emploi et les politiques sociales, l’éducation,
la culture et la recherche, l’industrie et les PME, l’environnement et le
climat, ainsi que le transport. Dans toute une série de domaines, les progrès
sont entravés par le manque de stratégies à l’échelle nationale. Peu de progrès ont été engrangés
dans les domaines de l’agriculture et du développement durable, de la sécurité
alimentaire et des politiques vétérinaire et phytosanitaire, ainsi qu’en ce qui
concerne la politique de la pêche. L’absence d’alignement sur les exigences de
l’UE dans ces domaines continue à empêcher les
exportations de marchandises d’origine animale vers l’UE, une situation
regrettable à laquelle il faut remédier par des mesures sérieuses et
coordonnées. Dans le domaine de la fiscalité, la Bosnie-Herzégovine a adopté un
régime fiscal spécifique pour les petites brasseries qui ne répond pas aux
obligations découlant de l’accord intérimaire, en ce qu’il établit une
discrimination à l’encontre des importations de bière. Peu d’avancées ont été
enregistrées dans le secteur de l’énergie, en raison de la complexité de la
structure administrative, de désaccords sur les compétences entre l’État et les
entités et d’un manque de volonté politique. Cette situation a notamment
débouché sur des manquements graves et persistants aux obligations incombant au
pays en vertu du traité instituant la Communauté de l’énergie dans le domaine
gazier, qu’il s’agit de résoudre au plus vite. Par ailleurs, des progrès ont
été enregistrés, entre autres, dans le domaine du marché intérieur, avec
l’adoption de la loi sur les marchés publics, qui permet au pays de s’aligner
sur les directives de l’UE de 2004. La coopération entre les instituts de
statistiques au niveau national et des entités s’est améliorée, notamment en ce
qui concerne le recensement de la population et des logements. Kosovo En ce qui concerne les critères
politiques, la vie politique au Kosovo a été dominée, l’année dernière, par
les élections locales et législatives et par leurs retombées. Les élections
législatives de juin ont été transparentes et bien organisées. Le scrutin s’est
déroulé sans incidents majeurs et les électeurs ont pu voter librement partout au
Kosovo, y compris dans les quatre municipalités du nord du pays. Les élections
ont consolidé les progrès réalisés lors des élections locales de la fin 2013.
Dans les deux cas, le déroulement du processus électoral s’est amélioré. Les
cas de fraude électorale ont été moins nombreux que lors des élections de 2010
et ils ont fait l’objet d’un traitement efficace. Un grand nombre d’affaires
remontant à 2010 sont encore pendantes devant les tribunaux. Le Kosovo doit
encore donner suite aux recommandations des missions d’observation électorale
et des experts électoraux, qui préconisent l’adoption d’un code électoral
complet et l’amélioration de l’exactitude des listes électorales. Il convient,
lors des réformes électorales, de garantir que le cadre juridique des élections
reflète les bonnes pratiques de l’UE. La récente adhésion du Kosovo à la
Commission de Venise pourrait y contribuer. L’incapacité à constituer la
nouvelle assemblée législative sans heurts et en temps opportun constitue un
revers. Il importe que le nouveau gouvernement et l’Assemblée relancent le
programme de réformes du Kosovo. Ces deux pouvoirs devront s’appuyer sur le
consensus politique existant au Kosovo au sujet de l’intégration à l’UE. Le
gouvernement kosovar a démontré sa capacité à coordonner son programme
d’intégration à l’UE, notamment en ce qui concerne les négociations sur un
accord de stabilisation et d’association. Se fondant sur l’expertise de
différents services et de différentes institutions, les négociateurs kosovars
n’ont pas ménagé leurs efforts pour examiner en détail le texte proposé et
analyser son impact possible. Cette manière de procéder témoigne d’une bonne
compréhension des conséquences des engagements qui ont été pris. Pour mettre en œuvre et respecter
les obligations qui découleront du futur accord de stabilisation et
d’association, l’exécutif et l’Assemblée du Kosovo devront se focaliser sur
l’application effective de la législation et des politiques. Les programmes
législatifs et d’action doivent refléter de manière réaliste les ressources
nécessaires. La mise en place du nouveau pouvoir législatif sera l’occasion
d’améliorer le contrôle de l’exécutif et le processus législatif. Il convient
de renforcer le rôle de surveillance joué par l’Assemblée à l’égard d’institutions
indépendantes et d’autorités de régulation. L’indépendance de ces organes doit
être préservée et les nominations dans ces institutions doivent avoir lieu
rapidement, sur la base d’une procédure de sélection équitable et dépolitisée
ainsi que de critères objectifs. Le Kosovo a poursuivi sa bonne
coopération avec EULEX, la mission «État de droit» de l’UE. Les autorités
kosovares se sont considérablement engagées, sur le plan politique, en faveur
de l’extension du mandat de la mission et ont convenu d’instituer une
juridiction spécialisée pour statuer sur les conclusions de l’équipe spéciale
d’enquête. Pour mener à bien ce processus, le Kosovo doit adopter les
modifications législatives nécessaires, notamment celles concernant sa
constitution. Les autorités judiciaires ont bien géré les défis structurels qui
se posaient à elles, telles que la réforme judiciaire de grande ampleur adoptée
en 2013 et le transfert de certaines fonctions d’EULEX vers des autorités
locales. Le dialogue structuré sur l’état de droit a continué à soutenir ce
processus. L’arriéré judiciaire et la difficulté à assurer une justice
impartiale et indépendante posent toujours problème. Les autorités judiciaires
kosovares doivent procéder activement à des mises en examen fondées sur des preuves
recevables et rendre dans les délais des jugements dûment motivés,
indépendamment de l’opinion publique ou politique qui prévaut. Dans le domaine de la lutte
contre la corruption et la criminalité organisée, le nombre d’enquêtes portant
sur la criminalité liée à la drogue a augmenté et des réseaux de traite des
êtres humains ont été démantelés. Cependant, la lutte contre la criminalité
organisée et la corruption au Kosovo n’en est qu’à ses débuts, comme en
témoigne le petit nombre de condamnations et de saisies de drogue effectives.
Les instances chargées de faire appliquer la loi sont réticentes à lancer des
enquêtes financières et le nombre d’ordonnances judiciaires de gel et de
confiscation d’avoirs mises à exécution par la police reste faible. Les actes
d’intimidation à l’égard des témoins constituent toujours une préoccupation de
taille. Le nouveau gouvernement et le Parlement doivent appliquer une tolérance
zéro à l’égard de la corruption et de la criminalité organisée et afficher une
volonté politique claire de lutter contre ces phénomènes. La classe politique
kosovare doit montrer qu’elle est disposée à accepter l’issue de procédures
judiciaires indépendantes. La lutte contre la criminalité organisée et la
corruption est fondamentale pour faire échec à l’infiltration des systèmes
politiques, juridiques et économiques par les réseaux criminels. La mise en œuvre de la stratégie
(2010-2013) et du programme d’action (2012-2014) relatifs à la réforme de
l’administration publique a constitué un véritable défi pour le Kosovo et les
résultats ont été très limités. Le Kosovo doit établir un cadre stratégique
réaliste pour l’élaboration des politiques, la planification législative et la
mise en œuvre pratique des réformes, soutenu en cela par un engagement politique
fort. Il est prioritaire d’achever le cadre législatif pour la fonction
publique, de veiller à ce que celle-ci soit dépolitisée et de procéder à une
évaluation des performances de la fonction publique. Le Kosovo doit aussi
adopter une loi sur les procédures administratives générales, d’une importance
cruciale pour le développement d’un environnement favorable aux entreprises. Si
certaines dispositions et réglementations ont été adoptées en matière de
gestion des finances publiques, le Kosovo devrait néanmoins adopter une
approche plus complète des réformes dans ce domaine. Il importe d’assurer la
mise en œuvre de ces mesures et d’améliorer le suivi donné aux rapports du
vérificateur général aux comptes. Les droits de l’homme et les
droits fondamentaux continuent à être garantis dans l’ensemble par la loi au
Kosovo. La commission indépendante des médias est à nouveau opérationnelle. Les
auteurs de violences à l’égard du journal Kosovo 2.0 ont été condamnés avec
sursis. Les menaces et les agressions à l’égard de militants des droits des
personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) et
de journalistes ont continué, ce qui reste très préoccupant. Il importe de
mettre en place les conditions garantissant la liberté d’expression et le
pluralisme des médias. Les droits de propriété doivent être effectivement
appliqués, y compris l’accès des femmes aux biens dont elles héritent. Le
système institutionnel kosovar chargé de la protection des droits de l’homme
doit être rationalisé. Les responsabilités de chacun ne sont pas claires, ce
qui entrave la mise en œuvre de la législation et de la surveillance. Des terres ont été allouées à
certaines familles roms déplacées à l’intérieur du Kosovo qui vivaient dans un
camp au Monténégro. Le bâtiment principal du camp rom de
Leposaviq/Leposavić a été fermé. Le Conseil pour la mise en œuvre et le
suivi a facilité une meilleure protection du patrimoine culturel et religieux.
Il n’en reste pas moins que le Kosovo doit redoubler d’efforts pour assurer
la mise en œuvre des cadres législatifs et stratégiques, et notamment du
programme d’action relatif à l’intégration des communautés rom, ashkali et
égyptienne. Les incidents en matière de sécurité et les délits perpétrés à
l’encontre de personnes appartenant à des minorités et de leurs biens doivent
faire l’objet d’enquêtes et de poursuites approfondies dans les meilleurs
délais. Les lois sur le centre historique de Prizren et sur Velika
Hoča/Hoçë e Madhe doivent être appliquées. L’absence de progrès en ce qui
concerne la mise en œuvre de la loi sur Velika Hoča/Hoçë e Madhe, malgré
l’adoption d’une décision municipale d’aller de l’avant en février 2013 et la
fourniture d’instructions administratives par le ministère de l’environnement
et de l’aménagement du territoire, est particulièrement préoccupante. Des
mesures énergiques doivent être prises pour empêcher les constructions
illégales et la démolition de sites du patrimoine culturel. Le Kosovo a continué de
progresser dans le domaine de la coopération régionale et a conclu de nouveaux
accords de coopération bilatéraux avec plusieurs de ses voisins. En ce qui concerne la
normalisation des relations avec la Serbie, le Kosovo a poursuivi ses
efforts de dialogue et son engagement global en faveur de la mise en œuvre du
Premier accord de principe régissant la normalisation des relations d’avril
2013 et d’autres accords conclus dans le cadre du dialogue. Il en est résulté
un certain nombre de changements irréversibles sur le terrain, comme la tenue
pour la première fois d’élections locales et législatives dans tout le Kosovo
et la bonne progression du démantèlement des structures policières et
judiciaires serbes. Une solution permanente pour l’intégration du Kosovo dans
le processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP) a été approuvée. Bien
qu’aucune réunion à haut niveau ne se soit tenue depuis les élections
anticipées organisées au Kosovo, les travaux se sont poursuivis au niveau
technique, ce qui a permis des avancées dans les domaines de la collecte des
droits de douane, de la gestion intégrée des frontières, de l’énergie et des
télécommunications. En revanche, la mise
en œuvre du dialogue a globalement ralenti. Des élections générales anticipées
se sont tenues à la fois en Serbie et au Kosovo. Il importe que le dialogue à
haut niveau reprenne. Il est aussi crucial que les deux parties continuent de
participer pleinement à la mise en œuvre de bonne foi de tous les accords
existants. De nouveaux progrès devraient progressivement conduire à la
normalisation complète des relations entre la Serbie et le Kosovo, sous la forme
d’un accord juridiquement contraignant conclu d’ici à la fin des négociations
d’adhésion de la Serbie, offrant la perspective, tant pour la Serbie que pour
le Kosovo, d’être pleinement en mesure d’exercer leurs droits et d’assumer
leurs responsabilités. En ce qui concerne les critères
économiques, le Kosovo a accompli des progrès limités sur la voie d’une
économie de marché viable. Le Kosovo doit fournir des efforts considérables
pour remédier aux faiblesses structurelles de façon à pouvoir faire face durablement
aux pressions concurrentielles et aux forces du marché à l’intérieur de
l’Union. La croissance économique est
restée positive, à 3,4 %, mais n’a pas permis d’améliorer la situation du
marché du travail. D’importants déséquilibres externes persistent malgré une
légère diminution du déficit commercial. La stabilité macroéconomique a été
préservée dans l’ensemble, en dépit d’augmentations ponctuelles importantes des
dépenses courantes au cours de la période pré-électorale, notamment des
dépenses consacrées aux salaires et aux pensions de retraite. De telles
pratiques portent atteinte à la transparence, à la prévisibilité et à la
crédibilité de la politique budgétaire, compliquent la programmation budgétaire
et font évoluer la composition des dépenses vers des postes moins favorables à
la croissance. Le renforcement de la
programmation budgétaire et la mise en œuvre effective de la règle budgétaire
revêtent une importance capitale. En outre, les décisions relatives aux grands
projets d’infrastructure, dans le domaine du transport notamment, devraient
être fondées sur des évaluations coûts-bénéfices rigoureuses de manière à
maximiser les avantages économiques. Compte tenu du taux de chômage persistant
et très élevé, il convient de déployer des efforts pour faciliter le
développement du secteur privé en améliorant l’environnement dans lequel
évoluent les entreprises. À cet effet, il importe de lever rapidement les
obstacles résultant de la faiblesse des capacités administratives, de la
difficulté d’accéder au financement ainsi que de la longueur et de la
complexité des procédures de privatisation. Le Kosovo doit veiller au bon
fonctionnement du système juridique et judiciaire, améliorer l’exécution des
contrats et réduire efficacement l’arriéré judiciaire. Les statistiques
économiques doivent être améliorées. En ce qui concerne le rapprochement
avec la législation et les normes de l’UE, les institutions kosovares ont
démontré leur capacité à respecter les priorités politiques, telles que les
négociations sur l’accord de stabilisation et d’association, le dialogue sur la
libéralisation des visas et le dialogue avec la Serbie. Cela résulte
d’engagements politiques forts. Les résultats ont été plus mitigés dans
d’autres domaines de réforme prioritaires. Le cadre juridique de base
autorisant les mouvements de capitaux reste en place, mais les obstacles à
l’achat de biens immobiliers par des étrangers demeurent. Dans le domaine de la
concurrence, le Kosovo affiche un bilan limité, dû à une surveillance très
faible des pratiques anticoncurrentielles et des aides d’État. Le Kosovo doit
veiller à ce que les autorités de concurrence travaillent de manière efficace
et indépendante. La loi sur les marchés publics a été modifiée de manière à
instaurer des préférences en faveur des producteurs locaux. Celles-ci devront
être supprimées dans les cinq ans qui suivent la mise en œuvre de l’accord de
stabilisation et d’association. La fourniture d’énergie au Kosovo
a connu une amélioration constante, si bien que les coupures d’électricité sont
désormais rares. Toutefois, une explosion dans la centrale Kosovo A a mis en
lumière la fragilité du système. Le Kosovo doit se préparer plus activement à
démanteler cette installation. De réels progrès ont été accomplis dans les
domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, et ce malgré des
ressources limitées. Le transfert d’inspecteurs vers l’agence centrale doit
être mené à bien rapidement. Cette mesure est essentielle pour l’application
des normes alimentaires et vétérinaires, qui sont importantes pour les échanges
dans le cadre de l’accord de stabilisation et d’association. L’absence
d’intérêt pour l’environnement nuit désormais à la santé publique et à la
qualité de vie au Kosovo. Turquie Pour ce qui est
des critères politiques, l’année a encore une fois été très contrastée. D’une part, la
mise en œuvre des réformes adoptées les années précédentes s’est poursuivie. Plusieurs
mesures des 3e et 4e trains de réformes du système
judiciaire, ainsi que les mesures de démocratisation annoncées et présentées en
septembre 2013, ont été adoptées et mises en œuvre. Elles consistaient, entre
autres, à abaisser le seuil pour l’appui budgétaire aux partis politiques, à
permettre de mener des activités politiques dans des langues et des dialectes
autres que le turc et à prévoir un enseignement privé dans des langues et des
dialectes autres que le turc. L’adoption, en mars, d’un plan d’action sur la
prévention des violations de la Convention européenne des droits de l’homme a
constitué une étape importante en vue de l’alignement du cadre et des pratiques
juridiques de la Turquie sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits
de l’homme (CEDH). La Cour constitutionnelle a continué d’appliquer la
procédure de recours individuel. Elle a rendu une série d’arrêts importants
renforçant la protection des droits fondamentaux dans le pays et illustrant la
résilience du système constitutionnel turc. En juin, le
Parlement turc a adopté une loi visant à «asseoir sur une base juridique plus
solide le processus de règlement» de la question kurde. Cette loi a bénéficié
d’un large soutien des divers partis politiques. Elle comprend des mesures
visant à éliminer le terrorisme, à renforcer l’inclusion sociale, à réintégrer
les personnes qui quittent le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et
déposent les armes et à préparer l’opinion publique au retour d’anciens
combattants. Elle renforce la base sur laquelle repose le processus de
règlement de la question kurde et apporte une contribution positive à la stabilité
et à la protection des droits de l’homme en Turquie. En septembre, le
ministère des affaires européennes a présenté une «stratégie pour l’Union
européenne» destinée à relancer le processus d’adhésion de la Turquie. Cette
stratégie repose sur trois piliers: des réformes économiques, une
transformation socio-économique dans le cadre du processus d’adhésion et une
stratégie de communication. Elle devrait être suivie de plans d’action
prévoyant des mesures concrètes et un calendrier pour leur mise en œuvre. D’autre part, la
réaction du gouvernement aux accusations de corruption dirigées contre des
personnalités de haut rang, dont des membres du gouvernement et leur famille, a
sérieusement remis en question l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’état
de droit. Cette réaction a notamment consisté à modifier la loi sur le Haut
conseil de la magistrature et, par la suite, à réaffecter ou licencier de
nombreux juges et procureurs, ainsi qu’à réaffecter, licencier, voire placer en
détention un grand nombre de policiers. Ces mesures ont soulevé des inquiétudes
quant aux capacités opérationnelles du système judiciaire et de la police et
fait peser des doutes sérieux sur leur aptitude à mener les enquêtes relatives
aux allégations de corruption de manière non discriminatoire, transparente et
impartiale. La Cour constitutionnelle a estimé que certaines dispositions de la
loi sur le Haut conseil de la magistrature étaient contraires à la
Constitution, après quoi le Parlement a modifié la législation et rétabli les
dispositions antérieures. Ces événements
ont aussi eu pour effet d’accroître la polarisation au sein de la classe
politique. Plusieurs actes législatifs proposés par la majorité au pouvoir, y
compris sur des questions fondamentales pour la démocratie turque, ont été
adoptés sans véritable débat parlementaire ni consultation adéquate des parties
prenantes et de la société civile. Le processus décisionnel général, au niveau
tant national que local, devrait comporter une consultation plus structurée et
systématique de la société civile. Il est essentiel de réformer l’environnement
juridique actuel et de le rendre plus favorable au développement des
organisations de la société civile en général. En ce qui
concerne la liberté d’expression, un vaste débat public s’est poursuivi sur des
sujets auparavant considérés comme sensibles, dont les questions kurde et
arménienne. Cependant, plusieurs dispositions du cadre juridique turc et leur
interprétation par les membres du pouvoir judiciaire continuent d’entraver la liberté
d’expression, y compris la liberté des médias. Des modifications apportées à la
loi sur l’internet ont limité la liberté d’expression sur la toile. Les
interdictions générales dont YouTube et Twitter ont fait l’objet ont soulevé de
graves inquiétudes. Par la suite, ces interdictions ont été jugées
inconstitutionnelles par la Cour constitutionnelle. Des fonctionnaires de
l’État ont continué de faire des déclarations intimidant les médias. Tout cela,
combiné à la structure de l’actionnariat des médias turcs, a conduit à une
autocensure généralisée de la presse, ainsi qu’à des démissions et des
licenciements de journalistes. La législation
turque relative au droit de réunion, qui s’attache davantage à la légalité
qu’au caractère pacifique de la manifestation, et son application par les
forces de l’ordre doivent être mises en conformité avec les normes européennes.
Une législation relative à la mise en place d’une commission de suivi de
l’application de la loi, organe de surveillance indépendant chargé des
infractions policières, doit être adoptée. La définition
imprécise, en droit pénal, de l’appartenance à une organisation armée continue
d’être la source d’un grand nombre d’arrestations et de poursuites. Un cadre
juridique compatible avec la Convention européenne des droits de l’homme doit
être instauré pour régir les questions de foi et d’objection de conscience. Des
efforts considérables sont nécessaires pour garantir de manière effective les
droits des femmes, des enfants et des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles,
transgenres et intersexuées (LGBTI). La violence domestique, les crimes
d’honneur et la question des mariages précoces et forcés demeurent des sujets
de grave préoccupation. La Turquie doit garantir le plein respect de tous les
droits de propriété, y compris ceux des communautés religieuses non musulmanes. Ces problèmes
doivent être réglés et les autorités doivent redoubler d’efforts pour protéger
les autres libertés et droits fondamentaux de manière à ce que tous les
citoyens puissent exercer leurs droits sans entrave. La signature de
l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie, le 16 décembre 2013,
parallèlement au lancement du dialogue sur la libéralisation du régime des
visas, a imprimé un nouvel élan aux relations entre les deux parties. L’accord
de réadmission est entré en vigueur le 1er octobre 2014, tandis que
le premier rapport sur les progrès réalisés par la Turquie dans le cadre de la
feuille de route relative à la libération du régime des visas sera publié le 20
octobre 2014. Il est important que ces deux processus progressent. Une mise en
œuvre intégrale et effective vis-à-vis de l’ensemble des États membres est
cruciale. En matière de
lutte contre la criminalité organisée, la Turquie a amélioré son programme de
lutte contre le financement du terrorisme, consolidé le réseau d’unités de
protection des témoins et réorganisé les responsabilités dans le domaine de la
lutte contre la traite des êtres humains. Des licenciements massifs de
policiers ont néanmoins eu lieu, ce qui a soulevé des inquiétudes quant à leur
incidence sur les capacités opérationnelles des services clés de la police
combattant la criminalité organisée. La lutte contre la criminalité organisée
et la corruption est fondamentale pour faire échec à l’influence illicite des
groupes criminels sur les systèmes politique, juridique et économique. Dans le domaine
de la politique étrangère, la Turquie a continué de jouer un rôle important
dans son voisinage plus large. Elle a été particulièrement active sur le
dossier syrien, condamnant fermement et à maintes reprises la violence exercée
par le régime à l’égard des civils, soutenant l’émergence d’une opposition plus
unifiée et fournissant une aide humanitaire vitale à plus d’un million de
Syriens fuyant leur pays. Elle a aussi continué à apporter un soutien concret
aux pourparlers du groupe des E3+3 avec l’Iran. Des bases solides ont été
posées en vue de l’amélioration de la sécurité énergétique de l’Europe avec
l’adoption des décisions finales d’investissement pour la réalisation des trois
projets du corridor gazier sud-européen. Le dialogue politique régulier entre
l’UE et la Turquie s’est poursuivi, couvrant à la fois des questions
internationales d’intérêt commun, telles que le Moyen-Orient et l’Asie
centrale, et des problèmes mondiaux tels que la lutte contre le terrorisme, les
combattants étrangers et la non-prolifération. La Turquie a maintenu sa
politique d’engagement dans les Balkans occidentaux, notamment en participant
activement au processus de coopération en Europe du Sud-Est et en contribuant
aux missions miliaires, de police et de maintien de l’état de droit dirigées
par l’UE. Vu les défis majeurs qui se font jour dans le voisinage immédiat de
la Turquie, le dialogue avec l’UE devrait encore s’intensifier et l’alignement
sur les positions de l’UE s’améliorer. La Turquie a soutenu la reprise
de véritables pourparlers entre les dirigeants des deux communautés à Chypre,
dans le cadre de la mission de bons offices du Secrétaire général des Nations
unies, en vue du règlement de la question chypriote. La Turquie et la Grèce ont
encouragé les deux négociateurs en chef à effectuer des visites mutuelles à
Ankara et à Athènes dans le cadre des négociations en cours. Cependant, la Turquie a continué
de faire des déclarations remettant en cause le droit de la République de
Chypre d’exploiter les ressources en hydrocarbures de la zone économique
exclusive de Chypre au profit de l’ensemble des Chypriotes. La Turquie devrait
soutenir activement les négociations en vue d’un règlement équitable, global et
durable de la question chypriote sous les auspices des Nations unies,
conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies à ce
sujet et aux principes sur lesquels repose l’UE. L’engagement concret de la
Turquie en faveur d’un tel règlement global demeure crucial. En dépit d’appels
répétés du Conseil et de la Commission en ce sens, la Turquie ne satisfait pas
encore à l’obligation qu’elle a de mettre en œuvre le protocole additionnel à
l’accord d’association de manière intégrale et non discriminatoire et n’a pas
supprimé tous les obstacles à la libre circulation des marchandises, notamment
les restrictions qui pèsent sur les liaisons de transport directes avec Chypre.
Aucun progrès n’a été réalisé sur le plan de la normalisation des relations
bilatérales avec la République de Chypre. La Turquie doit
se prononcer sans ambiguïté en faveur de relations de bon voisinage et du
règlement pacifique des différends, conformément aux dispositions de la Charte
des Nations unies, en faisant appel, au besoin, à la Cour internationale de
justice. À cet égard, l’UE a une nouvelle fois exprimé sa vive préoccupation et
a exhorté la Turquie à éviter toute forme de menace ou d’action dirigée contre
un État membre, source de friction ou action susceptible de nuire aux relations
de bon voisinage et au règlement pacifique des différends. L’UE a salué la
poursuite des initiatives de coopération entre la Grèce et la Turquie en vue de
l’amélioration des relations bilatérales. Le 58e cycle de discussions
exploratoires sur la délimitation du plateau continental a eu lieu; il s’agit
du dernier en date. La Grèce et Chypre ont formulé des plaintes officielles
relatives à des violations répétées et plus nombreuses de leurs eaux
territoriales et de leur espace aérien par la Turquie, notamment au survol
d’îles grecques. En ce qui concerne les critères
économiques, la Turquie est considérée comme une économie de marché viable.
Elle devrait être apte à faire face aux pressions concurrentielles et aux forces
du marché au sein de l’Union à moyen terme, pour autant qu’elle accélère la
mise en œuvre de réformes structurelles globales. Après le ralentissement de 2012,
la production et l’emploi ont connu une croissance modérée. Le chômage a
toutefois augmenté, en raison de la forte expansion de la population active. Le
déficit des comptes courants, bien qu’ayant quelque peu diminué en 2014,
demeure élevé. Le fait que la Turquie s’appuie sur des entrées de capitaux
soutenues expose le pays aux variations du sentiment global au risque, ce qui
entraîne des fluctuations importantes du taux de change. Bien que le déficit budgétaire et
la dette publique restent modérés, la persistance de dépassements budgétaires
sur le plan des dépenses requiert un renforcement du cadre budgétaire. La
politique budgétaire devrait contribuer à augmenter l’épargne nationale globale
compte tenu de la nécessité de réduire le déficit extérieur. Étant donné que
l’inflation suit une tendance à la hausse, s’éloignant encore de l’objectif de
la banque centrale, la politique monétaire doit demeurer restrictive et être
clairement axée sur la stabilité des prix. Malgré les quelques progrès réalisés
sur le plan des privatisations et de la libéralisation du marché de
l’électricité, il est essentiel d’accélérer les réformes structurelles à large
échelle afin d’améliorer le fonctionnement des marchés des biens, des services
et du travail. Ces réformes devraient notamment viser à améliorer encore le
système judiciaire et les capacités administratives, à accroître la
transparence des aides d’État et à garantir l’ouverture, l’équité et le
caractère concurrentiel du système de marchés publics. En ce qui
concerne la capacité à assumer les obligations découlant de l’adhésion,
la Turquie a continué d’aligner sa législation sur l’acquis. En 2013, un
nouveau chapitre de négociation (le chapitre 22, relatif à la politique
régionale et à la coordination des instruments structurels) a été ouvert. Des
progrès satisfaisants sont à signaler pour ce qui est des réseaux transeuropéens.
La Turquie a également pris des mesures importantes dans des domaines clés
relevant du chapitre 24, en particulier concernant les migrations et la
politique d’asile, malgré la charge très lourde que représente la crise des
réfugiés à laquelle elle reste confrontée. Des progrès ont été accomplis concernant
l’énergie, en particulier la sécurité de l’approvisionnement et le marché
intérieur de l’électricité, le droit des sociétés, la politique d’entreprise et
la politique industrielle, les statistiques, la science et la recherche, la
libre circulation des capitaux, et plus particulièrement la lutte contre le
blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que la mise en
œuvre du programme de développement rural préalable à l’adhésion. Dans l’ensemble,
l’alignement de la législation turque sur l’acquis est bien avancé dans
plusieurs chapitres, dont la libre circulation des biens, le droit des
sociétés, les droits de propriété intellectuelle, les services financiers,
l’énergie, la politique économique et monétaire, les statistiques, la politique
d’entreprise et la politique industrielle, les réseaux transeuropéens, la
science et la recherche, l’union douanière et les relations extérieures. Dans tous les
domaines, une attention accrue doit être accordée aux mesures visant à faire
respecter la législation. La Turquie doit poursuivre son action d’ensemble dans
les domaines de la justice, de la liberté et de la sécurité, de la sécurité
alimentaire, de la politique vétérinaire et phytosanitaire, ainsi que de
l’environnement et du changement climatique. De nouveaux progrès significatifs
sont nécessaires dans les chapitres portant sur l’appareil judiciaire et les
droits fondamentaux, ainsi que sur la politique sociale et l’emploi, en
particulier dans les domaines du droit du travail et de la santé et de la
sécurité au travail. L’alignement de la législation doit se poursuivre en
particulier en ce qui concerne les marchés publics, la politique de la
concurrence, notamment les aides d’État, ainsi que la société de l’information
et les médias. [1] COM(2012)
600 final. [2] COM(2013)
700 final. * Cette
désignation est sans préjudice des positions sur le statut et est conforme à la
résolution 1244/1999 du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi qu'à l'avis
de la CIJ sur la déclaration d'indépendance du Kosovo. [3]
COM(2014) 330
final. [4] Croatie,
Serbie, Bosnie-Herzégovine et Monténégro. [5] Avril
2013, «Premier accord de principe régissant la normalisation des relations». [6] Libre
circulation des biens; droit d'établissement et libre prestation de services
(le Monténégro a rempli le critère d'ouverture pour ce chapitre et, de ce fait,
a été invité à présenter sa position de négociation); politique de la
concurrence; agriculture et développement rural; sécurité alimentaire,
politique vétérinaire et phytosanitaire; pêche; énergie; politique économique
et monétaire; politique sociale et emploi; politique régionale et coordination
des instruments structurels; environnement et changement climatique. [7] Libre
circulation des capitaux; marchés publics; droit des sociétés; droits de
propriété intellectuelle; société de l'information et médias; politique
d'entreprise et politique industrielle; politique étrangère, de sécurité et de
défense; contrôle financier.