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Document 52012DC0777
COMMUNICATION FROM THE COMMISSION A blueprint for a deep and genuine economic and monetary union Launching a European Debate
COMMUNICATION DE LA COMMISSION Projet détaillé pour une Union économique et monétaire véritable et approfondie Lancer un débat européen
COMMUNICATION DE LA COMMISSION Projet détaillé pour une Union économique et monétaire véritable et approfondie Lancer un débat européen
/* COM/2012/0777 final */
COMMUNICATION DE LA COMMISSION Projet détaillé pour une Union économique et monétaire véritable et approfondie Lancer un débat européen /* COM/2012/0777 final */
PROJET
DÉTAILLÉ POUR UNE UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE VÉRITABLE ET APPROFONDIE Lancer
un débat européen 1. Historique, objectifs
et avantages de l’UEM Conformément aux
traités, l’Union européenne a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le
bien-être de ses peuples. Elle œuvre pour le développement durable de l’Europe fondé
sur une croissance économique équilibrée et sur la stabilité des prix, une
économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et
au progrès social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la
qualité de l’environnement. Elle promeut la cohésion économique, sociale et
territoriale, et la solidarité entre les États membres. L’Union européenne
établit une Union économique et monétaire (UEM) dont la monnaie est l’euro
(voir l’article 3 du traité sur l’Union européenne). La création de l’UEM et
l’introduction de l’euro étaient des jalons importants de l’intégration
européenne. Ils figurent parmi les réalisations les plus importantes de l’Union,
et l’euro est l’un des principaux symboles de l’Europe, tant à l’intérieur de l’UE
que dans le monde entier. Les fondateurs de l’UEM attendaient beaucoup de la
monnaie unique, tant sur le plan économique que sur le plan politique.
Certaines de ces attentes sont réalisées, d’autres pas encore. En tant que deuxième
devise de réserve au monde, l’euro fait partie intégrante de l’économie
mondiale. Il figure dans des bilans du monde entier. Son existence a contribué
à ouvrir le marché intérieur pour plus de 330 millions de citoyens vivant dans
la zone euro, en permettant des comparaisons de prix immédiates entre les pays
pour les produits et pour les services. En éliminant le risque de taux de
change et les coûts des transactions à l’étranger, l’euro permet également une
répartition plus efficiente des ressources, et assure la pleine transparence
des prix des biens et des services entre les pays. Dans notre monde basé sur
les interconnexions électroniques, cette uniformisation des conditions des
échanges dans le marché unique constitue un outil puissant propice à la
croissance. L’euro a indéniablement facilité les échanges entre les pays de la
zone euro et a favorisé les investissements physiques et financiers entre les
États membres. La stabilité de la monnaie unique a fait de la zone euro une
destination attrayante pour les investissements. Ces avantages sur le plan des
échanges et des investissements ont stimulé la croissance et l’emploi. L’offre
substantielle de liquidité de la part de l’Eurosystème a contribué à résoudre
les problèmes du marché interbancaire en période de perturbations financières
et d’incertitude. La zone euro est une construction dynamique et ouverte.
Malgré la crise, l’adhésion à la zone euro, constituée de 17 États membres et
vouée à s’étendre à l’avenir, reste une perspective attirante: la Slovaquie a
adopté la monnaie unique en janvier 2009 et l’Estonie en janvier 2011.
Faiblesses dans la conception
initiale de l’UEM et dans l’adhésion aux règles
Lorsque la crise
financière a éclaté en 2008, certains États membres de la zone euro avaient
accumulé des dettes publiques et privées importantes, des pertes de
compétitivité et des déséquilibres macroéconomiques. Cela les rendait
particulièrement vulnérables lorsque la crise les a touchés de plein fouet,
avec des effets de contagion considérables dans la zone euro lorsque la crise
financière s’est transformée en crise de la dette souveraine. L’accumulation de
ces fragilités était due en partie au respect insuffisant des règles qui
sous-tendent l’UEM, établies dans le pacte de stabilité et de croissance. Ces
fragilités ont été rendues possibles en grande partie par la configuration
institutionnelle initiale de l’UEM, en particulier l’absence d’outil permettant
de traiter de manière systématique les déséquilibres macroéconomiques. L’UEM est la seule union
monétaire moderne à combiner une politique monétaire centralisée et des
responsabilités décentralisées pour la plupart des politiques économiques, avec
néanmoins certaines contraintes en ce qui concerne les politiques budgétaires
nationales. Contrairement aux autres unions monétaires, elle ne dispose pas d’une
politique budgétaire centralisée ni d’une capacité budgétaire centralisée
(budget fédéral)[1].
Il est clair depuis l’introduction de l’euro qu’en raison de l’interdépendance
accrue des États membres de la zone euro, il est particulièrement important de
mener des politiques économiques et budgétaires saines. Le pacte de stabilité
et de croissance[2]
a établi les règles qui régissent la coordination des politiques budgétaires.
Le pacte prévoyait également d’engager une action à l’encontre des États
membres qui ne respectent pas les règles. On pensait que cette coordination
suffirait à assurer des politiques saines au niveau national. En 2008 déjà, le
rapport UEM@10 de la Commission[3]
présentait une série de modifications possibles de cette architecture. La crise
a rendu plus urgent le besoin de changement. Les points suivants sont
au cœur des difficultés des pays de la zone euro depuis 2008. a) Le pacte de stabilité
et de croissance n’était pas suffisamment respecté par les États membres, et n’était
pas doté de mécanismes assez solides pour garantir la viabilité des finances
publiques. La mise en œuvre du volet préventif du pacte, en vertu duquel les
États membres maintiennent une position budgétaire sous-jacente solide, était
trop faible, et les États membres n’ont pas mis à profit les périodes de
croissance soutenue pour mener des politiques budgétaires ambitieuses. Par
ailleurs, le critère de la dette inscrit dans le traité ne se traduisait pas
concrètement dans le volet correctif du pacte. Dans ces conditions, on a
observé des dérapages budgétaires pendant les périodes conjoncturelles
favorables, et une incapacité à réduire les niveaux de la dette des pays
lourdement endettés. b) La coordination des
politiques économiques nationales au-delà du domaine budgétaire reposait sur
des instruments peu contraignants – pressions par les pairs et recommandations
- et n’avait qu’une incidence limitée sur l’action de chaque État membre de la
zone euro. L’instrument n’était donc pas assez robuste pour contrer l’ouverture
progressive d’écarts de compétitivité et l’apparition de divergences de
croissance entre les États membres. On se préoccupait peu des retombées des mesures
nationales sur l’ensemble de la zone euro. Les décisions nationales de
politique économique ne prenaient pas suffisamment en compte le contexte
européen dans lequel les économies fonctionnent. L’absence généralisée de
risques du fait d’une abondance de liquidités au niveau mondial y a contribué. c) Les marchés
financiers jouent un rôle important pour inciter les pays à assurer la
viabilité de leurs finances publiques en intégrant le risque de défaillance
dans le taux auquel les États peuvent emprunter. Lorsque les pressions
inflationnistes ont diminué à l’échelon mondial fin des années 1990, on a
observé une expansion rapide et soutenue de l’offre de crédit de la part des
banques centrales. Cette situation, ainsi que les nouvelles approches à l’égard
du transfert de risque dans le système financier, a débouché sur un excédent de
liquidité au niveau mondial, sur une recherche effrénée de rendement et en fin
de compte sur une très mauvaise appréciation du risque des actifs publics et
privés. Par ailleurs, avec l’introduction de l’euro, la Banque centrale
européenne (BCE) s’est fondée sur les obligations nationales pour ses
opérations d’open market, leur conférant donc le statut de qualité maximale
requis pour garantir ces opérations. Cela a entraîné une forte convergence des
rendements, limitant considérablement la discipline sur le marché, malgré des
différences dans les performances budgétaires nationales. Cette situation a
notamment incité les banques à effectuer des investissements significatifs en obligations
souveraines. Les économies de la zone euro qui se trouvaient en phase d’expansion
conjoncturelle et qui affichaient des taux d’inflation plus élevés
bénéficiaient de taux d’intérêt réels faibles, voire négatifs. Dans certains
pays, cela a conduit à une forte expansion du crédit, qui a alimenté des bulles
significatives sur les prix de l’immobilier. d) La création de l’UEM
a marqué une nette accélération du rythme de l’intégration financière. Cela a
ouvert de nouvelles opportunités de diversification des portefeuilles, mais
également accéléré la transmission des chocs entre les frontières nationales.
Malgré l’intégration accrue du marché, la responsabilité de la surveillance
prudentielle et de la gestion des crises restait principalement aux mains des
autorités nationales. Cette asymétrie entre les marchés financiers intégrés d’une
part et une architecture de la surveillance de la stabilité financière encore
segmentée au niveau national d’autre part, a débouché sur une coordination
inadéquate entre les autorités responsables à tous les niveaux de la crise
actuelle. L’absence de règles communes et d’institutions à l’échelle de la zone
euro pour la surveillance et la résolution des crises dans le système financier
constituait un problème majeur qui compliquait la réaction à la crise. L’absence
de cadre intégré au niveau de l’UE et de mécanisme permettant de globaliser la
réponse aux risques émanant du secteur bancaire et pesant sur plusieurs États
membres ou sur la totalité de ces derniers a entrainé des spirales négatives
puissantes et néfastes entre le système bancaire et la dette souveraine des
pays vulnérables. Ces spirales ont encore alimenté la crise de la dette et
conduit à une réorientation des flux de capitaux. Dans ces conditions, certains
États membres n’ont plus été en mesure de se financer sur le marché et un
risque de contagion s’est propagé dans toute la zone euro. Dans ce contexte, l’absence
de mécanisme efficace permettant d’apporter des liquidités aux États membres en
difficulté, de gérer le risque de contagion et de préserver la stabilité
financière de la zone euro est apparue comme une défaillance évidente des
mesures prises pour gérer la crise. L’Union a engagé des
mesures décisives pour résoudre ces difficultés, mais l’UEM doit être approfondie
davantage. Ce projet détaillé pour une union économique et monétaire véritable
et approfondie décrit les éléments nécessaires et les étapes à franchir en
direction d’une union bancaire, économique, budgétaire et politique à part
entière.
2. Mesures prises jusqu’ici:
réaction à la crise
Dans le contexte de la
réponse apportée à la crise, la Commission a assumé un rôle prépondérant pour
préserver le marché unique face à une résurgence des attitudes protectionnistes
et à une fragmentation le long des frontières nationales, notamment dans le
secteur bancaire, pour remodeler la gouvernance économique de l’UEM afin de
remédier aux faiblesses de la surveillance économique, pour présenter d’importantes
propositions législatives afin d’engager la réforme de la surveillance du
secteur financier, pour assurer une coordination et une supervision du
sauvetage des banques au niveau de l’UE, et pour soutenir l’économie réelle au
titre du programme européen pour la relance économique. Le soutien ferme du
Parlement européen a permis de faire progresser rapidement ces initiatives et
de faire entrer rapidement en vigueur les propositions législatives. En 2010,
la task force mise en place par le Président du Conseil européen en vue de
renforcer la gouvernance économique a permis de dégager rapidement un consensus
entre les États membres en faveur des propositions de la Commission. Des
réunions fréquentes du Conseil européen ont débouché sur des engagements
importants et sur des mesures significatives de la part des États membres pour
faire face à la crise. Tous les États membres
de la zone euro et la plupart des autres se sont engagés à intégrer les règles
et principes de l’UE en matière de surveillance budgétaire dans leurs cadres
législatifs nationaux au titre du traité sur la stabilité, la coordination et
la gouvernance dans l’Union économique et monétaire, signé par tous les pays de
l’Union à l’exception de la République tchèque et du Royaume-Uni en mars 2012.
La création d’un mécanisme de protection financière pour la zone euro et les
décisions successives destinées à accroître sa taille et la flexibilité de ses
opérations et à lui conférer un caractère permanent ont permis de renforcer
sensiblement la capacité de gestion de la crise.
2.1 Surveillance
budgétaire
La Commission a présenté
une stratégie en vue de renforcer la gouvernance économique en Europe dans ses
deux communications du 12 mai 2010 et du 30 juin 2010[4]. Ces communications
ont été suivies par un ensemble de propositions législatives adoptées par la Commission
le 29 septembre 2010. Grâce à une véritable
coopération interinstitutionnelle, le processus législatif a été rapidement
finalisé et le cadre européen de surveillance économique et budgétaire a été
remodelé en décembre 2011 avec l’adoption d’un ensemble de six propositions
législatives (le «six-pack») destinées à remédier aux faiblesses mises en
évidence par la crise économique et financière. Il comportait trois règlements
visant à renforcer le cadre européen de surveillance budgétaire (le pacte de
stabilité et de croissance), deux règlements introduisant une nouvelle
procédure de surveillance des déséquilibres macroéconomiques et une directive
imposant des exigences minimales pour le cadre budgétaire national des États
membres. Ces mesures législatives
ont considérablement renforcé le volet préventif du pacte de stabilité et de
croissance, en introduisant une règle pour les dépenses qui a lié la croissance
des dépenses au taux de croissance à moyen terme du PIB potentiel. La
législation a également introduit la possibilité de sanctions à un stade
précoce dans la procédure. Les pays dont la position budgétaire sous-jacente n’est
pas suffisamment solide risquent désormais de devoir consentir un dépôt porteur
d’intérêt de 0,2 % du PIB. La nouvelle législation prévoit également une action
plus rigoureuse en vue de corriger les erreurs de politique dans le volet
correctif du pacte, et une nouvelle règle chiffrée contraint les États membres
dépassant le seuil de la dette prévu par le traité de Maastricht à réduire
rapidement cette dernière. Désormais, une procédure de déficit excessif (PDE)
peut être engagée non seulement en cas de déficit public élevé mais également
en cas d’évolution défavorable de la dette publique. L’introduction de la règle
de la majorité qualifiée inversée renforce significativement le rôle de la
Commission dans les décisions liées aux sanctions à imposer aux États membres
de la zone euro. Alors que dans le passé ces décisions nécessitaient le soutien
d’une majorité qualifiée au Conseil, à l’avenir, il faudra une majorité
qualifiée pour suspendre la sanction proposée par la Commission. Le «six-pack» comportait
également une directive définissant des exigences minimales pour les cadres
budgétaires nationaux, garantissant que les cadres budgétaires des États
membres respectent les règles de l’UE. Ce concept, qui vise à garantir que les
procédures décisionnelles nationales débouchent sur des politiques conformes
aux exigences européennes, est également inscrit dans le traité intergouvernemental
sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et
monétaire. Les États membres signataires de la zone euro se sont engagés à
intégrer les principes de base du pacte de stabilité et de croissance dans leur
cadre législatif national par le biais de dispositions contraignantes à
caractère permanent, incluant un mécanisme national de correction supervisé par
un organe de surveillance indépendant pour assurer le respect des objectifs
budgétaires du volet préventif du pacte. Bien qu’il s’agisse d’un traité
intergouvernemental, le TSCG prévoit d’incorporer ses dispositions dans le
droit de l’Union dans les 5 ans. La Commission travaille déjà avec le Parlement
européen et le Conseil pour intégrer certains éléments du TSCG dans le droit de
l’Union applicable aux États membres de la zone euro par le biais des
propositions législatives du «two-pack», qui sont actuellement soumises au
processus décisionnel de l’UE. Le «two-pack», composé
de deux règlements, a été proposé par la Commission en novembre 2011 dans le
but de renforcer davantage la coordination et la surveillance budgétaires, en
vue d’une prévention plus ciblée et d’une action corrective plus efficace en
cas de déviation par rapport aux exigences de politique budgétaire découlant du
pacte de stabilité et de croissance. Tous les États membres de la zone euro
soumettront leurs avant-projets de budget pour l’année suivante à la Commission
et à leurs partenaires de la zone euro selon un calendrier commun avant leur
adoption par le parlement. Le «two-pack» renforce par ailleurs les procédures
de suivi et de surveillance pour les États membres qui connaissent de sérieuses
difficultés en ce qui concerne leur stabilité financière ou ceux qui
bénéficient d’une assistance financière.
2.2 Surveillance
des politiques économiques
L’absence de
surveillance systématique des déséquilibres macroéconomiques et de l’évolution
de la compétitivité était une faiblesse importante des dispositions en matière
de surveillance avant la crise. Ces évolutions étaient analysées dans le
contexte des rapports de la Commission concernant les États membres, notamment
les avis relatifs aux programmes de stabilité et de convergence, et dans les
analyses informelles de la compétitivité de la zone euro tous les deux ans,
mais il n’existait pas d’instrument formel permettant une analyse systématique
et un suivi par le biais de recommandations politiques concrètes. Le «six-pack»
a introduit une nouvelle procédure concernant les déséquilibres
macroéconomiques (PDM) afin de combler cette lacune; un nouveau mécanisme de
surveillance visant à prévenir les déséquilibres macroéconomiques et à
identifier les divergences de compétitivité à un stade précoce, et à les
corriger en temps utile. Il repose sur un système d’alerte basé sur un tableau
de bord d’indicateurs et sur des bilans approfondis par pays permettant d’identifier
les déséquilibres et d’engager une procédure de déséquilibre excessif si
nécessaire. La nouvelle procédure s’accompagne de sanctions financières pour
les États membres de la zone euro qui ne se conforment pas à la procédure
concernant les déséquilibres excessifs. Les différentes
composantes de la surveillance économique, budgétaire et structurelle ont par
ailleurs été pleinement intégrées grâce aux changements intervenus depuis le
début de la crise et qui ont débouché sur l’organisation du semestre européen.
Auparavant, ces composantes étaient évaluées séparément, mais elles sont
désormais surveillées en parallèle durant les six premiers mois de chaque année
civile, ce qui permet aux États membres de tenir compte des orientations
propres à chaque pays dans leurs procédures budgétaires nationales des six mois
suivants. Des avis politiques sont donnés aux États membres avant qu’ils
finalisent leurs projets de budget pour l’exercice suivant.
2.3 Réglementation
et supervision financières
Au cours des quatre
années écoulées, l’Union européenne a pris des mesures décisives dans le
domaine de la réglementation et de la supervision financières, et un agenda de
réforme ambitieux et substantiel est mis en œuvre dans ce domaine. L’objectif
est de faire en sorte que les établissements et les marchés financiers, qui
étaient au cœur de la crise, soient plus stables, plus compétitifs et plus
résilients. Le Président de la Commission a demandé à M. Jacques de
Larosière, ancien Directeur général du FMI et Gouverneur de la Banque de
France, de présenter un rapport complet sur les mesures appropriées. Sur la
base du rapport de Larosière, la Commission a proposé un vaste programme de
réforme de la réglementation financière. Des exigences
prudentielles plus strictes pour les banques ont été proposées au titre de la
quatrième directive sur les exigences de fonds propres et du règlement sur les
exigences de fonds propres (CRD4/CRR) actuellement en cours de discussion. Pour
la première fois, les exigences en matière d’adéquation de fonds propres s’inscriront
dans un règlement et non dans une directive. L’adoption du règlement sur les
exigences de fonds propres sera un pas significatif en direction du règlement
uniforme pour les établissements financiers de l’Union européenne. L’Union a
par ailleurs engagé une action dans le domaine de la gouvernance en
introduisant des règles contraignantes pour les pratiques en matière de
rémunération, afin d’éviter la prise de risques excessifs de la part des
banques. L’UE a renforcé la
supervision des marchés financiers en mettant en place un Système européen des
superviseurs financiers (SESF) composé des trois autorités européennes de
surveillance (AES) – l’Autorité bancaire européenne (ABE), l’Autorité
européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP) et l’Autorité
européenne des marchés financiers (AEMF) – ainsi qu’un organe de surveillance
macroprudentielle, le comité européen du risque systémique (CERS). Les trois
AES travaillent avec les autorités nationales de surveillance dans les États
membres pour assurer des règles harmonisées et une application rigoureuse et
cohérente des nouvelles exigences. Le CERS surveille les menaces qui pèsent sur
la stabilité de l’ensemble du système financier et permet ainsi de remédier aux
défaillances en temps utile. Les agences de notation
du crédit, qui ont joué un rôle important dans le déclenchement de la crise,
sont désormais étroitement surveillées par l’AEMF. La législation adoptée en
2012 fera en sorte que tous les produits dérivés normalisés soient soumis à des
chambres de compensation avec contrepartie centrale, ce qui réduira le risque
de défaillance des contreparties. De plus, tous les produits dérivés normalisés
et suffisamment liquides seront traités sur des plateformes régulées dès que la
législation proposée par la Commission sera adoptée. La question des ventes à
découvert a déjà été abordée dans le cadre de l’adoption de mesures législatives
renforçant la transparence.
2.4 Mécanismes
de résolution des crises
La mise en place d’un
mécanisme de résolution des crises qui permettrait de remédier aux fragilités
du marché financier et d’atténuer le risque de contagion entre les États membres
constitue un volet important de la résolution des crises. À l’initiative de la
Commission, deux mécanismes temporaires de résolution des crises ont vu le jour
en mai 2010: le mécanisme européen de stabilisation financière (MESF) et le
Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le MESF est un instrument de
soutien financier qui s’appuie sur les ressources du budget de l’Union,
disponible pour les 27 États membres, et basé sur le cadre du traité actuel. Le
FESF est une société détenue par les États membres de la zone euro et basée à
Luxembourg, dont le fonctionnement est régi par un accord intergouvernemental.
La capacité de prêt du FESF repose uniquement sur les garanties des États
membres participants et n’est accessible que pour les États membres de la zone
euro. Face à une nouvelle
aggravation de la crise, les États membres de la zone euro ont rendu les
mécanismes de soutien existants plus robustes et plus souples, et ils ont
finalement décidé de créer un mécanisme permanent de résolution des crises afin
de mieux préserver la stabilité financière de la zone euro et de ses États
membres. Ainsi, le mécanisme permanent de soutien financier de la zone euro, le
mécanisme européen de stabilité (MES) a été inauguré le 8 octobre 2012, et
est maintenant pleinement opérationnel depuis la ratification du traité sur le
MES par tous les États membres de la zone euro. Le MES est l’institution
financière internationale la plus capitalisée au monde et le mécanisme de
protection régionale le plus important (500 milliards d’euros). Sa création
est un pas décisif pour doter la zone euro de la capacité nécessaire pour aider
les États membres confrontés à des difficultés financières. Le 27 novembre
2012, la Cour de justice européenne a confirmé que le traité MES sous sa forme
actuelle était conforme au droit de l’Union[5]. La BCE a joué un rôle
crucial dans la réaction de la zone euro à la crise économique et financière.
Tout d’abord, le taux de refinancement officiel a été abaissé pratiquement
jusqu’à zéro face au ralentissement de l’économie. Ensuite, la BCE a pris une
série de mesures visant à remédier aux effets de la crise sur le financement
des marchés financiers lorsque l’activité du marché interbancaire s’est
pratiquement interrompue. L’un des premiers de ces effets était l’assèchement
du refinancement des banques, dans un contexte d’inquiétude quant à la qualité
des actifs de leurs bilans. La BCE a réagi en élargissant l’accès des banques
aux opérations de politique monétaire par un assouplissement des règles concernant
les garanties à la fois pour les opérations de refinancement classique et pour
le soutien d’urgence à la liquidité. En mai 2010, l’Eurosystème a engagé le
programme pour le marché des titres, permettant l’achat d’obligations d’État
dans le cadre d’interventions limitées et stérilisées. Tandis que les
difficultés de financement s’intensifiaient durant la seconde moitié de 2011,
menaçant la stabilité financière de la zone euro, la BCE a donné aux banques l’accès
à des opérations de refinancement à exceptionnellement long terme, avec des
échéances allant jusqu’à trois ans (par rapport à une maturité de trois mois au
maximum dans les procédures normales). Les trois opérations de refinancement à
long terme ont eu une incidence considérable sur la confiance des investisseurs
et ont sensiblement réduit la pression sur les marchés. Si l’accès au marché du
refinancement reste problématique pour de nombreuses banques, on a observé
récemment un assouplissement progressif de ces marchés, en particulier pour les
grandes banques. L’extension de la crise
aux marchés de la dette souveraine et l’apparition de spirales négatives entre
les banques et les finances publiques des États ont accentué la fragmentation
du système financier de la zone euro et l’apparition d’un risque de
relibellement lié aux craintes relatives à la réversibilité de l’euro. La BCE a
adopté une décision en vue d’entreprendre des transactions monétaires directes
sur les marchés secondaires d’obligations souveraines dans des conditions
strictes et effectives[6].
L’objectif était de préserver la transmission de la politique de la BCE à l’économie
réelle dans toute la zone euro et d’assurer l’unicité de la politique
monétaire. Les transactions sont menées sous mandat strict de la BCE afin de
maintenir la stabilité des prix à moyen terme. Ces transactions sont
subordonnées à des conditions strictes accompagnant un programme approprié du
Fonds européen de stabilité financière/Mécanisme européen de stabilité
(FESF/MES). Tant que les conditions du programme sont pleinement respectées, le
conseil des gouverneurs de la BCE peut envisager des transactions monétaires
directes dans la mesure où elles se justifient du point de vue de la politique
monétaire. Il y met fin dès que les objectifs sont atteints ou en cas de non
respect du programme d’ajustement macroéconomique ou de précaution. La
liquidité offerte grâce à ces transactions est totalement stérilisée. L’annonce
de ce programme, qui remplace le programme plus limité du marché des titres, a
de nouveau eu une incidence considérable sur les investisseurs, ce qui a
entraîné une baisse significative des rendements de la dette souveraine des
États membres vulnérables. L’UEM
a été remodelée, mais le travail n’est pas terminé Dans leur ensemble, les
mesures adoptées jusqu’ici constituent une réponse forte à la crise, surtout
par rapport à ce qui était considéré comme politiquement possible il y a
quelques années à peine. Il a fallu du temps pour mettre en place une bonne
partie de ces mesures, notamment les nouveaux instruments de coordination des
politiques économiques et budgétaire ou les mesures permanentes de soutien
financier. De plus, pour certaines de ces mesures, il faudra qu’elles
fonctionnent bien pendant quelques temps avant de produire un effet positif sur
la confiance. C’est pour cette raison que, malgré une réponse ferme, il n’a pas
été possible d’empêcher la crise de la dette souveraine de se transformer en
crise de confiance menaçant de compromettre l’intégrité de la zone euro. L’écart entre l’accélération
très nette de l’intégration financière dans l’UEM d’une part et la lenteur des
progrès dans l’intégration de la réglementation et de la surveillance
financières au niveau de l’Union d’autre part a constitué un autre facteur
aggravant. L’absence d’institutions
supranationales fortes au niveau de l’UE pour la supervision bancaire a
nettement compliqué la gestion de la crise, et l’a rendue plus coûteuse pour le
contribuable. Plus encore, en l’absence de telles institutions, la crise de
confiance combinée au manque de gouvernance appropriée du secteur financier
(architecture pour la réglementation, la supervision et la résolution) et la
réaction des pouvoirs publics fondée sur les intérêts nationaux ont entraîné
une nouvelle fragmentation des marchés financiers, dès lors que la tarification
du risque sur la base des obligations nationales de référence a conduit à des
conditions de financement différentes pour les entreprises et les ménages des
différents États membres de la zone euro, balayant ainsi en partie les
avantages de l’intégration financière européenne. Cela a contribué à
freiner la croissance dans certains États membres, dès lors que les conditions
de crédit se faisaient plus restrictives en particulier là où l’activité était
déjà ralentie, exacerbant encore les interactions négatives entre les banques
et la dette souveraine dans les États membres concernés et limitant encore leur
capacité à sortir de la crise, avec également des implications pour leur
capacité à se refinancer su les marchés et le besoin éventuel d’un soutien
financier. À l’inverse, les conditions de crédit se sont encore assouplies dans
les États membres où l’activité était déjà relativement forte. L’absence d’institutions
fortes et intégrées au niveau de l’Union a donc conduit à une marche arrière
dans l’intégration et a remis en question l’uniformité des conditions offertes
aux entreprises et aux ménages simplement sur la base de leur localisation d’un
côté ou de l’autre de la frontière entre deux États membres de la zone euro.
Des entreprises pratiquement identiques situées à quelques kilomètres seulement
de part et d’autre d’une frontière ne pouvaient plus financer leurs
investissements dans des conditions comparables. D’un côté de la frontière, on
pouvait assister à un blocage des investissements et à une progression du
chômage dès lors que le crédit n’était plus octroyé dans des conditions
acceptables. De l’autre côté, les coûts de l’investissement et le chômage
pouvaient tomber à des points bas historiques au même moment. Il en va de même
pour les conditions de financement des ménages. Des évolutions aussi
divergentes et qui ne reposent pas sur les fondamentaux économiques ni sur les
besoins des citoyens et des entreprises peuvent compromettre l’ensemble du
projet de l’intégration européenne. Enfin, la spirale
négative entre la dette souveraine et les banques et la nouvelle fragmentation
des marchés financiers de l’UE qui en a résulté ont conduit à l’apparition d’un
risque de relibellement, les intervenants sur les marchés financiers
considérant que cette évolution pourrait en fin de compte menacer l’existence
de la monnaie unique. Il est anachronique de
constater que plus de 50 ans après la création de l’Union européenne, la crise
de confiance semble renforcer les frontières nationales, mettre en question le
marché unique, et menacer les réalisations et les attentes en ce qui concerne l’union
économique et monétaire. Il s’agit également d’une menace pour le modèle d’économie
de marché sociale de l’Union européenne. Les leçons tirées depuis
2008 dans le contexte de la crise économique, financière et de la dette
souveraine ont conduit à repenser complètement la gouvernance économique de l’union
économique et monétaire, ce qui a déjà donné lieu à des progrès sans précédent.
Cette démarche a rendu l’UEM beaucoup plus solide qu’elle ne l’était au début
de la crise. La crise a clairement montré combien l’interdépendance de nos
économies a augmenté depuis la création de l’UEM. Elle a également montré sans
doute possible que le succès ou l’échec de l’UEM sera le succès ou l’échec de
toutes les parties concernées. La menace liée à la
crise de confiance est cependant beaucoup plus fondamentale. Elle appelle donc
une réponse beaucoup plus fondamentale. Cette réponse doit permettre de restaurer
la confiance dans le fait que les progrès accomplis grâce au marché unique et à
la monnaie unique ne seront pas remis en question et qu’ils seront finalisés et
préservés à l’avenir pour les citoyens et les entreprises. Pour être efficace et
crédible, cette réponse doit tout d’abord traiter les difficultés pratiques
urgentes auxquelles sont confrontés les citoyens, les entreprises et les États
membres. Une union bancaire permettrait de mettre fin à la désintégration du
marché financier de l’UE et d’assurer des conditions de financement
raisonnablement uniformes pour les ménages et les entreprises de toute l’Union;
elle contribuerait à sortir des spirales négatives entre les États membres et
les banques; et ferait en sorte de ne pas amplifier artificiellement les
divergences entre les cycles économiques au sein de la zone euro. Ensuite,
cette réponse doit définir les contours d’une UEM plus profondément intégrée à
l’avenir. Enfin, elle doit définir une trajectoire claire et réaliste vers cet
objectif ultime, sur la base d’un engagement ferme des institutions de l’UE et
de ses États membres. 3. La
voie à suivre: combiner une forte ambition avec un calendrier adapté L’UEM est aujourd’hui
confrontée à un défi essentiel, notamment en ce qui concerne la zone euro, et
doit être renforcée pour assurer le bien-être économique et social. Le Conseil
européen de juin 2012 a invité le président du Conseil européen, en étroite
collaboration avec le président de la Commission, le président de l’Eurogroupe
et le président de la BCE, à présenter une feuille de route spécifique et
assortie d’échéances précises pour la réalisation d’une véritable union
économique et monétaire. Un rapport intermédiaire a été présenté au Conseil
européen d’octobre, et un rapport définitif devrait être présenté en décembre
2012. Le Parlement européen a adopté le 20 novembre son rapport intitulé
«Vers une véritable union économique et monétaire», dans lequel il expose ses
préférences pour une UEM plus profondément intégrée. Le présent document constitue
la proposition de la Commission sur la voie à suivre pour atteindre cet
objectif. Une vision globale pour
une UEM véritable et approfondie, qui permette de construire, dans les domaines
financier, budgétaire, économique et politique, une architecture solide et
stable sur laquelle fonder la stabilité et la prospérité, est nécessaire. Dans
le cadre de cette UEM, toutes les grandes mesures économiques et budgétaires
prises par ses États membres devraient faire l’objet d’un processus approfondi
de coordination, d’approbation et de surveillance à l’échelle de l’Union
européenne. Ces mesures devraient concerner également la fiscalité et l’emploi,
ainsi que d’autres domaines politiques essentiels pour le fonctionnement de l’UEM.
Cette UEM plus intégrée devra également être fondée sur une capacité budgétaire
autonome et suffisante qui permette de soutenir véritablement les choix
politiques qui résulteront du processus de coordination. Une partie
correspondante des décisions en matière de recettes, de dépenses et d’émission
de dette devra être prise en commun et mise en œuvre à l’échelle de l’UEM. Il est clair que l’intégration
profonde et véritable de l’UEM ne se fera pas du jour au lendemain, compte tenu
notamment du nombre significatif de compétences politiques que les États
devront transférer vers l’Union pour atteindre cet objectif. Afin d’édifier une
UEM capable d’offrir durablement à ses citoyens stabilité, viabilité et
prospérité, des mesures décisives doivent être prises rapidement (dans les six
à douze prochains mois). Ces mesures devront être suivies d’autres mesures sur
le moyen et le long terme. Toutes ces mesures prises à court, moyen et long
terme doivent se compléter. La voie à suivre doit
être soigneusement équilibrée. Il convient de combiner les mesures de
renforcement des responsabilités et de la discipline économique avec une plus
grande solidarité et un plus grand soutien financier. Cet équilibre doit être
établi en parallèle et dans chaque phase du développement de l’UEM. L’intégration
approfondie de la réglementation financière, des politiques budgétaire et
économique et des instruments correspondants doit s’accompagner d’une
intégration politique à la hauteur des enjeux, afin d’assurer la légitimité
démocratique et l’obligation de rendre des comptes. Le présent chapitre
recense les mesures et les actions nécessaires à court, moyen ou long terme
pour mettre en place durablement une UEM véritable et approfondie, que ce soit
en matière de renforcement de la coordination politique, de capacité budgétaire
ou de mise en commun des décisions relatives aux recettes publiques, aux
dépenses publiques et à l’émission de dette. Si certains des
instruments peuvent être adoptés dans les limites des traités actuels, d’autres
nécessiteront leur modification et de nouvelles compétences pour l’Union. Des
progrès sont donc rapidement possibles pour les premiers, avec un achèvement au
plus tard à moyen terme. Les travaux relatifs aux seconds ne pourront commencer
qu’à moyen terme et être achevés sur le long terme. Il importe toutefois de
bien se rendre compte qu’il s’agit d’un concept global dans lequel chaque étape
prépare la suivante. Sur le court terme (six
à dix-huit mois), il convient de privilégier dans l’immédiat le
déploiement intégral des nouveaux outils de gouvernance économique résultant du
«six-pack» ainsi que l’adoption rapide des propositions actuelles de la
Commission («two-pack» et mécanisme de surveillance unique), mais il est
possible d’en faire beaucoup plus par la voie du droit dérivé, notamment en ce
qui concerne la coordination des politiques économiques et l’appui aux réformes
structurelles nécessaires pour corriger les déséquilibres et améliorer la
compétitivité. Dès qu’une décision relative au prochain cadre financier
pluriannuel (CFP) pour l’UE aura été prise, l’établissement d’un instrument
financier dans le budget de l’Union européenne pour favoriser le rééquilibrage,
l’ajustement et, par là même, la croissance des économies de l’UEM constituera
la première étape vers l’établissement d’une plus grande capacité budgétaire;
parallèlement à l’approfondissement de l’intégration des mécanismes de
coordination des politiques. La prochaine étape de la coordination des
politiques budgétaires et économiques et la première phase correspondante de la
constitution d’une plus grande capacité budgétaire pourraient prendre la forme
d’un «instrument de convergence et de compétitivité». À la suite de l’adoption
du mécanisme de surveillance unique, un mécanisme de résolution unique pour les
banques sera proposé. Sur le
moyen terme (18 mois à 5 ans), il convient d’œuvrer à
un renforcement de la coordination budgétaire (notamment la possibilité d’exiger
la révision d’un budget national sur la base des engagements européens), à l’extension
d’une coordination plus étroite aux domaines de la fiscalité et de l’emploi et
à la constitution d’une capacité budgétaire propre à l’UEM pour soutenir la
mise en œuvre des mesures découlant de la coordination renforcée. Certains de
ces éléments nécessiteront une modification des traités. Le
problème de la réduction des dettes publiques dépassant largement le critère du
traité pourrait être résolu par la création d’un fonds d’amortissement. Il
pourrait être possible de faciliter l’intégration des marchés financiers de la zone
euro et plus particulièrement de stabiliser les marchés des emprunts d’État
grâce à l’émission en commun de dette à court terme (échéances maximales de 1
ou 2 ans) par les États membres de la zone euro. Ces deux possibilités
nécessiteraient une modification des traités. Enfin, sur le long terme
(au-delà de 5 ans), il devrait être possible, sur
la base d’une mise en commun progressive au niveau européen de compétences
touchant à la souveraineté et donc à la responsabilité et à la solidarité, d’établir
un budget autonome de la zone euro dotant l’UEM d’une capacité budgétaire
suffisante pour aider les États membres à absorber les chocs. De même, un cadre
de gouvernance économique et budgétaire profondément intégré pourrait permettre
l’émission en commun de dette publique, ce qui améliorerait le fonctionnement
des marchés et la conduite de la politique monétaire. Comme l’indique la
Commission dans son livre vert du 23 novembre 2011 sur la faisabilité de l’introduction
d’obligations de stabilité[7],
l’émission commune d’obligations pourrait offrir aux États de nouveaux moyens
de financer leur dette, et aux épargnants et aux institutions financières des
possibilités d’investissements sûrs et liquides. Elle pourrait donner naissance
également à un marché obligataire intégré à l’échelle de la zone euro qui
serait équivalent à son homologue américain en taille et en liquidité. Cette poursuite de l’intégration
progressive de la zone euro vers une véritable union bancaire, budgétaire et
économique nécessitera dans le même temps des mesures en vue de créer une union
politique légitime démocratiquement et responsable. Les progrès de l’intégration
devront également être visibles sur la scène internationale, notamment en
prenant des mesures qui vont dans le sens d’une unification de la
représentation économique extérieure de la zone euro. Encadré 1:
Les principes juridiques fondamentaux Afin de
garantir la viabilité de la monnaie unique, l’UEM doit avoir la possibilité d’avancer
plus vite et plus loin que l’Union européenne dans son ensemble, tout en
préservant l’intégrité de l’Union au sens large. Cet
objectif peut être atteint en respectant les principes suivants: Premièrement,
l’approfondissement de l’Union européenne doit reposer sur le cadre
institutionnel et juridique des traités, dans un souci de légitimité, d’égalité
entre les États membres et d’efficacité. La zone euro est le produit des
traités. Son approfondissement doit s’inscrire dans le cadre de ceux-ci, de
façon à prévenir toute fragmentation du cadre juridique, sous peine d’affaiblir
l’Union et de remettre en cause l’importance fondamentale du droit de l’Union
européenne pour la dynamique de l’intégration. N’est pleinement efficace que le
processus décisionnel de l’Union européenne, dans la mesure où il repose sur le
principe de la majorité qualifiée, et non sur des exigences d’unanimité trop
lourdes, et sur un solide cadre démocratique. Les
solutions intergouvernementales ne devraient donc être envisagées qu’à titre
exceptionnel et transitoire, lorsqu’une solution à l’échelle de l’Union
européenne nécessite une modification des traités, et jusqu’à la mise en œuvre
de cette modification. Elles doivent également être soigneusement élaborées, de
façon à respecter le droit et la gouvernance de l’Union européenne, et à ne pas
créer de nouveaux problèmes en matière de transparence. Deuxièmement,
l’approfondissement de l’UEM devrait exploiter à titre principal tout le
potentiel des instruments de l’Union européenne, sans préjudice de l’adoption
de mesures propres à la zone euro. Le semestre européen, l’acquis du marché
intérieur et le soutien à la compétitivité et à la cohésion par l’intermédiaire
du budget de l’Union européenne fournissent une bonne base pour élaborer un
cadre juridique et financier relatif à la coordination, à l’intégration et à la
convergence réelle des politiques économiques. Les efforts déployés
actuellement pour accroître l’efficacité de ces politiques, au moyen par
exemple d’une conditionnalité macroéconomique des fonds structurels ou de la
nouvelle stratégie de gouvernance du marché unique, contribueront eux aussi au
renforcement de l’UEM. Dans le
même temps, il faudrait créer, chaque fois que cela est nécessaire, de nouveaux
instruments de coordination ou de soutien financiers, budgétaires et structurels
propres à la zone euro, qui viendraient renforcer les fondements de l’Union
européenne. Le traité de Lisbonne a fourni une base juridique utile
(article 136 du TFUE) pour l’approfondissement de l’intégration de la zone
euro. Cette base juridique a déjà été fréquemment utilisée avec le «six-pack»
et le «two-pack». Lorsqu’aucune
disposition juridique ne s’y oppose, la participation aux mesures relatives à
la zone euro devrait être ouverte aux autres États membres. En effet, même si
les traités prévoient qu’un certain nombre de règles ne s’appliquent qu’aux
États membres de la zone euro, la configuration actuelle de la zone euro n’est
que provisoire, puisque tous les États membres à l’exception de deux (Danemark
et Royaume-Uni) ont vocation à devenir membres à part entière de l’UEM en vertu
des traités. Troisièmement,
il convient en premier lieu, pour créer une véritable UEM, de tirer parti de
toutes les possibilités offertes par les traités actuels, au moyen de l’adoption
d’une législation dérivée. Il ne devrait être envisagé de modifier les traités
que s’ils ne permettent pas la mise en œuvre d’une mesure indispensable à l’amélioration
du fonctionnement de l’UEM. Toute modification éventuelle devra avoir été
soigneusement préparée, de façon à assurer l’appropriation politique et
démocratique nécessaire au déroulement harmonieux du processus de ratification.
3.1 Sur le
court terme (dans les 6 ou 18 prochains mois): mesures envisageables en vertu
du droit dérivé de l’UE pour progresser vers l’union bancaire, améliorer la
coordination des politiques, prendre une décision sur le prochain CFP et créer
un «instrument de convergence et de compétitivité»
L’approfondissement de l’UEM
doit traiter les conséquences de l’accumulation excessive des dettes publique
et privée, et ainsi réduire les déséquilibres qui en ont résulté dans l’économie
européenne. Toutefois, l’ajustement s’avère long et difficile, freinant l’offre
de crédit, mettant à rude épreuve les finances publiques et affaiblissant la
croissance dans le secteur privé alors que les entreprises et les ménages
assainissent leur situation financière. L’engagement en matière
de discipline budgétaire constitue une garantie essentielle de la stabilité de
la zone euro, et une mesure nécessaire pour créer un véritable cadre budgétaire
intégré. Ce sera l’assurance que des politiques budgétaires saines sont menées
à l’échelle nationale et européenne et contribuent ainsi à une croissance
durable et à la stabilité macroéconomique. La priorité doit être donnée au déploiement
intégral des nouveaux instruments de surveillance budgétaire et économique et à
l’adoption rapide des propositions actuelles. Dans le même temps, la première
étape de l’union bancaire doit être l’adoption et la mise en œuvre des
propositions sur la réglementation et la surveillance financières, notamment
celle concernant le mécanisme de surveillance unique (MSU) pour la zone euro et
pour les États membres désireux de la rejoindre. Pour assurer un
fonctionnement harmonieux de l’UEM, d’autres mesures doivent être prises dans
le domaine de la coordination des politiques économiques. Le poids du défi lié
à la croissance et à l’ajustement dans la zone euro contraste avec l’absence d’une
coordination, dans un format bien établi, des politiques dans le domaine des
réformes structurelles. L’existence de grandes externalités transfrontières
rend nécessaire un renforcement de la manière dont la politique économique doit
être menée dans la zone euro. Pour que l’UEM fonctionne bien, les États membres
de la zone euro doivent travailler conjointement à une politique économique où,
tout en tirant parti des mécanismes existants de coordination des politiques
économiques, ils prennent les mesures nécessaires dans tous les domaines
essentiels au bon fonctionnement de la zone euro. Il y a lieu tout
particulièrement d’établir une procédure pour les discussions préalables aux
réformes économiques de grande ampleur. Cette procédure devrait reposer sur la
phase initiale de la constitution d’une capacité budgétaire pour l’UEM, qui
fournirait un appui financier ciblé aux États membres confrontés à des
difficultés d’ajustement. Rappelant l’importance
de finances publiques saines, des réformes structurelles et des investissements
ciblés pour assurer une croissance durable, les chefs d’État ou de gouvernement
ont signé un pacte pour la croissance et l’emploi les 28 et 29 juin 2012
dans lequel ils expriment leur détermination à favoriser une croissance
créatrice d’emplois tout en assurant un assainissement des finances publiques.
La Commission examine actuellement de près l’incidence des fortes contraintes
budgétaires sur les dépenses publiques génératrices de croissance et sur les
investissements publics. Dans ce contexte, la zone euro devrait veiller à
maintenir l’investissement à un niveau adéquat afin d’assurer des
conditions-cadres pour la compétitivité et de contribuer à la croissance et à l’emploi.
Toute les initiatives
présentées dans la présente partie peuvent être adoptées rapidement et dans les
limites des traités actuels. 3.1.1
Mise en œuvre intégrale du semestre européen et du «six-pack» et approbation et
mise en œuvre rapides du «two-pack» L’achèvement du cadre
actuel de gouvernance économique et sa mise en œuvre intégrale doivent être la
priorité. L’instauration du
semestre européen et de la législation dite «six-pack» constitue la réponse aux
principaux enseignements tirés de la crise, notamment une réforme du pacte de
stabilité et de croissance, la création de la procédure concernant les
déséquilibres macroéconomiques et l’introduction de normes minimales pour les
cadres budgétaires nationaux. Il s’agit d’un bond en avant en matière de
coordination des politiques économiques qui promet une mise en œuvre plus
rigoureuse des politiques au niveau national, notamment dans les États membres
de la zone euro et, par voie de conséquence, un meilleur fonctionnement de l’UEM,
ce qui contribuera au retour de la confiance. Cette promesse doit maintenant
être respectée en exploitant pleinement et en mettant en œuvre rigoureusement
les nouveaux instruments déjà en place. Pour toute autre étape
en direction d’une UEM véritable et approfondie, les deux dispositions
législatives proposées («two-pack») doivent être adoptées par les
colégislateurs sans autre délai. Ces dispositions prévoient d’importants
instruments pour intensifier la surveillance budgétaire et traiter plus
efficacement les situations d’instabilité financière dans les États membres.
Leur adoption rapide, puis leur mise en œuvre, devraient permettre de renforcer
la confiance dans la volonté des institutions de l’Union européenne de
parachever la réforme de la gouvernance économique. 3.1.2
Réglementation et surveillance financières: un règlement uniforme et des
propositions pour un mécanisme de surveillance unique Le sommet de la zone
euro qui a eu lieu le 29 juin 2012 a marqué un tournant dans la manière d’appréhender
la crise. Il a reconnu qu’il était «impératif de briser le cercle vicieux qui
existe entre les banques et les États» et qui met à mal les finances des pays
de la zone euro, au point de menacer l’existence même de l’UEM. Plus
particulièrement, l’accord visant à créer un mécanisme de surveillance unique
(MSU) repose sur la conviction qu’il faut mettre fin à la fragmentation
financière et centraliser la surveillance bancaire pour que tous les pays de la
zone euro puissent avoir pleinement confiance dans la qualité et l’impartialité
d’une telle supervision. Une véritable union économique
et monétaire doit en effet reposer sur un partage des responsabilités en
matière de surveillance du secteur bancaire et d’intervention en cas de crise.
C’est la seule façon de briser effectivement le cercle vicieux qui existe entre
les finances publiques des États membres et la santé de leurs banques, et de
limiter les effets négatifs de contagion transfrontière. Un cadre financier intégré, se
transformant au fil du temps en une véritable union bancaire, apporterait une
contribution décisive en fournissant une panoplie d’instruments intégrés pour
mieux surveiller et limiter les risques dans le système financier. Cela
réduirait la fragmentation financière, diminuerait considérablement la
nécessité d’une intervention des pouvoirs publics, favoriserait le
rééquilibrage et, ce faisant, améliorerait les perspectives de croissance. Les
instruments sont intégrés parce qu’ils auraient une incidence moindre si l’une
de leurs composantes était déficiente. L’élaboration de certaines parties
indispensables du système prendra du temps, mais elle ne doit pas retarder la
mise en œuvre rapide des éléments capables de procurer des avantages immédiats. La Commission a expliqué sa
vision d’un déploiement progressif de l’union bancaire dans sa communication du
12 septembre 2012[8].
Les présidents du Conseil européen, de la Commission, de l’Eurogroupe et de la
BCE ont approuvé cette vision dans son principe[9]. Le Conseil européen du
18 octobre 2012 a confirmé la nécessité d’«avancer sur la voie de la
mise en place d’un cadre financier intégré, ouvert dans la mesure du possible à
tous les États membres qui souhaitent y participer»[10]. Dans
son rapport intitulé «Vers une véritable union économique et monétaire» de
novembre 2011, le Parlement européen appelle à l’adoption aussi rapide que
possible des propositions de la Commission à cet égard. La
première étape essentielle sur cette voie sera la création du mécanisme de
surveillance unique, qui devra être complété ultérieurement par un mécanisme de
résolution unique (voir le point 3.2.1). Un
mécanisme de surveillance unique doit assurer le partage de toutes les
informations sur les banques entre les autorités de surveillance, des outils
communs de prévention et une action commune pour traiter les problèmes le plus
tôt possible. Afin de rétablir la confiance entre les banques, les
investisseurs et les autorités publiques nationales, il doit également
permettre d’exercer la surveillance d’une manière rigoureuse et objective, sans
aucune marge pour la «tolérance réglementaire». Le 12 septembre 2012, la
Commission a présenté des propositions législatives en vue de créer un
mécanisme de surveillance unique composé de la BCE et des autorités nationales
de surveillance[11]
et de modifier le règlement de 2010 instituant l’Autorité bancaire européenne
(ABE) afin de l’adapter à la création dudit mécanisme et d’assurer l’équilibre
des structures décisionnelles de l’ABE entre les États membres de la zone euro
et ceux qui n’en font pas encore partie[12]. Le mécanisme de surveillance
unique proposé par la Commission repose sur le transfert vers le niveau
européen de missions essentielles de surveillance pour les banques établies
dans les États membres de la zone euro et pour celles établies dans des États n’appartenant
pas à la zone euro qui décident de rejoindre l’union bancaire. Dans ce nouveau
cadre, la BCE sera chargée de surveiller toutes les banques de l’union
bancaire, qui seront soumises aux dispositions du règlement uniforme valable
dans tout le marché unique. Le cadre proposé par la Commission garantit l’exercice
d’une surveillance effective et cohérente dans tous les États membres
participants, tout en reposant sur le savoir-faire spécifique des autorités
nationales de surveillance. Il est impératif que les négociations sur le MSU
soient achevées avant la fin de cette année et que le mécanisme soit mis en
œuvre au tout début de 2013. Pour compléter le dispositif, les structures de l’Autorité
bancaire européenne seront adaptées au nouveau cadre de surveillance des
banques afin de préserver pleinement l’intégrité du marché unique. Cela préparera la voie à l’utilisation
du mécanisme européen de stabilité (MES) en tant que dispositif public d’aide
financière pour, le cas échéant, et une fois que l’accord sur cet instrument
aura été conclu, recapitaliser directement les banques conformément aux
conclusions du Conseil européen du 19 octobre 2012. Cette possibilité
renforcera encore la zone euro, en contribuant à briser le cercle vicieux entre
les banques et les États. La confiance des
déposants et des participants au marché est une condition essentielle de la
résolution des défaillances bancaires. Pour parvenir à un niveau de confiance
du public comparable à celui des meilleures autorités de résolution dans le
monde, il sera nécessaire de mettre en place un système de résolution unique
crédible et un mécanisme puissant d’aide financière. Cette responsabilité
incombe encore sur le court terme aux États membres. Mais une fois que le MSU
sera en place, et sous réserve des orientations applicables, le MES devra être
autorisé à offrir un soutien mutualisé pour recapitaliser directement les
banques qui sont incapables de lever des fonds sur le marché et que leur État
membre d’origine ne peut secourir sans compromettre la viabilité de ses
finances publiques. Un
cadre financier intégré comprenant un mécanisme de surveillance unique puis un
mécanisme de résolution unique doit reposer sur un règlement uniforme. Il
convient donc d’achever d’urgence les négociations sur les propositions de la
Commission établissant de nouveaux cadres réglementaires dans les domaines des
règles prudentielles applicables au secteur bancaire, de la garantie des dépôts
et du redressement des banques et de la résolution de leurs défaillances. 3.1.3
Un mécanisme de résolution unique Une
union bancaire efficace requiert non seulement un mécanisme de surveillance unique
garantissant une surveillance de qualité dans tous les États membres, mais
également un mécanisme de résolution unique permettant de résoudre le problème
des banques en difficulté. Ce point a été admis par le Conseil européen du 19
octobre 2012, qui a indiqué qu’il notait «que la Commission a l’intention de
proposer un mécanisme de résolution unique pour les États membres participant
au MSU une fois que les propositions concernant les directives relatives au
redressement des banques et aux systèmes de garantie des dépôts auront été
adoptées». À
la suite de l’adoption du mécanisme de surveillance unique, la Commission
présentera donc une proposition concernant un mécanisme de résolution unique
qui sera chargé de restructurer les banques et de résoudre les défaillances
bancaires dans les États membres participant à l’union bancaire. Ce mécanisme s’articulera
autour d’une autorité de résolution européenne spécifique, qui pilotera la
résolution des banques et coordonnera en particulier la mise en œuvre des instruments
de résolution. Ce mécanisme sera plus efficace qu’un réseau d’autorités de
résolution nationales, en particulier pour les groupes bancaires
transfrontières pour lesquels, en temps de crise, la rapidité d’action et la
coordination sont cruciales pour minimiser les coûts et rétablir la confiance.
Il permettrait aussi des économies d’échelle importantes et éviterait les
effets externes négatifs qui peuvent résulter de décisions purement nationales. Tout
recours au mécanisme de résolution unique devra être fondé sur les principes
suivants: -
la nécessité d’une résolution devrait être réduite au minimum, grâce aux règles
prudentielles communes strictes et à une meilleure coordination de la
surveillance au sein du mécanisme de surveillance unique; -
lorsqu’il est nécessaire de recourir au mécanisme de résolution unique, les
actionnaires et les créanciers devraient supporter les coûts de la résolution
avant tout octroi d’un financement extérieur, conformément à la proposition de
la Commission relative au redressement et à la résolution des défaillances des
banques; -
toutes les ressources supplémentaires nécessaires pour financer le processus de
restructuration devraient provenir de mécanismes financés par le secteur
bancaire, et non par l’argent des contribuables. Les
futures propositions de la Commission concernant un mécanisme de résolution
unique seront basées sur ces principes. La
Commission considère que, tout comme la mise en place d’un mécanisme de
surveillance unique efficace, la création d’un mécanisme de résolution unique
peut se faire au moyen d’actes de droit dérivé sans qu’il soit nécessaire de
modifier les traités actuels. 3.1.4 Une
décision rapide sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) La proposition de la Commission
concernant le cadre financier pluriannuel 2014-2020 constitue le vecteur
déterminant d’investissement, de croissance et d’emploi au niveau de l’UE. Elle
prévoit également de relier plus systématiquement l’octroi de fonds au titre de
la politique de cohésion, de la politique de développement rural et de la
politique maritime et de la pêche aux différentes procédures de gouvernance
économique. Le cadre stratégique commun (qui comprend les «Fonds relevant du
CSC» que sont le Fonds européen de développement régional, le Fonds social
européen, le Fonds de cohésion, le Fonds européen agricole pour le
développement rural et le Fonds européen pour les affaires maritimes et la
pêche) établit un lien étroit entre ces Fonds et les programmes nationaux de
réforme, les programmes de stabilité et de convergence élaborés par les États
membres, ainsi que les recommandations par pays adoptées par le Conseil pour
chaque État membre. La mise en œuvre passera par
des contrats/accords de partenariat entre les États membres et la Commission et
l’application de conditions macroéconomiques rigoureuses. Dans la proposition
de la Commission, ces conditions macroéconomiques s’appliquent de deux
manières: 1. la
reprogrammation: elle concerne les modifications devant être apportées aux
contrats de partenariat et aux programmes concernés pour suivre les
recommandations du Conseil, pour remédier à un déficit excessif, à des
déséquilibres macroéconomiques ou à d’autres difficultés économiques et
sociales ou pour maximiser les effets des Fonds relevant du CSC sur la
croissance et la compétitivité dans les États membres bénéficiant d’une aide
financière de l’UE. Lorsqu’un État membre ne répond pas de manière
satisfaisante à une telle demande, la Commission peut suspendre tout ou partie
des paiements au titre des programmes concernés; 2. la
suspension: elle s’applique lorsqu’un État membre ne prend pas de mesures
correctives dans le contexte des procédures de gouvernance économique. En
pareil cas, la Commission suspend tout ou partie des paiements et des
engagements au titre des programmes concernés. Les
contrats de partenariat et les programmes opérationnels garantiront que les
investissements prévus cofinancés par les fonds relevant du CSC contribuent
efficacement à relever les défis structurels auxquels les États membres font
face. Dans le cas de recommandations du Conseil au titre des articles 121 et
148 du traité et du volet correctif de la PDM, une reprogrammation sera lancée
pour les recommandations qui ont une incidence sur des fonds relevant du CSC
et portent sur des défis structurels qui peuvent être relevés par des
stratégies d’investissement pluriannuelles. Ces
recommandations couvrent, entre autres: •
des réformes du marché du travail visant à
améliorer le fonctionnement de celui‑ci, en remédiant à l’inadéquation
des compétences, par exemple, •
des mesures visant à stimuler la compétitivité,
telles que l’amélioration des systèmes d’éducation ou la promotion de la
R&D, l’innovation et les infrastructures, •
des mesures visant à améliorer la qualité de
gouvernement, telles que l’amélioration des capacités administratives et des
statistiques. Une
adoption rapide du CFP et de la législation sectorielle adéquate, en
particulier du «règlement portant dispositions communes» pour les fonds
relevant du CSC, permettra de renforcer rapidement les mesures d’incitation et
d’aide en faveur des réformes structurelles dans les États membres. 3.1.5
Coordination préalable des réformes d’importance majeure et création d’un
instrument de convergence et de compétitivité La
crise a démontré avec force que les politiques économiques des Etats membres
représentent une question d’intérêt commun, en particulier dans la zone euro.
La mise en œuvre trop lente, voire inexistante, de réformes structurelles
importantes sur de longues périodes a aggravé les problèmes de compétitivité et
entravé parfois fortement la capacité d’ajustement des États membres, dont la
vulnérabilité a donc encore augmenté. Les dépenses à court terme, qu’elles
soient d’ordre politique ou économique, ont souvent un effet dissuasif sur la
mise en œuvre des réformes, même si leurs avantages à moyen et long terme sont
conséquents. Les retombées potentiellement importantes liées aux réformes
structurelles dans la zone euro justifient le recours à des instruments
spécifiques, comme ce fut le cas pour les mécanismes d’exécution introduits
dans le cadre du paquet législatif relatif à la gouvernance économique («six-pack»).
Compte tenu de ces considérations, le cadre actuel de la gouvernance économique
de la zone euro devrait être renforcé en améliorant la coordination préalable
des projets de réformes d’importance majeure et, lorsqu’une décision sur le
prochain CFP aura été prise, en créant un «instrument de convergence et de
compétitivité» permettant de soutenir la mise en œuvre en temps utile des
réformes structurelles (les dispositions prévues pour la mise en place de cet
instrument sont plus amplement décrites à l’annexe I). Le nouvel instrument
combinerait une intégration accrue de la politique économique avec un soutien
financier, respectant ainsi le principe qui consiste à associer les avancées en
matière de responsabilité et de discipline économique à une plus grande
solidarité. La Commission précisera les modalités de cet instrument dans une
proposition à venir. Coordination
préalable des réformes d’importance majeure Le
cadre actuel de l’UE en matière de surveillance économique offre déjà une base
pour la coordination de la politique économique, mais ne prévoit pas de
coordination préalable systématique, entre les États membres, des plans
nationaux entraînant des réformes en profondeur de la politique économique. La
discussion et la coordination préalables des projets de réformes d’importance
majeure, prévues à l’article 11 du TSCG, permettraient à la Commission et aux
États membres d’évaluer les répercussions possibles des actions nationales et
de commenter ces plans avant que des décisions définitives ne soient prises au
niveau national. Dans une proposition à venir, la Commission proposera un cadre
pour la coordination préalable des projets de réformes majeures dans le
contexte du semestre européen. Un
«instrument de convergence et de compétitivité»: accords contractuels et
soutien financier L’«instrument
de convergence et de compétitivité» (ICC) envisagé comprendrait des accords
contractuels étayés par un soutien financier. La
mise en œuvre de réformes structurelles dans les États membres de la zone euro
serait facilitée par la mise en place d’accords contractuels à convenir entre
eux et la Commission. Le nouveau système se fonderait sur le cadre de
surveillance de l’UE en vigueur, à savoir la procédure de prévention et de
correction des déséquilibres macroéconomiques (la «procédure concernant les
déséquilibres macroéconomiques», ou PDM[13])
. Ces accords seraient négociés entre chaque État membre et la Commission,
discutés au sein de l’Eurogroupe et conclus par la Commission avec l’État
membre. Ils seraient obligatoires pour les États membres de la zone euro
faisant l’objet d’une procédure de déséquilibre excessif, et le plan d’actions
correctives que ces derniers sont tenus de soumettre au titre de cette
procédure formerait la base de l’accord à négocier avec la Commission. Pour ce
qui est des États membres de la zone euro dont les déséquilibres
macroéconomiques font l’objet d’une action préventive, leur participation
serait volontaire et comprendrait la présentation d’un plan de mesures
similaire à celui imposé par la procédure concernant les déséquilibres
excessifs. Les
accords seraient donc toujours fondés sur les recommandations par pays émises
dans le cadre de la PDM, qui sont généralement centrées sur le renforcement de
la capacité d’ajustement, l’amélioration de la compétitivité et la
consolidation de la stabilité financière, c’est-à-dire des facteurs critiques
pour le bon fonctionnement de l’UEM. La PDM établit donc un filtre adéquat pour
les réformes en profondeur susceptibles de bénéficier d’un soutien financier
compte tenu des externalités qui leur sont associées dans une union monétaire. Le
plan d’action présenté par les États membres serait ensuite évalué par la
Commission et le train final de réformes et de mesures, accompagné de leur
calendrier de mise en œuvre, serait adopté sous la forme d’un accord. Celui-ci
définirait donc les mesures plus détaillées que l’État membre s’engage à
appliquer après avoir obtenu l’approbation de son parlement national, le cas
échéant, conformément aux procédures nationales. Ce système d’accords négociés
permettrait d’améliorer la qualité du dialogue entre la Commission et les États
membres et de renforcer l’engagement de ces derniers tout en leur permettant
également de mieux s’approprier les réformes. Les
réformes décrites dans les accords contractuels bénéficieraient d’un soutien
financier, en complément des exigences de discipline budgétaire introduites par
le paquet législatif «six-pack». Ce soutien serait destiné à permettre l’adoption
et la mise en œuvre des réformes en temps opportun en supprimant, ou du moins
en atténuant, les appréhensions politiques et économiques dissuasives. En
favorisant les réformes structurelles qui renforcent la capacité d’ajustement d’un
État membre, l’ICC consoliderait la capacité de l’économie à absorber les chocs
asymétriques en améliorant le fonctionnement du marché. Seuls
les trains de réformes qui sont convenus et sont importants à la fois pour l’État
membre en cause et pour le bon fonctionnement de l’UEM bénéficieraient d’un
concours financier. Celui-ci soutiendrait les efforts de l’État membre et
apporterait notamment une aide dans les cas où ce dernier verrait apparaître
des déséquilibres alors qu’il se conforme parfaitement aux recommandations qui
lui ont été adressées précédemment. Le
soutien financier constituera un signal incontestable, reconnaissant à la fois
le coût de la réforme pour cet État membre et l’intérêt des réformes nationales
pour le restant de la zone euro grâce aux externalités transfrontalières (qui
pourraient néanmoins ne pas être suffisantes pour amener les États membres à
entamer des réformes). Si la Commission constate a posteriori qu’un État membre
n’a pas totalement respecté l’accord, le concours financier pourra être retenu. Le
soutien financier devrait être conçu en tant qu’allocation globale à utiliser
pour appuyer des mesures de financement accompagnant des réformes difficiles.
Ainsi par exemple, l’impact à court terme de réformes visant à renforcer la
flexibilité sur le marché du travail pourrait s’accompagner de programmes de
formation dont le financement serait partiellement assuré par l’aide au titre
de l’ICC. L’affectation du concours financier serait définie dans l’accord
contractuel conclu entre l’État membre concerné et la Commission. Un
instrument financier spécial pourrait être mis en place pour appuyer ce
mécanisme de soutien financer, en principe dans le cadre du budget de l’UE. L’instrument
serait établi par un acte de droit dérivé. Il pourrait être conçu comme partie
intégrante de la PDM renforcée par les accords contractuels et par le soutien
financier décrits plus hauts, se fondant dès lors sur l’article 136 TFUE. Mais
l’on pourrait aussi envisager de faire appel à l’article 352 TFUE, au besoin
par une coopération renforcée (combinée à une décision en application de l’article
332 TFUE sur les dépenses comprises dans le budget de l’UE). La
contribution financière nécessaire pour l’instrument serait basée sur un
engagement des États membres de la zone euro ou sur une obligation légale à cet
effet inscrite dans la législation relative aux ressources propres de l’UE. Les
contributions devraient figurer dans le budget de l’UE en tant que recettes
affectées. L’instrument, financé par des recettes affectées, ne serait pas soumis
aux plafonds fixés dans le règlement sur le CFP. Seuls les États membres
contributeurs seraient en mesure de conclure des accords contractuels avec la
Commission et de bénéficier du soutien financier. L’aide fournie par le
truchement de l’ICC serait cohérente et compatible avec l’aide provenant des
Fonds structurels, notamment le Fonds social européen. Le volume de l’instrument
pourrait demeurer limité dans la phase initiale mais prendre de l’ampleur à
moyen terme, à condition que le mécanisme de soutien s’avère efficace pour
encourager le rééquilibrage, l’ajustement et, partant, la croissance durable
dans la zone euro. La
Commission présentera, dans des propositions à venir, les modalités précises de
cet «instrument de convergence et de compétitivité» reposant sur des accords
contractuels assortis d’un soutien financier. 3.1.6
Encourager l’investissement dans la zone euro Des
réformes structurelles s’appuyant, en premier lieu, sur le CFP et, en second
lieu, sur l’«instrument de convergence et de compétitivité» seront
fondamentales pour accroître le potentiel de croissance à moyen terme des
membres de la zone euro et améliorer leur capacité d’ajustement aux chocs. L’existence
d’un assainissement crédible et propice à la croissance renforçant l’efficacité
de la fiscalité ainsi que la qualité des dépenses publiques contribuera à
stimuler la croissance. Comme le recommandent les examens annuels de la croissance
2012 et 2013, les États membres devraient tout particulièrement s’efforcer de
maintenir l’assainissement budgétaire à un rythme adéquat tout en préservant
les investissements destinés à assurer la réalisation des objectifs Europe 2020
pour la croissance et l’emploi. Le
cadre budgétaire de l’UE permet de trouver un équilibre entre la reconnaissance
des besoins d’investissements publics productifs et les objectifs de la
discipline budgétaire. L’investissement
public est l’un des facteurs pertinents à prendre en compte pour l’évaluation
de la situation budgétaire d’un État membre dans le rapport visé à l’article
126, paragraphe 3, TFUE qui précède le lancement d’une PDE[14]. Les facteurs
pertinents, tels que les investissements publics, ont gagné une importance
énorme avec la réforme récente du programme de stabilité et de croissance. Dans
certaines conditions, ils peuvent amener à décider de ne pas ouvrir de PDE
concernant un État membre[15],
et ils devraient être pris en considération lors de la formulation des
recommandations relatives à la correction du déficit excessif, notamment la
trajectoire de réduction du déficit. Dans
le volet préventif du pacte de stabilité et de croissance, les investissements
publics entrent en ligne de compte dans le nouveau critère des dépenses,
utilisé parallèlement à l’équilibre structurel pour évaluer les progrès
accomplis vers la réalisation de l’objectif budgétaire à moyen terme. En
particulier, la formation brute de capital fixe des administrations publiques
est calculée sous forme de moyenne sur plusieurs années, afin d’éviter que des
États membres ne soient pénalisés par des pointes annuelles des investissements[16]. La
Commission étudiera d’autres moyens dans le cadre du volet préventif pour
intégrer les programmes d’investissement dans l’évaluation des programmes de
stabilité et de convergence. Dans certaines conditions notamment, des
programmes d’investissement public non récurrents ayant une incidence avérée
sur la viabilité des finances publiques pourraient bénéficier d’un écart
temporaire par rapport à l’objectif budgétaire à moyen terme ou à la
trajectoire d’ajustement qui doit permettre de l’atteindre[17]. Cela pourrait s’appliquer,
par exemple aux projets d’investissement public cofinancés avec l’UE,
conformément au cadre de macro-conditionnalité. Alors
qu’il faudrait développer un cadre à part entière pour rendre ces conditions
opérationnelles (au niveau notamment des exigences en matière d’information et
de définition), un traitement spécifique de l’investissement public ne pourrait
entraîner qu’un écart temporaire par rapport à l’objectif budgétaire à moyen
terme ou à la trajectoire d’ajustement permettant de l’atteindre. La Commission
publiera au printemps 2013 une communication sur la trajectoire adéquate par
rapport à l’objectif à moyen terme. Les
dispositions spécifiques concernant les projets d’investissement ne doivent pas
être prises pour une «règle d’or» autorisant de faire une exception permanente
pour l’ensemble des investissements publics. Une approche aussi peu
discriminatoire risquerait vite de compromettre l’objectif premier du pacte de
stabilité et de croissance en ébranlant la viabilité de la dette publique. 3.1.7
Représentation extérieure de la zone euro Il
convient de continuer à renforcer et à consolider la représentation extérieure
de la zone euro, en s’appuyant sur les progrès réalisés dans la gouvernance
économique de cette zone. Cet objectif peut être réalisé sur la base des
traités en vigueur (articles 17 TUE et article 138 TFUE). Ce
renforcement est indispensable pour assurer à la zone euro une représentation
proportionnelle à son poids économique, reflet des changements en cours dans la
gouvernance économique interne. La zone euro doit être en mesure de jouer un
rôle plus actif tant dans les institutions et enceintes multilatérales que dans
le dialogue bilatéral avec les partenaires stratégiques, ce qui devrait aboutir
à la communication d’un message unique sur des questions telles que la
politique économique et budgétaire de la zone euro, la surveillance
macroéconomique, les politiques de taux de change et la stabilité financière. Pour
atteindre ces objectifs, il faudra un accord sur une feuille de route visant à
rationaliser et unifier autant que possible la représentation extérieure de la
zone euro dans les organisations économiques et financières et les enceintes
internationales. Une
attention prioritaire devrait être accordée au FMI, qui est par ses instruments
de prêt et son activité de surveillance un acteur institutionnel essentiel de
la gouvernance économique mondiale. Comme l’a révélé la crise, il est
fondamental pour la zone euro de parler d’une seule voix au sujet notamment des
programmes, des accords de financement et de la politique du FMI en matière de
résolution des crises. Pour ce faire, il y a lieu de renforcer les mesures de
coordination de la zone euro à Bruxelles et à Washington en ce qui concerne les
questions liées à l’UEM afin de refléter les modifications apportées à la
gouvernance interne de l’UEM et de garantir la cohérence et l’efficacité des
messages communiqués. La
représentation de la zone euro au sein du FMI devrait être consolidée en deux
phases. Dans un premier temps, les groupes de pays devraient être réorganisés
afin de rassembler les pays de la zone euro dans des groupes qui pourraient
également inclure de futurs États membres de la zone euro. Parallèlement, il
conviendrait de chercher à obtenir pour la zone euro un statut d’observateur au
conseil d’administration du FMI[18]. Ces
mesures ouvriraient la voie pour que la zone euro obtienne, dans un deuxième
temps, un siège unique au sein des instances du FMI (conseil d’administration
et CMFI). La Commission présentera en temps voulu, en vertu de l’article 138,
paragraphe 2, TFUE, des propositions formelles visant à l’élaboration d’une
position commune en vue d’obtenir pour la zone euro un statut d’observateur au
conseil d’administration du FMI, et ensuite un siège unique. La Commission
serait l’institution appropriée pour représenter la zone euro au FMI,
conformément à l’article 138 TFUE, en association avec la BCE pour les
questions de politique monétaire. L’annexe 2 détaille plus amplement cet aspect
de l’approfondissement de l’UEM. 3.2 Sur le moyen terme:
renforcement de l’intégration des politiques économiques et budgétaires et
évolution vers une capacité budgétaire propre À
moyen terme, on devrait voir un renforcement de la
coordination budgétaire (notamment la possibilité d’exiger une modification des
budgets nationaux ou d’y mettre son veto), l’extension d’une coordination plus
étroite aux domaines de la fiscalité et de l’emploi et la constitution d’une
capacité budgétaire autonome propre à l’UEM pour soutenir la mise en œuvre des
mesures découlant de la coordination renforcée. Certains de ces éléments
nécessiteront une modification des traités. Le
problème de la réduction des dettes publiques dépassant largement les critères
du PSC pourrait être résolu par la création d’un fonds d’amortissement. Il
pourrait être possible de faciliter l’intégration des marchés financiers de la
zone euro et plus particulièrement de stabiliser les marchés des emprunts d’État
grâce à l’émission en commun de dette à court terme (échéances maximales de 1
ou 2 ans) par les États membres de la zone euro. Ces deux possibilités
nécessiteraient une modification des traités[19]. 3.2.1
Renforcement de l’intégration budgétaire et économique nécessitant une
modification des traités La
refonte de la gouvernance économique et budgétaire de la zone euro qui
découlerait de l’adoption du «two-pack» et la mise à disposition d’un
instrument de convergence et de compétitivité représenteraient des avancées
majeures pour le respect de la discipline budgétaire, mais aussi la
compétitivité économique. Toutefois,
accroître la mutualisation des risques financiers nécessiterait d’aller encore
plus loin dans la coordination de la politique budgétaire, en permettant l’exercice
d’un contrôle collectif sur les politiques budgétaires nationales dans
certaines situations. En
particulier, les innovations introduites par le «two-pack», et notamment la
possibilité pour la Commission d’émettre un avis sur les projets de plan
budgétaire et, dans les cas extrêmes, de demander un nouveau projet budgétaire
en cas de violation grave des obligations incombant à l’État membre en vertu du
PSC, touchent aux limites de ce qu’il est possible de faire en vertu des
traités actuels en termes de coordination et d’intervention de l’UE dans le
processus budgétaire national. Avec le «two-pack», une fois adopté, l’UE aura
atteint les limites de sa compétence législative dans ce domaine. Aller
plus loin en termes de contrôle des politiques budgétaires nationales, par
exemple en instaurant un droit européen d'exiger la révision d'un budget
national sur la base des engagements européens, nécessiterait une modification
des traités. Les
pistes suivantes (non exhaustives) pourraient être explorées: • premièrement,
instaurer l’obligation pour un État membre de revoir son (projet de) budget
national si l’UE le lui demande en cas d’écart par rapport aux obligations de
discipline budgétaire préalablement fixées au niveau de l’UE. Cela impliquerait
de changer la nature de l’avis sur les budgets nationaux prévu dans le
«two-pack» pour lui conférer un caractère contraignant; • deuxièmement,
en s’appuyant sur le processus de suivi et de coordination renforcé mis en
place par le «two-pack», dans certaines situations particulièrement graves à
définir, instaurer un droit d'exiger la révision, sur la base des engagements
européens, de décisions d’exécution budgétaire individuelles qui aboutiraient à
un écart grave par rapport à la trajectoire d’assainissement budgétaire fixée
au niveau de l’UE; • troisièmement,
conférer à l’UE une compétence claire pour harmoniser les législations
budgétaires nationales (sur le modèle du traité sur la stabilité, la
coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire[20]) et pour saisir la
Cour de justice en cas de manquement. En
ce qui concerne la politique économique, la politique fiscale peut appuyer la
coordination des politiques économiques et contribuer à l’assainissement
budgétaire et à la croissance. En se fondant sur l’expérience à retirer des
discussions structurées sur les questions de politique fiscale, qui portent
essentiellement sur les domaines dans lesquels des activités plus ambitieuses
peuvent être envisagées, on pourrait à l’avenir imaginer, dans le contexte d’une
modification des traités, de prévoir la possibilité de légiférer sur une
coordination plus étroite dans ce domaine au sein de la zone euro. Un autre
domaine, revêtant la même importance, dans lequel de telles avancées pourraient
être envisagées est celui des marchés du travail, compte tenu de l’intérêt de
marchés efficaces, et en particulier d’une main d’œuvre mobile, pour la
capacité d’adaptation et la croissance dans la zone euro. La
coordination et la surveillance des politiques sociales et de l’emploi
devraient être renforcées au sein du système de gouvernance de l’UEM et la
convergence devrait être encouragée dans ces domaines. Les grandes orientations
des politiques économiques et les lignes directrices pour l’emploi actuellement
en vigueur pourraient être renforcées par leur fusion en un seul instrument. Ces
modifications fourniraient la base nécessaire pour développer une capacité
budgétaire propre à la zone euro qui lui permettrait de soutenir des réformes
structurelles à grande échelle et pour rendre possibles des formes de
mutualisation de la dette qui faciliteraient la résolution des problèmes d’endettement
élevé et de segmentation financière, qui comptent au nombre des fardeaux
hérités de la crise. 3.2.2
Une capacité budgétaire propre à la zone euro En
s’appuyant sur l’expérience de la coordination ex ante systématique des grandes
réformes structurelles et sur l’instrument de convergence et de compétitivité,
la zone euro devrait être dotée d’une capacité budgétaire spécifique. Celle-ci
devrait être autonome, en ce sens que ses revenus dépendraient uniquement de
ressources propres, et elle pourrait en dernier ressort recourir à l’emprunt. Elle
devrait être efficace et prévoir des ressources suffisantes pour soutenir des
réformes structurelles importantes dans une grande économie en difficulté. Cette
capacité budgétaire propre à la zone euro pourrait dans un premier temps être
développée sur la base d’actes de droit dérivé, comme il est expliqué au point
3.1.3. Sa montée en puissance aurait cependant tout à gagner de nouvelles bases
spécifiques conférées par le traité, qui seraient nécessaires si cette capacité
devait être en mesure de recourir à l’emprunt. 3.2.3 Un fonds
d’amortissement de la dette Le fait de renforcer nettement
le cadre de gouvernance économique et budgétaire pourrait permettre de réduire
la dette publique lorsqu’elle s’éloigne trop des critères du pacte de stabilité
et de croissance, par la création d’un fonds d’amortissement de la dette
subordonné à une stricte conditionnalité. La proposition initiale d’un
fonds européen d’amortissement de la dette en tant qu’instrument de gestion
immédiate de la crise a été élaborée par le conseil allemand des experts
économiques dans le cadre d’une stratégie de réduction de la dette à l’échelle
de la zone euro. Afin de limiter l’aléa moral et
de garantir la stabilité de la structure ainsi que le remboursement des
paiements, ce conseil a proposé la mise en place de différents dispositifs de
contrôle et de stabilisation, tels que: 1) une stricte conditionnalité,
similaire aux règles prévues dans les programmes du Fonds européen de stabilité
financière et du mécanisme européen de stabilité; 2) des astreintes immédiates
en cas de non-respect des règles; 3) un contrôle strict par une institution
désignée (par exemple, la Cour de justice de l’UE); 4) un arrêt immédiat de
tout transfert de dette vers le fonds au cours de la phase de déploiement en
cas de non-respect des règles; 5) un nantissement des réserves internationales
des États membres (réserves de devises étrangères ou d’or) en garantie de leurs
dettes et/ou une affectation de taxes (éventuellement nouvelles) pour couvrir
le service de la dette (par exemple, recettes de la TVA), afin de limiter le
risque lié à la dette. La Commission convient qu’un
cadre économique et budgétaire solide est une condition nécessaire à la mise en
place d’un fonds d’amortissement efficace. Un pouvoir d’intervention accru dans
l’élaboration et la mise en œuvre des politiques budgétaires nationales ainsi
qu’un contrôle renforcé de ces politiques seraient justifiés, ainsi qu’il est
expliqué au point précédent. Pour que les programmes d’ajustement soient
crédibles, il conviendrait de créer de bonnes conditions budgétaires au moment
de l’entrée d’un État membre dans le système. À cet égard, il conviendrait au
minimum de respecter la trajectoire d’ajustement qui doit conduire à la
réalisation de l’objectif à moyen terme tel que proposé par la Commission. Un fonds européen
d’amortissement de la dette subordonné à une stricte conditionnalité (voir
également l’annexe 3) pourrait fournir l’assurance d’une réduction crédible de
la dette publique, en ramenant le niveau de cette dette sous la barre des
60 % prévue dans le traité de Maastricht. L’introduction d’un tel cadre
pourrait également témoigner de la volonté et de la capacité des États membres
de la zone euro de réduire leurs niveaux d’endettement et de l’importance qu’ils
attachent à cette réduction, ce qui permettrait de baisser les coûts globaux de
financement des États membres surendettés. En garantissant le financement de la
réduction de la «dette excessive» à un coût soutenable, en association avec des
mesures d’encouragement et un contrôle continu de cette réduction, ce cadre
donnerait aux États membres de la zone euro la possibilité de réduire leurs
dettes de manière à faciliter les investissements dans des mesures propices à
la croissance. Il pourrait par ailleurs contribuer à ce que la dette soit
réduite en toute transparence et de manière coordonnée dans l’ensemble de la
zone euro, et venir ainsi compléter les mesures de coordination des politiques
budgétaires. La création d’un tel fonds
d’amortissement de la dette ne pourrait être envisagée que dans le cadre d’une
révision des traités actuels. Pour des raisons de responsabilité, l’acte
portant création d’un tel fonds devrait être élaboré avec une grande précision
juridique en ce qui concerne le montant maximal de la dette transférable, la
durée maximale de l’opération et toutes les autres caractéristiques du fonds,
afin de garantir la sécurité juridique requise par les droits constitutionnels
nationaux. Le
fonds d’amortissement de la dette pourrait être élaboré sur la base d’un modèle
garantissant une responsabilité suffisante, qui pourrait être le suivant: une
nouvelle base juridique dans les traités permettrait la création du fonds
moyennant une décision du Conseil, adoptée à l’unanimité des membres de la zone
euro avec l’accord du Parlement européen, et sous réserve de ratification par
les États membres conformément à leurs obligations constitutionnelles. Cette
décision fixerait le volume maximal, la durée et les conditions de
participation au fonds. Une autorité européenne chargée de la gestion de la
dette, relevant de la Commission et responsable devant le Parlement européen,
gérerait ensuite le fonds conformément aux règles fixées dans la décision du
Conseil. 3.2.4
Bons du Trésor européens («eurobills») La
crise a eu pour effet important, entre autres, la réévaluation du risque de
crédit souverain au sein de la zone euro. Après plus d’une décennie pendant
laquelle les États membres ont pu emprunter à des conditions pratiquement
identiques, les marchés ont recommencé à appliquer des primes de risque
différentes suivant les pays. Les obligations émises par les États membres de
la zone euro les plus faibles ont été négociées avec des rendements
considérablement plus élevés, ce qui a eu des retombées négatives sur la viabilité
des finances publiques des États concernés ainsi que sur la solvabilité des
établissements financiers détenant ces titres parmi leurs actifs. Cette
segmentation du risque de crédit, conjuguée à la distorsion nationale qui
caractérise les établissements financiers, s’est révélé un puissant facteur de
fragmentation financière au sein de la zone euro. Les banques surexposées aux
emprunteurs souverains plus faibles ont de plus en plus de mal à se refinancer
et les conditions de crédit au secteur privé sont devenues très différentes
suivant la localisation de l’emprunteur. Simultanément, la segmentation du
marché financier empêche la transmission de la politique monétaire et un
assouplissement au niveau central ne se traduit pas par une amélioration appropriée
des conditions de prêt là où elle serait plus justifiée. À
la lumière de cette situation, des arguments solides plaident en faveur de la
création d’un nouvel instrument de dette souveraine pour la zone euro. Une
solution possible pour stimuler l’intégration des marchés financiers de la zone
euro, et en particulier pour stabiliser les marchés des emprunts d’État, serait
le recours à des bons du Trésor européens («eurobills»). Cette émission en
commun de dette à court terme (échéances maximales de 1 ou 2 ans) par les États
membres de la zone euro constituerait un instrument puissant pour lutter contre
la fragmentation actuelle, en réduisant la spirale négative entre l’État et les
banques tout en limitant l’aléa moral. En outre, il contribuerait aussi à
rétablir la bonne transmission de la politique monétaire. Les «eurobills»
pourraient progressivement remplacer les créances à court terme existantes,
sans augmenter le montant global des dettes à court terme nationales de la zone
euro. Ces
«eurobills» pourraient contribuer à compléter les marchés financiers européens
par la création d’un grand marché intégré de titres à court terme dans la zone
euro. Vu le rôle important des titres à court terme pour la gestion de la
trésorerie et la nature à court terme des bons du Trésor, ces titres jouissent
d’une qualité de crédit particulièrement élevée. Parallèlement, leur nature à
court terme et renouvelable permet d’adapter rapidement les systèmes de
financement au comportement budgétaire des États membres, ce qui encourage la
discipline budgétaire. Une
émission commune renforcerait la stabilité financière dans la mesure où elle
garantirait la fourniture rapide de liquidités à court terme à tous les États
membres de la zone euro. Elle créerait également un panier d’actifs sûrs dans
l’ensemble de la zone euro, ce qui faciliterait grandement la gestion des
liquidités des établissements financiers et réduirait ainsi les distorsions
nationales souvent marquées, qui se sont révélées très préjudiciables dans les
situations de crise. Les «eurobills» contribueraient aussi fortement à la
conduite de la politique monétaire dans la zone euro, dès lors que les canaux
de transmission seraient renforcés et harmonisés. Ils seraient donc pleinement
compatibles avec l’idée d’un fonds d’amortissement, qu’ils viendraient
compléter. Étant
donné qu’il s’agit d’instruments financiers requérant des garanties solidaires
de la part des États membres participants, il y aurait lieu de modifier les
traités pour permettre leur développement. Les «eurobills» ne se substituent
pas à une meilleure gouvernance économique ni à une meilleure discipline
budgétaire. La mise en œuvre d’un tel instrument commun de la dette
nécessiterait une coordination plus étroite et un contrôle plus strict de la
gestion de la dette des États membres afin de garantir des politiques
budgétaires nationales viables et efficaces. Cette fonction de contrôle et de
gestion pourrait être assurée par un «Trésor» de l’UEM relevant de la
Commission. 3.3 Une vision à plus long
terme pour l’UEM À plus long terme, l’Union
européenne devrait évoluer vers une union bancaire, une union budgétaire et une
union économique complètes, qui requièrent toutes, comme quatrième élément, une
légitimité et une responsabilité démocratiques appropriées dans le cadre du
processus décisionnel. Ce processus exigera une réforme majeure des traités. 3.3.1. Une union bancaire
complète À plus long terme, il est
impérieux de parvenir à une union bancaire complète pour l’ensemble des
établissements bancaires. La surveillance directe exercée par la BCE en vertu
du règlement uniforme et des normes élaborés par l’ABE garantit une
surveillance de qualité constamment élevée dans l’ensemble de la zone euro. En
plus des outils de la politique macroprudentielle au niveau de la zone euro, il
existera un système efficace pour surveiller et maîtriser les risques micro- et
macroprudentiels au sein du système financier. Ce système et un système commun
de résolution des défaillances bancaires, combinés à des régimes de garantie des
dépôts efficaces et robustes dans tous les États membres, remettront
durablement le secteur bancaire sur des bases solides et contribueront à
préserver la confiance dans la stabilité durable de la zone euro. Pour
maximiser la confiance du public, il faudra également mettre en place un filet
de sécurité financier crédible et puissant. Ce processus pourrait être
facilité, en fin de compte, par le développement d’une ressource sûre de la
zone euro. Une union bancaire complète
combinant tous ces éléments constitue un élément essentiel d’une vision à long
terme de l’intégration économique et budgétaire[21]. 3.3.2 Une union budgétaire et
économique complète La phase finale de l’UEM
consisterait à parvenir à une union budgétaire et économique complète. À la fin
du processus, cette union se présenterait comme une union politique fondée sur
un partage de souveraineté adéquat et dotée d’un budget central offrant une
capacité budgétaire propre et un moyen d’imposer des décisions budgétaires et
économiques à ses membres, dans des circonstances spécifiques et bien
déterminées. La taille de ce budget central dépendrait du degré d’intégration
souhaité et de la volonté de mettre en œuvre les changements politiques qui
s’imposeraient. Une intégration aussi approfondie créerait les conditions d’une
émission commune de dette au moyen d’obligations de stabilité, ainsi que
l’explique la Commission dans son livre vert de 2011. L’absence d’un budget central
doté d’une fonction de stabilisation est considérée depuis longtemps comme une
faiblesse potentielle de la zone euro par rapport à d’autres unions monétaires
fructueuses. Un budget central offrant une
capacité budgétaire assortie d’une fonction de stabilisation L’architecture actuelle de
l’UEM repose sur des politiques budgétaires nationales décentralisées soumises
à un cadre réglementaire. La fonction de stabilisation de la politique
budgétaire dans ce dispositif est censée être déjà exercée au niveau national,
dans les limites des règles du traité et du PSC. En effet, une conception
classique des modalités de l’UEM assigne aux politiques budgétaires nationales
la tâche de réagir aux chocs spécifiques d’un pays et à la politique monétaire
la tâche de garantir la stabilité des prix et, ce faisant, de stabiliser la
situation macroéconomique à l’échelle de l’UEM. En outre, les stabilisateurs
automatiques nationaux recèlent un haut potentiel de stabilisation dans les
pays de l’UEM, compte tenu de la taille assez importante des États-providence. S’appuyant sur la capacité
budgétaire, un outil de stabilisation à l’échelle de l’UEM soutenant les
ajustements aux chocs asymétriques, favorisant une intégration et une
convergence économiques accrues et évitant le développement de flux de
transfert durables pourrait devenir un élément d’une véritable union économique
et monétaire. Un tel mécanisme devrait être strictement ciblé de manière à
s’attaquer aux asymétries et aux évolutions conjoncturelles à court terme et à
éviter ainsi des transferts permanents sur l’ensemble du cycle. Il devrait favoriser
les réformes structurelles et être soumis à des conditions politiques strictes,
afin d’éviter tout aléa moral. Un instrument commun
spécialement conçu pour assurer la stabilisation macroéconomique pourrait
fournir un système d’assurance où les risques de chocs économiques seraient
partagés par l’ensemble des États membres, réduisant ainsi les fluctuations des
revenus nationaux. Cet instrument pourrait également contribuer à améliorer la
mise en œuvre des politiques budgétaires nationales tout au long du cycle. Il
pourrait notamment encourager les restrictions budgétaires en période d’essor
économique, tout en offrant des marges de manœuvre supplémentaires pour une
politique budgétaire expansionniste en période de ralentissement. Globalement,
un instrument commun pourrait procurer des gains nets par rapport au pouvoir de
stabilisation du dispositif actuel. Selon la conception retenue, le
mécanisme pourrait se concentrer sur les chocs asymétriques ou s’étendre
également aux chocs communs à la zone euro. Bien qu’elle soit plus globale, la
seconde approche devrait néanmoins s’accompagner de solides garanties de nature
à préserver la crédibilité budgétaire, étant donné qu’un renforcement du
pouvoir de stabilisation face à des chocs défavorables communs passerait
nécessairement par une augmentation effective du volume d’emprunt total de la
zone euro pendant ces périodes de choc, et elle devrait donc être financée par
des excédents plus élevés pendant les périodes de conjoncture favorable. Dans
le cadre de cette approche, il conviendrait probablement de doter le budget
central de la capacité d’emprunter et d’émettre des obligations. Par ailleurs,
la politique monétaire resterait le principal instrument pour affronter les
chocs communs. Dans sa conception la plus simple,
un mécanisme de stabilisation visant à stabiliser les chocs asymétriques
pourrait nécessiter des paiements nets qui sont négatifs en période de
conjoncture favorable et positifs en période défavorable. Par exemple, un
système simple consisterait à déterminer les contributions/paiements nets des
pays en fonction de leur écart de production (par rapport à la moyenne). Aucune
exigence supplémentaire ne s’appliquerait à l’utilisation des paiements
provenant du fonds. D’autres modalités pourraient
également faire en sorte que les paiements provenant du fonds soient affectés à
une finalité précise, avec des effets contracycliques (comme, par exemple, dans
le système américain d’allocations de chômage, où un fonds fédéral rembourse
50 % des allocations excédant la durée standard à concurrence d’un maximum
donné, sous réserve que le chômage ait atteint un certain niveau et continue
d’augmenter). Si l’affectation des transferts pourrait renforcer le pouvoir de
stabilisation, le risque que des gouvernements compensent l’impact des
transferts par des mesures budgétaires ayant des effets opposés ne peut être
totalement écarté. Les mécanismes devraient
fonctionner de manière à éviter les «transferts permanents» entre pays. En
d’autres termes, ils devraient être conçus pour éviter qu’un pays soit pendant
trop longtemps un contributeur net ou un bénéficiaire net du mécanisme. Pour y
parvenir, il est nécessaire que les différences de transferts nets au mécanisme
entre pays ne résultent pas d’écarts absolus de revenus, mais plutôt de
situations conjoncturelles différentes. Des écarts de revenus peuvent perdurer
pendant des dizaines d’années, alors que des situations conjoncturelles
relatives peuvent très bien s’inverser en l’espace d’une décennie. Il convient
de trouver un compromis entre la mesure dans laquelle les transferts doivent
être temporaires et la mesure dans laquelle les chocs asymétriques durables
affectant la demande (p. ex. des sorties de capitaux associés à un
désendettement) pourraient être compensés[22]. Aspects institutionnels Les modifications des traités
fournissant les bases juridiques d’une telle capacité budgétaire dotée d’une
fonction de stabilisation pourraient notamment contribuer: • à créer une
nouvelle base juridique explicite permettant de constituer un fonds servant des
objectifs plus largement définis que ce qui est actuellement permis par
l’article 136 du TFUE, y compris des objectifs de stabilisation
macroéconomique; • à créer une
procédure budgétaire et relative aux ressources propres appropriée; • à créer un nouveau
pouvoir d’imposition au niveau de l’UE, ou un pouvoir permettant d’augmenter
les recettes en empruntant sur les marchés (ce qui est actuellement interdit
par les articles 310 et 311 du TFUE); • à créer un Trésor
de l’UEM au sein de la Commission; • et enfin, le cas
échéant, à permettre aux États membres de participer librement à cette capacité
budgétaire dans le cadre des préparatifs de leur adhésion à la zone euro. Pour parvenir à une union
économique et monétaire profonde et véritable, il convient d’adopter des
mesures graduelles en s’appuyant sur ce qui aura été réalisé à court et moyen
termes et en instaurant une intégration accrue sur la base d’une approche elle
aussi graduelle (étape par étape et politique par politique). De cette manière,
une coordination approfondie des politiques économiques et budgétaires,
combinée à des instruments de soutien financier à la mise en œuvre de priorités
stratégiques définies conjointement, pourrait être suivie en fin de compte de
l’émergence d’un budget central doté de mécanismes communs de stabilisation, de
l’intégration du MES dans le cadre des traités de l’UE et de mesures visant à
parvenir à la mutualisation de l’émission de dette souveraine entre les États
membres. Les progrès accomplis sur la
voie d’une union économique et monétaire profonde et véritable nécessiteraient
à moyen terme la mise en place d’une structure assimilable à un Trésor de l’UEM
au sein de la Commission, afin d’organiser les politiques communes entreprises
avec la capacité budgétaire commune dans la mesure où elles font appel à des
ressources communes et/ou à des emprunts communs. Cette structure
représenterait la nouvelle autorité budgétaire et gérerait les ressources
communes. Elle devrait être dirigée par un membre éminent de la Commission tel
que le vice-président chargé des affaires économiques et monétaires et de
l’euro, en bonne coordination avec le commissaire au budget et avec le soutien
de structures collégiales appropriées. S’il n’est pas exclu d’intégrer
le MES dans le cadre des traités actuels de l’UE, par la voie d’une décision en
application de l’article 352 du TFUE et d’une modification de la décision de
l’UE relative à ses ressources propres, il apparaît, eu égard à l’importance
politique et financière d’une telle mesure et des adaptations juridiques
qu’elle requiert, que cette option ne serait pas nécessairement moins
compliquée qu’une intégration du MES par la voie d’une modification des traités
de l’UE. Cette dernière option permettrait également la mise en place de
procédures décisionnelles adaptées. Les
différentes mesures mentionnées ci-dessus impliquent un niveau élevé de
transfert de souveraineté et, partant, de responsabilités au niveau européen.
Ce processus devrait s’accompagner de mesures d’intégration politique afin de
garantir une légitimité, une responsabilité et un contrôle démocratiques
renforcés. 4.
Union politique: légitimité et responsabilité démocratiques et gouvernance
renforcée dans une UEM véritable et approfondie 4.1.
Principes généraux Toute
action visant la légitimité démocratique, pierre angulaire d’une véritable UEM,
doit reposer sur deux principes fondamentaux. Premièrement, dans les systèmes
de gouvernance à plusieurs niveaux, il convient de placer la responsabilité à
l’échelon où la décision d’exécution est prise, tout en tenant dûment compte de
l’échelon où la décision a des incidences. Deuxièmement, dans le cadre du
développement de l’UEM et de l’intégration européenne en général, la légitimité
démocratique doit toujours être à la mesure de la souveraineté transférée des
États membres aux sphères européennes. Cela vaut tant pour les nouvelles
compétences en matière de surveillance budgétaire et de politique économique
que pour les nouvelles règles de l’UE concernant la solidarité entre les États
membres. En bref, pour faire progresser la mutualisation financière, il faut
faire avancer l’intégration politique à l’avenant. La présente section expose
quelques pistes préliminaires et non exhaustives pour la poursuite des travaux. Il découle
du premier principe qu’il revient avant tout au Parlement européen d’assurer la
responsabilité démocratique s’agissant des décisions prises au niveau de l’UE,
en particulier par la Commission. Le renforcement du rôle des institutions de
l’UE devra donc s’accompagner d’une augmentation correspondante de la
participation du Parlement européen aux procédures de l’UE. Parallèlement,
quelle que soit la forme de l’UEM au final, les parlements nationaux
continueront toujours de jouer un rôle essentiel pour assurer la légitimité de
l’action des États membres au sein du Conseil européen et du Conseil, mais
surtout des politiques budgétaires et économiques nationales, même si elles
font l’objet d’une coordination plus étroite par l’UE. La coopération entre le Parlement
européen et les parlements nationaux revêt aussi une grande utilité: elle
renforce la compréhension mutuelle et l’appropriation commune de l’UEM en tant
que système de gouvernance à plusieurs niveaux. Dès lors, des mesures concrètes
visant à l’améliorer, conformément au protocole n° 1 des traités de l’UE
et à l’article 13 du TSCG, seraient les bienvenues. Cependant, la coopération
interparlementaire en tant que telle ne garantit pas la légitimité démocratique
des décisions de l’UE. Cette légitimité requiert une assemblée parlementaire
composée de manière représentative et au sein de laquelle des votes peuvent
être émis. Le Parlement européen, et lui seul, constitue cette assemblée pour
l’UE et donc pour l’euro. Le
principe consistant à assurer un niveau de légitimité proportionné aux
transferts de souveraineté et à la solidarité au sein d’une Union politique
entraîne deux considérations d’ordre général. Premièrement,
la question de la responsabilité se pose de manières fondamentalement
différentes pour les mesures à court terme qui peuvent passer par le droit
dérivé, d’une part, et pour les étapes ultérieures qui nécessitent une
modification du traité, d’autre part. Le traité de Lisbonne a amélioré le
modèle unique de démocratie supranationale de l’UE et, en principe, établi un
niveau approprié de légitimité démocratique eu égard aux compétences actuelles
de l’UE. Dès lors, aussi longtemps que l’UEM pourra être développée sur la base
de ce traité, il serait inexact d’affirmer que des problèmes de responsabilité
insurmontables existent. Par contre, les discussions portant sur les
modifications à moyen et long terme du traité envisagées aux points 3.2 et 3.3
devront comprendre des réflexions sur les adaptations à apporter au modèle de
légitimité démocratique de l’UE. Deuxièmement,
de graves problèmes de responsabilité et de gouvernance apparaîtraient
toutefois si l’action intergouvernementale de la zone euro s’étendait largement
au-delà de ce qu’elle est aujourd’hui. Ce serait notamment le cas si ce type d’action
était utilisé pour influencer les politiques économiques menées par les États
membres. Cela poserait tout d’abord des problèmes de compatibilité avec le
droit primaire de l’UE dans ce domaine. Comme l’a confirmé la Cour de justice,
le traité confère à l’Union la mission de coordonner les politiques économiques
des États membres; le MES est conforme aux traités précisément parce qu’il n’a
pas pour objet d’assurer cette coordination, mais de fournir un mécanisme de
financement, et parce qu’il contient des dispositions expresses en vertu
desquelles la conditionnalité prévue par le traité MES – qui ne constitue pas
un instrument de coordination des politiques économiques – vise à assurer la
compatibilité des activités du MES avec le droit de l’Union et les mesures de
coordination prises par l’UE. De plus, l’action intergouvernementale ne
pourrait confier aux institutions de l’Union, telles la Commission ou la BCE,
qu’un nombre limité de missions, parmi lesquelles la coordination d’une action
collective ou la gestion d’une assistance financière, à exercer au nom des
États membres et qui ne doivent pas dénaturer les attributions que les traités
confèrent à ces institutions[23].
En tout état de cause, il est difficile d’imaginer comment organiser la
responsabilité parlementaire d’une action européenne menée au niveau
intergouvernemental dans le but d’influencer les politiques économiques des
différents États membres de la zone euro. Dans la
mesure où il est nécessaire de renforcer les structures de gouvernance dans une
UEM approfondie, celles-ci devraient donc être conçues, avec efficience et
légitimité, dans le cadre institutionnel de l’Union et conformément à la
méthode communautaire. 4.2
Optimiser la responsabilité et la gouvernance à court terme Compte
tenu des principes exposés, la discussion relative à la manière de garantir une
responsabilité démocratique et une gouvernance optimales «à traité constant»
devrait être centrée sur des mesures concrètes, en particulier celles destinées
à renforcer le débat parlementaire dans le cadre du semestre européen. À cet
égard, le point de départ devrait être le dialogue économique récemment mis sur
pied par le «six-pack», qui prévoit des discussions entre le Parlement
européen, d’une part, et le Conseil, la Commission, le Conseil européen et
l’Eurogroupe, d’autre part. On pourrait ainsi prévoir d’associer le Parlement
aux discussions sur l’examen annuel de la croissance réalisé par la Commission
et, en particulier, d’organiser deux débats au Parlement à des moments clés du
semestre européen, c’est-à-dire avant que le Conseil européen se penche sur
l’examen annuel de la croissance réalisé par la Commission et avant que le
Conseil adopte les recommandations par pays. Cela pourrait être mis en place au
moyen d’un accord interinstitutionnel entre le Parlement européen, le Conseil
et la Commission. La Commission et le Conseil pourraient aussi participer aux
réunions interparlementaires des représentants du Parlement européen et des
parlements nationaux qui se tiendraient durant le semestre européen. De plus,
pour faciliter la tâche des parlements nationaux, des membres de la Commission
pourraient assister à leurs débats concernant les recommandations adressées par
l’UE à chaque pays, à leur demande. Dans la
pratique, il conviendrait de renforcer l’application du principe consistant à
«se conformer ou s’expliquer», selon lequel le Conseil est publiquement
responsable (concrètement, devant le Parlement européen principalement) de
toute modification qu’il apporte aux propositions de la Commission concernant
la surveillance économique telles que les recommandations par pays. Dans
une UEM approfondie, le Parlement devrait aussi participer plus directement au
choix des priorités pluriannuelles de l’Union exposées dans les lignes directrices
intégrées du Conseil (les grandes orientations des politiques économiques et
les lignes directrices pour l’emploi). Le
Parlement européen devrait être informé régulièrement de l’élaboration et de la
mise en œuvre des programmes d’ajustement concernant les États membres
bénéficiant d’une aide financière, comme prévu dans le «two-pack». Il convient
de souligner que ces conditions de politique économique imposées aux États
membres s’inscrivent dans la coordination des politiques économiques menée dans
le cadre de l’UE. En
outre, le Parlement européen a la possibilité d’adapter son organisation
interne à une UEM plus forte. Par exemple, il pourrait créer une commission
spéciale sur les questions liées à l’euro qui serait chargée du contrôle et de
la prise de décisions en rapport avec la zone euro. De
même, d’autres mesures concrètes peuvent encore être prises «à traité constant»
pour améliorer le fonctionnement de l’Eurogroupe et de son organe préparatoire,
conformément à la déclaration du sommet de la zone euro du 26 octobre 2011. Enfin,
et sans que cela soit propre à l’UEM, un certain nombre de mesures
particulièrement importantes peuvent être prises pour favoriser l’émergence
d’une véritable sphère politique européenne. Parmi celles-ci figurent notamment
la désignation des candidats à la présidence de la Commission par les partis
politiques ainsi qu’une série de mesures pragmatiques réalisables conformément
au droit électoral de l’UE en vigueur, dans le contexte des élections
européennes de 2014. En outre, la proposition de révision du statut des partis
politiques européens présentée récemment par la Commission devrait être adoptée
rapidement. 4.3
Questions à examiner en cas de modification du traité Dans le
contexte d’une réforme du traité débouchant sur l’octroi de compétences
supranationales supplémentaires à l’UE, il conviendrait d’envisager les mesures
décrites ci-après afin de garantir un renforcement correspondant de la
responsabilité démocratique. Premièrement,
pour des raisons de visibilité, de transparence et de légitimité, les grandes
orientations des politiques économiques et les lignes directrices pour l’emploi
(qui, à l’heure actuelle, sont présentées ensemble en tant que «lignes
directrices intégrées» mais reposent sur deux bases juridiques distinctes)
devraient être fusionnées en un instrument unique exposant les priorités
pluriannuelles de l’Union et, élément essentiel, cet instrument devrait être
adopté par la procédure législative ordinaire prévoyant la codécision du
Parlement européen et du Conseil. Deuxièmement,
pour être légitime, un nouveau droit d'exiger la révision d'un budget national
sur la base des engagements européens, s’il est jugé nécessaire, pourrait
prendre la forme d’un acte législatif adopté en codécision. Cette solution, qui
garantirait une légitimité démocratique maximale, est justifiée, étant donné
que les budgets annuels des États membres sont également adoptés par leurs
parlements et revêtent généralement un caractère législatif. Pour garantir une
prise de décision rapide, le traité devrait être modifié de manière à prévoir
une nouvelle procédure législative spéciale comprenant une seule lecture. L’intégration
du MES dans le cadre de l’UE, telle que proposée dans le présent document,
permettrait au Parlement européen d’exercer un contrôle adéquat sur ce
mécanisme. Des
adaptations institutionnelles pourraient également être envisagées: Une
«commission de l’euro» instituée au sein du Parlement européen pourrait
aussi se voir conférer certaines compétences décisionnelles spéciales outre
celles attribuées aux autres commissions, par exemple une plus grande influence
au cours des phases préparatoires au Parlement, voire la possibilité d’exercer
certaines fonctions ou d’adopter certains actes à la place de la plénière. Au sein
de la Commission, toute mesure visant à renforcer encore davantage[24]
la position du vice-président chargé des affaires économiques et monétaires et
de l’euro nécessiterait d’adapter le principe de collégialité et donc de
modifier le traité. De telles mesures pourraient être envisagées à long terme
pour donner une orientation politique à une structure apparentée à un trésor de
l’UEM au sein de la Commission et renforcer la responsabilité démocratique de
cette structure. Dans ce contexte, une relation spéciale de confiance et de
contrôle pourrait être instaurée entre le vice-président chargé des affaires
économiques et monétaires et une «commission de l’euro» du Parlement européen.
La nature de ces mesures devrait toutefois faire l’objet d’une réflexion
approfondie. Le principe de collégialité s’applique aux décisions prises dans
tous les domaines d’action dans lesquels la Commission est compétente, de la
concurrence à la politique de cohésion. Il recouvre un mécanisme interne et
collectif d’équilibre des pouvoirs qui contribue à renforcer la légitimité de
l’action de la Commission. Par ailleurs, on appelle
parfois à renforcer l’Eurogroupe davantage en le chargeant de prendre
des décisions relatives à la zone euro et à ses États membres. Cela
nécessiterait une modification du traité, car la nature purement informelle de
l’Eurogroupe établie dans le protocole n° 14 en fait un simple forum de
discussion sans compétences décisionnelles. Ceci dit, les traités en vigueur,
et plus particulièrement les articles 136 et 138 du TFUE, ont déjà créé un
modèle selon lequel le Conseil adopte certaines décisions par le seul
vote des membres de la zone euro. Dans le présent document, la Commission
plaide en faveur de la création de bases juridiques supplémentaires dans le
traité suivant ce modèle. Dans la pratique, la principale différence entre ce
modèle et un Eurogroupe doté de compétences décisionnelles serait que, dans le
second cas, les représentants des États membres qui ne font pas partie de la
zone euro seraient exclus non seulement du vote, mais aussi des délibérations
et des travaux préparatoires effectués à des niveaux inférieurs à celui des
réunions ministérielles. De l’avis de la Commission, ce ne serait pas
souhaitable, car cela reviendrait en réalité à créer un «Conseil de la zone
euro» en tant qu’institution distincte sans tenir compte de manière adéquate de
la convergence entre les membres actuels et futurs de la zone euro. En outre, il
conviendrait que la modification du traité aborde spécifiquement le
renforcement de la responsabilité démocratique de la BCE en sa qualité
d’autorité de surveillance du secteur bancaire, notamment en autorisant le
Parlement européen à exercer un contrôle budgétaire ordinaire sur cette
activité de surveillance. Dans le même temps, il pourrait être envisagé de
modifier l’article 127, paragraphe 6, du TFUE afin de rendre la procédure
législative ordinaire applicable et de supprimer certaines contraintes
juridiques que cet article impose actuellement à la conception du MSU (par
exemple, intégrer une option de participation directe et irrévocable des États
membres n’appartenant pas à la zone euro au MSU, au delà du modèle de
«coopération étroite», accorder aux États membres n’appartenant pas à la zone
euro et qui participent au MSU des droits parfaitement égaux dans le processus
de décision de la BCE et aller encore plus loin dans la séparation interne des
processus de décision en ce qui concerne la politique monétaire et la
surveillance). Une modification du traité conférant un statut particulier aux
agences dans le domaine de la régulation financière et renforçant leur
caractère supranational, donc leur responsabilité démocratique, peut également
être envisagée. Non seulement, cela accroîtrait très fortement l’efficacité des
AES, mais cela faciliterait grandement l’établissement et le fonctionnement du
mécanisme de résolution unique à créer. Un autre moyen de
renforcer la légitimité de l’UE serait d’étendre les compétences de la Cour de
justice en supprimant l’article 126, paragraphe 10, du TFUE, autorisant ainsi
les procédures d’infraction pour les États membres, ou en créant de nouvelles
compétences et procédures spéciales, sans toutefois oublier que certaines
questions ne se prêtent pas à un contrôle juridictionnel complet. Si une réforme du traité
devait porter sur des questions dépassant le cadre de l’UEM, elle devrait
notamment avoir pour objectif de généraliser la procédure législative
ordinaire, et donc la codécision entre le Parlement européen et le Conseil,
votant à la majorité qualifiée, et de supprimer les procédures législatives
spéciales encore applicables dans certains cas. Enfin, une modification
du traité pour permettre la mutualisation de l’émission de dette souveraine,
s’appuyant sur une garantie conjointe et solidaire de l’ensemble des États
membres de la zone euro, entraînerait des problèmes spécifiques pour garantir
une responsabilité démocratique appropriée. En effet, le problème de
responsabilité sous-jacent est lié au fait que cette garantie conjointe et
solidaire, si elle est réclamée par les créanciers, pourrait constituer une
charge financière considérable pour les finances d’un État membre donné, dont
le Parlement national est responsable, même si cette charge est le résultat de
décisions politiques qui ont été prises au fil du temps par un ou plusieurs
autres États membres, sous la responsabilité de leurs parlements. Tant que l’UE
ne dispose pas de pouvoirs très étendus lui permettant de déterminer la
politique économique de la zone euro et que le Parlement européen ne peut
décider des ressources d’un budget central important, ce problème fondamental
de responsabilité ne pourra être réglé simplement en confiant la gestion d’une
dette souveraine mutualisée à un organe exécutif de l’UE, même si celui-ci est
responsable devant le Parlement européen. À l’inverse, le problème
ne se poserait plus au sein d’une union budgétaire et économique à part
entière, qui disposerait d’un budget central important tirant en grande partie
ses ressources d’un pouvoir d’imposition autonome et ciblé et de la possibilité
pour l’UE d’émettre de la dette souveraine, ainsi que dans le cadre d’une
souveraineté exercée en commun, à grande échelle, en ce qui concerne la
politique économique au niveau de l’UE. Le Parlement européen disposerait alors
de pouvoirs renforcés de colégislation concernant cette imposition autonome et
assurerait le contrôle démocratique nécessaire de toutes les décisions prises
par l’exécutif de l’UE. Les États membres ne seraient pas conjointement et
solidairement responsables de la dette souveraine des autres États membres
mais, tout au plus, de celle de l’UE. Si le traité est modifié
pour permettre, dans une phase transitoire, l’émission d’«eurobills» à court
terme, et que les pouvoirs en matière de gouvernance économique sont renforcés,
un modèle de responsabilité reposant à la fois sur l’UE et sur les États devra
être élaboré. Le Parlement européen sera responsable pour les décisions
relatives à la gestion des «eurobills» qui seront prises par un trésor public
de l’UEM au sein de la Commission. Toutefois, il convient que le Conseil prenne
également des décisions, adoptées à l’unanimité des États membres de la zone
euro, avec l’approbation du Parlement européen, lors du premier établissement
et des renouvellements périodiques du système des «eurobills». Les États
membres pourraient prévoir, dans leurs systèmes constitutionnels nationaux, le
degré de responsabilité de leur parlement national qu’ils estiment nécessaire
pour approuver les décisions relatives à l’établissement et au renouvellement
du système. La proposition d’un
fonds d’amortissement de la dette soulève des problèmes de responsabilité d’une
autre nature. L’élaboration d’un modèle garantissant une responsabilité
adéquate pour un fonds d’amortissement de la dette présuppose que sa base
juridique puisse être établie avec une grande précision juridique en ce qui
concerne la dette négociable maximale, la durée maximale de fonctionnement du
fonds et tous les autres éléments, afin de garantir la sécurité juridique
requise en vertu des lois constitutionnelles nationales. Le cas échéant, une
nouvelle base juridique inscrite dans le traité pourrait être imaginée, qui
permettrait d’établir le fonds par décision du Conseil, adoptée à l’unanimité
des États membres de la zone euro, avec l’approbation du Parlement européen, et
soumise à ratification par les États membres conformément aux dispositions de
leur Constitution. Cette décision fixerait le volume maximal, la durée et les
conditions précises de la participation au fonds. La Commission, responsable
devant le Parlement européen, gérerait ensuite le fonds conformément aux règles
précises fixées dans la décision du Conseil. ANNEXE 1: L’«instrument de
convergence et de compétitivité» La progression vers une
véritable union économique et monétaire dans le domaine de la coordination des
politiques économiques devrait être fondée sur le système actuel, mais dans le
cadre d’un processus renforcé. L’appropriation nationale des réformes dans un
tel cadre constituerait un élément essentiel, accompagnée d’une accentuation
graduelle du rôle joué par les orientations émises au niveau de la zone euro
lorsque les États membres ne prennent pas les mesures qui s’imposent. Des
répercussions accrues dans l’union monétaire imposent un tel processus plus
rigoureux de coordination des politiques économiques des États membres de la
zone euro. Le législateur pourrait donc, sur la base des traités actuels,
instituer un cadre intégré de suivi des politiques économiques constitué de
deux éléments: 1) un mécanisme de coordination préalable systématique de tous
les projets de réforme d’importance majeure des États membres, dans le cadre du
semestre européen prévu à l’article 11 du traité sur la stabilité, la
coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire
(TSCG); 2) un «instrument de convergence et de compétitivité», dans le cadre de
la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, fondé sur des
dispositions contractuelles entre la Commission et les États membres de la zone
euro et couplé à la possibilité d’un soutien financier. Ce cadre complèterait la
procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, ainsi que le cadre
existant de surveillance de la situation budgétaire des États membres (le pacte
de stabilité et de croissance). Il aurait une double finalité: premièrement, de
renforcer les procédures existantes, notamment la coordination préalable des
réformes économiques d’importance majeure; deuxièmement, de renforcer le
dialogue avec les États membres de la zone euro, en vue d’améliorer l’appropriation
nationale par l’introduction de dispositions contractuelles à conclure entre la
Commission et les États membres. Ce cadre serait couplé à un régime spécifique
de soutien financier, et cela constituerait la phase initiale de la mise en
place d’une capacité budgétaire pour l’UEM. Les dispositions contractuelles et
le soutien financier seraient regroupés en un «instrument de convergence et de
compétitivité» (ICC) pour l’UEM. La Commission exposera dans les
propositions à venir les modalités précises tant du mécanisme de coordination
préalable des réformes que de l’instrument de convergence et de compétitivité
fondé sur des dispositions contractuelles et assorti d’un soutien financier.
Ses propositions viseront également à rationaliser les procédures existantes
qui ont été instituées au cours du temps (semestre européen, programmes
nationaux de réforme, procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques,
etc.). Le processus envisagé
évoluerait comme suit Les innovations apportées au
semestre européen consisteraient en l’introduction d’une coordination préalable
systématique des réformes économiques d’importance majeure, un renforcement du
dialogue avec les États membres, l’introduction de dispositions quasi‑contractuelles
à convenir entre la Commission et les États membres de la zone euro (ci‑après:
les «contrats»), et un soutien financier lié à la mise en œuvre des contrats. 1. La
Commission publie les EAC et une proposition de lignes directrices intégrées
(grandes orientations des politiques économiques - GOPE – et lignes directrices
pour l’emploi – LDE), qui exposerait les priorités et objectifs (quantifiés ou
non) pour l’année à venir, tant en ce qui concerne les politiques des États
membres que celles de l’UE. Les mesures au niveau de l’UE pourraient inclure
des propositions concrètes d’action pour les co-législateurs après accord et
lancement. Le Parlement européen serait consulté (actuellement, cela n’est
obligatoire que pour les LDE; un accord politique serait conclu de le consulter
sur l’intégralité des lignes directrices). Parallèlement, la Commission
présente le rapport sur le mécanisme d’alerte, où sont identifiés les États
membres considérés comme frappés de déséquilibres et qui feront ensuite l’objet
d’un bilan approfondi (en vue d’apprécier l’existence de ces déséquilibres et,
dans l’affirmative, s’ils sont excessifs). 2. Sur la
base de ces lignes directrices, chaque État membre de la zone euro soumet un
programme national de réforme, un document unique contenant des propositions de
mesures politiques axées sur l’amélioration de sa croissance et de sa
compétitivité, ainsi qu’un programme de stabilité exposant ses projets
budgétaires à moyen terme. 3. La
Commission évalue les programmes et présente son évaluation dans plusieurs
documents de travail de ses services, dans lesquels elle met aussi en évidence
les défis subsistants. Ces documents seraient publiés plus tôt qu’aujourd’hui,
pour permettre un dialogue sur l’analyse de la Commission. Parallèlement, cette
dernière rédige une évaluation horizontale des réformes économiques d’importance
majeure proposées dans les pays de la zone euro. Ce document horizontal et ses
conclusions font l’objet d’une discussion au sein de l’Eurogroupe/ECOFIN en vue
d’une coordination préalable systématique des principaux plans de réforme. 4. Ensuite,
la Commission soumet une proposition de recommandations spécifiques par pays
(RSP) exposant les mesures politiques spécifiques convenues ainsi que le
calendrier de mise en œuvre envisagé. Parallèlement, elle présente aux États
membres connaissant des déséquilibres excessifs une recommandation établissant
l’existence de ceux-ci et préconisant que les États membres concernés prennent
des mesures correctives. Le processus de dialogue informel sur l’analyse
politique permettra aux recommandations spécifiques par pays d’être plus
détaillées et adaptées à chaque domaine d’action, et d’être assorties d’un
échéancier. Lesdites recommandations seraient centrées sur un petit nombre d’éléments
essentiels liés à la croissance et aux remèdes aux faiblesses dans l’État
membre concerné. Cet accent et cette spécificité accrus pourraient donner une
plus grande impulsion aux efforts de réforme dans les États membres. 5. Après l’adoption
des recommandations spécifiques par pays et des recommandations au titre de la
procédure concernant les déséquilibres excessifs par le Conseil, les États
membres relevant des volets préventif et correctif soumettent (sur une base
volontaire pour les premiers, obligatoire pour les seconds) une proposition de
«contrat» exposant les mesures politiques spécifiques qu’ils entendent mettre
en œuvre et un calendrier pour ces mesures, sur la base des recommandations
susmentionnées. Pour les États membres soumis à la procédure concernant les déséquilibres
excessifs, le plan de mesures correctives (PMC) correspondrait au «contrat» à
adopter avec la Commission. Pour ceux relevant du volet préventif de la
procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, le «contrat»
consisterait en un plan de mesures similaire à celui imposé par la procédure
concernant les déséquilibres excessifs. Pour les États membres relevant
du volet correctif, la négociation du «contrat» correspond à l’adoption du plan
de mesures correctives, de sorte que les articles 8 à 12 du
règlement n° 1176/2011 sont d’application. Pour les États membres relevant
du volet préventif, une procédure et des délais similaires devraient s’appliquer,
y compris en ce qui concerne le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des
mesures prévues dans les «contrats». Toutefois, aucune sanction n’est
applicable. Chaque année, les États membres
présenteraient un rapport sur l’évolution de la mise en œuvre de leurs
«contrats» dans leurs programmes nationaux de réforme. 6. Les
contrats seraient assortis d’un soutien financier. Ils seraient liés aux RSP
découlant de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques, qui
ont pour objectif essentiel le renforcement de la capacité d’ajustement et de
la compétitivité des États membres, domaines dans lesquels des réformes
auraient des répercussions favorables majeures pour les autres États membres
et, partant, sont nécessaires pour assurer un bon fonctionnement de l’UEM. Le soutien financier
consisterait en un montant forfaitaire, alloué par «contrat» et non à des
réformes spécifiques. La définition et l’utilisation des montants concernés et
les modalités de versement (qui pourrait être effectué en plusieurs tranches)
seront soumises à une conditionnalité (mesures/réformes à mettre en œuvre par
les États membres) et devront également être précisées dans le «contrat». Outre les sanctions et
procédures y afférentes applicables aux États membres relevant du volet
correctif (comme prévu dans le règlement n° 1174/2011), les «contrats»
pourraient être exécutés du fait du pouvoir conféré à la Commission d’adresser
des avertissements (en application de l’article 121, paragraphe 4,
TFUE) si un État membre ne se conforme pas à son «contrat». Ces avertissements,
que la Commission peut adresser automatiquement, pourraient inclure un appel
aux États membres de mettre fin à leur manquement, assorti d’un délai. À
défaut, le soutien financier peut être retiré. Le soutien financier sera
financé par un Fonds ou un instrument financier spécial, comme indiqué dans le
corps du texte. Il sera demandé aux États membres de la zone euro de contribuer
à ce Fonds, sur la base d’une clé de contribution liée au PIB. Lorsque la Commission soumettra
sa proposition relative au renforcement et à la rationalisation des procédures
existantes, elle examinera également les risques de conséquences non désirées
que l’introduction d’un tel soutien financier pourrait générer, comme l’aléa
moral (par exemple, la récompense de performances relativement médiocres) ou
les «pertes de poids mort» (réformes qui auraient de toute façon été menées,
même sans mesure d’incitation supplémentaire). ANNEXE 2: Représentation
extérieure de la zone euro Le renforcement à convenir de l’intégration
devra se refléter dans les relations extérieures, notamment par une évolution
vers une représentation économique extérieure unifiée de l’Union, en
particulier de la zone euro. Un accroissement du rôle de l’union économique et
monétaire fait partie intégrante des efforts actuels en vue d’améliorer la
gouvernance économique dans la zone euro. Un des principaux enseignements de la crise
est que, face à un choc mondial requérant une réponse collective, le facteur
déterminant pour influencer le type de réponse politique apportée par les
institutions financières et les enceintes internationales est la dimension de
la zone euro. Ces dernières années, l’Union européenne est devenue, en
particulier en raison de l’euro, l’interlocutrice naturelle des principales
puissances économiques lors des discussions sur la croissance mondiale, l’aide
financière ou la réglementation financière. Toutefois, à cause de la
fragmentation actuelle de sa représentation dans les institutions financières
et les enceintes internationales, la zone euro n’a pas une influence et un
pouvoir de décision proportionnels à son poids économique. Les efforts visant à renforcer la
gouvernance économique de la zone euro doivent, pour être pleinement efficaces,
être accompagnés d’une évolution vers une représentation extérieure de la zone
euro plus unifiée et cohérente. Une telle évolution devrait refléter le
renforcement considérable de la gouvernance économique intérieure actuellement
en cours. La représentation extérieure de la zone
euro[25]
devrait être renforcée pour lui permettre de jouer un rôle plus actif tant dans
les institutions et enceintes multilatérales que dans le dialogue bilatéral
avec les partenaires stratégiques, ce qui devrait aboutir à la communication d’un
message unique sur des questions telles que la politique économique et
budgétaire, la surveillance macroéconomique, les politiques de taux de change
et la stabilité financière. Pour atteindre ces objectifs, il faudra un
accord sur une feuille de route visant à rationaliser et unifier la
représentation extérieure de la zone euro dans les organisations économiques et
financières et les enceintes internationales. Une attention prioritaire devrait être
accordée au FMI, qui est par ses instruments de crédit et son activité de
surveillance un acteur institutionnel essentiel de la gouvernance économique
mondiale. En ce moment, les 17 États membres de la zone euro sont dispersés
entre huit groupes et présidences et détiennent jusqu’à cinq postes de
directeurs. La présence des institutions de l’UE dans le FMI est actuellement
très limitée. La Banque centrale européenne a le statut d’observateur au
conseil d’administration du FMI et à l’IMFE. La Commission européenne ne
possède ce statut qu’auprès de l’IMFE. L’article 138,
paragraphe 2, TFUE prévoit l’adoption de mesures appropriées pour
assurer une représentation unifiée au sein des institutions et conférences
financières internationales. L’objectif sous-tendant cet article du traité est
d’obtenir une représentation renforcée et unifiée de l’Union pour les États
membres de la zone euro dans ces institutions et conférences, l’efficacité des
modalités informelles actuelles de représentation de la zone euro ayant été
jugée insatisfaisante[26]. Il y a
lieu de renforcer l’infrastructure de coordination de la zone euro, à Bruxelles
et à Washington. Le processus de coordination de la zone euro doit être
amélioré, et les États membres devraient être tenus de se rallier à des
messages communs. Les groupes devraient être réorganisés afin de regrouper les
pays en groupes de la zone euro au sein du FMI, qui pourraient également
inclure de futurs États membres de la zone euro. Parallèlement, il conviendrait
de chercher à obtenir pour la zone euro un statut d’observateur au conseil d’administration
du FMI. Tout cela suppose des négociations avec ce dernier. Les membres de la
zone euro partagent une monnaie unique, une politique monétaire et de taux de
change unique, ainsi que la gestion de leurs réserves de change par l’intermédiaire
du Système européen de banques centrales. Les modifications apportées récemment
à la gouvernance de la zone euro ont changé en profondeur le mode de
coordination au niveau européen des politiques budgétaires et économiques. Dans
les questions concernant la zone euro, la Commission européenne est devenue une
interlocutrice naturelle du FMI. En outre, plus récemment, la Commission et la
BCE ont coopéré étroitement avec le FMI dans la négociation des assistances
financières allouées à certains États membres de la zone euro et de l’UE, et
elles ont apporté de façon générale leur collaboration au FMI en matière de
surveillance. Dans ce contexte, l’octroi du statut d’observateur à la zone
euro, représentée par la Commission européenne (en association avec la Banque
centrale européenne pour les questions de politique monétaire), est essentielle
pour renforcer les synergies de coopération entre le FMI et les institutions
qui sont au cœur de la gestion quotidienne de la zone euro. Pour atteindre l’objectif à plus long terme
d’un siège unique de la zone euro au FMI, il conviendrait d’envisager une
approche globale permettant à tous les acteurs concernés de prendre les mesures
institutionnelles nécessaires à cette fin. En termes de mesures concrètes, la
Commission européenne: · présentera
une feuille de route prévoyant des mesures de regroupement à terme de la représentation
de la zone euro au FMI en un siège unique; · soumettra
en temps voulu, en vertu de l’article 138, paragraphe 2, TFUE, des
propositions formelles visant à l’élaboration d’une position commune en vue d’obtenir
pour la zone euro un statut d’observateur au conseil d’administration du FMI,
et ensuite un siège unique; · soumettra
une proposition d’amélioration de la coordination entre les États membres en
matière de questions liées au FMI ayant un rapport avec l’UEM; · envisagera
d’exercer les pouvoirs dont elle dispose en vertu de l’article 138,
paragraphe 1, TFUE pour proposer des positions communes concernant les
questions qui revêtent un intérêt particulier pour l’UEM au sein des
institutions et des conférences financières internationales compétentes; · favorisera
la représentation de la zone euro dans le contexte des relations bilatérales
avec les principaux partenaires économiques. Le cadre des discussions avec la
Chine sur les questions macroéconomiques et de taux de change (qui sont menées
par une délégation de la zone euro[27]),
pourrait servir de modèle. ANNEXE 3: Un Fonds européen d’amortissement Le concept de Fonds d’amortissement
(FA) a été présenté pour la première fois en 2011 par le conseil allemand d’experts
économiques. L’idée centrale du FA est de fournir un cadre permettant de
ramener la dette publique des États membres de la zone euro à des niveaux
soutenables, en réduisant leurs coûts globaux de financement en échange d’engagements
supplémentaires en matière de gouvernance budgétaire. Vu de manière schématique, la
dette publique des États membres serait divisée en deux parties: 1) l’une,
équivalent à 60 % du PIB, plafond prévu par le pacte de stabilité et de
croissance, qui resterait de la responsabilité de chaque État membre; et 2) l’autre,
constituant la part de la dette dépassant le plafond de 60 % du PIB, qui
serait transférée et regroupée en un FA, et qui appartiendrait donc à ce
dernier, bien que les États membres soient tenus de rembourser de façon
autonome la dette transférée dans un délai spécifique (par exemple
25 ans). Le FA s’autofinancerait en émettant ses propres obligations, qui
seraient gérées collectivement par tous les États membres participants. Afin de
rendre ces obligations du FA attrayantes et concurrentielles sur le marché, les
investisseurs devraient obtenir des garanties suffisantes au sujet de la
qualité de crédit de leur titre. Lesdites obligations devraient donc idéalement
être assorties d’un cautionnement solidaire de tous les États membres de la
zone euro. Ce cautionnement solidaire conduirait à un coût de financement
relativement peu élevé pour les États membres participants et allègerait ainsi
la charge globale de la dette qui pèserait sur eux. Le calendrier de
remboursement de chaque État membre devra être spécifié avec précision et être
fondé sur une méthode de calcul transparente spécifiant le type de versements
(linéaires ou variables selon la situation économique, par exemple sous forme
de pourcentage du PIB, ce qui adapterait les paiements annuels au cycle économique).
Le schéma du système est décrit dans le tableau 1. Tableau
1: Schéma du Fonds européen d’amortissement La méthode du FA pose un
problème d’aléa moral, dès lors que le cautionnement solidaire et les coûts de
financement plus faibles pour les États membres qui s’ensuivent pourraient
créer une incitation non souhaitée à l’aggravation de sa dette. Ce risque d’aléa
moral devra être compensé par des engagements supplémentaires des États membres
en matière de gouvernance économique. À titre de condition préalable à la
participation au FA, un processus d’assainissement budgétaire et de réformes
structurelles serait fixé pour l’État membre concerné, ce qui obligerait
celui-ci à rembourser de façon autonome le montant transféré dans un délai
déterminé. Les accords de consolidation et de réformes sont une condition
essentielle de crédibilité, et ils pourraient inclure: i) l’affectation
spécifique de recettes fiscales aux obligations de paiement au Fonds d’amortissement,
ii) des dépôts en collatéral, iii) l’obligation de mener à bien des
réformes structurelles convenues antérieurement, ainsi que des mesures d’assainissement.
En cas de manquement, le transfert de dette nationale au Fonds d’amortissement
pourrait être arrêté immédiatement. En pratique, l’amortissement de
dettes arrivant à échéance et les nouveaux besoins de financement des États
membres participants seraient financés par les fonds générés par la vente d’obligations
du FA[28]
jusqu’à ce que les obligations transférées atteignent les montants convenus. Un
cadre juridique/un contrat clairs et stricts régissant ce transfert de dette
seront nécessaires, portant notamment sur: i) les montants maximaux
pouvant être transférés[29],
ii) le tableau de remboursement, et iii) la prééminence des obligations
émises par le FA sur les obligations nationales. À la suite du transfert au FA,
la dette totale d’un pays serait divisée en deux parties: la dette nationale et
les obligations émises par le FA[30]
(voir le tableau 2). Tableau 2: Structure de la
dette des États membres dans le cadre d’un régime de Fonds d’amortissement Sources: Commission européenne, prévisions de l’automne
2012, prévisions relatives à la dette pour 2013 La création d’un FA soulèverait
plusieurs difficultés. Premièrement, même si l’ensemble de la zone euro
tirerait profit d’une baisse du risque souverain et systémique liée à la
réduction des montants globaux d’endettement, en particulier dans les pays plus
vulnérables, les États membres bénéficiant d’une note de crédit élevée semblent
bénéficier relativement peu du Fonds. Il y aurait donc lieu de mettre en place
des mesures d’encouragement à leur participation. Deuxièmement, comme une dette
excessive serait couverte par des cautionnements solidaires, elle serait
convertie en un actif à risque relativement peu élevé, de sorte que l’effet
disciplinant sur le marché serait significativement affaibli. En effet, cet
élément serait transféré intégralement aux garants conjoints. Troisièmement, le
FA a pour but de réduire les niveaux d’endettement et les États membres ne
devraient pas être incités à prolonger sans nécessité leur participation au FA
avec pour seul objectif de faire baisser leurs coûts de financement. Enfin, du
point de vue du marché, une durée limitée du système réduirait la liquidité du
marché dans la période finale dudit système, ce qui remettrait en question le
rôle et l’utilisation des obligations émises en commun en tant que référence,
ainsi que la probabilité de l’établissement de marchés spécifiques de produits
dérivés. Après l’expiration de l’émission commune, le marché des fonds d’État
de la zone euro serait aussi peu intégré qu’aujourd’hui et aucun des avantages
potentiels de l’émission commune ne serait obtenu. [1] L’adjectif «fiscal»
dans la version anglaise est utilisé ici dans le sens de «budgetary» - sans
incidence sur la version française. [2] Le
cadre politique de l’UEM est composé d’une série de dispositions détaillées du
traité, qui a) établissent la Banque centrale européenne (BCE) en tant qu’autorité
monétaire indépendante pour la zone euro; b) élaborent un ensemble de règles
régissant la conduite des politiques budgétaires nationales (notamment la
procédure concernant les déficits excessifs, l’interdiction du financement
monétaire et de l’accès privilégié, et la clause de «no bail-out»); et c)
régissent la surveillance des politiques économiques d’une manière plus
générale dans les États membres. [3]
http://ec.europa.eu/economy_finance/publications/publication_summary12680_fr.htm [4] Voir les communications de la Commission du 12 mai
2010 (COM(2010) 250 final) et du 30 juin 2010 (COM(2010) 367 final) et ses
propositions législatives du «six-pack» du 29 septembre 2010 (COM(2010) 522 à
527 final). [5] Arrêt du 27 novembre
2012 dans l’affaire C-370/12 Pringle. La Cour a également confirmé la validité
de la décision 2011/199/UE du Conseil modifiant l’article 136 TFUE, et confirmé
que les États membres sont libres de conclure et de ratifier le Traité MES
avant l’entrée en vigueur de ladite décision. [6] Communiqué de presse de
la BCE du 6 septembre 2012 sur les caractéristiques techniques des transactions
monétaires directes:
http://www.ecb.int/press/pr/date/2012/html/pr120906_1.en.html [7] COM(2011)818. [8] Voir la communication
de la Commission intitulée «Feuille de route pour une union bancaire» dans
laquelle la Commission expose sa stratégie globale pour la mise en place de l’union
bancaire, et couvrant le règlement uniforme, la protection commune des dépôts
et un mécanisme de résolution unique pour les banques, COM(2012) 510, http://ec.europa.eu/internal_market/finances/docs/committees/reform/20120912-com-2012-510_fr.pdf [9] http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/132809.pdf
[10] http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/132986.pdf [11] http://ec.europa.eu/internal_market/finances/docs/committees/reform/20120912-com-2012-511_fr.pdf [12] http://ec.europa.eu/internal_market/finances/docs/committees/reform/20120912-com-2012-511_fr.pdf** [13] Règlement (UE) n° 1176/2011. [14] Article 126, paragraphe 3,
TFUE: «Le rapport de la Commission examine également si le déficit public
excède les dépenses publiques d’investissement et tient compte de tous les
autres facteurs pertinents […]» [15] Premièrement, la prise
en compte des facteurs pertinents peut amener à ne pas entamer de PDE à l’égard
d’un État membre même s’il ne respecte pas le critère du déficit, lorsque le
ratio de la dette est inférieur à la valeur de référence. Deuxièmement, le
non-respect du critère de réduction de la dette n’entraînerait l’ouverture d’une
PDE qu’après évaluation des facteurs pertinents. [16] Les dépenses liées aux
programmes de l’UE, et donc aussi les dépenses d’investissement dans la mesure
où elles sont intégralement couvertes par des recettes provenant de fonds de l’UE,
sont également exclues des dépenses prises en compte pour évaluer le respect du
critère des dépenses. [17] Le pacte de stabilité et
de croissance contient des dispositions spécifiques dans ce sens. Article 5,
paragraphe 1, du règlement (CE) n° 1466/97: «Lorsqu’ils définissent
la trajectoire d’ajustement en vue de la réalisation de l’objectif budgétaire à
moyen terme, pour les États membres qui n’ont pas encore atteint cet objectif,
et lorsqu’ils autorisent les États membres qui l’ont déjà atteint à s’écarter temporairement
de cet objectif, pour autant qu’une marge de sécurité appropriée soit préservée
par rapport à la valeur de référence du déficit et que la position budgétaire
soit censée redevenir conforme à l’objectif budgétaire à moyen terme au cours
de la période couverte par le programme, le Conseil et la Commission tiennent
compte de la mise en œuvre de réformes structurelles majeures qui ont des
effets budgétaires positifs directs à long terme, y compris en renforçant la
croissance durable potentielle, et qui ont donc une incidence vérifiable sur la
soutenabilité à long terme des finances publiques.» [18] C’est-à-dire que l’UE
représente les États membres de la zone euro conformément aux traités. [19] Voir l’arrêt du 27 novembre 2012 dans l’affaire
C‑370/12, Pringle, points 137 et 138. [20] En tout état de cause, le contenu de ce
traité devrait être intégré dans le droit de l’Union, comme le prévoit son
article 16. [21] Voir
la communication de la Commission intitulée «Feuille de route pour une union
bancaire», qui expose la vision globale de la Commission concernant le
déploiement de l’union bancaire et couvre notamment le règlement uniforme, un
système commun de protection des dépôts et un mécanisme unique de résolution
des défaillances bancaires, COM(2012) 510, http://ec.europa.eu/internal_market/finances/docs/committees/reform/20120912-com-2012-510_fr.pdf [22] Des
études font une analyse économétrique de la contribution de mécanismes de
transfert existants dans des États fédéraux à l’absorption de chocs
asymétriques. À titre d’exemple, les estimations relatives à la capacité de
stabilisation des transferts entre États fédérés américains varient dans une fourchette
comprise entre 10 % et 30 % du choc compensé par le transfert pour
les États-Unis. [23] Voir l’arrêt dans l’affaire C-370/12,
Pringle, points 109 à 111 et 158 à 162. [24] Il ne faut pas oublier
qu’en octobre et novembre 2011, la position du commissaire chargé des affaires
économiques et monétaires a déjà été renforcée de manière significative par
plusieurs actes adoptés dans les limites des dispositions actuelles du traité,
afin de garantir l’indépendance, l’objectivité et l’efficience dans l’exercice
des responsabilités incombant à la Commission en matière de coordination, de
surveillance et d’exécution s’agissant de la gouvernance économique de l’Union
et de la zone euro. En particulier, à la suite d’une modification du règlement
intérieur de la Commission, les décisions de la Commission dans ce domaine sont
adoptées sur proposition du vice-président chargé des affaires économiques et
monétaires et de l’euro par une procédure écrite spéciale permettant une prise
de décision plus objective et plus efficace. Le vice-président est également
habilité à adopter, en accord avec le président, des décisions au nom de la
Commission dans plusieurs domaines liés au «six-pack» et en rapport avec les
programmes d’ajustement économique dans le cadre du MESF, du FESF et du MES.
Enfin, toutes les initiatives de la Commission susceptibles d’avoir des
incidencees sur la croissance, la compétitivité ou la stabilité économique
nécessitent la consultation préalable des services du vice-président. [25] C’est-à-dire
que l’UE représente les États membres de la zone euro conformément aux traités. [26] Voir également le rapport final du
groupe de travail VI sur la gouvernance économique de la Convention européenne,
WG VI 17, 21.10.2002, p. 8, ainsi que celui du groupe de travail VII sur l’action
extérieure, WG VII 17, 16.12.2002, pt. 66. [27] Cette délégation est composée du
commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, accompagné du
président de l’Eurogroupe et du président de la Banque centrale européenne. [28] La gestion du FA serait confiée à une
institution ad hoc à créer en vertu du traité, c’est-à-dire une entité de
gestion de la dette européenne au sein de la Commission, responsable devant le
Parlement européen. [29] Le contrat devrait également établir
clairement que les montants transférables convenus ne sont pas extensibles. [30] La dimension globale du FA pourrait
atteindre 3 milliards d’EUR (calcul effectué sur la base des prévisions de l’automne 2012
de la Commission européenne).