18.8.2023   

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 293/8


Avis du Comité économique et social européen sur le thème «L’impact de la crise énergétique sur l’économie européenne»

(avis d’initiative)

(2023/C 293/02)

Rapporteure:

Alena MASTANTUONO

Décision de l’assemblée plénière

25.1.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

 

Avis d’initiative

Compétence

Section «Transports, énergie, infrastructures et société de l’information»

Adoption en section

16.5.2023

Adoption en session plénière

14.6.2023

Session plénière no

579

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

194/4/10

1.   Conclusions et recommandations

1.1.

Les principales répercussions de la crise énergétique résident dans l’inflation et les contraintes exercées sur les finances publiques. Poussés par les prix du gaz et du pétrole, les prix de l’énergie ont été le catalyseur de l’inflation et ont durement touché les ménages à revenus faibles et intermédiaires ainsi que les entreprises grandes consommatrices d’énergie. Cette forte inflation a constitué le phénomène le plus marquant des performances économiques de 2022 et s’est répercutée sur d’autres éléments du panier de consommation, influant lourdement sur la consommation et les comportements. Le très grand nombre de déclarations de faillite au sein de l’Union européenne (UE) est un autre indicateur de la gravité de la situation.

1.2.

Les effets de la crise énergétique ont été amplifiés par les conséquences négatives antérieures de la pandémie de COVID-19, qui a sensiblement affaibli les performances économiques de l’UE après lui avoir fait connaître la plus forte chute de son PIB depuis de nombreuses décennies. Certains secteurs pourraient pâtir davantage de cet effet cumulatif. Celui-ci complique par ailleurs la capacité d’appréhender dans son ensemble l’incidence de la crise énergétique sur l’économie, compte tenu des effets persistants de la pandémie de COVID-19. Le fait que les données statistiques actuelles dans certains domaines tels que l’emploi soient relativement positives ne signifie aucunement que la situation est idéale. Une analyse précise de l’incidence économique de la crise ne pourra être réalisée que lorsque celle-ci sera derrière nous et que toutes les données détaillées seront disponibles.

1.3.

Les répercussions de la crise énergétique sur l’économie ont pris la forme d’une inflation élevée, d’une croissance économique anémique, d’une forte pression sur les finances publiques et le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises, ainsi que d’une baisse de la compétitivité économique extérieure. Sur le modèle des recommandations de la Banque centrale européenne (BCE), le Comité économique et social européen (CESE) suggère d’établir comme critère un «triple T écologique» afin que les interventions futures soient adaptées aux besoins, ciblées et à l’épreuve de la transition (tailored, targeted and transition-proof). Dans une perspective à plus long terme, des mesures non ciblées concernant les prix ne feraient que prolonger la période d’inflation élevée.

1.4.

Le CESE est convaincu que les incidences négatives de la crise énergétique sur les performances économiques de l’UE constituent un enseignement qui doit se refléter dans les prochaines démarches stratégiques. La crise énergétique, qui résulte principalement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a révélé et mis en lumière une partie des faiblesses et dérèglements majeurs du système économique de l’UE, lequel doit être structurellement amélioré et ajusté pour pouvoir surmonter plus efficacement des chocs exogènes similaires, principalement sur les plans de la résilience, de l’efficacité et de l’autonomie stratégique.

1.5.

Le CESE estime que l’UE doit aller au-delà des réponses budgétaires d’urgence et se concentrer sur les changements structurels, afin de pouvoir s’émanciper plus rapidement des combustibles fossiles. Pour s’assurer un développement économique harmonieux et compétitif, l’Union doit pouvoir compter sur des livraisons fiables et sûres d’énergie abordable, en s’appuyant sur un marché intégré de l’énergie qui soit composé pour une large part d’énergies propres tout en étant résilient et capable de faire face aux perturbations et aux chocs.

1.6.

Le Comité soutient vigoureusement toutes les mesures visant à réduire durablement l’inflation au cours de l’année et est favorable à une reprise économique fondée sur des investissements dans les secteurs et industries écologiques, numériques et d’importance stratégique, qui soutienne la base industrielle de l’UE et sa compétitivité mondiale tout en tirant pleinement parti des avantages du marché unique. Il est absolument crucial que la production de technologies propres devienne une composante clé du modèle économique européen. Les partenaires sociaux entendent s’assurer à tout prix que les connaissances, les compétences et l’appareil productif ne quittent pas l’Europe. Si nous voulons garantir notre indépendance de manière avisée, l’industrie doit rester sur le territoire européen, tout comme les emplois qu’elle crée. Dès lors, la compétitivité et la création d’emplois de qualité doivent être intégrées dans notre mode de fonctionnement au quotidien et occuper une place centrale dans l’élaboration et la mise en œuvre de nos politiques.

1.7.

La mise en œuvre du pacte vert, qui englobe la transition vers une économie neutre en carbone et le maintien d’une industrie européenne compétitive, nécessite des investissements considérables provenant de sources publiques et privées. Or, l’Union ne dispose d’aucun cadre à long terme qui permettrait de financer massivement cette mise en œuvre. Le CESE demande donc que soit mis en place un cadre adéquat pour soutenir de manière simple et efficace les mesures de financement en faveur de la transition vers une économie neutre pour le climat.

1.8.

En période de crise et d’incertitude, une information objective et un leadership politique fort sont essentiels. C’est pourquoi le CESE recommande de continuer à assurer une communication appropriée, y compris tout au long de la gestion des conséquences de la crise. La réforme du marché de l’énergie et du système énergétique aura des répercussions sur l’ensemble des industries et des consommateurs, et il est capital que les parties prenantes puissent s’exprimer au cours du processus législatif, et qu’elles soient correctement informées sur cette transition fondamentale.

2.   Principaux éléments factuels et contextuels

2.1.

La crise énergétique perdure et continue d’affecter la vie des citoyens et la prospérité des entreprises. Il est donc difficile de mesurer l’incidence globale qu’elle aura au bout du compte sur l’économie. Nous pouvons toutefois affirmer avec certitude qu’elle s’est principalement répercutée sur l’inflation (la plus élevée enregistrée depuis de nombreuses décennies) et sur les finances publiques (qui ont joué un rôle majeur s’agissant d’atténuer les effets de la hausse des prix et des coûts et qui ont soutenu massivement les investissements afin d’en réduire la vulnérabilité). Les prix élevés de l’énergie trouvent leur origine dans la flambée des prix du gaz (1).

2.2.

Il convient de rappeler les étapes clés de l’union de l’énergie, qui ont spécifiquement fixé le cap du développement futur du système énergétique. Certains de ses piliers, en particulier ceux liés à la sécurité énergétique, ont été sous-estimés ces derniers temps, principalement en raison de l’accent mis sur le gaz russe bon marché et de la préférence marquée accordée à ce dernier, considéré alors comme une source d’approvisionnement temporaire durant la transition écologique de l’économie, ainsi que de la décision hâtive, motivée par des raisons purement politiques, de se détourner des sources d’énergie propres et stables.

2.3.

Concernant la composition du bouquet énergétique, qui diffère d’un État membre à l’autre au sein de l’UE en fonction notamment de leurs conditions géomorphologiques spécifiques, le respect des objectifs de l’union de l’énergie est fortement tributaire des circonstances nationales. Ce facteur se reflète de manière visible dans la rapidité de la transition écologique de l’Union. Une évidence continue toutefois de s’imposer: la principale priorité de l’union de l’énergie durant la crise était la sécurité d’approvisionnement, allant parfois à l’encontre des objectifs de la transition écologique.

2.4.

La crise énergétique que nous traversons montre la profonde vulnérabilité du système énergétique européen et l’importance de viser, pour toute la chaîne industrielle de l’énergie, une autonomie stratégique ouverte sur le plan énergétique. Dans le même temps, elle fait la preuve de la capacité du système à affronter et à amortir de violents chocs exogènes et leurs conséquences. Cette crise énergétique a été provoquée par une conjonction d’éléments d’ordre économique, politique et technique. La crise a commencé par des bouleversements économiques consécutifs à la pandémie de COVID-19, faisant grimper la demande mondiale d’énergie, tandis que l’ingérence de pays tiers et les bas niveaux de stockage de gaz observés dans certains pays européens pendant l’hiver 2021/2022, conjugués à une demande accrue, ont fait ressortir la gravité de la situation. Ce contexte déjà difficile s’est ensuite aggravé lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en février 2022: la situation, exacerbée par la dépendance de l’UE aux sources d’énergie fossiles, a influé de manière directe et significative sur les prix de l’énergie et la sécurité de l’approvisionnement.

2.5.

La crise énergétique a été préjudiciable à l’économie de l’Union. En 2022, elle a directement contribué à ce que l’inflation atteigne des valeurs records dans l’histoire récente de l’intégration européenne, avec un taux moyen de 9,2 % au sein de l’UE (2), qui devrait redescendre à 6,7 % en 2023 (un niveau encore très élevé) et à 3,1 % l’année suivante (3). Cette forte inflation a constitué le phénomène le plus marquant des performances économiques de 2022 et s’est répercutée sur d’autres éléments du panier de consommation, influant lourdement sur la consommation et les comportements. Cette situation a eu une incidence considérable sur les ménages et les entreprises. Les plus vulnérables ne sont pas les seuls à avoir souffert des hausses de prix: les ménages à revenus faibles et moyens ont été fortement touchés et il se pourrait que les taux de précarité énergétique augmentent. Tous ces facteurs ont lourdement pesé sur les finances personnelles et miné la confiance des consommateurs au sein de l’Union; la plupart d’entre eux ont modifié leurs habitudes pour faire face à la crise énergétique. Cette confiance est tombée à un niveau historiquement bas en septembre 2022, avant de remonter légèrement par la suite.

2.6.

La situation a également eu une incidence négative sur la position des entreprises. Les déclarations de faillite au sein de l’UE ont connu une augmentation substantielle de 26,8 % en glissement trimestriel, atteignant une valeur sans précédent de 113,1, selon un indice utilisé par Eurostat pour mesurer le niveau des faillites dans l’UE par rapport à une valeur de référence de 100, correspondant à l’année 2015. Les données montrent que l’indice a entamé une courbe ascendante au deuxième trimestre 2020 et a fortement augmenté tout au long de l’année 2022. Le chiffre enregistré au quatrième trimestre 2022 a montré une détérioration de la situation, les entreprises, en particulier les PME, étant confrontées à une baisse de la demande, à un durcissement des normes de crédit (4) et à un avenir sombre et incertain.

2.7.

La crise énergétique a aussi eu des répercussions négatives sur les performances économiques de l’Union, principalement pour ce qui est de la consommation privée (dont la baisse est perçue comme la cause principale de la stagnation du PIB), des investissements (malgré un énorme potentiel d’activités d’investissement, le déficit en la matière s’est en fait creusé depuis 2021) et de la compétitivité extérieure (marquée par une nette détérioration par rapport à la période antérieure à 2020). Après avoir enregistré une croissance substantielle de 3,5 % en 2022, le PIB global de l’Union ne devrait croître que légèrement (1,0 %) en 2023 et devrait connaître une modeste accélération (1,7 %) en 2024.

2.8.

Parmi les charges supplémentaires résultant directement de la crise énergétique figure la performance des finances publiques. En 2022, le déficit budgétaire moyen s’élevait à 3,4 % du PIB (5), et les estimations pour les deux prochaines années font aussi état de chiffres assez similaires, qui dépassent les seuils fixés par le pacte de stabilité et de croissance. La crise énergétique, conjuguée à la transition écologique, fait peser une lourde charge sur les dépenses publiques, tandis que la nécessité de maintenir l’équilibre budgétaire impose de faire preuve de prudence. Pour allouer des fonds en suffisance tout en restant prudent sur le plan budgétaire, il faudrait suivre un modèle consistant à recourir plus largement à l’effet de levier induit par les investissements privés, sur la base de systèmes de garantie (comme ceux du Fonds européen pour les investissements stratégiques — EFSI).

2.9.

Pour l’heure, les données statistiques agrégées concernant l’incidence de la crise énergétique sur le marché du travail ne dressent pas un tableau négatif. En décembre 2022, le taux de chômage s’établissait à 6,1 % au sein de l’UE, soit un chiffre stable depuis avril. Il s’agit là des valeurs les plus faibles depuis 2000. Le ralentissement de l’activité économique estimé pour la fin de l’année dernière et prévu pour le début de l’année 2023 devrait toutefois freiner le rythme de croissance de l’emploi. Les entreprises à forte intensité énergétique ont été durement touchées par la crise et des défis majeurs sont attendus pour le marché du travail de demain.

2.10.

En 2022, la crise énergétique associée à un hiver doux, à des mesures d’économies et à des interruptions d’activité a entraîné une baisse de la consommation d’électricité (-4,6 %). Selon l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie (ACER), la baisse de la demande s’est accentuée en cours d’année; elle était cinq fois plus marquée au quatrième trimestre 2022 qu’au premier trimestre, passant de -1,8 % au premier trimestre à -9,5 % au quatrième trimestre par rapport aux mêmes périodes de 2021.

2.11.

Dans le même temps, la crise a aussi eu des aspects positifs: premièrement, sous la forme de nouvelles solutions qui viennent améliorer radicalement l’efficacité énergétique et dynamiser les technologies propres, voire les «faire renaître» dans certains cas, certaines entreprises ayant mis sur le marché des solutions innovantes; deuxièmement, en soulignant la nécessité de mieux interconnecter les marchés de l’énergie et de renforcer la solidarité entre les États membres. Les institutions européennes ainsi que les États membres sont parvenus à intervenir et à réagir assez rapidement, en faisant preuve d’une grande souplesse pour accepter la nouvelle conjoncture.

2.12.

La crise a aussi obligé à adapter et à redéfinir les principaux piliers de la politique énergétique européenne: l’union de l’énergie, le pacte vert et ses composantes spécifiques (en particulier le paquet «Ajustement à l’objectif 55»), et le cadre sous-tendant la taxinomie de l’Union. La gravité de la situation en 2022 a notamment conduit à la mise en place d’outils structurels à long terme tels que le plan REPowerEU et le plan industriel du pacte vert pour l’ère du zéro émission nette, ainsi qu’à des actions immédiates ou à court terme visant à éviter que les conséquences les plus néfastes de la crise ne frappent les ménages et les entreprises.

3.   Observations générales

3.1.

Le CESE souligne que la crise résulte principalement de la forte dépendance de l’UE à l’égard des fournitures de gaz russes et propose de définir une vision à long terme qui la rendra moins dépendante des pays tiers pour son approvisionnement en énergie, notamment en assurant son autosuffisance en matière de technologies propres. Il insiste sur le fait que toutes les mesures prises par l’Union et ses États membres doivent encourager cette transition stratégique afin de garantir l’autonomie stratégique de l’Europe.

3.2.

Le CESE a bien conscience que la priorité absolue est de s’attaquer non seulement aux conséquences, mais aussi et surtout aux raisons et aux causes de la crise, et il est prêt à en débattre et à proposer des solutions en la matière. Pour ce faire, il convient d’abandonner progressivement les mesures d’urgence au profit de réformes et d’investissements compatibles avec le marché et fondés sur des données probantes, étayés par des concepts stratégiques durables et réalisables. Ces derniers doivent bénéficier d’un soutien public adéquat et trouver un équilibre entre les priorités, les sources de financement (publiques et privées), l’environnement institutionnel et les conditions administratives (autorisations, respect de la législation européenne et nationale) qui les sous-tendent.

3.3.

Les mesures d’économie d’énergie prises par les ménages et les entreprises ont permis de parer à tout risque grave de pénurie énergétique. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que certaines économies n’ont été réalisées que du fait de la suspension des activités commerciales. Parmi les industries les plus vulnérables face à la crise se trouvent logiquement celles qui consomment le plus d’énergie (industrie chimique, producteurs d’engrais, industries du fer et de l’acier). Il convient de leur accorder une attention particulière, en mettant l’accent sur leur transition énergétique et sur le risque de désindustrialisation de l’UE (fuite de carbone).

3.4.

La transition écologique repose sur des infrastructures énergétiques solides et interconnectées; or, elles ont souffert d’un sous-investissement massif ces dernières années. L’investissement dans les infrastructures et la modernisation de celles-ci joueront un rôle clé dans les années à venir. Il est donc important que les nouvelles règles envoient un signal clair et pérenne aux investisseurs. La capacité des PME à investir dans la transition énergétique est cependant très limitée depuis le début de la crise initiale (celle de la COVID-19). Les réformes doivent respecter les objectifs de la politique énergétique de l’Union en matière de transition écologique, de résilience et de protection sociale, et tenir compte des profondes disparités qui caractérisent la structure du bouquet énergétique des différents États membres. La crise a eu de profondes répercussions sur la sécurité des investissements.

3.5.

Le CESE est convaincu que les principaux besoins en matière de réforme supposent avant tout de moderniser l’organisation du marché de l’énergie pour assurer une transition écologique durable. Il invite les colégislateurs à dégager un consensus quant aux principales catégories d’organisation du marché, de manière à influer directement sur la propension à investir dans ce secteur à l’avenir, notamment par l’intermédiaire de contrats à long terme, d’instruments de soutien et d’incitation en faveur des énergies renouvelables, d’un modèle servant de base à la formation des prix de l’énergie, et de dispositifs répondant aux enjeux de flexibilité globale.

3.6.

Le pacte vert pour l’Europe, complété par l’initiative REPowerEU, offre un potentiel d’investissement annuel de quelque 350 milliards d’euros jusqu’à la fin de la décennie (plus de 2 % du PIB annuel de l’UE), alors que les prévisions d’investissement à court terme de l’Union restent nettement inférieures. Il faut dès lors mobiliser des ressources financières supplémentaires pour satisfaire aux besoins d’investissement prioritaires. De tels investissements pourraient servir de tremplin à une reprise économique plus soutenue dans l’Union et à de nouveaux investissements dans les infrastructures, la numérisation des réseaux d’énergie, l’interconnexion et les capacités de stockage.

3.7.

Le CESE se rend bien compte que ce processus exige des ressources financières colossales. La transition écologique ne pourra être menée à bien sans investissements dans la recherche, l’innovation, les infrastructures et les personnes, qu’il convient de préparer correctement grâce à l’éducation ainsi qu’au perfectionnement et à la reconversion professionnels. Les financements nationaux publics et privés sont absolument essentiels pour en faire une réalité, et ce, malgré les importantes sommes prévues à cet effet dans le cadre des nouveaux programmes de financement de l’Union. Le Comité souligne que les financements doivent être simples, efficaces et faciles d’accès, et plaide en faveur de méthodes innovantes destinées à mobiliser des capitaux privés au moyen d’instruments financiers. Il prend acte également du rôle plus étendu que jouent les aides d’État et les financements publics en vue d’atteindre des objectifs spécifiques, mais recommande toutefois d’assurer des conditions de concurrence équitables au sein de l’UE.

3.8.

Les gouvernements de l’UE ont affecté et alloué 758 milliards d’euros à la protection des ménages et des entreprises entre septembre 2021 et janvier 2023. Seul un tiers des interventions budgétaires mises en place par les États membres s’adressait aux catégories vulnérables. Le CESE recommande d’instaurer, sur le modèle des recommandations de la BCE, le critère d’un «triple T écologique» afin que les interventions futures soient adaptées aux besoins, ciblées et à l’épreuve de la transition (tailored, targeted and transition-proof). Le Fonds monétaire international (FMI) a par ailleurs estimé que des mesures non ciblées concernant les prix créeraient les conditions d’une hausse prolongée de l’inflation à plus long terme. Retarder leur suppression progressive pourrait compromettre la capacité de la BCE à atteindre ses objectifs à moyen terme, ce qui se traduirait par un resserrement monétaire d’une durée supérieure à ce qui serait autrement souhaitable.

3.9.

Le CESE est convaincu que la relance économique pourrait ainsi déboucher sur de nouvelles perspectives d’emploi et améliorer la compétitivité extérieure de l’économie européenne, en faisant naître de nouvelles industries et de nouveaux projets commerciaux indispensables à la réussite de la transition vers une économie neutre pour le climat. Un perfectionnement et une reconversion professionnels de qualité seront déterminants pour mener à bien le processus de transition. Il est absolument crucial que la production de technologies propres devienne une composante clé du modèle économique européen. Les partenaires sociaux entendent s’assurer à tout prix que les connaissances, les compétences et l’appareil productif ne quittent pas l’Europe. Si nous voulons garantir notre indépendance de manière avisée, l’industrie doit rester sur le territoire européen, tout comme les emplois qu’elle crée. Il est urgent de regagner du terrain, et la transition vers l’économie écologique nous offre une occasion d’y parvenir pour peu qu’elle soit gérée correctement. Dès lors, la compétitivité et la création d’emplois de qualité doivent être intégrées dans notre mode de fonctionnement au quotidien et occuper une place centrale dans l’élaboration et la mise en œuvre de nos politiques.

3.10.

Avant même les nouvelles mesures de réforme, l’UE doit se concentrer sur la mise en œuvre et l’application de la législation adoptée dans le cadre du pacte vert. La question se pose également de savoir pourquoi ces mesures n’ont pas été mises en œuvre par les États membres. L’une des raisons en est que leur capacité à absorber une telle vague d’actes législatifs est extrêmement limitée. Il en va de même pour les entreprises, principalement les PME.

4.   Observations particulières

4.1.

Le CESE invite la Commission européenne et ses colégislateurs à faire tout leur possible pour dégager un consensus quant aux principaux paramètres et catégories d’organisation du marché. Par exemple, dans le cas des accords d’achat d’électricité, il serait opportun de définir des règles européennes communes pour les appels d’offres publics correspondants, de fixer des exigences relatives aux garanties publiques y afférentes ou d’établir un cadre pour les mesures visant à inciter les entreprises à exploiter tout le potentiel de ces accords. Le Comité souhaite voir des résultats rapides en la matière. Sans cela, le manque de transparence et de prévisibilité à long terme poussera les investisseurs à reporter leurs décisions d’investissement ou à se retirer du marché, renonçant à leurs investissements tant que le cadre ne leur paraîtra pas parfaitement clair.

4.2.

Le CESE s’inquiète vivement des performances macroéconomiques enregistrées dans l’Union ces dernières décennies, et est pleinement conscient de leur gravité. Toutefois, il sait aussi que rien n’est joué et qu’il y a lieu d’intervenir pour améliorer la situation. Le Comité espère que le plus grand danger, à savoir l’inflation, est en passe d’être maîtrisé et estime qu’en l’absence de nouveau choc exogène, nous pourrions bientôt entrer dans l’ère d’un nouveau système énergétique propre, juste et résilient.

4.3.

Le CESE recommande vivement que les mesures extraordinaires concernant les recettes revêtent un caractère strictement temporaire. Les utiliser plus longtemps que nécessaire risque d’entraîner des changements de comportement, des conséquences d’ordre social et des distorsions inutiles du marché, et de dissuader les investisseurs des secteurs concernés d’investir. De manière temporaire, la politique de plafonnement devrait refléter de manière flexible la réalité économique et être ajustée aux évolutions du marché, sans quoi elle pourrait nuire aux consommateurs en cas de baisse des prix de l’électricité.

4.4.

Le CESE plaide vigoureusement en faveur d’un système renforcé de protection des consommateurs, afin de tirer les leçons des répercussions de la crise énergétique actuelle sur ces derniers. Il convient pour cela de prévoir un service complet, incluant une protection juridique, des services d’information et de conseil, des instructions détaillées, un échange de bonnes pratiques, etc. Les personnes exposées au risque de précarité énergétique devraient faire l’objet d’une attention particulière.

Bruxelles, le 14 juin 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1)  Les prix de l’électricité ont très fortement augmenté, avec une incidence variable en fonction de l’importance locale du gaz dans le portefeuille de production, pour atteindre 150 à 300 EUR par MWh en 2022.

(2)  L’édition 2023 de l’indice des prix à la consommation harmonisé publié par la Commission européenne montre que pour l’énergie, le taux d’inflation annuel a atteint 20 % en moyenne en 2022. Toutefois, la situation variait d’un État membre à l’autre, l’Italie atteignant un taux maximal de 65 %.

(3)  Eurostat, Prévisions économiques du printemps 2023.

(4)  Selon l’enquête sur la distribution du crédit bancaire publiée par la BCE en janvier 2023, les normes de prêt ont poursuivi leur durcissement marqué au quatrième trimestre 2022, tant pour les entreprises que pour les ménages. Les entreprises ont connu le plus fort durcissement net des normes de crédit depuis la crise de la dette souveraine de la zone euro en 2011.

(5)  Eurostat, Prévisions économiques du printemps 2023.