COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL Une nouvelle ère de l'aviation Ouvrir le marché de l'aviation à l'utilisation civile de systèmes d'aéronefs télépilotés, d'une manière sûre et durable /* COM/2014/0207 final */
L'aviation
civile contribue à la mise en place d'une chaîne logistique de transport
intégrée visant à mieux servir les citoyens et la société. Elle apporte une
valeur ajoutée en offrant des connexions rapides, fiables et solides au sein
d’un réseau de dimension mondiale. D'ici à 2050, une série d’aéronefs de
diverses catégories devraient être exploités, avec des différences de taille,
de performances et de type. Certains auront encore un pilote à bord, mais
beaucoup d'autres seront pilotés à distance ou entièrement automatisés[1].
L’ouverture du marché européen aux systèmes d'aéronef télépiloté (RPAS,
«Remotely Piloted Aircraft Systems»), c’est-à-dire l'utilisation de drones à
des fins civiles, est donc une étape importante vers le marché aéronautique de
demain. Le
sommet européen du 19 décembre 2013 a appelé à prendre des mesures en vue de
permettre l’intégration progressive des RPAS dans l’espace aérien civil à
partir de 2016. La présente communication est centrée sur les RPAS à usage
civil et fait suite à la demande du secteur manufacturier et du secteur des
services d'éliminer les entraves à l'introduction des RPAS sur le marché unique
européen. Les RPAS
font partie de la catégorie plus large des systèmes aériens sans pilote à bord
(UAS, «Unmanned Aerial Systems»), parmi lesquels figurent également des
aéronefs qui peuvent être programmés pour voler de façon autonome sans
l'intervention d’un pilote. Comme leur nom l’indique, les RPAS sont quant à eux
télépilotés, c'est-à-dire commandés à distance par un pilote. La
technologie des RPAS est rapidement arrivée à maturité au cours des dernières
années et, à l’instar de bon nombre d'autres technologies aéronautiques avant
elle, est prête à assurer la transition et à abandonner le statut d'équipement
purement militaire pour devenir une nouvelle technologie fiable à usage civil.
Afin de donner la pleine mesure de leurs capacités, les RPAS devraient être
considérés comme faisant partie du trafic aérien «normal» et être intégrés
parmi les aéronefs «pilotés de façon normale» dans un espace aérien non
réservé, c'est-à-dire un espace aérien sans ségrégation ouvert à tous les
transports aériens civils[2]. Pour
répondre à la demande du marché, les États membres commencent à autoriser
l'exploitation des RPAS dans l’espace aérien non réservé. À court terme, le
marché le plus prometteur se situe dans des secteurs tels que la surveillance
des infrastructures ou la photographie[3];
dans un futur plus éloigné, ce pourrait être le transport des marchandises et
ultérieurement des personnes. La
présente communication décrit comment la Commission envisage d'inscrire
l'exploitation des RPAS dans un cadre d'action au niveau européen qui permettra
le développement progressif du marché commercial des RPAS tout en assurant la
protection de l’intérêt public. Il est essentiel que l’industrie européenne
comprenne dans quel sens évolueront les futures initiatives réglementaires pour
pouvoir prendre des décisions sur de nouveaux investissements. L'action
réglementaire et les efforts correspondants en matière de recherche et
développement s'appuieront sur des initiatives existantes faisant intervenir un
certain nombre d'acteurs: l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA),
les autorités nationales de l'aviation civile, l'Organisation européenne pour
l'équipement de l'aviation civile (EUROCAE), Eurocontrol, le groupement JARUS[4]
(«Joint Authorities for Rulemaking on Unmanned Systems»), l'entreprise commune
SESAR, l'Agence européenne de défense (AED), l'Agence spatiale européenne
(ASE), les constructeurs et les exploitants de RPAS. 1.
Les RPAS peuvent offrir une multitude de services
nouveaux Les RPAS
sont déjà utilisés à des fins civiles et sont appelés à jouer un rôle de plus
en plus grand dans notre vie quotidienne. Tout comme la technologie de l'internet
a fait naître de nombreuses applications différentes au début des années 90,
les technologies des RPAS devraient entraîner le développement d’une large
gamme de services divers dans les années à venir, surtout si elles sont
associées à d’autres technologies, telles que le positionnement fin grâce à
Galileo, ou utilisées pour appuyer d’autres technologies, telles que les
télécommunications lors des catastrophes, ou pour accroître de façon dynamique
la capacité du réseau. Même s'il est
difficile de prévoir aujourd'hui la nature et la portée exacte des possibilités
d'exploitation des RPAS, on estime que le secteur des services devrait générer
suffisamment de recettes pour faire progresser le secteur manufacturier même[5]. Sur d’autres continents, des exploitants de RPAS
contribuent à une agriculture de précision en permettant une application plus
efficace et opportune des engrais ou des pesticides. En Europe, les RPAS sont
utilisés pour des inspections de la sécurité des infrastructures, comme les
voies de chemin de fer, les barrages, les digues ou les réseaux électriques.
Les autorités nationales les emploient lors de catastrophes, par exemple pour
survoler des zones inondées ou pour aider à lutter contre des feux de forêts ou
des incendies de bâtiments. À l'avenir, ils pourraient servir pour des turbines
éoliennes géantes qui, se trouvant ainsi dans l'air, produiraient de
l'électricité «verte». À l’autre extrême, des ingénieurs planchent actuellement
sur des micro-RPAS pouvant être utilisés pour lutter contre les fuites de gaz
ou de produits chimiques, ou être programmés pour jouer le même rôle que les
abeilles dans la pollinisation des plantes. Les
RPAS comprennent des types d’aéronefs d'une grande diversité pour fournir ces
services: leur masse maximale au décollage va de quelques grammes à plus de dix
tonnes, leur vitesse maximale se situe entre le vol stationnaire et plus de 1 000 km/h,
leur autonomie de vol s'étend de quelques minutes à plusieurs mois, et la
technologie utilisée pour les faire s'élever englobe aéronef à rotor, à voilure
fixe ou plus léger que l’air. Outre les constructeurs et les intégrateurs de
systèmes, le secteur des RPAS comprend également une large chaîne
d’approvisionnement de technologies génériques (commande de vol, communication,
propulsion, énergie, capteurs, télémétrie, etc.), des concepteurs de charge
utile et des opérateurs. 2.
Les RPAS constituent un marché émergent créateur
d'emplois et de croissance La
maîtrise des technologies RPAS deviendra un élément déterminant pour la compétitivité
future de l’industrie aéronautique européenne. À l'heure actuelle, les
États-Unis et Israël dominent le secteur mondial de la construction des RPAS,
en s'appuyant sur l'expertise acquise dans le domaine des grands RPAS à usage
militaire. D’autres pays tiers, tels que le Brésil, la Chine, l’Inde et la
Russie, sont également susceptibles de devenir des concurrents puissants. Un
marché commun vigoureux devrait offrir une base solide pour permettre à l'UE de
rivaliser au niveau mondial. L'établissement d’un cadre juridique approprié
permettrait non seulement de définir les règles nécessaires pour la
construction des aéronefs, mais aussi, plus important encore, d'autoriser
progressivement leurs exploitations en partant d'activités simples pour gagner
ensuite en complexité. Les exploitants seraient ainsi en mesure d’acquérir une
expérience pratique précieuse et de développer leurs activités. L’ampleur
exacte du marché potentiel des RPAS est difficile à estimer. Selon des sources
du milieu industriel, les prévisions budgétaires totales en termes de R&D
et de passation de marchés, y compris pour l'armée et l'administration,
devraient passer de 5,2 milliards USD à environ 11,6 milliards USD
par an en 2023[6].
À l'échelle mondiale, on dénombre aujourd'hui 1 708 RPAS différents,
dont 566 en Europe, qui sont développés ou fabriqués par 471 constructeurs
dans le monde, dont 176 en Europe[7]. L’expérience
montre que les marchés peuvent se développer rapidement dès qu'un cadre de
politique approprié est adopté. Entre 1993 et 2005, le nombre d’exploitants
japonais de RPAS a été multiplié par 18 pour atteindre le chiffre de 14 000
environ, avec une hausse spectaculaire après l’entrée en vigueur de
réglementations sur l’utilisation de RPAS à des fins agricoles. En
France, une première réglementation[8]
a entraîné une augmentation du nombre d’exploitants agréés, qui est passé de 86
en décembre 2012 à plus de 400 en février 2014. La Suède et le Royaume-Uni ont
connu une progression similaire pour la croissance du marché et la création
parallèle d’emplois. L'expansion des activités liées aux RPAS se traduira
par la création d'un très grand nombre d'emplois. Une étude de l'industrie
américaine table sur plus de 70 000 nouveaux emplois au cours des
trois premières années de l’intégration des RPAS dans l’espace aérien national,
avec un impact économique dépassant 13,6 milliards USD. Le nombre
d’emplois nés des nouvelles activités liées aux RPAS aux États-Unis est estimé
à plus de 100 000 d’ici à 2025[9].
Pour l'Europe, on prévoit quelque 150 000 nouveaux emplois d'ici à 2050[10],
sans compter ceux produits par les services liés aux exploitants. Le
potentiel de croissance ne peut être pleinement exploité que si le cadre
juridique nécessaire est établi au niveau européen. L’industrie européenne[11]
n'a cessé de demander l'établissement de ce type de règles afin de permettre
l'exploitation civile des RPAS tout en garantissant parallèlement les niveaux
élevés de sécurité, de sûreté et de respect de la vie privée qui sont exigés et
sont une condition préalable à l'acceptation publique des RPAS. 3.
Les RPAS ont un potentiel à développer Les RPAS
sont officiellement des aéronefs et doivent respecter les règles de sécurité
aérienne. Les normes de l'OACI interdisent le vol des aéronefs sans pilote
à bord, sauf si les autorités nationales compétentes délivrent une autorisation
individuelle spécifique[12].
À l'heure actuelle, l'expansion du marché des RPAS est freinée par l’absence de
cadre réglementaire adapté dans la plupart des États membres et par la nécessité
d’obtenir des autorisations distinctes auprès de chacun des États membres dans
lesquels les constructeurs aimeraient vendre ou les prestataires, fournir leurs
services. Plusieurs États membres ont commencé à élaborer des règles nationales
en vue de faciliter la procédure d'autorisation[13]
mais l'absence de normes européennes, qui doivent être développées par l'AESA,
empêche l'émergence d'un véritable marché européen et entrave considérablement
le développement de ce secteur. Certaines technologies génériques font
également toujours défaut pour certaines catégories d'exploitation des RPAS.
Enfin, le développement d'applications civiles liées aux RPAS implique aussi de
veiller à ce qu’aucune d’elles ne soit susceptible de représenter une menace
pour la vie privée ou pour l'intégrité physique des citoyens. L’industrie
reporte les investissements en attendant de disposer d'une sécurité juridique
suffisante concernant le cadre juridique[14]. Le noyau de la
stratégie européenne en matière de RPAS La stratégie européenne vise à établir un marché
unique des RPAS permettant de tirer profit des avantages sociétaux qu'offre
cette technologie innovante, et à intégrer les préoccupations des citoyens au
moyen de débats publics et de mesures de protection, en tant que de besoin.
Elle devrait également instaurer les conditions permettant la création, pour le
secteur manufacturier comme pour celui des services, d'une industrie solide et
compétitive qui soit en mesure de soutenir la concurrence sur le marché
mondial. Le développement des applications liées aux RPAS
n'est possible que si l’aéronef peut voler dans un espace aérien non réservé
sans affecter la sécurité et le fonctionnement du système aéronautique civil au
sens large. À cette fin, l’UE doit mettre en place une structure réglementaire
à laquelle les principaux acteurs aux niveaux européen et national peuvent
contribuer. Les efforts de R&D axés sur l’intégration dans l’espace aérien
civil devraient également être intensifiés et coordonnés de manière efficace
afin de réduire autant que possible les délais de concrétisation des
technologies prometteuses. L’intégration progressive des
RPAS dans l’espace aérien à partir de 2016 doit s'accompagner d'un débat public
adéquat sur l'élaboration de mesures abordant des questions de société, y
compris la sécurité, la protection de la vie privée et des données, la
responsabilité civile et l’assurance ou la garantie. Enfin, les programmes existants
devraient stimuler la compétitivité de l’industrie européenne des RPAS. La stratégie
devrait offrir la sécurité juridique appropriée et présenter un calendrier
fiable, afin que l'industrie puisse prendre des décisions d'investissement et
créer de nouveaux emplois. Le marché des RPSA étant par nature de dimension
mondiale, l’UE travaillera également en coordination avec les partenaires
internationaux. 3.1.
La
sécurité de l'exploitation dans un espace aérien non réservé: le cadre
réglementaire La
sécurité est l’objectif primordial de la politique de l’UE en matière de
transport aérien. Le système réglementaire actuel en matière de RPAS, fondé sur
des règles fragmentées pour la délivrance d'autorisations d'exploitation
ponctuelles, est synonyme de blocage administratif et entrave le développement
du marché européen des RPAS. Les autorisations nationales ne bénéficient pas de
la reconnaissance mutuelle et ne permettent pas d’activités à l’échelle de
l'Europe, qu'il s'agisse de fabriquer des RPAS ou de les mettre en
exploitation. L’intégration
des RPAS dans le système aéronautique européen devrait être fondée sur le
principe selon lequel la sécurité ne doit pas être compromise: l'exploitation
des RPAS devrait démontrer un niveau de sécurité équivalent à celui des
opérations aériennes avec pilote. Le cadre
réglementaire devrait refléter la grande diversité des aéronefs et des types
d'exploitation, maintenir des règles proportionnées au risque potentiel et
limiter la charge administrative pesant sur l’industrie et sur les autorités de
contrôle. Il devrait avant tout mettre l’accent sur les domaines dans lesquels
les technologies sont arrivées à maturité et qui jouissent d'une confiance
suffisante. Des mesures réglementaires seront introduites de manière graduelle
et des types plus complexes d'exploitation de RPAS seront progressivement
autorisés. Dans les cas nécessitant la délivrance de certificats ou de
licences, des règles européennes efficaces permettront la mise en place d'un
système de reconnaissance mutuelle au sein du marché unique pour les
constructeurs et exploitants de RPAS et pour les autres organismes concernés. L’Agence
européenne de la sécurité aérienne (AESA) est la mieux placée pour élaborer des
règles communes, selon son processus de consultation. Sur le marché des
RPAS, la distinction actuelle entre aéronefs très légers et aéronefs lourds
doit être remise en question dans le cadre d’une politique de sécurité
cohérente en matière de RPAS. À cet égard, le fait que le champ de compétence
de l’AESA soit limité aux aéronefs sans pilote de plus de 150 kg, sur la
base de considérations traditionnelles en matière de navigabilité, est une
délimitation arbitraire qui devrait être réexaminée[15]. Ces règles
doivent être compatibles avec les normes de l’OACI et devraient reposer sur un
consensus international. Le groupement JARUS a réuni l'expertise au sein des
États membres et des organisations internationales pour parvenir à ce
consensus. L’AESA devrait jouer un rôle de premier plan dans la démarche de
JARUS et s'appuyer sur les documents publiés par ce groupement pour définir des
règles d'application ou des lignes directrices[16]. L’AESA
devra également collaborer avec EUROCAE, l’Organisation européenne pour
l’équipement de l’aviation civile qui élabore des normes. La
difficulté consistera à garder des règles proportionnées par rapport au risque,
en tenant compte de la masse, de la vitesse, de la complexité, de la classe
d’espace aérien et du lieu ou de la spécificité de l'exploitation, etc.
L’approche traditionnelle concernant la certification de navigabilité et
l’octroi des licences de pilote et des licences d'exploitant devra être
complétée par certaines formes de réglementation peu contraignante. La simple
identification de l’exploitant du RPAS pourrait suffire dans certains cas, et
dans d'autres la certification pourrait ne porter que sur certains sous-systèmes
du RPAS, par exemple le système de détection et d'évitement ou la transmission
des données, au lieu de porter nécessairement sur l’ensemble du système. Les
exploitants de RPAS de petite taille pressent en faveur de l’harmonisation des
règles opérationnelles afin de faciliter l’expansion commerciale. Dans un
premier temps, la notification des projets de règles techniques adoptés par les
autorités nationales en application de la directive 98/34/CE peut contribuer à
éviter des divergences entre les approches des États membres. On pourrait
envisager un outil d'information permettant aux PME d'avoir facilement accès
aux règles nationales en vigueur. Dans une phase ultérieure, les règles
harmonisées pourraient être communiquées afin de préciser quelles sont les règles
nationales qui sont remplacées par une réglementation européenne commune. Action 1: La
Commission examinera les conditions préalables réglementaires permettant
d'intégrer les RPAS dans l'espace aérien européen à partir de 2016 et portant
sur les questions réglementaires de base nécessaires pour garantir une
politique cohérente et efficace, notamment en ce qui concerne la délimitation
appropriée du champ de compétence de l’AESA. Toute action législative
éventuelle sera précédée d’une analyse d’impact. La
Commission demandera à l’AESA d’élaborer les avis nécessaires susceptibles de
conduire à l’adoption de règles d'application qui s'appuieront dans la mesure
du possible sur des processus internationaux, seront proportionnelles au risque
et feront l'objet d'une consultation effective. La
Commission veillera à ce que les éventuels constructeurs, exploitants et autres
organismes concernés aient facilement accès aux initiatives réglementaires
applicables et à leurs mises à jour, au moyen notamment du système de
notification prévu par la directive 1998/34/CE. 3.2.
La
sécurité de l'exploitation dans un espace aérien non réservé: les technologies
génériques Certaines
des technologies clés ne sont pas encore disponibles pour permettre
l’intégration des RPAS en toute sécurité. Les efforts de recherche et de
développement (R&D) seront centrés sur la validation de ces technologies.
Des travaux de R&D sont menés dans le cadre de différents programmes de
recherche gérés par diverses organisations, y compris la Commission européenne,
Eurocontrol, l’Agence européenne de défense (AED) et l’Agence spatiale
européenne (ASE)[17]. L'entreprise
commune SESAR (EC SESAR) est la plateforme de R&D permettant la mise en
place du futur système de gestion du trafic aérien du ciel unique européen.
L’EC SESAR fait partie intégrante du cadre d'action de l’Union et bénéficie de
l'expertise opérationnelle et technique d’Eurocontrol[18] et de
ses membres. Elle est donc particulièrement bien placée pour coordonner ces
travaux de R&D et ouvrir la voie à l'intégration progressive et harmonieuse
des RPAS. Les
technologies qu’il convient d'approfondir et de valider sont les suivantes[19]: - commande
et contrôle, y compris l'attribution et la gestion des fréquences; - technologies
de détection et d'évitement; - sécurisation
contre les attaques physiques, électroniques ou informatiques; - procédures
d'urgence transparentes et harmonisées; - capacité
de décision pour assurer un comportement normalisé et prévisible dans toutes
les phases de vol; et - aspects
liés au facteur humain, tels que le pilotage. L’EC
SESAR permettra de définir les actions pour que les RPAS soient intégrés dans
le déroulement des travaux de R&D et de garantir leur inclusion dans la
prochaine version révisée du plan directeur européen de gestion du trafic
aérien («plan directeur ATM»). Les structures de gouvernance de l’EC SESAR sont
ouvertes et peuvent être adaptées pour tenir compte de l’industrie émergente
des RPAS. Action 2: La Commission veillera, dans la limite des
ressources disponibles, à ce que les besoins de R&D recensés pour
l'intégration des RPAS dans le plan directeur ATM soient pris en compte dans le
programme SESAR 2020 en tant que de besoin[20]. 3.3.
Assurer
la sûreté des exploitations de RPAS Les RPAS
ne sont pas à l’abri d’éventuels actes d'intervention illicite. Il pourrait
être possible d'utiliser les RPAS comme armes, de brouiller les signaux des
systèmes de navigation ou de communication d'autres RPAS ou de s'emparer de
stations de contrôle au sol. Les
informations nécessaires pour gérer les trajectoires en 4D dans le futur
système de gestion du trafic aérien et pour télécommander un aéronef devront
être communiquées et partagées en temps réel par différents exploitants
aéronautiques afin d’optimiser les performances du système. Par conséquent,
l'examen des failles dans le domaine de la sûreté au niveau de l'information et
de la communication est un élément essentiel du plan directeur ATM, dont les
RPAS feront partie intégrante. Les exigences recensées en matière de sûreté
devront ensuite être traduites en obligations légales pour tous les acteurs
concernés, tels que le prestataire de services de navigation aérienne,
l'exploitant de RPAS ou le prestataire de services de télécommunications, sous
la surveillance des autorités compétentes. Action 3: La Commission veillera à ce que les aspects relatifs
à la sûreté soient couverts dans l'exploitation des RPAS de manière à éviter
toute intervention illicite, afin que les constructeurs et les exploitants
puissent prendre les mesures d'atténuation appropriées en matière de sûreté. 3.4.
Protéger
les droits fondamentaux des citoyens L'exploitation
des RPAS ne doit pas entraîner de violation des droits fondamentaux, notamment
le droit au respect de la vie privée et familiale ainsi que la protection des données
à caractère personnel. Les RPAS offrent un large éventail d’applications
civiles potentielles, dont certaines peuvent impliquer la collecte de données à
caractère personnel et être à l'origine d’interrogations déontologiques ou de
craintes concernant la protection de la vie privée ou des données, notamment en
ce qui concerne la surveillance, le contrôle, la cartographie ou
l’enregistrement vidéo. Les
exploitants de RPAS seraient tenus de respecter les dispositions applicables en
matière de protection des données, notamment les prescriptions figurant dans
les mesures nationales établies conformément à la directive 95/46/CE[21] sur la
protection des données et à la décision-cadre 2008/977/JAI[22]. Les
risques les plus couramment recensés ont trait à l’utilisation des équipements
de surveillance installés sur les RPAS. Tout traitement de données à caractère
personnel doit être fondé sur un motif légitime. Par conséquent, l’ouverture du
marché de l’aviation aux RPAS devrait impliquer une évaluation des mesures nécessaires
pour garantir le respect des droits fondamentaux et des exigences en matière de
protection des données et de respect de la vie privée. La situation en matière
de respect de la vie privée devrait faire l’objet d’un suivi permanent de la
part des autorités compétentes, notamment les autorités nationales de contrôle
de la protection des données. Action 4: La Commission évaluera comment assurer la conformité
des applications RPAS aux règles en matière de protection des données. Elle a
l’intention de consulter des experts et parties prenantes concernées;
d'examiner les mesures nécessaires relevant de son champ de compétence pour
protéger les droits fondamentaux, parmi lesquelles éventuellement des actions
de sensibilisation; et de promouvoir l'adoption de mesures relevant de la
compétence nationale. 3.5.
Garantir
la responsabilité civile et l'assurance Même en
présence des normes de sécurité les plus élevées, des accidents peuvent se
produire et les victimes doivent être indemnisées pour les dommages, tant matériels
que corporels. Cela
suppose que les responsables puissent être aisément identifiés et soient en
mesure de s'acquitter de leurs obligations financières. Le régime d’assurance
responsabilité civile[23]
actuel a été conçu pour des aéronefs avec équipage, pour lesquels la masse (à
partir de 500 kg) détermine le montant minimum de l’assurance. La
Commission évaluera la nécessité de modifier les règles actuellement en vigueur
en fonction des spécificités des RPAS — dont le poids est souvent bien
inférieur au seuil actuel de 500 kg — et étudiera les moyens de promouvoir
la mise en place d’un marché des assurances efficace dans lequel les primes
d'assurance correspondent au risque financier réel, estimé sur la base
d'éléments probants provenant de comptes rendus d'incidents et d’accidents. Action 5: La Commission évaluera le régime de responsabilité
et l’assurance responsabilité civile obligatoire actuels. Elle prendra, sous
réserve de l’analyse d’impact, les initiatives appropriées pour veiller à la
mise en place des dispositions réglementaires adéquates. 3.6.
Soutenir
le développement du marché et les entreprises européennes La Commission
soutiendra l’émergence d’un marché des RPAS et la compétitivité des secteurs
industriels concernés, qui comptent un grand nombre de PME et de jeunes
entreprises. Elle aura
recours aux instruments de l’UE tels que les programmes Horizon 2020 et
COSME pour encourager le développement d’applications RPAS dans un large
éventail de secteurs, stimuler l’innovation axée sur l’utilisateur et favoriser
la création de chaînes de valeur intersectorielles dans l’industrie,
d'infrastructures d’appui adéquates et de regroupements («clusters»). Elle
définira également, dans ses propres programmes et politiques, les possibilités
de promouvoir l’utilisation de cette technologie innovante. Ainsi par exemple,
les RPAS peuvent jouer un rôle dans Copernicus, le programme européen
d’observation de la Terre, dans la mesure où ils pourraient compléter
efficacement les capteurs satellitaires et in situ pour certains services de
contrôle et de surveillance. Action 6: La
Commission définira des actions spécifiques au titre des programmes
Horizon 2020 et COSME afin de soutenir le développement du marché des RPAS
et veillera à ce que tous les acteurs concernés, et notamment les PME, aient
une vision globale de ces outils. Elle instaurera les mécanismes de coopération
nécessaires avec les travaux entrepris par l’entreprise commune SESAR afin
d’éviter les doublons et d'exploiter l’effet de levier sur les ressources disponibles. 4.
Conclusions Les RPAS
sont en passe de devenir une réalité et seront bientôt disponibles sur le
marché à une échelle européenne. Le marché des RPAS représente une réelle
opportunité de favoriser la création de nouveaux emplois et constitue une source
d’innovation et de croissance économique pour les années à venir. Il soulève
également de nouvelles difficultés concernant la sécurité, la sûreté et le
respect des droits des citoyens, qui doivent être réglées avant que les RPAS
puissent être utilisés à une échelle raisonnable dans un cadre civil. L’absence
de réglementations harmonisées en Europe et de technologies validées est le
principal obstacle à l’ouverture du marché des RPAS et à leur intégration dans
l’espace aérien non réservé en Europe. L’industrie demande instamment que des
mesures rapides soient prises pour la mise en place du cadre réglementaire
nécessaire en matière de RPAS. Le
moment est venu de débloquer le marché européen des RPAS à l'aide d'une
combinaison de mesures nouvelles ou existantes de réglementation au niveau
européen portant sur l’ensemble des questions pertinentes, et notamment en
intégrant les exigences en matière de sécurité, de sûreté, de protection de la
vie privée et de protection des données dans les réglementations de l'UE en
vigueur dans ces domaines. Des efforts de R&D sont également nécessaires
pour assurer l’intégration progressive des RPAS dans l'aviation civile à
compter de 2016. La
Commission européenne aura recours au programme Horizon 2020 pour appuyer des actions
de R&D porteuses. Par ailleurs, il s'agit d'exploiter intelligemment les
programmes industriels existants pour stimuler la compétitivité de l’industrie
des RPAS et de leurs exploitants. La Commission européenne a également
l’intention de présenter, le cas échéant, des propositions législatives visant
à lever les incertitudes juridiques qui freinent le développement du marché
européen et de donner aux citoyens européens l'assurance que des niveaux de
protection élevés seront garantis en matière de sécurité, de sûreté et de
protection de la vie privée. [1] Commission européenne, 2011, rapport «Flightpath 2050»,
Bruxelles, p. 28. [2] Dans espace aérien non réservé, les aéronefs doivent
pouvoir détecter les autres mouvements et être capables de prendre des mesures
d’atténuation des risques. Si cette détection n’est pas possible, l'aéronef ne
peut être exploité que dans un espace aérien permettant de ségréguer certaines
activités. [3] Document de travail des services de la Commission SWD(2012)
259. [4] JARUS est un groupement international d'autorités de
l'aviation, comparable aux anciennes Autorités conjointes de l’aviation. Ses
membres sont l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la
Belgique, le Brésil, le Canada, le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, la
Finlande, la France, la Grèce, Israël, l'Italie, Malte, la Norvège, les
Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Fédération russe, la Suisse, la République
tchèque, ainsi qu'Eurocontrol et l'AESA. [5] Pour plus de détails, voir le document de travail des
services de la Commission SWD(2012) 259. [6] Teal Group, édition 2013 de l'étude «Unmanned Aerial
Vehicle Systems - Market Profile and Forecast». [7] UVS International Association (2013), «RPAS: The
Global Perspective». [8] Arrêté d'avril 2012 régissant les RPAS (moins de 25 kg). [9] Rapport publié en 2013 par l'AUVSI (Association for
Unmanned Vehicle Systems International), «The Economic Impact of Unmanned
Aircraft Systems Integration in the US», 574 p. [10] Estimation fournie par l'association européenne des
industries de l'aéronautique, de l'espace et de la défense (ASD, «AeroSpace and
Defence Industries Association»). [11] Le secteur industriel a été associé à la conception de la
feuille de route sur l'intégration des RPAS dans le système européen de
l’aviation civile («Roadmap for the integration of Remotely Piloted Aircraft
Systems in the European Civil Aviation System») établie par le groupe de
pilotage européen chargé des RPAS (ERSG), qui définit une stratégie en matière
de RPAS combinant initiatives réglementaires, efforts de R&D et mesures de
coordination. De plus, des associations dans le domaine des RPAS sont en cours
de formation dans le but d'exprimer des intérêts spécifiques et de faire
pression en faveur d’une action nationale et européenne. [12] Article 8 de la convention de Chicago de 1944
relative à l’aviation civile internationale. [13] Notamment AT, BE, CZ, DK, FR, DE, IT, NL, NO, ES, UK. [14] Le document de travail des services de la Commission SWD(2012) 259
présente le problème plus en détail. [15] Règlement (CE) n° 216/2008 du Parlement européen et du
Conseil du 20 février 2008 concernant des règles communes dans le domaine
de l'aviation civile et instituant une Agence européenne de la sécurité
aérienne. [16] Tant que le champ de compétence de l’AESA n’est pas formellement
étendu aux aéronefs de moins de 150 kg, l’AESA pourrait adopter ces
documents comme «orientations» pour les systèmes plus légers. Ces orientations
deviendraient ensuite des règles européennes si le champ de compétence de
l’AESA était élargi. [17] Projet anticollision MIDCAS («Mid Air Collision Avoidance
System») coordonné par l'AED; projet de démonstration DeSIRE («Demonstration
of Satellites enabling the Insertion of RPAS in Europe») avec l'ASE. [18] Eurocontrol a été désignée en tant que «responsable du réseau
européen» et est chargée de surveiller l’impact de l’intégration des RPAS sur
la performance du réseau aérien. [19] Voir l'annexe 2 de la feuille de route établie par l'ERSG:
«A Strategic R&D Plan for the integration of civil RPAS into the European
Aviation System» [20] Cela comprendrait une évaluation des exigences en matière
de fréquences aux fins d'assurer un suivi adéquat lors de la prochaine
Conférence mondiale des radiocommunications. [21] Directive 95/46/CE du Parlement européen et du
Conseil du 24 octobre 1995 relative à la protection des personnes physiques à
l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre
circulation de ces données, JO L 281 du 23.11.1995, p. 31. [22] Décision-cadre 2008/977/JAI du Conseil du 27 novembre 2008
relative à la protection des données à caractère personnel traitées dans le
cadre de la coopération policière et judiciaire en matière pénale. [23] Règlement (CE) n° 785/2004 du Parlement européen et
du Conseil du 21 avril 2004 relatif aux exigences en matière d'assurance
applicables aux transporteurs aériens et aux exploitants d'aéronefs.