26.11.2014   

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 424/1


Avis du Comité économique et social européen sur les mesures en faveur de l'emploi des jeunes — Meilleures pratiques

Avis exploratoire (à la demande de la présidence grecque)

2014/C 424/01

Rapporteure:

Mme Christa SCHWENG

Par lettre en date du 6 décembre 2013, M. Theodoros SOTIROPOULOS, ambassadeur, a demandé au Comité économique et social européen, au nom de la présidence grecque de l'UE et conformément à l'article 304 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, d'élaborer un avis sur le thème

«Mesures en faveur de l'emploi des jeunes — Meilleures pratiques»

(avis exploratoire).

La section spécialisée «Emploi, affaires sociales, citoyenneté», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 13 mai 2014.

Lors de sa 499e session plénière des 4 et 5 juin 2014 (séance du 4 juin 2014), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 124 voix pour, 1 voix contre et 4 abstentions.

1.   Conclusions et recommandations

1.1

Le Comité économique et social européen (CESE) considère la lutte contre le chômage des jeunes comme une priorité politique. Pour que les jeunes d'aujourd'hui puissent façonner l'Europe de demain, ils ont besoin de perspectives leur permettant de déterminer leur projet de vie, dont un emploi correspondant à leurs qualifications fait partie intégrante. Seuls une stratégie axée sur la croissance, visant à renforcer la compétitivité et à rétablir la confiance des investisseurs et des ménages, des investissements durables et un plan de relance économique sont à même de stimuler la demande de main-d'œuvre.

1.2

Afin d'encourager les entreprises à embaucher, y compris en période d'incertitude économique, une main-d'œuvre nouvelle et souvent inexpérimentée, il convient de créer des incitants, comme par exemple un système d'éducation qui procure des bases sur le plan technique et personnel pour entrer sur le marché du travail, qui axe davantage les formations professionnelles sur les besoins de ce marché et qui stimule l'esprit d'entreprise. Il convient par ailleurs de mettre en place un marché du travail dynamique et favorisant l'intégration, sur lequel les travailleurs disposent des compétences fondamentales pour garantir la compétitivité de l'économie européenne, la cohésion sociale et des perspectives de croissance durables à long terme. Les réformes engagées dans ce domaine doivent déboucher sur l'instauration d'un équilibre entre flexibilité et sécurité. Le meilleur moyen de parvenir à cet objectif est d'y associer les partenaires sociaux.

1.3

Des experts en orientation qualifiés doivent accompagner les jeunes dans le choix d'une profession. Une analyse des besoins en main-d'œuvre à moyen terme, en particulier au niveau local, est susceptible d'avoir une influence positive sur ce choix. Pendant la crise, les États membres dont les systèmes d'éducation prévoient une formation théorique mais aussi pratique se sont distingués par un taux de chômage des jeunes relativement faible par rapport au reste de l'Union européenne. Le CESE est convaincu du succès des modèles de formation professionnelle tels que les systèmes de formation en alternance qui existent dans un certain nombre d'États membres. Ces programmes donnent en particulier d'excellents résultats lorsque tous les acteurs concernés (employeurs et travailleurs, organisations représentant leurs intérêts et pouvoirs publics) assument leurs responsabilités.

1.4

Les services publics de l'emploi jouent eux aussi un rôle important s'agissant de la transition entre l'enseignement et la vie active. Ils doivent disposer de ressources humaines et financières appropriées pour accompagner non seulement les chômeurs dans leur recherche d'emploi mais aussi pour maintenir des contacts étroits avec les entreprises.

1.5

Le fait d'associer les partenaires sociaux à la stratégie en faveur de la croissance, aux réformes du marché du travail, aux programmes de formation et aux réformes des services publics de l'emploi et de faire participer les organisations de jeunes à la mise en œuvre de la garantie pour la jeunesse garantit l'acceptation du processus par de larges groupes de la population et, partant, la paix sociale. Seules des décisions recueillant un large consensus ont une chance de déboucher sur des changements durables.

2.   Introduction

2.1

Lutter efficacement contre le chômage des jeunes est l'un des plus grands défis de notre époque. Si les chiffres du chômage ont toujours été plus élevés dans la tranche des 15-24 ans que dans celle des 24-65 ans, la crise économique et financière a toutefois touché de manière particulièrement dure les jeunes à la recherche d'un premier emploi. Alors que jusqu'à la fin de 2008 le taux de chômage des jeunes était, selon Eurostat (1), deux fois plus élevé que celui de l'ensemble de la population, il a augmenté pour atteindre, fin 2012, 2,6 fois celui de l'ensemble de la population.

2.2

Cette situation s'explique par la diminution du nombre d'emplois disponibles en raison de la croissance faible, voire négative, du recul de la demande intérieure, des mesures d'économie et, partant, de l'arrêt du recrutement dans le secteur public et est aggravée par le fait que des réformes structurelles n'ont pas été réalisées en temps utile dans les secteurs de la formation et du marché du travail, par le manque de qualifications, ainsi que par la disponibilité de qualifications pour lesquelles il n'y a pas de demande sur le marché du travail.

2.3

Le taux de chômage des jeunes donne le nombre de chômeurs âgés de 15 à 24 ans en pourcentage de la population active du même âge, et était de 23,3 % dans l'UE-28 en 2013. Eurostat (2) utilise comme second indicateur la proportion de jeunes au chômage, c'est-à-dire la part de chômeurs âgés de 15 à 24 ans dans la population totale du même âge, qui était de 9,8 % dans l'UE en 2013. Cet indicateur révèle que de nombreux jeunes dans cette tranche d'âge participent à un programme éducatif et ne sont dès lors pas disponibles sur le marché du travail. Le chômage des jeunes varie très fortement d'un État membre à l'autre: la proportion de jeunes au chômage va de 4 % en Allemagne à 20,8 % en Espagne, alors que le taux de chômage des jeunes varie de 7,9 % en Allemagne à 58,3 % en Grèce.

2.4

Même s'il convient de préciser que le taux de chômage des jeunes ne représente pas le pourcentage des jeunes qui sont sans emploi, il n'en reste pas moins qu'un pourcentage élevé de jeunes cherchent un emploi.

2.5

Parmi les jeunes, une attention particulière doit être accordée à la catégorie des NEET (personnes qui n'ont pas d'emploi et qui ne suivent pas d'études ni de formation): selon la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) (3), les NEET sont ceux qui courent le risque le plus élevé de ne trouver, même plus tard, que des emplois précaires et cette frustration précoce les rend également davantage vulnérables à la pauvreté, à l'exclusion et à la radicalisation. Le coût de la non-participation de ces jeunes au marché du travail est prudemment estimé à 153 milliards d'euros, soit 1,2 % du PIB européen.

2.6

Dans certains États membres de l'UE, de plus en plus de postes vacants ne peuvent être pourvus et ce, quelle que soit l'ampleur du chômage des jeunes. Cette situation concerne des travailleurs qualifiés dans différents secteurs, des professions de haut niveau ayant trait aux mathématiques, à l'informatique, aux sciences et à la technologie ainsi que des postes d'encadrement intermédiaire, pour lesquels l'on recherche des personnes disposant de compétences horizontales (p.ex. capacités de communication, esprit d'équipe, esprit d'entreprise, etc.).

3.   La réponse de l'Europe au chômage des jeunes

3.1   La garantie pour la jeunesse

3.1.1

Depuis 2011, l'idée de mettre en place une garantie pour la jeunesse fait son chemin dans les communications de la Commission européenne (4). En avril 2013, le Conseil des ministres de l'UE a adopté une recommandation sur l'établissement d'une garantie pour la jeunesse. Cette garantie vise à faire en sorte que tous les jeunes de moins de 25 ans se voient proposer une offre de qualité portant sur un emploi, un complément de formation, un apprentissage ou un stage dans les quatre mois suivant leur sortie de l'enseignement officiel ou la perte de leur emploi.

3.1.2

La plupart des mesures prévues par la garantie pour la jeunesse peuvent être cofinancées par le Fonds social européen. L'initiative pour l'emploi des jeunes prévoit en outre des moyens supplémentaires pour 20 États membres dont certaines régions affichent un taux de chômage des jeunes particulièrement élevé (plus de 25 % dans au moins une région).

3.1.3

Dans le cadre du semestre européen, l'évaluation et le suivi des plans de mise en œuvre doivent être intégrés dans les recommandations par pays afin de veiller à ce que la garantie pour la jeunesse soit conforme aux objectifs de la stratégie Europe 2020.

3.1.4

En 2013, la Banque européenne d'investissement a lancé le programme «Compétences et emplois — Investir pour la jeunesse», doté d'une enveloppe de 6 milliards d'euros. Le programme bénéficiera d'une enveloppe budgétaire d'un montant identique en 2014 et 2015.

3.2   Cadre d'action des partenaires sociaux européens pour lutter contre le chômage des jeunes

Les partenaires sociaux européens ont adopté en juin 2013 un cadre d'action sur l'emploi des jeunes (5). Celui-ci repose sur des exemples existants et nouveaux de bonnes pratiques concernant les quatre domaines prioritaires que sont l'apprentissage, la transition entre la formation et la vie active, l'emploi et l'entrepreneuriat. Le but est d'inciter les partenaires sociaux nationaux à trouver des solutions dans leur propre environnement et à les adapter aux conditions prévalant au niveau national.

3.3   La contribution du CESE

3.3.1

Le CESE a consacré de nombreux avis (6), conférences et auditions (7) au traitement de la situation des jeunes sur le marché du travail. L'Observatoire du marché du travail a développé une nouvelle méthode de travail qui consiste à élaborer des études pilotes sur des questions spécifiques. La société civile organisée de certains États membres est consultée dans ce contexte, afin d'évaluer si les politiques et les interventions européennes obtiennent l'effet escompté. L'emploi des jeunes, thème important s'il en est, est l'un des premiers à avoir été sélectionné, en raison de son actualité, pour la réalisation d'une étude pilote.

3.3.2

Dans l'avis qu'il a consacré au paquet «Emploi des jeunes» (8), le Comité a observé qu'«une véritable stratégie de croissance s'impose aux échelons européen et national pour soutenir la création d'emplois plus nombreux et plus stables. Il y a lieu d'adopter une approche coordonnée pour l'ensemble des efforts et des politiques destinés à renforcer la compétitivité et à restaurer la confiance des investisseurs et des ménages.» Il a en outre souligné que l'enveloppe de 6 milliards d'euros consacrée au financement de la garantie pour la jeunesse est insuffisante.

3.3.3

Dans son avis sur un «Cadre de qualité pour les stages» (9), le CESE a mis l'accent sur le fait que les stages étaient certes une porte d'accès majeure au monde du travail, mais pas le seul moyen de lutter contre le chômage des jeunes. Il faut non seulement renforcer l'inclusion des stages dans les programmes d'études et prévoir une couverture sociale de base, mais aussi élaborer des lignes directrices donnant un aperçu des différents moyens de financement permettant de créer des systèmes de stages dont la charge financière serait partagée.

3.3.4

Le Comité a accueilli très favorablement la décision relative à l'amélioration de la coopération entre les services publics de l'emploi (SPE), notamment en raison de l'importance qu'elle revêt pour lutter contre le chômage des jeunes (10). Les SPE doivent être en mesure de réagir de manière immédiate, souple et créative aux évolutions de leur environnement et de combiner des interventions à court terme avec des solutions durables. Cela doit transparaître dans des capacités et un soutien financier adéquats. Les SPE devraient s'orienter d'une manière plus marquée vers le volet de l'offre de travail car les employeurs rencontrent des problèmes croissants lorsqu'il s'agit de recruter et d'embaucher les travailleurs dont ils ont besoin.

3.3.5

Dans son avis intitulé «Ouvrir l'éducation» (11), le CESE souligne qu'une approche numérique des systèmes éducatifs peut contribuer à améliorer la qualité et la créativité de l'éducation. La participation des enseignants à la conception et à la mise en œuvre de l'initiative, associée à une formation adéquate, est essentielle pour «ouvrir l'éducation» de manière innovante en recourant aux nouvelles technologies et aux ressources éducatives libres dans un contexte d'enseignement et d'apprentissage pour tous. La mobilisation de tous les acteurs et le soutien à la création de «partenariats d'apprentissage» au sein de la société sont également essentiels pour que cette initiative soit couronnée de succès.

3.3.6

Les membres du Comité recommandent les projets décrits ci-après. Compte tenu du caractère relativement récent d'un grand nombre de projets, il n'existe souvent pas de données relatives à leur efficacité, de sorte que l'évaluation repose exclusivement sur l'appréciation des membres du CESE.

3.4   Réforme des systèmes éducatifs

3.4.1

Dans le cadre du semestre européen, il a été recommandé à 16 États membres de moderniser leurs systèmes d'enseignement et à 12 États membres d'axer davantage les formations professionnelles sur les besoins du marché du travail ou de renforcer la formation en alternance.

3.4.2

Les systèmes éducatifs relèvent et devront continuer de relever de la compétence des États. Mais le niveau européen peut impulser une forte dynamique grâce à l'échange d'expériences et l'apprentissage par les pairs, ainsi que par des incitations financières. Les systèmes éducatifs devraient être conçus de manière non seulement à doter les jeunes d'un socle de compétences, mais aussi à leur apprendre à réagir par eux-mêmes à l'évolution des exigences, de telle sorte que l'apprentissage tout au long de la vie fasse partie intégrante de tout cursus.

3.4.3

Grâce à une orientation et une information professionnelles dispensées en temps utile, les jeunes doivent pouvoir identifier leurs aptitudes et leurs compétences, et être informés sur l'évolution du marché du travail. Des projets tels que la manifestation viennoise de la «Journée des filles» («Wiener Töchtertag») (12), pendant laquelle les filles se rendent dans une entreprise pour se faire une idée des nouveaux domaines professionnels et des perspectives d'emploi existantes, peuvent également contribuer à éveiller l'intérêt des filles pour les formations professionnelles techniques.

3.4.4

Les raisons du décrochage scolaire précoce étant multiples, les remèdes doivent être taillés sur mesure. Les services d'accompagnement des jeunes «Jugendcoaching» (13) en Autriche ou «Joblinge» (14) en Allemagne sont des exemples d'initiatives grâce auxquelles des jeunes menacés d'exclusion bénéficient temporairement d'une assistance et d'un accompagnement individualisés dans leur recherche d'une formation ou d'un emploi.

3.4.5

Il est frappant de constater, s'agissant des États européens où le chômage des jeunes est faible, que ceux-ci sont dotés d'un système de formation proche du marché du travail et de l'entreprise et proposant des qualifications professionnelles certifiées et transférables. Dans ce contexte, une partie de la formation se déroule — sous des formes variables — directement en entreprise, l'autre à l'école. Les institutions de l'UE et les partenaires sociaux européens ont reconnu cette approche en apportant leur soutien à l'Alliance européenne pour l'apprentissage (15). L'apprentissage est l'un des éléments clés de la garantie pour la jeunesse et son succès repose sur un vaste partenariat entre les acteurs concernés que sont les entreprises, les travailleurs et le monde de l'éducation. Lors de la mise en place d'un système de formation en alternance orienté vers les besoins des entreprises, du marché du travail et des jeunes, il est essentiel que des organismes proches de l'entreprise soient étroitement associés à son aménagement et à son fonctionnement. Grâce à leur forte implication, les partenaires sociaux s'identifient au système et participent à sa gestion («codétenteurs du système»). Il est en outre essentiel que les employeurs soient disposés à prendre leurs responsabilités et à investir. Même s'il n'est pas possible pour d'autres États membres de mettre en place à court terme un système d'apprentissage de grande ampleur, certaines formations duales pourraient par exemple être expérimentées avec un groupe fixe d'entreprises du même secteur. À cette fin, les partenaires sociaux sectoriels devraient définir des normes de formation et des certifications communes. Une autre solution serait de renforcer la coopération entre différentes écoles, dans le cadre de leur autonomie, et un certain nombre d'entreprises, comme c'est par exemple le cas en Pologne.

3.4.6

Ces dernières années, Malte a effectué un pas essentiel dans cette direction dans le cadre du cursus proposé par le Malta College of Arts, Science and Technology, puisqu'une partie de la formation s'effectue directement en entreprise. Ainsi, sur les 284 étudiants qui ont terminé leur formation pratique chez Lufthansa Malte, 163 ont été embauchés.

3.4.7

Reconnaissance des qualifications informelles. La validation des résultats, en particulier des savoirs, aptitudes et compétences, acquis par un apprentissage non formel ou informel peut contribuer de façon importante à renforcer l'employabilité et la mobilité et à accroître la motivation en faveur de l'apprentissage tout au long de la vie, notamment chez les personnes défavorisées sur le plan socio-économique ou les personnes peu qualifiées.

3.4.8

À l'heure où l'Union européenne est confrontée à une grave crise économique qui a fait fortement grimper le chômage, en particulier chez les jeunes, et compte tenu du vieillissement de la population, la validation des savoirs, des aptitudes et des compétences utiles peut contribuer de façon encore plus importante à l'amélioration du fonctionnement du marché du travail, à la promotion de la mobilité et à la stimulation de la compétitivité et de la croissance économique.

3.5   Mesures visant à faciliter la transition entre le système éducatif et la vie professionnelle

3.5.1

Qualifications et mesures de formation (professionnelle). Le manque d'expérience professionnelle est l'une des raisons essentielles pour lesquelles les entreprises hésitent, en période de difficultés économiques, à engager des jeunes. Un enseignement strictement théorique, sans mise en pratique obligatoire des connaissances acquises, s'avère de plus en plus être un obstacle à l'accès au marché du travail.

3.5.2

«Thinking outside the box on recruitment» (Sortir des sentiers battus en matière de recrutement) est un projet lituanien ayant pour objet de préparer les jeunes à l'emploi et de leur proposer des stages dans des entreprises appropriées. Les fondations pour l'emploi («Implacementstiftungen») (16) des services publics autrichiens de l'emploi fonctionnent de manière analogue, en mettant en contact les entreprises ne parvenant pas à couvrir leurs besoins en personnel et les personnes en quête d'un emploi qui ne disposent pas de toute la formation requise pour un emploi donné. La couverture des coûts de formation et des moyens de subsistance est partagée entre les services de l'emploi et l'entreprise. Des évaluations montrent que trois mois après avoir pris part à ce projet, 75 % environ des participants ont trouvé un emploi.

3.5.3

En France, des accords interprofessionnels entre les partenaires sociaux ont abouti en 2011 à l'adoption de mesures spécifiquement destinées aux jeunes disposant ou non d'une formation scolaire ou universitaire, pour les assister dans la recherche d'un emploi. Cette action met particulièrement l'accent sur la préparation aux entretiens d'embauche. Une évaluation a fait apparaître que le pourcentage d'insertion dans le marché du travail des jeunes ayant participé à cette action est de 65 %, soit 18 % de plus que dans le groupe de référence.

3.5.4

En Irlande, le programme «Jobbridge» (17) permet d'offrir des stages de six à neuf mois dans des entreprises à des jeunes ayant bénéficié de l'aide sociale pendant 78 jours au moins. Les stagiaires perçoivent, en plus de l'aide sociale, 50 euros par semaine. Le fait que certaines personnes menant par exemple de pair une formation et un emploi à temps partiel ne puissent pas recourir à ce programme à l'issue de leur formation parce qu'elles ne bénéficient pas d'une aide sociale pose problème. De l'avis du Comité, les mesures d'activation devraient intervenir à un stade plus précoce, car la longue période d'attente décourage les travailleurs au lieu de promouvoir l'emploi.

3.5.5

Le conseil écossais pour les organisations bénévoles («Scottish council for voluntary organisations») a créé en 2011 le programme «Community Jobs Scotland». Ce programme s'adresse aux jeunes chômeurs et travaille avec des organismes d'aide sociale qui offrent des emplois d'une durée de six à neuf mois dans divers secteurs à des jeunes disposant de qualifications aussi bien supérieures qu'élémentaires. Ces jeunes obtiennent un véritable emploi, doivent faire leurs preuves lors du processus de candidature, perçoivent un salaire et bénéficient d'une formation continue. Plus de 4  000 jeunes ont participé à ce programme, dont 47,3 % ont accédé directement à un emploi, tandis que 63,6 % ont pu bénéficier indirectement d'une formation complémentaire et de la participation à des activités de volontariat.

3.5.6

Au Danemark, syndicats et Fonds de l'emploi offrent, en coopération avec des employeurs des secteurs public et privé, des stages à des jeunes qui ont terminé leur formation afin de leur permettre d'acquérir une expérience professionnelle et une spécialisation dans leur domaine de compétence. Même si des chiffres plus précis ne seront disponibles qu'à la fin du projet, en avril 2014, l'on constate qu'en moyenne 60 % des personnes ayant effectué un stage de ce type trouvent un emploi.

3.5.7

En Slovénie, le projet «Moje izkušnje» (18) (Mon expérience), qui a été distingué par l'OIT, permet de mettre en relation étudiants et employeurs au moyen d'une plateforme en ligne sur laquelle les étudiants peuvent télécharger leur expérience professionnelle. Des certificats sont en outre délivrés afin de confirmer l'expérience professionnelle.

3.5.8

En Espagne, la Fondation Novia Salcedo, une organisation culturelle sans but lucratif, propose un programme de stage visant à accompagner les titulaires d'un diplôme d'études professionnelles qui combine apprentissage théorique et expérience pratique en entreprise. Il ressort de l'évaluation de ce programme que plus de 52,23 % des personnes qui l'ont suivi ont décroché un contrat de travail.

3.5.9

En République tchèque, les employeurs et les organisations syndicales conduisent en partenariat le projet «POSPOLU» («Ensemble») qui a pour but de modifier le système d'organisation de la formation et de renforcer l'apprentissage fondé sur le travail. Dans ce contexte, des partenariats sont conclus entre des écoles et des entreprises et des propositions élaborées afin de modifier les contenus des programmes de formation. Le projet s'adresse avant tout aux formations dans le domaine de la mécanique, de l'électricité et de l'ingénierie civile, des transports et des technologies de l'information.

3.5.10

Au Portugal, le réseau des centres technologiques soutient deux projets («Think Industry» et «F1 in Schools») axés sur les nouvelles compétences industrielles dont a besoin le marché du travail au travers d'une approche pratique qui consiste à encourager l'utilisation d'outils et de machines et à fournir les connaissances requises pour construire une véritable voiture de formule 1 en miniature et lancer l'idée/le projet sur le marché. Écoles et industrie ont forgé des partenariats visant à modifier la perception qu'ont les jeunes étudiants des carrières industrielles et à les orienter vers les besoins du marché (19).

3.5.11

En Italie, un programme couvrant la période de 2014 à 2016 permet aux étudiants du deuxième cycle de l'enseignement secondaire de passer un certain temps en entreprise, grâce à une meilleure utilisation des contrats de stage.

3.5.12

Promotion de la mobilité. La promotion de la mobilité transfrontalière des jeunes en vue de l'acquisition d'une expérience professionnelle peut elle aussi contribuer à combler le hiatus existant entre une formation purement théorique et le premier emploi.

3.5.13

L'accord bilatéral entre l'Allemagne et l'Espagne, qui prévoit des possibilités d'emploi et de formation pour quelque 5  000 jeunes Espagnols d'ici à 2017, en est un bon exemple. Il en va de même des deux programmes allemands d'aide «The job of my life» et «Make it in Germany», qui visent tous deux à attirer des jeunes en Allemagne pour les former à des métiers dans lesquels la main-d'œuvre disponible n'est pas suffisante. Ils se voient ainsi offrir un cours d'initiation à l'allemand dans leur pays d'origine, une allocation couvrant leurs frais de voyage et de déménagement, et un cours de langue en Allemagne en préalable à un stage. Si l'employeur se montre satisfait à l'issue du stage, celui-ci peut être suivi d'une formation de trois ans à trois ans et demi, pendant laquelle le jeune perçoit une aide financière en plus de l'indemnité de formation et bénéficie d'un accompagnement dans le cadre de cette formation, de son travail et dans sa vie quotidienne.

3.5.14

Le programme «Integration durch Austausch» (Intégration par l'échange) vise à faciliter l'insertion professionnelle des catégories de personnes rencontrant des difficultés d'accès au marché du travail par l'acquisition d'une expérience professionnelle pratique dans un autre pays de l'UE. Le bilan intermédiaire de ce programme cofinancé par le FSE a montré que six mois après la fin de l'échange, 41 % des participants étaient en activité, 18 % en formation, 7 % poursuivaient une scolarité et 4 % des études.

3.5.15

Pour assurer une meilleure adéquation entre l'offre et la demande sur le marché du travail, une réforme du portail EURES est indispensable. Le CESE se prononcera à ce sujet dans un avis spécifique. Mais pour ce faire, il sera essentiel qu'EURES soit utilisé dans tous les États membres — et pas seulement dans un petit nombre d'entre eux — en tant qu'instrument de la politique du marché de l'emploi et que les vacances d'emploi soient effectivement publiées sur ce portail. L'initiative «Your first EURES Job» (20) est également un bon exemple de la façon dont il est possible d'encourager la mobilité transfrontalière des jeunes travailleurs en leur proposant un premier emploi (et non une formation ou un stage) assorti d'une allocation destinée à couvrir les frais supplémentaires occasionnés par l'acceptation d'un travail dans un autre pays.

3.5.16

Une meilleure mise en adéquation des compétences requiert la création d'observatoires afin d'anticiper et de définir les besoins en compétences à un stade précoce. Cette opération devrait être effectuée aux niveaux régional et/ou sectoriel, avec la participation des partenaires sociaux, afin de répondre rapidement aux différentes évolutions économiques, juridiques, mais aussi techniques; c'est en effet à ces niveaux que l'on connaît le mieux les besoins des entreprises et du marché du travail.

3.6   Mesures en faveur de l'intégration des jeunes défavorisés

3.6.1

Les jeunes qui ont des besoins particuliers nécessitent aussi un soutien particulier pour pouvoir accéder au marché du travail. En Autriche, cette tâche est assurée par le programme «Jobcoaching» (21), dans le cadre duquel les personnes souffrant de handicaps ou de difficultés d'apprentissage bénéficient d'une assistance et d'un accompagnement individualisés pendant les premiers mois d'exercice de leur nouvel emploi. Ce soutien est conçu dans l'intérêt du jeune, mais aussi de l'entreprise.

3.6.2

Au pays de Galles, le projet sur le marché intermédiaire de l'emploi («Intermediate Labour Market») a été créé spécialement à l'intention des NEET, afin d'offrir aux jeunes les plus éloignés du marché du travail un programme bien structuré et des possibilités d'emploi. Ce projet doit inciter les jeunes à travailler, leur inculquer des règles générales de conduite, leur fournir des qualifications de base et les aider à postuler à un emploi. Sur les 249 participants, 35 ont trouvé un travail.

3.6.3

Le projet «Equality of Opportunity» (22), conçu par l'entreprise U.S. Steel Košice, est un exemple d'insertion de personnes très éloignées du marché du travail. Ce projet s'attache de manière spécifique à employer et à former des Roms provenant des environs de Košice, pour lesquels il s'agit généralement du premier contact avec le monde du travail. Depuis 2002, des emplois ont ainsi été créés à l'intention de plus de 150 Roms.

3.6.4

En Belgique, le plan «Activa» (23) prévoit une réduction des cotisations patronales de sécurité sociale et une subvention à la rémunération pendant cinq trimestres en cas d'embauche de jeunes travailleurs peu qualifiés de moins de 25 ans au chômage depuis au moins 12 mois.

3.7   Mesures visant à réformer le marché du travail

3.7.1

Selon l'institut de recherche sur l'avenir du travail («Forschungsinstitut zur Zukunft der Arbeit»), depuis les années 80, les contrats de travail à durée déterminée ont été libéralisés dans un grand nombre d'États européens, afin de multiplier les possibilités d'accès au marché de l'emploi sans devoir remettre en question la protection contre les licenciements, très développée dans de nombreux pays (24). Il s'ensuit que les jeunes ne se voient de plus en plus souvent proposer que des contrats à durée déterminée, sans possibilité d'accéder à des emplois à durée indéterminée. S'il est vrai qu'en temps de crise, un régime de forte protection contre les licenciements profite aux salariés bénéficiant d'une certaine ancienneté plutôt qu'aux plus jeunes, il constitue cependant, en raison de la situation économique incertaine, un frein au recrutement de jeunes travailleurs inexpérimentés et accentue de ce fait la segmentation du marché du travail.

3.7.2

Le Comité recommande, notamment dans les États membres où le chômage des jeunes est particulièrement élevé, de poursuivre les réformes menées dans le domaine du marché du travail en y associant les partenaires sociaux afin de réaliser un juste équilibre entre flexibilité et sécurité. Les réformes ne produiront leurs effets qu'à moyen terme, mais en cas de relance économique, elles peuvent contribuer de manière sensible à faire baisser rapidement le chômage des jeunes.

3.8   Mesures visant à inciter les entreprises à engager des jeunes

3.8.1

Afin d'inciter les entreprises à engager de jeunes travailleurs sans expérience, il peut être utile de proposer des mesures d'encouragement supplémentaires, qui prennent souvent la forme de subventions à la rémunération ou d'une réduction des contributions de sécurité sociale. À cet égard, il convient cependant de veiller à ce que ces mesures ne provoquent pas de distorsions de la concurrence et n'affaiblissent pas les systèmes de sécurité sociale. Les aides que la HRDA (25) (Human Resource Development Authority of Cyprus) accorde aux entreprises chypriotes dans le cadre de programmes de formation de jeunes travailleurs en sont un exemple. Ces aides permettent plus particulièrement aux PME d'assurer la formation nécessaire et de faire face à la perte de production qui en découle dans les premiers temps.

3.8.2

S'il dispose de la carte finlandaise «Sanssi» (26), tout jeune chômeur de moins de 30 ans est assuré que son employeur peut demander une subvention à la rémunération pendant 10 mois.

3.8.3

La Hongrie a choisi d'aider les entreprises qui embauchent des jeunes de moins de 25 ans en réduisant pendant une période donnée la rémunération brute et les cotisations de sécurité sociale de ces jeunes. -

3.8.4

En Italie, les entreprises bénéficient d'incitants fiscaux pendant douze mois en matière de sécurité sociale si elles proposent un contrat à durée indéterminée à des jeunes de 18 à 29 ans sans emploi régulièrement rémunéré depuis au moins six mois ou ne disposant pas d'un diplôme de l'enseignement secondaire ou professionnel.

3.9   Mesures de promotion de l'entrepreneuriat

3.9.1

Promouvoir l’éducation et la formation à l’entrepreneuriat afin de soutenir la croissance et la création d’entreprises, est l'un des trois piliers du «Plan d’action “Entrepreneuriat 2020” — Raviver l’esprit d’entreprise en Europe» (27). Le «permis de conduire de l'entrepreneur» (28) permet aux jeunes d'acquérir des connaissances sur le fonctionnement de l'économie et l'économie d'entreprise qui, après le passage d'un examen, remplaceront le certificat requis en Autriche pour l'exercice d'une activité indépendante.

3.9.2

Avec le programme «Junior Company», des élèves âgés de 15 à 19 ans créent de véritables entreprises pour la durée d'une année scolaire et mettent sur le marché réel les produits et les services qu'ils ont eux-mêmes développés. Ils ont ainsi la possibilité d'expérimenter directement leurs compétences entrepreneuriales.

3.9.3

Le projet «Extraordinary EducationTM» permet à des jeunes de tester un projet d'entreprise dans un environnement informel et leur transmet des compétences de base dans le domaine de l'entrepreneuriat et de la communication indépendamment de l'âge des intéressés ou de la langue utilisée.

3.9.4

Pour permettre aux nouvelles entreprises d'accéder au financement et les inciter à créer des emplois, la Roumanie les dispense du paiement des frais d'enregistrement. En outre, des allégements fiscaux sont octroyés pour deux à quatre salariés, un prêt plafonné à 10  000 euros et couvrant 50 % du plan d'affaires est accordé et les emprunts contractés sont garantis par le gouvernement à hauteur de 80 %. De 2011 à mars 2014, un total de 12  646 PME et 22  948 emplois ont été créés. Seules 188 PME ont dû cesser leurs activités par la suite. Ce programme, qui donne d'excellents résultats, sera poursuivi en 2014 également.

Bruxelles, le 4 juin 2014.

Le Président du Comité économique et social européen

Henri MALOSSE


(1)  Eurostat — Unemployment statistics.

(2)  Eurostat — Statistics_explained — Youth_unemployment.

(3)  Eurofound — NEETs.

(4)  Chances pour les jeunes et paquet «Emploi des jeunes».

(5)  Cadre d'action sur l'emploi des jeunes.

(6)  JO C 68 du 6.3.2012, p. 1; JO C 68 du 6.3.2012, p. 11; JO C 143 du 22.5.2012, p. 94; JO. C 299 du 4.10.2012, p. 97; J. C 191 du 29.6.2012, p. 103; JO C 11 du 15.1.2013, pp. 8-15; JO C 161 du 6.6.2013, pp. 67-72; JO C 327 du 12.11.2013, pp. 58-64; JO C 133 du 9.5.2013, pp. 77-80; JO C 271 du 19.9.2013, p. 101; CCMI/118 — EESC-2013-05662-00-00-AS-TRA (Rapporteur: Fornea, Corapporteur: Grimaldi); pas encore publié au JO.

(7)  http://www.eesc.europa.eu/?i=portal.fr.events-and-activities-eu-policies-youth-employment

http://www.eesc.europa.eu/?i=portal.fr.events-and-activities-skill-mobility-competitiveness

(8)  JO C 161 du 10.7.2013, p. 67.

(9)  Un cadre de qualité pour les stages.

(10)  Services publics de l'emploi (SPE).

(11)  Ouvrir l'éducation.

(12)  Töchtertag.

(13)  NEBA — Jugendcoaching.

(14)  Joblinge.

(15)  Alliance européenne pour l'apprentissage.

(16)  http://www.implacement-stiftung.at/

(17)  Jobbridge.

(18)  http://youthpractices.org/assessment.php; p. 36.

(19)  http://www.f1inschools.com

(20)  Commission européenne — Your first EURES job.

(21)  NEBA — Jugendcoaching.

(22)  U.S. Steel Kosice — Equality of Opportunity.

(23)  Belgique — Activa.

(24)  IZA — Le chômage des jeunes en Europe.

(25)  Chypre — Scheme for the job placement and training of tertiary education.

(26)  Finlande — Carte Sanssi.

(27)  COM(2012) 795 final.

(28)  Autriche — Permis de conduire de l'entrepreneur.