COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 16.4.2024
COM(2024) 173 final
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen
Communication de la Commission au Parlement Européen, au Conseil Européen, au Conseil, au Comité Économique et Social et au Comité des Régions
Rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen
En 2023, l’espace Schengen sans contrôles aux frontières intérieures (ci-après dénommé l’«espace Schengen») a continué de faire preuve de résilience face à l’évolution du paysage géopolitique, bien qu’il reste exposé à des défis interdépendants. Le rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen fait le point sur les évolutions importantes qui ont eu lieu au cours de l’année écoulée, en fournissant une vue d’ensemble complète de la situation dans l’espace Schengen. Il tient compte des principales initiatives prises dans le cadre du mandat actuel de la Commission pour renforcer le cadre Schengen.
S’appuyant sur les activités d’évaluation et de contrôle de Schengen menées en 2023, le rapport recense également les domaines prioritaires nécessitant une impulsion politique et opérationnelle et met en évidence les domaines dans lesquels une meilleure application des règles de Schengen est nécessaire. Près de 40 ans après la signature de l’accord de Schengen, un niveau élevé de coopération par-delà les frontières demeure plus important que jamais, afin de permettre à l’espace Schengen de continuer à contribuer à la compétitivité économique de l’UE et de rendre la vie des citoyens et des entreprises plus facile et plus sûre.
Le présent rapport, qui lance le cycle Schengen 2024-2025, sert de base à la prise de décision politique et au suivi politique tant au niveau européen qu’au niveau national. Afin de faciliter la mise en œuvre des actions prioritaires pour l’espace Schengen, la Commission a présenté, parallèlement au présent rapport, une proposition de recommandation du Conseil relative à l’espace Schengen et invite le Conseil à l’adopter lors de la prochaine session du Conseil Schengen en juin 2024.
En particulier, les accords conclus sur le cadre législatif, les mesures historiques prises pour achever l’espace Schengen et la consolidation de la gouvernance de l’espace Schengen constituent les éléments essentiels permettant de passer d’une situation de crise constante à une situation marquée par la préparation, la résilience et des réponses apportées collectivement, marquant ainsi un tournant dans les efforts menés conjointement pour assurer la gestion de l’espace Schengen.
1. Concrétisation de nos engagements en faveur d’un espace Schengen plus fort
Après près de quatre décennies de coopération, Schengen est devenu le plus grand espace de libre circulation au monde. En établissant un espace sans contrôles aux frontières intérieures doté d’une frontière extérieure commune, les États membres de l’UE sont convenus de manière ambitieuse d’assumer une responsabilité commune dans un concept où les actions d’un pays membre vont au-delà des intérêts nationaux et ont une incidence sur tous les membres de l’espace Schengen.
Un cadre juridique renforcé
La succession des crises récentes a mis en lumière l’importance de renforcer la résilience de l’espace Schengen. Il est devenu de plus en plus évident que le bon fonctionnement de l’espace Schengen nécessite un cadre juridique commun renforcé afin de désamorcer le sentiment de crise persistante et de laisser de côté les actions unilatérales et non coordonnées, qui découlent principalement de l’absence d’outils communs efficaces. Conformément à notre engagement en faveur d’un espace Schengen fort et à l’épreuve du temps, les accords relatifs à une nouvelle législation au cours du deuxième cycle Schengen ouvrent un nouveau chapitre de l’histoire de Schengen avec comme objectif de préserver son intégrité.
L’accord politique sur le code frontières Schengen révisé vise à préserver une pierre angulaire de l’espace Schengen: l’absence de contrôle aux frontières intérieures. Les garanties supplémentaires et les nouvelles mesures, y compris la procédure de transfert visant à atténuer les mouvements secondaires, devraient permettre aux États membres de répondre efficacement à leurs préoccupations en matière de sécurité et de migration grâce à une coopération transfrontalière renforcée, en s’appuyant sur la recommandation de la Commission de 2023 relative à la coopération dans le cadre de Schengen. Les nouvelles règles renforceront également la coordination de l’UE, garantiront la prévisibilité et amélioreront la boîte à outils disponible de manière à apporter une réponse efficace aux défis rencontrés aux frontières extérieures de l’UE, notamment en cas de menaces pour la santé publique et dans les situations où les migrants sont instrumentalisés à des fins politiques.
En outre, des progrès ont été accomplis pour sécuriser les frontières aériennes extérieures tout en favorisant un transport aérien plus rapide grâce à l’accord politique portant sur deux règlements et visant à améliorer l’utilisation des informations préalables sur les passagers (API). Pour la première fois, les services répressifs pourront obtenir ces informations pour certains vols intra-UE.
En outre, la conclusion d’un accord politique relatif au pacte sur la migration et l’asile conclu en décembre 2023 a constitué une avancée majeure qui soutiendra et renforcera également de manière significative le bon fonctionnement de l’espace Schengen. En particulier, le nouveau règlement sur le filtrage, une fois adopté, prévoira des règles uniformes visant à renforcer les frontières extérieures et à augmenter la sécurité au sein de l’espace Schengen d’une manière qui garantisse le plein respect des droits fondamentaux. Le pacte renforcera également l’efficacité des procédures d’asile et de retour, limitant de la sorte les mouvements secondaires non autorisés au sein de l’espace Schengen.
En ce qui concerne l’échange d’informations entre les services répressifs, la directive relative à l’échange d’informations entre les services répressifs, adoptée en mai 2023, et le règlement Prüm II relatif à la consultation et l’échange automatisés de données dans le cadre de la coopération policière, adopté en février 2024, comblent les lacunes en matière d’information et renforcent la prévention et la détection de la criminalité ainsi que les enquêtes en la matière.
En outre, des règles plus strictes visant à soutenir l’espace de liberté, de justice et de sécurité sont désormais en place afin de lutter contre deux formes essentielles de criminalité transfrontière. Premièrement, la directive modifiée concernant la lutte contre la traite des êtres humains introduira des outils plus solides permettant aux services répressifs et aux autorités judiciaires d’enquêter sur de nouvelles formes d’exploitation et d’engager des poursuites en la matière, et de protéger les victimes de la traite d’êtres humains. La nouvelle législation garantit une meilleure coordination entre les autorités chargées de la lutte contre la traite des êtres humains et celles chargées de l’asile. Deuxièmement, l’accord conclu sur la mise à jour des règles relatives au trafic d’armes à feu lors de l’importation et de l’exportation
contribuera à réduire le risque de contournement de l’embargo dans le cas des exportations d’armes à feu à des fins civiles et à renforcer les contrôles de l’importation de ces armes à feu en provenance de pays tiers.
Enfin, il reste encore à faire avancer les négociations sur les propositions législatives visant à lutter contre le trafic de migrants. La législation actuelle, qui existe depuis des décennies, ne fournit pas les outils adéquats pour lutter contre cette criminalité en constante évolution et il est nécessaire de renforcer la coopération au niveau de l’UE et avec les États membres. Parmi les propositions législatives, citons la proposition de règlement visant à améliorer la coopération policière en ce qui concerne la prévention, la détection et les enquêtes en matière de trafic de migrants et de traite des êtres humains, et à renforcer le soutien apporté par Europol pour prévenir et combattre ces formes de criminalité.
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Vers une mise en œuvre en temps utile du cadre renforcé
Le cadre juridique actualisé qui sous-tend le fonctionnement de l’espace Schengen montre qu’Union forte apporte des résultats à ses citoyens. À la suite de l’adoption formelle du paquet législatif, sa mise en œuvre sera essentielle pour le maintien d’un espace Schengen puissant au cours des années à venir. La Commission coordonnera et suivra de près cette phase. Il est de notre responsabilité collective d’assurer une mise en œuvre rapide, cohérente et homogène, en particulier concernant les points suivants:
Frontières extérieures
·Afin de garantir la mise en œuvre effective du règlement sur le filtrage, chaque État membre devra entamer le processus d’allocation des ressources et des capacités, y compris la mise en place d’un mécanisme de contrôle indépendant.
Mesures internes
·À la suite de l’adoption des modifications du code frontières Schengen, les États membres, en étroite coopération avec le coordinateur Schengen, travailleront dans le cadre d’une approche régionale afin de mettre en place les nouvelles mesures dans les régions des frontières intérieures, y compris les modalités opérationnelles relatives à la procédure de transfert et le renforcement de la coopération policière, en vue de supprimer progressivement les contrôles aux frontières intérieures mis en place de longue date.
·D’ici la fin de l’année, tous les États membres devront veiller à ce que le point de contact unique désigné, qui est l’entité centrale chargée de coordonner et de faciliter l’échange d’informations au titre de la directive relative à l’échange d’informations entre les services répressifs, soit opérationnel et composé de membres du personnel des services répressifs concernés, opérant dans le cadre d’un système électronique unique de gestion des dossiers.
·Conformément à la directive révisée relative à la lutte contre la traite des êtres humains, les États membres doivent modifier leur droit pénal national et formaliser leurs mécanismes d’orientation en tant que première étape vers la mise en place d’un mécanisme d’orientation européen pour lutter contre la traite des êtres humains.
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Achèvement de l’espace Schengen
Au cours du deuxième cycle Schengen, la Croatie a rejoint l’espace Schengen. Pendant l’année écoulée, la Croatie a accueilli quelque deux millions de touristes de plus qu’en 2022, ce qui a stimulé son économie nationale sachant que le tourisme représente 20 % de son produit intérieur brut (PIB). L’admission de la Croatie dans l’espace Schengen a également facilité le renforcement de la coopération régionale avec la Hongrie, l’Italie et la Slovénie voisines. Entre décembre 2023 et février 2024, la Croatie a fait l’objet d’une première évaluation Schengen périodique, laquelle a révélé l’intensification du travail opérationnel entrepris pour lutter contre les mouvements secondaires et les activités criminelles transfrontières, avec une augmentation significative des patrouilles communes à la frontière avec la Slovénie. Toutefois, le détournement des flux migratoires sur la route des Balkans occidentaux et l’augmentation des arrivées irrégulières à sa frontière avec la Bosnie-Herzégovine nécessitent des efforts accrus pour contrecarrer les réseaux de passeurs et renforcer encore les activités de surveillance des frontières.
Marquant une étape importante dans le cycle Schengen 2023-2024, le Conseil a pris en décembre 2023 une décision attendue de longue date concernant l’admission de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen. Cette décision résulte de la contribution continue de la Bulgarie et de la Roumanie à un espace Schengen pleinement opérationnel, comme cela a été démontré à de nombreuses reprises. Depuis le 31 mars 2024, la Bulgarie et la Roumanie sont devenues membres de l’espace Schengen et appliquent intégralement l’acquis de Schengen. Dans un premier temps, les contrôles aux frontières intérieures aériennes et maritimes ont été levés.
Afin de renforcer la protection des frontières extérieures en tant qu’États Schengen, les deux États membres ont convenu avec l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) d’accroître la présence du contingent permanent. Au cours des derniers mois, l’Agence a commencé à prendre des mesures pour tripler le déploiement d’agents du contingent permanent à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie et a également renforcé sa présence aux frontières bulgare et roumaine avec la Serbie. La coopération renforcée au titre des cadres de coopération lancés en mars 2024 donne déjà des résultats positifs et la nouvelle action de financement spécifique de 85 millions d’EUR lancée par la Commission renforcera également les capacités aux frontières extérieures. Afin de préparer la future levée des contrôles aux frontières terrestres intérieures, la coopération policière dans la région a été renforcée par la mise en place d’une initiative de coopération régionale suivant l’approche axée sur l’ensemble de la route, qui inclut également l’Autriche, la Grèce, la Hongrie et la Slovaquie. Sur la base d’analyses conjointes des risques, l’objectif est de mettre en place un mécanisme de planification annuelle conjoint définissant des activités concrètes. Le coordinateur Schengen continuera de soutenir cette initiative, qui est coordonnée à tour de rôle par les États membres concernés. La Commission continuera d’apporter tout le soutien nécessaire à la présidence du Conseil afin qu’une décision visant à lever les contrôles aux frontières terrestres intérieures puisse être prise en 2024.
L’échange rapide d’informations constitue une pierre angulaire de l’intégration de Schengen, en particulier pour les États membres qui n’appliquent pas encore intégralement l’acquis de Schengen. Compte tenu de la position géographique de Chypre, sa connexion au système d’information Schengen en juillet 2023 a considérablement renforcé la sécurité en Europe. En février 2024, Chypre comptait plus de 12 000 signalements actifs dans le système et les autorités chypriotes avaient effectué environ 21 millions de recherches, ce qui a permis de détecter des menaces pour la sécurité et a aidé à localiser une trentaine de personnes disparues. L’évaluation Schengen réalisée en 2023 a révélé que le système est bien intégré dans les processus en matière de frontières et de migrations et les processus utilisés par les services répressifs à Chypre, bien que des efforts supplémentaires soient nécessaires pour exploiter pleinement toutes les fonctionnalités disponibles. Des mesures importantes ont également été prises au sujet de l’admission de l’Irlande à Schengen en ce qui concerne les parties de l’acquis de Schengen auxquelles celle-ci a demandé à participer, parmi lesquelles la coopération policière, le système d’information Schengen, la coopération judiciaire en matière pénale, la coopération en matière de drogue et l’article 26 de la convention de Schengen. L’évaluation Schengen du reste de l’acquis auquel l’Irlande a demandé à participer sera finalisée au cours du second semestre de 2024.
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Achèvement de l’espace Schengen
Un espace Schengen étendu et uni constitue un vecteur de stabilité et de prospérité sur l’ensemble du continent. L’achèvement de l’espace Schengen a été une priorité essentielle de l’actuelle Commission. Le premier élargissement en plus de dix ans que représente l’adhésion de la Croatie ainsi que la décision prise en 2023 sur la levée des contrôles aux frontières intérieures aériennes et maritimes avec la Bulgarie et la Roumanie témoignent de cet engagement.
Prochaines étapes:
·Il est à présent nécessaire que le Conseil prenne une décision définitive et fixe une date appropriée pour la levée des contrôles aux frontières terrestres intérieures avec la Bulgarie et la Roumanie.
·Une fois que l’évaluation Schengen en cours aura confirmé que l’Irlande est prête à mettre en œuvre les parties de l’acquis auxquelles elle a demandé à participer, le Conseil sera en mesure de prendre une décision à l’unanimité.
·À la suite des évaluations Schengen de Chypre réalisées dans tous les domaines d’action, la Commission suit les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations et effectuera, à cet égard, les inspections de vérification nécessaires. Parallèlement, la Commission continuera de travailler avec les autorités chypriotes à la poursuite de son intégration dans l’espace Schengen, compte tenu de sa situation particulière.
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2. Vers un cadre de gouvernance de Schengen intégré
Ainsi que l’a souligné la présidente von der Leyen dans son discours sur l’état de l’Union de 2023, les défis communs nécessitent une unité d’action. Ces dernières années, l’espace Schengen a constamment démontré qu’il pouvait assurer un niveau élevé de protection grâce à une approche européenne coordonnée. En 2023, le Conseil Schengen est devenu une plateforme permettant de coordonner une réponse commune aux défis communs qui ont une incidence sur les membres de l’espace Schengen et sur l’espace Schengen dans son ensemble.
Une coordination politique au niveau de l’UE à l’aide d’outils renforcés
Conformément aux priorités établies par le Conseil Schengen en juin 2023, les outils du cycle Schengen ont été renforcés afin d’améliorer la détection en temps utile des risques et des lacunes qui ont une incidence sur la stabilité de Schengen et afin de favoriser un niveau plus élevé de mise en œuvre. Ces efforts conjoints ont débouché sur un mandat renforcé du Conseil Schengen, fixant ainsi un cadre favorable à des réponses communes plus efficaces.
En particulier, le baromètre Schengen+, qui intègre de plus en plus les résultats des évaluations Schengen, a permis d’identifier plus efficacement les problèmes nécessitant une réponse commune. Par exemple, le fait que le régime d’asile soit exposé à des abus de la part de ressortissants exemptés de l’obligation de visa a encouragé la révision du mécanisme de suspension de l’exemption de visa tandis que les informations sur les difficultés en matière de retour ont contribué à la réflexion menée actuellement sur la manière d’accroître l’efficacité des retours durables grâce à la promotion d’une approche européenne. De même, les résultats de la première évaluation thématique sur le trafic de drogue et la détection de graves lacunes dans l’exécution des contrôles aux frontières ont amené à proposer des mesures correctives concrètes.
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Combler les lacunes dans le tableau de situation de l’UE
Le baromètre Schengen+ a contribué à l’élaboration du tableau de situation de l’UE en réunissant les données et les renseignements disponibles au niveau de l’UE. Toutefois, les données disponibles demeurent incomplètes et fragmentées en raison d’une mauvaise qualité des données et d’une analyse globale non aboutie aux niveaux national et de l’UE.
Au cours du cycle Schengen 2024-2025, la Commission continuera d’œuvrer à l’élaboration de données et d’analyses plus complètes et plus qualitatives, en étroite coopération avec les agences chargées de la justice et des affaires intérieures et les États membres. Il est nécessaire de mettre en place les chaînons manquants entre des données connexes, dont l’absence entrave les capacités décisionnelles des autorités responsables des frontières, de la migration et de la sécurité, et constitue une lacune en matière de sécurité. En outre, la Commission invite les agences à renforcer les analyses communes sur des questions transversales, en s’appuyant sur un meilleur échange d’informations et en incluant toutes les informations pertinentes.
Le renforcement des systèmes d’information à grande échelle ainsi que les nouveaux systèmes et les outils d’interopérabilité seront essentiels pour relever ces défis. Leur mise en œuvre en temps utile est une priorité. Dans le même ordre d’idées, il est nécessaire d’accélérer les travaux de mise en œuvre du répertoire central des rapports et statistiques, lequel permettra la génération automatique de données statistiques intersystèmes et de rapports analytiques.
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Gouvernance nationale
Une gouvernance durable et à plusieurs niveaux de l’espace Schengen repose sur des structures nationales solides au sein des États membres, garantissant un niveau élevé de coordination de tous les acteurs concernés et contribuant efficacement à une interaction fluide entre le niveau européen et les niveaux nationaux afin de garantir une mise en œuvre cohérente de l’architecture de Schengen.
Au niveau national, les évaluations Schengen de 2023 ont mis en évidence des disparités dans les structures de coordination, les stratégies et les capacités administratives permettant de mettre en pratique les exigences de Schengen. Si certains États membres ont mis en place des structures et des pratiques de coordination dans le cadre de la gouvernance Schengen, plusieurs autres ne disposent toujours pas d’une entité de coordination centralisée. En outre, un modèle unifié d’analyse des risques n’est pas appliqué à l’ensemble des domaines pertinents. Ces lacunes empêchent les États membres d’établir un tableau de situation national global, ce qui limite leur compréhension de l’ensemble des besoins existants et émergents. Le tableau de situation actuel ne tient pas non plus compte des interdépendances entre diverses questions telles que la criminalité transfrontière et la gestion des frontières. Dans plusieurs États membres, ces questions sont traitées séparément, de sorte que les procédures à la frontière se limitent à la seule gestion des migrations.
La faiblesse des structures de gouvernance nationale entrave la mise en œuvre effective des outils et processus stratégiques, en particulier le développement des capacités nationales et la planification des mesures d’urgence. Elle entrave également l’alignement efficace des stratégies nationales et européennes, ce qui a une incidence sur la capacité d’agir sur les priorités européennes au niveau national. Enfin, la fragmentation empêche les États membres de bénéficier des initiatives de l’UE menées au sein du Conseil Schengen et d’y donner suite.
Après que la Commission a adopté, en mars 2023, la politique stratégique pluriannuelle pour la gestion européenne intégrée des frontières, Frontex a révisé sa stratégie technique et opérationnelle et a fourni une formation et un soutien technique aux États membres en vue de la révision de leurs stratégies nationales. La Commission réexaminera prochainement les stratégies actualisées présentées par les États membres en tenant compte des résultats de l’évaluation thématique de la gestion européenne intégrée des frontières, réalisée en 2019. Une approche similaire est nécessaire dans le domaine de la sécurité intérieure, étant donné que de récentes évaluations Schengen ont révélé que les stratégies nationales en matière de sécurité intérieure ne sont pas toujours alignées sur les priorités de l’UE et sur les stratégies liées à la sécurité intérieure.
Une gouvernance nationale renforcée permettra un plus haut niveau de mise en œuvre des règles de Schengen grâce à une appropriation et une coordination accrues. Une législation n’est bonne que si sa mise en œuvre est effective et, à cet égard, le mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen constitue une garantie essentielle. Afin de combler l’écart entre le niveau opérationnel et le niveau politique, la Commission a procédé en 2023 à de nouvelles évaluations globales de Schengen, lesquelles ont donné lieu à des rapports par pays. Conformément aux nouveaux rapports stratégiques, qui reflètent les synergies entre tous les domaines d’action Schengen, la Commission et les États membres ont établi en 2023 une méthodologie commune et objective pour le tableau de bord Schengen. Le tableau de bord Schengen permet de visualiser le niveau de prise en compte des recommandations résultant des évaluations Schengen. Il mesure les progrès accomplis dans la phase de suivi des évaluations Schengen. En fournissant cette vue d’ensemble globale et intégrée, il permet de recenser les lacunes dans la mise en œuvre sur lesquelles les États membres doivent concentrer leurs efforts.
Les tableaux de bord Schengen pour 2024 montrent que, dans l’ensemble, les États membres ont pris des dispositions efficaces pour appliquer des mesures correctives visant à donner suite aux recommandations découlant des évaluations Schengen, bien que leur mise en œuvre soit lente. En moyenne, le degré de mise en œuvre se situe entre 48 % et 80 %, la plupart des États membres obtenant un score supérieur à 50 %. Les progrès varient parmi les six domaines mesurés dans le tableau de bord. Dans certains domaines, tels que la sécurité intérieure et la coopération policière, les États membres présentent un niveau de mise en œuvre similaire, ce qui indique des difficultés similaires dans l’application des règles de Schengen, la plupart d’entre eux se situant dans une fourchette comprise entre 50 % et 75 %. Toutefois, dans d’autres domaines, notamment la gestion des frontières extérieures et des retours, la mise en œuvre de mesures correctives varie d’un État membre à l’autre et, dans de nombreux cas, des lacunes importantes ne sont toujours pas corrigées (voir annexe 1).
Tableau de bord Schengen agrégé: notes moyennes par domaine clé du système Schengen
Dans le cadre de la nouvelle approche du mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen, le coordinateur Schengen assure le suivi avec les États membres afin de soutenir la mise en œuvre des priorités de Schengen, telles que visualisées dans le tableau de bord Schengen. Cela contribue à renforcer la gouvernance nationale, ainsi que le montrent les récentes inspections effectuées en Lituanie, en Finlande, en Lettonie et en Islande.
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Cycle Schengen 2024-2025
Au cours du cycle Schengen 2024-2025, les efforts devraient viser essentiellement à garantir une préparation solide des conseils Schengen grâce à des méthodes de travail renforcées. Le premier programme de travail du Conseil Schengen établi par la présidence belge constitue une étape importante vers un cycle Schengen plus stable. Les questions transversales découlant du mécanisme d’évaluation de Schengen, telles que recensées dans les nouveaux rapports d’évaluation Schengen par pays, doivent être mieux intégrées dans la préparation et le suivi des sessions du Conseil.
Sur la base des progrès accomplis en 2023 pour consolider la gouvernance de Schengen, ce cadre doit être renforcé afin d’améliorer la définition et le suivi des priorités communes fixées pour l’espace Schengen grâce à une plus grande appropriation politique de tous les États membres et à une plus grande responsabilité au niveau de l’UE. Pour atteindre cet objectif, le rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen est accompagné d’une proposition de recommandation du Conseil relative à l’espace Schengen pour le cycle Schengen 2024-2025. Ce cadre structuré aidera les États membres à compléter leurs efforts individuels au moyen d’une action coordonnée et commune par l’intermédiaire du Conseil Schengen et facilitera également un suivi étroit des progrès accomplis afin de garantir un niveau élevé de mise en œuvre des règles de Schengen. De la sorte, la capacité du cycle Schengen à apporter des changements au moyen d’actions tant individuelles que collectives sera exploitée au maximum.
Prochaines étapes:
·Adoption par le Conseil de la proposition de recommandation du Conseil pour la période 2024-2025 présentée par la Commission et suivi efficace de sa mise en œuvre.
·Suivi en temps utile des résultats des tableaux de bord Schengen pour 2024, avec le soutien du coordinateur Schengen.
·Préparation et suivi solides des Conseils Schengen grâce à des méthodes de travail renforcées et à une optimisation des outils du cycle Schengen.
·Compte tenu du rôle crucial joué par les agences chargées de la justice et des affaires intérieures dans la mise en œuvre des priorités du cycle Schengen, le Conseil Schengen devrait renforcer ses orientations politiques relatives aux actions opérationnelles en soutenant les États membres dans la mise en œuvre prioritaire de Schengen et en assurant les synergies nécessaires.
Afin d’appuyer la mise en œuvre des priorités pour l’espace Schengen, et compte tenu des propositions présentées par les États membres au cours du processus de consultation, l’une des évaluations thématiques suivantes pourrait être réalisée en 2025:
1.évaluation des processus et des outils favorisant une connaissance commune de la situation en ce qui concerne les frontières, les migrations et la sécurité, sur la base d’une meilleure gestion de l’information, pour un espace Schengen plus résilient;
2.identification de solutions communes en vue de surmonter les risques liés à la fraude à l’identité et à la fraude documentaire;
3.capacités et processus permettant de faire face aux risques en matière de sécurité associés à la migration irrégulière, en accordant une attention particulière au trafic de migrants et à l’infiltration de terroristes.
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3. Améliorer notre préparation pour des frontières extérieures résilientes
La migration irrégulière est restée un défi commun en 2023, bien que le nombre de franchissements irréguliers des frontières n’ait atteint qu’un cinquième des niveaux de 2015. Si une baisse significative a été observée sur la route des Balkans occidentaux, le nombre des arrivées par mer a été particulièrement élevé en Italie, dans les îles Canaries et dans les îles grecques. Les tensions dans le voisinage immédiat et au-delà, conjuguées aux effets de l’instabilité sociale, économique et climatique, augmenteront probablement la pression migratoire vers l’espace Schengen. La guerre d’agression que mène actuellement la Russie contre l’Ukraine a contraint des millions de personnes à chercher refuge en Europe, mettant ainsi à plus rude épreuve les capacités des États membres. À la frontière terrestre orientale, une instrumentalisation des migrants orchestrée par la Russie a de nouveau été observée. L’instrumentalisation des migrants et d’autres menaces hybrides, telles que le risque de perturbation de la résilience des infrastructures transfrontières critiques, peut avoir une incidence supplémentaire sur la capacité des États membres à préserver l’espace Schengen.
En outre, le fait que la criminalité transfrontière et les réseaux criminels continuent d’exploiter les frontières extérieures des États membres à des fins de traite des êtres humains et de trafic de migrants constitue une source de préoccupation pressante.
L’importance d’une coopération internationale dans un contexte de menaces pour la sécurité mondiale est plus grande que jamais. Face au trafic de migrants responsable de nombreuses pertes humaines en mer et au nombre croissant d’entrées et de mouvements non autorisés dans l’espace Schengen liés au trafic illicite, la Commission a lancé, en novembre 2023, une alliance mondiale pour lutter contre le trafic de migrants. L’objectif est d’ouvrir une nouvelle ère de coopération internationale, en mettant l’accent sur la prévention du trafic de migrants et la lutte contre ce phénomène et en proposant des solutions de rechange à la migration irrégulière afin de décourager le trafic de migrants.
Dans ce contexte, le Conseil européen de 2023 a souligné à plusieurs reprises qu’une approche globale et coordonnée de la préparation et de la réaction de l’UE face aux crises constituait une priorité politique majeure. Cela est essentiel au bon fonctionnement de l’espace Schengen. Le tableau de situation de l’espace Schengen s’appuie sur des renseignements recueillis auprès de diverses sources aux frontières extérieures, auprès de pays tiers et à l’intérieur de l’espace Schengen. Il est nécessaire d’optimiser la communication et l’échange d’informations, de procéder à une analyse des risques approfondie et solide et d’adapter les réponses opérationnelles en temps utile. Cela permettra d’améliorer la préparation de l’espace Schengen aux fins d’une gestion efficace des défis communs, en le rendant plus résilient, notamment grâce à une meilleure connexion entre les dimensions stratégique et opérationnelle.
Principaux facteurs influençant le tableau de situation de l’UE et leur incidence sur les processus européens et nationaux
Dimension extérieure du tableau du renseignement de l’UE: de la réaction à la prévention
Pour être en mesure de faire face à un paysage mondial en constante évolution, l’UE doit faire preuve d’une vigilance et d’une capacité d’adaptation constantes. La résilience et la préparation de l’espace Schengen reposent sur un tableau du renseignement fondé sur une compréhension approfondie des évolutions mondiales, des menaces et des défis émergents dans les pays tiers. Les officiers de liaison européens et nationaux déployés dans les pays tiers jouent un rôle essentiel en fournissant des informations actualisées sur l’évolution de la situation et les défis émergents. Ils recueillent, analysent et échangent des informations et éclairent les décisions nationales et collectives des États membres en matière de gestion des frontières, d’immigration et de sécurité. Les évaluations Schengen de 2023 ont toutefois montré que certains États membres n’exploitent pas efficacement le soutien que constituent les renseignements fournis par les agents déployés par d’autres États membres, passant ainsi à côté d’informations essentielles. Dans le même temps, les pays prioritaires concernés au niveau de l’UE ne sont pas couverts de manière efficace et les mandats des officiers de liaison nationaux varient considérablement, allant de mandats généraux à des mandats spéciaux. En outre, la méthode de collecte d’informations est fragmentée et les réseaux locaux ne sont pas pleinement exploités, ce qui crée des lacunes dans le tableau du renseignement de l’UE. On observe également un échange limité d’informations sur les questions transversales entre les agents déployés pour les frontières et les migrations et ceux déployés à des fins de sécurité.
Pour remédier à ces lacunes, il est indispensable de coordonner étroitement les déploiements d’officiers de liaison européens et nationaux dans des pays tiers prioritaires afin de garantir une détection en temps utile des risques existant dans ces pays. Pour libérer leur plein potentiel, les officiers de liaison devraient être déployés de manière stratégique, en cartographiant et en optimisant les lieux, les mandats et les exigences en matière de rapports. Cela permettra de maximiser leur valeur, de soutenir les priorités de l’UE et d’éviter des chevauchements. En outre, les réseaux existants d’officiers de liaison doivent être renforcés sous l’égide des délégations de l’UE présentes dans les pays tiers prioritaires afin de garantir une analyse intégrée qui sera suivie d’une réponse opérationnelle. Il sera ainsi possible de combler les lacunes, de renforcer l’orientation politique et de mettre en commun les connaissances stratégiques et opérationnelles disséminées en vue de renforcer l’efficacité en matière de gestion des frontières, d’immigration et de mesures de sécurité. Par leurs activités opérationnelles, les officiers de liaison et le personnel déployés dans les pays tiers contribuent également à prévenir les risques en matière de migration irrégulière et de sécurité.
Présence d’officiers de liaison de l’UE dans les pays tiers
Frontex a déployé des officiers de liaison
et l’Union a signé un certain nombre d’accords sur le statut avec des pays tiers autorisant des activités opérationnelles de Frontex sur leur territoire et octroyant des pouvoirs d’exécution. Ces accords ont également abouti au déploiement d’agents du contingent permanent et à la fourniture d’une assistance technique et opérationnelle à la frontière entre les pays tiers. Au cours de l’année écoulée, l’Agence a renforcé son soutien aux activités de contrôle aux frontières grâce à une nouvelle génération d’accords sur le statut conclus avec l’Albanie, la Moldavie, le Monténégro et la Macédoine du Nord, lesquels prévoient des garanties en matière de droits fondamentaux. De nouveaux accords devraient également être conclus rapidement avec la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. L’Agence a en outre signé plusieurs arrangements de travail avec les autorités de pays tiers afin de soutenir les activités de renforcement des capacités. Toutefois, il est nécessaire d’exploiter pleinement ce soutien opérationnel, en particulier pour veiller à ce que les accords sur le statut et les arrangements de travail nécessaires soient conclus avec les principaux pays d’origine ou de transit de la migration vers l’UE, ainsi que le souligne l’évaluation du règlement relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Au cours du cycle Schengen 2024-2025, il est indispensable de renforcer les synergies avec d’autres efforts que l’UE déploie dans les pays tiers concernés et de créer les conditions permettant à ces pays de prendre part à ces accords et arrangements.
Conjuguée à une présence européenne renforcée et plus stratégique dans les pays tiers, la politique commune de l’UE en matière de visas est un instrument essentiel en ce qui concerne l’engagement de l’Union dans les pays partenaires dans la mesure où, en plus de faciliter les déplacements, elle joue un rôle important dans la lutte contre les risques en matière de sécurité et de migration irrégulière. En particulier, le mécanisme de suspension de l’exemption de visa permet de surveiller les domaines dans lesquels l’Union peut être exposée à des risques en raison d’un abus des régimes d’exemption de visa. Cela concerne notamment la proportion élevée de demandes d’asile introduites par des ressortissants de pays tiers exemptés de l’obligation de visa, qui font peser une charge importante sur les systèmes nationaux d’asile et de retour, les risques associés aux programmes de citoyenneté par investissement, ainsi que le non-alignement de la politique en matière de visas de certains pays sur celle de l’UE. Pour faire face à ces risques, la Commission a présenté une proposition de révision du mécanisme de suspension de l’exemption de visa. Celle-ci prévoit de nouveaux motifs pour suspendre les régimes d’exemption de visa ainsi que des seuils plus souples pour déclencher le mécanisme de suspension. Les négociations autour de la proposition se poursuivent. La Commission se félicite de l’orientation générale adoptée par le Conseil et invite les colégislateurs à progresser rapidement sur ce dossier essentiel. Parallèlement, la Commission continuera de faire rapport sur les pays tiers exemptés de l’obligation de visa en ce qui concerne les défis en matière de migration et de sécurité.
Un contrôle efficace aux frontières extérieures
La résilience de l’espace Schengen repose sur un système solide de surveillance des frontières. Les évaluations Schengen réalisées en 2023 auprès des États baltes et de la Finlande ont révélé une amélioration du niveau des capacités, en particulier en ce qui concerne la surveillance des frontières terrestres. La Finlande, par exemple, a pris des mesures importantes depuis sa dernière évaluation en 2018 pour améliorer ses capacités de surveillance des frontières. Ce renforcement doit à présent être achevé de toute urgence pour répondre aux menaces et aux défis engendrés par l’obligation de gérer l’un des tronçons les plus longs de la frontière terrestre extérieure de l’espace Schengen. L’admission de la Croatie dans l’espace Schengen nécessite également des activités de surveillance renforcées afin de relever les nouveaux défis migratoires observés à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine. En ce qui concerne les capacités de surveillance et de détection aux frontières maritimes de l’UE, la majorité des États membres ont mis en place des activités et des systèmes de surveillance. Il subsiste toutefois des lacunes dans certains États membres en raison de l’absence de systèmes de surveillance intégrés, conjuguée à un niveau insuffisant de gouvernance, de coordination et de coopération, à des connaissances toujours incomplètes de la situation et à une mauvaise analyse des risques. Ces lacunes réduisent les capacités de réaction des autorités nationales et des agences aux frontières maritimes de l’UE.
L’UE a intensifié son soutien opérationnel et financier à la gestion des frontières pour permettre aux États membres de renforcer leurs capacités, notamment par l’achat d’aéronefs de surveillance, de navires de patrouille et de véhicules équipés de caméras d’imagerie thermique, ainsi que par la mise en œuvre de solutions technologiques telles que des véhicules aériens sans pilote (UAV).
Aux frontières extérieures de l’UE, les évaluations Schengen ont également mis en évidence une utilisation accrue d’EUROSUR, le cadre central pour l’échange d’informations et la coopération opérationnelle au sein du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Ce cadre est utilisé pour détecter, prévenir et combattre l’immigration irrégulière et la criminalité transfrontière, contribuant ainsi à protéger et sauver la vie des migrants qui tentent de franchir les frontières extérieures. Les centres nationaux de coordination ont acquis un rôle plus important aux niveaux national et européen, permettant ainsi une gestion efficace et harmonisée des frontières extérieures de l’UE. Si la qualité et le volume des échanges d’informations dans EUROSUR ont augmenté ces dernières années, les tableaux de situation nationaux et européens restent fragmentés. Il est donc important que les États membres intègrent leurs résultats opérationnels et leurs analyses de risques dans EUROSUR et qu’ils exploitent pleinement le traitement et l’analyse des informations sur la criminalité transfrontière. En outre, dans la zone située en amont des frontières, la collecte et l’échange d’informations stratégiques avec Frontex, entre les États membres et, le cas échéant, avec les pays partenaires doivent être renforcés. Il s’agit notamment des efforts déployés par l’UE pour aider les partenaires des pays tiers à mettre en place des centres nationaux de coordination dotés d’un volet EUROSUR.
Frontex soutient activement les activités des États membres en matière de gestion des frontières et de retour, en veillant au plein respect de toutes les obligations ayant trait aux droits fondamentaux. Dans l’ensemble, 22 activités opérationnelles sont actuellement en cours, notamment des opérations conjointes en Italie, en Espagne, en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie et à la frontière terrestre orientale. Plus de 2 000 membres du contingent permanent sont déployés aux frontières extérieures des États membres. Le contingent permanent se constituera progressivement jusqu’en 2027 afin de devenir un soutien encore plus fiable et permanent pour les États membres. Compte tenu de la responsabilité partagée qu’est la protection des frontières extérieures de l’UE, tous les États membres devraient contribuer au contingent permanent, conformément à leurs obligations. Dans le même temps, les États membres doivent veiller à apporter une réponse efficace aux demandes de déploiement de personnel adressées par l’Agence. Il convient pour ce faire de tenir compte de l’environnement dynamique actuel au sein des États membres et dans l’ensemble de l’espace Schengen, ainsi que de la nécessité de disposer de profils spécialisés pour combler les lacunes existantes. Il est également nécessaire de prendre des mesures correctives pour surmonter les difficultés qui entravent la capacité du contingent permanent à soutenir pleinement les États membres, comme l’ont révélé les évaluations Schengen. L’Agence prendra de nouvelles mesures pour faire en sorte que le contingent permanent corresponde mieux aux besoins opérationnels, notamment en améliorant la formation sur les profils les plus demandés, conformément au plan d’action résultant de l’évaluation du règlement relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes.
En outre, d’ici à 2027, les composantes tant européennes que nationales du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes sont tenues d’achever le passage d’une planification traditionnelle fondée sur les ressources à une planification axée sur les capacités. Le 26 mars 2024, le conseil d’administration de Frontex a adopté la feuille de route pour le développement capacitaire du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes. Celle-ci rassemble les plans de développement capacitaire des États membres ainsi que la planification pluriannuelle des ressources de l’Agence afin d’optimiser les investissements à long terme aux fins de la gestion des frontières extérieures et des retours. Les États membres doivent veiller à la mise en œuvre des plans nationaux de développement capacitaire, lesquels devront être régulièrement mis à jour pour permettre une planification à moyen et à long terme des capacités. En 2023, plus de 201 millions d’EUR ont été mis à la disposition des capacités opérationnelles des États membres pour atteindre cet objectif.
Planification de mesures d’urgence
Au cours de l’année écoulée, l’UE et les États membres se sont concentrés sur l’établissement et la mise à jour de plans d’urgence pour faire face à d’éventuelles crises aux frontières extérieures. Compte tenu de l’évolution de l’environnement géostratégique, plusieurs États membres, notamment l’Estonie, la Finlande, la Lituanie et la Roumanie, ont effectué des exercices de simulation afin d’évaluer dans quelle mesure les procédures et capacités existantes permettaient de réagir en temps utile et efficacement aux changements de situation aux frontières extérieures. Ces exercices ont révélé que les plans d’urgence existants sont adaptés pour faire face à des crises imprévues et, le cas échéant, ont permis aux États membres de mettre à jour ces plans.
Les évaluations Schengen réalisées en 2023 ont confirmé que tous les États membres avaient établi des plans d’urgence nationaux pour la gestion des frontières, bien qu’il subsiste des lacunes dues à une coopération interservices limitée donnant lieu à un tableau incomplet des capacités nationales. Les États membres doivent également harmoniser les seuils d’activation des différents niveaux de planification des mesures d’urgence et intégrer le soutien européen de manière plus cohérente.
Parallèlement à la nécessité de garantir des réponses adéquates aux frontières extérieures, une approche globale de la question des migrations requiert également une planification solide des mesures d’urgence afin d’éviter l’accumulation de pressions migratoires. Depuis la crise migratoire de 2015/2016, l’UE est mieux préparée pour faire face à l’augmentation soudaine des flux migratoires. La Commission travaille en étroite collaboration avec les États membres qui sont vulnérables par rapport à une augmentation des arrivées et qui ont renforcé les mesures d’urgence. Par exemple, un plan d’urgence est en cours d’élaboration en Italie avec le soutien de l’AUEA et de Frontex afin de permettre une décongestion rapide des points de débarquement et une résilience accrue du système d’accueil. Sur la route atlantique, le système d’accueil de l’Espagne a été régulièrement mis sous pression ces dernières années, plus récemment avec l’augmentation du nombre d’arrivées irrégulières par voie maritime aux îles Canaries. Dans ce contexte, dans le cadre du plan opérationnel de l’AUEA, des efforts sont actuellement déployés pour concevoir et mettre en œuvre un cadre national pour la préparation et la réaction aux situations d’urgence en Espagne. La Commission travaille également en étroite collaboration avec Chypre et l’AUEA à l’élaboration d’un plan d’urgence destiné à faire face à l’augmentation des arrivées en mer.
Les exigences découlant du pacte sur la migration et l’asile, notamment en ce qui concerne le filtrage et la réaction aux crises, ainsi que la révision en cours des stratégies nationales de gestion intégrée des frontières, offrent aux États membres une occasion unique d’élaborer des plans d’urgence nationaux qui couvrent des processus clés, à savoir la gestion des frontières, la migration et le retour, et qui soient adaptés pour relever les défis actuels et émergents.
Mise en place d’un système de retour commun au niveau de l’UE
Les mesures visant à rendre plus rapide et plus efficace le retour des ressortissants de pays tiers qui ne remplissent pas ou ne remplissent plus les conditions d’entrée dans l’espace Schengen, en particulier ceux qui sont considérés comme une menace pour la sécurité publique, étaient une priorité du cycle Schengen 2023-2024
. Lors des Conseils Schengen d’octobre et décembre 2023
, les ministres ont appelé de leurs vœux des solutions opérationnelles européennes fondées sur des outils communs et sur une plus grande coordination au niveau de l’UE.
Dans ce contexte, depuis l’année écoulée, l’accent est désormais mis sur le déploiement d’efforts conjoints au niveau de l’UE privilégiant la prise de mesures à l’égard des principaux pays tiers. Afin de garantir la complémentarité de l’action et une approche globale, la coordinatrice de l’UE chargée des retours, avec le soutien du réseau de haut niveau pour le retour, a élaboré une feuille de route concernant les retours, laquelle comporte des actions ciblées. Si le nombre de retours effectifs reste faible, les initiatives conjointes produisent déjà des résultats positifs, comme en témoigne l’augmentation des retours effectifs au cours de l’année écoulée. En 2023, près de 100 000 ressortissants de pays tiers ont fait l’objet d’un retour effectif, un chiffre représentant une augmentation de 15 % par rapport à la même période en 2022 et comprenant un accroissement de 120 % des retours volontaires via le soutien de Frontex.
Les activités d’évaluation et de contrôle de Schengen menées en 2023 ont révélé que des obstacles subsistaient et entravaient l’exécution des décisions de retour. Premièrement, il est nécessaire de mettre en œuvre une approche stratégique de l’allocation et de la planification des ressources sur la base des besoins actuels et prévus. Les États membres doivent veiller à une planification intégrée proactive, dans le but de définir et de mettre à jour les priorités nationales ainsi que l’allocation des ressources, à la lumière des tendances en matière de migration et d’asile et conformément aux initiatives de l’UE. Dans ce contexte, Frontex a lancé en 2024 des réunions de planification portant sur des actions coordonnées de l’UE relatives à l’identification et à la documentation, au conseil en matière de retour et aux opérations de retour. Tous les États membres doivent intégrer pleinement dans leurs systèmes nationaux les outils de Frontex ayant trait au retour.
Une approche stratégique est également nécessaire tant pour les retours volontaires que pour les retours forcés, garantissant la complémentarité des actions et privilégiant les retours volontaires. Au cours de l’année écoulée, la Commission, les États membres et Frontex ont accompli des progrès significatifs dans la mise en œuvre de la stratégie de l’UE en matière de retour volontaire et de réintégration. Pour garantir la viabilité de ces mesures, tous les États membres doivent mettre en place au niveau national leurs propres capacités de conseil en matière de retour, en tant qu’élément central de la planification nationale intégrée. Dans le même temps, l’atténuation du risque de fuite et de mouvements secondaires est une partie essentielle d’un système de retour performant, qui nécessite une hiérarchisation efficace et des ressources suffisantes. En 2023, les États membres ont commencé à utiliser d’autres mesures plus avancées comme alternative à la rétention, y compris des systèmes de gestion des dossiers. Si la rétention doit être imposée conformément au droit de l’Union, il convient de garantir des capacités d’hébergement suffisantes et des conditions adéquates. En 2023, des bonnes pratiques ont été recensées en Lituanie et en Croatie en ce qui concerne les conditions de rétention, bien que les centres de rétention dans certains États membres restent insuffisants. La Commission entretient des contacts étroits et réguliers avec les autorités des États membres sur ces questions, y compris dans le cadre d’activités de suivi de l’évaluation Schengen.
Deuxièmement, les États membres doivent améliorer la coopération et la communication entre les autorités nationales. Le manque de coopération et de coopération entrave en effet l’adoption de décisions de retour et les suites qui leur sont données. Dans de nombreux cas, le manque d’outils informatiques spécifiques visant à faciliter la coopération entre les autorités creuse les lacunes en matière de communication. Le pacte sur la migration et l’asile, et notamment le nouveau règlement sur le filtrage et les procédures de retour à la frontière, établira des liens plus étroits entre les activités aux frontières extérieures et la procédure d’asile. Le règlement relatif aux procédures d’asile comblera également l’écart entre la procédure d’asile et le processus de retour et, partant, améliorera le fonctionnement du système de retour et, de ce fait, le fonctionnement de l’espace Schengen en veillant à ce qu’une décision négative en matière d’asile soit prise parallèlement à une décision de retour.
La coopération au niveau national doit aller de pair avec une coordination renforcée au niveau de l’UE. En 2023, la Commission et les États membres ont redoublé d’efforts pour exploiter pleinement toutes les options disponibles afin de favoriser une plus grande reconnaissance mutuelle des décisions de retour. Celle-ci était fondée sur la recommandation de la Commission de mars 2023 et facilitée par les nouveaux signalements concernant les retours introduits dans le système d’information Schengen (SIS). La Commission s’emploie à recenser les situations optimales pour l’application de cette possibilité, y compris dans le cadre des actions ciblées décrites dans la feuille de route concernant les retours. En particulier, elle organise des réunions d’experts avec les États membres afin de discuter de l’importance d’inclure toutes les informations – y compris les données biométriques – dans les signalements concernant les retours, d’utiliser les signalements du SIS concernant les retours à des fins d’identification, d’évaluer le risque de fuite, de faciliter la reconnaissance mutuelle et d’identifier les personnes faisant l’objet d’une décision de retour et présentant un risque de fuite. Pour pouvoir exploiter pleinement le potentiel des nouveaux signalements, il est nécessaire de prendre des mesures visant à faire en sorte qu’une décision de retour puisse être partagée entre les États membres à la suite d’un signalement concernant un retour dans le système d’information Schengen.
Parallèlement au renforcement des efforts visant à lever les obstacles internes à la mise en œuvre de la procédure de retour, l’amélioration de la coopération en matière de réadmission a été une priorité essentielle ces dernières années. Le suivi de la coopération en matière de réadmission avec les pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l’obligation de visa a contribué à l’introduction de mesures visant à améliorer cette coopération. Il a également élargi les possibilités de renforcer les discussions sur la réadmission avec les pays tiers, notamment en ouvrant de nouveaux canaux de communication lorsqu’aucun engagement ciblé n’avait eu lieu auparavant. La Commission prépare actuellement son cinquième rapport d’évaluation sur la coopération en matière de réadmission, en application de l’article 25 bis du code des visas, qui couvre la coopération en matière de réadmission avec 34 pays tiers.
La réponse commune aux défis actuels est toutefois limitée par un cadre juridique obsolète en matière de retour, instauré en 2008, les négociations sur la refonte de la directive «retour» n’ayant pas encore abouti. La Commission prendra des mesures pour évaluer et apprécier les principales lacunes et faiblesses du cadre législatif actuel et, sur cette base, envisagera la voie à suivre. L’objectif est de continuer à s’appuyer sur le système de retour commun au niveau de l’UE, de compléter la nouvelle législation que constitue le pacte, de doter l’Union et ses États membres d’outils efficaces en matière de retour et de faciliter l’harmonisation des procédures de retour nationales. La Commission s’appuiera également sur les résultats de l’évaluation thématique en cours dans l’optique d’un système de retour efficace au niveau de l’UE, qui déterminera des solutions communes, en tenant compte des défis connexes.
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Actions prioritaires visant à renforcer la préparation et les frontières extérieures de l’UE
1. Mesures relatives à la dimension extérieure de Schengen
·Coordonner étroitement le déploiement des officiers de liaison européens et nationaux en cartographiant et en optimisant les lieux de déploiement, les mandats et les exigences en matière de rapports.
·Optimiser l’utilisation du renseignement des officiers de liaison sous l’égide de la délégation de l’UE afin de garantir une analyse intégrée et une réponse opérationnelle.
·Maximiser le soutien opérationnel de Frontex dans les pays tiers en concluant des accords avec des pays clés.
·Progresser rapidement dans la révision du mécanisme de suspension de l’exemption de visa.
2. Mesures relatives à la gestion des frontières extérieures de Schengen
·Mettre en place ou mettre à jour les systèmes intégrés de surveillance des frontières, en prévoyant également un accroissement des capacités, une meilleure coopération interservices et des analyses de risques solides.
·Intégrer les résultats opérationnels et les analyses des risques dans EUROSUR et renforcer l’échange d’informations sur la migration irrégulière et la criminalité transfrontière avec Frontex et, le cas échéant, avec les pays partenaires.
·Renforcer l’efficacité de Frontex en mettant en œuvre les mesures recensées dans l’évaluation du règlement relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes.
·Veiller à la mise à jour et à la mise en œuvre effective des plans de capacités nationaux conformément à la feuille de route pour le développement capacitaire du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes.
·Adopter et mettre à jour des plans d’urgence complets pour les frontières, la migration et le retour, en garantissant des seuils harmonisés pour l’activation des différents niveaux de planification des mesures d’urgence et en intégrant le soutien européen de manière cohérente.
3. Mesures relatives à un système commun de l’UE en matière de retour
·Établir des plans stratégiques intégrés pour l’allocation et la planification des ressources sur la base des besoins actuels et prévus en tenant compte non seulement des tendances en matière de migration et d’asile mais aussi des activités de planification de Frontex.
·Participer activement aux actions ciblées établies dans le cadre de la feuille de route de l’UE concernant les retours, en menant également des actions spécifiques et en soutenant les États membres.
·Intégrer pleinement les outils de Frontex en matière de retour dans le système de retour national, y compris le modèle RECAMAS, l’application de Frontex pour les retours, l’assistance à la réintégration et les déploiements de spécialistes des questions de retour.
·Mettre en place des capacités nationales solides et durables pour le conseil en matière de retour, conformément à la stratégie de l’UE en matière de retour volontaire et de réintégration.
·Améliorer la coopération et la communication entre les autorités nationales, en particulier entre les autorités compétentes en matière d’asile et de retour, ainsi qu’entre les autorités chargées de la sécurité et du retour.
·Prendre des mesures pour faire en sorte qu’une décision de retour, ou des parties pertinentes de celle-ci, puisse être communiquée lorsqu’un État membre demande des informations supplémentaires à la suite d’un signalement concernant un retour dans le SIS de manière à renforcer la coopération entre les États membres en matière de retour.
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4. Un espace Schengen accueillant pour une Union compétitive
Au cours de l’année écoulée, l’espace Schengen a continué d’améliorer considérablement la vie quotidienne de ses citoyens ainsi que leur façon de travailler et de faire des affaires, tout en facilitant les déplacements et les interactions. L’espace Schengen compte certaines des destinations touristiques les plus populaires au monde. Chaque année, des millions de voyageurs entrent dans l’espace Schengen, ce qui en fait la destination la plus visitée au monde. En 2023, une tendance forte et positive a été observée puisque de nombreuses destinations ont dépassé les niveaux d’arrivées de touristes observés en 2019. Aujourd’hui, plus de 1,4 milliard de personnes provenant de quelque 61 pays peuvent bénéficier d’une exemption de visa pour se rendre dans l’espace Schengen et plus d’un demi-milliard de franchissements des frontières extérieures ont été enregistrés en 2023, atteignant ainsi 92 % des niveaux de 2019, antérieurs à la pandémie. Le tourisme représente près de 10 % du PIB de l’UE et fournit des emplois à environ 22,6 millions de personnes. Cette tendance à la hausse devrait augmenter dans les années à venir et on estime que, en 2024, le transport aérien vers l’Europe dépassera de 5 % les niveaux d’avant la pandémie. Garantir des déplacements fluides et sûrs vers l’espace Schengen est donc essentiel pour la compétitivité de l’Union, et particulièrement important à un moment où l’UE est confrontée à une forte concurrence mondiale. Selon l’Eurobaromètre de 2023 sur la citoyenneté et la démocratie, environ 90 % des citoyens tiennent à la liberté de voyager au sein de l’UE, 89 % estimant qu’elle leur profite personnellement et 83 % qu’elle profite à l’économie. L’Eurobaromètre de 2024 sur l’espace Schengen montre que 80 % des entreprises s’accordent très largement pour dire que l’espace Schengen offre un environnement attrayant pour leurs activités, si bien que plus des trois quarts des entreprises se livrent principalement à des activités au sein de l’espace Schengen. L’impact positif de Schengen sur l’économie de l’UE est très apprécié par les entreprises: 81 % d’entre elles considèrent l’espace Schengen comme l’une des principales réalisations de l’UE.
Modernisation de la dimension extérieure de Schengen: vers des visas Schengen numériques
La délivrance de visas Schengen n’a cessé d’augmenter depuis 2020. Près de 10,4 millions de demandes ont été introduites en 2023 et plus de 8,4 millions de visas ont été délivrés. Un changement s’est opéré à cet égard en 2023, marqué par une augmentation des demandes en provenance de l’Inde, de la Turquie et d’Afrique du Nord et par une réduction significative du nombre de demandes en provenance de la Russie.
Des efforts sont actuellement déployés pour réduire les longs retards persistants dans l’octroi des rendez-vous et le traitement des demandes de visa, tendance confirmée par les évaluations Schengen réalisées en 2023. Le renforcement du personnel dans les consulats avec le soutien financier de l’UE devrait permettre aux États membres d’améliorer la rapidité et la qualité du traitement des visas. En outre, la Commission a lancé un projet pilote visant à établir une liste d’attente unique pour tous les États membres en un seul lieu, ce qui réduirait le risque de «course aux visas» en supprimant la possibilité de choisir à son gré l’un ou l’autre consulat.
En novembre 2023, le règlement relatif à la numérisation des procédures de demande de visa a été adopté. Une fois mises en œuvre, les nouvelles règles permettront d’introduire des demandes de visa par l’intermédiaire d’une plateforme en ligne de sorte que les procédures lourdes liées principalement aux formalités administratives seront abandonnées. La Commission, l’eu-LISA et les États membres ont déjà entamé la mise en œuvre qui, associée à la mise en place intégrale du système d’information sur les visas renouvelé, permettra d’accélérer la procédure de délivrance des visas tant pour les voyageurs que pour les autorités.
Pour améliorer l’efficacité des procédures de délivrance des visas, il est tout aussi important de veiller à la qualité de l’examen des demandes de visa. Les évaluations Schengen réalisées en 2023 ont montré que l’examen global des demandes de visa est solide et que des processus sont en place pour garantir une prise de décision de qualité sur les demandes de visa dans la plupart des lieux inspectés. Toutefois, dans certains consulats, le traitement des visas doit encore être amélioré en rationalisant la coopération avec les prestataires de services extérieurs et les flux de travail dans les consulats, et en utilisant mieux les outils informatiques disponibles. Les experts de la Commission et des États membres ont effectué en 2024 des inspections inopinées à Mumbai auprès des consulats d’Allemagne, de Pologne et d’Espagne ainsi que chez les prestataires de services extérieurs respectifs, étant donné que l’Inde est l’un des plus grands pays tiers soumis à l’obligation de visa et qu’elle représente une grande partie des demandes introduites. Si les trois États membres respectent de manière générale l’acquis de Schengen, ils sont tous confrontés à des difficultés avec leurs prestataires de services extérieurs, notamment en ce qui concerne la gestion globale des données à caractère personnel et les systèmes informatiques nationaux de traitement des visas.
Contribuer à l’avenir numérique de l’Europe grâce à des solutions numériques sûres aux frontières
L’élaboration de solutions numériques afin de renforcer les contrôles aux frontières peut permettre à l’espace Schengen de se positionner comme un leader mondial pour ce qui est de favoriser des déplacements fluides et sûrs. Les investissements dans la recherche et l’innovation, y compris dans le cadre d’Horizon Europe, nous permettent d’explorer et de construire des solutions européennes pour des systèmes de déplacement numériques dans les décennies à venir. En 2024, la Commission proposera un règlement relatif à la numérisation des documents de voyage et à la facilitation des déplacements, qui permettra un franchissement des frontières plus fluide et plus sûr tout en rationalisant les processus de déplacement. L’utilisation volontaire de documents de voyage numériques profitera tant aux voyageurs – du fait de l’accélération des contrôles aux frontières – qu’aux autorités frontalières, en permettant à ces dernières d’effectuer les vérifications nécessaires avant l’arrivée de la personne à la frontière physique. Cette initiative soutiendra en outre la mise en œuvre du système d’entrée/de sortie en permettant aux voyageurs non européens de préenregistrer les données avant le voyage, réduisant de la sorte les goulets d’étranglement et le temps passé à la frontière à l’arrivée.
Les prochains lancements du système d’entrée/de sortie (EES) et du système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS) sont des éléments essentiels de la mise en place du système de gestion des frontières, de l’immigration et de la sécurité le plus avancé sur le plan technologique et le plus interopérable au monde. En 2023, les efforts visant à assurer la mise en service du système d’entrée/sortie à l’automne 2024 ont été intensifiés. Au cours de l’année écoulée, la Commission a fourni à la Bulgarie, à la Finlande, à la France, à l’Allemagne, à la Hongrie et à la Slovaquie un montant supplémentaire de 25,5 millions d’EUR pour des solutions intégrées visant à faciliter et à automatiser le franchissement des frontières. Si d’importants progrès ont été accomplis dans l’ensemble de l’espace Schengen, certains États membres accusent toujours un retard, notamment en ce qui concerne l’équipement efficace des points de passage frontaliers. La Commission invite l’ensemble des États membres à accélérer d’urgence les préparatifs afin de garantir la mise en œuvre en temps utile du système, tel qu’approuvé par le Conseil «Justice et affaires intérieures» en octobre 2023.
État d’avancement du degré de préparation des points de passage frontaliers en vue de la mise en service de l’EES
Parallèlement, des travaux sont en cours pour assurer le lancement de l’ETIAS au cours du premier semestre de 2025. Le cadre juridique a été en très grande partie instauré. Les États membres, l’eu-LISA et Frontex doivent rapidement mettre en place les unités centrales et nationales de l’ETIAS afin d’améliorer l’identification des voyageurs. À ce jour, 21 des 30 États membres mettant en œuvre l’ETIAS déclarent être en bonne voie dans la mise en place du projet, tandis que 9 États membres ont indiqué qu’ils étaient confrontés à des difficultés, bien que celles-ci n’aient pas d’incidence sur la mise en service. Certains États membres sont toujours confrontés à des problèmes contractuels ou liés à la passation de marchés, tandis que trois d’entre eux connaissent des retards dans l’allocation des ressources financières.
Solutions numériques aux frontières intégrées dans les vérifications approfondies aux frontières
Le développement et le lancement en cours de solutions numériques aux frontières offrent une occasion sans précédent de mettre en œuvre le système de gestion des frontières le plus sûr et le plus avancé au monde. Toutefois, ces évolutions doivent aller de pair avec des procédures de vérification aux frontières harmonisées et de haute qualité. La qualité des vérifications aux frontières extérieures est une priorité essentielle de l’Union. Si des flux importants de voyageurs apportent d’énormes avantages économiques à l’espace Schengen, ils exercent également une pression croissante sur les ressources nécessaires pour garantir une gestion de haute qualité des frontières extérieures sur la base d’analyses de risques solides.
Les évaluations Schengen font encore apparaître de fortes divergences dans la qualité des vérifications aux frontières extérieures de l’UE, mettant en évidence des niveaux particulièrement faibles dans certains États membres. Cela s’explique par des ressources limitées, une formation insuffisante, une vérification incomplète des conditions d’entrée et une utilisation restreinte des équipements de détection. Des manquements graves ont été constatés lors de l’une des inspections inopinées effectuées en 2023. Si plusieurs États membres ont intensifié les vérifications systématiques aux frontières extérieures en utilisant toutes les bases de données pertinentes, cette question demeure un sujet de préoccupation important. La fonctionnalité de recherche par empreintes digitales dans le système d’information Schengen et dans le système d’information sur les visas afin de détecter les menaces pour la sécurité et les fraudes à l’identité reste sous-utilisée. Les évaluations Schengen ont révélé la nécessité d’améliorer la qualité des vérifications aux frontières effectuées par les États membres en utilisant des solutions de contrôle automatisé aux frontières (barrières automatisées) afin de garantir que la vérification des conditions d’entrée dans l’UE respecte les normes de sécurité.
En outre, le partage des informations préalables sur les passagers (API) permet aux garde-frontières de procéder à des vérifications préalables sur les voyageurs dans les bases de données pertinentes avant leur arrivée dans l’UE, ce qui contribue à renforcer leur capacité à lutter contre la criminalité transfrontière tout en réduisant le délai d’attente des voyageurs, nécessaire pour entrer dans l’espace Schengen. Alors que les évaluations Schengen de 2023 ont donné une image globalement positive de l’utilisation effective de ces données, les activités de suivi menées l’année dernière ont révélé que certains États membres n’ont pas encore, ou pas suffisamment, mis en œuvre les systèmes de collecte et d’utilisation des informations préalables sur les passagers. Le cadre renouvelé renforcera encore son potentiel en automatisant la collecte de données et en facilitant la combinaison avec les données des dossiers passagers (PNR) de manière à identifier efficacement les voyageurs à haut risque.
Compte tenu du risque potentiel pour l’espace Schengen, tous les États membres doivent d’urgence améliorer les vérifications aux frontières en garantissant des ressources suffisantes, une formation appropriée et une mise en œuvre efficace des procédures à la frontière aux fins d’une évaluation adéquate des conditions d’entrée et de la détection en temps utile des risques pour la sécurité, y compris en renforçant le recours à l’identification biométrique.
5. Un espace Schengen sûr et sécurisé dans un environnement géostratégique en évolution
Bien que la criminalité organisée ait augmenté à l’échelle mondiale, l’Europe demeure l’une des régions du monde à faible criminalité selon l’indice mondial 2023 de la criminalité organisée. Cela s’explique en grande partie par la mise en place de cadres de lutte contre la criminalité stables et solides, qui limitent les possibilités pour les organisations criminelles d’étendre leurs activités à l’intérieur de nos frontières. Bien que l’indice mondial 2023 de la criminalité organisée pointe l’Europe comme un leader mondial en matière de résilience, la stabilité régionale reste incertaine. En particulier, les effets de la guerre en Ukraine, le conflit entre Israël et le Hamas et la montée de l’extrémisme politique violent dans le voisinage immédiat de l’UE sont susceptibles de favoriser la radicalisation au sein de l’UE. Dans le même temps, les réseaux de criminalité organisée exploitent de nouvelles possibilités de tirer parti de l’interconnexion accrue des sociétés.
Vers une approche cohérente de la lutte contre le trafic de drogue
Les groupes criminels présentent de plus en plus un profil multinational et polycriminel. Comme observé en 2023, une grande partie de la violence associée à la criminalité organisée en Europe est liée au commerce illicite de drogues, lequel attire un nombre important de criminels et génère des profits substantiels.
La diversité et la complexité croissantes des marchés de la drogue de l’UE entraînent de nouvelles difficultés et nécessitent une réponse européenne globale. L’évaluation thématique Schengen sur le trafic de drogue récemment achevée a mis en évidence le fait que l’UE et les États membres n’ont qu’une image partielle du phénomène étant donné que seul un faible pourcentage des drogues faisant l’objet d’un trafic dans l’espace Schengen est détecté et saisi. La détection doit aller de pair avec le démantèlement des structures criminelles. En outre, une coordination et une collaboration intégrées entre les services répressifs sont essentielles pour garantir une approche pluridisciplinaire de la lutte contre le trafic de drogue à tous les niveaux. L’acquis de Schengen et les outils existants destinés à lutter contre la criminalité organisée constituent des ressources précieuses dans la lutte contre le trafic de drogue. Toutefois, pour maximiser leur impact, il convient de renforcer leur application actuelle.
En octobre 2023, la Commission a adopté la
feuille de route de l’UE en matière de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée
, qui propose des mesures visant, entre autres, à renforcer la résilience des plateformes logistiques, qui sont souvent touchées par les opérations de trafic, et à démanteler les réseaux criminels à haut risque. La mise en œuvre de la feuille de route est déjà en cours avec, par exemple, le lancement de l’Alliance des ports européens. Ce partenariat public-privé réunit toutes les parties prenantes concernées, y compris le secteur privé, afin de trouver des solutions pour protéger les ports contre le trafic de drogue et l’infiltration criminelle. Ces initiatives, conjuguées à la mise en œuvre des bonnes pratiques recensées, constituent des ressources précieuses pour lutter contre le trafic de drogue.
Ces actions doivent être complétées par un engagement fort auprès de nos partenaires à l’échelle mondiale afin de lutter contre les principales voies d’approvisionnement. En 2023, la Commission et les États membres concernés ont intensifié leurs actions de sensibilisation dans les pays tiers, à commencer par l’Amérique latine. Sur la base du protocole d’accord signé par l’UE et l’Équateur, un dialogue politique de haut niveau sera organisé au printemps 2024.
Mesures ad hoc et solutions transfrontières structurées pour relever des défis communs
La coopération transfrontière permet effectivement de trouver un équilibre entre le maintien de la sécurité des citoyens et la nécessité de ne pas perturber la circulation transfrontalière. Dans ce contexte, la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures a été une source de préoccupation particulière pour la Commission. Dans le rapport 2023 sur la situation dans l’espace Schengen, la Commission a lancé une consultation auprès de tous les États membres concernés par les contrôles aux frontières intérieures afin de discuter des raisons qui sous-tendent la réintroduction de ces contrôles et de leur incidence. Les consultations menées auprès du coordinateur Schengen ont mis en évidence le caractère non systématique des vérifications sur la majorité des tronçons frontaliers ainsi que le renforcement global de la coopération transfrontalière. Sur la base de cette consultation, la Commission a également adopté une nouvelle recommandation (UE) 2024/268
qui réexamine les recommandations adoptées les années précédentes et les complète par les enseignements tirés de la lutte contre les menaces graves pour l’ordre public ou la sécurité intérieure.
En octobre 2023, les États membres, en réponse à la pression migratoire croissante aux frontières extérieures de l’UE et à l’augmentation des menaces terroristes dans l’espace Schengen, ont réintroduit des contrôles sur de nouveaux tronçons des frontières intérieures. Depuis lors, le coordinateur Schengen a poursuivi le dialogue étroit tant avec les États membres concernés par les contrôles menés de longue date aux frontières intérieures qu’avec les États membres concernés par les réintroductions plus récentes des contrôles aux frontières intérieures, afin de les soutenir dans la mise en œuvre des mesures énoncées dans la recommandation (UE) 2024/268. Cela a permis de réaliser d’importants progrès sur plusieurs tronçons frontaliers au cours des derniers mois. En particulier, tous les États membres qui ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieures ont indiqué avoir considérablement renforcé la coopération policière transfrontalière avec leurs voisins, y compris des patrouilles communes, ainsi que la coopération en matière de réadmission. À la frontière austro-hongroise, un processus de discussion est en cours concernant la création d’un groupe de travail sur la sécurité des frontières, qui serait fondé sur un accord trilatéral entre la Hongrie, la Serbie et l’Autriche et permettrait un niveau plus élevé de coopération dans la lutte contre la criminalité transfrontière et dans la protection des frontières. Outre l’initiative de coopération régionale mise en place entre l’Autriche, la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie selon une approche axée sur l’ensemble de la route, la coopération transfrontalière a également été considérablement renforcée entre la Croatie, la Slovénie et l’Italie, à la suite de la signature d’une lettre d’intention par les chefs de police des trois États membres afin de poursuivre le développement de la coopération conjointe, y compris par le renforcement des patrouilles communes bilatérales et l’organisation de patrouilles communes trilatérales à la frontière croate avec la Bosnie-Herzégovine.
En outre, Europol a renforcé son soutien opérationnel aux États membres dans la lutte contre le trafic de migrants. Par exemple, l’Agence a soutenu la Bulgarie par l’intermédiaire d’une task force opérationnelle régionale (TFO) afin de renforcer les enquêtes dans les affaires de trafic de migrants.
Sur la base de ces évolutions positives, les contrôles aux frontières intérieures ont été levés à la frontière entre la Tchéquie et la Slovaquie, à la frontière entre la Slovaquie et la Hongrie, et à la frontière entre la Pologne et la Slovaquie, respectivement à partir de janvier, février et mars 2024. Des progrès similaires sont attendus aux frontières entre l’Italie et la Slovénie et entre la Slovénie et la Croatie au cours des prochains mois.
Les États membres peuvent continuer à s’appuyer sur les accords ou arrangements de réadmission bilatéraux préexistants pour transférer un ressortissant de pays tiers vers un État membre voisin, ainsi que le prévoit l’article 6, paragraphe 3, de la directive «retour». La jurisprudence récente de la Cour de justice de l’Union européenne confirme que la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures ne dispense pas les États membres de l’obligation d’appliquer les règles et garanties prévues par la directive «retour». Toutefois, cela ne devrait pas avoir d’incidence sur l’application d’accords ou d’arrangements de réadmission bilatéraux aux frontières intérieures, en lieu et place d’une décision de retour, étant donné que cette possibilité est explicitement prévue par la directive «retour». Le coordinateur Schengen continuera de discuter de la mise en œuvre des accords et arrangements de réadmission bilatéraux et encouragera la coopération entre les autorités des États membres en vue de leur utilisation efficace. Dans le même ordre d’idée, les services de la Commission suivront de près l’établissement de modalités pratiques aux fins de la mise en œuvre de la procédure de transfert
dans le cadre du code frontières Schengen révisé.
Le coordinateur Schengen continuera également d’aider les États membres à renforcer leur coopération transfrontalière de manière à supprimer progressivement les contrôles aux frontières intérieures, en particulier aux frontières qui nécessitent des mesures conjointes supplémentaires, notamment la frontière franco-espagnole, la frontière germano-autrichienne et la frontière germano-polonaise. Ces contrôles détournent des ressources essentielles normalement consacrées à la gestion des frontières extérieures et ont des conséquences socio-économiques négatives. À la suite de l’accord sur la révision du code frontières Schengen, les États membres disposeront d’outils supplémentaires pour répondre aux préoccupations en matière de sécurité et de migration en recourant à d’autres mesures, telles que la nouvelle procédure de transfert et le renforcement de la coopération policière.
Des efforts parallèles ont été déployés au cours de l’année écoulée afin d’assurer la mise en œuvre intégrale des mesures envisagées dans la recommandation du Conseil de 2022 relative à la coopération opérationnelle des services répressifs
. Celle-ci propose des solutions pour remédier aux difficultés rencontrées dans la coopération opérationnelle entre les services répressifs des États membres. Quatre ateliers d’experts ont eu lieu et la Commission a lancé un appel à projets sur la coopération opérationnelle des services répressifs à financer au titre du Fonds pour la sécurité intérieure – Police (9 millions d’EUR), dans le cadre duquel six nouveaux projets associant 13 États membres différents ont déjà été financés. La Commission fera rapport sur les mesures prises pour assurer la mise en œuvre intégrale de la recommandation du Conseil dans les mois à venir et poursuivra ses efforts afin de mettre en place un groupe permanent d’experts sur la coopération opérationnelle des services répressifs; ce groupe servira de plateforme et permettra aux services répressifs des États membres d’échanger les bonnes pratiques et les difficultés rencontrées dans le cadre de la coopération transfrontière.
Des évolutions positives ont été observées dans les évaluations Schengen de 2023 en ce qui concerne le renforcement de la coopération policière, en particulier au niveau local. De nombreux États membres autorisent désormais les autorités des États membres voisins participant à des opérations conjointes à effectuer des contrôles d’identité ou à placer en rétention les personnes tentant d’échapper à de tels contrôles. Cela est essentiel pour éviter que des réseaux criminels ne profitent de l’absence de contrôles aux frontières intérieures. Toutefois, les États membres doivent encore garantir une communication en temps réel sécurisée qui soit fonctionnelle par-delà les frontières. Plusieurs projets sont en cours, notamment dans le cadre du «projet BroadNet», qui définira les procédures radio opérationnelles du futur système radio paneuropéen.
Les évaluations Schengen ont également mis en évidence des améliorations dans le fonctionnement des centres de coopération policière et douanière, qui soutiennent désormais plus efficacement la coordination des patrouilles communes et le développement d’analyses communes régionales. Il est toutefois possible d’intégrer davantage ces renseignements dans les évaluations des risques, en mettant en place des procédures plus systématiques pour l’échange d’informations. L’application de réseau d’échange sécurisé d’informations (SIENA) doit être déployée d’urgence dans plusieurs de ces centres afin de permettre une coopération et un échange d’informations plus étroits avec Europol.
Les États membres devraient adopter une approche plus stratégique de la coopération transfrontière, en reliant également les renseignements et les informations obtenus aux frontières extérieures et à l’intérieur de l’espace Schengen dans un tableau de situation (national) unique, grâce au renforcement de la coopération et de l’échange d’informations entre les points de contact uniques, ainsi qu’avec les centres nationaux de coordination et les centres de coopération policière et douanière au moyen de l’application de réseau d’échange sécurisé d’informations (SIENA). Les initiatives en matière de coopération existantes doivent être placées sous l’égide d’entités régionales. Les stratégies et processus nationaux concernant la criminalité transfrontière et les défis connexes, y compris les mouvements secondaires, doivent être mis à jour. Ceux-ci devraient inclure les nouvelles possibilités offertes par le code frontières Schengen et celles prévues par la recommandation du Conseil relative à la coopération opérationnelle des services répressifs. Dans ce contexte, la mise à jour des accords bilatéraux sur la coopération transfrontière des services répressifs joue un rôle essentiel. Le nouvel accord BENELUX sur la coopération policière entre la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas donne l’exemple en permettant une coopération régionale plus approfondie, y compris en ce qui concerne les poursuites transfrontalières et l’observation transfrontalière. En outre, afin de préparer l’application intégrale de l’acquis de Schengen en Bulgarie et en Roumanie, les deux États membres mettent à jour les accords bilatéraux conclus avec les États membres voisins.
Échange d’informations et protection des données
Un espace Schengen sûr nécessite un flux régulier d’informations entre les autorités des différents États membres, dans le plein respect des normes élevées de l’UE en matière de protection des données. Le système d’entrée/de sortie et l’ETIAS, associés à la nouvelle base de données Eurodac, fournissent à l’Union des outils plus efficaces aux frontières extérieures, à même de faciliter l’identification, d’empêcher les mouvements secondaires et de contribuer à des procédures plus efficaces. Avec le système d’information Schengen renouvelé, la sécurité intérieure de l’espace Schengen a été renforcée par l’élargissement de l’accès au SIS, de son utilisation et des données contenues dans celui-ci. Le système lancé en mars 2023 a été mis en œuvre avec succès et intégré au sein de nombreuses autorités des États membres sans difficultés opérationnelles ou techniques. Les évaluations Schengen ont confirmé que les États membres utilisaient progressivement les nouvelles fonctionnalités et introduisaient de nouvelles catégories de signalements dans le système, même s’il est encore possible d’apporter des améliorations pour maximiser l’utilisation de ces données. En outre, certains États membres ne chargent pas systématiquement les données dactyloscopiques et on observe également un manque persistant de ressources et un renforcement insuffisant des capacités des bureaux SIRENE des États membres, ce qui entrave considérablement l’échange global d’informations entre les États membres. Afin de garantir un échange complet d’informations, tous les États membres doivent mettre en place un point de contact unique pleinement opérationnel et doté de ressources suffisantes, ainsi que le prévoit la directive relative à l’échange d’informations entre les services répressifs, adoptée en mai 2023. Comme cela a été observé lors des évaluations Schengen, de nombreux points de contact uniques n’utilisent toujours pas un système unique de gestion des dossiers. Bien que plus de la moitié des États membres aient bien progressé dans la transposition législative de la directive, les efforts de mise en œuvre devraient être intensifiés.
Cela étant, les États membres doivent veiller à ce que l’échange accru d’informations par les autorités répressives et judiciaires, y compris de données à caractère personnel, soit effectué dans le plein respect des exigences en matière de protection des données. Les autorités qui gèrent et utilisent des systèmes d’information à grande échelle doivent veiller à ce que les exigences en matière de protection des données soient respectées dans la pratique et à ce que le respect de ces exigences fasse l’objet d’un suivi régulier afin de détecter les vulnérabilités des systèmes, y compris le traitement illicite de données à caractère personnel. Les évaluations Schengen réalisées en 2023 ont confirmé que cela n’était toujours pas la norme. En outre, les autorités chargées de la protection des données ne surveillent pas toujours de manière exhaustive la licéité du traitement des données à caractère personnel dans les systèmes d’information à grande échelle et devraient intensifier leurs efforts. Certaines autorités chargées de la protection des données ont encore besoin de ressources financières et humaines supplémentaires.
Enfin, la transition vers la gestion numérique de l’espace Schengen impose une gestion solide et souple des systèmes. À cette fin, la Commission procède actuellement à une évaluation de l’Agence de l’UE pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle (eu-LISA), conformément à l’article 39 du règlement eu-LISA.
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Priorités pour un espace Schengen sûr et plus sécurisé
·Mettre en œuvre une approche stratégique de la coopération transfrontière alignant les priorités nationales et européennes et reliant le renseignement obtenu aux frontières extérieures et au sein de l’espace Schengen dans un tableau de situation (national) unique, en renforçant également les points de contact uniques conformément à la directive (UE) 2023/977.
·Établir les mesures de coopération policière nécessaires pour faire face aux risques existants et émergents en matière de migration et de sécurité, en étroite coopération avec les États membres voisins de la région, en mettant pleinement en œuvre la recommandation (UE) 2022/915 du Conseil relative à la coopération opérationnelle des services répressifs et conformément à la recommandation (UE) 2024/268 de la Commission relative à la coopération entre les États membres.
·Exploiter pleinement le renseignement disponible à tous les niveaux en déployant entièrement SIENA, y compris dans les centres de coopération policière et douanière.
·Utiliser au maximum les données du SIS en recourant à toutes les nouvelles fonctionnalités et en allouant des ressources et des capacités aux bureaux SIRENE.
·Veiller à ce que l’échange accru d’informations soit effectué dans le plein respect des exigences en matière de protection des données.
·Contribuer activement à la feuille de route de l’UE en matière de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité organisée en mettant également en œuvre les bonnes pratiques recensées dans l’évaluation thématique de Schengen concernant la lutte contre le trafic de drogue.
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6. Prochaines étapes
Le présent rapport montre que des étapes législatives et opérationnelles essentielles ont été franchies pour mettre en œuvre les priorités définies dans le rapport 2023 sur la situation dans l’espace Schengen. Plus particulièrement, des mesures spécifiques ont été prises pour consolider et renforcer encore le cycle de gouvernance de Schengen, fortifier davantage les frontières extérieures de l’UE, accroître l’efficacité du système de retour, augmenter la sécurité intérieure et améliorer la mise en œuvre de la politique de l’UE en matière de visas. D’importantes premières mesures ont également été prises pour achever l’espace Schengen avec l’adoption, en décembre, de la décision du Conseil visant à lever les contrôles aux frontières intérieures aériennes et maritimes de la Bulgarie et de la Roumanie. Le rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen recense les lacunes qui subsistent en ce qui concerne la mise en œuvre du cycle 2023-2024, ainsi que les défis émergents pour l’espace Schengen et les actions prioritaires à mener pour le cycle Schengen 2024-2025.
En outre, afin de faciliter la mise en œuvre de ces priorités, la Commission a également présenté une proposition de recommandation du Conseil pour le cycle Schengen 2024/2025 et invite le Conseil à l’adopter lors de la prochaine session du Conseil Schengen en juin 2024.
Les éléments présentés dans ce nouveau cycle Schengen devraient servir de base au renforcement du dialogue politique tant au niveau national qu’au niveau européen, y compris au sein du Parlement européen et du Conseil.
COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 16.4.2024
COM(2024) 173 final
ANNEXE
à la
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des régions
Rapport 2024 sur la situation dans l'espace Schengen
ANNEXE 1
Mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen: principales évolutions et prochaines étapes
Le mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen est la pierre angulaire du bon fonctionnement de l’espace Schengen, dans la mesure où il permet de déceler en temps utile les lacunes et d’y remédier. Grâce à ce mécanisme d’évaluation et de contrôle par les pairs, des équipes d’experts des États membres, coordonnées par la Commission et soutenues par des observateurs des agences et organes de l’UE, évaluent de manière exhaustive tout État membre et tout pays associé à l’espace Schengen appliquant pleinement l’acquis de Schengen.
En 2023, avec l’entrée en vigueur du nouveau règlement relatif au mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen (MESC), une nouvelle génération d’évaluations Schengen a démarré. La troisième génération introduit un concept d’évaluation Schengen plus stratégique et plus intégrée, avec une équipe d’évaluation unique composée d’experts dans différents domaines d’action. Le passage à une évaluation centrée sur le pays fournit une image plus complète de la performance globale d’un État membre dans la mise en œuvre de l’acquis de Schengen et de sa contribution au fonctionnement de l’espace Schengen sans contrôles aux frontières intérieures (ci-après l’«espace Schengen»).
S’appuyant sur les progrès importants réalisés au cours des dernières années, le renforcement du mécanisme vise à garantir une plus grande prise en compte au niveau politique et opérationnel des résultats de l’évaluation Schengen afin de soutenir la mise en œuvre des règles de Schengen et, partant, de renforcer la confiance mutuelle.
Conformément au nouveau concept, la Commission a mis à jour les outils clés qui sous-tendent le bon fonctionnement des évaluations Schengen. Premièrement, le nouveau guide d’évaluation de Schengen a été adopté afin de refléter les principes du nouveau règlement et de promouvoir la cohérence tout au long du processus. Ce guide prévoit une transparence accrue, conformément aux exigences du nouveau règlement. Deuxièmement, le questionnaire standard d’évaluation Schengen a été révisé afin de tenir compte des nouvelles évolutions juridiques et opérationnelles liées à la mise en œuvre des règles de Schengen.
Évaluations par pays de l’espace Schengen de 2023
En 2023, la Commission a lancé la troisième génération d’évaluations Schengen en menant les évaluations périodiques de la Finlande, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie. La nouvelle approche en matière d’évaluations Schengen, ancrée dans le nouveau règlement relatif au mécanisme d’évaluation et de contrôle Schengen (MESC), a permis la première évaluation intégrée et stratégique de la manière dont les États membres évalués appliquent l’acquis de Schengen dans son ensemble.
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Sites inspectés
üAutorités centrales: centres nationaux de coordination, sièges de la police, ministères compétents et bureaux SIRENE, et autorités chargées de la protection des données.
üFrontières terrestres avec la Russie et la Biélorussie: points de passage frontaliers de Vaalimaa et Nuijamaa, Medininkai, Silene, Paternieki, Narva et Luhamaa.
üAéroports: Helsinki, Tampere, Turku, Vilnius, Kaunas, Palanga, Tallinn et Riga.
üPorts: Talinn, Paldiski, Liepaja, Ventspils, Riga, Neringa, Klaipeda et Uostas.
üCentres de rétention et d’accueil: Metsälä, Joutseno, Tallinn, Soodevahe, centre d’enregistrement des étrangers de Pabradė, centre d’accueil des réfugiés de Rukla, centre d’hébergement des étrangers retenus de Mucenieki, et Daugavpils.
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Au cours des évaluations, une attention particulière a été accordée:
·aux capacités, processus et outils dont disposent les États membres pour faire face aux risques en matière de migration et de sécurité à leurs frontières extérieures, tout en garantissant un niveau adéquat de protection des droits fondamentaux, compte tenu notamment de l’instrumentalisation des migrants par la Russie et la Biélorussie;
·à la gouvernance stratégique au niveau national comme condition préalable à une mise en œuvre effective et intégrée de l’acquis de Schengen. Il s’agissait notamment des stratégies nationales, des ressources humaines et de la formation (y compris en matière de droits fondamentaux), de l’analyse des risques, de la planification des mesures d’urgence et de la mise en œuvre des outils de l’UE;
·à l’efficacité des initiatives régionales visant à combattre la criminalité transfrontière au sein de l’espace Schengen;
·à la mise en œuvre des systèmes d’information à grande échelle soutenant l’application de l’acquis de Schengen, y compris le respect des exigences en matière de protection des données, et notamment les nouvelles fonctionnalités du système d’information Schengen ainsi que le niveau de préparation à la mise en service du système d’entrée/de sortie.
Cette approche stratégique a permis aux équipes d’évaluation de parvenir à une compréhension globale des questions clés ayant une influence sur la bonne gouvernance et la bonne gestion de l’espace Schengen dans chacun des États membres évalués. Les rapports Schengen par pays, qui remplacent les six rapports thématiques précédents par État membre, ont recensé des problèmes communs dans ces quatre États membres, ce qui témoigne du fait que ces pays sont confrontés à des défis similaires.
Aux frontières extérieures:
·les performances globales du contrôle aux frontières et de la résilience dans les situations de crise en Finlande, en Lituanie, en Lettonie et en Estonie sont actuellement satisfaisantes. Toutefois, le nombre d’agents est au niveau minimum nécessaire pour garantir la mise en œuvre efficace des activités en matière de gestion des frontières et de retour, et tout changement éventuel de la situation actuelle mettrait à rude épreuve les capacités de réaction nécessaires pour les tâches liées aux frontières et aux retours;
·les États membres évalués ont rencontré des difficultés pour garantir le respect des droits fondamentaux, en particulier le principe de non-refoulement, lors de l’application des mesures de police aux frontières;
·la qualité de la surveillance des frontières terrestres est globalement satisfaisante, bien qu’il subsiste des lacunes liées au manque d’équipements de détection et de ressources humaines;
·la qualité des contrôles aux frontières est inégale.
Mesures au sein de l’espace Schengen visant à lutter contre la migration irrégulière et la criminalité transfrontière:
·si la Finlande, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie ont apporté d’importants changements aux niveaux stratégique, juridique et opérationnel pour faire face à l’augmentation du nombre d’arrivées de migrants en situation irrégulière, des difficultés subsistent en ce qui concerne l’exécution effective des décisions de retour. En particulier, l’absence de suivi des retours en cas de non-respect du délai de départ volontaire et la prise de décisions de retour multiples à l’égard d’une même personne ont une incidence négative sur la possibilité de procéder aux retours. Le recours accru à la reconnaissance mutuelle des décisions de retour par les autorités lettones a été considéré comme une bonne pratique et peut contribuer à résoudre certains des problèmes recensés;
·les stratégies nationales de sécurité intérieure menées dans les quatre États membres évalués ne sont pas systématiquement liées aux priorités et aux stratégies de l’UE en matière de sécurité intérieure, ce qui empêche une allocation efficace des ressources nationales et entrave la mise en œuvre des fonctions et instruments européens communs en matière de sécurité.
En ce qui concerne l’échange d’informations par l’intermédiaire des systèmes d’information Schengen et les exigences connexes en matière de protection des données:
·toutes les fonctionnalités du SIS renouvelé n’ont pas été mises en œuvre, en particulier en Lettonie, où une inspection de vérification sera organisée. En outre, dans les quatre États membres évalués, les fonctionnalités de recherche dans le SIS-AFIS (système automatisé d’identification des empreintes digitales) ne sont pas déployées auprès de tous les utilisateurs finaux;
·les ressources et le renforcement des capacités des bureaux SIRENE sont globalement insuffisants, ce qui complique la gestion efficace de l’échange d’informations en temps utile;
·les autorités qui gèrent et utilisent le système d’information Schengen et le système d’information sur les visas ne respectent pas toujours les exigences en matière de protection des données en raison d’un manque de clarté dans les attributions des responsabilités, d’une gestion inadéquate de l’accès et d’une sécurité insuffisante des données, d’une durée de conservation incorrecte des registres, d’un manque de suivi et d’une formation insuffisante du personnel. En outre, les autorités chargées de la protection des données ne surveillent pas toujours la licéité du traitement des données à caractère personnel en temps utile et de manière exhaustive en raison d’un manque de ressources financières et humaines;
·dans certains États membres, les personnes concernées rencontrent des difficultés dans l’exercice de leurs droits (par exemple, le droit d’accès aux données) en raison d’exigences disproportionnées fixées pour les demandes qu’elles souhaitent soumettre.
En ce qui concerne la dimension extérieure de Schengen:
·alors que l’examen des demandes de visa par les autorités évaluées dans les consulats inspectés était globalement solide et que les décisions étaient fondées, il demeure nécessaire de rationaliser la coopération avec les prestataires de services extérieurs dans les quatre États membres évalués ainsi que son suivi;
·le problème continu de la longueur des délais d’attente pour l’octroi des rendez-vous relatifs aux visas Schengen persiste, mais dans une moindre mesure qu’en 2022.
Outre les évaluations périodiques de 2023, Chypre a fait l’objet, en octobre 2023, d’une première évaluation Schengen portant sur l’utilisation du système d’information Schengen, à la suite de sa connexion au SIS en juillet 2023. L’évaluation a confirmé que ce système d’information central est bien intégré dans les procédures de travail des différentes autorités compétentes. Des bonnes pratiques relatives à la formation des autorités compétentes ont également été relevées. Des améliorations devraient être apportées afin de doter le bureau SIRENE de ressources humaines suffisantes et pour utiliser efficacement les données du SIS.
En outre, en septembre 2023, la Commission a également organisé deux inspections inopinées en Italie et en France à la lumière des analyses de risque et des évaluations de la vulnérabilité effectuées par Frontex.
Les vulnérabilités de la France dans la réalisation des contrôles aux frontières, en particulier les vérifications aux frontières, ont été considérées comme un manquement grave. Les autorités françaises prennent des mesures immédiates pour remédier à ces lacunes. Le coordinateur Schengen assure un suivi étroit auprès des autorités françaises et les services de la Commission surveillent activement la situation.
Évaluation thématique de Schengen de 2023: lutte contre le trafic de drogue à destination de l’UE
Les évaluations thématiques de Schengen offrent une occasion unique d’évaluer l’état d’avancement de la mise en œuvre de l’acquis de Schengen à un moment donné dans l’ensemble des États membres et dans les différents domaines d’action. Le caractère transversal de ces évaluations donne une vision sans précédent de la manière dont l’espace Schengen agit face à certains points d’attention particuliers, en présentant une base riche qui permet de définir et de mettre en œuvre des choix politiques et qui offre aux États membres la possibilité d’un apprentissage entre pairs.
En 2023, tous les États membres appliquant l’intégralité de l’acquis de Schengen ont été évalués dans le cadre de l’évaluation thématique de Schengen afin de recenser les bonnes pratiques mises en œuvre dans leurs capacités nationales pour lutter contre le trafic de drogue, en mettant particulièrement l’accent sur le trafic dans les ports. Tous les États membres ont été évalués au moyen d’un questionnaire ciblé et des inspections sur place ont été effectuées dans les ports de Rotterdam, d’Anvers, de Marseille et de Hambourg.
L’évaluation thématique a révélé que l’UE et les États membres n’ont qu’une image partielle de la menace que représente le trafic de drogue, étant donné que seul un faible pourcentage des drogues faisant l’objet d’un trafic dans l’espace Schengen est détecté et saisi. Pour remédier à cette vulnérabilité, les bonnes pratiques liées à l’analyse des risques, à la coopération interservices, y compris avec les parties prenantes privées, et à l’échange d’informations ont été recensées.
L’un des défis communs qui touchent tous les grands ports est la nécessité d’une coordination entre tous les acteurs concernés participant aux opérations menées dans les ports. La coordination et la coopération entre les services répressifs, la police, les gardes-frontières, les services douaniers et les partenaires privés sont essentielles pour lutter efficacement contre le trafic de drogue aux niveaux national, européen et international. Plusieurs bonnes pratiques ont été observées dans ce domaine, notamment en ce qui concerne l’efficacité des partenariats public-privé et la mise en place de mesures de lutte contre la corruption tout au long de la chaîne d’approvisionnement de la drogue.
En outre, l’évaluation a montré qu’il était nécessaire de renforcer les obstacles aux flux de drogue à l’intérieur de l’espace Schengen grâce à une coopération opérationnelle transfrontière efficace. Certains États membres ont adopté des accords bilatéraux ou multilatéraux prévoyant des dispositions spéciales destinées à faciliter la coopération face au trafic de drogue. D’autres bonnes pratiques dans ce domaine concernent la participation à l’EMPACT (la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles) et aux task forces opérationnelles d’Europol connexes.
Les conclusions de l’évaluation thématique soulignent également la nécessité d’une coopération internationale étroite et étendue avec les pays tiers. Plusieurs États membres ont conclu des accords de coopération opérationnelle et stratégique spécifiques avec les pays d’origine ou de transit, et l’UE s’emploie à renforcer la collaboration opérationnelle avec les principaux pays d’Amérique centrale et du Sud touchés par le trafic de drogue.
Sur la base du rapport d’évaluation thématique, le Conseil Schengen a adopté, en mars 2024, une décision du Conseil arrêtant une recommandation visant à mettre en œuvre les bonnes pratiques recensées
. Tous les États membres évalués sont invités à présenter leurs plans d’action détaillant les bonnes pratiques qu’il serait utile de mettre en œuvre au regard de leur situation nationale spécifique et décrivant la manière dont ils procéderont.
Exploiter pleinement le potentiel des évaluations Schengen par une mise en œuvre et un suivi efficaces
La phase de suivi constitue le volet opérationnel essentiel du mécanisme d’évaluation et de contrôle Schengen, car elle permet à l’État membre évalué de convertir les conclusions des équipes d’évaluation en une réponse concrète aux fins d’une meilleure application de l’acquis de Schengen. Une grande partie des effets positifs du mécanisme pour l’ensemble de l’espace Schengen dépend de la mise en œuvre effective des recommandations individuelles formulées à la suite de l’évaluation Schengen.
Depuis le lancement du premier cycle Schengen en 2022, les tableaux de bord Schengen remis aux ministres lors du Conseil Schengen donnent à ces derniers un bon aperçu des principales lacunes dans leur gestion nationale de l’espace Schengen. L’élaboration d’une méthodologie commune pour le tableau de bord Schengen en 2023 permet de mieux visualiser le niveau de mise en œuvre des recommandations formulées dans les évaluations Schengen et de recenser les domaines nécessitant une attention urgente aux niveaux national et européen. Le tableau de bord est essentiel pour combler le fossé entre les dimensions politique et opérationnelle de Schengen en permettant une compréhension claire des conséquences découlant de la non-application des règles de Schengen. La plus grande visibilité des résultats des évaluations Schengen, notamment pour les ministres compétents réunis au sein du Conseil Schengen, peut contribuer à un suivi efficace des activités d’évaluation de Schengen.
Le tableau de bord Schengen 2024 a confirmé que l’acquis de Schengen est globalement appliqué de manière correcte, bien que les progrès varient d’un État membre à l’autre et selon les différentes parties de l’acquis. Toutefois, les activités de suivi menées dans le cadre du mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen ont révélé que, dans de nombreux États membres, le rythme de mise en œuvre est lent, ce qui entraîne des lacunes persistantes généralisées, y compris en ce qui concerne des aspects essentiels de l’architecture de Schengen.
Tableau de bord Schengen 2024 par indicateur clé
Les activités d’évaluation et de contrôle menées dans le cadre du deuxième cycle Schengen, telles qu’elles sont présentées dans les tableaux de bord Schengen de 2024, révèlent que des mesures correctives prioritaires sont nécessaires dans l’ensemble de l’espace Schengen pour améliorer la qualité des contrôles aux frontières, renforcer les capacités limitées en matière de retour, relever les défis liés à l’identification des menaces pour la sécurité au moyen du système d’information Schengen, et supprimer les obstacles à l’échange transfrontière d’informations, liés en particulier à l’inefficacité et l’absence d’automatisation des points de contact uniques.
La Commission invite tous les États membres et les pays associés à l’espace Schengen à assurer un suivi efficace des résultats des tableaux de bord Schengen de 2024, y compris par l’instauration d’un dialogue actif avec le coordinateur Schengen. En particulier, il est urgent de remédier aux graves manquements qui persistent en France et en Grèce, ainsi qu’aux griefs liés aux procédures d’infraction en cours. La Commission travaillera en étroite collaboration avec les États membres pour assurer la mise en œuvre rapide des mesures correctives. En cas de recommandations ayant des conséquences financières pour les États membres, la Commission invite ces derniers à accorder la priorité à la mise en œuvre de ces recommandations dans le cadre des programmes nationaux relevant de fonds de l’UE.
Au cours du deuxième cycle Schengen, la Commission a intensifié ses efforts aux fins d’un contrôle plus efficace de la mise en œuvre des recommandations. Elle a suivi la situation sur le terrain dans plusieurs États membres où de graves manquements avaient été constatés, en procédant à de nouvelles inspections et à des inspections de vérification conformément aux nouveaux outils prévus par le nouveau règlement MESC.
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Nouvelles inspections effectuées en 2023
üPays-Bas (juin), dans le domaine de la politique des visas
üEspagne (juillet), dans le domaine de la gestion des frontières extérieures
üIslande (septembre), dans le domaine de la coopération policière
Compte tenu des progrès satisfaisants accomplis par ces États membres, les équipes d’évaluation ont conclu qu’il avait été remédié de manière adéquate aux manquements graves.
Inspections de vérification effectuées en 2023
üBelgique (janvier)
üFrance (novembre)
Les deux inspections avaient pour objectif de vérifier les mesures correctives liées à la qualité des contrôles aux frontières. Bien que des progrès aient été observés en Belgique, d’importants manquements subsistent dans les deux États membres, notamment en ce qui concerne la gouvernance nationale, auxquels il convient de remédier d’urgence.
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En outre, dans de nombreux cas, les États membres ne s’acquittent pas effectivement de leurs obligations en matière de rapports conformément aux exigences légales et dans les délais prévus par le règlement MESC et, dans plusieurs cas, les plans d’action présentés à la Commission sont inadéquats et doivent être révisés. La mise en œuvre effective des recommandations découlant des évaluations Schengen reste incohérente, de sorte que le plein potentiel du mécanisme ne peut être exploité pour contribuer à la mise en place d’un espace Schengen solide et bien géré.
Dans ce contexte, la Commission a renforcé ses capacités de contrôle et facilité les efforts déployés par les États membres pour s’acquitter de leurs obligations en matière de rapports grâce à la numérisation de la phase de contrôle au moyen de l’application KOEL-SCHEVAL, installée depuis mai 2023. Celle-ci a permis de centraliser au sein d’une seule plateforme tous les échanges concernant la mise en œuvre des recommandations, de sorte que la Commission et les États membres évalués ont désormais une meilleure vue d’ensemble du degré de mise en œuvre des recommandations. Cette plateforme a permis de simplifier les procédures et d’accroître la transparence, notamment en ce qui concerne l’élaboration des différents tableaux de bord annuels de Schengen.
À la suite des dernières évaluations des rapports de suivi présentés par les États membres, et après la mise en œuvre intégrale de toutes les recommandations, conformément à l’article 21, paragraphe 3, du règlement MESC, la Commission clôt les plans d’action liés à l’évaluation 2015 de la Belgique portant sur les aspects de l’acquis de Schengen relatifs à la protection des données; à l’évaluation 2018 de la Suisse concernant les retours; à l’évaluation 2018 de la Lituanie portant sur la coopération policière; aux évaluations de 2019 de la Pologne concernant la politique commune de visas et la gestion des frontières extérieures; à l’évaluation de 2019 de la Hongrie portant sur le système d’information Schengen; et à l’évaluation de 2022 de Malte concernant la politique commune de visas.
En outre, la Commission clôt également techniquement les plans d’action liés aux évaluations 2016 de la Grèce concernant sa gestion des frontières extérieures et les aspects de l’acquis de Schengen relatifs à la protection des données; à l’évaluation 2016 du Luxembourg concernant les aspects de l’acquis de Schengen relatifs à la protection des données; à l’évaluation 2017 du Danemark concernant sa gestion des frontières extérieures et le système d’information Schengen; à l’évaluation 2017 de l’Islande concernant sa gestion des frontières extérieures et des retours; à l’évaluation de 2017 de la Norvège concernant sa gestion des frontières extérieures, les aspects de l’acquis de Schengen relatifs à la protection des données, les retours et la coopération policière; à l’évaluation 2017 du Portugal concernant sa gestion des frontières extérieures, les retours, le système d’information Schengen et la coopération policière; à l’évaluation 2017 de l’Espagne portant sur sa gestion des frontières extérieures, le système d’information Schengen, les retours et la coopération policière; à l’évaluation 2017 de la Suède concernant sa gestion des frontières extérieures et les retours; à l’évaluation 2018 de la Suisse portant sur le système d’information Schengen; et à l’évaluation de 2018 de la Lituanie concernant la coopération policière, les aspects de l’acquis de Schengen relatifs à la protection des données, et le système d’information Schengen. Il s’agit toutefois d’une clôture technique puisqu’elle concerne des plans d’action qui ne sont pas pleinement mis en œuvre. Les recommandations en suspens doivent faire l’objet d’un rapport dans le cadre du plan d’action présenté par les États membres après la nouvelle évaluation afin d’éviter la duplication des obligations en matière d’établissement de rapports.
Outils à l’appui des évaluations stratégiques de Schengen
Le nouveau concept des évaluations Schengen implique une refonte des outils sur lesquels elles reposent. Conformément au nouveau règlement, en 2023, la Commission s’est attelée à mettre à jour la réserve d’experts, le guide d’évaluation Schengen, le questionnaire standard Schengen ainsi que le concept de formation pour les évaluations Schengen.
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La première réserve d’experts à l’appui des évaluations Schengen de 2023
La constitution de la première réserve d’experts pour la réalisation des activités d’évaluation et de contrôle Schengen dans le cadre des évaluations Schengen de 2023 s’est révélée bénéfique dans la mesure où elle a permis de réduire la charge administrative et de simplifier la désignation et la sélection des experts des États membres. Le fait de lancer un seul appel à experts pour l’ensemble des évaluations de l’année suivante, suivi d’une présélection, par la Commission, des experts appelés à faire partie de la réserve, a procuré la flexibilité nécessaire pour sélectionner facilement des experts possédant l’expertise requise en vue d’évaluations inopinées ou chaque fois que les experts sélectionnés n’étaient plus disponibles pour une inspection spécifique.
À la suite de la constitution de la réserve d’experts pour 2023, les équipes chargées d’effectuer les évaluations de la Finlande, de la Lituanie, de la Lettonie, de l’Estonie et de Chypre ont été mises en place. Des experts de 31 États membres et pays associés à l’espace Schengen ont participé aux évaluations de 2023, comme suit:
En ce qui concerne l’évaluation thématique consacrée au trafic de drogue, un appel spécifique a été lancé, car une expertise et une expérience spécialisées faisant appel à différents domaines d’action, avec un accent particulier sur le trafic de drogue, étaient nécessaires.
Experts désignés par les États membres
Équipe d’évaluation
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En novembre 2023, la Commission a constitué la réserve d’experts pour 2024. Conformément aux exigences du mécanisme d’évaluation et de contrôle de Schengen, presque tous les États membres ont désigné au moins un expert par domaine d’action. Seuls quelques États membres se sont abstenus en invoquant le fait que la désignation affecterait considérablement l’exécution de tâches nationales; ils n’ont donc pas été en mesure de désigner au moins un expert par domaine d’action. Au total, 526 experts nationaux ont été désignés, parmi lesquels 505 experts nationaux ont été sélectionnés pour la réserve de 2024 sur la base des critères généraux et spécifiques définis dans le règlement et dans l’invitation à la désignation adressée aux États membres.
Un appel supplémentaire à experts a été lancé pour l’évaluation thématique 2024 consacrée au retour afin de garantir la disponibilité durable d’experts tout au long de l’année. Formée à partir des 31 candidatures présentées par 20 États membres, l’équipe se compose de 15 experts. Frontex et l’Agence des droits fondamentaux de l’UE viennent en appui de l’équipe en tant qu’observateurs, tandis que l’Agence de l’Union européenne pour l’asile et l’eu-LISA apportent un soutien sur une base ponctuelle.
Experts désignés par les États membres
Équipe d’évaluation
La coordination nationale des évaluations Schengen demeure un élément essentiel pour le bon fonctionnement de la réserve d’experts, notamment en ce qui concerne les qualifications, l’engagement et la disponibilité des experts. À plusieurs reprises, les experts présélectionnés n’étaient plus disponibles au moment de l’évaluation pour des raisons professionnelles ou personnelles. Ces changements de dernière minute ont compliqué l’organisation en temps utile des inspections d’évaluation ainsi que leur préparation adéquate. La Commission invite les États membres à veiller à ce que leurs experts présélectionnés s’engagent pleinement à réaliser les évaluations Schengen qui, en tant que mécanisme d’évaluation et de contrôle par les pairs, présentent un intérêt pour les autorités qui envoient des experts.
Dans le même temps, il convient de renforcer la continuité entre les activités de formation et les activités d’évaluation afin de garantir que les experts récemment formés soient systématiquement désignés par leurs autorités pour faire partie de la réserve, conformément aux exigences du règlement MESC. Les processus de partage d’informations par l’intermédiaire des points de contact nationaux concernant la mise en place de la réserve, y compris le retour d’information des experts désignés sur les résultats du processus, pourraient encore être améliorés.
La constitution de la réserve d’experts pour 2024 a suivi l’évolution de l’organisation des évaluations Schengen. En s’appuyant sur les innovations et l’expérience acquise lors de la mise en place de la première réserve d’experts, la Commission a mis à jour la composition des équipes d’évaluation en encourageant le recours à des équipes mixtes dotées de profils et de compétences complémentaires. Pour la première fois, la Commission a mis en place une réserve intégrée d’experts et a encouragé les États membres à désigner des experts ayant des profils mixtes afin de faciliter la mise en place de ces équipes.
Dans ce contexte, et compte tenu de la grande complémentarité des profils des experts en coopération policière et des experts spécialisés dans les systèmes d’information à grande échelle, la Commission, soutenue par des experts chefs de file des États membres, a fusionné les deux équipes d’évaluation pour créer une équipe intégrée «sécurité intérieure». Ce nouveau concept, qui implique une planification, une programmation et une mise en œuvre communes des inspections sur le terrain, a été mis en œuvre avec succès dans les évaluations de 2023.
La Commission continuera d’œuvrer en faveur d’une utilisation plus stratégique et plus coordonnée d’équipes dotées d’une expertise mixte, en tenant également compte des besoins découlant de l’adoption des nouveaux actes législatifs Schengen, tels que le règlement sur le filtrage, ainsi que de la mise en œuvre de la nouvelle architecture informatique. La Commission veillera à ce que la composition de la réserve soit adaptée en conséquence.
Afin de constituer un groupe d’experts de qualité pour les activités d’évaluation et de contrôle, un cadre de formation commun et intégré a été mis en place en 2023 pour les évaluateurs Schengen. L’objectif est de compléter des connaissances théoriques solides par une bonne compréhension des principes, procédures et techniques d’évaluation afin de garantir une approche cohérente tout au long des activités d’évaluation. La pierre angulaire de ce processus d’harmonisation est la mise en place du premier programme commun de formation, qui a été approuvé par la Commission, les experts des États membres en matière de formation et les agences de l’UE. Ce programme commun unique de formation tient compte des principes du nouveau règlement MESC et s’applique à toutes les activités de formation, que la formation soit organisée par les États membres, les agences ou la Commission. Depuis la mise en place de ce programme, 215 experts ont été formés en avril, septembre et octobre 2023 dans le cadre de ce cadre commun.
En outre, le deuxième atelier à l’intention des coordinateurs «pays» et des experts chefs de file a eu lieu en janvier 2024, réunissant les coordinateurs «pays» des États membres et de la Commission, les experts chefs de file désignés pour les évaluations de 2024 ainsi qu’un certain nombre de coordinateurs «pays» et d’experts chefs de file engagés dans les évaluations de 2023. La formation a offert aux experts expérimentés la possibilité de partager leurs points de vue sur le processus d’évaluation complet et a permis de poursuivre les réflexions en vue d’une amélioration. Les coordinateurs «pays» des États membres jouent un rôle crucial dans la conception, la planification, la mise en œuvre et le suivi des évaluations Schengen effectuées par les pairs, ainsi que dans la réduction des écarts existants entre les niveaux technique/opérationnel et stratégique/politique.
Vers un cadre unique de formation à l’évaluation Schengen, pour une réserve solide de coordinateurs «pays», d’experts chefs de file et d’experts
Les principes qui sous-tendent le nouveau mécanisme intégré d’évaluation et de contrôle Schengen ont été consolidés dans le guide d’évaluation de Schengen révisé, adopté en octobre 2023. Ce guide fournit des orientations pratiques à l’intention de tous les acteurs associés aux évaluations Schengen pour toutes les étapes du processus, depuis la phase initiale de planification jusqu’à la clôture du plan d’action.
Le questionnaire standard Schengen a également été mis à jour en juillet 2023 afin de couvrir intégralement le champ d’application des évaluations défini dans le règlement MESC ainsi que les modifications législatives apportées à l’acquis de Schengen ces dernières années. Étant donné qu’il devrait servir de base aux évaluations Schengen dans les années à venir, il comprend déjà des questions liées aux outils et aux dispositions législatives qui entreront en vigueur à court terme, comme le système d’entrée/de sortie.
Prochaines étapes: activités d’évaluation et de contrôle pour 2024
Conformément au programme d’évaluation pluriannuel 2023-2029 et au programme d’évaluation annuel 2024 adopté en décembre 2023, les évaluations périodiques de la Croatie, de la Pologne, de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République tchèque ont lieu en 2024. À la suite de la décision du Conseil relative à la pleine mise en vigueur de l’acquis de Schengen en Bulgarie et en Roumanie à partir de mars 2024, et conformément à l’article 23, paragraphe 6, du règlement MESC, le programme d’évaluation pluriannuel sera modifié et les deux États membres seront évalués en 2025.
En ce qui concerne les activités de contrôle à mener en 2024, la Commission prévoit d’effectuer des inspections à Chypre, en France, au Danemark, en Irlande, en Grèce, au Portugal et en Espagne. Dans le cas de Chypre et de l’Irlande, ces nouvelles inspections permettront de vérifier les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations en vue de progresser dans le processus d’adhésion à Schengen.
Dans le cadre du programme d’évaluation pluriannuel 2023-2029, le fonctionnement des composantes nationales du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes reste une priorité spécifique, au même titre que la mise en œuvre du système d’information Schengen. En outre, les nouvelles activités d’évaluation couvriront également les nouvelles exigences de Schengen découlant du nouveau cadre législatif ainsi que la préparation et la mise en œuvre du système d’entrée/de sortie et du système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages.
Conformément à l’approche globale des nouvelles évaluations, qui se reflète désormais dans la structure révisée du tableau de bord Schengen, les évaluations Schengen de 2024 et des années suivantes accorderont une attention particulière à la situation aux frontières intérieures, à l’efficacité de la coopération avec les pays tiers en ce qui concerne les activités liées aux frontières, à l’immigration et à la sécurité, ainsi qu’au fonctionnement des autorités, y compris les garde-fous mis en place pour prévenir la corruption.
Le tableau de bord Schengen continuera de faciliter la mise en œuvre des recommandations découlant des évaluations Schengen et permettra de stimuler encore les travaux du Conseil Schengen en définissant et en contrôlant mieux les priorités horizontales. Dans ce contexte, le coordinateur Schengen jouera un rôle actif en poursuivant le dialogue avec les hauts fonctionnaires Schengen nationaux afin de soutenir la mise en œuvre des règles de Schengen, notamment en assurant des synergies plus fortes avec les fonds de l’UE.
Les évaluations Schengen au cœur du cycle Schengen
L’année 2024 marque le lancement de la phase de contrôle de l’évaluation thématique de 2023 concernant le trafic de drogue. Dans la mesure où l’évaluation avait pour objectif principal de se concentrer sur le recueil de bonnes pratiques, les États membres ont été invités à examiner la valeur ajoutée et la faisabilité de la mise en œuvre des bonnes pratiques dans leurs cadres nationaux. La Commission suivra la mise en œuvre de cette recommandation au moyen des plans d’action nationaux qui doivent être présentés d’ici juin 2024.
Dans le même temps, la Commission, en collaboration avec des experts des États membres, a lancé l’évaluation thématique de 2024 afin de combler les lacunes nationales et de parvenir à un système de retour de l’UE efficace grâce à la mise en place de solutions communes et de pratiques innovantes. À la suite de la constitution de l’équipe d’évaluation et de l’accord sur le questionnaire, tous les États membres évalués doivent soumettre leurs réponses au plus tard en juin 2024. Les inspections sur place suivront à l’automne 2024.
Dans la perspective de 2025 et au terme d’un processus de consultation avec les États membres, la Commission présente trois propositions d’évaluation thématique pour 2025 dans le rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen. Ces propositions visent à couvrir les domaines prioritaires et à répondre aux défis communs, notamment la connaissance de la situation, l’identification des menaces pour la sécurité et le recensement des capacités effectives permettant de faire face aux risques liés à la migration irrégulière.
En ce qui concerne les activités de formation, la mise en œuvre du programme commun de formation dans le cadre des formations initiales dispensées en 2023 a fourni une base solide sur laquelle les futures formations peuvent être conçues. Dans ce contexte, les formations initiales seront affinées en 2024 afin d’atteindre les objectifs du programme commun de formation, ce qui contribuera à la haute qualité des évaluateurs Schengen. Les prochaines formations initiales sont prévues au printemps et à l’automne 2024.
COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 16.4.2024
COM(2024) 173 final
ANNEXE
à la
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des régions
Rapport 2024 sur la situation dans l’espace Schengen
ANNEXE 3
Rapport de suivi sur la situation aux frontières intérieures
Octobre 2023 – mars 2024
Introduction
Le 23 novembre 2023, la Commission a adopté la recommandation (UE) 2024/268 relative à la coopération entre les États membres en ce qui concerne les menaces graves pour la sécurité intérieure et l’ordre public dans l’espace sans contrôles aux frontières intérieures. Cette recommandation était accompagnée d’un document de travail des services de la Commission contenant un rapport sur la consultation que le coordinateur Schengen avait menée auprès des États membres concernés par la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures entre mai et novembre 2023. Dans cette recommandation, la Commission a réexaminé les recommandations adoptées au cours des années précédentes et complétées par les enseignements tirés depuis leur adoption, susceptibles d’aider les États membres à lutter contre les menaces graves pour l’ordre public ou la sécurité intérieure au sein de l’espace Schengen. La Commission s’est engagée dans la recommandation à poursuivre le dialogue avec le coordinateur Schengen et les États membres afin de les soutenir dans la mise en œuvre de ladite recommandation, et à faire régulièrement rapport au Conseil Schengen sur la situation et les progrès accomplis. Les États membres se sont montrés très favorables à la recommandation et prêts à adopter les mesures qu’elle contient.
Depuis l’adoption de la recommandation, les services de la Commission ont tenu plusieurs réunions avec les États membres concernés par la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures afin de discuter de la mise en œuvre des mesures énoncées dans la recommandation. Les réunions ont été organisées dans le cadre du dialogue en cours sur les contrôles aux frontières intérieures entamé à l’automne 2022 et s’appuyaient sur les bonnes pratiques tirées du processus de consultation sur les notifications présentées par le Danemark, l’Allemagne, la France, l’Autriche, la Norvège et la Suède pour la période allant de mai à novembre 2023, telles que résumées dans le rapport du 23 novembre 2023.
En outre, depuis octobre 2023, en réponse à la pression migratoire croissante aux frontières extérieures de l’UE et à l’augmentation des menaces terroristes dans l’espace Schengen, les États membres ont réintroduit des contrôles sur de nouveaux tronçons des frontières intérieures. Il s’agit des frontières terrestres entre l’Autriche et la Tchéquie et entre l’Autriche et la Slovaquie, des frontières terrestres entre l’Allemagne et la Pologne, entre l’Allemagne et la Tchéquie et entre l’Allemagne et la Suisse, de la frontière terrestre entre la Pologne et la Slovaquie, de la frontière terrestre entre la Tchéquie et la Slovaquie, de la frontière terrestre entre la Slovaquie et la Hongrie, des frontières terrestres entre la Slovénie et la Croatie et entre la Slovénie et la Hongrie, ainsi que de la frontière terrestre entre l’Italie et la Slovénie. Ces réintroductions ont depuis lors été au centre du dialogue en cours et sont donc incluses dans le présent rapport.
Le présent rapport de suivi poursuit les objectifs suivants:
1)il fait le point de la situation, depuis le 23 novembre 2023, sur les tronçons frontaliers qui ont fait l’objet du processus de consultation, à savoir: les frontières terrestres entre l’Autriche et la Hongrie et entre l’Autriche et la Slovénie, la frontière terrestre entre l’Allemagne et l’Autriche, la frontière terrestre entre le Danemark et l’Allemagne, ainsi que toutes les frontières intérieures de la France, de la Suède et de la Norvège;
2)il présente une vue d’ensemble de la situation sur les tronçons frontaliers concernés par la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures effectuée depuis octobre 2023 par l’Autriche, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Slovénie;
3)il donne un aperçu des différentes initiatives de coopération régionale mises en place par les États membres en vue de contrer les mouvements secondaires au sein de l’espace Schengen et de lutter contre la criminalité transfrontière.
La Commission reconnaît la participation constructive des États membres au dialogue ainsi que les efforts qu’ils déploient pour atténuer les effets que les contrôles aux frontières intérieures ont sur les voyageurs et les entreprises. Elle se félicite des diverses initiatives régionales et de la coopération renforcée qui concernent la mise en place de mesures alternatives (patrouilles communes, par exemple) et qui sont déployées dans le cadre d’accords bilatéraux de réadmission entre les États membres. La Commission se réjouit également de la décision de la Slovaquie, de la Tchéquie et de la Pologne de lever les contrôles à leurs frontières intérieures respectivement à partir de janvier, février et mars 2024.
La Commission est consciente du fait que, compte tenu de la période relativement courte qui s’est écoulée depuis la publication de la recommandation (UE) 2024/268, de nombreuses initiatives restent en cours d’élaboration et pourraient ne pas encore avoir porté leurs fruits, tandis que d’autres initiatives fondées sur la recommandation sont encore en phase de planification.
En outre, la Commission a observé des pratiques divergentes dans l’application de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rendu dans l’affaire C-143/22
, qui a confirmé que la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures ne dispense pas les États membres de l’obligation d’appliquer les règles et garanties prévues par la directive «retour». Les premières discussions sur le sujet ont eu lieu avec les États membres, y compris au sein du groupe de contact sur la directive «retour» et du groupe «Frontières».
Le présent rapport se fonde sur les notifications de réintroduction des contrôles aux frontières intérieures adressées par les États membres et sur les contributions supplémentaires reçues dans le cadre du dialogue en cours avec le coordinateur Schengen. Il ne présente pas d’évaluation des notifications que la Commission a reçues des États membres et est sans préjudice de toute action future que la Commission pourrait entreprendre en sa qualité de gardienne des traités.
1. État des lieux aux frontières intérieures faisant l’objet du processus de consultation: mise à jour depuis le rapport du 23 novembre 2023
1.1
Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Autriche aux frontières terrestres avec la Hongrie et la Slovénie
• Situation aux frontières
L’Autriche a maintenu ses contrôles aux frontières terrestres avec la Hongrie et la Slovénie, invoquant la menace qui résulte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les risques de trafic d’armes et de réseaux criminels qui en découlent. En outre, la pression migratoire et la tension exercée sur le régime d’accueil en matière d’asile ainsi que les mouvements secondaires restent élevés. La notification actuelle expire le 11 mai 2024.
Les contrôles ont lieu à des points de contrôle fixes aux points de passage frontaliers qui desservent le trafic international et régional et qui sont ouverts à tous les types de trafic. Les contrôles sont adaptés en fonction des tableaux de situation et des évaluations de la menace. L’incidence sur les flux transfrontaliers a été limitée à une congestion mineure aux heures de pointe.
Entre le 4 octobre 2023 et le 8 février 2024, 6 375 migrants en situation irrégulière et 88 passeurs ont été interceptés, et 40 refus d’entrée ont été prononcés à la frontière terrestre entre l’Autriche et la Hongrie. Au cours de la même période, 909 migrants en situation irrégulière et 58 passeurs ont été interceptés et 105 refus d’entrée ont été prononcés à la frontière terrestre entre l’Autriche et la Slovénie.
Les autorités autrichiennes ont observé un changement dans le comportement des migrants appréhendés à la frontière, à la suite de l’arrêt de la CJUE rendu dans l’affaire C-143/22. Auparavant, les migrants en situation irrégulière qui se voyaient opposer un refus d’entrée à la frontière intérieure déposaient généralement une demande de protection internationale, vraisemblablement pour éviter d’être directement renvoyés dans des États membres voisins et pour avoir accès au territoire autrichien. Depuis cet arrêt, les retours directs de migrants en situation irrégulière n’ont été effectués que dans des cas limités.
• Coopération
Coopération entre l’Autriche et la Hongrie
Depuis 2021, les autorités de police hongroises et autrichiennes coopèrent étroitement dans le cadre des opérations prioritaires menées sur le territoire hongrois à proximité de la frontière autrichienne. Les polices autrichienne et hongroise effectuent des patrouilles communes sur la base de l’accord de coopération de 2023 conclu entre la direction générale de la police nationale hongroise et la direction générale de la sécurité publique du ministère autrichien de l’intérieur. Depuis octobre 2023, les unités de la direction de la police fédérale autrichienne FOX sont chargées de ces opérations.
En outre, les opérations des points focaux (patrouilles mixtes) ont été menées en moyenne 12 à 16 fois par mois, avec la participation de la police autrichienne sur le territoire hongrois à proximité de la frontière autrichienne. Depuis juin 2022, la police slovaque a également participé à ces opérations. Le centre de coopération policière et douanière (CCPD) hongrois de Hegyeshalom joue un rôle important dans l’organisation et la gestion des opérations des points focaux. Depuis décembre 2023, la situation opérationnelle aux frontières intérieures a permis de réduire la fréquence des opérations des points focaux et des opérations conjointes FOX.
Sur la base des informations fournies par les autorités autrichiennes, l’accord bilatéral de réadmission conclu en 1998 entre la Hongrie et l’Autriche a été effectivement suspendu et la Hongrie n’accepte aucune demande de réadmission. La Hongrie a déclaré qu’elle acceptait uniquement d’assumer ses obligations pour les migrants entrés pour la première fois dans l’espace Schengen par la Hongrie.
L’Autriche et l’Allemagne ont fait part de leur intention d’élargir l’accord trilatéral entre les ministères de l’intérieur de l’Allemagne et de l’Autriche et l’état-major de la police nationale hongroise sur un service commun de patrouille ferroviaire afin d’inclure également les liaisons internationales par autobus. L’accord est en cours de révision.
Coopération entre l’Autriche et la Slovénie
Depuis l’avis de la Slovénie du 25 avril 2023 fondé sur l’article 27, paragraphe 4, du code frontières Schengen, la situation à la frontière entre l’Autriche et la Slovénie constitue régulièrement un point de l’ordre du jour des réunions menées au niveau politique, le plus récemment lors d’une réunion bilatérale informelle organisée au niveau ministériel le 23 janvier 2024 à Schladming.
À la suite du renforcement du dialogue entre l’Autriche et la Slovénie, les autorités policières des deux États membres ont intensifié leurs activités conjointes depuis mars 2023 sous la forme de patrouilles mixtes renforcées et d’activités de police ciblées et communes. Chaque mois, la police slovène mène 14 patrouilles communes avec la police autrichienne, dont cinq sur le territoire autrichien, près de la frontière slovène, et neuf sur le territoire slovène, près de la frontière autrichienne. Aucun franchissement irrégulier des frontières n’a été signalé lors des patrouilles communes en octobre 2023. La coopération opérationnelle au niveau local prend également la forme de contacts directs réguliers ainsi que d’échanges d’informations sur les mesures prises et sur les procédures présentant un intérêt opérationnel.
D’une manière générale, l’accord bilatéral de réadmission conclu en 1998 entre l’Autriche et la Slovénie fonctionne bien. Toutefois, l’Autriche a fait état de difficultés pratiques dans l’exécution du transfert à la frontière, puisqu’elle ne réadmet pas les personnes qui ont introduit une demande de protection internationale sur le territoire slovène, dans la mesure où ce cas de figure relèverait du règlement de Dublin. Entre le 4 octobre 2023 et le 8 février 2024, une seule réadmission en Slovénie a été enregistrée. Les autorités slovènes ont souligné la nécessité d’une adaptation dans l’application pratique des accords existants, à la suite de l’arrêt de la CJUE dans l’affaire C-143/22.
1.2 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Allemagne à la frontière terrestre avec l’Autriche
• Situation à la frontière
L’Allemagne a maintenu ses contrôles à la frontière terrestre avec l’Autriche, invoquant la pression migratoire et l’augmentation du trafic d’êtres humains, la pression sur le régime d’accueil des demandeurs d’asile, la situation dans les pays d’origine concernés et la situation en matière de sécurité, en particulier en raison des turbulences au Moyen-Orient. La notification actuelle expire le 11 mai 2024.
Entre le 16 octobre 2023 et le 31 décembre 2023, 23 078 personnes ont été contrôlées, 6 149 migrants en situation irrégulière ont été interceptés et 262 passeurs ont été appréhendés. En outre, 2 517 refus d’entrée ont été prononcés.
Les contrôles, en partie statiques et en partie mobiles, se concentrent sur les autoroutes transfrontalières et les liaisons ferroviaires internationales. Ils sont réalisés de manière ciblée, sur la base d’un concept de déploiement flexible, avec une intensité variable, en tenant compte des flux de trafic transfrontaliers. Si nécessaire, l’infrastructure routière côté allemand a été adaptée, ce qui a permis d’ouvrir des voies de contrôle supplémentaires. Néanmoins, des cas de congestion de la circulation ont été signalés sur l’autoroute de Walserberg (A1/BAB8) et sur l’autoroute de Kiefersfelden (A12/A93), en particulier le week-end. Selon les autorités autrichiennes, les contrôles aux frontières sur l’autoroute de Kiefersfelden sont continus depuis 2017. Selon elles, le mauvais choix des endroits où sont effectués les contrôles sur l’autoroute de Kiefersfelden a entraîné des embouteillages par le passé, mais ce problème a été résolu.
• Coopération entre l’Allemagne et l’Autriche
D’une manière générale, la coopération policière entre l’Autriche et l’Allemagne continue de bien fonctionner. Des échanges réguliers sont organisés au niveau ministériel (toutes les quatre semaines) entre le ministère fédéral allemand de l’intérieur et du territoire, le ministère autrichien de l’intérieur et les Länder de Bavière et de Bade-Wurtemberg; les autorités suisses et la police fédérale allemande participent également à ces échanges.
En outre, la police fédérale allemande de Munich et les directions de la police provinciale autrichienne (Tyrol, Haute-Autriche, Salzbourg et Vorarlberg) tiennent des réunions mensuelles pour évaluer la situation à la frontière, en mettant l’accent sur le trafic et la traite d’êtres humains, le vol de véhicules, le trafic de drogue et d’autres nouveaux phénomènes. Il existe également un échange fréquent d’informations sur la sécurité des documents et la fraude. Les autorités allemandes ont souligné que les services d’inspection de la police fédérale de Passau, Rosenheim, Freilassing et Kempten sont en contact étroit avec les postes de police autrichiens voisins et coordonnent les procédures transfrontalières avec la participation étroite des états-majors de police compétents en Basse-Bavière, Haute-Bavière (sud) et Souabe (sud/ouest).
Conformément au traité bilatéral existant sur la coopération policière entre l’Allemagne et l’Autriche, des contrôles de police conjoints sont effectués sur une base ad hoc, ainsi que des échanges d’agents de police spécialement formés (par exemple, des enquêteurs spécialisés dans le trafic de véhicules et des conseillers en documents). Les patrouilles communes des forces de police allemandes et des directions de la police provinciale autrichienne continuent d’être organisées tous les mois dans la région frontalière Bavière-Tyrol. Il s’agit notamment de patrouilles de sécurité communes à bord des trains circulant entre l’Allemagne et l’Autriche et de patrouilles policières communes, tant sur le territoire autrichien que sur le territoire allemand, ciblant essentiellement la criminalité transfrontalière, y compris le trafic d’êtres humains.
En outre, l’Allemagne continue de participer à des patrouilles frontalières conjointes bilatérales et trilatérales avec l’Autriche, l’Italie et la Suisse sur la ligne ferroviaire entre Rosenheim et Bolzano et entre Bolzano et Rosenheim. Sur la base des données partagées par les autorités autrichiennes, environ 300 agents des services répressifs des quatre pays ont été déployés dans le cadre de ces patrouilles depuis octobre 2023.
L’accord bilatéral de réadmission conclu en 1997 entre l’Allemagne et l’Autriche établit une distinction entre les réadmissions formelles vers d’autres États membres, traitées de manière centralisée par l’intermédiaire de la direction générale de la police fédérale à la demande de l’autorité compétente en matière d’immigration et disposant d’un bureau central compétent dans l’autre État membre, et les réadmissions non formelles vers un autre État membre directement liées au franchissement irrégulier des frontières, décidées et effectuées au niveau régional entre les autorités de police respectives. Sur la base des données statistiques limitées dont disposent les autorités allemandes, au cours de la période allant du 1er octobre 2023 au 31 décembre 2023, six personnes ont été renvoyées en Autriche et sept en Allemagne dans le cadre de la procédure de réadmission formelle, tandis que 1 331 personnes ont été renvoyées en Autriche dans le cadre de la procédure de réadmission non formelle. Les autorités ont fait état de difficultés opérationnelles dans l’application de l’arrêt de la CJUE rendu dans l’affaire C-143/22 et d’un manque de coordination en ce qui concerne les retours directs de l’Allemagne vers l’Autriche. Selon les autorités autrichiennes, cette situation soulève de véritables problèmes de sécurité intérieure. Des échanges au niveau opérationnel et politique ont lieu entre les autorités autrichiennes et allemandes. La question est également examinée lors de réunions avec le coordinateur Schengen.
1.3 Contrôles aux frontières intérieures effectués par le Danemark à la frontière terrestre avec l’Allemagne et dans les ports depuis lesquels sont assurées des liaisons par transbordeur vers l’Allemagne
·Situation à la frontière
Le Danemark a maintenu ses contrôles aux frontières intérieures en invoquant une menace grave pour l’ordre public et la sécurité intérieure imputable aux terroristes, à la criminalité organisée et à l’espionnage des services de renseignement étrangers, ainsi qu’une augmentation de la migration irrégulière. Si les contrôles aux frontières peuvent s’étendre à toutes les frontières intérieures, à savoir les frontières terrestres, maritimes et aériennes, les tronçons et points de passage frontaliers spécifiques sont déterminés par la police nationale danoise. Dans la pratique, les contrôles se concentrent sur la frontière terrestre entre le Danemark et l’Allemagne ainsi que sur les ports danois depuis lesquels sont assurées des liaisons par transbordeur vers l’Allemagne. La notification actuelle expire le 11 mai 2024.
Entre le 11 février 2023 et le 18 août 2023, 168 armes au total ont été confisquées et 801 personnes se sont vu refuser l’entrée dans le cadre des contrôles aux frontières effectués par le Danemark à la frontière avec l’Allemagne.
Les contrôles aux frontières sont effectués sous la forme de contrôles par sondage dont l’intensité, le nombre et le lieu sont adaptés au volume attendu de voyageurs ainsi qu’à la situation en vigueur en matière de renseignement, aux conditions locales et à la structure du trafic aux différents points de passage frontaliers. Selon les autorités danoises, les contrôles aux frontières intérieures sont donc sensiblement différents des contrôles systématiques effectués par le Danemark à ses frontières extérieures. À ce titre, la police nationale danoise a constaté que les contrôles aux frontières intérieures effectués par le Danemark au cours de la période de notification précédente (mai à novembre 2023) n’avaient pas eu d’incidence négative particulière sur le franchissement de la frontière intérieure.
Le Danemark a également commencé à restructurer les efforts de police aux frontières afin de privilégier le recours à d’autres mesures dans les régions frontalières, notamment la surveillance intelligente des zones frontalières et le nombre de patrouilles policières et d’activités de lutte contre la criminalité, tout en réduisant l’intensité des contrôles aux frontières intérieures.
·Coopération
L’accord bilatéral de réadmission conclu en 1954 entre l’Allemagne et le Danemark établit une distinction entre les procédures formelles de réadmission et les procédures non formelles/accélérées directement liées au franchissement d’une frontière. Dans le cadre des procédures formelles de réadmission vers d’autres États membres, entre le 1er octobre et le 31 décembre 2023, le Danemark a procédé à une réadmission vers l’Allemagne et l’Allemagne a procédé à une réadmission vers le Danemark. Au cours de la même période, l’Allemagne a effectué 24 réadmissions non formelles/accélérées vers le Danemark.
1.4 Contrôles aux frontières intérieures de la France
La France a maintenu des contrôles aux frontières à toutes ses frontières intérieures en invoquant des menaces terroristes (islamistes et djihadistes), des menaces liées à la situation sécuritaire en Ukraine, en particulier les risques de trafic d’armes, ainsi que la situation sécuritaire au Moyen-Orient et au Sahel. La notification actuelle devrait expirer le 30 avril 2024.
Entre le 21 octobre 2023 et le 31 janvier 2024, l’Italie a signalé 6 228 refus d’entrée émis par la France à la frontière terrestre intérieure commune. En 2023, l’Espagne a indiqué que 7 653 refus d’entrée avaient été émis par la France à la frontière terrestre intérieure commune.
Les contrôles aux frontières sont effectués de manière non systématique par la police de la frontière française (police aux frontières, PAF) et l’intensité est adaptée en fonction du type de frontière (aérienne, maritime, terrestre) et de l’analyse des risques pertinente effectuée par les autorités locales compétentes. En outre, afin de garantir qu’ils restent proportionnés et correspondent au niveau réel des menaces, les contrôles sont fondés sur une évaluation des risques utilisant les outils mis au point par Frontex (CIRAM 2.0) et en tenant compte des informations et de l’expérience dont dispose la police. Selon les autorités françaises, l’adaptation souple des contrôles aux différents points de passage frontaliers leur permet de limiter l’incidence sur les mouvements transfrontaliers, y compris la congestion du trafic aux points de passage frontaliers.
Si les autorités espagnoles confirment que les contrôles aux frontières françaises sont effectués de manière flexible à certains points de passage frontaliers, la limitation temporaire des points de passage frontaliers ouverts et le caractère plus approfondi des contrôles, notamment au point de passage frontalier d’Irun Hendaye, ont entraîné des temps de trajet considérablement plus longs et des retards à la frontière. En mars 2024, la France a informé la Commission de sa décision de rouvrir tous les points de passage frontaliers à la frontière terrestre hispano-française, en vue de faciliter le franchissement de la frontière intérieure.
Les autorités belges, italiennes, luxembourgeoises et suisses ont également confirmé le caractère non systématique des contrôles aux frontières françaises et leur incidence limitée sur les mouvements transfrontaliers. En particulier, les autorités belges ont indiqué que les contrôles à la frontière franco-belge se caractérisent par des opérations ponctuelles mises en place pendant quelques heures et comprenant des modalités à la fois statiques et mobiles sur les grands axes routiers, avec un effet mineur sur les flux transfrontaliers. Les autorités belges sont informées de ces opérations par différents canaux (contact direct entre unités opérationnelles, CCPD, plateformes de concertation structurelle) et sont parfois invitées à mettre en place des «opérations miroirs» sur le territoire belge.
·Coopération
Tous les États membres voisins concernés par la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures par la France ont souligné le caractère durable de cette mesure. Toutefois, ils se sont déclarés globalement satisfaits du niveau de la coopération avec les autorités françaises, dont l’intensité et le type varient en fonction des risques identifiés sur chaque tronçon de frontière. Ainsi que l’ont indiqué les autorités françaises, la coopération est encore améliorée grâce au dialogue avec les États membres voisins, comme en témoigne le développement récent de nouvelles formes de coopération opérationnelle transfrontalière (notamment les brigades communes franco-italiennes et les patrouilles communes franco-allemandes). S’appuyant sur ces bonnes pratiques, la France a exprimé sa volonté de développer et d’intensifier des patrouilles communes franco-espagnoles et franco-suisses.
Coopération entre la France et l’Espagne
Les autorités espagnoles et françaises poursuivent les travaux au niveau technique en vue de conclure un accord de travail visant à établir les bases de la coopération transfrontalière, y compris différentes modalités de collaboration. Les deux pays ont désigné des points de contact pour la sécurité publique et intérieure ainsi que pour les CCPD, lesquels sont fréquemment utilisés pour la communication bilatérale.
Au niveau opérationnel, les autorités espagnoles ont fait état d’une coopération intense au cours de la période 2022-2023. Au cours du premier semestre de 2023, 128 patrouilles ont été organisées aux frontières terrestres, 106 aux frontières aériennes et six aux frontières maritimes dans le cadre du CCPD. La brigade de réponse à l’immigration illégale (BRIC) opère à différents endroits le long de la frontière franco-espagnole, en convenant avec les fonctionnaires français du nombre de patrouilles. Elle effectue également des contrôles en coordination avec le personnel des municipalités espagnoles dans les gares ferroviaires, à bord des bus et sur les routes.
Dans le cadre du programme de patrouilles mixtes mis en place pendant la saison des vacances, 14 missions ont été effectuées, dans le cadre desquelles 34 policiers espagnols ont été déployés dans des villes françaises et 22 policiers français dans des villes espagnoles. La Guardia Civil met en place des patrouilles mixtes similaires, en particulier le long du «Camino de Santiago».
L’accord bilatéral de réadmission entre la France et l’Espagne date de 2002 («accord de Málaga») et s’accompagne d’un accord technique pour les transferts aériens datant du 25 mai 2013 («accord de Salamanque»). Sur la base des données partagées par les autorités espagnoles, en 2023, l’Espagne a demandé 868 réadmissions vers la France par voie terrestre et aucune par voie aérienne, tandis que la France a demandé 2 256 réadmissions vers l’Espagne par voie terrestre et 166 par voie aérienne.
Au cours de la période de référence, l’Espagne n’a pas observé de changement dans la pratique des autorités françaises à la frontière terrestre intérieure commune à la suite de l’arrêt de la CJUE rendu dans l’affaire C-143/22, ce qui signifie que les refus d’entrée étaient toujours accompagnés de retours directs sans requête aux fins de reprise en charge.
Coopération entre la France et la Belgique
Il existe une coopération étroite à trois niveaux: un comité stratégique (autorités administratives, autorités judiciaires, police et douanes), un groupe de travail opérationnel (GTO) et sept plateformes «locales» couvrant l’ensemble de la zone frontalière. La coopération au sein des deux CCPD établis de longue date – le CCPD bilatéral à Tournai (Belgique) et le CCPD quadrilatéral à Luxembourg (avec l’Allemagne et le Luxembourg) – est bien instaurée. Leur mission principale est de faciliter l’échange d’informations liées à la région frontalière telle que définie dans l’accord bilatéral franco-belge de coopération policière et douanière (traité de Tournai II). Le comité stratégique a récemment lancé une réflexion sur une éventuelle révision du traité afin d’améliorer encore le cadre juridique de la coopération transfrontalière.
La coopération entre la Belgique et la France consiste principalement en des «opérations miroirs» ou des task forces conjointes au niveau local, ainsi qu’en des patrouilles conjointes occasionnelles menées à l’initiative des unités dans la région frontalière. Toutefois, les autorités belges et françaises intensifient leurs efforts pour renforcer leur coopération transfrontalière. La police fédérale belge a notamment mis au point un cours de formation spécifique pour les opérations transfrontières. En outre, les polices belge, française et néerlandaise ont réalisé un projet de trois ans, financé par le Fonds pour la sécurité intérieure (FSI), afin d’envisager et de promouvoir des solutions alternatives aux contrôles systématiques aux frontières intérieures. La volonté d’améliorer l’échange d’informations dans la région frontalière est toutefois entravée par des raisons d’ordre technique et juridique ou par des motifs de sécurité.
Coopération entre la France et l’Italie
Les autorités italiennes ont fait état d’une communication bilatérale stable à tous les niveaux avec les autorités françaises. Plus récemment, en octobre 2023, les autorités françaises et italiennes ont entamé des discussions sur la création d’une unité de renseignement opérationnel (URO) à la frontière de Vintimille, aux fins de l’échange d’informations et de la liaison d’enquête dans le cadre de la lutte contre le trafic de migrants vers la France.
Sur la base des données fournies par l’Italie, pour la période allant du 23 octobre 2023 au 4 février 2024, 10 patrouilles communes ont été menées par la police des frontières du côté italien de la zone frontalière franco-italienne, ce qui a permis de contrôler 68 personnes et 12 véhicules, tandis qu’aucune personne n’a été arrêtée ou signalée. Au cours de la même période, la brigade mixte franco-italienne a effectué 240 patrouilles, ayant donné lieu au contrôle de 1 894 personnes et de 656 véhicules ainsi qu’à l’arrestation de 11 personnes.
L’accord bilatéral de réadmission franco-italien de 1997 («accord de Chambéry») prévoit des réadmissions bilatérales entre les deux États membres en ce qui concerne les ressortissants de pays tiers en situation irrégulière appréhendés dans des zones transfrontalières. Dans ce cadre, au cours de la période allant du 21 octobre 2023 au 31 janvier 2024, l’Italie a effectué 205 réadmissions vers la France et la France a effectué 51 réadmissions vers l’Italie. Les autorités italiennes évaluent actuellement l’incidence de l’arrêt de la CJUE dans l’affaire C-143/22 afin de mettre en œuvre les ajustements correspondants.
Coopération entre la France et le Luxembourg
Bien qu’aucune évaluation conjointe des risques n’ait été réalisée, des consultations entre les autorités françaises et luxembourgeoises ont eu lieu avant la décision de la France de réintroduire les contrôles aux frontières intérieures.
Comme l’a indiqué le Luxembourg, la coopération transfrontalière entre le Luxembourg et la France repose principalement sur des contrôles et des patrouilles communs, ainsi que sur des poursuites et des observations (opérations de surveillance) transfrontalières. Pour compléter ces opérations, la France et le Luxembourg ont signé en 2021 un «plan d’alerte frontière» visant à améliorer la coordination entre leurs forces de sécurité en cas d’événements de haute intensité. Les patrouilles menées en vertu de cet accord ont débuté le 1er mars 2024. En outre, le 25 janvier 2024, la France et le Luxembourg ont signé des arrangements administratifs relatifs à la mise en œuvre de patrouilles mixtes, respectivement sur les axes routiers et transfrontaliers et sur les liaisons ferroviaires transfrontalières, qui ont donné lieu à la mise en place de points de contact bilatéraux.
Coopération entre la France et la Suisse
Comme l’ont indiqué les autorités suisses, la Suisse n’a pas été consultée avant ou après la décision de la France de réintroduire des contrôles aux frontières intérieures et aucune évaluation conjointe des risques n’a été réalisée.
Néanmoins, la coopération entre les autorités françaises et suisses reste bien établie dans le cadre de l’accord de coopération policière existant et du plan d’action d’octobre 2022. En outre, la France et la Suisse prennent part à des patrouilles trilatérales conjointes avec l’Allemagne dans la région de Bâle depuis mars 2023. Le bureau commun de liaison de la police des frontières de Bâle et TriNat Süd constituent un forum d’échange régulier entre l’Allemagne, la France et la Suisse à différents niveaux administratifs.
1.5 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Suède (en particulier à la frontière terrestre avec le Danemark)
·Situation à la frontière
La Suède a maintenu des contrôles à toutes ses frontières intérieures, invoquant une menace grave pour l’ordre public et la sécurité nationale liée à une menace terroriste (islamiste). La notification actuelle devrait expirer le 11 mai 2024.
La Suède a effectué des contrôles à tous les types de frontières (terrestres, maritimes et aériennes), mais le lieu exact et l’intensité des contrôles sont déterminés par l’autorité de police, sur la base des renseignements disponibles. Dans la pratique, les contrôles sont principalement effectués au pont de l’Öresund à la frontière avec le Danemark, ainsi que dans certains ports de la région méridionale de la Suède depuis lesquels sont assurées des liaisons par transbordeur avec les États Schengen, et reposent sur l’accès à des informations préalables sur les passagers.
Depuis octobre 2023, 34 737 personnes ont été contrôlées aux frontières aériennes et 127 977 personnes aux frontières terrestres et maritimes, tandis que 279 personnes se sont vu refuser l’entrée et 6 ont été appréhendées dans le cadre du trafic d’êtres humains. À toutes les frontières, l’autorité de police suédoise continue de travailler autant que possible sur la base du renseignement et de l’évaluation des risques, afin de garantir que les contrôles restent efficaces et proportionnés et d’atténuer leur incidence sur les flux transfrontaliers.
Les vérifications aux frontières, principalement sur le pont reliant la Suède au Danemark au-dessus du détroit d’Öresund, et à proximité de celui-ci, à la gare de Hyllie à Malmö et à la gare de péage de Lernacken, sont effectuées à des endroits fixes, normalement dans le cadre de contrôles par sondage. Leur fréquence et leur intensité dépendent des flux de trafic ainsi que des renseignements et des ressources disponibles. L’incidence des contrôles a été limitée en les effectuant à la gare de péage. Sur le pont de l’Öresund et dans les ports de transbordeurs, seul un nombre limité de véhicules est soumis à des vérifications aux frontières. De même, l’incidence sur le système ferroviaire a été réduite au minimum en procédant à des adaptations mineures des horaires des trains et en contrôlant les voyageurs au premier arrêt prévu sur le territoire suédois. En conséquence, les trains entre le Danemark et la Suède n’ont affiché pratiquement aucun retard en raison de la réintroduction des contrôles aux frontières. Pour ce motif et compte tenu du fait que les délais d’attente pour les passagers sont réduits au minimum, les autorités suédoises ont expliqué que l’accord conclu entre la Suède et le Danemark autorisant les contrôles à bord des trains circulant au-dessus du pont de l’Öresund n’avait pas été mis en application.
Les contrôles dans les aéroports (notamment Stockholm Arlanda et Västerås) sont fondés uniquement sur le renseignement et effectués uniquement sous la forme de contrôles mobiles.
• Coopération entre la Suède et le Danemark
Le dialogue entre la Suède et le Danemark se poursuit à tous les niveaux, entre les autorités respectives des deux pays, entre les ministères et au niveau politique. La Suède a indiqué que la police et les autorités douanières suédoises sont en contact quotidien avec leurs homologues danois. En outre, la Suède s’est déclarée satisfaite de l’application des différents accords conclus avec le Danemark dans le cadre de la répression transfrontalière, dans la mesure où ils fonctionnent très bien et permettent une coopération fructueuse dans la lutte contre la criminalité transfrontalière et la violence en bande organisée. Cette coopération englobe le partage de renseignements ainsi que la coopération opérationnelle et le soutien pour toutes les formes de criminalité, y compris le trafic de migrants.
L’autorité de police suédoise met en œuvre la nouvelle législation suédoise permettant des contrôles de police dans les zones frontalières depuis son entrée en vigueur le 1er août 2023 et élabore des méthodes et des stratégies qui ont jusqu’à présent donné de bons résultats. Les autorités suédoises estiment toutefois qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions solides des expériences et des résultats obtenus et qu’il convient de procéder auparavant à une évaluation en bonne et due forme.
1.6 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Norvège dans les ports depuis lesquels sont assurées des liaisons par transbordeur vers l’espace Schengen
·Situation à la frontière
La Norvège a maintenu des contrôles aux frontières en invoquant la menace qui pèse sur les infrastructures critiques à terre et en mer, ainsi que la menace que représentent les services de renseignement étrangers. Les contrôles sont limités aux ports depuis lesquels sont assurées des liaisons par transbordeur vers l’espace Schengen, à savoir le Danemark, l’Allemagne et la Suède. La notification actuelle devrait expirer le 11 mai 2024.
Les contrôles sont ciblés, non systématiques et fondés sur une évaluation des risques et la vérification des listes de passagers. Sur la base des données fournies par la Norvège, en 2023, sur 2 765 000 passagers, 34 257 ont fait l’objet d’un contrôle physique, 31 ont été refusés à l’embarquement au lieu de départ, 78 ont été refusés à l’entrée et 25 ont été appréhendés. Dans l’ensemble, l’effet déclaré de ces contrôles sur les flux de passagers est négligeable.
Comme l’ont expliqué les autorités norvégiennes, conformément au droit norvégien, les autorités ne peuvent exiger des transbordeurs qu’ils transmettent les listes de passagers à la police qu’en cas de réintroduction formelle des contrôles aux frontières intérieures. Le ministère de la justice et de la sécurité publique examine actuellement s’il est possible d’établir un nouveau cadre juridique national qui permettrait la collecte d’informations sur les passagers maritimes, sur la base d’une première évaluation de la direction de la police norvégienne, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures.
·Coopération
Tous les pays nordiques participent à la coopération des polices nordiques. Des informations opérationnelles sont partagées au sein du sous-groupe «tableau de situation nordique». La coopération est très étroite, en particulier dans les régions frontalières. Un poste de police commun à la frontière entre la Norvège et la Suède est en construction et devrait être opérationnel en 2025. Des informations sur le trafic de migrants sont partagées avec d’autres pays nordiques tandis qu’Europol et la Norvège participent à la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT) d’Europol. La Norvège échange des informations sur la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures avec les États Schengen voisins et les mesures prises par les États Schengen sont prises en considération lors de l’évaluation de la situation relative à la sécurité nationale. La coopération en matière de retour a lieu au niveau européen et avec Frontex.
Depuis 2013, la Norvège a mis en place une plateforme en ligne, SafeSeaNet Norway, qui facilite la mise en œuvre des obligations de déclaration des opérateurs de transport maritime souhaitant entrer dans un port situé sur le territoire norvégien ou quitter un tel port. À cet égard, les autorités norvégiennes ont manifesté leur intérêt pour ce qui est de contribuer à l’étude de la Commission sur la faisabilité d’une harmonisation au niveau de l’UE des obligations de déclaration incombant aux opérateurs maritimes à des fins répressives.
2. Contrôles aux frontières intérieures introduits depuis octobre 2023
2.1 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Autriche à la frontière terrestre avec la Tchéquie
·Situation à la frontière
Le 18 octobre 2023, l’Autriche a notifié pour la première fois la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Tchéquie en raison de la persistance d’une forte pression migratoire, de la migration secondaire et du trafic de migrants le long de la route des Balkans occidentaux, ainsi que du risque pour la sécurité découlant de l’entrée de terroristes par les itinéraires empruntés par les passeurs et accentué par les turbulences au Moyen-Orient. La notification actuelle devrait expirer le 16 avril 2024.
Les autorités autrichiennes ont présenté une liste de 59 points de passage frontaliers désignés en vertu de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen à la frontière avec la Tchéquie.
Les contrôles ont lieu à des points de passage frontaliers qui desservent le trafic international et régional et qui sont ouverts à tous les types de trafic. Les contrôles effectués par les autorités autrichiennes à la frontière tchèque ont été aléatoires et effectués par des patrouilles mobiles. Une congestion occasionnelle a été signalée à l’entrée en Autriche, principalement aux points de passage frontaliers de Kleinhaugsdorf et Drasenhofen.
Entre le 4 octobre 2023 et le 8 février 2024, 1 471 migrants en situation irrégulière et un passeur ont été interceptés à la frontière entre l’Autriche et la Tchéquie. Quatre refus d’entrée ont été prononcés et une personne a été réadmise au titre de l’accord bilatéral de réadmission conclu en 2004 entre l’Autriche et la Tchéquie.
·Coopération entre l’Autriche et la Tchéquie
La coopération entre l’Autriche et la Tchéquie se déroule tant au niveau ministériel qu’au niveau opérationnel. La Tchéquie participe à l’organisation de réunions trimestrielles à Vienne. Au niveau régional, des contacts réguliers ont lieu entre les pays de Visegrad+. En outre, tant la Tchéquie que l’Autriche participent au Forum de Salzbourg.
Huit patrouilles communes de la police de sécurité (deux par district frontalier) et une patrouille commune de la police de la circulation sont organisées sur une base mensuelle. Elles sont menées par des policiers en uniforme ou en civil et de manière alternée entre la Tchéquie et l’Autriche. La coopération, bien établie et fréquente, s’est également poursuivie pendant la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, lorsque la pression migratoire n’était pas de nature à accroître l’intensité de la coopération entre l’Autriche et la Tchéquie.
2.2 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Autriche à la frontière terrestre avec la Slovaquie
·Situation à la frontière
Le 4 octobre 2023, l’Autriche a réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Slovaquie en raison d’une pression migratoire accrue et des mouvements secondaires connexes. La notification actuelle devrait expirer le 2 avril 2024. Dans sa décision de réintroduire des contrôles aux frontières intérieures, l’Autriche a tenu compte de l’incidence que la réintroduction, par la Pologne et la Tchéquie, de contrôles aux frontières avec la Slovaquie aurait pu avoir sur les routes migratoires et leur éventuel déplacement vers l’axe Hongrie-Autriche.
L’Autriche a présenté une liste de 11 points de passage frontaliers avec la Slovaquie, désignés en vertu de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen. Les contrôles ont généralement pris la forme de contrôles par sondage et l’effet sur les déplacements transfrontaliers a été négligeable.
Entre le 4 octobre 2023 et le 8 février 2024, 303 migrants en situation irrégulière et 11 passeurs ont été interceptés, et dix refus d’entrée ont été prononcés à la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie.
·Coopération entre l’Autriche et la Slovaquie
L’accord de coopération policière conclu en 2005 entre l’Autriche et la Slovaquie autorise les opérations de transit sur leurs territoires respectifs après notification. Les autorités autrichiennes et slovaques collaborent sur des sites communs de coopération policière et douanière. Au niveau régional, des contacts réguliers ont lieu entre les pays de Visegrad+. En outre, la Slovaquie et l’Autriche participent au Forum de Salzbourg.
La mise en œuvre effective de l’accord bilatéral de réadmission entre l’Autriche et la Slovaquie de 2012 a souffert d’interprétations divergentes. Bien que des réunions régulières d’experts continuent d’être organisées, elles n’ont jusqu’à présent pas permis de résoudre ces divergences. À la suite de l’arrêt rendu par la CJUE dans l’affaire C-143/22, les autorités autrichiennes ont indiqué que les autorités slovaques avaient refusé des demandes de réadmission au motif que l’entrée par la Slovaquie n’était pas suffisamment démontrée. À titre d’exemple, en novembre et décembre 2023, les autorités slovaques ont refusé la réadmission de dix migrants en situation irrégulière en provenance d’Autriche.
2.3 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Allemagne à la frontière terrestre avec la Pologne
·Situation à la frontière
Le 16 octobre 2023, les autorités allemandes ont tout d’abord réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Pologne en raison de l’augmentation de la migration irrégulière le long de la route de la Méditerranée orientale et de la route des Balkans, laquelle a entraîné une augmentation du trafic de migrants. La réintroduction a été renouvelée compte tenu, d’une part, de la pression continue sur la capacité d’accueil des demandeurs d’asile et des préoccupations liées au trafic d’êtres humains et, d’autre part, de la détérioration de la situation sécuritaire provoquée par les turbulences au Moyen-Orient. La réintroduction actuelle devrait expirer le 15 juin 2024.
L’Allemagne n’a pas présenté de liste des points de passage frontaliers désignés en vertu de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen, la frontière pouvant donc être franchie en tout point. La Pologne a indiqué que cela avait entraîné un déplacement des itinéraires empruntés par les passeurs de la route principale vers des points de passage plus petits. La police fédérale allemande tient compte des éventuels mouvements de fuite des passeurs criminels dans le cadre de ses missions.
Entre le 16 octobre 2023 et le 31 décembre 2023, 141 697 personnes ont été contrôlées, 4 249 franchissements irréguliers des frontières ont été signalés, 52 passeurs ont été appréhendés et 1 686 refus d’entrée ont été prononcés à la frontière entre l’Allemagne et la Pologne.
Les contrôles sont fondés sur l’évaluation des risques ainsi que sur les informations et l’expérience que possède la police. Ils sont flexibles en ce qui concerne le moment, le lieu et le personnel, et leur intensité varie en fonction de l’emplacement et de la nécessité d’atténuer les effets sur les flux transfrontaliers. La police allemande peut utiliser des «voies de traitement» en période d’augmentation de la migration irrégulière afin de garantir la fluidité du trafic. Des mesures de police intensifiées dans les zones frontalières (appelées «Schleierfahndung») complètent les contrôles aux frontières.
Les autorités polonaises ont signalé des inconvénients pour les mouvements transfrontaliers, en particulier ceux des habitants de villes jumelées situées à la frontière germano-polonaise, qui ont entraîné des critiques dans l’opinion publique. L’Allemagne souligne que la police fédérale allemande s’efforce d’éviter ou de réduire autant que possible les perturbations du trafic transfrontalier.
·Coopération entre l’Allemagne et la Pologne
Début octobre 2023, avant la décision de réintroduire les contrôles aux frontières intérieures, les autorités allemandes ont intensifié leur coopération policière transfrontalière avec la Pologne et la Tchéquie afin de remédier aux difficultés recensées par la prise de mesures autres que les contrôles aux frontières intérieures. Bien que ces mesures n’aient finalement pas empêché la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, elles ont permis de mettre en place de nouveaux canaux et pratiques de coopération. Par exemple, un groupe de travail consacré au dialogue stratégique sur la coopération bilatérale entre les autorités de contrôle aux frontières allemandes et polonaises a été rétabli.
La réintroduction des contrôles aux frontières intérieures s’accompagne d’une coopération policière transfrontalière intensive entre l’Allemagne, la Pologne et la Tchéquie. Le nombre de patrouilles communes dans la zone frontalière germano-polonaise a augmenté, sur la base d’un accord de coopération bilatéral relatif aux opérations conjointes, dans le cadre duquel la police fédérale allemande et les gardes-frontières polonais ciblent le trafic d’êtres humains et les entrées non autorisées. Il existe également trois postes de police mixtes germano-polonais à Ludwigsdorf, Świecko et Pomellen. Pour résoudre le problème du trafic de migrants, l’Allemagne, la Pologne et la Tchéquie ont mis en place un groupe de travail spécifique sous l’égide de l’EMPACT.
Des patrouilles de police communes ont lieu de part et d’autre de la frontière sur toute la longueur du tronçon commun de la frontière. En 2023, 307 patrouilles ont été organisées (232 du côté polonais et 75 du côté allemand). Le moment et le lieu des patrouilles sont déterminés sur la base de l’analyse des risques et des informations opérationnelles en vigueur. Les activités conjointes, associées à une coopération étroite entre les États membres le long de la route migratoire, se sont traduites par une diminution de la migration irrégulière depuis novembre 2023, ce qui a incité les deux pays à augmenter le nombre de patrouilles communes. L’Allemagne a également proposé d’effectuer des patrouilles trilatérales entre l’Allemagne, la Pologne et la Tchéquie.
La Pologne et l’Allemagne ont conclu un accord bilatéral de réadmission. Actuellement, l’Allemagne et la Pologne sont en train de mettre à jour les formulaires pour les demandes et pour les décisions relatives aux demandes de réadmission au titre de l’accord. Sur la base des données statistiques limitées dont disposent les autorités des États membres, entre le 1er octobre 2023 et le 31 décembre 2023, 72 personnes ont été renvoyées en Pologne et cinq en Allemagne dans le cadre de la procédure formelle de réadmission, tandis que 122 personnes ont été renvoyées en Pologne dans le cadre de la procédure de réadmission non formelle.
2.4 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Allemagne à la frontière terrestre avec la Tchéquie
·Situation à la frontière
Dans la même notification de réintroduction des contrôles aux frontières intérieures à la frontière avec la Pologne du 16 octobre 2023, l’Allemagne a également annoncé réintroduire des contrôles aux frontières intérieures à la frontière avec la Tchéquie pour les mêmes motifs (notamment l’augmentation de la migration irrégulière le long de la route de la Méditerranée orientale et de la route des Balkans, qui a entraîné une augmentation du trafic de migrants). La réintroduction actuelle devrait expirer le 15 juin 2024.
Les contrôles sont effectués de manière flexible et sur la base d’une évaluation des risques, de l’expérience et des informations disponibles. L’incidence sur les flux de trafic a été limitée.
Entre le 16 octobre 2023 et le 31 décembre 2023, 310 718 personnes ont été contrôlées, 3 265 franchissements irréguliers des frontières ont été signalés, 84 passeurs ont été appréhendés et 521 refus d’entrée ont été prononcés à la frontière entre l’Allemagne et la Tchéquie.
·Coopération entre l’Allemagne et la Tchéquie
Les contacts bilatéraux entre l’Allemagne et la Tchéquie sont bien établis et fréquents, tant au niveau ministériel qu’au niveau opérationnel. La réintroduction des contrôles aux frontières intérieures s’accompagne d’une coopération policière transfrontalière intensive avec la Pologne et la Tchéquie.
Les autorités allemandes et tchèques ont également renforcé les patrouilles communes sur la base de l’accord de coopération bilatéral germano-tchèque relatif aux opérations conjointes, en vertu duquel la police fédérale et la police tchèque ciblent ensemble le trafic d’êtres humains et les entrées non autorisées. Un centre de service commun a été créé à Hrádek nad Nisou, où les services répressifs allemands et tchèques sont représentés. La participation de la Pologne est en cours de discussion. Dans la région de Bohême du Sud, les autorités allemandes et tchèques effectuent environ 50 patrouilles communes par an (3 à 5 patrouilles par mois), à la fois à des emplacements fixes et sous la forme de «recherches Schengen».
En outre, les autorités allemandes et tchèques effectuent environ 72 patrouilles communes dans la région de Pilsen (5 à 6 patrouilles par mois), 5 à 6 patrouilles communes dans la région d’Ústí nad Labem et 3 à 5 patrouilles communes dans la région de Karlovy Vary, chargées d’effectuer principalement des contrôles liés à l’immigration, mais aussi des tâches liées à l’application de la sécurité routière et à l’ordre public.
L’accord bilatéral de réadmission germano-tchèque établit une distinction entre la procédure de réadmission formelle et la procédure de réadmission informelle. Sur la base des données statistiques limitées dont disposent les autorités allemandes, entre le 1er octobre 2023 et le 31 décembre 2023, trois personnes ont été renvoyées en Tchéquie dans le cadre de la procédure de réadmission formelle; 170 personnes ont été renvoyées en Tchéquie dans le cadre de la procédure de réadmission informelle.
2.5 Contrôles aux frontières intérieures effectués par l’Allemagne à la frontière terrestre avec la Suisse
·Situation à la frontière
Dans la même notification de réintroduction des contrôles aux frontières intérieures avec la Pologne et la Tchéquie du 16 octobre 2023, l’Allemagne a également annoncé réintroduire des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Suisse pour les mêmes motifs (notamment l’augmentation de la migration irrégulière le long de la route de la Méditerranée orientale et de la route des Balkans, qui a entraîné une augmentation du trafic de migrants). La réintroduction actuelle devrait expirer le 15 juin 2024.
Avant la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, début octobre 2023, l’Allemagne avait déjà intensifié ses contrôles dans la zone frontalière avec la Suisse. Avec la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, ces activités se sont intensifiées, notamment aux points de passage frontaliers et à bord des trains internationaux.
Jusqu’à présent, des encombrements occasionnels ont été observés à la frontière, mais, selon les autorités suisses, cette situation ne peut être entièrement imputée à la réintroduction des contrôles, étant donné qu’il s’agit généralement d’une région très fréquentée avec un trafic transfrontalier important. La police fédérale allemande s’efforce d’éviter ou de réduire autant que possible les perturbations du trafic transfrontalier.
Entre le 16 octobre 2023 et le 31 décembre 2023, 6 463 personnes ont été contrôlées, 5 222 franchissements irréguliers des frontières ont été signalés, 42 passeurs ont été appréhendés et 4 043 refus d’entrée ont été prononcés à la frontière terrestre entre l’Allemagne et la Suisse.
·Coopération entre l’Allemagne et la Suisse
Comme l’ont indiqué les autorités suisses, la Suisse n’a pas été consultée sur la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures ou sur les renouvellements ultérieurs, et aucune évaluation conjointe des risques n’a été réalisée. Les autorités allemandes soulignent que des informations préalables ont été fournies. Néanmoins, les contacts à tous les niveaux sont fréquents. Des réunions bilatérales régulières ont eu lieu dans le cadre du plan d’action de 2022 entre l’Allemagne et la Suisse. De l’avis des autorités suisses, la relance du plan d’action pourrait permettre d’avancer vers une levée des contrôles aux frontières intérieures.
À la frontière intérieure germano-suisse, la police fédérale allemande opère également sur le territoire suisse, en étroite coopération avec les autorités suisses, dans le cadre d’un accord bilatéral sur le traitement conjoint et parallèlement aux «accords de zone» applicables, ce qui permet aux autorités allemandes de détecter et de prévenir les entrées irrégulières déjà sur le territoire suisse.
C’est en particulier dans la région de Bâle que la police fédérale allemande et l’Office fédéral suisse de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) collaborent étroitement. Les patrouilles mixtes des groupes de services opérationnels conjoints (oD) existants de Bâle et du lac de Constance sont déployées quotidiennement. Depuis mars 2023, il existe également dans la région de Bâle des patrouilles trilatérales, coordonnées entre l’Allemagne, la France et la Suisse. Des informations sont échangées entre les autorités par l’intermédiaire de TriNat Süd et du bureau commun de liaison de la police des frontières de Bâle. Un accord de coopération policière renforcé, conclu entre l’Allemagne et la Suisse en 2022, permet également des opérations de police transfrontalières, y compris des patrouilles communes et des brigades mixtes.
L’accord bilatéral de réadmission germano-suisse établit une distinction entre la procédure de réadmission formelle et la procédure de réadmission non formelle. Sur la base des données statistiques limitées dont disposent les autorités des États membres, entre le 1er octobre 2023 et le 31 décembre 2023, une personne a été renvoyée en Suisse et 22 personnes ont été renvoyées en Allemagne dans le cadre de la procédure de réadmission formelle, tandis qu’une personne a été renvoyée en Suisse dans le cadre de la procédure de réadmission non formelle.
La Suisse a soulevé la question de la pratique allemande consistant à prononcer des refus d’entrée à la suite de l’arrêt de la CJUE dans l’affaire C-143/22, mais cela n’a pas abouti à l’adoption d’une approche commune. Les autorités allemandes ont informé la Commission que la question sera bientôt abordée de manière bilatérale au niveau ministériel.
À la frontière intérieure entre la Suisse et l’Allemagne, la police fédérale allemande opère également sur le territoire suisse, en étroite coopération avec les autorités suisses, dans le cadre d’un accord bilatéral sur le traitement conjoint et parallèlement aux «accords de zone» applicables, ce qui permet aux autorités allemandes de détecter et de prévenir les entrées irrégulières déjà sur le territoire suisse. Dans ce contexte, une approche pragmatique est adoptée à la gare ferroviaire de Bâle sur le territoire suisse, où les migrants en situation irrégulière sont directement enregistrés et remis aux autorités suisses. Des garanties spécifiques sont mises en place pour les mineurs.
2.6 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Tchéquie à la frontière terrestre avec la Slovaquie
·Situation à la frontière
Le 4 octobre 2023, la Tchéquie a réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière avec la Slovaquie, invoquant non seulement une migration secondaire accrue mais aussi l’activité de groupes organisés de passeurs découlant de la détérioration de la situation migratoire et sécuritaire aux frontières extérieures de l’UE. Les autorités tchèques ont levé les contrôles aux frontières intérieures le 2 février 2024, à la suite de l’amélioration de la situation migratoire à la frontière entre la Tchéquie et la Slovaquie. Aucune liste de points de passage frontaliers autorisés n’a été présentée et le droit de franchir les frontières intérieures à tout moment et en tout lieu n’a pas été suspendu. Les contrôles aux frontières ont été effectués par la police tchèque au moyen d’une combinaison de contrôles ciblés et aléatoires, et de manière non systématique, à 27 anciens points de passage frontaliers et à certains points de la frontière verte. Entre le 4 octobre 2023 et le 2 février 2024, 875 914 personnes ont été contrôlées, 1 185 migrants en situation irrégulière ont été interceptés et 58 passeurs ont été appréhendés. Au total, 1 148 refus d’entrée ont été prononcés.
La fréquence et l’intensité des contrôles dépendaient du tableau de situation. Les contrôles ont été réalisés de manière souple et proportionnée afin de réduire au minimum les désagréments pour les voyageurs transfrontaliers. À ce titre, il a été tenu compte de la forte densité de population, des liens culturels transfrontaliers et du tourisme transfrontalier. Le nombre initial de 133 agents de police déployés a été ramené à 88 au début du mois de décembre 2023.
·Coopération entre la Tchéquie et la Slovaquie
Il existe des contacts fréquents au niveau politique et technique entre la Tchéquie et la Slovaquie, et les deux États membres ont conclu un accord de coopération policière qui comprend des dispositions relatives à la gestion des frontières. La réintroduction des contrôles aux frontières intérieures a donné lieu à de nouveaux modes de coopération, dont la mise en place de patrouilles communes sur le territoire slovaque. En outre, il a été décidé d’envisager un nouvel accord sur la coopération policière afin de rationaliser et de renforcer la coopération sur de nouvelles mesures. La coopération policière transfrontalière entre la Tchéquie et la Slovaquie a été facilitée par le CCPD à Hodonín-Holíč.
Les patrouilles communes entre la Tchéquie et la Slovaquie non seulement accomplissent des tâches liées à la gestion des frontières, mais elles constituent aussi un moyen de dissuasion important dans la lutte contre la criminalité transfrontalière. Compte tenu du relief montagneux, les patrouilles se concentrent sur les gares ferroviaires, les liaisons ferroviaires transfrontalières et les bretelles de raccordement. La fréquence des patrouilles communes varie selon les régions, avec 114 patrouilles communes (9 à 10 patrouilles par mois), dont 10 patrouilles sur les liaisons ferroviaires internationales effectuées dans la région de Zlín en 2023, et une patrouille commune par mois sur le territoire de chaque État membre dans la région de Moravie du Sud. Jusqu’au 12 décembre 2023, des patrouilles communes étaient organisées à bord des trains assurant des liaisons transfrontalières à haut risque à la gare de Čadca.
Une coopération a également été mise en place entre la police des frontières et la police des étrangers, l’unité nationale slovaque chargée de la lutte contre les migrations illégales, l’officier de liaison de la police allemande à Prague, et leurs homologues hongrois, principalement par l’intermédiaire de collègues slovaques. Elle consiste notamment en l’échange d’informations opérationnelles qui, plusieurs fois par mois, permet l’interception de passeurs.
La Tchéquie a conclu un accord de réadmission bilatéral spécifique avec la Slovaquie en vue de réadmissions à la frontière. Aucun problème particulier n’a été signalé concernant l’application de cet accord, bien que le nombre exact de réadmissions vers la Tchéquie communiquées par les autorités tchèques et slovaques varie entre 162 et 63.
2.7 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Slovaquie à la frontière terrestre avec la Hongrie
·Situation à la frontière
Le 5 octobre 2023, la Slovaquie a réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière avec la Hongrie, invoquant une pression migratoire accrue le long de la route des Balkans vers l’espace Schengen, ainsi qu’une grave menace pour la sécurité intérieure et l’ordre public. Selon les autorités slovaques, la pression accrue était due, en partie, à l’introduction de contrôles aux frontières intérieures à la frontière entre l’Autriche et la Hongrie ainsi qu’à l’augmentation des patrouilles communes dans cette zone frontalière.
Les autorités slovaques ont levé les contrôles aux frontières intérieures le 22 janvier 2024, à la suite de l’amélioration de la situation migratoire et de la coopération régionale efficace entre la Slovaquie, l’Autriche et la Serbie.
Les contrôles ont été effectués de manière flexible, sur la base d’analyses constantes des risques et du suivi du tableau de situation. Des contrôles systématiques (24 heures sur 24, 7 jours sur 7) n’ont été effectués que sur les grands axes routiers d’entrée ou à proximité de ces axes, tandis que les points de passage frontaliers plus petits et la frontière verte ont fait l’objet de vérifications non systématiques. Aucun effet négatif des contrôles sur les flux transfrontaliers n’a été relevé.
·Coopération entre la Slovaquie et la Hongrie
L’année 2023 a été marquée par une coopération transfrontalière renforcée entre la Hongrie et la Slovaquie, concrétisée par un plus grand nombre de patrouilles communes, des échanges quotidiens d’informations et des réunions bilatérales au niveau politique et opérationnel.
Le 31 août 2023, les chefs de police des deux États membres ont signé un accord modifiant les règles qui régissent les patrouilles communes le long de la frontière extérieure de l’espace Schengen, lequel permet aux policiers hongrois et slovaques d’effectuer des patrouilles communes sur l’ensemble du territoire hongrois. Depuis juin 2022, la police slovaque participe aux opérations des points focaux, avec son homologue autrichien. Il existe également trois CCPD communs entre l’Autriche et la Hongrie.
Selon les autorités slovaques, bien que l’étroite coopération n’ait pas empêché la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, les canaux de communication et de coopération établis ont permis d’effectuer les contrôles internes en étroite coordination avec les autorités hongroises et ont contribué à leur caractère temporaire.
Bien que la Hongrie qualifie d’adéquat l’accord bilatéral de réadmission en vigueur avec la Slovaquie et fasse état de 11 réadmissions de la Slovaquie vers la Hongrie, la Slovaquie estime que l’accord est inefficace et attire l’attention sur la position de la Hongrie selon laquelle celle-ci ne réadmettra que les personnes qui sont entrées pour la première fois de manière irrégulière sur le territoire Schengen par la Hongrie, ce qui impose aux autorités slovaques une charge de la preuve dont il est difficile de s’acquitter.
2.8 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Pologne à la frontière terrestre avec la Slovaquie
·Situation à la frontière
Le 4 octobre 2023, les autorités polonaises ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Slovaquie, invoquant une pression migratoire accrue le long de la route des Balkans vers l’espace Schengen. Les autorités polonaises ont levé les contrôles aux frontières intérieures le 2 mars 2024, à la suite de la réduction importante des franchissements irréguliers et de la décision de lever les contrôles, prise auparavant par la Slovaquie et la Tchéquie.
Les autorités polonaises ont présenté la liste des points de passage frontaliers à la frontière avec la Slovaquie, désignés au titre de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen, en indiquant 21 emplacements, dont trois connexions ferroviaires.
Les contrôles aux frontières ont été effectués de manière non systématique, sur la base d’analyses des risques ciblant uniquement le trafic entrant. Aucun encombrement du trafic en raison des contrôles n’a été signalé.
Entre le 4 octobre 2023 et le 11 février 2024, 1 516 378 personnes et 665 194 véhicules ont été contrôlés, 36 personnes ont été appréhendées et 53 refus d’entrée ont été prononcés. En outre, 559 franchissements de frontière non autorisés ont été enregistrés, tandis que 1 758 personnes ont été refoulées.
·Coopération entre la Pologne et la Slovaquie
Les services (de police et frontaliers) polonais et slovaques échangent régulièrement des informations, tant au niveau central que local, par l’intermédiaire des points de contact et des centres de coopération établis aux frontières intérieures. Les informations entre les CCPD aux frontières méridionales de la Pologne sont échangées dans le cadre du réseau de services télématiques transeuropéens sécurisés entre administrations (s-Testa). Une éventuelle transition vers l’application de réseau d’échange sécurisé d’informations (SIENA) sera coordonnée par les services de police.
Des patrouilles communes le long de l’ensemble de la frontière entre la Pologne et la Slovaquie sont effectuées sur la base d’un accord bilatéral entre la Pologne et la Slovaquie, sous la responsabilité des centres de coopération policière et douanière polonais et slovaque. Elles ont pour objectif de lutter contre la criminalité transfrontière, la migration irrégulière et le trafic d’êtres humains. En 2023, 74 patrouilles ont été organisées, dont 37 sur le territoire polonais et 37 sur le territoire slovaque. Le mode opératoire de ces patrouilles est déterminé sur la base des analyses de risque et des informations opérationnelles du CCPD et est confié à des agents formés de manière conjointe. La Pologne et la Slovaquie partagent deux CCPD.
Un accord bilatéral de réadmission entre la Pologne et la Slovaquie est en place depuis 1993, mais les informations relatives à sa mise en œuvre effective sont contradictoires. Alors que la Pologne indique que toutes les demandes de réadmission au cours de la période comprise entre le 1er octobre et le 31 janvier 2024 (147 au total) ont été rejetées par la Slovaquie en raison de l’absence de preuves de transit par son territoire, la Slovaquie indique un total de 150 réadmissions de la Pologne vers la Slovaquie. Cette question fait toujours l’objet de discussions et de négociations régulières, tant au niveau ministériel qu’au niveau opérationnel.
2.9 Réintroduction par l’Italie de contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Slovénie
·Situation à la frontière
Le 21 octobre 2023, les autorités italiennes ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieures à la frontière terrestre avec la Slovénie en raison d’une menace accrue de violence au sein de l’Union européenne, aggravée par la pression migratoire constante exercée par les voies maritime et terrestre. La notification actuelle devrait expirer le 18 juin 2024.
Les autorités italiennes ont présenté la liste des points de passage frontaliers à la frontière avec la Slovénie, désignés en vertu de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen, en indiquant les 57 points de contrôle (un point de trafic ferroviaire international, trois points de trafic autoroutier international et 53 points de trafic routier international).
Entre le 21 octobre 2023 et le 31 janvier 2024, 203 836 personnes et 120 279 véhicules ont été contrôlés à l’entrée. 1 885 ressortissants de pays tiers en situation irrégulière ont été détectés et 55 passeurs ont été arrêtés. 1 090 refus ont été prononcés.
Les réadmissions sont possibles sur la base d’un accord conclu entre la Slovénie et l’Italie depuis 1996, mais les autorités italiennes ont indiqué que le faible taux d’acceptation des réadmissions simplifiées par les autorités slovènes a contribué à la décision de réintroduire les contrôles aux frontières. À cet égard, les autorités slovènes ont précisé que la Slovénie réadmet toutes les personnes pour lesquelles les conditions de la réadmission simplifiée sont remplies conformément à l’accord bilatéral de réadmission conclu avec l’Italie.
Les autorités italiennes ont pris des mesures pour limiter les effets sur les flux transfrontaliers, en particulier pour les frontaliers. Les contrôles ont été ciblés et fondés sur des analyses de risque. Les contrôles fixes ont été limités aux principaux points de passage frontaliers (12 sur 57). Ils sont menés par la police des frontières italienne, avec le soutien d’autres services répressifs.
·Coopération entre l’Italie et la Slovénie
Au niveau central, un échange de données relatives à la migration a lieu deux fois par mois avec l’officier de liaison slovène en Italie. Au niveau local, des réunions et des échanges de nature plus informelle sont fréquents. La création d’une structure plus permanente pour l’échange d’informations est actuellement à l’étude, des réunions périodiques associant également la Croatie étant organisées en présentiel et à distance.
Les patrouilles communes visant à lutter contre les mouvements secondaires et les activités criminelles transfrontalières sont fondées sur le protocole de mise en œuvre de 2019 de l’accord de coopération policière de 2007. Après une suspension due à la pandémie, ces contrôles ont maintenant repris à la fois sur les liaisons routières et les liaisons ferroviaires.
Entre le 23 octobre 2023 et le 4 février 2024, la police des frontières italienne est intervenue lors de 29 contrôles, au cours desquels 108 personnes ont fait l’objet de vérifications. Chaque mois, en moyenne, 22 patrouilles communes sont effectuées par la police italienne et slovène: quatre sur le territoire italien et 18 sur le territoire slovène. Depuis la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures par l’Italie, 252 franchissements irréguliers des frontières ont été enregistrés par des patrouilles communes à la frontière entre la Slovénie et l’Italie.
La police italienne, les Carabinieri, la Guarda di Finanza et la police slovène coopèrent également avec la police fédérale autrichienne et allemande au sein du CCPD de Törl-Maglern. Depuis novembre 2023, de nouvelles initiatives visant à renforcer la coopération opérationnelle sont en cours d’élaboration dans le cadre trilatéral associant l’Italie, la Slovénie et la Croatie.
2.10 Contrôles aux frontières intérieures effectués par la Slovénie aux frontières terrestres avec la Croatie et la Hongrie
·Situation à la frontière
Le 21 octobre 2023, les autorités slovènes ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieures aux frontières terrestres avec la Croatie et la Hongrie en raison des menaces pour l’ordre public et la sécurité intérieure dans l’UE découlant de la situation au Moyen-Orient et en Ukraine, des récents attentats terroristes et du risque d’infiltration des flux migratoires par des terroristes, ainsi que de la criminalité organisée dans les Balkans occidentaux, dont le trafic d’êtres humains. La réintroduction actuelle devrait expirer le 21 juin 2024.
Les autorités slovènes ont présenté la liste des 33 points de passage frontaliers avec la Croatie et des 9 points de passage frontaliers avec la Hongrie, désignés en vertu de l’article 27, paragraphe 1, point c), du code frontières Schengen. Parallèlement à la mise en œuvre des contrôles aux points de passage frontaliers, les autorités slovènes ont indiqué que le régime de surveillance des frontières entre les points de passage frontaliers, qui avait été suspendu à la suite de l’application intégrale de l’acquis de Schengen à la Croatie, avait été rétabli, sous la forme de patrouilles mobiles et de divers moyens techniques (statiques et mobiles) de surveillance de la frontière nationale.
La Slovénie ne recueille pas de statistiques sur le nombre de personnes contrôlées, mais a indiqué qu’entre le 21 octobre 2023 et le 31 janvier 2024, environ 600 000 vérifications ont été effectuées dans le système d’information Schengen (SIS) dans le cadre des contrôles aux frontières terrestres. Au cours de la même période, 15 243 migrants en situation irrégulière et 252 passeurs ont été appréhendés dans le cadre de la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures de la Croatie et de la Hongrie. Entre le 19 octobre 2023 et le 21 décembre 2023, 9 851 franchissements de frontière non autorisés ont été relevés (59 411 pour l’ensemble de l’année 2023). La Croatie a néanmoins soulevé la question de savoir si les ressources affectées aux contrôles aux points de passage des frontières intérieures ne pourraient pas être mieux exploitées dans le cadre de la surveillance de la frontière verte.
À 13 points de passage frontaliers, correspondant aux principaux couloirs de circulation, la présence de la police a été continue (24 heures sur 24/7 jours sur 7) et des contrôles sélectifs ont été réalisés à des emplacements fixes. Dans ce cas, deux couloirs distincts, l’un pour les personnes bénéficiant du droit à la libre circulation et l’autre pour toutes les autres personnes, peuvent être utilisés occasionnellement pour assurer une meilleure fluidité du trafic. En outre, selon la catégorie, certains de ces points de passage frontaliers permettent le passage du trafic international de voyageurs et de marchandises, tandis que d’autres permettent le passage exclusif de personnes jouissant du droit à la libre circulation en vertu du droit de l’Union. À tous les autres points de passage frontaliers, des contrôles ont été effectués par des patrouilles mobiles, sous la forme de contrôles ciblés et sélectifs fondés sur des analyses de risque. Une attention particulière a été accordée aux mesures facilitant le trafic transfrontalier des populations frontalières.
La Croatie a fait état d’une congestion du trafic à deux points de passage frontaliers avec la Croatie, à savoir Macelj/Gruškovje et Bregana/Obrežje, ainsi que pendant les heures de pointe et les jours fériés. Afin d’améliorer la fluidité du trafic au passage frontalier de Macelj/Gruškovje, la police slovène a modifié l’emplacement du point de vente des vignettes routières, en le déplaçant du terminal de transport de passagers au terminal de fret. Les autorités slovènes ont enregistré 13 rapports sur les temps d’attente, à trois des points de passage frontaliers autorisés, avec un temps d’attente moyen d’environ 20 minutes entre 14h00 et 20h00. Selon la Slovénie, la principale cause de ces retards était le trafic important pendant la période de vacances. La Slovénie a indiqué que des effectifs et des lignes supplémentaires avaient été mis à disposition pour réduire les temps d’attente.
·Coopération
Il existe des contacts étroits entre la Slovénie et la Croatie, ainsi qu’entre la Slovénie et la Hongrie, tant au niveau politique qu’au niveau opérationnel. L’échange d’informations s’effectue par des canaux bien établis, tant au niveau bilatéral que dans le cadre d’initiatives régionales. La préparation de la première évaluation conjointe des risques liés à la migration irrégulière à la frontière commune entre la Croatie et la Slovénie est en cours. Aucune évaluation conjointe des risques n’a été réalisée avec la Hongrie avant le rétablissement des contrôles aux frontières intérieures.
Depuis la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, 68 patrouilles communes ont été déployées chaque mois entre la Slovénie et la Croatie: 41 sur le territoire croate et 27 sur le territoire slovène. Au cours de ces patrouilles communes, 144 franchissements irréguliers des frontières ont été enregistrés à la frontière entre la Slovénie et la Croatie. En moyenne, 25 patrouilles mixtes ont été menées chaque semaine dans les gares et les trains.
Quatre patrouilles communes sont organisées chaque mois par les autorités slovènes et la police hongroise: deux sur le territoire hongrois et deux sur le territoire slovène. Aucun franchissement irrégulier des frontières n’a été signalé lors des patrouilles communes à la frontière entre la Slovénie et la Hongrie. Au centre de coopération policière de Dolga Vas à la frontière entre la Slovénie et la Hongrie, les polices des frontières slovène et hongroise collaborent avec leurs homologues autrichiens et croates.
La Slovénie a conclu un accord bilatéral de réadmission avec la Croatie et la Hongrie, que toutes les parties jugent satisfaisant. Néanmoins, le nombre de réadmissions signalées est faible. La Slovénie a réadmis deux personnes en provenance de Hongrie en octobre et novembre 2023, mais aucune personne n’a été réadmise en Hongrie. La Croatie a accepté deux demandes de réadmission depuis octobre 2023. Elle n’a toutefois accepté aucune des 2 628 demandes de réadmission dans le cadre de la procédure informelle, étant donné que la Croatie ne réadmet pas les personnes qui ont déjà introduit une demande de protection internationale en Slovénie.
Le texte d’un nouvel accord bilatéral avec la Croatie sur la coopération policière a été examiné pour la première fois en 2018, mais il est toujours en cours de négociation au niveau politique. Dans le cadre de la facilitation des opérations de police transfrontalières, la Slovénie attend la déclaration croate conformément à l’article 41 de la convention d’application de l’accord de Schengen (CAAS) pour définir les modalités d’exercice de la poursuite sur le territoire croate.
Depuis novembre 2023, de nouvelles initiatives visant à renforcer la coopération opérationnelle sont en cours d’élaboration dans le cadre trilatéral associant l’Italie, la Slovénie et la Croatie.
3. Cadres de coopération régionale existants
Outre le renforcement de la coopération bilatérale entre les États membres voisins, la tendance à une plus grande coopération régionale ne cesse de s’accentuer. Cette coopération prend forme à la fois au niveau politique et au niveau opérationnel et inclut de plus en plus les pays tiers dans le cadre d’une «approche axée sur l’ensemble de la route». Ces initiatives constituent des enceintes importantes pour discuter du renforcement de la coopération et de l’échange d’informations et comprennent le processus de Visegrad+, le Forum de Salzbourg, le processus de Brdo, la plateforme conjointe de coordination, la coopération trilatérale conjointe entre l’Italie, la Slovénie et la Croatie, le groupe de travail sur la sécurité des frontières entre la Hongrie, l’Autriche et la Serbie, ainsi que les task forces opérationnelles Vistule (Vistula) et Zebra.
Le processus de Visegrad+ a été lancé par l’Allemagne en novembre 2023 et vise à recueillir des informations et à produire régulièrement un rapport de situation par pays participant (Autriche, Allemagne, Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Serbie) dans un format commun. Une première réunion du groupe d’experts sur les Balkans occidentaux s’est tenue en Hongrie le 19 décembre 2023, avec la participation de la Serbie. Une seconde réunion a eu lieu en Tchéquie les 14 et 15 février 2024. Le nouveau mécanisme régional d’échange d’informations qui en a résulté a commencé à produire des résultats en mars 2024.
Le Forum de Salzbourg est un partenariat pour la sécurité en Europe centrale fondé sur une initiative du ministère fédéral autrichien de l’intérieur, auquel participent l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Tchéquie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. La Slovénie et l’Autriche ont coorganisé une conférence ministérielle les 11 et 12 décembre 2023 à l’intention des membres du Forum de Salzbourg à Brdo pri Kranju, afin de discuter du renforcement de la coopération régionale, de l’avenir de l’espace Schengen et de la lutte contre le trafic de migrants. Le coordinateur Schengen a également participé à la conférence. Depuis le 1er janvier 2024, l’Autriche a repris la présidence du Forum de Salzbourg pour le premier semestre de 2024. La prochaine conférence ministérielle aura lieu les 25 et 26 juin 2024 en Autriche et mettra en particulier l’accent sur la prévention du trafic de migrants et de la traite des êtres humains.
Le processus de Brdo a été lancé en 2013 par la Slovénie et la Croatie, et réunit des pays candidats et des pays candidats potentiels des Balkans occidentaux ainsi que d’autres États membres. Lors de la douzième réunion informelle des 21 et 22 mars 2024, les ministres de l’intérieur du processus de Brdo, dont l’Italie, ont fait le point sur la mise en œuvre des accords antérieurs visant à gérer les migrations et à lutter contre le trafic de migrants le long de la route des Balkans occidentaux.
La plateforme conjointe de coordination, qui associe différents États membres et agences de l’UE, continue d’apporter un soutien au renforcement des capacités dans le domaine de la migration et de la gestion des frontières en mettant l’accent sur les Balkans occidentaux, dans le but de réagir rapidement aux changements d’itinéraires grâce à un échange coordonné et étroit d’informations.
Depuis novembre 2023, les autorités italiennes, croates et slovènes s’efforcent conjointement d’intensifier leur coopération transfrontalière trilatérale. Le 14 novembre 2023, les chefs des polices italienne, slovène et croate sont convenus de poursuivre la formalisation de la coopération policière opérationnelle. À la fin du mois de février 2024, les chefs de police ont signé une lettre d’intention visant à renforcer la coopération policière trilatérale, y compris sous la forme de patrouilles communes et d’échanges d’informations. Les discussions techniques relatives à la mise en œuvre des mesures prévues dans la lettre ont débuté en mars 2024. Les ministres de l’intérieur se sont réunis une troisième fois le 21 mars 2024, en marge de la réunion informelle du processus de Brdo. Cette réunion a permis de renforcer encore les initiatives de coopération, notamment le renforcement des activités conjointes des patrouilles italo-slovènes et slovéno-croates, la décision de l’Italie de rejoindre la task force opérationnelle Zebra, ou encore l’accord visant à organiser des patrouilles trilatérales associant les services de police et les autorités frontalières croates, slovènes et italiens à la frontière croate avec la Bosnie-Herzégovine.
La Hongrie et l’Autriche ont entamé des discussions sur la création d’une task force pour la sécurité des frontières, qui serait fondée sur un accord trilatéral entre la Hongrie, la Serbie et l’Autriche et permettrait un niveau plus élevé de coopération entre les parties concernées. L’objectif de cette task force est de soutenir les autorités nationales dans la lutte contre la criminalité transfrontalière et la protection des frontières.
En février 2024, les autorités polonaises ont pris l’initiative de créer la task force opérationnelle Vistule (Vistula) . Cette task force réunit des autorités répressives de Pologne, d’Allemagne, de Tchéquie, de Slovaquie, de Lituanie, de Hongrie et d’Ukraine et vise à appréhender des cibles de grande valeur engagées dans le trafic des êtres humains en Europe orientale et via la route des Balkans occidentaux.
En mars 2024, la task force opérationnelle Zebra a été mise en service, réunissant la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l’Allemagne, la Slovénie, Europol et, depuis fin mars 2024, l’Italie. Cette task force cible les groupes criminels organisés impliqués dans le trafic actif de migrants le long de la route des Balkans occidentaux depuis la Bosnie-Herzégovine dans le but d’améliorer l’échange d’informations entre les autorités répressives et d’accroître l’efficacité des actes d’enquête.
4. Principales observations et prochaines étapes
Si un certain nombre d’États membres ont continué à réintroduire des contrôles aux frontières intérieures, le dialogue en cours engagé par le coordinateur Schengen à l’automne 2022 a mis en place un cadre pour l’échange d’informations et de pratiques entre les États membres. Cela a permis une réintroduction plus ciblée et plus souple des contrôles aux frontières intérieures, dans le cadre desquels les vérifications – dont l’intensité et la portée varient cependant selon le lieu – sont souvent non systématiques, fondées sur une évaluation des risques et accompagnées de mesures d’atténuation visant à garantir la fluidité du trafic transfrontalier.
Comme indiqué dans le rapport du 23 novembre 2023, les États membres poursuivent leurs efforts afin d’intensifier la coopération transfrontalière dans différents domaines et à différents niveaux. En particulier, conformément à la recommandation (UE) 2024/268 de la Commission, la coopération bilatérale des services répressifs s’est intensifiée, les États membres étant de plus en plus engagés dans des activités conjointes, telles que l’organisation de patrouilles policières communes dans des zones frontalières communes ou la mise en place d’une coopération en matière de retour. Les contacts et les échanges d’informations quotidiens dans les centres de services conjoints et les centres de coopération policière et douanière (CCPD) restent d’une importance capitale pour garantir une connaissance de la situation et lutter contre la criminalité transfrontière, y compris le trafic d’êtres humains dans les zones frontalières.
Les progrès accomplis à cet égard, ainsi que la diminution globale des mouvements secondaires, ont entraîné une amélioration de la situation sur plusieurs tronçons frontaliers (notamment la frontière entre la Pologne et la Slovaquie, la frontière entre la Tchéquie et la Slovaquie et la frontière entre la Slovaquie et la Hongrie), ce qui a permis la levée des contrôles aux frontières intérieures par la Tchéquie à partir de janvier 2024, la Slovaquie à partir de février 2024 et la Pologne à partir de mars 2024.
Des progrès similaires peuvent être observés aux frontières terrestres entre l’Italie et la Slovénie et entre la Slovénie et la Croatie, où la coopération trilatérale renforcée entre la Croatie, l’Italie et la Slovénie a déjà pris la forme de mesures concrètes. On peut s’attendre à ce que cette coopération intense conduise, dans les mois à venir, à la levée des contrôles aux frontières italiennes et slovènes.
Conformément à la tendance observée dans le rapport du 23 novembre 2023 et au plan d’action de l’UE pour les Balkans occidentaux, les États membres s’engagent de plus en plus dans des formes régionales de coopération, associant parfois également des pays tiers voisins, dans le cadre d’une «approche axée sur l’ensemble de la route». Des initiatives telles que le processus de Visegrad+, le Forum de Salzbourg et le processus de Brdo, ainsi que les missions récurrentes et fructueuses de mise en œuvre du plan d’action de l’UE pour les Balkans occidentaux, constituent des enceintes importantes pour discuter du renforcement de la coopération et de l’échange d’informations.
Les réadmissions à la frontière seront facilitées par l’introduction de la nouvelle procédure de transfert dans le cadre du code frontières Schengen révisé. Cette procédure permettra aux États membres de lutter efficacement contre les mouvements secondaires à leurs frontières intérieures sans qu’il soit nécessaire de recourir à des contrôles aux frontières intérieures.
Il est important de noter que la révision récemment approuvée du code frontières Schengen répond à la demande des États membres en faveur du renforcement des outils nécessaires pour remédier efficacement aux menaces pour la sécurité sans devoir recourir à des contrôles aux frontières intérieures. Dans ce contexte, la Commission invite l’ensemble des États membres à supprimer progressivement les contrôles existants aux frontières intérieures en vue d’une gestion conjointe plus durable des défis communs. Les États membres sont encouragés à évaluer tous les éléments pertinents du nouveau cadre juridique lorsqu’ils évaluent la nécessité de réintroduire des contrôles aux frontières intérieures au-delà de la période de notification actuelle.
À cet égard, les États membres sont invités à consolider et à développer leurs initiatives de coopération transfrontière bilatérale et multilatérale dans les zones frontalières, en tirant pleinement parti des autres mesures à leur disposition, conformément à la recommandation (UE) 2024/268.
Le coordinateur Schengen entamera une nouvelle phase de dialogue avec les États membres à la lumière des nouvelles règles prévues dans le code frontières Schengen récemment adopté, afin de discuter notamment des obligations incombant aux États membres aux frontières intérieures où les contrôles ont été réintroduits. Dans ce contexte, et compte tenu des différentes pratiques observées par la Commission dans l’application de l’arrêt rendu par la CJUE dans l’affaire C-143/22, le coordinateur Schengen entamera des discussions avec les États membres et les aidera activement à garantir une application et une exécution cohérentes de l’arrêt. La Commission continuera également d’aider les États membres dans les efforts qu’ils déploient pour renforcer la coopération régionale dans l’esprit de la nouvelle «approche axée sur l’ensemble de la route». Le coordinateur Schengen continuera de faire régulièrement rapport, au sein du Conseil Schengen, de la situation et des progrès accomplis à cet égard.