COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 4.12.2023
COM(2023) 786 final
RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS
Protection juridictionnelle effective et accès effectif à la justice
Rapport annuel 2023 sur l’application de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Protection juridictionnelle effective et accès effectif à la justice
Rapport annuel 2023 sur l’application de la
charte des droits fondamentaux de l’Union européenne
Table des matières
1.Introduction
2.Le droit de l’UE en matière de protection juridictionnelle effective et d’accès à la justice
3.Mesures prises par les États membres pour assurer une protection juridictionnelle effective
4.Octroi d’une protection juridictionnelle effective par l’intermédiaire des tribunaux
5.Financement de l’Union en faveur d’une protection juridictionnelle effective
6.Conclusions
1.Introduction
La charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la «charte») rassemble les droits fondamentaux reconnus à toute personne dans l’Union européenne (UE). Elle met l’accent sur les liens qui existent entre les droits fondamentaux et les valeurs fondatrices de l’Union européenne que sont la dignité humaine, la liberté, l’égalité et la solidarité, ainsi que les principes de démocratie et d’état de droit. En tant que droit primaire contraignant, la charte garantit la protection des droits fondamentaux dans l’ensemble de l’UE.
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Quand la charte s’applique-t-elle?
Depuis 2009, la charte a le même statut juridique que les traités, le droit de l’Union sur lequel se fonde la législation de l’Union européenne. Les institutions de l’Union doivent s’y conformer dans toutes leurs activités et les États membres doivent également s’y conformer lorsqu’ils mettent en œuvre le droit de l’Union.
Les États membres mettent en œuvre le droit de l’Union, notamment lorsqu’ils:
– donnent effet à la législation de l’UE en adoptant des mesures nationales d’exécution;
– adoptent une législation sur une question où le droit de l’Union impose des obligations spécifiques ou admet une dérogation;
— mettent en œuvre des programmes de financement de l’UE conformément aux règles de financement de l’UE.
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Comme indiqué dans la stratégie de 2020 visant à renforcer l’application de la charte des droits fondamentaux dans l’Union européenne (ci-après la «stratégie relative à la charte»), la Commission présente des rapports thématiques annuels sur l’application de la charte, en mettant l’accent sur certains domaines d’importance stratégique. Le rapport de cette année sur la charte est consacré à la protection juridictionnelle effective et à l’accès effectif à la justice en tant que condition préalable à la jouissance des droits fondamentaux d’une manière qui ne laisse personne de côté.
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Progrès dans la mise en œuvre de la stratégie relative à la charte au cours de la période 2022‑2023
-En décembre 2022, la Commission a adopté son rapport annuel 2022 sur l’application de la charte, consacré au rôle des organisations de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme dans la défense des droits fondamentaux.
-En 2023, la Commission a organisé une série de séminaires avec des parties prenantes sur la manière dont l’UE et les États membres pourraient renforcer leur rôle de protection et de soutien des organisations de la société civile et des défenseurs des droits et de leur donner des moyens d’action. En novembre 2023, des actions de suivi ont été examinées lors d’une manifestation de haut niveau organisée sous la présidence espagnole du Conseil.
-À ce jour, 25 États membres ont désigné un point focal pour la charte afin d’encourager la coopération et de promouvoir l’application effective de la charte sur leur territoire national.
-La Commission a également lancé des formations à l’intention du personnel de l’UE sur l’application de la charte dans les analyses d’impact. La formation des professionnels de la justice à l’application de la charte continue d’être dispensée dans le cadre de la stratégie européenne de formation judiciaire 2021-2024. La plateforme européenne de formation du portail européen e-Justice propose des outils pédagogiques en ligne et des formations sur les droits fondamentaux, destinés aux praticiens du droit et aux professionnels de la justice.
-Dans le contexte de la «condition favorisante horizontale» relative à l’application effective de la charte, la Commission a évalué tous les programmes financiers présentés par les États membres afin de vérifier que des dispositions efficaces sont en place pour garantir le respect de la charte dans la mise en œuvre des fonds de l’UE concernés. La Commission a jusqu’à présent constaté que tous les États membres respectaient la condition favorisante horizontale relative à la charte, à trois exceptions près. Aucune dépense éligible ne peut être remboursée tant que les conditions de mise en œuvre de ces programmes, énoncées dans la condition favorisante horizontale relative à la charte, ne sont pas remplies. La Commission surveille aussi étroitement la situation.
-La Commission a continué à engager des procédures d’infraction pour faire respecter les droits fondamentaux.
-Elle a également sensibilisé aux droits fondamentaux et fourni des informations dans le cadre de la campagne #RightHereRightNow, dans la section «Vos droits dans l’UE» du portail européen e-Justice et sur le site internet de la Commission.
-L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) a continué d’actualiser sa base de données Charterpedia, qui contient des documents relatifs aux droits fondamentaux provenant de toute l’UE. La FRA a également publié le guide «Études de cas sur la charte – Manuel des formateurs», qui comprend des orientations sur l’organisation d’ateliers de formation sur la charte dans dix langues de l’UE.
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Dans le rapport de 2023 sur la charte, l’accent est mis sur la protection juridictionnelle effective et l’accès effectif à la justice, car ces droits sont cruciaux pour garantir la pleine application de la charte et des législations de l’UE qui promeuvent et protègent les droits consacrés par la charte. Sans protection juridictionnelle effective, les particuliers ne sont pas en mesure de faire valoir effectivement leurs droits, y compris leurs droits fondamentaux.
En outre, une protection juridictionnelle effective et un accès effectif à la justice préservent la culture des droits fondamentaux et de l’état de droit, ainsi que le soulignent les rapports annuels de la Commission sur l’état de droit. Il incombe aux juridictions nationales et à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) d’assurer la pleine application du droit de l’Union dans l’ensemble des États membres ainsi que la protection juridictionnelle des droits que les justiciables tirent dudit droit. Conformément à l’article 19, paragraphe 1, du TUE, les États membres doivent établir les voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective dans les domaines couverts par le droit de l’UE.
Le rapport sur la charte complète donc les rapports annuels de la Commission sur l’état de droit, dans lesquels le pilier «justice» traite de l’indépendance de la justice, de la qualité et de l’efficacité des systèmes judiciaires nationaux en mettant l’accent sur l’accès à la justice pour tous par des voies de recours judiciaires et non judiciaires. Il offre une perspective sur les droits fondamentaux en matière d’accès à la justice, défini comme la capacité de chacun à demander et à obtenir une résolution juste des problèmes juridiques par l’intermédiaire d’une série de services juridiques et judiciaires, d’une manière qui respecte les droits fondamentaux. Le rapport complète également d’autres initiatives politiques dans ce domaine, telles que le tableau de bord de la justice dans l’UE, les stratégies de l’Union en faveur de l’égalité et le plan d’action pour la démocratie européenne.
Le présent rapport vise à donner un aperçu du cadre juridique pertinent qui est en place dans l’UE en décrivant les évolutions récentes (2020-2023). Il présente à la fois les réalisations des États membres et les défis auxquels ils sont confrontés en proposant un aperçu des éléments recensés par les parties prenantes. Les exemples de mesures nationales sont non exhaustifs et sont présentés uniquement à titre d’illustration.
Sur quelles informations repose le présent rapport?
Le rapport s’appuie sur l’évaluation qualitative, par la Commission et la FRA, du retour d’information provenant de consultations et d’autres sources, notamment:
-des consultations ciblées: i) des États membres et des points focaux de la charte; ii) d’organisations internationales; iii) du réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme (REINDH) et du réseau européen des organismes de promotion de l’égalité (Equinet) et de leurs membres;
-une consultation en ligne par l’intermédiaire du réseau de la société civile de la FRA, la plateforme des droits fondamentaux, afin de recueillir l’expérience des répondants sur les mesures visant à assurer une protection juridictionnelle effective et un accès effectif à la justice, ainsi qu’une contribution à la consultation de la FRA;
-des contributions à d’autres rapports de la Commission, tels que les rapports sur l’état de droit et le tableau de bord de la justice.
2.Le droit de l’UE en matière de protection juridictionnelle effective et d’accès à la justice
À la suite de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en décembre 2009, l’UE a mis en place un cadre juridique complet prévoyant des voies de recours judiciaires et non judiciaires, à la disposition des particuliers lorsqu’ils estiment que les droits qui sont les leurs en vertu du droit de l’Union sont violés. Dans le même temps, plusieurs instruments de l’UE vont plus loin et prévoient des normes minimales en matière de protection juridictionnelle effective et d’accès à la justice. La protection juridictionnelle effective prévue par le droit de l’Union illustre la manière dont l’UE améliore la vie quotidienne des citoyens dans un large éventail de situations, en leur donnant les moyens de jouir des droits fondamentaux que leur confère la charte. Le présent chapitre présente le champ d’application global du droit de l’Union en matière de protection juridictionnelle effective et d’accès à la justice. Dans la pratique, ces règles de l’UE s’appliquent souvent en combinaison avec les règles nationales, ce qui souligne la complémentarité des actions de l’UE et des États membres, comme décrit plus en détail au chapitre 3.
2.Faciliter l’accès à la justice grâce aux efforts en matière de transition numérique
L’accès à la justice peut être facilité en accélérant le passage au numérique dans les procédures judiciaires, ce qui rendrait la justice plus accessible. La possibilité de présenter des observations et de communiquer avec les juridictions par voie électronique ainsi que de participer aux audiences par visioconférence peut améliorer l’accès à un recours effectif dans un délai raisonnable au sens de l’article 47 de la charte. La proposition de règlement relatif à la numérisation de la coopération judiciaire
offre une base juridique pour l’utilisation des technologies de communication à distance dans les audiences en matière civile et commerciale ayant une incidence transfrontière, ainsi que pour les procédures de coopération judiciaire en matière pénale.
La numérisation de la justice doit être déployée avec soin et doit garantir le respect des droits fondamentaux, notamment le droit à accéder à un tribunal impartial, le droit à un recours effectif et à la protection des données à caractère personnel et les droits de la défense dans le cadre des procédures pénales
. Afin de garantir l’accessibilité des services et procédures judiciaires aux personnes qui ne disposent pas de compétences numériques suffisantes ou n’ont pas accès aux outils numériques, ainsi qu’aux personnes susceptibles d’avoir des difficultés à accéder aux environnements de justice numériques, il convient également de maintenir les canaux de communication traditionnels et la participation personnelle
. Les applications d’intelligence artificielle peuvent également soutenir la prise de décision judiciaire, mais il importe de veiller à ce qu’elles fonctionnent correctement et d’atténuer les biais éventuels que leur utilisation peut entraîner, notamment sur la base du sexe, de la «race»
ou de l’origine ethnique, de la religion ou des convictions, d’un handicap, de l’âge ou de l’orientation sexuelle
.
3.Droits dans le cadre des procédures pénales
Dans le droit procédural pénal de l’UE, six directives fixent des normes minimales en matière de garanties pour les personnes soupçonnées ou poursuivies. Elles s’appliquent aux personnes soupçonnées ou poursuivies pour avoir commis une infraction pénale et facilitent leur protection juridictionnelle. Ces normes prévoient, par exemple, le droit à l’interprétation et à la traduction des documents essentiels pour ceux qui ne parlent pas ou ne comprennent pas la langue de la procédure pénale, le droit d’être rapidement informé de leurs droits et des charges et accusations en vertu du droit national et d’avoir accès aux pièces du dossier, le droit d’accès à un avocat, ainsi que le droit d’informer un tiers dès la privation de liberté et le droit des personnes privées de liberté de communiquer avec des tiers et avec les autorités consulaires, le droit de garder le silence et de ne pas s’incriminer soi-même et le droit à l’aide juridictionnelle. Ces directives sont complétées par trois recommandations sur les garanties en faveur des personnes vulnérables, le droit à l’aide juridictionnelle accordé aux personnes soupçonnées ou poursuivies, et les droits procéduraux des personnes soupçonnées ou poursuivies faisant l’objet d’une détention provisoire.
Les directives, en particulier la directive 2016/343, consacrent des principes fondamentaux du droit procédural pénal, tels que la présomption d’innocence. Les règles de l’UE interdisent les références publiques prématurées à la culpabilité de la personne soupçonnée ou poursuivie par les autorités, prévoient que la charge de la preuve pour établir la culpabilité incombe au ministère public et consacrent le droit de garder le silence et de ne pas s’incriminer soi-même, ainsi que le droit d’assister à son procès. En outre, pour couvrir les frais d’assistance juridique, les personnes soupçonnées et poursuivies qui ne disposent pas de ressources suffisantes ont droit à l’aide juridictionnelle.
L’UE a également mis en place des garanties spécifiques pour les cas où la personne soupçonnée ou poursuivie est un enfant. Les États membres sont tenus de veiller à ce que l’intérêt supérieur de l’enfant soit pris en considération dans toute décision le concernant tout au long de la procédure, conformément à l’article 24, paragraphe 2, de la charte. Les États membres doivent établir et appliquer des normes plus strictes que celles applicables aux adultes en ce qui concerne les droits procéduraux essentiels, tels que le droit d’accès à un avocat. Les États membres sont également tenus de mettre en place des garanties et des droits ciblés et spécifiques aux enfants, en tenant compte des besoins et des vulnérabilités des enfants, ainsi que de leur capacité à comprendre les procédures et à y participer effectivement. La situation de chaque enfant doit faire l’objet d’une évaluation individuelle; chaque enfant a le droit d’être accompagné par un titulaire de la responsabilité parentale; son interrogatoire doit être enregistré le cas échéant et il devrait bénéficier d’un traitement spécifique en cas de privation de liberté
. L’évaluation par la Commission des mesures nationales de transposition a révélé de grands écarts, notamment en raison des différences inhérentes aux systèmes judiciaires nationaux et des normes différentes en matière de justice adaptée aux enfants.
4.Instruments de coopération judiciaire en matière pénale
La coopération judiciaire en matière pénale est régie par plusieurs instruments qui visent à améliorer l’administration efficace de la justice dans les affaires transfrontières et à assurer une protection juridictionnelle effective des personnes concernées. Le mandat d’arrêt européen vise à éviter une détention prolongée de la personne concernée en exigeant des États membres qu’ils traitent rapidement les décisions relatives au mandat d’arrêt européen. La Commission a récemment proposé des règles communes en vertu desquelles les procédures pénales peuvent être transférées d’un État membre à un autre et qui comprennent des dispositions relatives au droit à un recours effectif contre la décision d’acceptation du transfert.Le règlement relatif aux preuves électroniques permettra aux autorités répressives et judiciaires d’obtenir plus rapidement des preuves électroniques. Conformément à l’article 47 de la charte, il accorde à toute personne dont les données ont été demandées le droit à un recours effectif.
5.Droits des victimes
Pour soutenir et protéger les victimes de la criminalité, l’UE a établi des normes globales en matière de droits fondamentaux dans la directive sur les droits des victimes
, qui impose aux États membres de veiller à ce que les victimes de toutes les infractions soient reconnues et traitées de manière respectueuse, professionnelle et non discriminatoire. La directive facilite leur accès à la justice en obligeant les États membres à fournir des informations sur les procédures, à soutenir et à protéger les victimes en fonction de leurs besoins individuels. Les victimes ont, par exemple, le droit d’être entendues au cours de la procédure pénale et de fournir des éléments de preuve, le droit d’accéder à l’aide juridictionnelle lorsqu’elles participent à la procédure pénale en tant que parties et le droit à une décision sur la réparation par l’auteur de l’infraction. Afin de renforcer encore les droits des victimes, la Commission a adopté une proposition de modification de la directive sur les droits des victimes
, qui vise à améliorer l’information, le soutien et la protection des victimes, par exemple grâce à l’accès à la justice en ligne, et à leur permettre de participer plus efficacement aux procédures pénales.
La législation spécifique de l’UE contient des règles ciblées protégeant les droits des victimes de certains types de criminalité. La directive relative à la lutte contre la traite des êtres humainsimpose aux États membres de veiller à ce que les victimes de la traite des êtres humains soient correctement protégées, y compris au moyen de programmes de protection des témoins, et aient accès à des conseils et à une représentation juridiques. En outre, les enfants victimes ont droit à la désignation d’un représentant et à des mesures adaptées aux enfants pendant les auditions et les procédures pénales. À la suite d’une évaluation de la directive relative à la lutte contre la traite des êtres humains, la Commission a proposé de moderniser le cadre de cette lutte et de combler les lacunes en matière d’identification des victimes et d’orientation des victimes pour leur apporter assistance et soutien. En outre, la Commission continue de mettre l’accent sur la mise en œuvre de la directive de l’UE relative à la lutte contre la traite des êtres humains et de la stratégie de l’UE visant à lutter contre la traite des êtres humains (2021-2025), notamment en ce qui concerne la protection des victimes dans le cadre des procédures pénales et l’accès à une indemnisation.
Les enfants victimes d’abus sexuels et d’exploitation sexuelle sont protégés par la directive relative aux abus sexuels sur enfants , qui encourage toute personne ayant connaissance ou des soupçons d’abus sexuels commis sur des enfants ou de cas d’exploitation sexuelle d’enfants à le signaler. En mai 2022, la Commission a proposé des règles spécifiques concernant les abus sexuels sur enfants et l’exploitation sexuelle des enfants en ligne, notamment des mesures visant à signaler et à supprimer les contenus abusifs, et à aider les victimes à obtenir le retrait du matériel représentant les abus qu’elles ont subis.
En outre, la proposition de directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique
vise à renforcer l’accès à la justice des victimes de violence de genre et de violence domestique en répondant à leurs besoins spécifiques. Elle propose également d’ériger en infractions pénales certaines formes de violence qui touchent les femmes de manière disproportionnée, telles que le viol fondé sur le défaut de consentement, ainsi que les mutilations génitales féminines et certaines formes de cyberviolence fondée sur le genre.
6.Autres situations de vulnérabilité
Les personnes qui signalent des activités illégales ou immorales qu’elles découvrent sur leur lieu de travail («lanceurs d’alerte») se trouvent dans une situation de vulnérabilité vis-à-vis de leurs employeurs. La directive sur la protection des lanceurs d’alerte
interdit toutes les formes de représailles, exige que des sanctions soient applicables en cas de représailles et fournit aux lanceurs d’alerte de solides moyens d’action en justice, y compris la réintégration ou la réparation des dommages subis et des mesures provisoires en vue de mettre un terme aux menaces ou aux représailles.
Les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme et les autres personnes participant au débat public sur une question d’intérêt public se trouvent dans une situation de vulnérabilité similaire lorsqu’ils sont confrontés à des poursuites stratégiques altérant le débat public (ou «poursuites-bâillons»). Une proposition de 2022 permettrait aux juges de rejeter rapidement de telles poursuites manifestement infondées et établit plusieurs garanties procédurales et voies de recours, telles que la condamnation au remboursement intégral des frais, à la réparation des dommages ou à des sanctions. La Commission a également publié des recommandations aux États membres sur des mesures visant à protéger les journalistes et autres professionnels des médias.
Une proposition récente vise à renforcer la protection des adultes dans les situations transfrontières et à contribuer à la protection de leurs droits fondamentaux lorsque, en raison d’un handicap ou d’une insuffisance de leurs facultés personnelles, les adultes ne sont pas en mesure de protéger leurs propres intérêts. La proposition vise à faire en sorte que les mesures concernant leur protection ou leur capacité juridique soient rapidement reconnues et que les souhaits exprimés à l’avance au moyen de «pouvoirs de représentation» soient respectés.
Une proposition de 2022 relative à la reconnaissance de la filiation entre les États membres vise à renforcer la protection des droits fondamentaux des enfants dans les situations transfrontières, tels que leurs droits tirés de la filiation dans un autre État membre, y compris leur droit à une représentation parentale sur des questions telles que la santé et la scolarité. À ce titre, les parents d’un enfant dans un État membre continueraient d’être les parents de l’enfant dans d’autres États membres, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui.
7.Victimes de discrimination
La protection juridictionnelle effective des victimes de discrimination est depuis des décennies au cœur du droit de l’Union, où plusieurs directives sur l’égalité
prévoient le droit d’accéder à des procédures judiciaires pour se plaindre d’une discrimination et le droit des associations d’intervenir en justice au nom ou à l’appui des victimes. La directive sur la transparence des rémunérations
permet aux travailleurs de faire valoir leur droit à l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur. Les victimes peuvent être représentées dans les procédures administratives ou judiciaires par des associations, des représentants des travailleurs et des organismes, tels que des organismes pour l’égalité de traitement ou des syndicats, qui peuvent aider les victimes à demander réparation
, à soutenir des contentieux stratégiques
ou à demander une réparation collective
, d’autant plus que le droit de l’Union interdit également la discrimination lorsqu’il n’y a pas de victime individuelle identifiable
.
Conformément aux directives sur l’égalité, les États membres doivent prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives en cas de discrimination
De nouvelles propositions législatives visent à renforcer le rôle des organismes pour l’égalité de traitement , en particulier leur indépendance, leurs ressources et leurs pouvoirs, afin qu’ils puissent lutter plus efficacement contre la discrimination. Ces organismes jouent un rôle essentiel pour aider les victimes de discrimination et veiller à ce que la législation de l’UE en matière de non-discrimination soit mise en œuvre. Les organismes pour l’égalité de traitement seraient chargés de recevoir les plaintes pour discrimination, d’enquêter, de conseiller les victimes, de proposer des règlements extrajudiciaires, d’émettre des avis ou de rendre des décisions et d’agir dans le cadre de procédures judiciaires en qualité d’experts, au nom ou à l’appui d’une ou de plusieurs victimes, ou en leur nom propre.
L’UE est également partie à la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, qui prévoit l’obligation d’assurer l’accès effectif des personnes handicapées à la justice, sur la base de l’égalité avec les autres, et a adopté la législation européenne sur l’accessibilité.
La législation européenne sur l’accessibilité est complétée par la directive sur l’accessibilité de l’internet, qui exige que les sites internet et les applications mobiles des organismes du secteur public, y compris des instances juridictionnelles, soient accessibles aux personnes handicapées et aux personnes âgées.
Les discours de haine et les crimes de haine portent atteinte aux droits fondamentaux des victimes à la dignité et à l’égalité. Afin de contribuer à la protection juridictionnelle effective des victimes de discours de haine et de crimes de haine, la décision-cadre du Conseil sur la lutte contre le racisme et la xénophobie oblige les États membres à ériger en infraction pénale l’incitation publique à la violence ou à la haine par référence à la race, la couleur, la religion, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique et à tenir dûment compte des motifs racistes lorsqu’ils condamnent les auteurs d’infractions pénales. Les autorités nationales doivent enquêter, poursuivre et juger les cas présumés de crimes ou de discours motivés par la haine. En outre, la Commission a proposé en 2021 d’ajouter les discours de haine et les crimes de haine aux «domaines de criminalité de l’UE» énoncés à l’article 83, paragraphe 1, du TFUE. Une fois la décision adoptée par le Conseil, la Commission aurait la possibilité de proposer une législation visant à garantir une réponse pénale ferme au niveau de l’UE aux discours de haine et aux crimes de haine pour d’autres motifs que le racisme et la xénophobie.
8.Protection environnementale
Dans le domaine de la protection de l’environnement, l’accès à la justice a été considérablement renforcé par le règlement Aarhus modifié, qui permet aux organisations environnementales et aux autres membres du public de demander aux institutions de l’UE de veiller à ce que leurs décisions soient conformes au droit de l’environnement de l’Union. Des organisations environnementales ont déjà utilisé cette voie en demandant un réexamen des décisions en matière de pesticides, de pêche, de taxinomie, des plans nationaux en matière de climat et d’énergie, des décisions en matière d’énergies renouvelables et des plans agricoles dans le cadre de la politique agricole commune.
La Commission a également publié des orientations sur l’accès à la justice en matière d’environnement et des fiches d’information sur la justice en ligne concernant les règles applicables dans chaque État membre, et a dressé un inventaire de la manière dont la protection juridictionnelle est assurée dans la législation de chaque État membre mettant en œuvre la convention d’Aarhus.
En outre, une proposition de directive concernant la criminalité environnementale prévoit une assistance et un soutien aux personnes qui signalent des crimes environnementaux. Les propositions de directive sur les émissions industrielles, de directive sur la qualité de l’air et de directive sur les déchetsdonneraient accès à une réparation pour les problèmes de santé occasionnés par des infractions aux dispositions en la matière. Les propositions relatives à la qualité de l’air, aux déchets, à la surveillance des sols, à la restauration de la nature et la directive sur les allégations écologiques renforceraient également le droit à un recours effectif en introduisant le droit de saisir la justice en cas de violation des dispositions pertinentes du droit de l’Union.
9.Droits des consommateurs et mécanismes de règlement extrajudiciaire des litiges
Un mécanisme de recours collectif permet aux organisations de consommateurs désignées et aux organismes publics d’intenter des actions représentatives devant les juridictions nationales, y compris des actions transfrontières concernant plusieurs États membres, au nom de groupes de consommateurs. Ces actions collectives peuvent viser à mettre fin à des pratiques illégales et à demander des mesures de réparation, telles qu’une indemnisation, le remplacement ou la réparation. En outre, un outil en ligne facilite la coopération entre les États membres, les juges et les représentants des intérêts des consommateurs dans le cadre du contrôle du respect des droits des consommateurs de l’UE. La directive concernant les clauses abusives dans les contrats
exige également que les consommateurs disposent de recours effectifs contre l’utilisation de clauses contractuelles abusives par les professionnels.
Pour les consommateurs, le règlement extrajudiciaire des litiges sera également rendu plus rapide et plus facile par la récente proposition de modification de la directive relative au règlement extrajudiciaire des litiges de consommation (directive relative au RELC), qui améliorerait la disponibilité d’un soutien personnalisé pour les consommateurs, en particulier pour les consommateurs vulnérables. Les points de contact dans les États membres peuvent faciliter la communication entre les consommateurs et les professionnels, contribuer à la procédure de règlement extrajudiciaire des litiges et fournir des informations sur les droits des consommateurs et les voies de recours.
En outre, SOLVIT, un réseau européen de résolution de problèmes pour les entreprises et les consommateurs, offre une autre approche pour résoudre les litiges sans qu’il soit nécessaire de consulter un avocat ou de saisir la justice
. Dans le domaine des transports, l’initiative «Amélioration de la protection des passagers et de leurs droits» vise à garantir aux passagers une meilleure information sur leurs droits, un système de traitement des plaintes plus efficace, un meilleur contrôle du respect des droits des passagers ainsi que l’extension des droits des passagers aux trajets multimodaux (lorsqu’un passager utilise différents modes de transport au cours d’un même voyage).
10.Réglementation relative aux contenus en ligne et protection des données
L’évolution constante de la numérisation fait ressortir l’importance d’assurer une protection juridictionnelle effective dans le cadre des activités en ligne. En ce qui concerne la modération des contenus en ligne, le règlement sur les services numériques prévoit des voies de recours pour les bénéficiaires de services intermédiaires en ligne. Le règlement sur les services numériques établit un mécanisme de notification et d’action qui permet aux utilisateurs de signaler les contenus illicites et d’en demander le retrait. Il exige des plateformes en ligne qu’elles mettent en place un système interne de traitement des réclamations permettant aux utilisateurs d’introduire des réclamations par voie électronique et gratuitement, ainsi qu’un mécanisme de règlement extrajudiciaire des litiges. Il prévoit également le droit d’introduire une plainte à l’encontre de fournisseurs de services dans l’État membre dans lequel le bénéficiaire réside ou est établi. Les utilisateurs peuvent mandater un organisme, une organisation ou une association pour exercer ce droit en leur nom. Les utilisateurs peuvent demander réparation aux fournisseurs de services intermédiaires pour tout dommage ou perte subi du fait d’une violation par ces fournisseurs des obligations qui leur incombent en vertu du règlement sur les services numériques. La directive sur le commerce électronique prévoit des garanties procédurales pour le règlement extrajudiciaire des litiges et des recours judiciaires en ce qui concerne les services de la société de l’information.
Le règlement relatif aux contenus à caractère terroriste en ligne impose aux fournisseurs de services d’hébergement d’informer les fournisseurs de contenus si leurs contenus sont retirés ou si l’accès à ces contenus est bloqué à la suite d’une injonction de retrait décernée par une autorité nationale compétente. Les fournisseurs de services d’hébergement sont tenus de mettre en place des dispositifs de réclamation efficaces pour les utilisateurs dont les contenus ont été retirés ou dont l’accès a été bloqué dans l’UE.
Le règlement général sur la protection des données (RGPD) donne aux personnes concernées le droit d’introduire une réclamation contre un responsable du traitement ou un sous-traitant auprès de l’autorité de contrôle nationale ou d’une juridiction compétente si elles estiment que les données à caractère personnel les concernant ont été traitées en violation des règles du RGPD. Les personnes concernées peuvent également mandater un organisme, une organisation ou une association à but non lucratif pour introduire une réclamation en leur nom et elles ont le droit d’obtenir réparation pour les dommages matériels ou immatériels causés par une violation. Le RGPD confère aux autorités de contrôle nationales des pouvoirs fermes leur permettant d’enquêter sur les violations et de prendre des mesures correctives, y compris en infligeant des amendes administratives.
Sans préjudice des compétences de ces autorités de contrôle et en s’appuyant sur les droits garantis par le RGPD, la proposition relative à l’espace européen des données de santé crée le droit d’introduire une réclamation auprès des autorités de santé numérique, des organismes publics devant être mis en place par les États membres.
11.Asile et migration
Le droit de l’Union en matière d’asile et de migration prévoit une série de garanties pour assurer la protection juridictionnelle des personnes qui arrivent dans l’UE et qui demandent asile ou le statut de résident. Dans le cadre du régime d’asile européen commun, des directives et règlements prévoient la possibilité pour les demandeurs d’asile de contester les décisions prises par les autorités administratives.
En vertu de la directive sur les procédures d’asile , les demandeurs d’asile qui introduisent un recours contre le rejet de leur demande ont généralement le droit de rester sur le territoire de l’État membre dans l’attente de l’issue du recours ou jusqu’à ce qu’une juridiction ait statué. Les États membres doivent garantir le droit des demandeurs à un recours effectif contre toute décision prise en ce qui concerne leur demande de protection internationale, ainsi que contre les décisions relatives à un refus de rouvrir l’examen d’une demande après que cet examen a été clos, et les décisions concernant le retrait de la protection internationale. En outre, les demandeurs qui ont été reconnus comme pouvant bénéficier de la protection subsidiaire peuvent former un recours contre la décision qui a considéré leur demande comme infondée en ce qui concerne le statut de réfugié. Enfin, les demandeurs doivent bénéficier de garanties procédurales équivalentes à celles qui s’appliquent lors des examens de première instance, telles qu’une assistance juridique et une représentation gratuites par des personnes compétentes pour assurer cette assistance et cette représentation en vertu du droit national. Le règlement Dublin III offre également aux demandeurs à l’encontre desquels une décision de transfert a été rendue la possibilité d’un recours ou d’une révision, en accordant plusieurs garanties procédurales, notamment le droit de rester sur le territoire de l’État membre dans lequel le demandeur est présent, la suspension du transfert jusqu’à l’issue du recours ou de la révision et l’accès à une assistance juridique et linguistique gratuite tout au long de la procédure de recours ou de révision.
Toutes les directives relatives à la migration légale imposent aux États membres, tout en leur laissant une marge d’appréciation importante, de veiller à ce que les décisions rejetant une demande, retirant une autorisation ou rejetant le renouvellement d’une autorisation puissent faire l’objet d’une contestation ou d’un recours juridictionnel. En outre, la directive «retour» permet aux ressortissants de pays tiers qui ne sont pas autorisés à séjourner dans un État membre de demander le réexamen des décisions liées à leur retour devant une autorité judiciaire ou administrative compétente ou une instance composée de membres impartiaux et indépendants. En outre, dans le cadre de la gestion européenne intégrée des frontières, la Commission a recommandé que les États membres élaborent et maintiennent «sur le plan opérationnel un mécanisme national de contrôle du respect des droits fondamentaux, en ce qui concerne la gestion des frontières et les retours», qui devrait «superviser les mécanismes de recours existants (tels que le signalement des incidents ou les mécanismes de plainte) ou [y] contribuer».
En ce qui concerne l’emploi de ressortissants de pays tiers, la directive relative aux sanctions à l’encontre des employeurs accorde aux ressortissants de pays tiers qui ne sont pas autorisés à séjourner dans un État membre le droit de réclamer les salaires impayés et de porter plainte contre les employeurs en cas d’exploitation. La directive sur les travailleurs saisonniers comprend des dispositions permettant aux travailleurs saisonniers de pays tiers de porter plainte contre leurs employeurs. Une proposition visant à étendre ce droit à tous les travailleurs issus de pays tiers est incluse dans la proposition de révision de la directive sur le permis unique. La Commission a également révisé la directive «carte bleue européenne» afin d’exiger que les États membres prévoient un recours juridictionnel effectif contre toutes les décisions négatives concernant les permis de séjour et de travail prises à l’encontre de travailleurs hautement qualifiés.
3.Mesures prises par les États membres pour assurer une protection juridictionnelle effective
Les États membres ont le devoir de veiller à ce que les droits fondamentaux soient appliqués dans la pratique par les différents acteurs chargés de faire appliquer la charte dans l’intérêt de tous. Conformément à l’article 19 du TUE, ils sont chargés d’assurer une protection juridictionnelle effective sur leur territoire, que ce soit par l’intermédiaire de systèmes judiciaires ou d’organes non judiciaires. Tous les États membres qui ont participé aux consultations préparatoires du présent rapport ont fait état d’une variété de voies de recours judiciaires et non judiciaires disponibles. Le présent chapitre donne un aperçu des évolutions récentes évoquées par plusieurs États membres.
3.1.Faciliter l’accès à la justice grâce aux efforts en matière de transition numérique
Plusieurs États membres considèrent les solutions de justice en ligne comme essentielles pour améliorer l’accès à la justice. Elles permettent aux utilisateurs d’exercer leurs droits plus rapidement et plus facilement. Les services de justice numériques sont modernes et permettent une plus grande accessibilité et même personnalisation des services de justice, ainsi que leur continuité pendant les crises.
De nombreux États membres s’efforcent d’améliorer l’accessibilité numérique de la justice. Par exemple, en Roumanie, la transition numérique du système judiciaire s’est accélérée pendant la pandémie de COVID‑19. La Slovaquie finance des actions visant à faire progresser la numérisation de la justice dans le cadre de la facilité pour la reprise et la résilience, qui prépare le pays à adhérer au système eCodex.
Le manque de compétences numériques, les problèmes liés à l’interopérabilité des systèmes informatiques et la sécurité numérique sont mentionnés comme les problèmes majeurs à cet égard. La Suède estime également que certains aspects de la numérisation, tels que les audiences vidéo, pourraient ne pas être appropriés dans tous les cas.
Les consultations montrent également les différentes fonctions mises en place dans le cadre des initiatives de justice en ligne
. En Allemagne, l’envoi de documents au moyen d’un outil en ligne est obligatoire pour les avocats, les autorités et les entités publiques. Les autres personnes peuvent recourir aux transactions juridiques électroniques à leur convenance
. En France, une application mobile aide le public à trouver des tribunaux, des avocats et des notaires
. Toutefois, certains répondants à l’enquête sur la plateforme des droits fondamentaux ont formulé des observations sur la complexité et l’inaccessibilité partielle des outils numériques, par exemple en raison de l’augmentation des coûts pour les avocats et les clients, des défaillances du système ou du fait que la disponibilité était limitée aux avocats agréés
.
3.2.Droits procéduraux
Comme indiqué au chapitre 2, la disponibilité d’informations suffisantes sur les voies de recours judiciaires et non judiciaires et sur la manière de les saisir est essentielle pour faciliter l’accès de tous à la justice. En ce qui concerne l’information du public sur le système judiciaire et les voies de recours disponibles, tous les États membres font référence à des informations sur un site internet officiel spécifique de l’administration judiciaire ou d’un ministère compétent. Par exemple, au Luxembourg, des informations sur l’aide juridictionnelle, les frais de justice, les droits procéduraux et les décisions publiées sont mises à disposition en ligne, ainsi que des formulaires de contact ou des adresses électroniques pour les demandes d’information du public.
Les réponses à l’enquête sur la plateforme des droits fondamentaux montrent que des informations sont principalement fournies aux parties à une procédure pénale (59 répondants sur 115) et à une procédure administrative (45 répondants), mais nettement moins aux parties à une procédure civile (36 répondants) ou à des personnes tentant d’accéder à des voies de recours non judiciaires (31 répondants).
L’accès à l’interprétation et à la traduction est également essentiel pour éviter de créer des obstacles à l’accès à la justice pour les personnes ayant une connaissance insuffisante de la langue officielle du pays concerné. Plusieurs États membres qui ont participé aux consultations fournissent des services d’interprétation et de traduction gratuits aux suspects et aux personnes poursuivies dans le cadre de procédures pénales.
La portée de ce droit varie toutefois d’un État membre à l’autre. Au‑delà des procédures pénales, l’interprétation et la traduction des documents judiciaires pertinents sont disponibles dans certains États membres, également dans les affaires civiles, ou pour les parties civiles à une procédure pénale. Certains États membres étendent la disponibilité de services d’interprétation et de traduction aux victimes de la criminalité et aux procédures administratives. À cet égard, certains font spécifiquement référence aux cas d’immigration ou aux mineurs non accompagnés et à leurs tuteurs. En Croatie, la Médiatrice a recommandé que l’interprétation et la traduction soient disponibles dans plusieurs langues dans les affaires concernant les droits des travailleurs ou la protection internationale.
Dans les affaires civiles, les États membres exigent généralement des locuteurs non natifs qu’ils couvrent eux-mêmes les frais d’interprétation et de traduction. En fonction de la situation financière des justiciables, ces frais peuvent être couverts par l’aide juridictionnelle, en fonction de conditions fixées par la législation nationale. L’aide juridictionnelle est généralement disponible pour couvrir les frais d’interprétation et de traduction des personnes sans ressources. En Finlande, un calcul préliminaire des droits et des demandes d’aide juridictionnelle peut être effectué au moyen d’un système de gestion des affaires d’aide juridictionnelle.
Dans l’enquête sur la plateforme des droits fondamentaux, 82 répondants sur 115 ont confirmé que les services d’interprétation et de traduction sont les mesures les plus utilisées pour supprimer les obstacles empêchant les personnes d’accéder à des voies de recours judiciaires et non judiciaires dans leur État membre, suivies par l’aide juridictionnelle (79 répondants sur 115).
3.3.Droits des victimes
Lors des consultations menées à l’appui de ce rapport, la plupart des États membres ont évoqué de nouvelles mesures visant à protéger les victimes de la criminalité. Par exemple, en Roumanie, les services ciblés d’aide aux victimes de la criminalité fournissent leurs services par l’intermédiaire d’un réseau national de 47 bureaux. Deux des plus grandes juridictions slovènes de première instance disposent de services spécialisés d’aide aux victimes réunissant des juges et des victimes (principalement de violence de genre ou de violence domestique) afin d’éviter tout contact inutile avec l’auteur présumé et de décider de mesures de protection.
L’Autriche fournit un soutien psychosocial gratuit aux victimes pendant les procédures pénales et civiles. En Allemagne, le code de procédure pénale impose aux tribunaux de fournir une assistance psychosociale. Les victimes de violences ou de crimes à caractère sexuel graves peuvent également demander qu’un assistant psychosocial soit désigné gratuitement dans leur affaire. En Suède, un conseil peut également être désigné gratuitement pour protéger les intérêts des victimes et intenter une action en dommages et intérêts dans les affaires pénales. En Grèce, seules les victimes de la traite des êtres humains peuvent bénéficier d’un soutien psychosocial. En Croatie, la Médiatrice a recommandé des sessions de formation ciblées sur les droits des victimes et la mise en place de services spécialisés pour le soutien des victimes et des témoins dans toutes les juridictions.
En outre, près d’un tiers des répondants à l’enquête sur la plateforme des droits fondamentaux (31 répondants sur 115) ont convenu que des procédures accélérées étaient accessibles aux parties vulnérables. À Chypre et en Allemagne, par exemple, les affaires impliquant des violences sexuelles ou des enfants peuvent être traitées en priorité. En Belgique, le code judiciaire prévoit une mesure accélérée dans les affaires relatives à la responsabilité parentale transfrontalière et à la protection de l’enfance (par exemple, dans les affaires d’enlèvement international d’enfants).
En ce qui concerne la lutte contre la violence de genre et la violence domestique, certains États membres ont récemment permis aux services répressifs de partager les informations de contact des victimes avec un centre d’aide, qui contacte la victime de sa propre initiative pour offrir une aide après le signalement de l’infraction. Des efforts ont également été déployés pour garantir la disponibilité d’un soutien ciblé. La Finlande, par exemple, a mis en place un réseau de 24 centres d’aide aux victimes de violences sexuelles dans l’ensemble du pays. En Suède, des unités de soins spéciales sont disponibles pour les victimes de violences et d’abus sexuels. En Croatie, le Bureau pour l’égalité entre les hommes et les femmes a élaboré des lignes directrices à l’intention des services répressifs et des professionnels de la justice sur le traitement de la criminalité sexuelle.
Comme indiqué dans la stratégie relative à la charte et dans le rapport de 2022 sur la charte, les organisations de la société civile (OSC) sont également des partenaires jouant un rôle central dans la chaîne d’application de la charte. Lors des consultations menées dans le cadre de la stratégie relative à la charte, 80 % des OSC ayant répondu ont confirmé que les personnes s’adressent à elles pour obtenir des informations sur leurs droits. Une écrasante majorité (85 %) des OSC ont également mené des activités de sensibilisation aux droits fondamentaux
. Dans le cadre des consultations menées pour étayer le présent rapport, plusieurs États membres ont évoqué la contribution centrale des OSC à la fourniture d’une assistance, notamment juridique, aux personnes dans le besoin. Par exemple, en Allemagne, les autorités ont conclu des accords de coopération avec des centres de conseil gérés par des OSC, qui fournissent un soutien dans les cas de traite des êtres humains dans presque tous les États fédéraux.
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Organisation de sessions de formation régulières et ciblées à l’intention des professionnels du droit
Dans la plupart des États membres, une formation judiciaire est disponible sur la manière de communiquer avec différents groupes de victimes ou des personnes issues de milieux culturels, religieux, raciaux, ethniques ou linguistiques différents, ainsi que sur les mesures de protection, en particulier dans les cas de violence à l’égard des femmes et de violence domestique, ou sur les pratiques tenant compte de la dimension de genre dans les procédures judiciaires. En Hongrie, par exemple, la formation visant à répondre aux besoins des groupes vulnérables est dirigée par des psychologues dans le cadre du programme annuel de formation judiciaire. En Espagne, la nouvelle législation impose aux barreaux de dispenser une formation sur les droits de l’enfant à la lumière de la convention relative aux droits de l’enfant et de la violence à l’égard des enfants. En Suède, les procureurs qui traitent des affaires impliquant des enfants reçoivent une formation ciblée et représentent l’enfant au cours de la procédure. En outre, certains États membres ont évoqué les efforts déployés pour améliorer la protection juridictionnelle effective des victimes en dispensant une formation ciblée à d’autres professionnels concernés. Toutefois, peu d’informations ont été fournies sur le moment où la formation en question est dispensée (lors de l’entrée en fonction ou de la formation continue sur le lieu de travail) et sur la question de savoir si elle est obligatoire. Il arrive également que la formation ne soit dispensée que dans les plus grandes juridictions ou ne couvre qu’un groupe vulnérable ou qu’un type de criminalité.
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3.4.Justice adaptée aux enfants
Les consultations montrent que les États membres prennent de plus en plus de mesures spécifiques pour garantir une protection juridictionnelle adaptée aux enfants. Les récentes initiatives en faveur d’une justice adaptée aux enfants se sont concentrées sur la mise en place de salles d’audition réservées aux enfants, sur la disponibilité d’une aide juridictionnelle et d’une présentation aux enfants, ainsi que sur la fourniture d’une formation spécialisée aux professionnels de la justice afin que les suspects, les personnes poursuivies, les victimes et les témoins qui sont des enfants puissent effectivement participer à la procédure d’une manière correspondant à leur maturité. Dans la plupart des États membres, les juridictions sont tenues d’informer l’enfant de la procédure et d’en expliquer les conséquences d’une manière adaptée à l’enfant.
Certains États membres ont également mis en place des tribunaux ou désigné des procureurs spécialisés dans les affaires impliquant des enfants. En 2021, Chypre a modifié sa législation afin de donner la priorité aux procédures non judiciaires pour les délinquants mineurs et a mis en place des tribunaux spécialisés pour enfants. En Allemagne, les tribunaux et les procureurs de la jeunesse veillent à ce que les affaires impliquant des mineurs soient traitées par des professionnels du droit disposant d’une éducation et d’une formation appropriées.
Des initiatives visant à améliorer les possibilités offertes aux enfants de signaler un crime ont également été prises ces dernières années. En Espagne, des mesures de détection précoce visant à détecter la violence envers des enfants ont été mises en place, notamment une obligation renforcée pour les personnes en contact avec des enfants de signaler les soupçons d’abus. Le rôle de coordinateur du bien-être et de la protection a en outre été rendu obligatoire dans les écoles.
De même, de nombreux États membres ont renforcé la capacité des enfants à signaler des infractions pénales et à participer à des procédures judiciaires avec l’aide d’un représentant légal désigné par une juridiction. L’assistance d’un tiers neutre est particulièrement importante lorsque le suspect ou l’accusé est le parent. En Autriche, un défenseur des enfants est désigné pour permettre aux enfants de participer sans les contraindre et pour réduire les conflits de loyauté. De même, aux Pays-Bas, un curateur peut être désigné en vertu du code civil pour sauvegarder l’intérêt supérieur de l’enfant ou à la demande de celui-ci.
Plusieurs États membres évoquent la mise à disposition de salles réservées aux enfants dans les tribunaux. En Slovaquie, des salles familiales sont mises en place pour faciliter les entretiens avec des enfants ou d’autres personnes vulnérables. En France, les auditions des enfants victimes peuvent être menées par des enquêteurs en uniforme civil dans une salle équipée de jouets, de microphones et de caméras. Un pédopsychiatre surveille et interprète le comportement de l’enfant depuis une salle de contrôle.
Les États membres tiennent également de plus en plus compte des besoins des enfants lors de l’organisation des services d’aide aux victimes. En Espagne, durant les procédures pénales impliquant des actes de violence à l’encontre d’un enfant ou d’un adolescent, l’enfant victime doit être renvoyé devant un bureau d’assistance aux victimes. En partenariat avec la FRA, la Roumanie a lancé un projet visant à garantir une justice pénale accessible aux enfants victimes. De même, en coopération avec l’Unicef, la Pologne a mis en place des services de permanence téléphonique juridique pour les enfants, notamment pour les enfants réfugiés en provenance d’Ukraine.
Toutefois, outre ces exemples positifs, certains participants à la consultation ont également fait état d’un manque d’informations adaptées aux enfants et d’infrastructures adaptées à leur âge afin de faciliter la participation des enfants aux procédures; de tribunaux ou de professionnels juridiques spécialisés; et d’un manque de protection des mineurs étrangers non accompagnés. Parmi les améliorations suggérées figurent un meilleur suivi de la mise en œuvre des lois adaptées aux enfants, le renforcement du droit des enfants à déposer des plaintes et la mise en place de protocoles pour les professionnels de la justice traitant des affaires impliquant des enfants.
Les enfants migrants sont confrontés à des difficultés particulières pour accéder aux mécanismes de plainte. Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a souligné que les enfants demandeurs d’asile et les enfants réfugiés et migrants, y compris les enfants sans papiers et les enfants séparés de leur famille, doivent bénéficier gratuitement d’une aide juridique, de services d’interprétation et d’autres aides afin de garantir que leurs points de vue sont dûment pris en compte dans les décisions qui les concernent. Il convient également de former et de mettre à disposition des avocats, en particulier pour les enfants vivant dans des camps et des centres d’accueil, afin de garantir l’accès à des mécanismes judiciaires adaptés à leur âge et adaptés aux enfants, ainsi qu’à des voies de recours appropriées pour contester toutes les décisions relatives à leur statut migratoire.
3.5.Droits des victimes de discrimination
Les institutions nationales de défense des droits de l’homme (INDH), les organismes pour l’égalité de traitement et les médiateurs promeuvent les droits fondamentaux
et sont souvent les premiers points de contact avec les victimes de discrimination. Ils fournissent des orientations et une assistance juridique gratuite aux personnes qui auraient été victimes de discrimination, surveillent l’application de la législation en matière d’égalité et de non-discrimination et de la charte, et mènent des actions de sensibilisation. Ils peuvent également enquêter sur les cas de discrimination et mener des activités de formation. Dans un tiers des États membres, les organismes pour l’égalité de traitement sont chargés de prendre des décisions contraignantes dans les affaires de discrimination. La plupart des INDH et organismes pour l’égalité de traitement ont en outre qualité pour soutenir ou représenter les victimes devant les tribunaux. Certaines INDH sont également chargées d’engager des procédures stratégiques devant les tribunaux et d’intervenir devant les cours constitutionnelles pour contester la constitutionnalité d’actes juridiques.
En 2022 et 2023, le REINDH a recensé les obstacles à l’accès à la justice pour les groupes vulnérables dans l’Union, notamment les personnes à faibles revenus, les enfants, les femmes, les victimes de violence domestique, de traite des êtres humains et d’exploitation par le travail, les migrants et les demandeurs d’une protection internationale, ainsi que les minorités ethniques. La sous-dénonciation est une préoccupation majeure; les victimes sont souvent réticentes à saisir les tribunaux en raison des frais de justice, de la complexité des procédures et des contraintes de temps
.
Certains États membres ont mentionné que des mesures récentes avaient été prises pour améliorer l’accessibilité des voies de recours. Par exemple, en Bulgarie, des bureaux régionaux pour la protection contre la discrimination ont été créés afin d’aider le public à mieux s’informer sur la protection et l’aide juridictionnelle.
Certains États membres ont mis en place des mécanismes de recours collectif dans le domaine de la lutte contre la discrimination. Par exemple, en France, les organisations syndicales représentatives et les associations de lutte contre les discriminations peuvent intenter des actions collectives contre les pratiques discriminatoires. En Hongrie, la société civile et les organisations de représentation d’intérêts peuvent demander une enquête sur d’éventuelles violations de l’égalité de traitement.
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Efforts visant à assurer une protection juridictionnelle effective des personnes handicapées
Un accès effectif à la justice signifie également que les procédures doivent être accessibles aux personnes handicapées. Environ la moitié des répondants à l’enquête sur la plateforme des droits fondamentaux ont indiqué que des mesures visant à faciliter l’accès des personnes handicapées aux voies de recours judiciaires et non judiciaires étaient en place dans leur État membre. Toutefois, les répondants ont également indiqué que d’autres améliorations étaient nécessaires.
Un élément central à cet égard est l’accessibilité physique des bâtiments. En Slovénie, l’Institut d’urbanisme a visité tous les bâtiments judiciaires pour effectuer une analyse de l’accessibilité, qui sert de base aux futurs investissements, et conseille les personnes handicapées visitant les tribunaux.
Toutefois, dans plusieurs États membres, les bâtiments ne sont pas entièrement accessibles. En Allemagne, certains États fédéraux ont adopté des règlements sur l’accès aisé afin d’améliorer en permanence l’accès, notamment par l’intermédiaire d’ascenseurs, de toilettes accessibles, de systèmes d’interphones multisensoriels, de surfaces ou de marquages de marches à contraste élevé, de signalisation tactile et de systèmes de boucle à induction. La Belgique indique que si un nombre important de bâtiments ont été adaptés à la législation sur l’accessibilité, tous les palais de justice ne respectent pas les règles. Dans de nombreux cas, cela s’explique par la nécessité d’aligner les travaux de construction sur la préservation des bâtiments classés. En Pologne, un projet visant à garantir l’accès des personnes handicapées à la justice comprend des travaux d’adaptation et de construction dans 35 palais de justice. En Hongrie, les travaux d’accessibilité des bâtiments sont financés avec l’aide de l’Union. Toutefois, en 2022, le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies a constaté avec inquiétude que des obstacles à l’accès des personnes handicapées à la justice continuaient d’exister pour diverses raisons, notamment l’inaccessibilité des bâtiments.
Les États membres ont également mis en place des solutions pour garantir que les personnes malvoyantes, malentendantes et les personnes peu alphabétisées ou analphabètes reçoivent des informations judiciaires au même titre que les autres. Par exemple, en Irlande, le tribunal d’indemnisation des victimes d’actes criminels met gratuitement à disposition, sur demande, une interprétation en langue des signes irlandaise. En Bulgarie, la plupart des tribunaux utilisent un logiciel de synthèse vocale pour traduire des documents judiciaires en discours naturel. La Cour suprême d’Espagne a récemment exigé que deux arrêts soient adaptés dans un format facile à lire afin qu’ils puissent être compris par les parties à l’affaire présentant une déficience intellectuelle.
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3.6.Droits des consommateurs et règlement extrajudiciaire des litiges
Dans la législation relative à la protection des consommateurs, les États membres font référence aux nombreuses voies de recours, civiles, pénales et administratives confondues, mises à disposition par les tribunaux et les services de protection des consommateurs, ainsi qu’au rôle important des associations de consommateurs et des organisations de la société civile. Par exemple, en Allemagne, les organisations de consommateurs peuvent déposer un modèle de plainte à l’encontre d’un commerçant afin de déterminer les principaux problèmes de fait ou de droit, lorsqu’il s’agit des conditions préalables aux demandes de plusieurs consommateurs. En France, les victimes d’un même préjudice peuvent intenter des actions collectives. En Lettonie, un tribunal économique a été créé pour traiter les litiges commerciaux complexes, les délits économiques et financiers et les affaires de corruption.
Des mécanismes de règlement extrajudiciaire des litiges (REL) ont été mis en place ou améliorés grâce à de récentes réformes législatives dans certains États membres. Les méthodes de REL sont encouragées par des mesures d’incitation spécifiques, telles que la fourniture d’informations sur le REL sur des sites web gouvernementaux ou dans des campagnes médiatiques, la fourniture d’une aide juridictionnelle partielle ou totale pour couvrir les coûts du REL, et l’utilisation de technologies pour faciliter la soumission et le règlement des litiges. Au Luxembourg, en matière pénale, le Service de Justice Restaurative cherche à engager un dialogue entre la victime et l’auteur de l’infraction sur toutes les conséquences matérielles et émotionnelles de l’infraction. En Suède, si les juges disposent d’un pouvoir discrétionnaire en matière de procédure sur le REL, la recherche d’un règlement amiable des litiges est obligatoire, à moins qu’elle ne soit jugée inappropriée pour l’affaire. Depuis mars 2023, aux Pays-Bas, les deux premières heures et demie de médiation sont gratuites pour les justiciables qui ne peuvent bénéficier de l’aide juridictionnelle, tandis que ceux qui y ont droit reçoivent une médiation gratuite.
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Évaluation des incidences de la législation nationale sur la protection juridictionnelle effective
Dans la stratégie relative à la charte, la Commission a invité les États membres à recourir à des analyses d’impact pour s’assurer que les initiatives mettant en œuvre le droit de l’Union sont conformes à la charte. Bien qu’il existe quelques exemples de la manière dont les incidences sur les droits fondamentaux des propositions législatives relatives à une protection juridictionnelle effective ont été évaluées, dans la plupart des cas, la nécessité de tenir compte des droits fondamentaux a été soulignée par des acteurs autres que les gouvernements des États membres.
En Finlande, la commission parlementaire du droit constitutionnel a noté que, depuis que le projet de loi modifiant la loi sur les étrangers mettait en œuvre le droit de l’Union, le respect des droits fondamentaux nécessitait que plusieurs éléments du projet de loi soient définis plus en détail. Elle a également attiré l’attention sur la nécessité d’assurer la compatibilité du projet de loi avec le droit de l’Union du point de vue de l’application de la «procédure à la frontière» aux mineurs
. En Lituanie, des modifications de la législation nationale mettant en œuvre la directive (UE) 2016/680 ont été proposées, car elle ne garantissait pas suffisamment le droit à un recours effectif consacré à l’article 47 de la charte. Le parlement national a estimé que les voies de recours existantes étaient trop compliquées, rendant le droit à un recours juridique inapplicable dans la pratique, et créaient des droits procéduraux inégaux
.
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4.Octroi d’une protection juridictionnelle effective par l’intermédiaire des tribunaux
La CJUE et les juridictions nationales appliquent et interprètent le droit de l’Union et jouent donc un rôle central dans la préservation d’une protection juridictionnelle effective. Par l’entremise du mécanisme de décision préjudicielle et de la procédure d’infraction, la CJUE a également clarifié le droit pertinent de l’Union, en interprétant souvent les droits énoncés dans le droit dérivé de l’Union à la lumière des articles 47 et 48 de la charte.
Toutefois, ainsi qu’il ressort de l’article 47 de la charte, la protection juridictionnelle effective va au-delà du droit individuel à un contrôle juridictionnel. Conformément à l’article 19, paragraphe 1, deuxième alinéa, du TUE, les États membres doivent fournir aux juridictions nationales des garanties suffisantes pour assurer une protection juridictionnelle effective, sans exiger de nouvelles voies de recours. En donnant une vue d’ensemble des affaires relatives à une protection juridictionnelle effective, le présent chapitre souligne le rôle essentiel de la CJUE et des juridictions nationales dans la garantie d’une protection juridictionnelle effective et d’un accès effectif à la justice en vertu du droit de l’Union.
4.1.Jurisprudence de la CJUE sur les voies de recours effectives
Le droit à une protection juridictionnelle effective a souvent été au centre des demandes de décision préjudicielle portant sur différents domaines du droit de l’Union, notamment l’obligation pour les États membres de respecter pleinement le droit de l’Union et la jurisprudence de la CJUE pour bénéficier du droit à un procès équitable devant une juridiction indépendante et impartiale établie par la loi. Le bon fonctionnement et l’indépendance totale des systèmes judiciaires sont essentiels pour faire en sorte que la justice profite aux citoyens et aux entreprises, étant donné qu’ils devraient être en mesure de faire respecter tous les droits qui leur sont conférés par le droit de l’Union grâce à une protection juridictionnelle effective.
Selon une jurisprudence constante de la CJUE, en l’absence de règles précises de l’Union, il appartient à chaque État membre d’établir des règles de procédure pour sauvegarder les droits conférés par le droit de l’Union, conformément au principe de l’autonomie procédurale. Toutefois, ce faisant, ils doivent veiller à ce que ces règles ne soient pas moins favorables que celles régissant des situations similaires en droit interne (principe d’équivalence) et ne rendent pas pratiquement impossible ou excessivement difficile l’exercice des droits conférés par le droit de l’Union (principe d’effectivité)
. Pour apprécier si les États membres ont prévu un recours effectif pour les droits conférés par le droit de l’Union, la CJUE s’est généralement référée à l’essence et à la finalité de ces droits au regard de l’article 47 de la charte.
Dans le cadre de la procédure préjudicielle, des questions relatives à l’interprétation du droit à une protection juridictionnelle effective se sont posées dans différents domaines du droit de l’Union.
Une partie substantielle de la jurisprudence de la CJUE sur le droit à une protection juridictionnelle effective concerne l’interprétation des directives relatives aux droits procéduraux en matière pénale et la clarification des garanties prévues par les directives. Par exemple, les questions préjudicielles portent sur l’interprétation:
-du droit à un procès équitable dans le cadre des procédures pénales, notamment l’interdiction des références publiques à la culpabilité
, du droit d’assister à son procès dans le cadre d’audiences au moyen de la technologie de visioconférence, et des dérogations au droit d’assister à son procès;
-des droits procéduraux des personnes concernées par une procédure de confiscation in rem;
-du droit des enfants à l’assistance effective d’un avocat dans le cadre de procédures pénales;
-du droit à la traduction des documents essentiels pour un suspect ou une personne poursuivie qui ne comprend pas la langue de la procédure pénale, y compris le délai dans lequel ce droit s’applique
, quels documents sont considérés comme essentiels pour assurer une défense efficace, à quels documents s’applique le droit à la traduction
, et quand des violations de ce droit peuvent être soulevées;
-du droit de ne pas être jugé ou puni deux fois pour une même infraction (principe ne bis in idem);
-de l’efficacité des voies de recours en cas de violation des droits du suspect ou de la personne poursuivie, notamment la possibilité pour une juridiction de soulever d’office des violations des droits de la défense
;
-du droit d’accès à un avocat et des dérogations à ce droit
; et
-du droit à l’information dans le cadre des procédures pénales
, notamment le moment où les informations sur les chefs d’accusation devraient être fournies afin de permettre à la personne soupçonnée ou poursuivie de préparer efficacement sa défense.
La CJUE s’est également penchée sur la protection juridictionnelle effective dans le cadre de la coopération judiciaire européenne, dont la décision d’enquête européenne et le mandat d’arrêt européen (MAE) sont des exemples de premier plan. Afin de garantir l’existence de voies de recours efficaces, il est essentiel de veiller à ce que les États membres disposent de voies de recours équivalentes à celles qui existent dans des affaires nationales similaires.
La CJUE a également confirmé que la décision-cadre relative au MAE prévoit des garanties globales en matière de protection juridictionnelle effective. Par exemple, sur les voies de recours disponibles dans l’État membre d’émission et l’accès aux éléments de l’affaire après la remise. En outre, dans une série d’affaires relatives à l’état de droit, la CJUE a clarifié les critères de refus ou de suspension de l’exécution d’un mandat d’arrêt européen dans des situations où le droit de la personne dont la remise est demandée à un procès équitable est présumé menacé dans une situation de défaillances systémiques ou généralisées concernant l’indépendance de la justice dans l’État membre d’émission.
La lutte contre la discrimination est également un domaine dans lequel des questions relatives à l’interprétation du droit à une protection juridictionnelle effective ont été soulevées. Les sanctions doivent garantir une protection juridictionnelle réelle et effective
et avoir un effet véritablement dissuasif afin d’éviter de nouvelles discriminations, ce qui nécessite d’imposer des sanctions même en l’absence de victime identifiable
. Une sanction purement symbolique ne peut être considérée comme suffisante
.
Dans le domaine des marchés publics, la CJUE a jugé que, dans les cas où une procédure de passation de marché public a été lancée sans publication d’un avis de marché, les États membres ne peuvent exiger d’un justiciable qu’il détermine la procédure ou la décision dans sa demande de recours ou de mesures provisoires au titre de la directive 89/665/CE. Les États membres peuvent toutefois exiger que les soumissionnaires qui ont participé à une procédure de marché public ne puissent pas contester un jugement de la plus haute juridiction administrative par un recours devant la plus haute juridiction judiciaire concernant le respect du droit de l’Union. En outre, dans le cadre d’une procédure nationale relative à d’éventuelles fausses déclarations d’un soumissionnaire retenu, le pouvoir adjudicateur est tenu de mettre en balance le droit du soumissionnaire demandeur à un recours effectif et le droit du soumissionnaire concurrent à la protection de ses informations commerciales confidentielles et de ses secrets d’affaires. La décision d’un pouvoir adjudicateur de ne pas engager de procédure visant à vérifier si les offres ont été anormalement basses doit pouvoir faire l’objet d’un recours juridictionnel.
La directive sur les clauses abusives dans les contrats
a conduit à l’élaboration d’un corpus abondant de jurisprudence protégeant contre les clauses contractuelles abusives, ce qui va de pair avec l’exigence d’une protection juridictionnelle effective
. Par exemple, l’obligation pour les juridictions nationales d’apprécier d’office le caractère abusif des clauses contractuelles à l’origine des litiges de consommation
, l’existence et le point de départ des délais de prescription des demandes des consommateurs fondées sur des clauses abusives
, l’obligation pour les juridictions d’apprécier le caractère abusif d’une clause contractuelle déterminée de manière motivée afin d’exclure un examen ultérieur de la même clause fondé sur le principe de l’autorité de la chose jugée
, ainsi que la répartition des dépens
.
De même, en matière de migration et d’asile, une protection juridictionnelle effective joue un rôle important, et la CJUE a jugé que les États membres devaient respecter certaines garanties dans les décisions de retour, les interdictions d’entrée et les mesures d’éloignement et de rétention, telles que le droit d’être entendu et le droit d’accéder au dossier de l’affaire.
4.2.Jurisprudence nationale sur les voies de recours effectives
Outre la CJUE, les juridictions nationales ont la responsabilité d’assurer la protection juridictionnelle dans l’Union en vertu de l’article 19 du TUE.
À ce titre, les États membres appliquent la charte dans les affaires qui concernent la mise en œuvre du droit de l’Union. La charte a été le plus souvent citée dans des affaires tranchées par des cours administratives suprêmes, concernant notamment la fiscalité, la confiscation de biens, la discrimination en matière d’emploi, l’énergie et la concurrence, l’accès à l’information, la conservation de données, l’asile, ainsi que le mandat d’arrêt européen et la reconnaissance mutuelle des peines privatives de liberté. Les éléments suivants mettent en évidence certains cas récents pertinents dans lesquels les juridictions nationales ont fait référence à la charte, souvent en combinaison avec des dispositions du droit constitutionnel ou international.
En l’absence de dispositions nationales mettant explicitement en œuvre les garanties procédurales de la charte, les revendications en matière de droits fondamentaux dans les affaires impliquant le droit de l’Union ont été directement fondées sur la charte. À cet égard, la CJUE a conféré un effet direct à l’article 47 de la charte, qui permet aux particuliers d’invoquer directement ce droit devant la juridiction nationale.
Par exemple, dans deux affaires, la Cour constitutionnelle d’Autriche a estimé que le droit des demandeurs d’asile à un recours effectif et, en particulier, leur droit à être entendus en vertu de l’article 47, paragraphe 2, de la charte avaient été violés. Dans un autre exemple relatif à une procédure en matière de TVA, la Cour administrative suprême d’Autriche a jugé qu’en l’absence de dispositions nationales mettant en œuvre le droit à une protection juridictionnelle effective, notamment le droit à l’aide juridictionnelle, la requérante pouvait invoquer une violation de ses droits fondamentaux sur la base de l’article 47 de la charte.
La charte a également été appliquée dans les cas où les juridictions nationales ont contrôlé la légalité des lois nationales. Se référant aux articles 7 et 47 de la charte, la Cour constitutionnelle de Belgique a estimé que plusieurs dispositions de la loi nationale sur la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme étaient contraires au secret professionnel des avocats, qu’elle considérait comme protégé par des éléments essentiels du droit au respect de la vie privée et à un procès équitable. Cette loi, qui met en œuvre la directive (UE) 2015/849, a été partiellement annulée.
De même, la Cour suprême d’Estonie a contrôlé la légalité de la loi nationale sur les étrangers, selon laquelle les décisions relatives à l’interruption prématurée du séjour sans obligation de visa ne pouvaient être contestées devant les tribunaux. Le droit des ressortissants de pays tiers d’entrer et de séjourner en Estonie sans visa découle du règlement 2018/1806, et la garantie du droit à un recours juridictionnel était donc une question de protection d’un droit subjectif du droit de l’Union. L’article 32, paragraphe 3, du code des visas de l’Union, lu en combinaison avec l’article 47 de la charte, imposait à l’Estonie de prévoir une procédure pour contester les décisions de refus de visa. Se référant aux principes d’équivalence et d’effectivité, la Cour a estimé que la même interprétation devait s’appliquer au séjour sans visa.
5.Financement de l’Union en faveur d’une protection juridictionnelle effective
Le financement destiné à renforcer les capacités des parties prenantes constitue un élément essentiel des efforts déployés par l’Union et ses partenaires internationaux pour soutenir une protection juridictionnelle effective. La Commission européenne contribue au renforcement de la protection judiciaire par l’intermédiaire du programme «Justice» et du programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV).
5.1.Le programme «Justice»
Dans le cadre du programme «Justice»
, la Commission européenne soutient un espace européen de justice fondé sur des systèmes judiciaires efficaces et indépendants
. Un financement est accordé pour relever des défis transfrontaliers, tels que le manque de confiance entre les systèmes judiciaires en matière de reconnaissance mutuelle et de coopération judiciaire, les lacunes dans la communication numérique, les procédures et la transmission d’informations juridiques, et la rareté des ressources pour la formation au droit de l’Union. L’un des trois volets du programme vise à faciliter l’accès effectif et non discriminatoire à la justice et à des voies de recours pour tous
, notamment par voie électronique, avec des domaines prioritaires tels que les droits de toutes les victimes de la criminalité et les droits procéduraux des suspects et des personnes poursuivies dans le cadre de procédures pénales
.
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Exemples de projets du programme «Justice»:
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Des subventions de fonctionnement sont accordées aux réseaux européens travaillant sur l’accès à la justice et la coopération judiciaire en matière civile et pénale, ainsi qu’au réseau européen de formation judiciaire. Le programme finance également le portail européen e-Justice
, qui fournit des informations sur les systèmes judiciaires nationaux en 23 langues afin de faciliter l’accès à la justice dans l’ensemble de l’Union. Le programme «Justice» est également utilisé pour financer les activités de coopération de l’Union avec le Conseil de l’Europe, notamment des activités sur une justice adaptée aux enfants.
5.2.Programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (CERV)
Dans le cadre de son programme CERV
, la Commission promeut la mise en œuvre des droits et des valeurs consacrés par les traités, la charte et les conventions internationales, en finançant des activités visant à soutenir des sociétés européennes fondées sur les droits, démocratiques, égalitaires et inclusives reposant sur l’état de droit.
Le volet «Valeurs de l’Union»
Le programme CERV 2021-2027 s’articule autour de quatre volets, à savoir 1) Valeurs de l’Union; 2) Égalité, droits et égalité de genre; 3) Engagement et participation des citoyens; et 4) Lutte contre la violence sexiste et les violences envers les enfants.
Afin de promouvoir les valeurs consacrées à l’article 2 du TUE, le programme de travail CERV 2023-2024 couvre une série d’activités visant à renforcer la capacité des organisations de la société civile à faire respecter la charte. Les financements provenant du volet «Valeurs de l’Union» peuvent être utilisés pour soutenir des activités liées aux droits fondamentaux, notamment pour défendre l’état de droit et renforcer l’indépendance de la justice; pour protéger les droits fondamentaux à l’ère numérique; pour renforcer les capacités en matière de protection des lanceurs d’alerte; pour accroître l’influence de l’espace civique; et pour lutter contre les discours et les crimes de haine.
Comme indiqué dans la stratégie relative à la charte, une protection juridictionnelle effective comprend les actions en justice à visée stratégique, qui peuvent concourir à une mise en œuvre et à une application plus cohérentes du droit de l’Union et au respect des droits. Le volet «Valeurs de l’Union» couvre également le financement destiné à renforcer les capacités en matière de contentieux stratégique afin de garantir la protection des droits découlant de la charte
, par exemple en améliorant les connaissances et les capacités en matière de contentieux des praticiens, des professionnels du droit, des organismes indépendants de défense des droits de l’homme et de la société civile.
Les projets financés au titre du volet «Valeurs de l’Union» peuvent également viser à promouvoir le renforcement des capacités et la sensibilisation à la charte au moyen d’activités de formation, notamment des formateurs (par exemple pour les experts, les avocats et les conseillers juridiques, les communicateurs, les conseillers en matière de politique et de plaidoyer), ainsi que d’orientations pratiques et d’outils d’apprentissage
.
Dans le cadre du volet «Daphné», un soutien financier est accordé à des projets visant à prévenir et à combattre la violence sexiste, notamment dans le contexte de la migration, ainsi que la violence envers les enfants
.
Dans le cadre de la coopération avec les organisations internationales, la Commission accorde également un soutien financier au titre du programme CERV à l’OSCE/BIDDH pour leurs travaux de partage des connaissances et de normalisation sur les crimes de haine
.
5.3.Soutien au titre d’autres programmes de financement de l’Union
Des fonds destinés à promouvoir une protection juridictionnelle effective sont également disponibles dans le cadre d’autres programmes de financement. Les projets financés au titre du programme pour une Europe numérique
comprennent des projets sur la justice en ligne, qui se sont concentrés sur la maintenance et le développement des systèmes informatiques, la numérisation de la notification des actes et de l’obtention des preuves en matière civile et commerciale, et le passage au numérique dans la coopération judiciaire en matière civile, commerciale et pénale
. De même, dans le cadre du financement accordé pour doter le public des connaissances nécessaires dans une société numérique, des projets en matière de protection juridictionnelle effective, de règlement extrajudiciaire des litiges et de justice adaptée aux enfants ont bénéficié d’un financement au titre du programme Erasmus+. En outre, le Fonds pour la sécurité intérieure finance des actions contre le terrorisme et la radicalisation, la grande criminalité organisée, la cybercriminalité et la protection des victimes.
Améliorer la protection juridictionnelle grâce à un financement au titre de la facilité pour la reprise et la résilience
Plusieurs États membres ont utilisé des fonds provenant de la facilité pour la reprise et la résilience (FRR) pour accroître l’efficacité de leurs systèmes judiciaires, réformer la justice civile et pénale et promouvoir la transition numérique de la justice.
Parmi les jalons et cibles du cycle du Semestre 2022-2023 qui ont été atteints de manière satisfaisante figurent des initiatives visant à promouvoir l’accessibilité, l’efficacité et la prévisibilité du système judiciaire en Bulgarie; accroître l’efficacité judiciaire en Croatie; soutenir la transition numérique du système judiciaire en Tchéquie et à Malte; réformer la justice pénale et civile en Italie; renforcer l’intégrité et l’indépendance du système judiciaire en Slovaquie; et renforcer l’état de droit et l’efficacité du système judiciaire en Espagne.
Outre la FRR, les réformes des États membres ont été soutenues par l’instrument d’appui technique afin d’accroître l’efficacité des systèmes judiciaires. Les projets financés ont cherché à améliorer l’accès aux tribunaux, à soutenir l’indépendance des systèmes judiciaires et à accroître l’efficacité des systèmes judiciaires en réduisant la durée des procédures et en revoyant l’attribution des affaires dans les tribunaux. Plusieurs projets ont été axés sur le renforcement d’une justice adaptée aux enfants grâce au modèle Barnahus, l’amélioration de l’inclusion des enfants handicapés en Slovaquie, la qualité du système éducatif en Roumanie et le renforcement de la justice pour mineurs en Slovénie. D’autres projets sont axés sur la modernisation du secteur de la justice.
Dans le cadre de ses instruments de financement de l’action extérieure, l’Union finance des projets visant à mettre les pratiques judiciaires dans les pays tiers en conformité avec les bonnes pratiques de l’Union et les normes internationales en matière de droits de l’homme, et à renforcer les capacités techniques du pouvoir judiciaire
. En outre, la promotion d’une justice fondée sur les droits et tenant compte de la dimension de genre, ainsi que l’accès à la justice et l’assistance juridique figurent parmi les priorités du plan d’action 2020-2024 de l’UE en faveur des droits de l’homme et de la démocratie. Le plan d’action est mis en œuvre dans le cadre d’une coopération multilatérale, mondiale, régionale et bilatérale et d’une coopération mondiale avec les pays partenaires et les organisations internationales et régionales. Dans ce contexte, l’Union encourage également le dialogue sur la justice transitionnelle avec l’Union africaine et met en œuvre un programme de coopération birégionale sur la sécurité des citoyens et la justice en Amérique latine.
La garantie d’un recours effectif et l’adoption de mesures visant à promouvoir l’accès à la justice constituent également un aspect important pour le suivi des pays candidats et candidats potentiels à l’adhésion à l’UE. La Commission les encourage à mettre en place des mécanismes efficaces pour garantir une protection juridictionnelle au moyen de programmes financés par l’Union.
Le soutien aux systèmes judiciaires des pays partenaires et la promotion de l’état de droit sont également couverts par les fonds de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) alloués aux missions civiles relevant de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC)
, ainsi que par le mandat de certains représentants spéciaux de l’Union
, qui sont financés par le budget de la PESC. Certaines missions civiles relevant de la PSDC aident également les autorités à renforcer les systèmes judiciaires et à faire progresser l’accès à la justice, entre autres tâches
.
En ce qui concerne l’octroi de financements à l’appui d’une protection juridictionnelle effective par d’autres organisations internationales, les subventions de l’EEE et de la Norvège encouragent les partenariats pour relever les défis auxquels sont confrontés les systèmes judiciaires européens.
6.Conclusions
Une protection juridictionnelle effective et un accès effectif à la justice constituent des éléments essentiels du contrôle démocratique et contribuent au respect des valeurs fondatrices de l’Union. Des recours judiciaires et non judiciaires effectifs permettent aux citoyens de faire respecter les droits que leur confère le droit de l’Union, notamment les droits fondamentaux, et empêchent que ces droits ne deviennent illusoires. Si l’accès à la justice est important pour les citoyens, leurs affaires contribuent également de manière significative à l’interprétation du droit de l’Union et du droit national. Les résultats positifs des litiges sont susceptibles de façonner le paysage juridique et de faire en sorte que les tribunaux et les législateurs interprètent les lois d’une manière qui respecte les droits fondamentaux.
Le présent rapport a mis en évidence les nombreuses voies de recours judiciaires et non judiciaires disponibles dans le droit de l’Union et les efforts déployés récemment pour renforcer une protection juridictionnelle effective grâce à l’adoption de plusieurs propositions législatives en suspens. Ce droit de l’Union contribue à garantir une protection juridictionnelle effective et un accès à la justice pour tous et souligne la nécessité de poursuivre les efforts conjoints de l’Union et des États membres dans ce domaine. À cet égard, la Commission invite le Parlement européen et le Conseil à veiller à ce que des normes élevées en matière de protection juridictionnelle effective soient maintenues dans ces propositions.
La Commission continue également de renforcer la capacité des professionnels de la justice, des organisations de la société civile et d’autres parties prenantes à appliquer la charte dans leur travail quotidien grâce à un financement, elle entretient des dialogues réguliers avec les experts et les parties prenantes et continue de surveiller la disponibilité d’une protection juridictionnelle effective dans le cadre du cycle de rapports sur l’état de droit.
Comme l’a également noté le Conseil, les États membres jouent un rôle essentiel dans la protection des droits fondamentaux dans le cadre d’une protection juridictionnelle effective et de l’accès à la justice. Ils sont tenus d’établir les voies de recours nécessaires pour assurer une protection juridictionnelle effective dans les domaines couverts par le droit de l’Union. Les mesures et la jurisprudence internes mises en évidence dans le présent rapport démontrent l’importance essentielle des juges nationaux et des autorités compétentes à cet égard. Les autorités nationales veillent à ce que des mesures de protection juridictionnelle soient en place au niveau national, mais, dans le même temps, des difficultés subsistent. Bien que l’échantillon utilisé lors des consultations ne soit pas suffisamment important pour tirer des conclusions définitives, les parties prenantes font référence à divers obstacles qui subsistent, aux côtés des difficultés rencontrées pour obtenir une protection juridictionnelle effective, qui sont décrites dans le rapport 2023 sur l’état de droit. Ces obstacles, tels que la fourniture insuffisante d’informations, en particulier sur les voies de recours non judiciaires, les difficultés pratiques liées à l’utilisation de solutions de justice en ligne, l’insuffisance des dispositifs de contrôle du respect des droits de l’enfant dans les procédures judiciaires, et les degrés variables d’inaccessibilité de la justice pour les groupes vulnérables, y compris pour des raisons économiques, peuvent empêcher des parties intéressées de saisir des voies de recours.
En outre, même si le nombre croissant de références jurisprudentielles à la charte faites par la CJUE et par des juridictions nationales témoigne d’un intérêt considérable pour la définition d’une protection juridictionnelle effective sous l’angle des droits fondamentaux, il pourrait y avoir davantage d’affaires portées devant les tribunaux qui appliquent la charte afin de renforcer la protection juridictionnelle d’une personne concernée. Cela souligne la nécessité de veiller à ce que les professionnels du droit reçoivent régulièrement une formation sur les droits fondamentaux et une protection juridictionnelle effective, et de permettre aux organisations de la société civile et aux défenseurs des droits de l’homme d’intenter des actions de contentieux stratégique au niveau national et au niveau de l’Union.
La Commission se réjouit de la participation et des contributions actives des parties prenantes et de l’Agence des droits fondamentaux à l’élaboration du présent rapport. Elle encourage les praticiens du droit, les autorités nationales (notamment les points focaux de la charte), les organisations de la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et d’autres parties prenantes à utiliser ce rapport dans le cadre de leurs efforts visant à améliorer l’effectivité de la protection juridictionnelle du point de vue des droits fondamentaux dans leurs États membres. La Commission invite également le Parlement européen et le Conseil à organiser des discussions spécifiques sur le rapport et est disponible pour soutenir ces échanges.