29.6.2023   

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 228/126


Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Vers un secteur des algues de l’UE fort et durable»

[COM(2022) 592 final]

(2023/C 228/18)

Rapporteur:

Zsolt KÜKEDI

Consultation

Commission européenne, 8.2.2023

Base juridique

Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

Décision de l’assemblée plénière

27.4.2023

Base juridique

Article 52, paragraphe 2, du règlement intérieur

Compétence

Section «Agriculture, développement rural et environnement»

Adoption en section

13.4.2023

Adoption en session plénière

27.4.2023

Session plénière no

578

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

147/0/1

1.   Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) accueille favorablement la communication de la Commission visant à créer un «secteur des algues de l’UE fort et durable». Les algues peuvent contribuer de nombreuses manières à atténuer les effets du changement climatique ou à nourrir et à approvisionner durablement en énergie la population mondiale en pleine explosion.

1.2.

Les opinions sur les algues sont partagées au sein de la population européenne. En particulier, dans les zones voisines d’eaux polluées, la prolifération d’algues est jugée préoccupante. Dans le même temps, les algues sont aussi considérées comme une solution possible aux problèmes de nombreux pays, en partie grâce à l’innovation européenne. Le CESE fait observer que, dans le contexte de la création d’un secteur des algues, il y a lieu de susciter la confiance dans les produits et d’accorder une attention accrue à leur sécurité.

1.3.

Le CESE constate que la communication n’insiste pas suffisamment sur la possibilité de créer une source alimentaire dans un environnement d’eau douce. En outre, l’utilisation des algues ne doit pas nécessairement se limiter à cette fonction, mais peut également s’étendre aux eaux douces eutrophisées, aux eaux thermales usagées et aux eaux résiduaires, où elles peuvent servir à des fins environnementales ou énergétiques. Il convient de mettre cette ressource énorme, mais sous-utilisée, au service du développement de l’Europe, et en particulier de ses zones rurales.

1.4.

Les macroalgues présentes dans les eaux marines côtières peuvent générer des recettes supplémentaires pour les entreprises de pêche. Leur extraction réduit l’eutrophisation et peut générer des produits et des services écosystémiques précieux, notamment en fournissant de nouveaux habitats pour certaines espèces. Le secteur des macroalgues d’eau douce commence tout juste à se développer et devrait donc être pris en compte dans les futurs documents stratégiques.

1.5.

Dans l’Union européenne (UE), la culture en continu des microalgues est surtout possible en réacteur fermé, ce qui implique un énorme besoin en capitaux. En revanche, elle est très productive et fiable, et de qualité prévisible. Les microalgues peuvent également être cultivées dans les eaux douces et les lacs du sud de l’Europe.

1.6.

Elle est pour ainsi dire la seule option disponible pour certains États membres ne disposant pas d’un littoral maritime (par exemple la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie). Dans le même temps, quelques-uns de ces pays possèdent un niveau élevé de connaissances scientifiques et technologiques dont il convient de tirer parti lors de la création d’un secteur européen des algues.

1.7.

Il convient de ne pas traiter de la même façon les macroalgues et les microalgues, qui offrent des possibilités très variées et ont des caractéristiques, des incidences et des besoins réglementaires différents. Le CESE reconnaît que la communication ménage un équilibre raisonnable entre les macroalgues et les microalgues, mais il préconise d’examiner comment certains États membres (ceux ne disposant pas d’un littoral maritime) pourraient tirer parti de l’algoculture en eau douce. Le CESE recommande d’adopter une approche plus équilibrée et intégrée aux secteurs connexes, d’établir une distinction claire entre les compétences de l’UE et celles des États membres et de protéger éventuellement le marché intérieur des produits d’importation peu coûteux.

1.8.

L’approvisionnement alimentaire dans l’Union ne pose pas encore de problème, contrairement à la disponibilité et au prix de l’énergie (tant en ce qui concerne la production que les importations), des engrais et des ingrédients destinés à l’alimentation animale, à l’augmentation des déchets organiques et à la diminution des terres arables. Les technologies capables de résoudre globalement ces problèmes urgents, et la production et l’exploitation des algues en font partie, méritent amplement d’être soutenues.

1.9.

Le CESE constate que la communication prévoit un énorme potentiel économique pour les algues, mais que leur culture présente un potentiel théorique encore plus élevé et qu’elle est donc capable de répondre à une demande croissante. Toutefois, étant donné que les fonds européens ne doivent être utilisés que pour des solutions économiquement viables et durables, le CESE demande à la Commission de prêter une attention particulière à l’efficacité économique de la production d’algues ainsi qu’à ses dimensions environnementale et sociale.

1.10.

Le CESE a suggéré de promouvoir, lors de l’établissement d’un secteur des algues, les connaissances et la sensibilisation concernant cette nouvelle industrie afin de garantir son acceptation par la société et le marché; il invite dès lors la Commission européenne à accorder une importance particulière à cette proposition en envisageant des enquêtes représentatives, des plans d’action par pays et la participation, voire la création, d’organisations sectorielles.

1.11.

Le CESE recommande à la Commission européenne, aux États membres concernés et à l’industrie algale d’examiner les propositions suivantes en relation avec la création d’un secteur des algues:

intégrer la production d’algues dans les chaînes de valeur existantes de denrées alimentaires agricoles, d’aliments pour animaux et de matières premières industrielles et énergétiques,

mettre davantage l’accent, dans la communication, sur la production d’algues en eau douce,

lancer un processus de normalisation englobant l’ensemble des algues, qui pourrait également prévoir l’élaboration d’une stratégie intégrée pour les produits de la mer,

sur la base des meilleures pratiques administratives, mettre un terme à la fragmentation de la législation et étendre les modèles d’autorisation aux algues,

faire figurer les différentes espèces d’algues dans le catalogue alimentaire de l’UE,

combler les lacunes en matière de connaissances techniques, ainsi que de technologie et d’innovation, au moyen d’un programme ambitieux de financement de la recherche à court et moyen termes,

mettre en place des banques de matériels de multiplication d’algues, financer leur fonctionnement et veiller à ce que les matières premières soient disponibles à des prix raisonnables pour les producteurs d’algues et les projets de R & D,

réexaminer les aspects économiques de la production et des applications potentielles afin de créer un secteur des algues économiquement viable: il convient de protéger le marché intérieur contre les produits d’importation peu coûteux.

1.12.

Le CESE invite les institutions européennes à commencer à accorder la priorité à la question de l’eau et à élaborer un «pacte bleu pour l’Europe» afin de préserver les ressources en eau, de mieux les utiliser et de relever de manière adéquate les défis qui y sont liés. Dans ce contexte, la création d’un secteur des algues de l’UE constitue une étape importante.

2.   Observations générales

2.1.

Le 15 novembre 2022, la Commission européenne a publié sa proposition sur le thème «Vers un secteur des algues de l’UE fort et durable» (1). La communication propose de mettre au point de nouveaux moyens durables pour alimenter une population mondiale en pleine explosion et l’approvisionner en énergie soutenable. La communication souligne que pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en matières premières et en énergie, il y a lieu d’exploiter pleinement le potentiel des algues comme ressource renouvelable en Europe.

2.2.

La communication de la Commission européenne est logique et s’inscrit dans le droit fil de la série de documents publiés jusqu’à présent sur le sujet, qui reconnaissent le potentiel économique important ainsi que les avantages sociaux et environnementaux de la culture à grande échelle des microalgues et des macroalgues au sein de l’UE. Elle recense 23 actions visant à améliorer le cadre de gouvernance et la législation; à rendre l’environnement des entreprises plus favorable à l’exploitation des algues; à accroître la prise de conscience sociale et l’acceptation par les consommateurs des algues et des produits à base d’algues, ainsi qu’à combler les lacunes dans les domaines de la connaissance, de la recherche et de la technologie.

2.3.

Les politiques européennes, qu’il s’agisse du pacte vert pour l’Europe (2) ou de la stratégie «De la ferme à la table» (3), ont souligné le potentiel que recèlent les algues (marines) et autres produits à base d’algues en tant que source de protéines pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux à faible empreinte carbone. La communication intitulée «Orientations stratégiques pour une aquaculture plus durable et compétitive dans l’Union européenne pour la période 2021-2030» (4) fait valoir qu’il est nécessaire de promouvoir la culture d’algues — tant les macroalgues (algues marines) que les microalgues — afin de contribuer à la réalisation de plusieurs objectifs du pacte vert pour l’Europe. Dans sa communication sur «Des cycles du carbone durables» (5), la Commission reconnaît les possibilités qu’offrent les algues pour l’économie du carbone bleu. La communication relative à une économie bleue durable (6) évoque également les possibilités que recèlent les algues lorsqu’il s’agit d’assurer un système alimentaire durable et la sécurité alimentaire mondiale.

2.4.

Non seulement les algues constituent une matière première respectueuse de l’environnement (et donc «verte»), mais leur exploitation systémique est aussi conforme au principe fondamental de réduction maximale des déchets sous-tendant l’économie bleue, ce qui en fait potentiellement un produit à la fois «bleu» et «vert».

2.5.

La culture des algues apporte une valeur ajoutée à presque tous les éléments du pacte vert pour l’Europe:

la protection du climat, grâce à la décarbonation,

un approvisionnement énergétique, grâce à la production de biogaz et de biocarburants,

l’avènement de la circularité, par sa contribution à la gestion des déchets et à l’objectif «zéro pollution»,

la promotion d’un système alimentaire sain et respectueux de l’environnement,

la préservation et le rétablissement des écosystèmes et de la biodiversité, ainsi que le développement des services environnementaux,

l’objectif «zéro pollution».

L’intensification de la production d’algues ouvre les possibilités concrètes suivantes (7):

production durable de denrées alimentaires (y compris les aliments pour bébés) ou de compléments alimentaires (par exemple, vitamines ou carraghénanes), sans utilisation de terres cultivables,

production de biogaz et de biocombustibles de dernière génération,

production de produits cosmétiques, de produits de santé (extraits médicamenteux, pigments, thalassothérapie) et de matières premières industrielles (pâte à papier/fibres biosourcées) à haute valeur ajoutée,

production de compléments alimentaires (amélioration du rendement et/ou de la qualité, réduction des besoins en farines de soja ou de poisson),

production de biostimulants pour les cultures (amendements pour sols, pulvérisation foliaire),

avantages sur le plan de la protection de l’environnement (traitement des eaux usées, mesure de la pureté de l’eau, quotas d’émission de carbone).

2.6.

La communication de la Commission «traite du potentiel des algues au sein de l’UE et définit une approche cohérente, y compris des actions ciblées, pour soutenir le développement de la culture et de la production d’algues régénératrices dans l’ensemble de l’UE, ainsi que pour développer les marchés des applications alimentaires et non alimentaires des algues et les rendre accessibles au grand public».

2.7.

Non seulement la «culture et production d’algues régénératrices» permet de transformer l’énergie solaire et les nutriments en biomasse végétale et de soutenir la restauration des écosystèmes, mais «la culture des algues marines permet de produire des biens et des services écosystémiques précieux, notamment en fournissant de nouveaux habitats pour les poissons et les espèces invertébrées mobiles».

2.8.

Pour l’heure, les mers et l’océan représentent une ressource certes immense mais quasiment inexploitée: «bien que couvrant plus de 70 % de la surface terrestre, [ils] ne sont actuellement à l’origine que de 2 % de la nourriture humaine». Dans le même temps, l’exploitation des milieux aquatiques peut concerner non seulement les mers et les océans, mais aussi les eaux douces eutrophisées (qu’il s’agisse de rivières et de lacs, ou, notamment, de réservoirs ou canaux d’irrigation artificiels), les eaux thermales usagées et les eaux résiduaires.

2.9.

Les algues permettraient d’atténuer efficacement et durablement le problème de disponibilité des engrais, des ingrédients d’aliments pour animaux et de l’énergie engendré par la guerre russo-ukrainienne (8).

2.10.

Le potentiel de croissance de la demande d’algues est énorme (9): alors que la demande européenne d’algues marines avoisinait les 270 000 tonnes en 2019, elle pourrait passer à 8 millions de tonnes et atteindre 9 milliards d’EUR en valeur en 2030. Une telle augmentation pourrait créer quelque 85 000 emplois, éliminer chaque année des milliers de tonnes de phosphore et d’azote des mers européennes, atténuer jusqu’à 5,4 millions de tonnes d’émissions de CO2 par an et alléger la pression exercée sur les terres. Le CESE constate que la culture des algues présente un potentiel théorique encore plus élevé que la demande actuelle et qu’elle est donc capable de répondre à la demande croissante.

3.   Observations particulières

3.1.

Généralement, l’européen moyen, comme les entreprises, ont une perception négative des algues: à leur évocation, les images qui viennent à l’esprit sont celles d’une plage envahie d’algues marines ou d’un lac d’eau douce changeant de couleur en raison de la prolifération d’algues. Pourtant, les algues sont des organismes uniques et utiles en raison de leur structure physique et de leur mode de vie.

3.2.

Le terme «algues» désigne en fait un groupe composé d’environ 72 500 espèces (10) d’organismes photosynthétiques aquatiques. 20 % des espèces sont des macroalgues, c’est-à-dire des algues pluricellulaires de grande taille, généralement présentes dans les mers, tandis que le reste est constitué de microalgues pouvant aussi être cultivées artificiellement de manière efficace et dont l’utilisation est plus polyvalente, mais dont la production est plus onéreuse. L’initiative ménage un équilibre raisonnable entre les macroalgues et les microalgues, puisque la production mondiale actuelle est de 36 millions de tonnes de macroalgues et de 0,05 million de tonnes de microalgues.

3.3.

La communication ouvre des perspectives ambitieuses mais réalistes pour le secteur européen de la production d’algues. Le secteur des algues, avec ses possibilités et ses limites, est, dans une large mesure, analysé avec précision, le programme est cohérent et les mesures semblent généralement concrètes et pertinentes pour le développement du secteur européen des algues dans un avenir proche. Toutefois, certains éléments méritent davantage de clarifications et d’explications. En ce qui concerne la mise en œuvre, il y a lieu de veiller à la cohérence avec d’autres secteurs, tels que le secteur agroalimentaire traditionnel et les secteurs des produits de la mer (pêche et aquaculture animale).

3.4.

À l’heure actuelle, la production d’algues est totalement séparée des autres secteurs de production agricole. Il importe cependant que la production d’algues ne soit pas considérée comme un secteur totalement distinct, mais plutôt intégrée dans les chaînes de valeur existantes de denrées alimentaires agricoles, d’aliments pour animaux et de matières premières industrielles et énergétiques. Le CESE souligne la nécessité de réglementer la production d’algues et les activités connexes dans le cadre d’un système commun, en particulier en ce qui concerne les aspects suivants:

le secteur des centrales électriques et du traitement des eaux usées (traitement complexe des eaux usées, récupération de la chaleur résiduelle et du CO2),

l’intégration des installations de production de biogaz agricole avec la production et/ou l’utilisation des algues (par exemple, valorisation du lisier, réduction de la demande de terres agricoles, utilisation d’algues comme cosubstrat pour produire du biogaz),

le remplacement partiel des besoins en aliments protéiques pour l’élevage (recherches connexes en nutrition et diététique),

la restauration durable des écosystèmes d’eau vive touchés par l’eutrophisation.

3.5.

Étant donné qu’il s’agit d’un nouveau secteur peu développé, il convient d’accorder une attention particulière à la stimulation de son développement et de lancer un processus de normalisation. Cette démarche pourrait s’accompagner de l’élaboration d’une stratégie intégrée dans le domaine des produits de la mer et autres aliments issus du milieu marin qui engloberait les activités telles que la pêche, l’exploitation des organismes sauvages et l’aquaculture animale, et aborderait également, outre le secteur alimentaire, la question des biocarburants à base d’algues. La culture d’algues marines peut également représenter une activité de substitution pour les pêcheurs qui doivent faire face à une baisse de la production d’autres matières premières et à une augmentation des coûts, et peuvent être amenés à réorienter leurs activités traditionnelles. Cette approche intégrée ne se retrouve guère dans la communication à l’examen.

3.6.

De nombreuses mesures qui y sont prévues se concentrent principalement sur l’algoculture en mer. Cette approche est compréhensible compte tenu des taux de production actuels des macro- et microalgues et du fait que la culture des microalgues est actuellement sous-développée en Europe, mais l’objectif de développement devrait concerner tous les types d’algues. Les algues marines peuvent être cultivées dans les pays disposant d’un littoral maritime et d’îles, généralement dans des conditions naturelles, en fonction des espèces et de leur utilisation. Par ailleurs, la culture des microalgues, qui se fait généralement à terre, revêt également une grande importance, en particulier pour la production de protéines et de lipides, et ne doit pas être oubliée. Il s’agit notamment de micro- et macroalgues d’eau douce et de cultures appliquées aux eaux usées, qui constituent une source prometteuse de biomasse destinée à être utilisée comme matière première biologique, et permettent ainsi de diversifier la structure économique des territoires isolés et dépeuplés, contribuant ainsi à une vision à long terme pour les zones rurales de l’Union (11).

3.7.

L’un des principaux obstacles notoires à la production, en particulier pour les macroalgues, tant en mer qu’à terre, est la fragmentation de la législation et ses grandes disparités, non seulement entre les États membres mais aussi entre les régions d’un même pays, voire l’absence totale de réglementation sur les algues, étant donné que les modèles d’autorisation ont généralement été conçus pour les animaux aquatiques (poissons, coquillages, etc.). Très souvent, les algues ne sont pas mentionnées dans les formulaires utilisés pour la procédure d’autorisation, de sorte qu’il n’est même pas possible de demander une autorisation pour la culture d’algues. Le CESE recommande l’établissement d’un inventaire paneuropéen complet de l’ensemble des législations et procédures administratives applicables à chaque étape de la culture des algues et à chacun de leurs domaines d’application (alimentation, aliments pour animaux, biocarburants, cosmétiques, produits pharmaceutiques, etc.) et de l’utiliser comme exemple à l’intention des États membres dans le cadre du développement de bonnes pratiques administratives, et afin de créer des conditions de concurrence équitables pour les échanges à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union.

3.8.

Il est essentiel, pour le développement d’un secteur de l’algue alimentaire véritablement européen, d’encourager l’inclusion d’espèces ou de groupes d’algues dans le catalogue des aliments de l’Union. Bon nombre des espèces actuellement reconnues proviennent de pays tiers (en particulier d’Asie), ce qui peut constituer un obstacle, en particulier pour les entreprises et les investisseurs de plus petite envergure qui souhaitent cultiver des espèces européennes étroitement apparentées ou similaires. Par ailleurs, il convient de revoir les parties du catalogue des aliments relatives aux algues et d’encourager l’inclusion de nouvelles espèces ou familles.

3.9.

Étant donné la forte réticence sociétale à l’égard des algues — dénuée de fondement et due au manque de connaissances en la matière —, il y a lieu de promouvoir, à tous les niveaux administratifs, les connaissances et la sensibilisation concernant cette nouvelle industrie, ainsi que son intégration et sa systématisation, ce qui devrait se refléter dans les mesures proposées. Les étapes suivantes pourraient être envisagées:

mener des enquêtes uniformes, représentatives au niveau national, auprès du grand public et des entreprises, avec des questions et une méthodologie homogènes,

sur cette base, élaborer des plans d’action par pays pour changer les comportements,

créer des organisations sectorielles.

3.10.

Étant donné que l’industrie algale est un secteur nouveau pour l’Europe, il existe d’importantes lacunes en matière de compétences techniques, ainsi qu’au niveau de la technologie et de l’innovation. Les lacunes en matière de connaissances ont été largement recensées, mais il convient de les combler au moyen d’un programme ambitieux de financement de la recherche à court et moyen termes. À cet égard, la recherche, tant fondamentale (stratégique) qu’appliquée, est essentielle, à tous les niveaux de l’algoculture:

soutien prioritaire à la recherche fondamentale: principalement la recherche liée à la technologie de culture (pour les microalgues), à l’efficacité de la récolte et aux essais relatifs à l’éventail des espèces dans les eaux marines de différents pays (pour les macroalgues), et aux possibilités de valorisation pour toutes les espèces d’algues,

en ce qui concerne la recherche appliquée à forte valeur ajoutée (produits pharmaceutiques, cosmétiques, engrais foliaires, denrées alimentaires), amélioration de l’environnement du marché.

3.11.

Étant donné qu’en Europe, une qualité certaine (éventail des espèces) et des rendements élevés en algues ne peuvent être obtenus que dans des systèmes fermés ou semi-fermés, qui nécessitent du matériel de multiplication propre dont la production n’est pas rentable dans les systèmes industriels, il est nécessaire de mettre en place un nombre suffisant de banques de matériels de multiplication d’algues, de financer leur fonctionnement et de veiller à ce que les matières premières soient disponibles à des prix raisonnables pour les producteurs d’algues et les projets de R & D.

3.12.

Le secteur des algues recèle un potentiel important de création d’emplois, qui devraient être bien rémunérés et assortis de conditions de travail décentes. Le secteur des algues devrait bénéficier en particulier des compétences nécessaires à la mise en place du pacte bleu pour l’Europe; il importe d’investir dans la formation. Les obstacles à l’entrée dans le secteur des algues ne devraient pas empêcher les PME d’y accéder. Le CESE se réjouit de la création de chaînes de production d’algues marines qui évitent les pratiques déloyales.

3.13.

L’amélioration de l’environnement des entreprises est essentielle à la croissance efficace du secteur des algues. Il y a lieu d’examiner attentivement les aspects économiques de la production et des applications potentielles, ainsi que la manière dont ils peuvent être améliorés. Par exemple, la mesure no 7 porte sur la promotion du remplacement des aliments pour animaux à base de poisson par des aliments à base d’algues (dans l’aquaculture). Dans les aliments pour poissons, la quasi-totalité des ingrédients à base de poisson peuvent facilement être remplacés par des ingrédients à base d’algues (protéines, acides gras, etc.), mais leur production est beaucoup plus coûteuse que les produits à base de poisson ou de soja présentant des caractéristiques similaires. Dans la mesure où les aliments pour animaux représentent l’un des principaux coûts de production pour les pisciculteurs, dont les marges bénéficiaires sont généralement faibles, les aliments à base d’algues ne sont tout simplement pas envisageables d’un point de vue économique. Il convient donc de prévoir des mesures visant à réduire les coûts de production des ingrédients à base d’algues, tout en évitant des exigences de surveillance et de normalisation plus strictes pour les algues que pour les autres produits agricoles. Tous les producteurs de (composants de) denrées alimentaires devraient être traités sur un pied d’égalité afin de garantir des conditions de concurrence équitables sur le marché. S’il est prouvé que les ingrédients à base d’algues sont plus durables, leur utilisation pourrait faire l’objet d’une écocertification (écolabel), ce qui peut inciter les consommateurs à accepter un prix plus élevé pour un produit plus écologique.

Bruxelles, le 27 avril 2023.

Le président du Comité économique et social européen

Oliver RÖPKE


(1)  Vers un secteur des algues de l’UE fort et durable, COM(2022) 592 final, 15 novembre 2022.

(2)  Le pacte vert pour l’Europe, COM(2019) 640 final, 11 décembre 2019.

(3)  Une stratégie «De la ferme à la table» pour un système alimentaire équitable, sain et respectueux de l’environnement, COM(2020) 381 final, 20 mai 2020.

(4)  Orientations stratégiques pour une aquaculture plus durable et compétitive dans l’Union européenne pour la période 2021-2030, COM(2021) 236 final, 12 mai 2021.

(5)  Des cycles du carbone durables, COM(2021) 800 final, 15 décembre 2021.

(6)  Transformer l’économie bleue de l’Union européenne pour assurer un avenir durable, COM(2021) 240 final, 17 mai 2021.

(7)  Référence et autres possibilités: Babich e.a., «Algae: Study of Edible and Biologically Active Fractions, Their Properties and Applications», Plants 2022, 11(6), 780, https://doi.org/10.3390/plants11060780, ainsi que Poonam Sharma, Nivedita Sharma (2017), «Industrial and Biotechnological Applications of Algae: A Review», Journal of Advances in Plant Biology — 1(1):01-25. DOI 10.14302/issn.2638-4469.japb-17-1534, https://openaccesspub.org/article/530/japb-17-1534.pdf

(8)  Conclusions de la réunion du Conseil européen des 23 et 24 juin 2022.

(9)  Estimations provenant d’une étude réalisée par la coalition Seaweed for Europe, intitulée «Hidden Champion of the Ocean: Seaweed as a Growth Engine for a Sustainable European Future» (Champion caché de l’océan: les algues marines comme moteur de croissance pour un avenir européen durable).

(10)  Dans son étude intitulée «How many species of algae are there?» (Combien existe-t-il d’espèces d’algues?), Michael D. Guiry estime le nombre d’espèces d’algues à 1 million, mais ce chiffre de 72 500 provient de la base de données taxinomique en ligne AlgaeBase. Voir Guiry (2012), https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27011267/, DOI: 10.1111/j.1529-8817.2012.01222.x.

(11)  Une vision à long terme pour les zones rurales de l’UE — Vers des zones rurales plus fortes, connectées, résilientes et prospères à l’horizon 2040, COM(2021) 345 final et JO C 290 du 29.7.2022, p. 137.