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11.3.2022 |
FR |
Journal officiel de l'Union européenne |
C 117/133 |
P9_TA(2021)0393
Situation en Afghanistan
Résolution du Parlement européen du 16 septembre 2021 sur la situation en Afghanistan (2021/2877(RSP))
(2022/C 117/14)
Le Parlement européen,
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vu ses résolutions antérieures sur l’Afghanistan, |
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vu la charte des Nations unies, |
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vu les résolutions 1368 (2001), 1373 (2001), 2210 (2015), 2344 (2017), 2513 (2020) et 2593 (2021) du Conseil de sécurité des Nations unies, |
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vu l’action conjointe pour le futur sur les questions migratoires UE-Afghanistan du 2 octobre 2016, |
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vu l’accord de coopération du 18 février 2017 en matière de partenariat et de développement entre l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la République islamique d’Afghanistan, d’autre part (1), |
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vu la communication conjointe de la Commission et de la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité du 24 juillet 2017 intitulée «Éléments d’une stratégie de l’UE pour l’Afghanistan» (JOIN(2017)0031), |
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vu la déclaration du 17 août 2021 du haut représentant au nom de l’Union européenne sur l’Afghanistan, |
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vu le discours de Michelle Bachelet, haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, lors de la session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme des Nations unies du 24 août 2021, |
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vu la déclaration du 24 août 2021 des dirigeants du G7 sur l’Afghanistan, |
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vu la déclaration du Conseil «Justice et affaires intérieures» du 31 août 2021 sur la situation en Afghanistan, |
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vu les conclusions de la réunion conjointe de l’Union européenne, de l’OTAN et du G7 au sujet de l’Afghanistan, |
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vu l’annonce par les talibans de la création du gouvernement intérimaire de l’Afghanistan du 7 septembre 2021, |
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vu la conférence internationale des donateurs pour l’Afghanistan, qui s’est tenue les 13 et 14 septembre 2021 à Genève sous l’égide des Nations unies, |
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vu la déclaration du 3 septembre 2021 du vice-président de la Commission européenne / haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (VP/HR), Josep Borrell, lors de la conférence de presse qui s’est tenue à l’issue de la réunion informelle des ministres des affaires étrangères (Gymnich), |
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vu l’achèvement du retrait des forces armées américaines d’Afghanistan le 30 août 2021, |
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vu les orientations de l’Union pour la promotion et la protection des droits de l’enfant, les orientations de l’Union sur les enfants face aux conflits armés et les orientations de l’Union concernant les défenseurs des droits de l’homme, |
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vu la déclaration universelle des droits de l’homme, |
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vu la convention de Genève relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et son protocole de 1967, |
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vu la convention des Nations unies relative au statut des réfugiés de 1951, |
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vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, |
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vu la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes de 1979, |
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vu le pacte mondial des Nations unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et le pacte mondial sur les réfugiés des Nations unies, qui fait suite à la déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations unies le 19 septembre 2016, |
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vu l’article 132, paragraphes 2 et 4, de son règlement intérieur, |
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A. |
considérant que dans les années 1990, sous le régime des talibans, l’Afghanistan était le principal refuge et quartier général d’organisations terroristes internationales, notamment Al-Qaïda, responsables de nombreux attentats terroristes barbares visant des civils en Asie, en Afrique, en Australie, en Europe et en Amérique, et de l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire, qui s’est produit le 11 septembre 2001 aux États-Unis et a entraîné la mort de près de 3 000 personnes de plus de 90 nationalités; |
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B. |
considérant que l’attentat barbare contre les États-Unis il y a 20 ans a déclenché la résolution 1368 du Conseil de sécurité des Nations unies et a conduit à une intervention menée par les États-Unis en Afghanistan en 2001, qui a abouti au renversement des talibans ainsi qu'au démantèlement et au déclin d’Al-Qaïda et d’autres organisations djihadistes mondiales, processus qui est aujourd’hui gravement menacé; |
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C. |
considérant qu’après les attentats du 11 septembre 2001, l’OTAN a invoqué l’article 5 de son traité fondateur — la première et seule fois que l’OTAN a invoqué sa défense collective — plus de 40 pays ayant contribué à la sécurité du pays et des dizaines d’autres États et organisations, dont l’Union européenne, ayant participé à la stabilisation du pays conformément aux résolutions ultérieures des Nations unies; |
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D. |
considérant que l’OTAN et les pays alliés sont présents en Afghanistan depuis la chute des talibans en 2001; considérant qu’en avril 2021, après trois ans de négociations avec les talibans, les États-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes qui devait s’achever le 11 septembre 2021; considérant que le retrait des troupes de l’OTAN et des alliés s’est achevé en août 2021; |
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E. |
considérant que les talibans ont ensuite rapidement progressé sur les territoires contrôlés par le gouvernement; considérant que l’armée et les forces de sécurité afghanes n’ont pas été en mesure d’opposer une réelle défense et que le président Ashraf Ghani a fui le pays; considérant que les talibans ont pris le contrôle total du pays et ont rétabli l’Émirat islamique d’Afghanistan; |
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F. |
considérant qu’en août 2021, plus de 110 000 personnes ont été évacuées d’Afghanistan, sous la direction des États-Unis, sans coordination de la communauté internationale; considérant que les États-Unis et la communauté internationale sont parvenus, en l’espace de deux semaines au mois d’août, à évacuer par les airs et à mettre en sécurité plus de 120 000 Afghans, membres du personnel local des missions diplomatiques et des contingents militaires et ressortissants étrangers en danger; considérant que, selon les estimations, 150 000 à 170 000 Afghans qui ont coopéré avec la communauté internationale au cours des deux dernières décennies ont été abandonnés sur place, en danger de mort; |
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G. |
considérant que les talibans ont annoncé la formation d’un gouvernement intérimaire le 7 septembre 2021, sous la direction de Muhammad Hassan Akhund, chef du conseil des dirigeants talibans, sans y inviter aucune femme ou personnalité non talibane; considérant que le gouvernement intérimaire des talibans comprend des personnes responsables d’actes de terrorisme, y compris d’anciens détenus, des personnes sous le coup de sanctions des Nations unies et une personne figurant sur une liste des personnes les plus recherchées par le FBI; considérant que de nombreux membres du gouvernement intérimaire des talibans sont titulaires de passeports délivrés par le Pakistan; considérant que ce gouvernement exerce de fortes discriminations à l’encontre des minorités ethniques et religieuses du pays; |
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H. |
considérant que les talibans ont formé leur gouvernement intérimaire sans tenir leurs promesses d’un gouvernement inclusif; considérant que le ministère des affaires féminines a été démantelé; considérant que les talibans n’envisagent pas une participation continue des femmes à des postes de direction en Afghanistan, qu’ils persécutent les dirigeantes, les fonctionnaires et les militantes afghanes et font un usage létal de la force pour disperser les manifestations en faveur des droits des femmes; considérant qu’il existe une crainte fondée que soit abrogée la loi relative à l’élimination des violences faites aux femmes, qui rend passibles de sanctions pénales les mariages d’enfants et les mariages forcés, la violence domestique et de nombreux autres mauvais traitements infligés aux femmes; |
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I. |
considérant que le gouvernement intérimaire des talibans a interdit les manifestations dans tout le pays et a commencé à exercer une répression à l’encontre des médias libres, y compris en arrêtant et agressant des journalistes et en imposant de nouvelles restrictions au travail des médias; considérant que les talibans utilisent la propagande pour propager la haine de l’Occident et de l’Union européenne; |
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J. |
considérant que la situation des droits de l’homme se détériore rapidement; considérant que la liste des personnes vulnérables et à risque couvre la majeure partie de la population, notamment les femmes, les filles, la communauté LGBTI+, les minorités ethniques et religieuses, en particulier les chiites hazaras, les membres de la société civile, les universitaires, les journalistes, les avocats, les juges, les artistes, ainsi que les personnalités politiques et les fonctionnaires du précédent gouvernement afghan; considérant que, pendant les conflits armés, les femmes subissent depuis toujours des violences sexistes et sexuelles utilisées comme des armes de guerre; |
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K. |
considérant que les talibans cibleraient des individus pour les harceler, les violenter et les tuer à des fins de représailles; considérant que la majorité des femmes ont été empêchées de retourner sur leur lieu de travail, dans leurs universités et dans leurs écoles; considérant que des manifestations ont éclaté dans le pays, notamment contre le gouvernement entièrement constitué d’hommes et contre ses projets de restreindre les droits des femmes et d’exclure ces dernières de la vie publique, notamment des activités sportives; considérant que les talibans ont violemment réprimé les manifestations et les mouvements de résistance locaux, notamment dans la vallée du Panchir; |
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L. |
considérant que le pays connaît actuellement une crise humanitaire; considérant qu’il y a de graves pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments; considérant que 18,4 millions d’Afghans ont besoin d’une aide humanitaire, dont 14 millions qui étaient déjà en situation d’insécurité alimentaire; considérant que la Commission a annoncé que l’aide humanitaire serait portée à plus de 200 millions d’euros pour les personnes se trouvant dans le pays et celles qui le fuient; |
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M. |
considérant que la crise en Afghanistan est avant tout une tragédie pour le peuple afghan, mais qu’elle met également en péril la sécurité de l’Union elle-même; considérant que l’Union devrait tirer les conclusions nécessaires de cet échec collectif et se préparer à ses conséquences pour notre sécurité, y compris une potentielle aggravation de la menace terroriste; considérant que la prise du pouvoir par les talibans a enhardi les djihadistes du monde entier; |
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N. |
considérant que les Afghans fuient leur pays depuis des années et cherchent refuge principalement dans les pays voisins, mais aussi en Europe; considérant que le nombre d’Afghans qui migrent vers l’Europe pourrait augmenter; |
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O. |
considérant que la Commission n’a pas coordonné les efforts d’évacuation des ressortissants européens et des citoyens afghans travaillant pour l’Union et ses États membres, et qu’elle n’a pas non plus été en mesure de mettre en place un véritable pont aérien européen; considérant que l’évacuation des ressortissants de l’Union et des Afghans en danger qui souhaitent fuir n’est pas terminée et exige que l’Union et ses États membres fassent preuve d’unité, y compris en ce qui concerne un canal de communication avec les talibans; |
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P. |
considérant que le fait de communiquer avec les talibans ne devrait en aucun cas conduire à la levée des sanctions existantes à l’encontre de leurs membres; |
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Q. |
considérant que l’aéroport international de Kaboul a en partie repris ses activités, mais que les frontières terrestres de l’Afghanistan sont étroitement surveillées au moyen de postes de contrôle tenus par les talibans; considérant que des millions d’Afghans restent dans le pays sans pouvoir en sortir; |
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R. |
considérant que les conditions de sécurité dans le pays restent extrêmement précaires; considérant que le groupe régional de l’État islamique ISIS-K a revendiqué la responsabilité d’un attentat à la bombe à l’aéroport le 26 août 2021, qui a tué environ 170 personnes; |
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S. |
considérant que les talibans rencontrent des divisions internes et l’opposition d’autres groupes extrémistes et partisans d’une ligne dure en Afghanistan; considérant que le régime a désormais aussi accès aux équipements militaires abandonnés par les forces afghanes et alliées; considérant que ces armes pourraient facilement se retrouver entre les mains d’autres groupes terroristes de dimension internationale, tels que l’État islamique, Al-Qaïda et leurs affiliés; |
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T. |
considérant que l’Afghanistan est l’un des pays au monde les plus dépendants de l’aide, avec plus de 18 millions de personnes, soit la moitié de la population, qui ont besoin d’une assistance permanente, et un tiers de la population qui vit dans l’insécurité alimentaire; considérant que pour la seule année 2021, environ 600 000 Afghans, dont 80 % de femmes et d’enfants, ont été déplacés à l’intérieur du pays; considérant que l’on estime qu’au total, environ 5 millions d’Afghans ont été déplacés à l’intérieur du pays et que 2,2 millions de réfugiés afghans résident déjà dans les pays voisins; considérant que les contrôles exercés par les talibans entravent considérablement l’acheminement de l’aide humanitaire; |
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U. |
considérant que 760 000 Afghans sont rentrés d’Iran et du Pakistan en 2021 jusqu’à présent, ce qui a mis à rude épreuve la capacité des services existants et suscité des inquiétudes quant à leur réintégration et à leurs conditions de vie; considérant que la Commission a annoncé que l’aide humanitaire serait portée à plus de 200 millions d’euros pour les personnes se trouvant dans le pays et celles qui le fuient; |
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V. |
considérant que des progrès tangibles ont été accomplis en matière de droits des femmes et des filles en Afghanistan depuis 2001, notamment pour ce qui est de leur accès à l’éducation et aux soins de santé ainsi que de leur participation à la vie civique et politique; considérant que ces améliorations sont sans doute les plus belles réussites dans l’histoire récente du pays; considérant que ces progrès partiels sont désormais gravement menacés en raison de la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan; |
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W. |
considérant que les talibans sont à la recherche d’une reconnaissance, d’une légitimité et d’un soutien de la communauté internationale et ont déclaré publiquement qu’ils permettraient aux femmes de vivre librement dans le cadre de la loi islamique, ce que contredisent des informations de plus en plus nombreuses faisant état de pratiques restrictives instaurées dans le pays, d’attaques ciblant des femmes, des universitaires, des défenseurs des droits de l’homme, des professionnels des médias et des fonctionnaires; considérant que des informations font état de talibans ayant retrouvé des personnes qui avaient servi les autorités précédentes et les tuant ensuite par vengeance; |
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X. |
considérant que plus de 75 % du budget de l’Afghanistan, dont une proportion de son budget militaire supérieure à 95 %, est financé par la communauté internationale; |
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Y. |
considérant que la récente flambée de COVID-19 dans le pays, le manque de vaccins et de matériel médical, la sécheresse et l’hiver à venir risquent d’aggraver encore la crise socioéconomique et humanitaire en cours; considérant que la situation en matière de logistique et de sécurité est en outre compliquée par la pandémie de COVID-19; |
1.
déplore que les talibans aient pris le contrôle de l’Afghanistan par la violence; refuse de reconnaître leur gouvernement actuel; exprime sa vive inquiétude quant à l’avenir de l’Afghanistan à présent que les talibans ont repris le contrôle du pays et imposent la loi radicale de la charia, privant le peuple afghan des libertés et droits fondamentaux dont il a joui au cours des vingt dernières années; exprime ses plus sincères condoléances et fait part de son plus vif soutien aux victimes des violations commises actuellement et aux victimes d’attentats terroristes, ainsi qu’à leurs familles;
2.
exprime ses plus sincères condoléances aux familles et aux amis des militaires et des civils qui ont perdu la vie en Afghanistan au cours des vingt dernières années;
3.
exprime sa profonde et sincère solidarité avec les Afghans qui ont fui le pays et avec ceux qui sont restés; réaffirme qu’il s’agit avant tout d’une crise humanitaire et d’une crise des droits de l’homme dans lesquelles la sûreté, la sécurité et les droits des Afghans doivent être prioritaires en toutes circonstances;
4.
s’inquiète vivement de la crise humanitaire et économique ainsi que de la crise des réfugiés qui s’aggravent en Afghanistan; estime qu’un avenir sûr, pacifique et démocratique en Afghanistan passe par un règlement politique négocié sans exclusive; réaffirme son engagement sans faille en faveur d’un processus de paix et d’une reconstruction après le conflit dont les Afghans seront les dépositaires et les responsables, et qui constitueront la seule voie crédible vers une paix, une sécurité et un développement à long terme et sans exclusive;
5.
regrette que le processus politique et la planification militaire préalables au retrait des troupes américaines d’Afghanistan aient eu lieu de manière unilatérale et sans coordination suffisante avec les alliés de l’OTAN; déplore que, pendant l’opération de sauvetage à Kaboul, aucune coopération ou coordination n’ait eu lieu parmi les États membres de l’Union, en particulier en ce qui concerne la communication avec les États-Unis, et que de ce fait, la plupart des ambassades aient été surprises par la chute de Kaboul aux mains des talibans; estime qu’une plus grande coordination aurait contribué à éviter le chaos et le désespoir qui s’en sont suivis et se serait traduite par des procédures plus efficaces pour permettre aux personnes qui avaient le droit d’être secourues de se rendre à l’aéroport d’une manière plus ordonnée et prévisible;
6.
déplore le manque de communication entre les États-Unis et les pays européens; demande au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et à la Commission de procéder à une évaluation critique de ce processus et de la présenter au Parlement d’ici la fin de l’année;
7.
exprime sa gratitude devant le courage des militaires, des hommes et femmes en uniforme, du personnel œuvrant pour l’aide humanitaire et l’aide au développement, des diplomates et des agents locaux qui ont travaillé en Afghanistan, voire y travaillent encore pour certains; salue le grand sacrifice consenti au cours des vingt dernières années pour que l’Afghanistan soit plus pacifique et plus sûr;
8.
exprime sa vive déception face à l’effondrement rapide des structures étatiques afghanes, qui n’ont pas pu ou n’ont pas voulu s’opposer à l’offensive des talibans, laquelle a duré 10 jours entre la prise de la première capitale provinciale et l’entrée à Kaboul; se déclare également déçu de la défaillance du président Ashraf Ghani et de sa décision de fuir l’Afghanistan; demande une enquête sur les allégations d’un détournement éventuel de fonds provenant du budget afghan par le président Ghani et d’autres membres appartenant aux élites politiques;
Appel à mettre fin aux violences
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9. |
se déclare horrifié face aux violations qui ont été signalées, notamment l’exécution de civils et de membres des forces de sécurité nationales afghanes, l’enrôlement d’enfants dans l’armée, la répression de manifestations pacifiques et de l’expression d’opinions dissidentes, les restrictions des droits de l’homme, en particulier des droits des femmes et des filles, des défenseurs des droits de l’homme, des personnes LGBTI+, des minorités religieuses et ethniques, des journalistes, des écrivains, des universitaires et des artistes; exhorte les talibans à mettre immédiatement fin à ces pratiques et à préserver en particulier les droits des femmes afghanes à l’éducation, au travail, au sport et aux libertés de circulation, de réunion et d’association, entre autres; |
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10. |
souligne la nécessité de documenter ces actes et de mener des enquêtes transparentes et rapides sur l’ensemble des cas rapportés de violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international, et de demander des comptes aux responsables; soutient, à cet égard, le recours au régime mondial de sanctions de l’Union en matière de droits de l’homme (loi Magnitsky de l’Union); espère que les États membres auront pour objectif prioritaire, lors de la 48e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’adoption d’une résolution exigeant l’envoi d’une mission d’information en Afghanistan; |
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11. |
incite le SEAE et les États membres à œuvrer en vue de l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies renouvelant la mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan, dont le mandat expire le 17 septembre 2021; |
Meilleure coordination des efforts d’évacuation
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12. |
invite l’Union européenne et ses États membres à œuvrer de concert pour faciliter l’évacuation des citoyens de l’Union et des Afghans en danger, notamment au moyen des couloirs sécurisés disponibles; rappelle que l’Union attend des talibans qu’ils facilitent cette évacuation; réaffirme la nécessité de se concentrer à cet égard sur les groupes particulièrement menacés, notamment l’ensemble des femmes et des filles, les défenseurs des droits de l’homme, les personnes LGBTI+, les minorités religieuses et ethniques, les journalistes, les écrivains, les universitaires, les agents locaux ou encore les artistes; |
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13. |
demande à la Commission et au SEAE de concevoir et de mettre en œuvre les régimes de protection actuels et à venir, en coordination avec les États membres, mais aussi de présenter les mesures de protection envisagées à la lumière d’éventuelles situations d’urgence qui exigeront de telles mesures à l’avenir; est d’avis que la catégorie d’agent local devrait inclure l’ensemble du personnel ayant travaillé pour l’Union ou dans des projets financés par l’Union; |
Maintenir l’aide aux femmes et aux jeunes filles afghanes
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14. |
exprime sa solidarité avec les femmes et les défenseurs des droits de l’homme qui protestent partout en Afghanistan contre la prise de contrôle du pays par les talibans et aspirent à vivre dans une société libre, stable, pacifique et diversifiée; |
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15. |
regrette profondément que vingt années de progrès en matière de droits des femmes et des filles et d’égalité entre les sexes soient aujourd’hui gravement menacées; rappelle que ces progrès doivent être soigneusement préservés et encadrés; souligne que le droit à l’éducation et à l’emploi, l’absence de violence fondée sur le sexe, la protection des droits fondamentaux, l’accès aux soins de santé et la pleine participation à la prise de décision dans la vie politique, publique et civique locale et nationale doivent constituer des conditions fondamentales pour la communauté internationale dans son dialogue avec les talibans; |
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16. |
souligne la nécessité de veiller à ce que les femmes et les jeunes qui ont quitté l’Afghanistan puissent poursuivre leur instruction dans d’autres pays; encourage l’élaboration de solutions innovantes pour continuer à donner aux femmes et aux jeunes afghans plus de moyens d’action, notamment en leur octroyant des bourses pour étudier dans des écoles ou universités européennes; |
De profondes inquiétudes au sujet du gouvernement de facto des talibans
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17. |
exprime sa profonde inquiétude quant à la nomination d’un gouvernement provisoire entièrement masculin, composé de 33 mollahs, nombre desquels sont sous le coup de sanctions des États-Unis et des Nations unies et sont recherchés pour terrorisme; relève avec la plus grande inquiétude la nomination en tant que ministre de l’intérieur de Sirajouddine Haqqani, dont les liens avec des activités terroristes ont été largement documentés, ainsi que la présence, au sein du gouvernement de facto des talibans, de plusieurs personnes sous le coup de sanctions des Nations unies; |
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18. |
demande la mise en place d’un gouvernement représentatif et élu, au sein duquel les femmes et les groupes minoritaires puissent participer de manière significative; rappelle que le développement à long terme de l’Afghanistan dépendra de la transparence, de la bonne gouvernance, de l’instauration durable de la sécurité pour les personnes, et notamment de la réduction de la pauvreté et de la création d’emplois, de l’accès aux services sociaux et de santé, de l’éducation et de la protection des libertés fondamentales et des droits de l’homme; |
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19. |
souligne qu’il est favorable depuis longtemps à la tenue d’élections crédibles, libres, équitables et transparentes, conformément aux normes internationales, et exprime son soutien aux observations électorales dans le pays; |
Nécessité d’un engagement opérationnel, mais pas de reconnaissance officielle du gouvernement de facto
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20. |
reconnaît que des contacts opérationnels avec le nouveau gouvernement de facto des talibans sont nécessaires pour des raisons logistiques, opérationnelles et humanitaires, afin de fournir une aide humanitaire aux civils qui en ont besoin et de permettre un passage sûr aux ressortissants étrangers et aux Afghans qui cherchent à quitter le pays; souligne que ces contacts devraient rester strictement limités aux objectifs pertinents à ce stade; souligne que les conditions ne sont pas réunies pour la reconnaissance politique des dirigeants de fait talibans qui ont pris le pouvoir par des moyens militaires et détruisent en ce moment les acquis des vingt dernières années; |
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21. |
rappelle que pour l’Union, l’épreuve absolument décisive de tout type de relations avec les talibans sera la préservation des acquis des vingt dernières années, en particulier dans le domaine des droits des femmes et de l’éducation des filles, et l’assurance que l’Afghanistan ne redevienne pas un refuge pour des groupes djihadistes et autres groupes terroristes occupés à lancer ou à fomenter des attaques terroristes à partir de son territoire; rappelle que les talibans seront jugés par la communauté internationale sur la base de leurs actions sur le terrain, non de leurs déclarations publiques; |
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22. |
demande instamment à la Commission d’ouvrir rapidement une enquête en vertu de l’article 19, paragraphe 1, point a), du règlement SPG (2) afin de suspendre les préférences commerciales dont l’Afghanistan bénéficie au titre du régime «Tout sauf les armes»; |
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23. |
note l’importance d’un retour de la présence de l’Union sur le terrain lorsque les conditions politiques et de sécurité le permettront; |
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24. |
demande l’organisation d’une mission des institutions européennes à Kaboul, lorsque les circonstances le permettront, de sorte que les participants puissent mieux connaître la situation humanitaire, migratoire, économique et sécuritaire ainsi que celle des droits des femmes et des minorités en Afghanistan; |
Éviter que l’Afghanistan ne devienne un nouveau rempart pour les organisations terroristes
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25. |
condamne dans les termes les plus vifs l’attentat terroriste mortel du 26 août 2021 perpétré par l’EI-K à la porte Abbey de l’aéroport international de Kaboul et à l’hôtel Baron, qui a fait plus de 170 morts, dont 13 membres des services américains, et plus de 200 blessés; |
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26. |
demande instamment que les talibans et le gouvernement de la République islamique respectent leurs engagements en matière de lutte contre le terrorisme, notamment en empêchant Al-Qaïda, Daech ou d’autres groupes et individus terroristes de se servir du territoire afghan pour menacer ou violer la sécurité de tout autre pays, en refusant d’accueillir des membres de ces groupes et en les empêchant de recruter et de former des combattants ou de collecter des fonds; rappelle que l’absence de répression à l’encontre de ces groupes entraînera des sanctions internationales et l’isolement des talibans; |
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27. |
prie instamment les États membres de préserver et de partager tout renseignement obtenu grâce à leur présence militaire et répressive en Afghanistan, en mettant particulièrement l’accent sur les données biométriques, qui sont essentielles pour aider les États membres et les pays tiers à identifier les combattants étrangers qui reviennent; souligne que la lutte contre le financement du terrorisme est essentielle à la création d’un environnement propice à la sécurité en Afghanistan; exhorte tous les partenaires concernés à redoubler d’efforts pour démanteler tous les réseaux de financement du terrorisme; rappelle que la menace terroriste imminente qui pèse sur l’Afghanistan à la suite de la prise de pouvoir par les talibans doit figurer en bonne place dans les orientations stratégiques de l’Union qui exposeront les menaces militaires pesant sur l’Union ainsi que ses ambitions pour les années à venir; demande instamment aux services de renseignement européens de partager davantage leurs analyses des menaces, régulièrement mises à jour, afin d’améliorer le partage de renseignements et la coopération institutionnelle; |
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28. |
rappelle que la production et le commerce de l’opium constituent une source importante de revenus pour les talibans, dont les retombées dépassent largement les frontières afghanes; se déclare préoccupé par le risque imminent de voir l’instabilité dans le pays accroître le commerce illicite des drogues ainsi que le flux d’armes, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme; |
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29. |
demande l’enregistrement et un contrôle de sécurité approfondi des personnes évacuées depuis la région ainsi qu’un échange renforcé d’informations entre les autorités répressives des États membres, les États-Unis et Europol pour prévenir d’éventuelles menaces pour la sécurité qui trouveraient leur origine dans le terrorisme et la criminalité organisée; |
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30. |
condamne les dégâts irréparables causés aux sites historiques par les talibans et leurs affiliés, et craint que l’instabilité n’entraîne une augmentation de la contrebande internationale et du vol du patrimoine culturel, qui pourrait contribuer à financer le renforcement de l’activité terroriste dans la région; demande instamment que la numérisation des biens culturels afghans soit effectuée en Europe afin de soutenir la détection des marchandises de contrebande et demande l’application d’une interdiction temporaire complète de l’importation de biens culturels en provenance d’Afghanistan afin de priver les talibans et leurs affiliés de la possibilité de tirer profit de la contrebande culturelle; |
Renforcement de l’aide humanitaire
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31. |
salue le travail des organisations internationales et des organisations non gouvernementales (ONG) locales et internationales, qui fournissent des services, une assistance et une aide au peuple afghan en dépit des risques pour la sécurité; demande aux talibans de garantir la sécurité des organisations de la société civile locales et internationales, des ONG et des organisations humanitaires, et notamment de leur personnel féminin, qui est indispensable pour fournir aux femmes et aux filles afghanes des services essentiels; souligne que ces travailleuses humanitaires doivent pouvoir travailler librement et sans crainte de représailles; |
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32. |
demande que l’aide humanitaire soit renforcée et qu’elle soit coordonnée avec les agences des Nations unies et les ONG, avec notamment la création de couloirs humanitaires pour la distribution d’aide alimentaire, d’eau, de produits d’hygiène et de médicaments; salue la décision de la Commission d’augmenter l’aide humanitaire à l’Afghanistan de plus de 50 millions d’euros à plus de 200 millions d’euros; se félicite de la récente promesse faite par la communauté internationale d’allouer un milliard d’euros en faveur de la population afghane et invite la Commission à mener des actions de sensibilisation afin de garantir que les besoins en matière d’aide humanitaire seront pleinement satisfaits; |
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33. |
répète que les besoins immédiats des femmes et des jeunes filles afghanes, en particulier de celles qui ont été déplacées, doivent être prioritaires dans le contexte de l’aide humanitaire; souligne qu’il est crucial d’atténuer la vulnérabilité aux violences sexistes et d’assurer l’accès aux produits de santé et d’hygiène de base; |
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34. |
demande instamment le maintien de l’aide apportée par l’Union directement aux responsables politiques et aux militants de la société civile afghans attachés aux droits de l’homme et aux valeurs fondamentales, dont beaucoup sont aujourd’hui en exil, afin qu’ils puissent continuer à œuvrer à la préservation des acquis des vingt dernières années et à la poursuite des réformes en Afghanistan; |
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35. |
souligne que le soutien financier européen par l’intermédiaire des autorités est subordonné à la préservation et à la consolidation des acquis de ces vingt dernières années, en particulier des droits des femmes et des filles; demande instamment que les talibans montrent impérativement qu’ils respectent ces acquis et s’engagent à les respecter, ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent; souligne que l’Union devrait veiller à ce que l’aide humanitaire apportée aux civils afghans dans le besoin soit acheminée par les organisations internationales et les ONG compétentes, et qu’elle devrait exiger que les talibans garantissent un accès sûr et sans entrave aux ONG locales et internationales; souligne que les talibans ne doivent pas s’opposer à l’acheminement et au versement de l’aide humanitaire à tous ceux qui en ont besoin; |
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36. |
invite la Commission à examiner tous les projets de développement en cours dans le pays afin de tenter de déterminer lesquels peuvent se poursuivre avec des partenaires locaux sans l’ingérence du régime des talibans, en fixant pour conditions la participation des femmes, des garanties de sécurité pour le personnel d'aide au développement et des garanties effectives contre la corruption; |
L’Union doit se préparer à faire face à une éventuelle crise des migrants et des réfugiés
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37. |
souligne le droit fondamental des Afghans à vivre en sécurité; demande instamment que toutes les mesures soient prises pour que les évacuations coordonnées du pays reprennent sous les auspices du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), notamment par la mise en place de couloirs sécurisés et la réouverture permanente de l’aéroport de Kaboul et des frontières terrestres de l’Afghanistan; demande que les femmes, les jeunes filles et les personnes qui souhaitent quitter le pays bénéficient d’une aide spécifique, afin de leur garantir des itinéraires sûrs; |
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38. |
souligne que la plupart des réfugiés afghans chercheront en priorité à se protéger dans les pays voisins, et que l’Union devrait dès lors prévoir un soutien supplémentaire pour les pays voisins de l’Afghanistan qui accueillent des réfugiés, de préférence par l’intermédiaire de l’ONU et de ses agences, ainsi que des organisations internationales présentes sur le terrain; |
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39. |
rappelle que le soutien financier et logistique ainsi que l’aide au renforcement des capacités pour l’accueil des réfugiés et migrants afghans dans les pays voisins ne constituent pas une solution de remplacement à une politique européenne d’asile et de migration à part entière; estime que l’Union doit de toute urgence conclure son nouveau pacte sur la migration et l’asile et le mettre en œuvre, de manière à pouvoir faire face aux flux migratoires plus efficacement et plus humainement; |
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40. |
invite la Commission et les États membres à déployer un effort européen coordonné pour mener une politique d’asile humaine dans laquelle l’Union assume sa responsabilité morale en matière d’accueil et d’intégration, dans le plein respect de la Convention de Genève de 1951; se réjouit du forum sur la réinstallation qui est prévu au mois de septembre; souligne que la stratégie de l’Union devrait prévoir en priorité une expansion de la réinstallation pour les personnes les plus en danger et les plus vulnérables, ainsi que d’autres voies complémentaires, comme l’octroi de visas humanitaires et un programme de visa spécial pour les femmes afghanes cherchant à échapper au régime des talibans; demande instamment aux États membres de réévaluer à la lumière des derniers événements les demandes d’asile en cours et les demandes reçues récemment, y compris les demandes rejetées; souligne qu’il ne doit y avoir aucun retour forcé en Afghanistan, quelles que soient les circonstances; |
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41. |
invite le Conseil à faire usage des outils disponibles, tels que la directive sur la protection temporaire (3) et le mécanisme de protection civile, afin de maximiser les efforts déployés dans l’ensemble de l’Union pour garantir une meilleure coordination entre États membres et une protection immédiate; demande à nouveau à la Commission de publier une proposition législative relative aux visas humanitaires et appelle à un partage équitable des responsabilités entre les États membres; |
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42. |
demande une coopération et une aide renforcées pour les pays non membres de l’Union afin de les aider à combattre les réseaux criminels qui se livrent au trafic de migrants et à la traite d’êtres humains; demande à Europol de fournir une analyse des risques en matière de criminalité et de renforcer la coopération avec les pays tiers dans le contexte plus large de l’évolution de la situation en Afghanistan; |
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43. |
invite la Commission à tenir compte de la présente résolution dans la programmation de l’IVCDCI/l’Europe dans le monde et la préparation des programmes indicatifs pluriannuels concernés; |
Renforcer la coopération avec les pays de la région situés autour de l’Afghanistan, dans le respect des droits fondamentaux et de l’état de droit
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44. |
relève que la situation actuelle en Afghanistan n'est pas propice à la stabilité régionale; souligne que le retrait des pays occidentaux d’Afghanistan a laissé un vide qui se traduit par une plus grande instabilité; souligne que les puissances voisines et régionales ont désormais une plus grande responsabilité dans la situation qui règne en Afghanistan et qu’elles doivent empêcher que l’instabilité ne franchisse les frontières du pays; réaffirme la nécessité pour l’Union de renforcer la coopération à cet égard avec les pays d’Asie centrale, en particulier l’Ouzbékistan, avec lequel elle négocie actuellement un accord de partenariat et de coopération renforcé, et le Tadjikistan; souligne que cette coopération ne doit pas porter atteinte à la défense des valeurs fondamentales et de l’état de droit par l’Union; |
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45. |
se déclare inquiet pour la sécurité des ressortissants afghans particulièrement menacés et des personnes qui traversent les frontières terrestres pour rejoindre les pays limitrophes, notamment le Pakistan; déplore le manque de coordination de la communauté internationale à cet égard; exhorte les États membres à utiliser tous les leviers et instruments diplomatiques disponibles pour garantir l’accès aux frontières terrestres, leur franchissement en toute sécurité et l’accès aux installations diplomatiques; souligne le rôle essentiel de coordination que jouent les délégations de l’Union dans les pays voisins pour apporter une aide pratique à cet égard; |
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46. |
rappelle que, pendant de nombreuses années, le Pakistan a servi de refuge aux talibans et a apporté son aide à leurs forces de sécurité; charge le SEAE de faire comprendre aux dirigeants pakistanais qu’ils sont responsables de la sécurité et de la stabilité en Afghanistan et qu’ils doivent user de leur influence sur les talibans pour atteindre ces objectifs, et de déterminer s’il y a lieu de réexaminer immédiatement, à la lumière des événements actuels, l’admissibilité du Pakistan au statut SPG+ et aux avantages qui en découlent; |
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47. |
invite la Commission et les États membres à fournir à l’Afghanistan et à ses pays voisins un soutien immédiat au renforcement des capacités en matière d’asile, avec l’assistance du Bureau européen d’appui en matière d’asile, ainsi qu’une aide humanitaire pour les personnes les plus vulnérables afin de stabiliser la région et de prévenir une nouvelle crise migratoire; |
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48. |
invite la Commission et les États membres à accroître immédiatement l’aide apportée aux pays voisins de l’Afghanistan qui accueillent de grands nombres de migrants et de réfugiés, afin que les personnes qui ont besoin de protection bénéficient de conditions d’accueil sûres et de conditions de vie durables; |
Un signal d’alarme pour l’Union européenne: des réformes sont nécessaires.
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49. |
est conscient que le retrait des forces américaines et internationales d’Afghanistan est la manifestation d’un échec collectif de la politique et de la stratégie occidentales en matière d’affaires étrangères et de sécurité, avec de possibles conséquences néfastes à long terme; estime qu’à court terme, ce retrait nuira à la crédibilité de l’Occident, créera une crise de confiance et imposera de tirer sérieusement les leçons de cette expérience pour l’avenir, en particulier lorsqu’il sera question de décider de la nature et du mandat des interventions militaires; |
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50. |
fait part de sa profonde frustration et de sa grande inquiétude quant à l’inefficacité des États-Unis, de l’OTAN, du SEAE et des institutions de l’Union européenne dans leur ensemble, y compris lui-même, qui ont, sur une période de vingt ans, maintenu et financé un gouvernement démocratique de façade, en réalité corrompu et étranger à la population, ainsi que des forces armées qui se sont révélées inefficaces; est vivement préoccupé par le fait que notre échec collectif en Afghanistan constitue un avantage stratégique pour les puissances non occidentales et les pays voisins, notamment le Pakistan, ainsi que la Chine et, dans une moindre mesure, la Russie, qui en bénéficient sans avoir apporté de soutien notable et sans avoir participé au développement de l’Afghanistan; rappelle que les autorités afghanes ont sombré dans des querelles politiques intestines et dans une corruption systémique et n’ont pas été en mesure de surmonter la faiblesse de la gouvernance; |
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51. |
souligne l’importance de la bonne gouvernance, de l’état de droit et de la lutte contre la corruption, domaines dans lesquels trop peu de progrès ont été accomplis en Afghanistan lors de la guerre contre le terrorisme menée dans le pays; estime que le succès du processus de construction de l’État ainsi que des ambitions de l’Union en matière de droits de l’homme dans le monde exige que l’Union adopte une stratégie intégrée en matière de politique étrangère, d’aide humanitaire, de développement, de droits de l’homme, de sécurité, d’égalité hommes-femmes et de commerce; prie instamment le Conseil, le SEAE et la Commission de préparer et de présenter au Parlement, dès que possible, une stratégie globale concernant l’Afghanistan et les pays de la région environnante, sur la base des enseignements récents; |
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52. |
estime que cette crise est la preuve que l’Union doit considérablement renforcer sa capacité d’agir de manière autonome et donc consolider la coopération européenne en matière de défense en construisant une véritable Union européenne de la défense, qui devrait aller de pair avec le renforcement du pilier européen de l’OTAN; estime que l’Union doit investir dans la sensibilisation, la surveillance et la reconnaissance militaires, le renseignement et le transport aérien stratégique; rappelle que l’incapacité des forces européennes à sécuriser un aéroport international tel que celui de Kaboul sans l’aide américaine est un exemple frappant de tout l’investissement qui sera requis; se félicite des réflexions récentes du haut représentant à cet égard, et renouvelle son soutien à un dialogue fondamental et global entre les institutions et les États membres de l’Union, les parlements nationaux, les partenaires européens ainsi que la société civile sur la suite des événements; |
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53. |
estime que les questions relatives aux affaires étrangères de l’Union devraient davantage être tranchées à la majorité qualifiée, conformément aux traités européens; |
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54. |
demande au SEAE de renforcer la représentation diplomatique de l’Union européenne en Asie centrale, en particulier au Tadjikistan, afin de pouvoir recevoir des informations de première main sur l’évolution de la situation sur place; demande instamment que la situation en Afghanistan, notamment en ce qui concerne les femmes et les filles, ainsi que les groupes ethniques, religieux et autres qui sont vulnérables, continue d’être analysée et évaluée au cours des prochaines semaines et des prochains mois; |
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55. |
reconnaît l’importance d’une coopération étroite avec les États-Unis, axée sur les nombreux enjeux de migration et de sécurité, ainsi que sur l’acheminement d’une aide humanitaire au peuple afghan, et ce au regard des enseignements tirés en Afghanistan; exprime sa gratitude à l’armée américaine pour l’aide apportée lors des évacuations de l’aéroport international de Kaboul et présente ses plus sincères condoléances aux familles des soldats qui ont perdu la vie dans ces opérations; |
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56. |
invite l’Union et les États membres à protéger efficacement les frontières extérieures de l’Union dans le plein respect du droit de l’Union et des droits fondamentaux, afin de mieux se préparer aux mouvements migratoires provenant de cette région et aux entrées non autorisées dans l’Union; |
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57. |
charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à l’envoyé spécial de l’Union européenne en Afghanistan, aux parlements des États membres ainsi qu’au Congrès des États-Unis. |
(1) JO L 67 du 14.3.2017, p. 3.
(2) Règlement (UE) no 978/2012 du Conseil du 25 octobre 2012 portant application d’un schéma de préférences tarifaires généralisées (JO L 303 du 31.10.2012, p. 1).
(3) Directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil (JO L 212 du 7.8.2001, p. 12).