18.10.2019   

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 353/46


Avis du Comité économique et social européen sur «Le nouveau rôle des services publics de l’emploi (SPE) dans le contexte de la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux»

(avis d’initiative)

(2019/C 353/08)

Rapporteure: Vladimíra DRBALOVÁ

Décision de l’assemblée plénière

20.2.2019

Base juridique

Article 32, paragraphe 2, du règlement intérieur

Avis d’initiative

Compétence

Section «Emploi, affaires sociales et citoyenneté»

Adoption en section

8.7.2019

Adoption en session plénière

17.7.2019

Session plénière no

545

Résultat du vote

(pour/contre/abstentions)

156/7/10

1.   Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE se félicite de la contribution du réseau européen des services publics de l’emploi (réseau européen des SPE) à la modernisation et au renforcement des services publics de l’emploi (SPE) et appelle à une synergie entre sa stratégie actualisée au-delà de 2020 et les principes du socle européen des droits sociaux (SEDS).

1.2.

Le CESE a mis en lumière certains domaines dans lesquels un effort supplémentaire est nécessaire au travers d’un partenariat avec toutes les parties prenantes, les partenaires sociaux, les organisations de la société civile, les entreprises et les services privés de l’emploi, afin de collaborer pour tenter de parvenir à une meilleure intégration des demandeurs d’emploi sur le marché du travail.

1.3.

Les autorités nationales doivent conférer aux SPE un rôle innovant dans la mise en œuvre des politiques nationales en matière d’emploi et de marché du travail et dans la mise à disposition de services plus efficaces aux entreprises en mettant en place, au niveau national, des capacités suffisantes, du personnel compétent, des équipements techniques adaptés à la numérisation de la société et un apport financier.

1.4.

Le CESE demande une coopération plus systématique et plus structurelle entre les SPE et les autres prestataires de services dans les domaines social et de l’emploi afin de s’attaquer aux multiples obstacles que rencontrent les demandeurs d’emploi lorsqu’ils tentent d’intégrer le marché du travail (problèmes de santé, de logement, de transport). La modernisation des SPE est un processus complexe, et le manque de coordination, de programmation, de planification et de division des responsabilités au niveau national et/ou régional provoque une fragmentation. La participation active et régulière des partenaires sociaux à l’activité des SPE est essentielle pour répertorier les offres d’emploi au niveau local et contribuer à répondre aux inadéquations sur le marché du travail.

1.5.

Le CESE réclame des synergies plus étroites entre les SPE et les systèmes de prestations et d’infrastructures sociales afin de renforcer l’assistance apportée aux chômeurs dans leur recherche d’emploi et d’éviter que les demandeurs d’emploi soient pénalisées à leur retour sur le marché du travail.

1.6.

Le CESE plaide en faveur d’un soutien financier accru aux États membres et espère que le Fonds social européen plus (FSE+), récemment mis en place dans le contexte du nouveau cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027, deviendra un véritable instrument européen d’investissement dans les ressources humaines et de mise en œuvre du socle européen des droits sociaux (SEDS).

1.7.

Le CESE estime qu’il convient de redoubler d’efforts dans le suivi, l’évaluation et la comparaison des SPE, en vue d’analyser l’efficacité de ces services dans l’aide à l’intégration des demandeurs d’emploi sur le marché du travail. L’élaboration de normes et d’orientations communes au niveau européen pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des SPE. Les sources de données existantes, telles que l’enquête sur les forces de travail, doivent être davantage exploitées, et les agences comme Eurofound peuvent contribuer à ce suivi.

1.8.

Le CESE appelle de ses vœux une révision des dispositions existantes en ce qui concerne l’évaluation des résultats obtenus dans le cadre des programmes de travail des SPE, pour garantir que ces services bénéficient à toutes les catégories de personnes, en particulier celles qui font face à des problèmes multiples.

2.   Introduction

2.1.

Le socle européen des droits sociaux (SEDS) a été créé au moyen d’une proclamation interinstitutionnelle par le Parlement européen, le Conseil et la Commission le 17 novembre 2017 à Göteborg, pendant le sommet social de l’Union européenne. Le SEDS doit contribuer à attirer l’attention sur l’emploi et les aspects sociaux, à adapter le modèle social européen aux défis du XXI e siècle et à stimuler le processus de convergence entre les États membres.

2.2.

Les vingt principes clés du socle européen des droits sociaux s’articulent en trois grandes catégories: l’égalité des chances et l’accès au marché du travail, des conditions de travail équitables ainsi que la protection et l’inclusion sociales. La question essentielle en Europe concerne leur application et leur mise en œuvre effectives, compte tenu des évolutions rapides de l’environnement social, juridique et économique.

2.3.

Selon l’examen annuel de la croissance de 2019, l’économie européenne entre à présent dans sa sixième année de croissance ininterrompue. Cette croissance économique continue s’est accompagnée d’une reprise de l’investissement, d’une hausse de la demande des consommateurs, d’une amélioration des finances publiques et de la poursuite de la création d’emplois, même si le rythme différait en fonction des pays. Ces changements ont contribué à des améliorations considérables des marchés du travail et des conditions sociales. Le taux d’emploi dans la tranche des 20 à 64 ans a atteint 73,2 % au deuxième trimestre de 2018. Le taux de chômage est tombé à 6,8 % et les taux de chômage de longue durée et de chômage des jeunes sont également en baisse. Toutefois, il y a, selon le Comité, des disparités majeures entre les États membres, qui ne bénéficient pas tous du même niveau de croissance au niveau économique et au niveau de l’emploi; une attention particulière doit être apportée à l’amélioration de la qualité des emplois créés, notamment pour lutter contre les inégalités sociales.

2.4.

Grâce à l’amélioration des conditions du marché du travail, le nombre de personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (qui a atteint 113 millions en 2017) est passé pour la première fois, dans certains pays, sous les niveaux d’avant la crise. Toutefois, la pauvreté des travailleurs reste élevée et augmente dans plusieurs États membres. Le risque de pauvreté demeure un véritable défi, surtout pour les enfants, les personnes handicapées et les personnes issues de l’immigration ou les travailleurs sans emploi.

2.5.

Le rapport conjoint sur l’emploi (RCE) précise que les politiques actives du marché du travail et les SPE sont essentiels au bon fonctionnement et au caractère inclusif des marchés du travail. Les politiques actives du marché du travail améliorent l’adéquation aux besoins du marché du travail et offrent aux demandeurs d’emploi davantage de perspectives de carrière.

3.   Les services publics de l’emploi et l’avenir du travail

3.1.

Les marchés de l’emploi et les sociétés connaissent une évolution rapide, marquée par des possibilités et des défis d’un nouveau genre qui sont le fruit de la mondialisation, de la révolution numérique, de modèles de travail en mutation et de l’évolution sociétale et démographique. Les États membres doivent souvent faire face à des défis similaires, bien que d’une ampleur diverse: inégalités persistantes, chômage de longue durée et chômage des jeunes, solidarité intergénérationnelle. La révolution technologique en cours se caractérise en particulier par un changement plus rapide.

3.2.

La main-d’œuvre est plus diversifiée et plus qualifiée que jamais. La population active du XXIe siècle est très différente, et l’attitude de chacun face au travail est en pleine transformation. Si, à certains moments, des travailleurs souhaitaient obtenir davantage de liberté au travail et une plus grande liberté de choix, en envisageant la recherche d’emploi dans une perspective d’individualisation des conditions de travail, un cadre juridique clair et/ou une convention collective devraient venir préciser les conditions de travail. Les travailleurs devraient pouvoir exploiter pleinement leur potentiel, en utilisant leurs qualifications, leurs compétences et leur savoir-faire, et obtenir un emploi productif et de qualité assorti d’une protection sociale adéquate.

3.3.

Le réseau européen des services publics de l’emploi, fondé le 15 mai 2014 et destiné à fonctionner jusqu’au 31 décembre 2020, joue un rôle important. Une évaluation a été lancée en 2018 afin d’analyser la pertinence, l’efficience, l’efficacité, la cohérence et la valeur ajoutée pour l’Union de la décision relative au réseau des SPE. Dans son avis consacré aux SPE (1), le CESE a approuvé la proposition de la Commission visant à créer un réseau européen des SPE.

3.4.

La stratégie du réseau européen des SPE à l’horizon 2020 et au-delà reflète les récentes évolutions sur les marchés du travail, y compris les économies des plateformes émergentes, les nouvelles formes d’emploi, les pénuries de main-d’œuvre, la mobilité des travailleurs, le caractère plus hétérogène des usagers des SPE et la nécessité d’utiliser les nouvelles technologies numériques et de collecter des sources de données plus riches.

3.5.

De nombreuses étapes positives ont déjà été franchies au niveau national et dans la coordination avec le réseau européen des SPE. Dans certains pays, les SPE nationaux ont été très efficaces dans la mise en œuvre de la garantie pour la jeunesse de l’Union européenne, une initiative qui aide les jeunes, en particulier ceux ne travaillant pas et ne suivant pas d’études ou de formation (NEET), à s’intégrer plus rapidement sur le marché du travail ou à reprendre un cursus de formation. Les SPE nationaux ont également mis en œuvre des mesures basées sur l’initiative de l’Union européenne visant à améliorer l’intégration des chômeurs de longue durée par le biais d’un enregistrement plus efficace et de contrats de travail intégrés. En outre, l’intégration des réfugiés et des demandeurs d’asile sur le marché du travail fait partie des objectifs des SPE nationaux depuis 2015.

3.6.

Néanmoins, les expériences du CESE montrent que l’efficacité des SPE et leur capacité à s’acquitter de leurs tâches dans des circonstances changeantes, à relever de nouveaux défis qui se posent dans le monde du travail et à intégrer avec succès des personnes dans ces marchés du travail transitoires, diffèrent d’un État membre à l’autre. Dans certains États membres, leurs capacités en termes de personnel ou techniques et financières sont souvent sous-estimées.

3.7.

Il conviendrait de promouvoir plus efficacement une catégorie professionnelle de conseillers à l’emploi, et de développer une intégration adéquate des bases de données pour une adéquation efficace entre les entreprises et les travailleurs. Dans certains pays, les SPE sont complétés ou remplacés par des agences pour l’emploi privées et des conseillers du travail. La coopération avec les entreprises est essentielle, de même que la participation active des partenaires sociaux, y compris à l’échelon local, afin de recenser les possibilités d’emploi aux niveaux national et territorial. Le taux de réussite des SPE devrait aussi être mesuré du point de vue des employeurs.

4.   Les services publics de l’emploi à la lumière du socle européen des droits sociaux

4.1.

Depuis la proclamation du socle européen des droits sociaux, les SPE nationaux et le réseau européen des SPE devraient davantage faire preuve d’innovation en vue de contribuer aux objectifs du socle et de mettre en œuvre ses principes clés.

4.2.

En 2017, le réseau européen des SPE a apporté une contribution formelle à la consultation de la Commission européenne sur le SEDS. En 2018, le réseau a rédigé un document sur l’avenir du travail. À cette occasion, il a pu examiner les possibilités d’adaptation de la stratégie pour les SPE à l’horizon 2020 afin de veiller à ce qu’elle corresponde toujours aux objectifs, alors que les SPE s’efforcent de relever les nouveaux défis posés par un marché du travail en mutation rapide et de devenir de véritables agences d’orientation professionnelle. Les SPE se sont attelés à la modernisation de leur organisation dans le but de fournir aux usagers des services de qualité correspondant à un «triple A» pour leur capacité, agilité et responsabilité, afin de contribuer à un marché du travail plus durable et plus inclusif.

5.   Le nouveau rôle des SPE du point de vue du CESE

5.1.

Le CESE se félicite des priorités fixées par le programme de travail 2019 du réseau des SPE de l’Union européenne et appelle à une interaction plus marquée entre les principes du SEDS et les outils d’analyse et d’apprentissage mutuel dont dispose le réseau. Une telle synergie peut contribuer à la fois à améliorer l’intégration des SPE et à mettre en œuvre le SEDS.

5.2.

En novembre 2018, l’observatoire du marché du travail (OMT) du CESE a organisé une conférence sur «Les services publics de l’emploi dans le contexte de la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux». Les exemples donnés ont confirmé la nécessité de développer une complémentarité entre les services d’emploi publics et privés et ont illustré les avantages concrets d’une bonne collaboration entre les SPE et les partenaires sociaux. La proactivité des SPE, la création d’un guichet unique pour les entreprises et les formations organisées conjointement par les SPE et les entreprises ont été jugées essentielles pour offrir aux usagers des SPE des emplois durables.

5.2.1.

Le CESE encourage la recherche d’une meilleure réponse aux demandes et offres d’emploi, davantage d’incitants tant pour les employeurs que les travailleurs (par exemple en permettant aux travailleur à faible salaire de conserver les avantages sociaux liés au chômage), ainsi qu’un juste équilibre entre la flexibilité de l’emploi, la sécurité de l’emploi et des contrats plus stables. l’Europe est encore loin d’exploiter le plein potentiel de sa main-d’œuvre disponible. Elle devrait soutenir des entreprises durables, notamment en leur permettant de créer davantage d’emplois productifs et de qualité.

5.2.2.

Dans son avis (2), le CESE souligne qu’un accès à des systèmes de protection sociale est une composante clé de sociétés plus justes, et que celui-ci est essentiel pour une population de travailleurs actifs, productifs et en bonne santé. L’Union européenne devrait améliorer le soutien apporté aux États membres par la méthode ouverte de coordination existante pour faire état des progrès accomplis dans la réforme et l’amélioration des performances de leurs politiques d’emploi et de leurs systèmes nationaux de protection et de sécurité sociale. Des synergies plus étroites devraient être créées entre les SPE et les systèmes de prestations et d’infrastructures sociales afin de renforcer l’assistance apportée aux chômeurs dans leur recherche d’emploi et d’éviter que les demandeurs d’emploi ne soient pénalisés en réintégrant le marché du travail.

5.2.3.

La mobilité: selon le CESE, la libre circulation des travailleurs basée sur la non-discrimination et le traitement équitable, d’une part, et la suppression des barrières à la mobilité encore en place, d’autre part, demeurent parmi les priorités de l’Union européenne. Dans son avis sur le réseau EURES (3), le CESE appelle à la création d’un véritable instrument permettant de faire correspondre l’offre et la demande sur le marché du travail européen, en étroite collaboration avec les services publics de l’emploi nationaux. La mobilité des travailleurs à l’échelle de l’Union est liée aux efforts perpétuellement déployés pour moderniser le système de coordination de la sécurité sociale et le rendre plus équitable pour tous les États membres. Dans le cas des indemnités de chômage versées aux travailleurs frontaliers, en particulier, il y a lieu d’appliquer la législation de l’État où le travail est presté selon le principe de lex loci laboris pour déterminer l’État membre compétent, sauf dispositions contraires conclues entre États membres.

5.2.4.

Des compétences adaptées au marché du travail: la dimension sociale de l’éducation, telle qu’elle est exposée dans le premier principe du SEDS, implique que toute personne a droit à une éducation, une formation et un apprentissage tout au long de la vie, qui soient inclusifs et de qualité. Par ailleurs, les pénuries de main-d’œuvre s’accentuent sur les marchés du travail partout en Europe et compromettent la croissance future. Il y a lieu de renforcer la collaboration entre les SPE, les partenaires sociaux et les entreprises, les entités régionales chargées de l’emploi et des compétences et les autres structures régionales compétentes en la matière, afin de surmonter les disparités régionales et d’offrir, en partageant les responsabilités entre les différents acteurs, une orientation professionnelle adéquate, des possibilités de perfectionnement professionnel, de recyclage, de requalification et de reconversion professionnelle pour les demandeurs d’emploi et les travailleurs menacés de perdre leur emploi. Cette démarche doit inclure l’activation des travailleurs indépendants.

5.2.5.

La coopération avec les partenaires sociaux: lors de l’élaboration des politiques sociales européennes, il convient d’accorder davantage d’espace aux partenaires sociaux et de respecter pleinement leur autonomie. En tant qu’acteurs clés du marché du travail, ils peuvent, en collaboration avec les SPE nationaux, contribuer de manière significative à recenser les possibilités d’emplois y compris à l’échelon local, à faciliter l’intégration des personnes sur le marché du travail, à soutenir les demandeurs d’emploi dans leur recherche et à assister les entreprises dans leurs procédures de recherche de ressources humaines, mais aussi aider les jeunes et les adultes à choisir le parcours de renforcement des compétences qui leur convient le mieux (l’Agence pour le développement de l’emploi au Luxembourg).

5.2.6.

La société civile: le CESE représente diverses organisations de la société civile en élaborant de nombreux avis qui soulèvent déjà certains des principes couverts par le SEDS. La valeur ajoutée des organisations de la société civile réside dans leur proximité par rapport à la situation sur le terrain et leur connaissance des besoins des différents groupes (migrants, personnes handicapées, jeunes, droits des femmes); ces organisations peuvent donc contribuer efficacement à des actions plus ciblées des SPE (ce qui pourrait inclure, par exemple, le rôle des conseillers du travail en Italie).

5.2.7.

Coopération avec les services privés de l’emploi: l’expérience montre qu’une participation et une intégration équivalentes des services privés et publics de l’emploi peuvent avoir un effet bénéfique sur la création d’un marché du travail véritablement inclusif et durable. Il importe de soutenir cette complémentarité. Il est toujours très difficile de faire des prévisions ou des prédictions quant au marché du travail, car ses besoins évoluent très rapidement. La fiabilité des données est essentielle. Toutefois, les marchés du travail inclusifs que nous voulons voir émerger nécessitent d’inclure tous les individus.

6.   Des lacunes persistantes dans l’assistance ciblée fournie par les SPE

6.1.

Le CESE se félicite que les principaux groupes cibles soient couverts tant par les programmes de travail du réseau européen des SPE que par ceux des SPE nationaux. Toutefois, il insiste sur les lacunes qui subsistent et invite les SPE à intégrer davantage les principes de diversité et de non-discrimination dans leurs activités quotidiennes. Leurs efforts doivent être maintenus ou accrus, en particulier pour les groupes suivants:

6.1.1.

Les jeunes: le CESE se réjouit de constater que le soutien financier en faveur de la mise en œuvre de la garantie pour la jeunesse a doublé. Les SPE devraient investir dans une approche à long terme des services qu’ils fournissent aux jeunes demandeurs d’emploi, en envisageant notamment une meilleure utilisation des TIC et des outils en ligne afin de renforcer l’aide apportée aux groupes de jeunes les plus vulnérables; ils devraient renforcer l’assistance individuelle fournie aux jeunes, coopérer avec leur famille et les informer correctement sur la situation du marché du travail.

6.1.2.

Les adultes: le vieillissement de la population européenne, l’augmentation de la longévité et la nécessité de stimuler la coopération intergénérationnelle, l’accélération des évolutions sur le marché du travail, les nouvelles formes d’emploi et l’incorporation des technologies numériques dans tous les aspects du quotidien ont entraîné une demande accrue de nouvelles compétences et de connaissances et de savoir-faire d’un niveau supérieur. Ce contexte accentue encore le besoin urgent d’offrir des possibilités de perfectionnement ou de recyclage aux personnes qui ne maîtrisent pas encore les compétences de base ou ne disposent pas d’une qualification garantissant leur employabilité et leur citoyenneté active.

6.1.3.

Les femmes: le CESE se félicite de la directive sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (4), laquelle aide les parents et aidants, en particulier les femmes, à mieux organiser leur travail et leurs tâches quotidiennes. À cela, il conviendrait d’ajouter les investissements nécessaires dans les infrastructures sociales, notamment les structures d’accueil pour les enfants et les personnes âgées. Cette directive inclut aussi une assistance effective de la part des SPE afin de favoriser l’intégration des femmes sur le marché du travail en respectant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

6.1.4.

Les personnes handicapées: elles représentent environ un sixième de la population de l’Union européenne en âge de travailler, mais leur taux d’emploi est proportionnellement moins élevé. Tel était le message principal de l’audition organisée par le CESE en 2017. En particulier, les femmes et les filles handicapées (5) restent confrontées à de nombreuses discriminations intersectionnelles fondées à la fois sur leur genre et sur leur handicap. Elles sont trop souvent exclues, entre autres, de l’éducation et de la formation inclusives, de l’emploi, de l’accès aux programmes de lutte contre la pauvreté et à un logement adéquat et de la participation à la vie politique et publique. Elles ont besoin d’une assistance spécifique et d’une approche individualisée de la part des SPE.

6.1.5.

La migration: la migration légale peut jouer un rôle déterminant dans les bonnes performances du marché du travail. Le CESE a souligné, dans son avis (6), l’importance d’une politique migratoire cohérente et d’un cadre réglementaire bien conçu, précisant que l’absence d’immigration mettrait en danger le modèle social et économique européen. Il demeure essentiel d’intégrer les réfugiés autorisés à séjourner en Europe dans les programmes de formation, sur le marché de l’emploi et dans la société en général. Dans beaucoup de pays, les SPE ont déjà mis en place de nombreuses initiatives dans cette optique.

6.1.6.

La minorité rom: le CESE est très actif sur les questions liées aux conditions de vie et de travail de la communauté rom et accorde une attention particulière aux mesures visant à améliorer l’intégration des Roms (7). Le CESE distingue une possibilité de synergie entre la mise en œuvre du principe d’égalité d’accès du SEDS et les prochaines démarches à entreprendre pour une intégration plus efficace des Roms. L’aide aux femmes roms, en particulier, devrait figurer parmi les priorités des SPE.

6.1.7.

La population inactive ne fait habituellement pas partie des groupes ciblés par les SPE, bien qu’une portion non négligeable de la population inactive souhaite travailler. Le réseau européen des SPE a publié une étude intitulée «The role of PES in outreach to the inactive population» (Le rôle des SPE dans le soutien à la population inactive), qui présente les mesures de soutien à la population inactive en mettant plus particulièrement en lumière le rôle des SPE. Le CESE appelle la Commission et les États membres à revoir les politiques de réactivation ciblant cette partie de la population.

7.   Un soutien complexe aux services publics nationaux de l’emploi

7.1.

Les lignes directrices européennes pour l’emploi de 2019 (ligne directrice no 7) encouragent les États membres à rendre plus efficaces leurs politiques actives du marché du travail. Les États membres devraient s’efforcer de rendre les services publics de l’emploi plus efficaces en veillant à ce que ceux-ci apportent une aide personnalisée en temps utile aux demandeurs d’emploi, appuient la demande sur le marché du travail et mettent en place une gestion axée sur les résultats.

7.2.

Pour contribuer de façon efficace à la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, les SPE nationaux auront besoin d’un meilleur soutien et de conditions adéquates:

7.2.1.

Des ressources humaines suffisantes: les services complexes offerts par les SPE (recherche et sélection de personnel, reclassement externe, conseil et assistance dans le cadre des demandes d’aide au revenu, stages de formation) nécessitent du personnel formé, doté de compétences spécifiques, qui travaille dans des conditions durables et collabore avec des conseillers du travail et des agences d’emploi privées.

7.2.2.

Adaptation à l’évolution technologique: la numérisation de l’économie et de la société apporte de nouveaux outils qui, s’ils sont gérés correctement, peuvent aider les SPE dans leur rôle, notamment pour la formation de leurs travailleurs et l’intégration réelle de bases de données permettant une adéquation efficace entre les entreprises et les travailleurs. Ces deux améliorations sont à leur tour associées à l’évolution des compétences et des tâches découlant de la nouvelle ère numérique.

7.3.

Le 2 mai 2018, la Commission a adopté une proposition relative au cadre financier pluriannuel 2021-2027. La proposition reflète le contexte économique et social actuel et apporte une réponse concrète à l’appel du public européen en faveur d’une Europe plus sociale et d’un investissement plus important dans le capital humain dans l’Union européenne. Le Fonds social européen plus (FSE+) est un instrument de l’Union européenne particulièrement important pour l’investissement dans les ressources humaines et la mise en œuvre du SEDS. Les SPE seront financés par le volet «Emploi et innovation sociale» (EaSI) du Fonds social européen plus (ESF+).

7.4.

Les nouvelles responsabilités des SPE, notamment dans le cadre des politiques actives en matière d’emploi, doivent se traduire par des capacités et un soutien financier adéquats.

7.5.

Le CESE demande une coopération plus systématique et plus structurelle entre les SPE et les autres prestataires de services dans les domaines social et de l’emploi afin de s’attaquer aux multiples obstacles que rencontrent les demandeurs d’emploi lorsqu’ils tentent d’intégrer le marché du travail (problèmes de santé, de logement, de transport). La modernisation des SPE est un processus complexe, et le manque de coordination, de programmation, de planification et de division des responsabilités au niveau national et/ou régional provoque une fragmentation.

7.6.

Le CESE estime qu’il convient de redoubler d’efforts dans le suivi, l’évaluation et la comparaison des SPE, en vue d’analyser l’efficacité de ces services dans l’aide à l’intégration des demandeurs d’emploi sur le marché du travail. L’élaboration de normes et d’orientations communes au niveau européen pourrait améliorer l’efficacité des SPE et les synergies entre les pays. Les sources de données existantes, telles que l’enquête sur les forces de travail, doivent être davantage exploitées, et les agences comme Eurofound peuvent y contribuer.

Bruxelles, le 17 juillet 2019.

Le président

du Comité économique et social européen

Luca JAHIER


(1)  JO C 67 du 6.3.2014, p. 116.

(2)  JO C 440 du 6.12.2018, p. 135.

(3)  JO C 424 du 26.11.2014, p. 27.

(4)  JO C 129 du 11.4.2018, p. 44.

(5)  JO C 367 du 10.10.2018, p. 20.

(6)  JO C 110 du 22.3.2019, p. 1.

(7)  JO C 27 du 3.2.2009, p. 88.