COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 1.2.2017
COM(2017) 53 final
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d'investissement
Deuxième rapport sur l'état de l'union de l'énergie
I.
Introduction
L'année 2016 a été une année de grandes avancées pour l’union de l’énergie. Celle de la traduction de la vision du cadre stratégique pour une union de l’énergie en de nouvelles initiatives législatives et non législatives concrètes, avec, dernièrement, le paquet «Une énergie propre pour tous les Européens», présenté le 30 novembre 2016. Prochainement, la stratégie pour une mobilité à faible taux d'émissions donnera naissance elle aussi à des initiatives concrètes, conformément au programme de travail de la Commission pour 2017. Il importe que les colégislateurs travaillent sans délai à l’adoption des initiatives proposées, dans le respect de la déclaration commune des trois institutions sur les priorités législatives de l’UE pour l’année 2017, afin que la transition énergétique se fasse en toute sérénité sur le terrain.
L’union de l’énergie est un projet européen prioritaire inscrit par la Commission Juncker dans ses dix priorités d’action. Elle s’articule autour de cinq dimensions étroitement liées: la sécurité énergétique, la solidarité et la confiance; un marché intérieur de l’énergie pleinement intégré; l'efficacité énergétique comme moyen de modérer la demande; la décarbonation de l'économie; et la recherche, l'innovation et la compétitivité. Des avancées ont été enregistrées pour chacune de ces dimensions.
L’union de l’énergie fait partie du programme positif pour l’Union européenne tel qu’exposé dans la déclaration de Bratislava, et ne saurait être séparée des autres grandes politiques européennes. Elle contribue à la réalisation des objectifs de développement durable et à la mise en œuvre du programme en faveur de l’économie circulaire, et repose sur une interaction étroite avec l’union des marchés des capitaux, le marché unique numérique, la nouvelle stratégie en matière de compétences pour l’Europe, le plan d’investissement pour l’Europe et l’union de la sécurité. Le programme de l’union de l’énergie, en ce sens qu’il inclut le réexamen de la législation existante en veillant à ce qu’elle soit adaptée au but recherché, contribue également au programme pour une réglementation affûtée et performante (REFIT) de la Commission.
L’union de l’énergie couvre plus que les seuls domaines de l’énergie et du climat: elle a pour vocation d’accélérer la modernisation de l’économie européenne tout entière, pour en faire une économie sobre en carbone et efficace dans sa gestion de l’énergie et des ressources, en incluant toute la société. Son but ultime est de profiter aux consommateurs, aux travailleurs et aux entreprises européens. Les entreprises européennes devraient être en première ligne pour réaliser les investissements nécessaires, de façon à mettre avantageusement au premier plan leurs technologies et modèles commerciaux nouveaux. En d'autres termes, la transition vers une économie plus moderne, sobre en carbone, revêt un intérêt commercial majeur.
À cette fin, il faut, par ailleurs, une dimension extérieure forte. Dans un environnement géopolitique mouvant, l’union de l’énergie doit tenir toutes ses promesses afin de protéger les intérêts économiques à long terme et le bien-être de l’Europe et de ses citoyens. Un renforcement de l’action diplomatique vient donc compléter les travaux concernant le programme interne, dans le but d’accroître la sécurité de l’approvisionnement énergétique, d’augmenter les exportations de technologies européennes à faible intensité de carbone et de stimuler la compétitivité industrielle. De manière plus générale, l'action diplomatique dans le domaine de l’énergie devrait permettre à l’Europe de bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre, de concert avec ses partenaires internationaux, dans un contexte mondial plus instable. Dans ce domaine, l’Europe dispose d’un solide potentiel pour assumer un rôle de premier plan au niveau mondial.
Une dimension extérieure forte signifie également une action diplomatique ferme dans le domaine du climat, avec un rôle de premier plan pour mener à l’échelle mondiale la transition vers les énergies propres et contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable, notamment la garantie d’une énergie durable pour tous. À la suite de l’adoption de l’accord de Paris en décembre 2015, la prompte ratification par l’Union européenne a permis l’entrée en vigueur, le 4 novembre 2016, du tout premier accord mondial universel sur le climat juridiquement contraignant.
En 2016, l’Union européenne a montré qu’elle était également mobilisée pour mettre en œuvre l’accord de Paris en interne. La Commission a adopté toutes les propositions législatives nécessaires pour concrétiser les engagements ambitieux pris par l’Union européenne dans le cadre de l’accord. Ces propositions et leurs mesures d’accompagnement constituent l’une des pierres angulaires du programme global de la Commission en matière de création d’emplois et de croissance et de mobilisation des investissements nécessaires à cette fin.
Dans le même temps, les propositions de la Commission devraient garantir que cette transition profite tout autant aux citoyens qu’aux entreprises européennes, et qu’elle génère de nouveaux emplois et de nouvelles compétences et opportunités, en stimulant la croissance et en assurant une qualité de vie élevée dans l’Union européenne. C’est ce qu’attendent aussi de l’Union européenne les jeunes Européens.
Pour toutes ces raisons, l'accent est placé aujourd’hui sur la mise en œuvre. Il convient donc de conclure un accord avec le Parlement européen et le Conseil sur les initiatives législatives, de mettre en œuvre la législation existante et de faire appliquer strictement les règles du traité en matière de concurrence et d'aides d’État. En parallèle, l’action non législative au niveau de l’Union et des États membres et au niveau local devrait être poursuivie et intensifiée.
II.
Tendances et observations au niveau politique
Depuis la publication du premier rapport sur l’état de l’union de l’énergie en novembre 2015, plusieurs tendances dans la transition de l’Union européenne vers une économie sobre en carbone se sont maintenues et même renforcées. Les principales observations à tirer de l’évolution dans les États membres en 2016 sont résumées dans les observations sur les politiques figurant à l’annexe 2. Elles constitueront la base d’une analyse plus approfondie des politiques des États membres que la Commission a l’intention d’effectuer en 2017.
L’Union européenne a, dans son ensemble, poursuivi sa bonne progression vers la réalisation des objectifs de l’union de l’énergie, notamment en ce qui concerne les objectifs en matière de climat et d’énergie pour 2020. Elle a d’ores et déjà réduit considérablement sa consommation d’énergie. Si les États membres poursuivent leurs efforts, l’Union européenne devrait atteindre ses objectifs en matière d’efficacité énergétique pour 2020.
Figure 1: Évolution de la consommation d’énergie primaire et du PIB
En 2015, le niveau des émissions de gaz à effet de serre dans l’Union européenne était inférieur de 22 % à celui de 1990. Malgré une légère hausse temporaire en 2015, la tendance des émissions reste à la baisse. Les émissions dans les secteurs couverts par le système d'échange de quotas d’émission (SEQE) de l’Union européenne ont continué à diminuer en 2015.
L’Union européenne est également sur la bonne voie dans le secteur des énergies renouvelables qui ont, selon les données de 2014, atteint une part de 16 % dans sa consommation finale brute d'énergie. Étant donné que la courbe de la trajectoire fixée s'accentue à l'approche de 2020, des efforts supplémentaires sont requis.
Figure 2: Part des énergies renouvelables dans l’Union européenne par rapport aux trajectoires prévues par la directive sur les énergies renouvelables et par les plans d’action nationaux en matière d’énergies renouvelables (PANER)
Il convient de souligner également parmi les tendances que l’Union européenne continue avec succès de dissocier sa croissance économique de ses émissions de gaz à effet de serre. Entre 1990 et 2015, le PIB cumulé de l’Union européenne a progressé de 50 %, tandis que ses émissions ont diminué de 22 %. Les tendances et projections actuelles tablent sur la poursuite de ce phénomène.
Figure 3: Évolution passée et projetée du PIB (en termes réels), des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de l’intensité des émissions de l’économie (ratio entre les émissions et le PIB). (Indice 1990 = 100).
L’UE est également parvenue à réduire de manière significative l’intensité des émissions de gaz à effet de serre de son économie. À l’heure actuelle, elle est l’une des grandes économies produisant le moins d'émissions de gaz à effet de serre, et devrait devenir la plus efficace au sein du G20 grâce à la mise en œuvre des objectifs en matière de climat et d’énergie pour 2030. Cependant, d'autres régions réduisent aussi considérablement l’intensité des gaz à effet de serre, en application de leurs plans en matière de climat prévus par l’accord de Paris. Autrement dit, malgré ces tendances positives, l’Europe ne doit pas s’en contenter si elle veut rester en tête au niveau mondial.
Figure 4: Intensité des émissions de GES (Mio t éq. CO2/Mrd USD)
III.
Évaluation de l’avancement et du chemin encore Á parcourir
La transition vers une économie moderne sobre en carbone est amorcée
Le cadre stratégique pour une union de l’énergie fait part de l’ambition de s'affranchir d’une économie dépendante des combustibles fossiles. La décarbonation de l’économie européenne est bien engagée. Les colégislateurs ont approuvé en un temps record la ratification par l’Union européenne de l’accord de Paris. Pour mettre en œuvre les engagements pris par l’Union européenne, la Commission a adopté les propositions nécessaires à la concrétisation du cadre d'action en matière d’énergie et de climat à l'horizon 2030, pour les secteurs couverts par le SEQE de l’Union européenne dès le mois de juillet 2015 et, pour les autres secteurs,, ce qui couvre également l’intégration du secteur relatif à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie (UTCATF), en juillet 2016. La prochaine étape verra l’attention se porter sur la préparation de la participation de l’Union européenne au premier «dialogue de facilitation» en 2018, à l’occasion duquel les parties devraient dresser le bilan des ambitions communes et des avancements collectifs dans la mise en œuvre de l’accord de Paris.
En 2016, la Commission a également présenté une stratégie pour une mobilité à faible taux d'émissions, porteuse d’une ambition tout aussi claire: d'ici au milieu du siècle, les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports devront être inférieures d’au moins 60 % à leur niveau de 1990 et tendre résolument vers un taux zéro, sans que cela n’entrave les besoins de mobilité des personnes et des biens et la connectivité à l’échelle mondiale. Les émissions de polluants atmosphériques nocifs pour la santé humaine provenant des transports devraient également être réduites de manière drastique, et sans attendre. Dans la stratégie, l’accent a été mis en particulier sur le transport routier, responsable à lui seul de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre imputables aux transports.
Juste après l’entrée en vigueur de l’accord de Paris, la Commission a adopté le paquet sur l’énergie propre, qui fixe le cadre réglementaire pour l'après-2020 et donne une forte impulsion à la transition vers une économie plus propre. Vers la même période, la directive révisée sur les plafonds d'émission nationaux a été adoptée. En fixant des limites d’émission plus strictes pour les principaux polluants atmosphériques, l’Union européenne contribue à améliorer la santé de ses citoyens et à réduire le nombre de décès prématurés, tout en réduisant le coût économique conséquent pour la société. Dans une économie moderne, les citoyens devraient pouvoir bénéficier d’investissements dans la santé.
Progrès vers une économie innovante et économe en énergie et en ressources
La Commission a tenu sa promesse de considérer l’efficacité énergétique comme une source à part entière. Elle a proposé un objectif d’efficacité énergétique contraignant au niveau de l’Union européenne, à savoir un gain de 30 % d’ici à 2030. Une série d’initiatives d’accompagnement sur l’efficacité énergétique permettront de garantir la réalisation de l’objectif sans coûts excessifs, en adaptant la législation applicable aux perspectives pour 2030 et en supprimant les nombreux obstacles qui freinent les investissements dans ce domaine et, notamment, dans la rénovation des bâtiments.
Une économie moderne ne devrait pas seulement être efficace dans son utilisation de l’énergie, mais également dans son utilisation des ressources tout au long de leur cycle de vie. La transition énergétique devrait aller de pair avec une transition vers une économie circulaire, car l’extension de la prévention et du recyclage des déchets peut générer des économies d’énergie importantes. La communication adoptée récemment sur le rôle de la valorisation énergétique des déchets dans l’économie circulaire, par exemple, indique que, tout en respectant le principe de hiérarchie des déchets, si des techniques et mesures d’accompagnement éprouvées sont correctement mises en œuvre, la quantité d’énergie récupérée à partir des déchets pourrait augmenter de 29 %, ce qui contribuerait ainsi également à la réalisation des objectifs fixés dans le cadre stratégique pour une union de l’énergie et dans l'accord de Paris. L’Europe occupe une place de premier plan dans le secteur des technologies vertes. La production de biens et de services environnementaux par unité de produit intérieur brut (PIB) a augmenté de plus de 50 % durant la dernière décennie et le nombre d’emplois liés à cette «économie verte» dépasse à présent les 4 millions d’équivalents temps plein. Ce domaine présente lui aussi un intérêt commercial majeur et un potentiel économique avéré.
La modernisation de l’économie européenne nécessite une concurrence effective et un cadre réglementaire stable sur les marchés de l’énergie, pour pouvoir encourager l’innovation et la compétitivité. La communication «Accélérer l'innovation dans le domaine des énergies propres» présente une stratégie de l’Union européenne qui vise à donner les moyens aux entreprises et aux futures entreprises européennes de stimuler la recherche et l’innovation en matière de solutions énergétiques propres et à permettre une commercialisation rapide et réussie des résultats obtenus. Des progrès considérables ont été accomplis dans tous les domaines prioritaires du plan stratégique pour les technologies énergétiques (plan SET) au regard de l’intégration des technologies rentables à faible intensité de carbone dans le système énergétique.
Le soutien appuyé en faveur de la recherche et de l’innovation dans le domaine des technologies vertes a également conduit l’Union européenne à s’associer à la «Mission Innovation». L’Union européenne jouera son rôle moteur en veillant à ce que cette initiative internationale aboutisse à des changements positifs, en coopération étroite avec les investisseurs. L’utilisation d’indicateurs plus performants ou supplémentaires, par exemple sur les importations, les exportations et les parts de marché des technologies énergétiques propres, permettra de mieux évaluer les résultats et la compétitivité de l’Union européenne à l’échelle mondiale dans ce domaine, et d’actualiser ses objectifs en matière de recherche et d’innovation. À cette fin, la Commission travaillera avec les États membres, les entreprises, la communauté de la recherche et de l'innovation et les autres grandes parties prenantes, dans le cadre d’un Forum sur la compétitivité industrielle dans les énergies propres, qu'il est prévu d’organiser en coordination étroite avec les instances existantes avant la fin de l'année.
Donner des moyens d'action aux consommateurs
L’union de l’énergie devrait apporter des avantages tangibles aux consommateurs, qui sont au cœur de la transition énergétique. De plus en plus de consommateurs sont actifs sur le marché de l’énergie, comme le montre par exemple l’augmentation de la capacité solaire photovoltaïque chez les particuliers, l'émergence d’un nombre croissant de coopératives énergétiques ou l’élévation des taux de changement de fournisseur d’électricité et de gaz. Cependant, il faut continuer d'agir pour aider les nombreux consommateurs qui n’ont pas encore la possibilité de participer.
Comme l’a montré le rapport sur les prix et les coûts de l’énergie en Europe, les prix de détail ont augmenté ces dernières années, alors que les prix de gros ont diminué. Les propositions relatives à l’organisation du marché de l’électricité et la nouvelle directive sur les énergies renouvelables donneront aux consommateurs plus de possibilités pour participer pleinement au marché et établissent des mesures supplémentaires pour protéger les consommateurs les plus vulnérables, éviter les coupures et lutter contre la précarité énergétique dans l’Union européenne. Une application stricte des règles de concurrence contribuera également à renforcer le bien-être des consommateurs en leur proposant des prix plus faibles, un plus grand choix et davantage d’innovations.
La Commission prévoit de lancer une campagne de sensibilisation en 2017 pour encourager un plus grand nombre de consommateurs à participer au marché de l’énergie et à profiter de ses avancées. La campagne mettra en évidence les avantages de l’efficacité énergétique et de la possibilité de changer de fournisseur d'énergie. Elle sera lancée lors d’une phase pilote dans plusieurs États membres et pourrait être étendue à d’autres États membres dès que les résultats de cette première phase seront connus.
En outre, l’observatoire de la précarité énergétique débutera ses activités à la fin de l’année 2017, afin d'aider les États membres à assurer un suivi de la précarité énergétique et à lutter contre ce problème grandissant. L’observatoire aura pour mission de produire des statistiques sur la précarité énergétique, servira de plateforme pour diffuser les bonnes pratiques à l’intention des grandes parties prenantes et permettra d’informer le grand public sur ce phénomène.
Il importe que la transition vers les énergies propres profite de la même manière à tous et que soient pris en compte les changements qu’elle signifie pour les parties prenantes, y compris les entreprises et les travailleurs. C’est pourquoi la Commission étudie actuellement comment optimiser son soutien à la transition structurelle dans les régions minières et les régions à forte intensité de carbone, dans le respect des règles de concurrence. À cette fin, elle envisage de travailler en partenariat avec les parties prenantes de ces régions, afin de mieux cibler l’aide de l’Union européenne, en encourageant les échanges de bonnes pratiques, y compris par des discussions sur les feuilles de route sectorielles et les besoins de requalification, et en promouvant les synergies et la coopération.
Des infrastructures pérennes pour l’union de l’énergie
La résilience des infrastructures est l’épine dorsale de l’union de l’énergie. L’année passée, des grands projets d'interconnexion ont été mis en service et la coopération régionale a été considérablement renforcée.
La construction de nouvelles interconnexions a été lancée, telles que le gazoduc transadriatique, qui fait partie du corridor Sud pour le gaz; des accords de financement ont été signés, tels qu’une convention de subvention pour un investissement de 187 millions d’euros au titre du mécanisme pour l’interconnexion en Europe en faveur du Balticconnector, une interconnexion gazière reliant la Finlande et l’Estonie, et une convention de subvention de 179 millions d’euros pour le gazoduc BRUA qui traverse la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche. En ce qui concerne le groupe sur la connexion gazière pour l'Europe centrale et du Sud-Est, son mandat devrait être étendu au secteur de l’électricité, des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.
Un nouveau groupe à haut niveau a été créé sur la coopération énergétique entre les pays des mers du Nord, dans le but de travailler à une meilleure intégration de l’éolien en mer et à des interconnexions de meilleure qualité. Les appels d’offres pour des projets d’énergie éolienne en mer ont reçu en 2016 des offres plus basses que jamais, illustrant le fait que les prix de l’éolien en mer diminuent eux aussi et que l’électricité produite par ce moyen devient plus abordable.
De nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) ont été mis en service au cours des derniers mois, à Świnoujście (Pologne), Dunkerque (France) et Pori (Finlande), ce qui signifie de nouveaux débouchés commerciaux, mais également une meilleure sécurité de l’approvisionnement en gaz pour les États membres et leurs voisins. L’est de la Méditerranée constitue également une source prometteuse d'approvisionnement en gaz pour l’Union européenne. Tous ces éléments sont synonymes de possibilités de diversification renforcées, et de la réduction de la dépendance à l’égard des importations auprès d’un seul fournisseur.
Cependant, des goulets d’étranglement subsistent en raison du manque d'infrastructures ou de leur sous-utilisation. Des interconnexions et, le cas échéant, des lignes internes, restent nécessaires pour poursuivre l’intégration du marché intérieur de l’électricité en Europe du Sud-Ouest et en Europe du Nord et de l’Est (par exemple, en Allemagne, en Pologne et en République tchèque), et leur gestion doit être améliorée. Les travaux visant à la synchronisation des États baltes avec le réseau électrique européen devraient être poursuivis. L’objectif de 15 % d’interconnexion électrique pour 2030 devrait permettre à l’Union, pour autant que cette capacité soit mise à la disposition du marché, d’utiliser ses ressources renouvelables de manière optimale et d’assurer la sécurité de l’approvisionnement et l’intégration du marché.
Il conviendrait d'accélérer les efforts en matière d’infrastructure en 2017. La troisième liste de projets d’intérêt commun (PIC) a pour but de recenser les projets les plus urgents au regard de l’intégration du marché, de la durabilité, de la sécurité d’approvisionnement et de la concurrence. Cette nouvelle liste devrait être accompagnée d’une communication sur les infrastructures énergétiques. Le prochain état de l’union de l’énergie recensera les PIC qui progressent trop lentement, afin de ne laisser aucun État membre à la traîne dans la transition énergétique. Dans le même temps, les infrastructures existantes devraient être mises à l’entière disposition des acteurs du marché par les gestionnaires de réseau de transport et les règles du marché devraient promouvoir une utilisation efficiente des infrastructures existantes comme préalable à la construction de nouvelles installations.
Vu la rareté des ressources dans les États membres, les ressources publiques devraient être utilisées à bon escient. Les États membres devraient veiller à ce que leur soutien en faveur des infrastructures énergétiques, au sens le plus large, soit conforme aux principes de l’union de l’énergie. Un soutien ne devrait être apporté que s’il est conforme à la politique énergétique à long terme de l’Union européenne, de manière à ne pas créer d’actifs irrécupérables ni de dépendance excessive à l'égard du carbone. Il faut intensifier les efforts entrepris en vue de fournir des infrastructures pour une énergie propre dans les transports.
La protection des infrastructures critiques dans les domaines de l’énergie et des transports est un sujet qui revêt une importance croissante, au regard des récents attentats terroristes et des autres menaces géopolitiques. Une législation est déjà en place pour évaluer les besoins et pour améliorer la protection des infrastructures critiques. Les travaux à venir dans le secteur de l’énergie devraient mettre l’accent sur le renforcement de la protection physique des installations ainsi que des mesures visant à la permanence du fonctionnement des services. La numérisation du secteur de l’énergie accroît l’exposition de celui-ci aux attaques informatiques et la nécessité de règles solides en matière de protection des données. Afin de mettre en œuvre la directive sur la sécurité des réseaux et de l’information et de promouvoir les synergies entre l’union de l’énergie et le marché unique numérique, un groupe d’experts analyse les besoins concrets liés à la cybersécurité dans le secteur de l’énergie. Cet aspect est crucial également du point de vue des consommateurs.
La question des investissements
Pour atteindre les objectifs que l'Union européenne s'est fixés en matière de climat et d'énergie à l'horizon 2030, il faudra investir quelque 379 milliards d'euros chaque année entre 2020 et 2030. C’est pourquoi les travaux sur les investissements vont s’intensifier en 2017, et s'appuieront sur une utilisation cohérente de tous les instruments disponibles.
Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) est essentiel à cet égard, car il contribue à débloquer des financements privés. Jusqu’à présent, plus de 20 % des investissements soutenus par le Fonds européen pour les investissements stratégiques avaient un lien avec le domaine de l’énergie. En parallèle à une extension du Fonds, la Commission a proposé qu’au moins 40 % des projets de son volet «infrastructures et innovation» contribuent à l’action en matière de climat, d’énergie et d’environnement conformément aux objectifs de l’accord de Paris. L'association du Fonds européen pour les investissements stratégiques à d’autres fonds et instruments de financement de l’Union européenne renforcera la possibilité d'apport de fonds en faveur d’investissements plus risqués.
Le Fonds européen pour les investissements stratégiques apporte également un soutien substantiel dans le cadre de différents projets. Pour la période 2014-2020, ce soutien s'élève à environ 98 milliards d’euros, avec un cofinancement national public et privé. Les investissements dans la recherche et l’innovation au titre du programme Horizon 2020, y compris les instruments de financement des projets de démonstration liés à l'énergie du dispositif InnovFin, revêtent un caractère tout aussi déterminant dans la mise en place de solutions énergétiques propres. Les projets de recherche et d’innovation dans les technologies de pointe ont déjà produit des résultats significatifs en 2016 dans des domaines tels que le photovoltaïque, l’hydrogène et les bus à piles à combustible à émissions nulles.
D’autres instruments de financement vont être mis en place. Dans sa proposition de révision du SEQE de l’Union européenne pour l’après-2020, la Commission a proposé un Fonds pour l’innovation dans le secteur de l’électricité et dans les entreprises qui en font partie. Afin de fixer adéquatement la portée de ce fonds, la Commission compte lancer en 2017 une série de tables rondes sectorielles spécialisées avec des représentants des industries à forte consommation d’énergie, des porteurs de projets dans les énergies renouvelables, des innovateurs et des investisseurs. La proposition prévoit également la création d’un Fonds pour la modernisation visant à aider les États membres à plus faible revenu à moderniser leur système énergétique.
En 2017, une attention particulière sera accordée à la mise en œuvre de l’initiative «Un financement intelligent pour des bâtiments intelligents», en coopération avec la Banque européenne d’investissement (BEI) et les États membres. Cette initiative inclut la création de plateformes de financement souple destinées à accélérer la rénovation des bâtiments. Il est tout aussi important de supprimer les freins à la rénovation. C’est pourquoi la Commission a commencé à analyser, en coopération étroite avec les États membres, l’incidence des règles de comptabilité publique sur le marché des contrats de performance énergétique. Elle envisage de mettre à jour ses lignes directrices sur le traitement statistique de ce type de partenariats avant la fin du printemps 2017.
Il est nécessaire que le financement soit durable. Dans cette optique, le groupe d’experts à haut niveau sur la finance durable envisage de présenter à la Commission, courant 2017, des recommandations sur les politiques qui pourraient faciliter l'afflux de capitaux publics et privés vers des investissements durables et limiter les risques potentiels qui pèsent sur le système financier de l’Union européenne du fait de son exposition à des actifs à forte intensité de carbone.
Dans la même logique, les technologies et les ressources qui sont en cours d'abandon ou qui ne sont pas durables à long terme ne devraient pas être soutenues par des fonds publics. Le paquet sur l’énergie propre prévoit également expressément que l’Union européenne intensifie son action en vue de supprimer les subventions en faveur des combustibles fossiles. Les prochains rapports sur l’état de l’union de l’énergie permettront de faire le bilan des suites données à cet engagement, pris dans le cadre du G7 et du G20.
Une dimension extérieure forte pour l’union de l’énergie
L’environnement international changeant complexifie la situation, mais apporte par ailleurs de nouvelles possibilités. En tant qu’importateur d’énergie, l’Union européenne a un intérêt particulier à ce que les marchés internationaux de l’énergie fonctionnent correctement, dans un cadre réglementé, et elle travaille activement à renforcer la gouvernance dans les enceintes multilatérales telles que le G7, le G20 et l’Agence internationale de l’énergie, entre autres. L’Union européenne travaille également au niveau régional et bilatéral pour promouvoir le bon fonctionnement, l’intégration et la réforme des marchés de l’énergie, comme le processus de réforme de la Communauté de l’énergie ou la relance du dialogue avec l’Algérie, ainsi que pour promouvoir les projets de diversification d’importance stratégique, comme le corridor Sud pour le gaz. Dans les régions d’Europe concernées par le processus d'élargissement et la politique de voisinage, la Commission a lancé une initiative conjointe avec les institutions financières internationales visant à promouvoir conjointement les réformes du secteur de l’énergie et à accroître les investissements en faveur de l’efficacité énergétique dans les bâtiments publics et privés.
L’Union européenne a continué à promouvoir les réformes du secteur de l’énergie en Ukraine. Des avancées concrètes ont été réalisées en ce qui concerne le marché du gaz et des décisions importantes ont été prises en vue d’améliorer l’efficacité énergétique. La Commission a organisé plusieurs réunions bilatérales et trilatérales avec la Russie et l’Ukraine afin de garantir la stabilité de l’approvisionnement intérieur de l’Ukraine et le transit de gaz russe vers l’Union européenne via l’Ukraine. Les réformes doivent se poursuivre, y compris dans le secteur de l’électricité.
L'accord politique conclu entre le Parlement européen et le Conseil sur la proposition relative aux accords intergouvernementaux dans le domaine de l’énergie, qui était inscrite dans le paquet sur la sécurité d’approvisionnement de février 2016, mérite d’être souligné. Il améliorera la transparence des accords intergouvernementaux et leur conformité avec le droit de l’Union. La proposition législative relative à la sécurité de l’approvisionnement en gaz a également fait du chemin, avec la position arrêtée par le Parlement européen et l’orientation politique formulée par le Conseil au début du mois de décembre 2016.
L’Union européenne doit jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale en ce qui concerne la transition vers une énergie propre. À l’heure où le marché mondial des technologies propres s’ouvre de manière inédite, l’Union européenne s’appuie sur ses politiques extérieures pour partager son expérience en la matière et mettre en avant le passage à une économie mondiale sobre en carbone, avant tout en développant des partenariats solides avec les pays et les régions.
C’est le cas notamment en Afrique et dans le voisinage de l'Union européenne, au sein de la Communauté de l’énergie. L’importance de cette question a également été reconnue dans la «stratégie globale», qui a appelé spécifiquement à renforcer les synergies entre les actions diplomatiques dans les domaines de l’énergie et du climat. Dans le domaine du climat, la coopération sur les échanges de quotas d’émission avec la Chine, par exemple, est productive, et les deux parties ont convenu de l’intensifier en réalisant un autre projet bilatéral visant à soutenir la mise en œuvre d’un système national d’échange de quotas d’émission en Chine, dont l’application devrait démarrer en 2017.
L'action internationale en matière de changement climatique a abouti en 2016 à un accord au sein de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) qui prévoit d'aborder le problème des émissions de l'aviation internationale, en hausse rapide. Dans la droite ligne de cet accord, la Commission a l’intention de présenter rapidement une proposition législative sur le champ d’application du SEQE de l’Union européenne en ce qui concerne l’aviation. En outre, la diplomatie internationale a conduit à l’adoption de l'amendement de Kigali au protocole de Montréal visant à éliminer progressivement les hydrofluorocarbones, qui contribuent substantiellement au réchauffement planétaire, et, au sein de l’Organisation maritime internationale (OMI), à un accord en faveur d’une stratégie de réduction des émissions dans le secteur du transport maritime international. Ces résultats représentent des avancées bienvenues dans la lutte contre le changement climatique dans les secteurs où les émissions augmentent rapidement.
L'année 2016 a également été marquée par le renforcement du Conseil de l'énergie entre l’Union européenne et les États-Unis, qui a continué à servir d’exemple à suivre en matière de coopération bilatérale à haut niveau sur les questions d’énergie et de climat, notamment dans les domaines de la sécurité énergétique, de la politique énergétique, ainsi que du développement et du déploiement des technologies énergétiques.
L'Afrique est et restera un partenaire privilégié de l’Union européenne. Sur ce continent, des millions de personnes n’ont encore pas accès aux formes d'énergie modernes. Or, l’accès universel à une énergie durable est essentiel pour soutenir le rythme nécessaire de croissance économique et l’instauration de conditions de travail décentes, notamment pour les femmes et les jeunes. Le partenariat stratégique Union européenne-Afrique fixe le cadre pour la poursuite de la coopération entre ces deux continents. L’Union européenne soutient également fermement, depuis son lancement lors de la conférence de Paris sur les changements climatiques en 2015 (COP 21), l’initiative de l'Afrique sur les énergies renouvelables, menée par ce continent dans l’objectif d'accroître sa capacité d’énergie renouvelable. L’énergie sera également au centre des investissements dans le cadre du futur plan d’investissement extérieur européen et des autres instruments déjà existants.
La diplomatie active de l’Union européenne en matière d’énergie et de climat est renforcée par le soutien aux actions menées par les villes et les régions dans toutes les parties du monde au sein de la Convention mondiale des maires. L’alliance établie entre la Convention des maires de l’Union européenne et le Pacte des maires, qui rassemble plus de 7 100 villes sur 6 continents, démarre pleinement ses activités en 2017. De même, la mise en œuvre du nouveau programme pour les villes, adopté lors de la conférence Habitat III, reste une priorité pour l’Union européenne, notamment dans le sens où il met largement l’accent sur la durabilité.
IV.
UNE NOUVELLE «TOURNÉE POUR L’UNION DE L’ÉNERGIE» AU SERVICE DE L’EMPLOI, DE LA CROISSANCE ET DE L’INVESTISSEMENT
Afin de soutenir la transition vers les énergies propres et de moderniser l’économie de l’Europe, la mise en œuvre doit démarrer sans attendre. Partant de ce constat, la Commission s'apprête à lancer une nouvelle «tournée pour l’union de l’énergie». Elle aura là une bonne occasion de nouer le dialogue avec les parties prenantes, entre autres nationales, et de contribuer avec elles à éliminer les obstacles. C’est pourquoi cette tournée cible les besoins spécifiques des États membres, en ce qui concerne par exemple le soutien de la transition des régions à forte intensité de carbone ou la réalisation de la transition jusque dans les îles. Elle permettra de mieux montrer la réalité de l’union de l’énergie aux citoyens européens, par un dialogue avec tous les niveaux de la société, notamment avec les jeunes. L’Europe a besoin, pour réussir, de l’engagement résolu de toute une génération de jeunes, dotés des compétences nécessaires et convaincus de la nécessité de participer à la transition énergétique.
En tant qu’élément du programme de mise en œuvre, la tournée mettra en particulier l’accent sur les plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat, et sur les actions menées au niveau local.
Gouvernance et planification pour une union de l’énergie porteuse d'avantages sur le terrain
Dans le cadre du paquet sur l’énergie propre, la Commission a proposé d'appuyer l’union de l’énergie sur un nouveau système de gouvernance fondé sur une rationalisation des exigences en matière de planification, de communication d'informations et de suivi de sa mise en œuvre. Dès lors que la plupart des propositions concernant l’union de l’énergie sont sur la table, les États membres disposent de tous les éléments clés pour commencer à préparer leurs plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat. Ces plans constitueront un instrument essentiel qui permettra aux États membres de l’Union européenne d'apporter certitude et prévisibilité aux entreprises, aux employés et aux investisseurs et pour mobiliser des investissements plus que nécessaires dans une économie sobre en carbone.
La plupart des États membres de l’Union européenne doivent encore lancer la préparation de leur plan national. Pour achever la préparation des plans bien avant 2021, comme convenu par le Conseil, il convient d’accélérer les travaux. Même si cela ne sera pas chose facile, la Commission invite les États membres à présenter leur projet de plan pour le 1er janvier 2018. Le groupe de travail technique sur les plans nationaux en matière d’énergie et de climat continuera à apporter son aide aux États membres. Afin de refléter les vues de tous les acteurs, les projets devraient s'appuyer sur des consultations menées avec les investisseurs, les partenaires sociaux, les autorités locales et régionales, y compris celles ayant des besoins particuliers, et les autres parties prenantes concernées dans les États membres. Il est également essentiel de mettre en place une coopération régionale en amont en vue de rapprocher les plans. Les plans nationaux en matière d’énergie et de climat devraient être préparés, autant que possible, en parallèle avec les programmes de lutte contre la pollution atmosphérique, afin de mettre en place des synergies et de réduire les coûts, puisque ces plans et programmes reposent largement sur des mesures et des actions similaires.
Importance du niveau local pour le bon fonctionnement de l’union de l’énergie
Les villes et les zones rurales sont un maillon essentiel de la modernisation et de la décarbonation de l’économie européenne. Les zones urbaines sont une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre, puisqu’elles génèrent, par leur consommation d’énergie, environ les trois quarts des émissions mondiales de carbone. Les villes et les zones rurales sont en outre particulièrement vulnérables aux retombées du changement climatique. Dans le même temps, les zones rurales, en tant que fournisseurs de ressources renouvelables pour la bioéconomie, et les villes, en tant que centres d’innovation et de croissance et que moteurs du développement économique, font également, et de plus en plus, partie de la solution. Les villes génèrent un quart de l’ensemble des dépenses publiques et reçoivent presque la moitié des investissements publics. Elles produisent 68 % du PIB de l’Union européenne et génèrent 62 % des emplois, sont des acteurs clés dans l’effort de découplage des émissions de gaz à effet de serre et de l’utilisation des ressources, d'une part, et de la croissance économique, d'autre part, et contribuent au renforcement du socle de connaissances et de la compétitivité des économies nationales. Les villes sont le point de départ de la modernisation de l’économie européenne.
L'adoption du Pacte d’Amsterdam, qui établit le programme urbain pour l’Union européenne, le sommet européen des régions et des villes à Bratislava et le lancement du guichet unique pour les villes ont donné un élan appréciable à l’action des villes. Le programme urbain est mis en œuvre au moyen de partenariats dans toute une série de domaines, qui ont une incidence directe sur l’économie européenne. Ces partenariats rassemblent la Commission, les États membres, les villes et les parties prenantes concernées.
Dans toute l’Union européenne, des projets fondés sur les villes sont lancés, à la recherche de synergies entre des domaines tels que l’énergie, la mobilité, le numérique, la gestion de l’eau, de l’air et des déchets, et l’économie circulaire. Des projets réussis tels que ceux pour les villes intelligentes génèrent des économies pour les citoyens et les entreprises, améliorent la qualité de l'air et créent des emplois locaux. La tournée de promotion de l’union de l’énergie est une occasion bienvenue de mettre en avant ce type de projets de manière à ce qu’ils puissent être mis en œuvre à plus grande échelle et reproduits dans toute l’Europe, et de mieux les relier au programme européen pour l’investissement.
V.
Conclusion
La Commission est résolument engagée à continuer ses travaux sur les projets qui affichent une réelle valeur ajoutée européenne et apportent des bénéfices tangibles aux citoyens européens. La modernisation de l’économie européenne est l’un de ces projets, et c'est là l'objectif de l’union de l’énergie. Pour porter ses fruits, les propositions législatives relatives à l’union de l’énergie présentées par la Commission en 2015 et 2016 doivent être traitées dans les plus brefs délais, conformément à la déclaration commune des trois institutions sur les priorités législatives de l’Union européenne pour l’année 2017.
Il est important de maintenir la cohérence et l'ambition globales des propositions relatives à l’union de l’énergie, ainsi que l’élan politique qui sous-tend ce projet. C’est pourquoi il conviendrait d'examiner l'état d'avancement à intervalles réguliers à un niveau plus politique, y compris par le Conseil européen. Dans la droite ligne de la déclaration de Bratislava, le Conseil européen reviendra sur les questions de l’énergie et du climat en temps utile.
De même qu’il est important d’avancer sur les dossiers législatifs, il convient d’accélérer la mise en œuvre des mesures de facilitation de l’union de l’énergie et d'assurer le respect sans failles des règles existantes. L’Union européenne et ses États membres doivent renforcer, par exemple, la mise en œuvre des priorités de l'action diplomatique en matière de climat et d’énergie et les travaux sur les synergies entre ces deux domaines, et créer, avant la fin de l’année, des plateformes d’investissement qui faciliteront le financement de projets en faveur de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables.
La mise en œuvre de ces mesures, parmi d’autres, est nécessaire pour avancer sur le terrain dès à présent, afin d'obtenir des résultats en matière d’emploi, de croissance et d’investissements. Ce n’est que lorsque des progrès concrets sur le terrain auront été accomplis que les multiples avantages générés par la transition vers une énergie propre se manifesteront dans les États membres, les régions et les communautés, condition essentielle pour le succès durable de l’union de l’énergie.
COMMISSION EUROPÉENNE
Bruxelles, le 1.2.2017
COM(2017) 53 final
ANNEXE
Les cinq dimensions de l'union de l'énergie: observations sur les politiques des États membres et de l'Union européenne
à la
Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen, au Comité des régions et à la Banque européenne d'investissement
Deuxième rapport sur l'état de l'union de l'énergie
Les principales observations à tirer de l’évolution dans les États membres en 2016 sont résumées dans les observations qui suivent. Elles constitueront la base d’une analyse plus approfondie des politiques des États membres que la Commission compte effectuer en 2017.
Plans nationaux en matière d’énergie et de climat
Un petit nombre d’États membres avancent déjà dans la préparation de leur plan national intégré en matière d’énergie et de climat pour la période 2021-2030. Ce plan doit inclure les contributions nationales aux objectifs de l’union de l’énergie ainsi qu’aux objectifs en matière d’énergie et de climat pour 2030. Toutefois, la plupart des États membres n’ont pas encore commencé ce travail, ou doivent en accélérer la préparation.
Sécurité énergétique
Dans 22 États membres, la dépendance totale nette à l’égard des importations a diminué entre 2005 et 2014, ce qui indique une amélioration de la sécurité énergétique. Cette tendance positive est appuyée par la hausse de la production d’énergie provenant de sources renouvelables (entre autres en Autriche, en Espagne, en Estonie, en Irlande, en Italie, en Lettonie et au Portugal) ainsi que par la diminution de la demande totale d’énergie, due notamment aux améliorations de l’efficacité énergétique. Sur la même période, la dépendance totale nette à l’égard des importations a augmenté dans quelques pays en raison du déclin de la production nationale de combustibles fossiles (Danemark, Pologne, Royaume-Uni) ou de la fermeture de centrales nucléaires (Lituanie). Des projets d’infrastructure prévus dans plusieurs États membres pourraient également affecter leur dépendance énergétique.
L’Union européenne dépend encore des importations pour plus de la moitié de ses besoins en énergie, mais elle progresse dans la diversification des sources et des voies d’approvisionnement, ainsi que des fournisseurs d’énergie. Toutefois, certains États membres, notamment la Bulgarie, l’Estonie, la Finlande, la Hongrie, la Lituanie et la Slovaquie, restent totalement ou principalement tributaires d’un seul pays tiers pour leur approvisionnement, en particulier pour le gaz mais également pour le pétrole et/ou le charbon.
De nouvelles interconnexions et de nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) ont contribué à améliorer la sécurité de l’approvisionnement en gaz au cours des dernières années. Outre les avantages qu’elles apportent au marché intérieur du gaz, ces améliorations ont également étendu les possibilités d’alternative aux voies principales/traditionnelles en cas d’interruption. La proportion de la demande de gaz qui peut être acheminée par d’autres voies a augmenté. Seuls deux États membres ne disposent pas encore d’une alternative complète en cas d’interruption de leur principale source de gaz: la Bulgarie et le Portugal.
Il reste nécessaire d’améliorer encore les interconnexions gazières entre États membres (par exemple entre la Croatie, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce, ainsi qu’entre le Portugal, l’Espagne et la France) et de faire en sorte que dans tous les États membres, les consommateurs et les fournisseurs aient accès à des plateformes de négoce de GNL et puissent bénéficier des capacités pour GNL et des interconnexions qui ont été développées ou pourraient l’être.
Marché intérieur de l’énergie
Infrastructures électriques
Des interconnexions et le renforcement des lignes intérieures sont nécessaires pour poursuivre l’intégration du marché intérieur de l’électricité, par exemple en Europe du Sud-Ouest, en Europe du Nord et en Europe centrale et orientale (par exemple en Allemagne, en Pologne et en République tchèque), ou pour progresser dans la synchronisation entre les États baltes et le réseau électrique européen. Onze États membres n’ont pas encore atteint l’objectif d’interconnexion pour 2020, fixé à 10 %: la Bulgarie, Chypre, l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Irlande, l’Italie, la Pologne, le Portugal, la Roumanie et le Royaume-Uni. Ils doivent poursuivre leurs efforts. Certains États membres n’ont pas atteint leur objectif en matière d’interconnexion car l’augmentation récente de la capacité installée de production d’origine renouvelable y a été plus rapide que celle des capacités d’interconnexion.
La gestion de la congestion reste un problème dans sept États membres (Allemagne, Autriche, Danemark, Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie). Cette situation nécessite une solution qui facilitera les flux transfrontaliers en Europe centrale et dans toute l’Union, tout en assurant la sécurité du réseau.
Marchés de gros
De nombreux États membres ont bien progressé dans l’ouverture de leurs marchés de gros à la concurrence, ce qui a apporté des avantages considérables. Il existe cependant des différences marquées entre les États membres, dont un grand nombre n’ont pas encore mis en œuvre toutes les règles nécessaires à la mise en place de marchés concurrentiels et liquides, en particulier pour les marchés de gros. En outre, des opérateurs disposent encore d’une puissance significative sur le marché dans un certain nombre d’États membres. L’application des règles de concurrence reste donc essentielle pour assurer que les marchés soient ouverts et concurrentiels.
Au niveau régional, à la mi-2015, la plus grande partie des marchés de gros de l’électricité dans l’UE étaient couplés à un ou plusieurs marchés voisins. Sous l’effet notamment de la baisse des prix du charbon et du gaz, de la pénétration progressive des sources renouvelables dans le secteur de l’électricité, et d’une demande modérée, les prix de gros de l’électricité ont diminué dans la plupart des États membres entre 2013 et 2015. Les différences régionales sont restées importantes: les prix sont les plus élevés au Royaume-Uni et dans le sud de l’Europe, et les plus bas dans les pays scandinaves.
Les prix de gros du gaz ont diminué dans tous les États membres entre 2013 et 2015 car la faiblesse de la demande, la surabondance de l’offre sur les principaux marchés régionaux, le faible niveau des prix du pétrole et le volume stable des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) ont exercé une pression sur les prix du gaz en Europe. Contrairement à la situation pour l’électricité, les prix nationaux ont clairement convergé, car le faible niveau des prix du pétrole a permis aux prix indexés sur le pétrole de se rapprocher des prix sur les points d’échange de l’Europe du Nord-Ouest.
Marchés de détail et consommateurs
Contrairement aux prix de gros, les prix de détail du gaz et de l’électricité ont généralement augmenté au cours des cinq dernières années. En ce qui concerne l’électricité, la part croissante des taxes et redevances dans le prix de détail a contribué à cette tendance. Les marchés de détail, tant pour l’électricité que pour le gaz, restent des marchés nationaux (ou infranationaux). Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour faire progresser l’intégration régionale des marchés. Dans certains cas, des mesures devraient être prises pour assurer l’application du droit de la concurrence.
Alors que plusieurs États membres (Irlande et Lettonie) ont récemment abandonné la réglementation des tarifs pour les consommateurs finaux, les prix facturés aux ménages restent réglementés à des degrés divers dans près de la moitié des États membres, ce qui constitue un obstacle à la participation des acteurs de la demande et entrave la concurrence sur les marchés de détail.
L’autonomisation des consommateurs grâce au déploiement de compteurs intelligents n’a été mise en œuvre que dans certains États membres (notamment la Finlande, l’Italie, la Suède et Malte). En Estonie, en Espagne et au Danemark, environ la moitié des ménages sont déjà équipés de compteurs électriques intelligents. En ce qui concerne le taux de pénétration des compteurs de gaz intelligents, seuls les Pays-Bas ont enregistré des progrès notables: près de 30 % des ménages y sont équipés de ce type de compteur. Dans plusieurs États membres, les consommateurs qui cherchent à changer de fournisseur pour bénéficier de meilleures conditions contractuelles se heurtent à des contraintes administratives.
La précarité énergétique est une source de préoccupation dans de nombreux États membres. En moyenne dans l’Union européenne, les ménages à revenus modestes consacrent 8,6 % de leur budget à des dépenses énergétiques. Par rapport à 2005, cette proportion a augmenté dans la plupart des États membres. En outre, une part croissante de ces ménages (23 % en 2015) ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour chauffer suffisamment leurs maisons. Les États membres doivent prévoir des mesures plus ciblées en faveur des consommateurs vulnérables, afin de combattre efficacement la précarité énergétique.
Efficacité énergétique
De grands progrès ont été réalisés en ce qui concerne l’efficacité énergétique. En 2014, la consommation d’énergie primaire de l’Union européenne ne dépassait que de 1,6 % l’objectif fixé pour 2020 et la consommation d’énergie finale était déjà plus basse que l’objectif fixé pour 2020. Même si les niveaux de consommation primaire et finale devraient avoir augmenté respectivement d’environ 1,5 % et 2 % entre 2014 et 2015, les objectifs pour 2020 pourront être atteints si les mesures nécessaires sont mises en place.
Les politiques en matière d’efficacité énergétique contribuent de manière significative à la réduction de la consommation énergétique et à la décarbonation et peuvent également contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour rénover les bâtiments existants afin de diminuer la consommation totale d’énergie, de réduire les dépenses énergétiques des consommateurs et de rendre le parc immobilier de l’Union européenne plus connecté et plus durable. Dans cette optique, les conditions de financement des investissements en faveur de l’efficacité énergétique doivent encore être améliorées dans les États membres, notamment en renforçant les synergies entre les promoteurs immobiliers et les bailleurs de fonds, ainsi qu’en favorisant l’agrégation de projets. Les compétences nouvelles et les technologies de l’information et de la communication (TIC) présentent un fort potentiel pour contribuer à améliorer l’efficacité énergétique. La plupart des États membres doivent encore améliorer l’efficacité énergétique dans le secteur des transports afin de tirer parti du potentiel non exploité.
Décarbonation
Dans 27 États membres, les émissions étaient inférieures aux limites pour 2013 et 2014 établies dans la décision relative à la répartition de l’effort. Seules les émissions de Malte ont dépassé la limite pendant ces deux ans.
Selon les projections établies sur la base des politiques déjà mises en œuvre, la plupart des États membres devraient atteindre en 2020 leurs objectifs au titre de la décision relative à la répartition de l’effort. Quelques États membres devront encore mettre en place des mesures complémentaires ou faire usage de marges de manœuvre en 2020. C’est le cas notamment pour l’Irlande, le Luxembourg et la Belgique.
Une contribution importante aux actions liées à l’union de l’énergie provient des recettes obtenues par les États membres grâce à la mise aux enchères des quotas d’émission, dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (SEQE-UE). Entre 2013 et 2015, ces enchères ont rapporté près de 11,8 milliards d’euros. Les États membres ont consacré ou prévu de consacrer environ 80 % de ces recettes au climat et à l’énergie. Les États membres investissent la majeure partie de ces recettes au niveau national dans l’énergie renouvelable (2,89 milliards d’euros), l’efficacité énergétique (1,96 milliard d’euros) et les transports durables (730 millions d’euros).
Pour 2013/2014, dans tous les États membres (sauf aux Pays-Bas), la part des énergies renouvelables était égale ou supérieure à la trajectoire indicative prévue dans la directive sur les énergies renouvelables. Selon les estimations, en 2015, 25 États membres ont déjà dépassé leur trajectoire indicative pour 2015/2016. Dans trois États membres (la France, les Pays-Bas et le Luxembourg), la part estimée des énergies renouvelables en 2015 était inférieure à la trajectoire indicative pour 2015/2016.
Les États membres devront toutefois poursuivre leurs efforts pour atteindre les objectifs contraignants pour 2020, et certains devront les intensifier, car la courbe de la trajectoire s’accentue à l’approche de 2020.
Les infrastructures pour les carburants de substitution sont un élément essentiel pour la mobilité à faible taux d’émissions. Conformément à la directive relative aux carburants de substitution, les États membres devaient présenter avant novembre 2016 leurs cadres d’action nationaux en ce qui concerne ces infrastructures, mais la majorité d’entre eux n’ont pas encore satisfait à cette obligation.
Recherche, innovation et compétitivité
Les entreprises, instituts de recherche et acteurs universitaires de l’innovation en Europe sont globalement bien placés dans le paysage énergétique mondial. L’Union européenne détient 30 % des brevets mondiaux dans le domaine des énergies renouvelables, ce qui fait d’elle un chef de file de l’innovation dans les grandes technologies sobres en carbone. Des efforts restent toutefois nécessaires pour accélérer la mise sur le marché de ces innovations et les traduire en vecteurs de croissance et d’emploi, en réglant des problèmes relatifs au marché intérieur et aux marchés d’exportation.
Les derniers chiffres datant de 2014 indiquent que, dans l’Union européenne, les investissements publics et privés dans la recherche et l’innovation ont augmenté de 22 % depuis 2010 dans les secteurs liés aux priorités de l’union de l’énergie en matière de recherche et d’innovation. Le secteur privé est responsable de cette augmentation: les transports durables représentent la plus grande part du total des investissements privés (43 %). Les investissements publics nationaux ont légèrement diminué au cours de cette période, sauf dans le secteur des systèmes énergétiques intelligents, à la fois en chiffres absolus et en proportion du produit intérieur brut (PIB). Le secteur public n’assure plus que 15 % du total des investissements.
Par rapport à ses principaux partenaires économiques, l’industrie manufacturière européenne présentait en 2014 les deuxièmes coûts énergétiques unitaires réels les plus faibles, juste derrière les États-Unis (en pourcentage de la valeur ajoutée). La Chine, la Russie, le Japon et l’Australie présentent des chiffres largement supérieurs à ceux de l’Union européenne. Les bonnes performances de l’Union européenne s’expliquent principalement par le faible niveau d’intensité énergétique de l’industrie manufacturière, qui compense en partie le coût plus élevé de l’énergie.