RAPPORT DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Rapport sur la mise en oeuvre de l'approche globale de la question des migrations et de la mobilité 2012-2013 /* COM/2014/096 final */
RAPPORT DE
LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Rapport sur
la mise en œuvre de l’approche globale de la question des migrations et de la
mobilité 2012-2013 1. Introduction L’approche
globale de la question des migrations et de la mobilité (AGMM) forme, depuis 2005,
le cadre général de la politique extérieure de l’Union européenne en matière de
migrations et d’asile. Ce cadre définit les modalités du dialogue sur les politiques
et de la coopération opérationnelle menés par l’UE avec les pays tiers dans le
domaine des migrations et de la mobilité, sur la base de priorités clairement
définies qui traduisent les objectifs stratégiques de l’UE et sont fermement
ancrées dans le
cadre global de sa politique étrangère, notamment en matière de coopération au
développement. La communication
de la Commission du 18 novembre 2011 intitulée «Approche globale
de la question des migrations et de la mobilité»[1] a donné
le coup d’envoi de la seconde phase de l’AGMM, une phase nouvelle et davantage
consolidée. Elle y a introduit un certain nombre d’éléments nouveaux, tels que
la protection internationale et la dimension externe de la politique d’asile
comme nouvelle priorité thématique, ou encore l’élargissement
du champ d’application du cadre politique pour y inclure la «mobilité»,
soulignant ainsi la nécessité de promouvoir une mobilité bien gérée des
ressortissants de pays tiers à travers les frontières extérieures de l’UE. Dans ses
conclusions du 29 mai 2012[2], le Conseil a
lui aussi confirmé que l’AGMM constituait le cadre d’un dialogue et d’une
coopération avec les pays tiers abordés de façon globale et équilibrée. Il a
également souligné la nécessité d’instaurer un suivi systématique de la mise en
œuvre de l’AGMM au moyen de rapports bisannuels. L’AGMM est mise
en œuvre au moyen de divers instruments politiques (dialogues sur les
politiques et plans d'action régionaux et bilatéraux à mener), d’instruments
juridiques (tels que les accords visant à assouplir les formalités
de délivrance des visas et les accords de réadmission), des mécanismes de
soutien opérationnel et de renforcement des capacités (notamment par le biais d’agences
européennes comme FRONTEX, le BEAA et ETF et de mécanismes d’assistance
technique tels que MIEUX et TAIEX) ou encore de multiples dispositifs de
soutien aux programmes et aux projets mis à la disposition des administrations
des pays tiers et d’autres parties prenantes, parmi lesquelles la société
civile, les associations de migrants et les organisations internationales.
Durant la période 2012-2013, la Commission a soutenu plus de 90 projets
liés aux migrations dans toutes les régions du monde en développement, pour un
montant de plus de 200 millions d’euros. Plusieurs États membres de l’UE
ont eux aussi consacré un soutien financier accru à la mise en œuvre de l’AGMM.
Les partenariats
pour la mobilité (PM) et les programmes communs pour les migrations et la
mobilité (PCMM)
constituent les
principaux cadres bilatéraux visant à favoriser le dialogue sur les politiques
à mener et la coopération opérationnelle avec les pays partenaires. À ce
jour, des partenariats pour la mobilité ont été conclus avec six pays: la
Moldavie (2008), le Cap-Vert (2008), la Géorgie (2009), l’Arménie (2011), le
Maroc (2013) et l’Azerbaïdjan (2013). Les discussions sur le partenariat pour
la mobilité avec la Tunisie se sont achevées en novembre 2013 et la
signature du partenariat est imminente. Un dialogue a par ailleurs été entamé
avec la Jordanie en décembre 2013. Enfin, un projet de PCMM a été proposé
à l’Inde en avril 2013 et au Nigeria en octobre 2013 mais les discussions
sur le fond n’ont pas encore commencé. 2. Les dialogues bilatéraux Les dialogues
bilatéraux sur la question des migrations et de la mobilité noués entre l’UE et
les pays tiers peuvent prendre différentes formes. Les partenariats pour la
mobilité offrent un cadre important pour le dialogue sur les politiques et la
coopération opérationnelle sur les questions de mobilité et d’asile. S’agissant
des pays avec lesquels un dialogue sur la libéralisation du régime des visas a
été entamé, le dialogue sur les politiques s’articule en grande partie autour
de la mise en œuvre du plan d’action pour la libéralisation du régime des
visas. Dans certains cas (Russie, Inde, Chine, États-Unis), l’UE a noué des
dialogues spécifiques. Pour pratiquement tous les pays, le dialogue sur la
question des migrations et d’autres questions relevant de la justice et des
affaires intérieures s’inscrit également dans le cadre de la mise en œuvre des accords
d’association, des accords de partenariat et de coopération, des
accords-cadres, des accords de coopération et d’autres instruments conclus par
l’Union, y compris au niveau de leurs conseils et sous-comités respectifs.
Enfin, un dispositif de coopération technique a été mis en place dans le cadre
des comités mixtes instaurés par les accords visant à assouplir les
formalités de délivrance des visas et les accords de réadmission, lesquels assurent
le suivi de la mise en œuvre desdits accords avec les pays tiers en question. 2.1. Pays
concernés par l’élargissement Le mécanisme de suivi de la
libéralisation du régime des visas permet d’évaluer la durabilité des
réformes et des mesures mises en œuvre par les pays des Balkans occidentaux
(Albanie, Bosnie-Herzégovine, ancienne République yougoslave de Macédoine,
Monténégro et Serbie) par l’intermédiaire des feuilles de route relatives au
processus de libéralisation du régime des visas[3]. Il
permet également d’agir
avec ces pays dans le cadre du processus de stabilisation et d’association afin
de combler les lacunes éventuelles et de relever les défis qui se présentent.
La grande majorité des citoyens des pays des Balkans occidentaux exemptés
de visas sont des voyageurs
bona fide et le but de leur voyage à destination de l’UE est
parfaitement légitime. Le nombre de demandes d’asile infondées déposées dans
certains États membres par des ressortissants de ces pays est néanmoins resté
élevé en 2013, après avoir augmenté en 2012, ce qui compromet le fonctionnement
du régime d’exemption de visas. Un dialogue sur la libéralisation
du régime des visas a été lancé avec le Kosovo[4] le 19 janvier 2012
et une feuille de route visant à aboutir à un régime d’exemption de visas a été
remise au gouvernement kosovar le 14 juin 2012.
Trois ans environ après la finalisation des négociations, l’accord de
réadmission entre l’UE et la Turquie a été signé le 16 décembre 2013.
Parallèlement à la signature de l’accord, un dialogue relatif à la libéralisation
du régime des visas et une feuille de route en vue de l’instauration d’un
régime d’exemption de visas ont été présentés à la Turquie, conformément aux conclusions
du Conseil sur le développement de la coopération avec la Turquie dans le
domaine de la justice et des affaires intérieures[5], adoptées
le 21 juin 2012. FRONTEX a conclu
d’excellents accords de travail avec tous les pays des Balkans occidentaux et
poursuit sa collaboration avec eux tant sur le plan organisationnel qu’opérationnel.
Dans le cadre du mécanisme de suivi de la libéralisation du régime des visas,
l’agence
gère un système d’alerte qui lui permet de fournir à la Commission une
évaluation des flux de demandeurs d’asile. FRONTEX a signé un protocole d’accord
avec la Turquie le 28 mai 2012. 2.2. Pays participant
au partenariat oriental Des progrès
importants ont été accomplis en 2012-2013 concernant le renforcement des
relations avec la plupart des pays du partenariat oriental sur la question des
migrations et de la mobilité. Les dialogues
sur la libéralisation du régime des visas se sont poursuivis tant avec la Moldavie
qu’avec l’Ukraine, tandis qu’un nouveau dialogue a été entamé avec la Géorgie
en 2012 en vue de mettre en place, le moment venu, une exemption de l’obligation
de visa. Le rapport d’étape sur la Moldavie, rendu public par la Commission
le 15 novembre 2013[6], a conclu
que la Moldavie satisfaisait à l’ensemble des critères de référence du plan d’action
concernant la libéralisation du régime des visas. Dans la foulée, la Commission
a adopté, le 27 novembre 2013, une proposition visant à ajouter
la Moldavie à la liste des pays dont les ressortissants sont exemptés de visa
pour des séjours dans des pays de l’espace Schengen ne dépassant pas 90 jours[7]. Les
dialogues sur la libéralisation du régime des visas se sont révélés des
instruments déterminants dans la mise en place de politiques résolument
tournées vers l’avenir en matière de mobilité. Ils ont également démontré leur
efficacité pour faire avancer des réformes ambitieuses dans le domaine de la
justice et des affaires intérieures, y compris l’avancement de l’état de droit
et la réforme de la justice[8]. En 2013, un programme
d'aide de l'UE doté d'un budget de 20 millions d'euros a été approuvé pour
assurer la poursuite de la mise en œuvre du processus de libéralisation du
régime des visas en Moldavie. Un accord de financement de 28 millions d'euros a
également été signé avec l'Ukraine en vue de contribuer à aligner les
régimes de migration et d'asile sur les normes européennes et internationales,
et de soutenir la mise en œuvre du processus de libéralisation du régime des
visas.
La Commission continue en outre à appuyer plus largement les réformes en
matière de migration et de gestion des frontières en Ukraine. Par exemple, une enveloppe
de 66 millions d'euros au titre d'un programme d'aide sur quatre ans, destiné à
renforcer la politique de gestion des frontières Ukrainiennes est en
préparation. Une version
actualisée de l’accord sur l’assouplissement des formalités de délivrance des
visas conclu
avec l’Ukraine est entrée en vigueur le 1er juillet 2013. Des négociations
en vue de la conclusion d’accords visant à assouplir les formalités de
délivrance des visas et d’accords de réadmission ont été entamées début 2012
avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan avant d’être finalisées dans les
délais voulus. Les accords passés avec l’Arménie sont entrés en vigueur
le 1er janvier 2014. L’entrée en vigueur des accords
conclus avec l’Azerbaïdjan est attendue dans les prochains mois. La coopération
engagée dans le cadre des partenariats pour la mobilité conclus avec l’Arménie,
la Géorgie et la Moldavie se poursuit, tandis qu’un nouveau
partenariat pour la mobilité a été signé le 5 décembre 2013 avec
l’Azerbaïdjan.
L’expérience montre que ces partenariats ont indubitablement contribué à
renforcer la coopération et qu’ils ont permis d’accomplir des progrès
substantiels dans la coordination au sein de l’UE et la coordination
interinstitutionnelle dans les pays partenaires. Leur souplesse permet d’articuler
initiatives bilatérales et initiatives multilatérales à l’intérieur du même
cadre et de traiter les priorités des pays partenaires de manière ciblée. Des
réunions de hauts fonctionnaires consacrées aux trois partenariats se sont
tenues les 17 décembre 2012 et 25 octobre 2013
avec l’Arménie, le 18 décembre 2012 avec la Géorgie, et les 22 novembre 2012, 25 juin 2013, 31 octobre 2013
et 10 décembre 2013 avec la Moldavie. L’Organisation pour les
migrations (OIM) a commandé à un expert une évaluation approfondie du
partenariat conclu avec la Moldavie. Le rapport final rendu le 1er octobre 2012
montre que le partenariat a permis d’atteindre plusieurs des priorités fixées
par les partenaires grâce aux initiatives et aux projets mis en œuvre. Il a
permis aux partenaires de traiter plus efficacement divers problèmes liés à la
question des migrations et de la mobilité et a favorisé l’instauration d’un
cadre propice à un engagement actif dans les actions de coopération et les
débats sur les migrations, au niveau tant régional que mondial. Les activités
menées au titre du partenariat pour la mobilité ont aidé la Moldavie à réformer
son cadre juridique sur les questions de migration et à adapter notamment son
régime d’asile aux normes européennes. Pour autant, le rapport d’évaluation met
également en lumière un certain nombre de défis pour les partenariats, à savoir
1) la nécessité de maintenir le degré d’intérêt et d’engagement des États
membres, en favorisant leur participation aux différents cadres de gouvernance
et de coordination, et d’associer les États membres nouvellement intéressés au
partenariat; 2) la nécessité de démontrer la valeur ajoutée apportée par les
activités conjointes, autrement dit les activités conçues et menées par plus d’un
État membre, dans la mesure où elles permettent d’accroître les synergies, de
renforcer l’échange d’informations et de bonnes pratiques et de développer une
connaissance réciproque entre les différentes parties prenantes. Sur le
plan de la coopération opérationnelle, l'UE fournit un financement à hauteur de
près de 50 millions d'euros pour des projets sur les migrations et la gestion
des frontières en Moldavie, dont une initiative dotée d'une enveloppe de 2
millions d'euros visant à promouvoir la mobilité légale entre la Moldavie et
l'UE grâce aux partenariats pour la mobilité. Six projets
financés par l'UE pour un montant total de plus de 8 millions d'euros sont
actuellement en cours de mise en œuvre en Arménie, y compris un projet
de 3 millions d’euros visant à soutenir la mise en œuvre du partenariat
pour la mobilité en vue de renforcer les capacités des pouvoirs publics dans
des domaines comme l’immigration régulière, le lien entre migrations et
développement ou encore la réadmission et la réintégration. La mise en œuvre
du partenariat pour la mobilité conclu avec la Géorgie s’est intensifiée
après la création de la plate-forme de coopération locale en 2012. Depuis
la signature du partenariat, la coopération extérieure avec la Géorgie n’a
cessé de se renforcer, appuyant notamment une réforme rapide du système géorgien
de gestion des migrations et des frontières. Six projets, d’une enveloppe
globale d'environ 20 millions d’euros, qui sont en cours d’exécution
dans le pays dans le domaine de la migration, dont une initiative d’un million
d’euros visant à accroître le potentiel du partenariat en matière de
développement. En ce qui
concerne l'Azerbaïdjan, l'UE fournit actuellement un soutien à la
réforme de la politique migratoire, en particulier au moyen des jumelages avec
le service national des migrations. Les relations
bilatérales de l’UE avec la Biélorussie dans le domaine des migrations
et de la mobilité ne se sont pas encore développées. La Biélorussie a toutefois
indiqué, en novembre 2013, qu'elle acceptera l’invitation faite depuis 2011
par l’UE en vue de l’ouverture de négociations sur un accord d’assouplissement
des formalités de délivrance des visas et un accord de réadmission. Par
ailleurs, certaines formes de coopération pratique à l’échelle des projets se
sont mises en place au cours de la période 2012-2013, en marge de la
coopération instaurée dans le cadre des dialogues régionaux sur la question des
migrations. FRONTEX a conclu
des accords de travail avec les autorités arméniennes le 22 février 2012
et avec les autorités d’Azerbaïdjan le 6 avril 2013. L’agence
a désormais signé des accords de travail avec tous les pays du partenariat
oriental. 2.3. Pays du sud de
la Méditerranée Depuis 2011,
l’UE a accompli des progrès considérables dans l’instauration d’une coopération
renforcée avec les pays du sud de la Méditerranée, dans le droit fil de la
politique européenne de voisinage et des engagements pris dans le contexte du
printemps arabe et de ses suites. Plus récemment, le Conseil européen a plaidé
pour un engagement accru auprès des pays tiers afin d’éviter que des migrants n’entreprennent
des voyages périlleux à destination de l’UE[9]. Dans
ce contexte, il a accueilli avec satisfaction la communication de la Commission
du 4 décembre 2013 sur les travaux menés par la task force
pour la Méditerranée[10], qui
définit des mesures opérationnelles visant à prévenir que des tragédies
semblables à celle qui s’est produite au large des côtes de Lampedusa
le 3 octobre 2013 ne se reproduisent à l’avenir. Des dialogues
structurés sur les migrations, la mobilité et la sécurité ont été lancés avec
la Tunisie, le Maroc (octobre 2011) et la Jordanie
(décembre 2012). L’UE reste par ailleurs ouverte à tout dialogue avec d’autres
pays de la région, sous réserve du respect des conditions requises. L’Algérie
a manifesté un intérêt dans ce sens dans le cadre des négociations en cours sur
un nouveau plan d’action relatif à la politique européenne de voisinage[11]. L’UE a
réitéré à plusieurs reprises depuis 2011 sa proposition d’entamer un
dialogue avec l’Égypte mais n'a pas encore reçu une réponse positive. De
son côté, la Libye figure toujours parmi les pays prioritaires en vue du
lancement d’un tel dialogue, dès que les circonstances le permettront. Un partenariat
pour la mobilité a été signé avec le Maroc le 7 juin 2013,
au terme d'intenses discussions. Ce partenariat, qui marque indubitablement un jalon
et servira de référence aux autres pays de la région, comprend un éventail
équilibré d’engagements et d’initiatives couvrant les quatre piliers thématiques
de l’AGMM, à savoir l’immigration régulière, l’immigration irrégulière, la
protection internationale et enfin les migrations et le développement. L’un des
principaux engagements pris par le Maroc concerne la création d’un régime d’asile
national. Le partenariat contient également des engagements mutuels à
collaborer dans le domaine de la prévention et de la lutte contre la traite des
êtres humains ainsi que de la protection des victimes de cette traite. Le
partenariat ouvre en outre la voie à la négociation d’un accord visant à
assouplir les
formalités
de délivrance des visas[12] et à la
réouverture, en parallèle, des négociations sur l’accord de réadmission qui
avaient été interrompues en 2010. Un projet de 5 millions d’euros
visant à soutenir la mise en œuvre du partenariat est en cours de finalisation.
Une dotation de 6 millions d'euros au titre du programme SPRING est également
prévue afin de soutenir ce partenariat. La finalisation,
en novembre 2013, des discussions sur un partenariat pour la mobilité avec
la Tunisie constitue elle aussi un élément positif, car les négociations
ont été freinées pendant des mois par l’instabilité politique du pays. L’UE et
la Tunisie ont convenu d’instaurer une étroite collaboration afin de renforcer
le cadre juridique et institutionnel, notamment dans le domaine de l’asile, de
la traite des êtres humains et de l’assouplissement des formalités de
délivrance des visas, mais aussi d’améliorer la formation du personnel chargé
de la question des migrations et d’élaborer des politiques en matière d’intégration
et de lutte contre la xénophobie et l’exclusion des migrants. Deux missions d’experts
ont été menées en Jordanie en 2013, dans le cadre du dialogue sur
les migrations, la mobilité et la sécurité. Elles ont abouti à une évaluation
positive des capacités des autorités dans les domaines concernés. La Jordanie a
exprimé le souhait de collaborer avec l’UE. Un projet de partenariat pour la
mobilité a été soumis aux autorités jordaniennes en décembre 2013. Malgré une situation
difficile sur le plan politique et sécuritaire, l’UE a soutenu la Libye
dans le domaine des migrations, de la gestion des frontières et de la
protection internationale. Suite à la décision du Conseil du 22 mai 2013
d’instaurer une mission PSDC, une assistance est fournie dans le cadre de la
mission EU BAM en Libye, en vue de mettre sur pied un système intégré de
gestion des frontières. Une contribution est également apportée au titre du projet Sahara-Méditerranée,
qui est doté de 10 millions d’euros. Toute
coopération bilatérale ayant été suspendue avec la Syrie sur le plan
politique, il n’existe à l’heure actuelle aucune forme de collaboration,
officielle ou non officielle, avec les autorités syriennes sur la question des
migrations. Pour autant, l’UE et ses États membres sont les premiers donateurs
au monde pour la gestion de la crise provoquée par les flux de réfugiés. Ils
fournissent également une aide humanitaire et au développement considérable à
la population syrienne ainsi qu’aux pays voisins de la Syrie, notamment par l’intermédiaire
d’organisations internationales spécialisées et d’organisations de la société
civile. L’engagement
politique en faveur d’un renforcement de la coopération avec les pays du sud de la
Méditerranée se double d’un soutien financier et opérationnel. En Libye par
exemple, des programmes financés par l’UE à hauteur d’environ 30 millions
d’euros sont en cours d’exécution. Ils sont axés sur la gestion des flux de
migration mixtes, la gestion des frontières et les conditions d’accueil des
migrants. La mise en œuvre du projet de réseau méditerranéen Seahorse, dirigé
par la Guardia
Civil espagnole, a débuté en septembre 2013. Le réseau permettra aux
pays méditerranéens participants d’échanger directement des informations factuelles
sur les incidents et les patrouilles en temps presque réel, grâce aux
communications par satellite. Il aura pour effet d’accroître la capacité des
autorités compétentes à lutter contre l’immigration clandestine et la traite
des êtres humains mais aussi à répondre aux situations d’urgence nécessitant
des opérations de recherche et de sauvetage. Le projet est ouvert à l’Algérie,
à l’Égypte, à la Libye et à la Tunisie. Le projet Euromed
Migration III, qui est doté d’un budget de 5 millions d’euros,
vise à promouvoir le dialogue et la coopération entre les pays du sud de la
Méditerranée et l’UE. Consacré à l’immigration légale, au lien entre migrations
et développement et à l’immigration clandestine, il prévoit l’organisation d’un
certain nombre de réunions, de séances de formation et de missions d’experts
sur ces sujets. Il comprend également une aide à l’élaboration de profils
migratoires ainsi qu’une étude sur l’harmonisation des besoins du marché du
travail avec ceux des États membres. L’UE déploie,
depuis 2011, un programme de protection régional (PPR) pour l’Afrique du
Nord, axé sur la Libye, la Tunisie et l’Égypte. Le budget de ce programme a été
porté à 5,5 millions d’euros à la fin de 2013, à la suite de la
tragédie qui s’est produite au large des côtes italiennes de
Lampedusa. FRONTEX s’est vu
confier des mandats de négociation en vue de la conclusion d’accords de travail
avec l’Égypte, la Libye, la Tunisie et le Maroc, mais pour l’heure, les
tentatives d’ouverture de négociations ont échoué. 2.4. Pays d’Afrique
subsaharienne Des progrès ont
été accomplis en 2012-2013 avec le Cap-Vert, le Nigéria et l’Afrique
du Sud sur le plan du dialogue sur les politiques et de la coopération
opérationnelle. La mise en œuvre
du partenariat pour la mobilité conclu avec le Cap-Vert s’est poursuivie
de manière satisfaisante en 2012-2013. Pendant cette période, l’UE et le
Cap-Vert ont signé un accord visant à assouplir les formalités de
délivrance des visas (octobre 2012) ainsi qu’un accord de réadmission
(avril 2013), appelés à entrer tous deux en vigueur d’ici peu. L’UE entend
maintenir la dynamique du partenariat en définissant avec le Cap-Vert une
nouvelle série de priorités pour le court et le moyen terme. La coopération
mise en place avec le Nigéria a progressé de façon positive par le biais
de dialogues locaux sur la question des migrations et du développement, fondés
sur l’article 13 de l’accord de Cotonou. Parmi les principaux sujets
abordés figurent l’immigration clandestine et la traite des êtres humains, cette
dernière étant un sujet de préoccupation pour le pays tant au niveau interne qu’au
niveau externe. Les aspects liés à la protection internationale n’ont pas
encore été réellement abordés dans le cadre de ces dialogues mais la question
du renforcement des capacités en la matière pourrait être traitée
prochainement, voire étendue au cas des déplacés internes. Lors de la rencontre
du 20 mars 2013, le Nigéria a fait part de sa volonté de
rehausser le niveau de coopération avec l’UE dans le cadre d’un PCMM. Un
projet de PCMM a donc été présenté au Nigéria le 7 octobre 2013. La coopération
avec l’Afrique du Sud sur la question des migrations s’inscrit dans le cadre du
Forum de dialogue sur la migration, une manifestation annuelle organisée en
marge du Conseil de coopération conjoint. C’est dans ce contexte que l’Afrique
du Sud a fait part de sa volonté de négocier avec l’UE un accord visant à
assouplir les formalités
de délivrance des visas, alors que dans le même temps l’UE sollicitait la mise
en place d’un régime d’exemption totale de visas pour les ressortissants de
tous les États membres. Lors du sommet Afrique du Sud-UE du 18 juillet 2013,
il a été convenu d’explorer toutes les options possibles pour renforcer et
structurer la coopération, notamment par l’instauration d’un PCMM. Les efforts
déployés par l’UE en direction du Ghana afin de mettre en place un PCMM,
synonyme de coopération renforcée, se sont inscrits dans le cadre d’un atelier
d’information tenu en janvier 2012, à Accra, ainsi que dans le cadre plus
large du dialogue sur les politiques, en juillet 2012. Au total, plus
de 35 projets en rapport avec la question des migrations et
spécialement dédiés aux pays d’Afrique subsaharienne ont été mis en œuvre
en 2012-2013. Bien que couvrant tous les aspects de la question, ces
projets mettent plus particulièrement l’accent sur les initiatives liant
migrations et développement, sur l’aide aux réfugiés et aux migrants
vulnérables et sur la lutte contre la traite des êtres humains. Globalement, la
coopération la plus avancée est celle mise en place avec les pays d’Afrique
de l’Ouest, grâce en partie aux progrès enregistrés par les processus
régionaux. L’UE fournit également un appui important aux pays d’Afrique de l’Ouest
dans le domaine du renforcement des capacités de gestion des migrations et des
frontières. C’est ainsi qu’une initiative de soutien à la mise en œuvre
effective des protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO) sur la libre circulation et de son approche commune sur la
migration a été lancée en 2013, pour une enveloppe globale de 24 millions d’euros. La coopération
de l’UE avec les pays d’Afrique de l’Est dans le domaine des migrations
est plus restreinte et la situation politique de certains États dans la région
n’a pas permis d’ouvrir la voie à une collaboration plus étroite. Pour autant,
un certain nombre de projets ont été mis en œuvre, dont un PPR de 5 millions
d’euros pour la Corne de l’Afrique (Kenya et Djibouti). FRONTEX a signé
un accord de travail avec le Nigéria le 12 janvier 2012
et avec le Cap-Vert le 14 janvier 2012. 2.5. Pays
asiatiques La coopération
avec la Chine a légèrement progressé dans le sillage du 15e sommet
UE-Chine de septembre 2012, au cours duquel il a été convenu d’explorer
toutes les possibilités pour faciliter la mobilité et renforcer la coopération en
matière de lutte contre l’immigration clandestine. Au vu de la réaction et des
préoccupations exprimées par la Chine concernant la prise d’empreintes
digitales des détenteurs de passeports diplomatiques (une conséquence du
déploiement du système d’information sur les visas (VIS) de l’UE), les deux
parties ont décidé d’instaurer un dialogue de haut niveau sur les migrations et
la mobilité. Une première réunion s’est tenue le 14 octobre 2013,
au cours de laquelle a notamment été évoquée la possibilité de lancer des
négociations parallèles sur les questions de réadmission et sur un accord d’exemption
de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques. Un nouvel élan a
récemment été conféré à la coopération entre l’UE et l’Inde sur la
question des migrations, puisqu’après le lancement d’un dialogue sur les
migrations en 2006 et une réunion en 2010, une rencontre a eu lieu
le 2 juillet 2012 à New Dehli, dans le cadre du dialogue de haut
niveau sur les migrations et la mobilité. L’Inde a fait part de sa volonté de
renforcer cette coopération par l’instauration d’un PCMM avec l’UE. Un projet
de PCMM a donc été présenté à l’Inde en avril 2013. Le dialogue et
la coopération avec les autres pays asiatiques, en particulier les pays d’Asie
du Sud Est comme le Viêt Nam et l’Indonésie, interviennent de façon
ponctuelle, en fonction des intérêts manifestés, et toujours dans le cadre des
accords internationaux (APC, AC) conclus par l’UE. Compte tenu de la mixité de
ces accords, qui a pour effet d’allonger leur délai de conclusion et d’entrée
en vigueur, la question des migrations est régulièrement isolée pour faire l’objet
d’une mise en œuvre anticipée avec les pays concernés. La prévention et la
lutte contre la traite des êtres humains revêtent une importance particulière
dans ces dialogues. Plusieurs pays de la région ont également manifesté un
intérêt marqué pour une coopération en matière de visas avec l’UE (assouplissement
des formalités de délivrance, exemption pour les détenteurs de passeports
diplomatiques). Les migrations régionales
ayant une forte incidence sur le développement des pays asiatiques, la question
des migrations fait l’objet d’une attention accrue dans le cadre de la coopération
au développement mise en place avec la région. Un projet doté d’un budget d’1,6 million
d’euros a ainsi été lancé en 2013, en partenariat avec l’OIT, afin d’accroître
les capacités de gestion du Bangladesh, de l’Indonésie, du Népal et des
Philippines en matière d’émigration de la main-d’œuvre. 2.6. Autres
pays prioritaires La coopération
entre l’UE et les États-Unis d’Amérique sur la question des migrations
se poursuit dans le cadre de la plate-forme UE-États-Unis pour la coopération
sur les questions liées aux migrations et aux réfugiés, instaurée en 2010.
Le plan d’action de la plate-forme couvre une dizaine de domaines prioritaires,
parmi lesquels le retour et la réintégration, l’identification biométrique, la
réinstallation, la traite des êtres humains, le renforcement des capacités de
gestion des migrations et la migration professionnelle. En 2012, un voyage
d’étude consacré aux questions de réinstallation a été organisé à destination
des États-Unis dans le cadre de la plate-forme et diverses activités ont été
déployées dans le domaine de la traite des êtres humains, dont un voyage d’étude
du coordinateur européen de la lutte contre la traite des êtres humains (en
mars 2013). Un séminaire a par ailleurs été organisé en novembre 2013
sur la question des réfugiés syriens et sur les flux migratoires provoqués par
la crise. Ce séminaire a été l’occasion de recenser d’autres domaines
susceptibles de faire l’objet d’une coopération plus poussée, comme la question
des réinstallations. La plate-forme a également permis de coordonner les
positions en vue de plusieurs manifestations internationales consacrées aux
migrations, comme le dialogue de haut niveau sur les migrations internationales
et le développement et le Forum mondial sur
la migration et le développement (FMMD)[13]. Le dialogue UE-Russie
sur les migrations, lancé en mai 2011, offre une plate-forme permettant d’aborder
les défis communs dans un cadre informel et non contraignant[14]. Une
réunion de hauts fonctionnaires et deux rencontres thématiques conjuguées à des
voyages d’étude sont organisées chaque année. Cinq rencontres thématiques ont
eu lieu jusqu’à ce jour, sur la protection internationale (Moscou,
décembre 2011), la migration irrégulière (Budapest, mars 2012), le lien
entre migrations et développement (Saint-Pétersbourg, octobre 2012), la
migration régulière (Bratislava, février 2012), et la migration
irrégulière (Kaliningrad, juillet 2013). Dans le cadre de ce dialogue, les
travaux visant à mettre au point des portails internet sur la question des migrations,
dédiés aux citoyens de l’UE et aux ressortissants russes vont être engagés en 2014. Un dialogue sur
la question des visas a été lancé avec la Russie en 2007. Les parties ont
arrêté une liste d’étapes communes vers un régime d’exemption des visas de
court séjour pour les citoyens de l’UE et les ressortissants russes, dont la
mise en œuvre est une condition préalable à l’ouverture de négociations sur un
accord mutuel d’exemption de visas entre l’UE et la Russie. La Commission a
présenté son premier rapport sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre
des étapes communes en décembre 2013[15]. 2.7. Enseignements De par leur
variété et leur richesse, les dialogues bilatéraux constituent un précieux
levier pour renforcer la coopération, traiter les questions d’intérêt commun,
parfois sensibles, liées aux migrations et à la mobilité et établir une relation
de confiance entre les partenaires. L’expérience acquise
dans le cadre des partenariats pour la mobilité existants montre que ces
partenariats, en reconnaissant et en respectant les priorités des pays
partenaires, ont joué un rôle déterminant dans le rapprochement de ces derniers
avec l’UE et les ont encouragés à coordonner leurs politiques et les modalités
de leur coopération internationale en matière de migration. Des efforts doivent
néanmoins être encore déployés pour garantir une mise en œuvre équilibrée des
partenariats pour la mobilité, autrement dit davantage axée sur les quatre
priorités thématiques de l’AGMM, avec plus de mesures en matière d’immigration
légale, de défense des droits de l’homme et de protection des réfugiés. La migration et
la mobilité sont au cœur de débats de plus en plus fréquents dans le cadre des
AA, des APC, des AC et de leurs sous-comités, dans le contexte d’un dialogue
politique étendu. Cette tendance positive ne peut que contribuer à mettre en
valeur la question des migrations dans les relations extérieures de l’UE et à
focaliser l’attention sur ce dossier dans les activités bilatérales de
coopération au développement. Une attention accrue devrait simultanément être
portée sur les aspects tenant aux relations extérieures au sens large en ce qui
concerne les questions de migration et de mobilité au niveau interne dans l'UE.
Un plus grand engagement dans ces dialogues de la part d'experts de la
Commission ou des États membres (ce qui peut s’avérer difficile en raison des
contraintes budgétaires ou temporelles) ou un renforcement des compétences au
sein des délégations de l’UE, pourraient permettre d'aller de l'avant. 3. Les dialogues régionaux L’AGMM donne la
priorité, à l’Est, aux processus de Prague et de Budapest ainsi qu’au groupe
sur les migrations et l’asile au sein du partenariat oriental; au Sud, au
partenariat stratégique
UE-Afrique sur les migrations, la mobilité et l’emploi, et au processus
de Rabat; et enfin, au dialogue structuré et exhaustif entre l'UE et les pays
ALC sur les migrations et au dialogue UE-ACP sur les migrations. La présente
section décrit brièvement l’état d’avancement de chacun de ces dialogues. 3.1. Processus
de Prague Le
processus de Prague est un cadre de dialogue et de coopération entre les États
membres de l’UE, les États Schengen non-membres de l’UE et 19 pays
partenaires à l’Est (Russie, pays du partenariat oriental, pays d’Asie
centrale, pays des Balkans occidentaux et Turquie). Ses travaux s’appuient sur
la déclaration ministérielle commune (Prague, 2009) et le plan d’action 2012-2016
adopté lors de la deuxième conférence ministérielle du processus de Prague (Poznań,
novembre 2011). Le processus offre
un cadre efficace de coordination et de promotion de la coopération
opérationnelle sur la question des migrations. Sa vaste portée géographique (le
processus englobe des pays situés dans diverses régions d’importance
stratégique pour l’UE) favorise l’échange d’expériences et de bonnes pratiques
entre des États confrontés à des défis et des enjeux différents, mais souvent
liés entre eux. Nombre d’activités, rassemblant experts ou hauts
fonctionnaires, ont été menées à bien en 2012 comme en 2013:
ateliers de travail sur l’immigration légale (à Budapest en septembre 2012
et à Prague en février 2013), le lien entre migrations et développement (à
Budapest en septembre 2012), la protection internationale (à Stockholm en octobre 2012
et à Varsovie en janvier 2013), les profils migratoires (à Florence en
janvier 2013), l’immigration clandestine (à Lviv en novembre 2012),
la réadmission et le retour (à Varsovie en mars 2013), la migration
circulaire (à Tbilissi en octobre 2013), le trafic de migrants et la
traite des êtres humains (à Bratislava en septembre 2013) et réunions de
hauts fonctionnaires (à Varsovie en avril 2012, à Prague en février 2013
et à Kiev en novembre 2013). La Commission appuie
la mise en œuvre du plan d’action du processus de Prague au moyen d’un projet
de soutien ciblé doté de 3 millions d’euros, qui reflète les
priorités thématiques de l’AGMM. Les résultats obtenus vont du soutien à la
conception de profils migratoires à l’élaboration d’orientations consacrées à
diverses politiques, comme l’immigration de travail et la réadmission, en
passant par des formations spéciales destinées aux fonctionnaires
gouvernementaux, par exemple sur la question de l’asile. L’UE a également lancé
d’autres initiatives liées à la mise en œuvre du processus de Prague, parmi
lesquelles un projet d’un million d’euros sur l’immigration clandestine et une
initiative de 600 000 euros sur le renforcement de la politique
d’intégration en Russie. 3.2. Groupe
sur les migrations et l’asile au sein du partenariat oriental Le
partenariat oriental est le cadre dans lequel s’inscrit la coopération entre l’UE
d’une part, et l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie,
la Moldavie et l’Ukraine d’autre part. Des déclarations communes ont été
adoptées lors des sommets du partenariat oriental de Prague (2009), Varsovie (2011)
et Vilnius (2013). Le dialogue sur les migrations et la mobilité intervient
dans le cadre du groupe sur les migrations et l’asile créé en 2011, lequel
reprend les travaux effectués au titre du processus de Söderköping. Après sa création
en décembre 2011, le groupe sur les migrations et l’asile au sein du
partenariat oriental a rapidement trouvé son rythme de croisière, avec pas
moins de quatre réunions organisées en 2012 et 2013, sur la
détermination du statut de réfugié (à Tbilissi en mai 2012), la
migration circulaire (à Chisinau en octobre 2012), la question du
retour, de la réadmission et de la réintégration (à Tbilissi en mars 2013)
ou encore l’intégration des migrants et des réfugiés (à Prague
en novembre 2013), ainsi que divers ateliers d’experts consacrés à l’obtention
d’informations sur le pays d’origine (à Bucarest en septembre 2012), aux
victimes de la traite des êtres humains (à Varsovie en mai 2013) et à l’apatridie
(à Budapest en décembre 2013). Le groupe affiche plusieurs atouts, parmi
lesquels son organisation et sa méthodologie. En effet, sa composition est
variée, puisqu'il est constitué à la fois de représentants des institutions
européennes et d'autorités gouvernementales mais aussi d'universitaires et d'ONG.
De plus, son caractère informel favorise des échanges fructueux et l’instauration
de relations de confiance entre les États participants. Lors de la
première réunion des ministres de la justice et des affaires intérieures de l’Union
européenne et du partenariat oriental, en octobre 2013, les participants
ont réitéré leur engagement à renforcer le dialogue et la coopération,
notamment en matière de migrations et de mobilité. Cet engagement a été renouvelé
lors du sommet du partenariat oriental à Vilnius les 28 et 29 novembre 2013,
dont la déclaration finale souligne l’importance de la mobilité et fait
clairement référence au groupe sur les migrations et l’asile. 3.3. Processus
de Budapest / partenariat des routes de la soie sur les migrations Le
processus de Budapest a été initié en 1991 sous la forme d’un forum
consultatif. Aujourd’hui, il regroupe plus d’une cinquantaine de gouvernements,
dont ceux des pays des Balkans occidentaux, du partenariat oriental, d’Asie
centrale, d’Afghanistan,
d’Iraq, de Russie, du Pakistan et de la Turquie, auxquels s’ajoute une dizaine
d’organisations internationales. Son objectif est d’élaborer des systèmes
globaux et pérennes favorisant des migrations ordonnées. Un partenariat des
routes de la soie sur les migrations a été créé dans le cadre du processus de
Budapest, lors de la conférence ministérielle organisée à Istanbul, le 19 avril 2013.
Le processus de
Budapest a subi un recentrage géographique dont le point d’orgue a été l’adoption,
le 19 avril 2013, de la Déclaration d’Istanbul relative à un
partenariat de la route de la soie sur les migrations. Cette déclaration jette
les bases d’un renforcement substantiel du dialogue et de la coopération –
jusqu’alors limités – sur la gestion des flux migratoires entre les pays situés
le long de la route de la soie. Elle met l’accent sur plusieurs éléments de
première importance, comme l’engagement explicite à respecter les droits de l’homme
en matière de gestion des migrations. Le groupe de travail sur la route de la
soie, organisé à Islamabad, au Pakistan, du 28 au 31 octobre 2013,
a suscité de grands espoirs quant à l’instauration d’une coopération
constructive dans le futur. La réunion des hauts fonctionnaires qui s’est tenue
les 9 et 10 décembre 2013 a adopté un plan d’action
assorti de mesures organisationnelles et pratiques. La Commission finance un
projet de soutien au dialogue à hauteur de 2,6 millions d’euros,
auxquels s’ajoutent des cofinancements supplémentaires émanant de plusieurs
États membres et de la Turquie. 3.4. Partenariat
Afrique-UE sur les migrations, la mobilité et l’emploi Le
partenariat
Afrique-UE sur les migrations, la mobilité et l’emploi a été lancé en 2007,
à Lisbonne, lors du deuxième sommet des chefs d’États et de
gouvernements de l’UE et des pays africains. Lors du sommet Afrique-UE de 2010
à Tripoli, le partenariat a été étendu et un plan d’action adopté pour la
période 2011-2013. Ce plan d’action prévoit une douzaine d’initiatives
concrètes dans le domaine des migrations, de la mobilité, de l’emploi et de l’enseignement
supérieur. Après avoir été
interrompue en 2011 suite aux événements survenus en Libye (pays qui
assure la coprésidence du partenariat côté africain), la mise en œuvre du plan
d’action 2011-2013 a pu reprendre en 2012. Plusieurs réunions ont été
organisées depuis, sur des questions comme la traite des êtres humains (Johannesbourg,
décembre 2011), les droits des migrants (Nairobi, mai 2012), les
migrations et la mobilité au sein des communautés économiques régionales (Addis-Abeba,
juillet 2012), l’accès à la protection internationale (Barcelone,
octobre 2012) et l’amélioration de la gestion des frontières pour
faciliter la mobilité (Cotonou, juillet 2013). La Commission a financé un
projet de 3,6 millions d’euros visant à soutenir le dialogue,
notamment par le biais de séminaires d’experts ou de réunions de hauts
fonctionnaires. Le partenariat Afrique-UE sur
les migrations, la mobilité et l’emploi offre une véritable valeur ajoutée, de par
sa dimension continentale et la coordination des activités menées par l’Union
africaine et les communautés économiques régionales africaines dans le domaine
des migrations. Mais cette dimension continentale constitue également le
principal défi à relever, compte tenu de la diversité des flux migratoires au
sein même de l’Afrique et en direction de l’Europe. Bien que pertinents en
théorie, les liens entre emploi et éducation n’ont pas encore été pleinement
exploités en pratique. Le partenariat stratégique Afrique-UE est aujourd’hui à
la croisée des chemins. Une refonte de ses structures est actuellement en
discussion, dans la perspective du sommet Afrique-UE des 2 et 3 avril 2014.
Si l’issue de ces travaux est pour l’heure incertaine, un consensus semble se
dégager en faveur d’une plus grande souplesse dans le traitement des enjeux
auxquels les deux continents sont confrontés, notamment sur la question des
migrations et de la mobilité. Une réunion de hauts fonctionnaires sur les
migrations et la mobilité a été organisée en novembre 2013, à Bruxelles,
en amont du sommet de 2014. Les participants ont arrêté un projet de
programme d'action pour 2014-2017 et ont décidé de la création d’un groupe
central composé des deux commissions et de six États de chaque côté. 3.5. Processus
de Rabat Le
processus de Rabat a été lancé lors de la première conférence ministérielle euro-africaine
sur la migration et le développement, qui s’est tenue en juillet 2006
à Rabat. Le processus a pour but de renforcer le dialogue et la coopération
entre les pays d’origine, de transit et de destination le long de la route
migratoire ouest-africaine. La deuxième conférence ministérielle a eu lieu
en 2008, à Paris, et la troisième à Dakar, en novembre 2011. C’est là
qu’a été adoptée la stratégie de Dakar pour 2012-2014. La troisième
conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement a
permis de consolider les avancées enregistrées dans la mise en œuvre du
précédent programme de coopération et d’adopter une nouvelle stratégie pour la
période 2012-2014, baptisée stratégie de Dakar. Le processus de Rabat a
établi un dialogue solide et fructueux entre l’UE et les pays d’Afrique du Nord
et d’Afrique de l’Ouest. Il a permis le développement d’une coopération
renforcée à travers la mise en œuvre de nombreuses initiatives bilatérales,
sous-régionales, régionales et multilatérales. Des réunions d’experts ont été
organisées en 2012 et 2013, sur la gestion des frontières (à
Bruxelles en juin 2013 et à Madrid la même année) et le renforcement de la
prise de décisions politiques sur la base de données migratoires probantes (à
Dakar en septembre 2013). Le comité de pilotage s’est quant à lui réuni
trois fois. La Commission soutient le processus de Rabat par l’intermédiaire d’un
projet de 2 millions d’euros. 3.6. Dialogue
structuré et global sur les migrations UE-CELAC Le
dialogue structuré et global sur les migrations entre l’UE, d’une part, et l’Amérique
latine et les Caraïbes (CELAC), d’autre part, a été lancé en juin 2009
dans le sillage du sommet UE-ALC de Lima (2008). L’engagement pris de
développer et intensifier le dialogue a été réaffirmé lors du sommet UE-ALC de Madrid
(2010). Le plan d’action de Madrid faisait des migrations l’un des six domaines
clés de la coopération entre les deux régions. Ces domaines clés ont été
confirmés lors du sommet de Santiago (2013), à la suite duquel a été adopté le
plan d’action UE-CELAC 2013-2015. Trois réunions
de haut niveau UE-CELAC sur les migrations ont été organisées en 2012 et
en 2013 pour traiter des questions suivantes: la croissance économique et
les migrations, la traite des êtres humains, la protection et l’intégration des
migrants, la lutte contre toutes les formes de discrimination, de racisme et de
xénophobie, et enfin le retour volontaire et la réintégration. Un séminaire d’experts
a également été consacré en novembre 2013 aux nouvelles tendances
migratoires. En
novembre 2012, la septième réunion de haut niveau UE-CELAC a avalisé une
prise de position de la Commission sur l’avenir du dialogue plaidant en faveur
d’une approche plus opérationnelle et davantage axée sur les résultats. Une
approche appelée à être concrétisée, premièrement, au moyen d’une coopération
technique renforcée au niveau des experts, deuxièmement, par une utilisation
plus opérationnelle des réunions du groupe de travail basé à Bruxelles, et enfin,
en attribuant un rôle de pilotage plus explicite aux réunions de haut niveau,
grâce à un renforcement de la participation des États membres et à une
amélioration des procédures bi-régionales. Les activités
opérationnelles inscrites dans le cadre du dialogue sont mises en œuvre par le
biais d’un projet de soutien de 3 millions d’euros financé par la
Commission. Le projet a permis de mieux cerner la réalité des migrations dans
la région, en particulier grâce à l’élaboration de profils migratoires pour le
Pérou, l’Équateur, la Jamaïque et le Nicaragua. 3.7. Dialogue
ACP-UE sur les migrations Le
dialogue sur les migrations entre l’UE et les pays du groupe Afrique, Caraïbes,
Pacifique a été lancé en juin 2010, à l’occasion d’une déclaration commune
du Conseil conjoint ACP-UE. Le dialogue s’appuie sur l’article 13 de l’accord
de Cotonou. En mai 2011, il a été décidé d’approfondir le dialogue,
notamment sur la question des envois de fonds, des visas[16] et des
réadmissions, dans le but de renforcer la dimension opérationnelle de la
coopération ACP-UE sur ces sujets. En 2012, Bruxelles
a accueilli plusieurs réunions d’experts sur les envois de fonds (février), les
visas (février) et les réadmissions (avril), ainsi que diverses réunions de
hauts fonctionnaires. Des recommandations sur les envois de fonds, les visas et
les réadmissions ont été adoptées au niveau ministériel en juin 2012, lors
du Conseil conjoint ACP-UE de Vanuatu. Un suivi concret est prévu en 2014
sur ces sujets, notamment au travers d’un projet de soutien de 10 millions
d’euros financé par l'UE. Il a par ailleurs été proposé d’élargir le dialogue à
la question de l’immigration clandestine et de la traite des êtres humains. Malgré les
progrès accomplis, le dialogue ACP-UE sur les migrations est compliqué par le
fait que les macro-régions d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, occupent
une place très différente en ce qui concerne les politiques de l'UE en matière
de migrations et leur engagement dans le dialogue varie en conséquence. 3.8. Enseignements Les sept
dialogues régionaux se sont tous traduits par la mise en place d’une
plate-forme de débat spéciale sur les politiques à mener avec les différents
groupes de pays tiers et ils ont tous contribué à améliorer les relations
politiques avec ces pays. Par contre, les résultats sont plus mitigés sur le
plan opérationnel. Pour être réellement couronné de succès, chaque processus
doit pouvoir bénéficier de l’engagement plein et entier de l’UE comme des pays
partenaires à faire avancer les choses. Il doit également pouvoir présenter des
avancées et des résultats concrets, de nature à renforcer la confiance des
parties prenantes. Une telle dynamique s’enclenche notamment lorsqu’un groupe d’États
membres décide de se mobiliser pour prendre les rênes du dialogue, comme dans
le cas du processus de Prague ou du processus de Rabat. Un autre modèle
susceptible de produire de bons résultats consiste à attribuer à la Commission
un rôle moteur bien précis, comme au sein du groupe sur les
migrations et l’asile du partenariat oriental. Des efforts
supplémentaires sont également requis pour produire des résultats tangibles sur
le plan opérationnel, notamment en renforçant la planification et la mise en
œuvre d’activités dans les domaines prioritaires et en assurant un suivi
régulier des actions entreprises. . Plusieurs dialogues
régionaux pâtissent d’un manque d’engagement des États membres. Ces derniers ne
participent pas toujours en nombre suffisant aux réunions ni avec suffisamment
d’énergie. Pour pouvoir en exploiter pleinement le potentiel, les États Membres
doivent s’engager activement dans les dialogues régionaux. Lorsqu’un dialogue s’essouffle,
il y a lieu de tout faire pour redonner vie à la plate-forme en organisant des
réunions moins nombreuses mais mieux ciblées et en favorisant des échanges plus
horizontaux entre les participants. Néanmoins, les efforts consentis doivent
apporter une valeur ajoutée. Si cela n'est pas possible, en dépit de multiples
tentatives, il peut également être envisagé, en concertation avec les
partenaires concernés, de suspendre certains dialogues, compte tenu du rôle que
joue le dialogue sur les migrations dans le contexte plus vaste du dialogue
politique avec la région concernée. Les processus de dialogue devraient être
gérés avec une souplesse suffisante pour répondre à l'évolution des priorités
et assurer que les réunions sont organisées en fonction de véritables priorités
tant de l'UE que du pays partenaire. Lorsque la mise en place d'un nouveau
dialogue est envisagée, les initiatives temporaires, plutôt que l'instauration
de nouveaux processus permanents, devraient être privilégiées. 4. Processus internationaux Conformément au
traité de Lisbonne, qui lui offre une chance unique de repartir sur des bases
entièrement nouvelles et de déployer tout son potentiel sur la scène
internationale, l’UE a pris une part active aux débats consacrés, en 2012
et 2013, aux migrations internationales et au développement ainsi qu’à la
gestion des migrations à l’échelle mondiale. Dans tous les cadres de
coopération multilatérale régionaux comme internationaux, elle a défendu la
méthode de l’AGMM fondée sur le partenariat. En outre, elle contribue et
souscrit pleinement au discours de la communauté internationale sur la corrélation
entre les migrations et le développement, d'une part et les migrations et le
changement climatique de l'autre, ce dernier tendant à maximiser l’impact des
migrations et de la mobilité sur le développement et la réduction de la
pauvreté, tout en établissant le lien entre les migrations et les stratégies
d'adaptation au changement climatique. Il est à noter qu'une décision
de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
(CCNUCC) en 2012[17],
relative aux «approches pour traiter des pertes et des dommages liés à l’impact
des changements climatiques dans les pays en développement» recense les travaux
permettant d'avancer dans la compréhension des pertes et dommages, et dans la
connaissance de ceux-ci, y compris de la manière dont le changement climatique
affecte les modèles de migration, de déplacement et la mobilité des personnes. Résolument engagée
aux côtés du HCR, l’UE participe aussi aux débats et initiatives planétaires sur
la protection internationale et a mis en place, en 2012, un partenariat
stratégique pour intensifier sa coopération avec l’OIM. L’Union a financé
un certain nombre de projets visant à accompagner des initiatives mondiales. C’est
ainsi qu’un «programme d’action mondial pour les travailleurs domestiques
migrants et leurs familles», doté d’une enveloppe de 4,2 millions d’euros,
a été mis sur les rails en collaboration avec l’OIT, avec notamment pour
objectif de soutenir la mise en œuvre de la Convention de l’OIT sur les
travailleuses et travailleurs domestiques. 4.1. Dialogue
de haut niveau sur les migrations internationales et la mobilité L’UE a joué un
rôle aussi majeur qu’influent lors des préparatifs du deuxième dialogue de haut
niveau sur les migrations internationales et le développement, qui a eu lieu
les 3 et 4 octobre 2013, à l’occasion de l’Assemblée
générale des Nations unies à New York. Le commissaire Malmström est intervenu,
en séance plénière, au nom de l’Union européenne et de ses États membres. Le
dialogue de haut niveau de l’ONU a redynamisé et réaffirmé avec force l’engagement
politique pris sur la question des migrations internationales et du
développement. La déclaration finale a prouvé d’une part, que la communauté
internationale était à même de trouver un accord politique sur les questions des
migrations et du développement, en indiquant expressément qu’elles devaient
être prises en compte dans l'élaboration du programme de développement pour l’après-2015
et, de l’autre, que des progrès tangibles avaient été accomplis ces dernières
années dans un domaine où le dialogue n’avait que trop souvent échoué par le
passé. 4.2. Forum
mondial sur la migration et le développement L’UE s’est aussi
pleinement mobilisée en faveur du Forum mondial sur la migration et le
développement (FMMD), à la fois en participant aux réunions
préparatoires des équipes intergouvernementales et en assumant un rôle de
premier plan au sommet du FMMD qui s’est tenu en novembre 2012,
à Port
Louis. L’UE prend également une part active aux préparatifs du prochain sommet
du FMMD, qui se déroulera à Stockholm en mai 2014. 4.3. Enseignements Grâce à l’AGMM,
l’UE s’exprime désormais d’une seule voix. L’expérience acquise à travers ce
dialogue de haut niveau montre que l’UE gagne en force, en visibilité et en
efficacité dans ses relations extérieures chaque fois que tous ses intervenants
et ses États membres œuvrent de concert et partagent une analyse et une vision
communes. Aussi
importe-t-il de profiter de la dynamique imprimée par ce dialogue de haut
niveau pour obtenir des résultats concrets et opérationnels lors du sommet du
FMMD à Stockholm en mai 2014 et même au-delà, notamment pour ce qui est de
faciliter la mobilité internationale de la main-d’œuvre, et pour préciser la
manière d'intégrer l'importance de la migration en tant que levier de
développement dans l'agenda post-2015. 5. La voie à suivre: renforcer un peu plus l’AGMM Bien qu’elle ait
drainé dans son sillage une multitude de processus et d’activités et donné lieu
à de solides avancées dans l’intégration de ses objectifs au dialogue et à la
coopération de l’UE avec les pays tiers, il convient d’explorer plus avant les
moyens de rendre l’AGMM plus efficace et plus performante. Cette section se
penchera donc sur les domaines qui se prêtent à une intensification de l’AGMM,
tant au regard des politiques à mener que de leurs modalités de mise en œuvre. 5.1. Politiques 5.1.1. Migrations,
mobilité et croissance économique L’effet de
levier susceptible d’être exercé par la politique migratoire extérieure sur la
croissance et la compétitivité des États membres, notamment en attirant et en
fidélisant les talents les plus qualifiés, demeure sous-exploité. Aussi
convient-il de s’interroger sur les moyens de rentabiliser les différents
outils élaborés dans le cadre de l’AGMM afin de tirer pleinement parti du rôle
que l’immigration pourrait jouer pour pallier la pénurie de main-d’œuvre et de
compétences qu’accuse l’Europe. Des efforts supplémentaires devraient être
consentis pour mieux organiser la migration de main-d’œuvre vers l’UE et
coordonner les actions des États membres, afin de trouver
progressivement un meilleur équilibre entre les compétences nationales – dans les
décisions d’employer des ressortissants de pays tiers sur le territoire d’un État
membre –
et la création indispensable au sein de l’UE d’un marché du travail de plus en
plus intégré, qui soit le pendant direct d’un marché unique lui aussi de plus
en plus intégré[18]. Dans
le même ordre d'idées, il faut chercher à tirer parti au mieux des instruments
de l'AGMM afin de faciliter la mobilité liée au commerce, notamment en ce qui
concerne les échanges commerciaux de services, nécessitant la présence de
personnes physiques sur le territoire des parties (appelé «mode 4» de l'accord général
sur le commerce des services) , étant entendu que le mode 4 ne constitue pas
une migration à titre permanent ou une démarche ayant pour objet l'entrée sur
le marché du travail d'un pays d'accueil. Dans ce
contexte, les partenariats pour la mobilité pourraient voir leur rôle renforcé,
dans la mesure où celui-ci consiste non seulement à encourager la mobilité des
personnes, en facilitant par exemple la mobilité des prestataires de services, les
échanges d’étudiants et de professionnels, mais aussi à améliorer les capacités
de gestion des migrations des pays tiers ou encore à lancer des programmes de
migration circulaire, à consolider la protection sociale des immigrants légaux
et, le cas échéant, à œuvrer en faveur de la portabilité des droits sociaux,
etc. Faciliter l’émission
de visas de court séjour pourrait également induire nombre d’effets bénéfiques sur
le développement des pays tiers, par exemple en dopant les relations d’affaires
et les relations commerciales avec l’UE et en renforçant les contacts
interpersonnels. Les
potentialités que recèle le code des visas pourraient elles aussi être
pleinement exploitées. Or, les États membres éprouvent toujours
quelques réticences à délivrer aux voyageurs réguliers des visas à entrées
multiples, assortis d’une longue période de validité. La Commission proposera dès 2014
des modifications visant à améliorer le code des visas, pour que la politique
des visas de l’UE stimule la croissance économique et favorise les échanges
culturels, en facilitant encore davantage les déplacements vers l’UE des voyageurs
en règle tout en garantissant, dans le même temps, à l’UE un niveau de sécurité
élevé.
En termes d’actions
opérationnelles, la Commission a continué à financer plusieurs mesures visant à
accroître les capacités des pays partenaires à gérer l’émigration de la main-d’œuvre,
notamment vers l’Europe. À titre d’exemple, l’un des principaux volets du
projet destiné à lancer le partenariat pour la mobilité avec le Maroc et doté d’une
enveloppe de 5 millions d’euros consiste à aider, par le biais d’une
coopération renforcée avec leurs partenaires de l’UE, les autorités marocaines
compétentes à mieux gérer la migration professionnelle. 5.1.2. Protection
internationale L’inclusion de
la protection internationale et de la dimension extérieure de la politique d’asile
en tant que priorité thématique spéciale au sein de l’AGMM révisée a permis d’aborder
ces sujets de manière plus systématique et plus stratégique dans le cadre des
dialogues et des mécanismes de l’AGMM. Le partenariat pour la mobilité conclu
avec le Maroc, qui préconise d’aider les autorités marocaines à améliorer
leur régime d’asile national, en est un parfait exemple. Cependant, en
dépit des progrès accomplis, il faudra encore redoubler d’efforts pour que tous
les dialogues sur les politiques à mener et tous les cadres de coopération
incorporent cette dimension et que la coopération avec les pays tiers en
matière de gestion des flux
de demandeurs d’asile et des flux de réfugiés soit intensifiée. Il conviendra
aussi d’examiner comment le BEAA pourra, en s’appuyant sur les
experts des États membres dans ce domaine, contribuer à améliorer les capacités
d’asile et d’accueil des pays tiers, y compris dans le cadre des partenariats
pour la mobilité, par exemple en ayant recours à la méthode des jumelages. En 2012
et 2013, la Commission a lancé, via ses instruments de coopération au
développement, plus d’une quinzaine de nouveaux projets dédiés aux questions d’asile
et de protection internationale dans 20 pays partenaires, pour un
montant de plus de 25 millions d’euros. Elle envisage
également de renforcer le volet développement des programmes de protection
régionaux, tout en maintenant la priorité à l’amélioration des
capacités de protection et des régimes d’asile des pays et régions partenaires. Cette
volonté s’est traduite par la mise en place d’un nouveau
programme régional de développement et de protection pour le
Moyen-Orient (Jordanie, Iraq et Liban) doté de 16 millions d’euros
et appelé à être lancé dans un proche avenir pour apporter une réponse durable
aux crises de réfugiés que connaît la région. Loin de se limiter à renforcer
les capacités des autorités nationales et locales en matière de protection des
réfugiés, ce programme œuvrera aussi au développement socio-économique tant des
réfugiés que de leurs communautés d’accueil. Outils
perfectibles, les PPR pourraient par exemple être actionnés comme levier
stratégique au déblocage de situations qui perdurent et à l’extension de l’espace
de protection dans les régions importantes pour l’UE. Ils devraient garantir
aux réfugiés un niveau de protection adapté ainsi que des moyens de subsistance
appropriés, et leur offrir à terme une solution pérenne, ce qui pourrait
impliquer d’explorer le lien étroit existant entre absence d’autonomie et
aggravation de la vulnérabilité aux problèmes de protection dans le pays d’accueil.
Comme indiqué dans la communication de la Commission du 4 décembre 2013
sur les
travaux de la task force pour la Méditerranée[19], les
nouveaux PPR nécessiteront, pour être couronnés de succès, un engagement et un
financement plus durables de l’UE comme de ses États membres. Le succès des
PPR dépendra aussi des engagements que les pays de premier
asile sont disposés à prendre en faveur des réfugiés, au-delà de la protection qu’ils
accordent aux demandeurs d’asile en tant que pays de premier asile. Il
pourrait s’agir d’engagements concernant le maintien d’une protection
effective, l’amélioration des moyens de subsistance des réfugiés comme des
populations locales, la mise en place de stratégies d’autonomie, l’aide à l’intégration
locale ou l’acceptation du retour des personnes ayant effectué des mouvements
secondaires. Il est par
ailleurs envisageable d’utiliser de façon plus stratégique le levier de la
réinstallation et de mieux intégrer les mesures de réinstallation dans
les relations extérieures de l’Union. La coordination, tant pratique que
politique, de ces mesures à l’échelle de l’UE et entre les États membres
pourrait indiscutablement renforcer l’impact stratégique de la réinstallation,
notamment parce que l’UE sera en mesure de financer davantage de places d’admission/de
réinstallation offertes pour des motifs humanitaires et de débloquer plus vite
cette aide de façon à apporter une réponse plus rapide aux situations de crise.
En 2102, 4930 réfugiés ont été réinstallés dans l’UE[20]. Faire
un meilleur usage de la réinstallation pourrait aussi permettre de tisser, via
l’établissement de partenariats, des liens plus larges avec les pays de premier
asile. 5.1.3. Droits
humains des migrants La protection des
droits humains des migrants est une priorité transversale de la
coopération mise en place par l’UE avec les pays tiers. Cette
priorité trouve écho dans les nombreux projets réalisés au titre de l’AGMM, consacrés
non seulement à la protection des migrants, y compris les enfants et les groupes
vulnérables tels que les demandeurs d’asile, contre les abus et violations des
droits de l’homme comme la traite des êtres humains, mais aussi à leur
autonomisation par le biais de politiques d’intégration efficaces et de la
promotion de l'accès aux services essentiels, tels que les soins de santé. La protection
des droits
humains des migrants est une priorité transversale inscrite dans
nombre d’initiatives dédiées aux migrations financées par l’UE. Un certain
nombre d'actions ciblées sont du reste en cours. À titre
d’exemple, la Commission lance actuellement avec la Fédération internationale
des sociétés de la Croix-Rouge une action mondialement coordonnée de la société
civile, dotée de 9,5 millions d’euros et centrée sur les droits des
migrants vulnérables et des victimes de la traite des êtres humains. En
outre, en ce qui concerne le droit d'accès des migrants, y compris des migrants
en situation irrégulière, aux soins de santé, la Commission a lancé, en 2012,
un accord de subvention directe avec l'OIM, portant sur un projet destiné à
encourager la prestation de soins de santé à l’attention des migrants, des Roms
et d’autres groupes vulnérables[21]. La protection
des migrants, dont les groupes les plus vulnérables que sont les femmes et les
enfants, contre l’exploitation et l’exclusion constitue l’un des cinq champs d’action
de la stratégie pluriannuelle 2011-2013 du
Programme thématique. Cependant le
chemin à parcourir pour que les questions des droits humains soient
systématiquement inscrites dans le cadre des dialogues portant sur les actions
et les politiques, menés avec les pays tiers, est encore long. Dans son rapport du 24 avril 2013 sur la gestion des
frontières extérieures de l’Union européenne et ses incidences sur les droits
de l’homme des migrants, le Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants a admis que l’AGMM consacre la
protection des droits humains des migrants comme une priorité transversale,
tout en formulant, néanmoins, une liste de recommandations qu'il importe de
prendre en compte pour la mise en œuvre de l'AGMM à l'avenir. Les droits humains
des migrants, en particulier ceux des enfants et d'autres groupes vulnérables, doivent
faire l'objet d'une attention constante et les pays partenaires doivent être
encouragés à adopter et à mettre en œuvre des réformes qui garantissent aux
migrants le respect d'une série de normes relatives aux droits de l’homme. La période couverte
par le présent rapport a toutefois été le théâtre d’avancées politiques majeures
de la part de l’UE sur le front des droits de l’homme. Le cadre
stratégique de l’UE en matière de droits de l’homme et de démocratie[22] adopté
le 25 juin 2012
est le tout premier corpus de principes et d’objectifs destinés à guider le
travail effectué sur la promotion des droits de l’homme dans le monde. En
outre, la Commission a adopté, en juin 2012, une communication intitulée
«La stratégie
de l’UE en vue de l’éradication de la traite des êtres humains pour la
période 2012-2016» qui vise à renforcer la coordination et à
améliorer la cohérence et la coopération en matière de prévention et de
lutte contre la traite des êtres humains ainsi qu’en matière de protection des
victimes, y compris dans la dimension extérieure de l’UE[23]. 5.1.4. Migrations et développement Le 21 mai 2013,
la Commission a adopté une communication intitulée «Maximiser l’effet
positif des migrations sur le développement»[24], qui
comporte des propositions en faveur d’une approche plus
ambitieuse de l’UE sur la question des migrations et du développement, en
particulier au travers de l’AGMM et de la politique européenne de
développement, à savoir le programme pour le changement. Cette
approche plus large du lien entre migrations et développement accorde davantage
d’attention aux flux Sud-Sud, à une intégration effective des migrations dans
les programmes nationaux de développement et de réduction de la pauvreté ainsi
qu’à l’inclusion des réfugiés et autres personnes déplacées dans la
planification à long terme du développement. Les
principales orientations de la communication ont été validées le 23 septembre 2013,
lors de l’adoption des conclusions du Conseil, qui invitent tous les acteurs du
développement à intégrer les questions de la migration et de la mobilité dans
leurs instruments et politiques. La communication
explore et analyse également les liens entre le changement climatique, la
dégradation de l’environnement et les migrations, en ce compris l’importance
que revêtent l’adaptation au changement climatique et la réduction des risques
de catastrophes dans la prévention des déplacements de population[25]. En octobre 2013,
la Commission a adopté le Rapport UE 2013 sur
la Cohérence des Politiques pour le Développement[26], lequel comprend un chapitre dédié à la question des migrations. Ce rapport souligne la valeur ajoutée de l’AGMM révisée en tant qu’outil
apte à garantir une cohérence stratégique entre les politiques intérieures et
les priorités des pays partenaires en matière de développement,
notamment via les partenariats pour la mobilité et les dialogues régionaux. Il
appelle aussi à redoubler d’efforts pour garantir la prise en compte la plus
large possible, par l’UE comme par ses États membres, des problèmes de
développement dans
leurs politiques de mobilité et de migration de la main-d’œuvre. Des mesures
supplémentaires permettant de renforcer le rôle des diasporas dans la promotion
des investissements et de la croissance peuvent également être envisagées. 5.1.5. Retour
et réadmission Les questions de
retour et de réadmission font partie intégrante de l’AGMM. Le retour effectif (volontaire
ou forcé) des migrants clandestins est un élément clé dans le règlement de la
question de l’immigration clandestine et un préalable à la bonne gestion des
migrations. L’UE réalise des
efforts en vue d'intensifier sa coopération avec les pays tiers concernés de
façon à renforcer les capacités indispensables au retour et à la réadmission.
Un certain nombre de projets visant à mettre en place les capacités nécessaires
à l’application des accords de réadmission dans des pays tiers comme la
Géorgie, la Moldavie, le Pakistan, le Sri Lanka et l’Ukraine, bénéficient déjà
d’un soutien. Mais dans nombre d’autres pays partenaires, il convient de les
développer en s’attachant par exemple à améliorer les aptitudes des autorités
compétentes au sein des pays partenaires à répondre dans le délai imparti aux
demandes de réadmission, à identifier les personnes sous le coup d’une mesure
de retour et à fournir une aide au retour et à la réintégration à ceux qui font
l’objet d’une telle mesure. Par ailleurs, une assistance technique pourrait
être accordée aux pays tiers afin de faciliter la mise en œuvre de leurs
propres accords de réadmission avec d’autres pays tiers. Le Fonds
«Asile et migration» permettra d’accroître le soutien dispensé dans ces
domaines. La pénurie de
mesures d’incitation à la disposition de l’UE pour garantir non seulement la
conclusion et l’application de ses accords de réadmission mais aussi pour
obtenir des pays tiers une coopération plus étendue en matière de retour, de
réadmission et de réintégration constitue l’un des principaux enjeux de la
politique menée par l’UE en matière de retour et de réadmission, et ce depuis son
instauration[27]. Il
conviendrait donc, en vertu du principe du «donner plus
pour recevoir plus», d'assortir toute proposition de négociation
relative à un accord de réadmission d'une mesure d’incitation
appropriée.
En
d’autres termes, les questions de retour et de réadmission devraient toujours s’inscrire
dans le cadre d’une offre équilibrée et consolidée de l’UE à un pays tiers et,
le cas échéant, être conditionnée non seulement à des modalités de renforcement
de la mobilité mais aussi à d’autres domaines politiques tels que le commerce
(y compris le mode 4), les entreprises et l’industrie. L’UE devrait
continuer de mettre l’accent sur la sauvegarde des droits fondamentaux lors de
la négociation puis de l’application des accords de réadmission. De même, elle
devrait concentrer son attention sur les pays d’origine lorsqu’elle envisage de
délivrer de nouveaux mandats de négociation, en évaluant attentivement, au cas
par cas, la valeur ajoutée mais aussi l’intérêt de négocier des accords de
réadmission des
ressortissants de pays tiers et des apatrides au regard de la situation
géographique desdits pays et des risques de migration clandestine de transit,
ou encore lorsqu’elle propose des mesures d’incitation appropriées. 5.1.6 La
migration en tant que phénomène mondial La migration est
un phénomène mondial complexe. Une migration bien gérée doit s'envisager comme
un atout porteur de prospérité et de croissance. La nécessité de tirer parti
des opportunités considérables que procure la mobilité des personnes doit être
mise en exergue. Parallèlement, afin de relever efficacement le défi que
constitue le phénomène de la migration, les politiques élaborées doivent
traiter les différentes causes profondes de la migration irrégulière et forcée,
parmi lesquelles figurent les changements et l'instabilité politiques, les
écarts croissants de prospérité et le changement climatique. L'intégration des
aspects liés à la politique étrangère dans la politique de l'UE en matière de
migrations et l'établissement de liens entre les dimensions interne et externe
revêtent une importance vitale. Les questions relevant des affaires intérieures
doivent s'ancrer dans la politique étrangère globale de l'UE en vue de
faciliter des dialogues et une coopération renforcés avec les pays tiers. La coopération
et la coordination entre les différentes parties concernées doivent être améliorées.
Il conviendrait de tirer parti de la vue d'ensemble dont dispose le SEAE en ce
qui concerne les relations extérieures de l'UE, ainsi que de la contribution
potentielle des délégations de l'UE (voir la section 5.2.1). 5.2. Modalités
de mise en œuvre 5.2.1. Le
rôle des délégations de l’UE La mise en œuvre
de l’AGMM relève de la responsabilité conjointe et partagée de la Commission,
du Service
européen pour l’action extérieure (SEAE) et des États
membres, à hauteur de leurs compétences respectives telles qu’arrêtées par les
traités. En tant que points
de contacts de l’UE dans les pays tiers, les délégations de
l’Union devraient jouer un rôle majeur dans la conduite et la coordination du
dialogue européen à l’échelle locale, en collaboration avec les missions
diplomatiques des États membres. Ces délégations contribuent également beaucoup
à assurer la représentation extérieure de l’Union pour les questions de politique
étrangère, tant auprès des pays tiers que des organisations internationales. En
outre, ce sont elles qui gèrent les programmes et projets d’aide extérieure et
de coopération au développement. Plus
généralement, les délégations de l’UE devraient intervenir davantage dans l’analyse
et le suivi des événements relatifs aux questions d’asile et de migration dans
le pays auprès duquel elles sont accréditées, afin de faciliter la mise en
œuvre et le développement de l’AGMM. Il est également
essentiel qu’elles œuvrent au renforcement du dialogue et de la coopération au
plan local et qu’elles veillent à ce que les actions menées soient en
adéquation avec la politique étrangère générale de l’Union et les priorités en
matière de coopération extérieure. 5.2.2. L’engagement
et la pleine participation des États membres Les mesures qui relèvent
de l’AGMM sont instaurées et appliquées tant par les institutions de l’UE que
par ses États membres. Cependant, pour que l’AGMM puisse donner sa pleine
mesure et que les initiatives relevant de l’AGMM bénéficient de la
visibilité, de la pérennité et de l’efficacité voulues, il est absolument
indispensable que les États membres s’engagent activement. La souplesse et
le caractère non contraignant de l’AGMM constituent l’un de ses principaux
atouts, dans la mesure où l’approche permet aux États membres de participer, à
des degrés divers, au travail réalisé dans les pays et régions où ils disposent
d’une expertise particulière. Mais cette souplesse est aussi le talon d’Achille
de l’AGMM car elle rend difficile dans certains cas pour l'UE la tâche de proposer
une offre équilibrée et complète aux pays tiers, par exemple dans le cadre d’un
partenariat pour la mobilité. De plus, il existe de fortes disparités dans le
degré de participation et d’implication des États membres dans les divers
cadres de coopération. Cinq États membres ont ainsi choisi de ne participer à
aucun des partenariats pour la mobilité conclus jusqu’ici. Enfin, la grande
majorité des États membres participant à ces partenariats n’a encore apporté
aucune contribution financière à leur mise en œuvre. Il paraît
indispensable dans ces conditions de s’interroger sur les moyens à mettre en
œuvre pour permettre à l’UE et à ses États membres de continuer à proposer des
partenariats authentiques et équilibrés aux pays tiers. Il conviendra, pour y
parvenir, de s’appuyer sur l’éventail des forces, capacités, sources de
financement, compétences et autres relations des institutions et des États
membres. À ce titre, ces derniers sont invités à redoubler d’efforts pour
contribuer aux partenariats pour la mobilité non seulement sur le plan
financier, mais aussi via des initiatives d’ordre législatif ou réglementaire. 5.2.3. Le
financement de l’AGMM Le financement
de l’AGMM au titre du cadre financier pluriannuel (CFP) pour la
période 2007-2013 a été essentiellement assuré par le biais des
instruments de coopération extérieure de l’UE, notamment le programme
thématique dans le domaine des migrations et de l’asile, qui a fortement contribué
à la mise en œuvre des partenariats pour la mobilité ainsi que des dialogues
régionaux et des programmes
de protection régionaux. D’autres programmes thématiques relevant de l’instrument
de financement de la coopération au développement et de l’instrument de
stabilité de l’UE y ont également contribué. Par ailleurs, la question des
migrations est de plus en plus traitée comme une priorité dans le cadre des
instruments de coopération géographique de l’UE. Par exemple, une aide de plus
de 90 millions d’euros dédiée à la question des migrations et
couvrant 25 pays a été engagée, pour la seule année 2012, au
titre des instruments de coopération régionale et bilatérale. Dans le contexte
du nouveau cadre financier pluriannuel, la Commission entend continuer d’allouer
à l’AGMM les ressources financières nécessaires à sa mise en œuvre, notamment au
titre de la composante externe des nouveaux fonds créés dans le domaine des
affaires intérieures. Les nouveaux instruments de financement de la coopération
au développement de l’UE continueront de fournir le soutien requis à la fois
par le biais d’instruments géographiques (instrument de
préadhésion, instrument européen de voisinage, instrument de
financement de la coopération au développement, Fonds européen de développement) et d’instruments
thématiques (dont le volet migration et asile du programme «Biens publics
mondiaux et défis qui les accompagnent» de l’instrument de financement de la
coopération au développement). Les financements programmés au titre de ces instruments
sont en adéquation avec les engagements pris par l’UE au titre du programme sur
l’efficacité de l’aide et avec l’attention dévolue aux besoins et priorités des
pays partenaires. Par ailleurs, le futur instrument de partenariat permettra de
financer la coopération, dans le domaine des migrations, avec les pays à revenu
élevé et les partenaires stratégiques incontournables que sont, par exemple, l’Inde
et la Chine. Les instruments d’aide
extérieure seront complétés par des financements octroyés au titre des nouveaux
fonds du domaine «Affaires intérieures», du Fonds «Asile, migration et
intégration» et du Fonds pour la sécurité intérieure. Cela étant, ces fonds se
concentreront avant tout sur les initiatives non axées sur le développement et
sur la mise en œuvre des volets extérieurs des politiques intérieures de l’UE,
tels que le retour ou la réadmission des migrants clandestins. Les États membres
sont invités à accroître l’aide financière qu’ils apportent à la mise en œuvre
de l’AGMM. 5.3. Hiérarchisation
des priorités sur le plan géographique Appliqués,
depuis 2012, à l’ensemble des pays tiers concernés dans le monde, le cadre
et la méthode propres à l’AGMM offrent une souplesse suffisante pour
hiérarchiser convenablement les priorités au fur et à mesure de l’émergence des
besoins et pour ajuster l’engagement de l’UE auprès des pays partenaires en
fonction non seulement de la politique étrangère en cours mais aussi des
priorités arrêtées en matière d’asile et de migrations. Le principe de l’équilibre
géographique demeure un critère pertinent, qu’il convient néanmoins d’appliquer
avec souplesse et à la lumière des intérêts stratégiques clairement définis de
l’UE. Parmi les autres critères pertinents, continuent de figurer 1) l’intérêt
stratégique d’un pays tiers pour tel ou tel domaine thématique de l’AGMM,
notamment l’extension de la pression migratoire ou encore les questions de
réadmission et de mobilité, 2) les relations politiques globales avec un pays
tiers, y compris le respect des droits de l’homme et d’autres aspects généraux
(commerce, développement, sécurité, tourisme, etc.), 3) l’intérêt pour la
coopération affiché par un pays tiers et ses capacités institutionnelles en la
matière, et enfin 4) une vision claire des effets recherchés et des résultats
attendus. C’est dire s’il importe, dans ces conditions, de faire le meilleur
usage possible des maigres ressources disponibles, ce qui implique de
déterminer clairement les priorités, d’améliorer la coopération et d’agir de
manière plus ciblée. Les propositions
concernant les futures priorités de l’AGMM sont énoncées dans les annexes. 6. Conclusion Il ressort du
présent rapport que d’importantes mesures ont été prises en 2012 et 2013
en vue de consolider et d’homogénéiser la politique extérieure en matière d’asile
et de migrations. Des progrès considérables ont été accomplis en ce qui
concerne le renforcement des relations politiques entretenues avec les régions
et les pays tiers tels que les pays du sud de la Méditerranée et les pays du partenariat
oriental. Des actions ont également été menées pour aider les pays
partenaires à opérer des réformes institutionnelles et législatives et à
développer leurs capacités. Les partenariats pour la mobilité ont à cet égard
prouvé qu’ils constituaient un cadre bilatéral parfaitement adapté pour aborder
les questions d’asile et de migrations, dans un esprit où toutes les parties
tirent avantage de leur coopération. Mais il reste
encore un long chemin à parcourir pour améliorer les cadres, initiatives et
instruments actuels. Il conviendra par exemple de se pencher sur les processus
de dialogues existants afin d’en améliorer l’efficacité, le fonctionnement et l’équilibre
au regard des priorités thématiques. L’AGMM continue
d’offrir un cadre qui se prête parfaitement à la participation des régions et
pays tiers à un dialogue politique et une coopération opérationnelle. La
Commission n’entend pas relâcher ses efforts pour contribuer à la mise en œuvre
de l’AGMM et, ce faisant, conférer plus de force et de cohésion à l’action
extérieure de l’UE. Il importe
néanmoins de souligner que l'AGMM demeure tributaire de la participation active
de l’ensemble des intervenants en fonction de leurs priorités et de leurs
besoins. Instaurer avec des pays tiers des partenariats solides et étroits,
fondés sur une confiance mutuelle et des intérêts communs, demande du temps, de
la fermeté et de la persévérance et requiert de la part des acteurs de l’UE et
des États membres une volonté résolue de jouer activement le rôle qui leur
revient. Eu égard à l'importance croissante de la politique d'asile et de
migration, il sera essentiel, pour réussir la mise en œuvre de nos politiques,
de renforcer la coopération entre États membres, le SEAE, les agences de l'UE
et la Commission. [1] COM(2011) 743 [2] Document du Conseil 9417/12 [3] La Commission a présenté
son quatrième rapport de suivi de la libéralisation du régime des visas
le 28 novembre (COM(2013) 836). [4] Cette désignation est sans
préjudice des positions sur le statut et est conforme à la résolution 1244(1999)
du Conseil de sécurité des Nations unies ainsi qu'à l'avis de la CIJ sur la
déclaration d'indépendance du Kosovo. [5] Document du Conseil 11579/12 [6] COM(2013) 807 [7] Proposition de de règlement du
Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (CE) n° 539/2001
fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à
l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres
et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation (COM(2013) 853) [8] Le dernier rapport
d’étape, publié le 15 novembre 2013, montre par exemple que
l’Ukraine a accompli des progrès majeurs en ce qui concerne les mesures
législatives. (COM(2013) 809) [9] Document du Conseil 217/13 [10] COM(2013) 869 [11] L’Algérie a refusé
d’ouvrir des négociations avec l’UE sur un accord de réadmission tout au long
de 2012 et 2013. [12] Le Conseil a adopté un
mandat de négociation le 5 décembre 2013. [13] Le FMMD est une initiative née
au lendemain du premier dialogue de haut niveau des Nations unies en 2006.
Son objectif est de traiter le lien existant entre migrations et développement
par des approches concrètes et axées sur l’action. Il s’agit d’un processus
informel, volontaire et non contraignant mené au niveau gouvernemental. [14] Le dialogue n’aborde pas les
questions liées aux visas et à la réadmission, lesquelles sont traitées dans le
cadre de comités mixtes spéciaux, créés au titre de l’accord visant à assouplir
les formalités de délivrance des visas et de l’accord de réadmission conclus
entre l’UE et la Russie. [15] COM(2013) 923 [16] Dans le présent rapport,
la notion de visas se rapporte à des visas de court séjour, pour des séjours
dont la durée prévue n'excède pas 90 jours, par période de 180 jours. [17] Décision 3/CP.18, document FCCC/CP/2012/8/Add.1 [18] Il convient de noter que
le 18 novembre 2011, la Commission a lancé le Portail de l’UE
sur l’immigration, qui livre des informations pratiques aux personnes qui
envisagent d’émigrer vers un État membre. Le site Internet a été lancé en anglais
et en français mais des versions en arabe et en espagnol ont été ajoutées
en 2013 et il sera également disponible en portugais en 2014. Voir
http://ec.europa.eu/immigration [19] COM(2013) 869 [20] Les 4930 réfugiés
ont été réinstallés dans 12 États membres de l’UE: Allemagne,
Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Lituanie, Pays-Bas, Portugal,
République tchèque, Royaume-Uni, Suède (source EUROSTAT). [21]
La Commission cofinance 60%, (1,5 million d'euros) [22] Document du Conseil 11855/12 [23] COM(2012) 286 [24] COM(2013) 292 [25] Ces conclusions sont
également en adéquation avec les recommandations émises dans le document de travail des
services de la Commission relatif au «changement climatique, à la dégradation
de l'environnement et aux migrations» (SWD(2013) 138), adopté le 16 avril 2013
dans le cadre de la stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement
climatique. [26] SWD(2013) 456 [27] Voir par exemple la
communication de la Commission de 2011
sur l’évaluation des accords de réadmission conclus par l’UE (COM(2011)76).