20.11.2006   

FR

Journal officiel de l’Union européenne

C 282/1


RAPPORT SPÉCIAL no 7/2006

Les investissements dans le domaine du développement rural permettent-ils de remédier de manière efficace aux problèmes des zones rurales?

accompagné des réponses de la Commission

(présenté en vertu de l’article 248, paragraphe 4, deuxième alinéa, du traité CE)

(2006/C 282/01)

TABLE DES MATIÈRES

Glossaire des termes, sigles et acronymes

I-VII

SYNTHÈSE

1-15

INTRODUCTION

1-3

Contexte

4-10

Description des investissements dans le domaine du développement rural

4-5

Base légale

6-8

Objectifs

9-10

Mise en œuvre

11-15

Étendue de l’audit et approche d’audit

11-13

Questions d’audit

14-15

Approche d’audit

16-63

OBSERVATIONS

16-28

Question d’audit 1: L’UE a-t-elle une stratégie claire et une approche cohérente en matière de politique de développement rural? Celles-ci se reflètent-elles correctement dans les programmes des États membres?

16-18

Clarté de la stratégie

19-28

Approche cohérente du développement rural

29-39

Question d’audit 2: Les projets sélectionnés en vue d’un financement communautaire sont-ils fondés sur les critères qui correspondent le mieux aux besoins des zones rurales?

29-34

Conditions et procédures de sélection

35-39

Effets d’aubaine

40-52

Question d’audit 3: Les projets ont-ils été mis en œuvre dans des zones rurales et ont-ils eu un impact?

40-46

Localisation des projets

47-52

Résultats et impacts des projets contrôlés sur place

53-63

Question d’audit 4: Les réalisations, les résultats et les impacts ont-ils été correctement suivis et évalués?

53-63

Structure générale et mise en œuvre du système de suivi et d’évaluation

64-69

CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

Annexe I — Liste des projets audités dans les États membres

Annexe II — Définitions des zones rurales — Critères de référence utilisés pour l’audit

Annexe III — Exemples de résultats et d’impacts des projets examinés

Réponses de la Commission

GLOSSAIRE DES TERMES, SIGLES ET ACRONYMESTERMES

Bénéficiaire

Le destinataire final du paiement communautaire.

Impact

Conséquence socio-économique à long terme, qui peut être observée un certain temps après la fin d’une intervention et qui peut affecter aussi bien les destinataires directs de l’intervention que les destinataires indirects sortant du cadre de l’intervention, qui peuvent être gagnants ou perdants.

NUTS

Nomenclature des unités territoriales statistiques. Cette classification commune aux fins des statistiques régionales de l’UE subdivise chaque État membre de manière hiérarchique en régions (appelées NUTS 1, 2, 3 et UAL 1 et 2) selon les unités administratives nationales.

Leader

Une initiative financée par les Fonds structurels, conçue pour aider les acteurs du monde rural.

Réalisation

Ce qui est produit ou accompli avec les ressources allouées à l’intervention (par exemple un équipement agricole acheté par un exploitant ou une route construite dans un village).

Résultat

Changement immédiat pour les destinataires directs dès la fin de leur participation à une intervention (par exemple l’amélioration de l’accessibilité à une zone grâce à la construction d’une route ou une production plus efficiente dans une exploitation).

Zone urbaine

Une aire géographique qui ne présente pas les caractéristiques d’une zone rurale. Il existe différentes typologies permettant de classer les territoires en zones rurales ou urbaines, par exemple sur la base de la densité de population.

SIGLES ET ACRONYMES

FEOGA

Fonds européen d’orientation et de garantie agricole

OCDE

Organisation de coopération et de développement économiques

ORATE

Observatoire en réseau de l’aménagement du territoire européen

PAC

Politique agricole commune

PDR

Programme de développement rural

PIB

Produit intérieur brut

PO

Programme opérationnel

SWOT

Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats: Forces, faiblesses, possibilités, menaces

UAL

Unité administrative locale

SYNTHÈSE

I.

Les zones rurales sont confrontées à des défis considérables tels que le dépeuplement et le manque de possibilités économiques. La contribution communautaire au développement rural pour la période 2000-2006 s’élève à plus de 60 milliards d’euros. Environ 40 % de ce budget sont affectés aux investissements. Ceux-ci couvrent un large éventail de projets dont la gestion et la mise en œuvre sont partagées par la Commission et les États membres (voir points 1 à 10).

II.

Le présent rapport présente les observations résultant de l’audit de la Cour relatif aux investissements dans le domaine du développement rural. L’audit visait à répondre à la question générale suivante: «Dans quelle mesure les effets des mesures d’investissement permettent-ils de remédier de manière efficace aux problèmes des zones rurales?» (voir point 3 et points 11 à 15).

III.

La souplesse du règlement concernant le soutien au développement rural (objectifs larges et absence de priorités) et l’absence de stratégie précise dans les programmes des États membres ont conduit à une situation telle qu’il n'est pas possible de savoir clairement à la réalisation de quels objectifs les crédits ont contribué. Les programmes des États membres sont essentiellement axés sur le secteur agricole et ne prennent pas suffisamment en considération les caractéristiques de la zone géographique bénéficiant d’un soutien (voir points 16 à 28).

IV.

Des conditions et des procédures de sélection permettant de cibler efficacement les crédits sur les zones géographiques et les bénéficiaires qui en ont le plus besoin font défaut (voir points 29 à 34). L’absence de ciblage approprié accroît également le risque d’effets d’aubaine, qui sont de nature à nuire à l’efficacité de l’aide (voir points 35 à 39).

V.

Une part importante des dépenses est mise en œuvre dans des zones qui ne sont pas essentiellement rurales. Par rapport à la période de programmation précédente, l’aide à l’investissement dans les zones rurales a sensiblement chuté (voir points 40 à 46).

VI.

Les effets des projets n'ont pas toujours pu être déterminés, mais lorsque cela a été possible, il s’est avéré que les principaux facteurs ayant permis d’accroître l’efficacité étaient la synergie avec d’autres projets et leur localisation dans des zones rurales (voir points 47 à 52). Des insuffisances ont également été relevées dans la mise en œuvre du système de suivi et d’évaluation (voir points 53 à 63).

VII.

D’une manière générale, la Cour constate qu’il n'est pas possible d’évaluer l’efficacité des investissements dans le domaine du développement rural. Les objectifs sont trop vastes et les stratégies permettant de mettre en œuvre la politique font défaut. Les deux objectifs majeurs de la politique de développement rural ne sont pas atteints de manière équilibrée. Pour remédier à cette situation, la Commission devrait coopérer avec les États membres afin d’améliorer l’efficacité de la politique. À cet égard, il importerait notamment de préciser les objectifs et d’élaborer des principes permettant de cibler efficacement la politique (voir points 64 à 69).

INTRODUCTION

Contexte

1.

Le développement rural constitue une part significative du budget de l’UE. Pour la période de programmation 2000-2006, la contribution communautaire s’élève à plus de 60 milliards d’euros. Pour la période de programmation 2007-2013, il est proposé de porter ce montant à près de 70 milliards d’euros. Il convient d’y ajouter plusieurs milliards d’euros provenant de la «modulation», c'est-à-dire du transfert au développement rural de crédits affectés aux aides agricoles directes (1).

2.

Les zones rurales représentent une part importante du territoire et de la population de l’UE. En moyenne, le PIB par habitant des zones rurales est inférieur d’un tiers environ à celui des zones urbaines, la densité de la population y est plus ou moins dix fois moins élevée et l’emploi dans le secteur agricole dix fois supérieur. Les zones rurales sont généralement plus isolées. Elles disposent d’infrastructures et de services de base moins nombreux. Enfin, elles sont confrontées à des défis considérables tels que le dépeuplement et le manque de possibilités économiques.

3.

Le présent rapport spécial présente les observations de la Cour concernant les mesures suivantes du règlement relatif au soutien au développement rural (2): «investissements dans les exploitations agricoles», «amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles» et «encouragement à l’adaptation et au développement des zones rurales». Ces mesures représentent quelque 40 % des crédits disponibles. Ces mesures permettent le financement d’un large éventail de projets qui sont considérés pour les besoins du présent audit comme des investissements dans le domaine du développement rural. D’autres mesures de développement rural importantes, comme l’agroenvironnement, le soutien aux zones défavorisées et la sylviculture, qui visent également à résoudre les problèmes des zones rurales, ont été examinées dans le cadre de précédents rapports (3).

Description des investissements dans le domaine du développement rural

Base légale

4.

Avant 2000, les mesures d’investissement relevaient des Fonds structurels. Leurs objectifs et leurs conditions étaient définis par une réglementation spécifique. Les investissements dans les exploitations agricoles ainsi que l’amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles visaient à soutenir le secteur agricole dans l’ensemble de l’UE, alors que les mesures d’encouragement à l’adaptation et au développement des zones rurales avaient pour objectif de traiter certains problèmes spécifiques affectant celles-ci.

5.

À partir de 2000, le développement rural est devenu le «second pilier de la PAC» (4). Cette transformation a été réalisée en combinant des mesures d’investissement avec une vaste palette d’autres mesures dans le cadre d’un seul et même règlement. Les objectifs de la PAC ont été intégrés à la politique, et les objectifs des Fonds structurels ont été maintenus. Quelques rares conditions ont été fixées. Dès lors, toutes les mesures ont été mises en œuvre dans l’ensemble de l’UE. Il en est résulté une politique décentralisée offrant aux États membres un très grand nombre de possibilités pour financer des priorités nationales ou régionales.

Objectifs

6.

Le règlement fixe deux objectifs généraux. Le premier concerne le secteur agricole et peut être considéré en résumé comme portant sur l’amélioration de la compétitivité agricole et sur la gestion durable des terres. Le second concerne les ajustements structurels dans les régions en retard de développement ou confrontées à d’autres problèmes structurels. Le tableau 1 présente ces objectifs de manière détaillée.

Tableau 1

Objectifs assignés aux mesures d’investissement dans le domaine du développement rural par le règlement applicable en la matière

OBJECTIFS GÉNÉRAUX DE TOUTES LES MESURES EN FAVEUR DU DÉVELOPPEMENT RURAL (5)

Les mesures en faveur du développement rural:

accompagnent et complètent les autres instruments de la politique agricole commune et concourent ainsi à la réalisation des objectifs suivants:

a)

accroître la productivité de l’agriculture en développant le progrès technique, en assurant le développement rationnel de la production agricole ainsi qu'un emploi optimal des facteurs de production, notamment de la main-d’œuvre;

b)

assurer ainsi un niveau de vie équitable à la population agricole, notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans l’agriculture;

c)

stabiliser les marchés;

d)

garantir la sécurité des approvisionnements;

e)

assurer des prix raisonnables dans les livraisons aux consommateurs;

sont intégrées aux mesures visant à promouvoir le développement et l’ajustement structurel des régions en retard de développement et accompagnent les mesures de soutien en faveur de la reconversion économique et sociale des zones confrontées à des difficultés d’ordre structurel dans les régions concernées, en prenant en compte l’objectif spécifique suivant: afin de promouvoir un développement harmonieux de l’ensemble de la Communauté, celle-ci développe et poursuit son action tendant au renforcement de sa cohésion économique et sociale. En particulier, la Communauté vise à réduire l’écart entre les niveaux de développement des diverses régions et le retard des régions ou des îles les moins favorisées, y compris les zones rurales.

OBJECTIFS SPÉCIFIQUES DES MESURES D’INVESTISSEMENT DANS LE DOMAINE DU DÉVELOPPEMENT RURAL (6)

Investissements dans les exploitations agricoles

Amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles

Article 33

1.

La réduction des coûts de production

2.

L’amélioration et la réorientation de la production

3.

L’amélioration de la qualité

4.

La préservation et l’amélioration de l’environnement naturel, des conditions d’hygiène et des normes en matière de bien-être des animaux

5.

L’encouragement à la diversification des activités sur l’exploitation

1.

Orienter la production en fonction de l’évolution prévisible des marchés ou favoriser l’émergence de nouveaux débouchés pour la production agricole

2.

Améliorer ou rationaliser les circuits de commercialisation ou les processus de transformation

3.

Améliorer la présentation et le conditionnement des produits ou contribuer au meilleur emploi ou à l’élimination des sous-produits ou des déchets

4.

Appliquer de nouvelles technologies

5.

Favoriser les investissements innovateurs

6.

Améliorer et contrôler la qualité

7.

Améliorer et contrôler les conditions sanitaires

8.

Protéger l’environnement

Aucun objectif spécifique prévu

7.

En outre, le règlement assigne à deux des mesures d’investissement des objectifs spécifiques qui figurent également dans le tableau 1. Les investissements dans les exploitations agricoles contribuent à l’amélioration des revenus agricoles ainsi qu'à celle des conditions de vie, de travail et de production. Les investissements destinés à l’amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles contribuent à l’accroissement de la compétitivité et de la valeur ajoutée des produits.

8.

Les investissements visant à encourager l’adaptation et le développement des zones rurales sont généralement désignés en se référant à l’article du règlement qui les concerne, en l’occurrence l’«article 33». Celui-ci dispose qu'un soutien est accordé aux mesures liées aux activités agricoles et à leur reconversion, ainsi qu'à celles liées aux activités rurales, qui ne relèvent pas du champ d’application d’autres mesures. Cette disposition est suivie d’une liste d’éléments présentés sous forme de tirets (auxquels le présent rapport se réfère comme autant de mesures) ne correspondant à aucune information précise ni objectif spécifique. Par conséquent, cette mesure permet de soutenir une grande variété de projets.

Mise en œuvre

9.

La Commission et les États membres se partagent la gestion et la mise en œuvre des mesures d’investissement dans le domaine du développement rural. En pratique, cela signifie que les États membres définissent la stratégie de leurs programmes ainsi que les conditions d’éligibilité, approuvent et contrôlent les projets, effectuent les paiements aux bénéficiaires et font rapport à la Commission. La Commission est chargée de s’assurer que les programmes, leur mise en œuvre et les rapports sont conformes aux obligations réglementaires.

10.

Les bénéficiaires potentiels (exploitants agricoles, sociétés de transformation et de commercialisation, et autorités locales) présentent une demande à l’organisme chargé de la mise en œuvre dans l’État membre en question. Si le projet satisfait aux exigences (conditions d’éligibilité, budget disponible ainsi que, dans certains cas, critères de classement et de sélection), il est approuvé et le bénéficiaire peut le mettre en œuvre. À l’issue du projet, le bénéficiaire demande un remboursement à l’organisme payeur de l’État membre. Périodiquement, celui-ci demande à la Commission le remboursement des dépenses encourues.

Étendue de l’audit et approche d’audit

Questions d’audit

11.

La Cour a décidé de réaliser un audit de la performance, centré sur l’efficacité, portant sur la période de programmation 2000-2006. Le principe d’efficacité vise la réalisation des objectifs fixés et l’obtention des résultats escomptés.

12.

À cet égard, la planification, la mise en œuvre, les effets obtenus ainsi que le suivi et l’évaluation sont considérés comme des éléments clés. Le schéma 1 présente une vue d’ensemble de ces éléments et de leurs relations:

Image

13.

L’objectif de l’audit a été de déterminer dans quelles proportions les mesures d’investissement dans le domaine du développement rural ont permis de remédier efficacement aux problèmes affectant les zones rurales. L’approche a consisté à répondre aux questions suivantes sur la base des quatre éléments clés susmentionnés:

a)

L’UE a-t-elle une stratégie claire et une approche cohérente en matière de politique de développement rural? Celles-ci se reflètent-elles correctement dans les programmes des États membres?

b)

Les projets sélectionnés en vue d’un financement communautaire sont-ils fondés sur les critères qui correspondent le mieux aux besoins des zones rurales?

c)

Les projets ont-ils été mis en œuvre dans des zones rurales et ont-ils eu un impact?

d)

Les réalisations, les résultats et les impacts ont-ils été correctement suivis et évalués?

Approche d’audit

14.

L’audit a été effectué de janvier à décembre 2005 et a donné lieu à la collecte d’éléments probants à partir:

a)

d’une analyse de la base légale, de documents d’orientation, d’études, de documents de programmation et des rapports de suivi et d’évaluation;

b)

de l’examen d’un échantillon aléatoire de 300 projets FEOGA relatifs à la période de programmation 2000-2006, visant à établir une image représentative de la localisation des investissements et des problèmes socio-économiques affectant les zones en cause;

c)

de neuf visites d’audit dans les États membres parmi ceux qui ont bénéficié de la plupart des paiements figurant dans l’échantillon des 300 projets. Ces contrôles, centrés sur les mesures ayant la plus grande incidence financière, ont porté sur un nombre total de trente et un projets. Une liste de ces projets et des mesures en question figure à l’annexe I. Ces trente et un projets sont le résultat d’un sondage discrétionnaire réalisé afin d’inclure des projets mis en œuvre dans des zones présentant différents types de ruralité. Le but était également de relever des exemples de bonnes pratiques.

15.

Les États membres et les régions ci-après ont été sélectionnés sur la base de leur taille dans l’échantillon aléatoire en vue de contrôles sur place. En dehors des régions relevant de l’objectif no 1 (7): France (programme national de développement rural), Allemagne (Basse-Saxe), Italie (Émilie-Romagne), Pays-Bas (programme national de développement rural) et Espagne (Catalogne). Dans les régions relevant de l’objectif no 1: Allemagne (Brandebourg), Italie (Campanie), Portugal (Lisbonne-Vallée du Tage) et Espagne (programme opérationnel national). Les visites ont eu lieu au cours de la période allant de juin à octobre 2005.

OBSERVATIONS

Question d’audit 1: L’UE a-t-elle une stratégie claire et une approche cohérente en matière de politique de développement rural? Celles-ci se reflètent-elles correctement dans les programmes des États membres?

Clarté de la stratégie

Observation 1La souplesse du règlement (objectifs larges et absence de priorités) et l’absence de stratégie précise dans les programmes des États membres ont conduit à une situation telle qu’il n'est pas possible de savoir clairement à la réalisation de quels objectifs les crédits ont contribué.

16.

Le règlement concernant le soutien au développement rural vise à contribuer, d’une part, à la réalisation des objectifs de la PAC et, d’autre part, à la cohésion économique et sociale (voir point 6). Pour atteindre ces objectifs, le règlement établit une série de mesures. Des objectifs spécifiques sont définis pour certaines d’entre elles, alors que ce n'est pas le cas pour d’autres (voir tableau 1). Ces mesures sont un assortiment de soutiens aux améliorations de la compétitivité agricole, d’améliorations de l’environnement et d’aides aux zones rurales. Le règlement ne précise pas les objectifs auxquels chaque mesure doit contribuer ni leur importance relative.

17.

Le règlement définit les mesures d’investissement de manière souple, car il ne prévoit qu'un nombre restreint de conditions pour l’obtention de l’aide. En outre, les différentes mesures peuvent contribuer à n'importe quel objectif général.

18.

La Cour a constaté que les programmes des neuf États membres contrôlés étaient dépourvus d’une stratégie précise. Certains programmes n'indiquent pas clairement les objectifs poursuivis ni dans quelle proportion chaque mesure permet de les atteindre. D’autres fixent des objectifs, mais les mesures adoptées dans le cadre de ces programmes atteignent des objectifs différents. Dès lors, la transparence des décisions politiques est insuffisante puisqu’il n'est pas possible de déterminer avec précision quels crédits ont été utilisés à quelles fins. L’encadré 1 en fournit quelques exemples.

Encadré 1Une même mesure pour différents objectifsLes investissements dans les exploitations agricoles sont l’une des mesures prévues par le programme espagnol d’amélioration des structures agricoles dans les zones relevant de l’objectif no 1. L’objectif défini dans le programme est l’amélioration des revenus agricoles ainsi que celle des conditions de vie, de travail et de production. Or, l’audit a permis de constater que les objectifs effectivement atteints différaient selon la localisation de l’investissement. Dans les zones de production agricole, cette mesure contribue à l’objectif d’amélioration de la compétitivité agricole, alors que, dans les zones de montagne, la mesure apporte un soutien à des petites exploitations non compétitives en vue de stabiliser la population rurale. Aucune ressource n'est affectée de manière spécifique à l’un ou à l’autre de ces différents objectifs. Aucune cible précise n'est assignée aux deux objectifs fixés par la mesure. Enfin, les dépenses effectuées dans le cadre de chaque objectif ou dans chaque type de zones ne font l’objet d’aucun suivi.La mesure relative à la gestion des ressources hydriques et au remembrement représente 70 % de la contribution du FEOGA au programme portugais destiné à la zone «Lisbonne et Vallée du Tage». L’objectif assigné au programme est de promouvoir une agriculture moderne et compétitive en tant qu'élément clé du développement des zones rurales. Or, l’audit a permis de constater que la mesure soutient tant la modernisation des réseaux d’irrigation dans des zones fertiles que l’installation de nouveaux réseaux d’irrigation, complétés par des actions de remembrement et des travaux d’infrastructure dans des zones dont la structure agricole est médiocre (très petites parcelles et systèmes d’irrigation obsolètes). La mesure poursuit deux objectifs différents: accroître la compétitivité de zones très productives et stimuler les activités agricoles des zones rurales menacées d’abandon. Le programme ne détermine pas dans quelles proportions la mesure doit servir l’un et l’autre objectif. Un projet localisé dans une zone densément peuplée a absorbé à lui seul 29 % de la contribution totale du FEOGA au programme.Manque de clarté des objectifsLe remembrement est généralement considéré comme une réorganisation des parcelles visant à améliorer la structure des exploitations agricoles et donc leur viabilité économique. Dans le programme national de développement rural des Pays-Bas, la partie relevant de l’article 33 est la plus importante sur le plan financier. L’absence de description précise du contenu de cette mesure permet à l’État néerlandais d’utiliser ce volet du plan pour acheter des terres à des fins de développement de la nature. Le plan approuvé par la Commission indique que le montant affecté à ce volet doit contribuer à hauteur de 87 millions d’euros à l’objectif d’une agriculture durable et pour 16 millions à celui relatif à la nature et aux paysages. Or, l’audit de la Cour montre qu'en réalité 86 % des crédits ont principalement servi l’objectif de développement de la nature et 14 % seulement celui d’une agriculture durable. Cette situation est rendue possible par la souplesse du règlement. Il en résulte une politique dont on ne sait quels objectifs les crédits ont permis d’atteindre.

Approche cohérente du développement rural

Observation 2Les programmes des États membres sont essentiellement axés sur le secteur agricole et ne prennent pas suffisamment en considération les caractéristiques de la zone géographique bénéficiant d’un soutien.

19.

À travers les objectifs généraux qu’ils énoncent, les articles 33, 158 et 160 du traité reconnaissent deux besoins au niveau des États membres. Premièrement, il est nécessaire de remédier aux faiblesses structurelles et de réduire les inégalités entre zones rurales et urbaines, afin de faire baisser le chômage rural, d’améliorer la compétitivité du secteur primaire et d’accroître les possibilités économiques dans les zones rurales. Deuxièmement, compte tenu des menaces qui pèsent sur la viabilité et la vitalité de nombreuses communautés rurales en raison de l’insuffisance de possibilités économiques, il est nécessaire de préserver la viabilité des communautés rurales, de soutenir de nouvelles activités et de faciliter l’offre de services en milieu rural. En outre, les États membres doivent relever un très grand nombre de défis, comme assurer une sensibilisation accrue à la qualité des produits, au bien-être des animaux et aux préoccupations liées à l’environnement.

20.

Différents concepts d’approches territoriales des zones rurales ont été développés pour répondre à ces besoins multiples. Ils sont centrés sur une zone géographique déterminée et se fondent sur une analyse socio-économique ainsi que sur une stratégie qui articule de manière explicite les différents aspects du développement rural avec les autres interventions dans le territoire envisagé. Ils présentent en outre une approche intégrée, c'est-à-dire multisectorielle et associant l’ensemble des acteurs et des ressources dans la zone en question. Cette approche maximalise les synergies au sein d’un même programme, ainsi qu'entre les différents programmes mis en œuvre dans la zone.

21.

Les évaluations indépendantes relatives au développement rural entreprises par la Commission recommandent une approche territoriale (8). Dans les conclusions de son troisième rapport sur la cohésion économique et sociale, la Commission estime que nombre de problèmes affectant les zones rurales sont de nature territoriale (9).

22.

Les deux conférences européennes sur le développement rural, à Cork (1996) et à Salzbourg (2003), ont confirmé la pertinence de l’approche territoriale. À Cork, les participants ont souligné que «la politique du développement rural doit être multidisciplinaire dans sa conception et multisectorielle dans son application, en privilégiant l’approche territoriale» (10). À Salzbourg, ils ont estimé que «la politique de développement rural doit répondre aux besoins d’une société rurale plus large et contribuer à la cohésion» (11).

23.

En outre, un grand nombre d’études consacrées à l’approche territoriale du développement rural recommandent également ce type d’approche. Des institutions et des chercheurs bien connus, notamment l’OCDE et l’ORATE, estiment dans les conclusions de leurs études qu'une approche sectorielle est moins efficace qu'une approche territoriale.

24.

L’autre manière d’aborder ces questions est l’approche «sectorielle» traditionnelle, centrée sur l’agriculture. Elle envisage un seul secteur et ne prend pas en considération les caractéristiques de la zone géographique bénéficiant d’un soutien. La Cour a constaté que les programmes des États membres sont principalement fondés sur cette dernière approche. Les éléments essentiels des programmes, tels que les objectifs spécifiques, l’analyse «SWOT» (forces, faiblesses, possibilités, menaces), la description de la situation et les mesures, sont tous centrés sur le secteur agricole. Les programmes n'ont pas permis un ciblage géographique efficace parce que les éléments nécessaires à cet effet étaient soit manquants soit incomplets (12).

25.

La Commission reconnaît la nécessité de stimuler l’innovation et la diversification en dehors des agro-industries traditionnelles (13). Or, la Cour a effectué une analyse des dépenses dans le domaine du développement rural pour la période de programmation en cours, qui montre que près de 90 % de ces dépenses sont effectuées au profit du secteur agricole.

26.

L’accent mis sur l’agriculture menace la réalisation d’un des objectifs généraux du règlement, à savoir la réduction des déséquilibres territoriaux. Une combinaison judicieuse des approches territoriale et sectorielle réduirait ce risque. La Cour a relevé un exemple réussi d’intégration des deux approches en Campanie (encadré 2), qui montre qu’il est possible d’appliquer une approche territoriale à la politique de développement rural de l’UE.

Encadré 2Éléments d’une approche territoriale partielle dans le programme de l’Italie en faveur de la CampanieLe programme en faveur de la Campanie comprend les éléments ci-après d’une approche territoriale:

Description du territoire et diagnostic pertinents. Le programme distingue deux grandes zones présentant des problèmes différents: des régions d’agriculture intensive et des «zones rurales». Ces dernières sont définies sur la base de critères différents et présentent en moyenne une densité de 127 habitants au km2, contre 1 239 en dehors de ces zones, et un taux d’emploi agricole de 22 %, alors qu’il n'est que de 6 % dans le reste du territoire régional.

Les mesures qui s’appliquent selon une approche de filière ont pour but le soutien des exploitations agricoles et agro-industrielles économiquement viables et accordent une priorité aux investissements dans les zones particulièrement appropriées au produit de base de chaque filière et une priorité supplémentaire aux investissements dans les zones de montagne. Elles absorbent 23 % de la contribution FEOGA.

Quatre mesures relevant de l’article 33 visent à traiter le manque de services de base et à promouvoir de nouvelles activités. Elles représentent 24 % des crédits du FEOGA. Elles sont mises en œuvre uniquement dans des zones rurales.

La priorité est accordée à des projets situés en zones rurales qui répondent donc aux besoins de ces zones et créent des synergies avec d’autres investissements qui y sont effectués.

27.

Le nouveau règlement concernant le développement rural qui entrera en vigueur en 2007 permettra toujours aux États membres d’adopter une approche essentiellement sectorielle, centrée sur le secteur agricole. Il ne prévoit aucun objectif territorial visant un développement plus équilibré par une réduction des disparités et des mesures permettant de prévenir les déséquilibres territoriaux au sein de l’UE, des États membres ou des régions.

28.

Seul Leader, qui a été intégré dans le nouveau règlement, est fondé sur une approche territoriale. Certaines mesures présentent également des caractéristiques de cette approche en raison de leur nature multisectorielle. Mais les crédits disponibles sont limités (le pourcentage minimal de financement communautaire pour Leader est de 5 % pour l’EU-15 et de 2,5 % pour les nouveaux États membres; le pourcentage pour les mesures multisectorielles est de 10 %). Les propositions plus ambitieuses de la Commission ont été réduites (pour les mesures multisectorielles de 15 % à 10 %) ou rejetées (dans le cas d’une réserve de 3 % du budget consacrée au développement rural), ce qui dénote en pratique une réticence à passer de l’approche sectorielle à l’approche territoriale.

Question d’audit 2: Les projets sélectionnés en vue d’un financement communautaire sont-ils fondés sur les critères qui correspondent le mieux aux besoins des zones rurales?

Conditions et procédures de sélection

Observation 3Les conditions d’éligibilité et les procédures de sélection permettant de cibler efficacement les crédits sur les zones géographiques et les bénéficiaires qui en ont le plus besoin font défaut.

29.

Tant le traité consolidé que le règlement concernant le soutien au développement rural utilisent le terme de «zones rurales». L’article 33 est intitulé «Encouragement à l’adaptation et au développement des zones rurales». Or, le règlement ne définit pas cette notion ni n'exige des États membres qu’ils définissent les conditions que les zones rurales doivent remplir pour être considérées comme telles (par exemple dans leurs programmes de développement rural). La Cour a constaté que trois des programmes nationaux contrôlés ne contenaient aucune définition des zones rurales, que cinq proposaient une définition qui n'était pas appliquée et qu'un seul des programmes (celui pour la Campanie) appliquait effectivement sa définition des zones rurales.

30.

Le règlement n'impose pas aux États membres d’adapter les mesures prévues dans leurs programmes aux besoins des zones rurales. Cette adaptation pourrait s’effectuer en déterminant les zones dont les besoins sont les plus importants et en allouant les crédits en proportion de ces besoins (budgets spécifiques, différenciation des taux d’aide, limitation des mesures à certaines zones, etc.).

31.

Cette adaptation n'a pas été réalisée dans la plupart des programmes des États membres. La quasi-totalité des mesures est appliquée à l’ensemble du territoire couvert par le programme, sans tenir compte de l’ampleur variable des besoins des zones rurales.

32.

Même parmi les projets qui remplissent les conditions requises, certains répondent mieux que d’autres aux besoins des zones rurales. C'est le cas par exemple d’un projet qui, toutes choses étant égales par ailleurs, crée davantage d’emplois en zones rurales qu'un autre projet. En outre, les crédits disponibles sont limités. Pour des raisons d’efficacité, les crédits devraient être affectés prioritairement en fonction des besoins.

33.

L’audit de la Cour a permis de constater que, de manière générale, les États membres n'appliquent pas de procédures efficaces leur permettant de sélectionner les projets qui répondent le mieux aux besoins des zones rurales. Plusieurs États membres sélectionnent les projets sur la base du principe «premier arrivé, premier servi». Dans d’autres cas, ils ont établi des procédures de classement qui restent inappliquées ou se fondent sur des critères non pertinents. Des procédures efficaces n'avaient été mises en place que pour un seul des neuf programmes examinés (voir encadré 3).

Encadré 3Exemples d’inefficacité dans l’application des procédures de classement et de sélectionLes points suivants présentent des exemples de critères qui ne sont pas pertinents au regard des besoins des zones rurales à satisfaire:

En Catalogne, pour la mesure relative à la transformation et à la commercialisation, des points sont attribués aux propositions de projets en fonction du temps écoulé depuis le dernier octroi d’une aide au bénéficiaire. Ce critère vise à répartir l’aide sur un plus grand nombre de bénéficiaires plutôt qu'à sélectionner des projets qui répondent le mieux aux besoins des zones rurales. En France, pour la même mesure, aucun critère de sélection ne concerne la localisation de l’investissement.

En Basse-Saxe, un seul des cinq critères utilisés pour sélectionner les villages dans le cadre du programme régional en faveur de la «rénovation des villages» prend en considération le caractère rural de la localité. L’un des critères est la situation financière de la commune. En l’occurrence, elle doit avoir une capacité financière suffisante pour pouvoir mener à bien les actions de manière rapide et efficace. En raison de cette disposition, cette mesure est davantage taillée pour les zones urbaines que pour les zones rurales, celles-ci ayant généralement une assise financière plus faible.

34.

L’audit a également permis de constater que les bénéficiaires les mieux informés, les mieux organisés et les plus riches ont plus facilement accès aux aides communautaires, ce qui constitue un risque. S’agissant des mesures d’investissement, les projets bénéficiant d’une aide doivent être proposés par des personnes privées et des municipalités, qui sont tenues de cofinancer une partie de l’investissement. L’audit a permis de relever des exemples où l’aide est concentrée sur les bénéficiaires et les zones les plus fortes sur le plan économique plutôt que sur les zones plus rurales. Les encadrés 3 et 4 présentent des cas où les déséquilibres régionaux sont accentués au lieu d’être réduits.

Encadré 4Concentration de l’aide sur les bénéficiaires privés et publics robustesEn Émilie-Romagne, le soutien est accordé uniquement aux exploitations agricoles disposant d’un revenu minimal de quelque 10 000 euros par unité de travail par an, pour les zones défavorisées, et de quelque 15 000 euros pour les autres zones. Or, 50 % des exploitations ont un revenu inférieur à 5 000 euros. Il s’agit généralement de petites exploitations. Dans cette région, les 12 % d’exploitations les plus grandes (plus de 20 hectares) ont absorbé 41 % des aides.La mesure «gestion des ressources en eau destinées à l’agriculture» relevant de l’article 33 est la mesure du programme espagnol d’amélioration des structures agricoles des régions relevant de l’objectif no 1 qui a la plus grande incidence financière. La plupart des crédits affectés à cette mesure (76 %) sont utilisés pour moderniser les réseaux d’irrigation existants. Les zones irriguées couvrent quelque 12 % de la superficie totale des régions relevant de l’objectif no 1. Elles sont plus densément peuplées et plus compétitives que les zones non irriguées. Le peuplement de ces zones irriguées s’explique par le fait qu'elles sont en moyenne six fois plus productives que les zones non irriguées. Il en résulte que la majeure partie des crédits est concentrée dans une zone correspondant à 12 % de la superficie totale, bénéficiant de la situation la plus favorable. Seul un pourcentage réduit de l’aide (environ 20 %) a été affecté dans des zones considérées comme dépeuplées (moins de 38,5 habitants au km2).

Effets d’aubaine

Observation 4L’absence de ciblage approprié accroît également le risque d’effets d’aubaine, qui sont de nature à nuire à l’efficacité de l’aide.

35.

Un effet d’aubaine se fait sentir lorsqu'un investissement aurait été consenti même si l’aide n'avait pas été accordée. En pareil cas, les effets escomptés, comme le développement de l’exploitation ou l’augmentation des emplois, se seraient de toute façon produits. L’aide à l’investissement est la plus efficace lorsque, en son absence, l’investissement n'aurait pas été réalisé et les effets attendus ne se seraient pas produits. On peut considérer cependant qu'un certain degré d’effet d’aubaine est inévitable, car les bénéficiaires doivent être prêts à entreprendre des projets d’investissement.

36.

La Commission reconnaît l’existence d’un effet d’aubaine [ou «effet d’inertie» (14)], ce que l’audit de la Cour a permis de confirmer. Quelques exemples relevés sont présentés dans l’encadré 5. Les évaluations indépendantes font également état de niveaux élevés d’effets d’aubaine.

Encadré 5Exemples d’effets d’aubaineDeux exploitants agricoles qui avaient bénéficié d’une aide pour des projets relevant de la mesure d’investissement dans les exploitations agricoles en Émilie-Romagne ont fait l’objet d’une visite. Tous les deux ont affirmé qu’ils auraient de toute façon réalisé l’investissement si l’aide publique ne leur avait pas été accordée. En outre, les deux exploitants disposaient de ressources financières suffisantes et ont décidé d’effectuer des investissements supplémentaires (hors cofinancement communautaire), dans un cas, pour un montant cinq fois supérieur à celui du projet soutenu, et dans l’autre, pour un montant équivalant à la moitié de la valeur du projet soutenu.Jusqu'en 2005, la mise en œuvre de la mesure «amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles» en Catalogne ne donnait pas lieu à l’application de critères de priorité. Toutes les demandes éligibles étaient cofinancées. Comme les crédits étaient insuffisants pour le faire au taux de cofinancement public prévu par le programme national de développement rural, celui-ci a été sensiblement réduit, pour être ramené à 15 % en moyenne. Le risque d’effets d’aubaine s’en est trouvé fortement accru, puisque les bénéficiaires devaient financer 85 % du projet eux-mêmes. Pour deux des trois sociétés contrôlées, les comptes annuels des exercices postérieurs à l’achèvement du projet cofinancé par l’UE montraient que les sociétés avaient effectué des investissements supplémentaires pour des montants excédant celui des investissements soutenus par l’UE.

37.

Afin de réduire le risque d’effets d’aubaine, un meilleur ciblage est nécessaire. En outre, la Commission n'a guère accordé d’attention, voire aucune, à la recherche des facteurs qui permettent de prévoir les effets d’aubaine. Par exemple, il s’est généralement avéré que les effets d’aubaine étaient plus fréquents lorsque les investissements en faveur de l’environnement étaient réalisés par des grandes sociétés et moins fréquents lorsqu’ils l’étaient par des petites entreprises. Ces facteurs auraient donc pu être pris en considération au moment de cibler les aides.

38.

Il existe un lien entre, d’une part, la viabilité de l’entreprise et le caractère durable de l’investissement et, d’autre part, l’effet d’aubaine. Toutefois, la Cour estime que la Commission s’est centrée de manière excessive sur le caractère durable, alors qu'elle a accepté trop facilement un risque élevé d’effets d’aubaine.

39.

Ce point est illustré par le cas des investissements dans les exploitations agricoles de la Région flamande en Belgique, où près de la moitié des exploitations ont été exclues sur la base de la condition de viabilité économique. Cette condition a été mise en œuvre en exigeant un revenu annuel par unité de travail d’au moins 21 577 euros. Les évaluateurs ont estimé dans leurs conclusions que cette disposition excluait des exploitations qui avaient besoin d’une aide et pour lesquelles les effets d’aubaine étaient moins élevés.

Question d’audit 3: Les projets ont-ils été mis en œuvre dans des zones rurales et ont-ils eu un impact?

Localisation des projets

Observation 5Une part importante des dépenses sont effectuées dans des zones qui ne sont pas essentiellement rurales, ce qui réduit d’autant les montants disponibles pour celles qui le sont.

40.

La Commission dispose de peu d’informations sur la localisation des investissements dans le domaine du développement rural qui ont produit des résultats et eu un impact (voir point 61). La Cour a sélectionné un échantillon représentatif de 300 projets FEOGA et les a classés, suivant leur localisation, par catégories de ruralité. Cette opération a été réalisée au moyen de quatre des meilleurs critères de référence indépendants disponibles pour lesquels il existe des données permettant de classer toutes les régions du territoire de l’UE en zones urbaines et rurales. Les critères de référence suivants ont été utilisés (des informations plus détaillées figurent à l’annexe II):

a)

le classement ou non de la zone en cause comme zone rurale durant la période de programmation précédente (1994-1999). Au cours de cette période, les mesures relevant de l’article 33 en dehors des zones relevant de l’objectif no 1 n'ont été mises en œuvre que dans certaines zones, appelées «objectif no 5 b)», qui devaient répondre à certains critères de ruralité et pour lesquelles la Commission devrait donner son approbation;

b)

le classement de la zone NUTS 3 dans la typologie de l’ORATE; celle-ci a été développée dans le cadre du programme de l’ORATE, géré conjointement par la Commission et les États membres;

c)

le degré de ruralité de la zone NUTS 3 suivant les définitions nationales utilisées à des fins statistiques;

d)

la classification de la zone NUTS 3 dans la typologie de l’OCDE, fondée sur la densité de population et généralement utilisée pour les analyses sur le plan international depuis 1994.

41.

Le tableau 2 présente les résultats de l’analyse concernant le classement des 300 projets d’investissement pour chacun des critères de référence. Il en ressort que, pour les régions hors objectif no 1, suivant la typologie utilisée, entre 29 % (OCDE) et 55 % [ancienne classification objectif no 5 b)] des dépenses sont effectuées dans des zones non rurales. Pour les régions relevant de l’objectif no 1, entre 9 % (OCDE) et 22 % (définition nationale) de l’aide au développement rural sont dépensés dans des zones non rurales.

Tableau 2

Localisation des investissements dans le domaine du développement rural pour un échantillon représentatif de 300 projets FEOGA

Catégories représentées dans l’échantillon

Ex-objectif no 5 b)

Typologie ORATE

Définition nationale

Typologie OCDE

non

oui

zone urbaine

zone moyennement urbaine/rurale

zone rurale

zone urbaine

zone moyennement urbaine/rurale

zone rurale

zone urbaine

zone moyennement urbaine/rurale

zone rurale

Régions hors objectif no 1

55 %

45 %

47 %

29 %

25 %

44 %

7 %

49 %

29 %

38 %

33 %

Régions objectif no 1

s.o.

s.o.

21 %

53 %

26 %

22 %

2 %

76 %

9 %

43 %

48 %

42.

Par rapport à la période de programmation précédente (1994-1999), l’aide à l’investissement dans le domaine du développement rural en faveur des zones rurales [ex-objectif no 5 b)] a chuté de 50 % en termes absolus (environ 1 500 millions d’euros) et de 70 % en termes relatifs (15), et ce malgré une augmentation substantielle du budget consacré au développement rural. Cela montre que le fait de ne pas accorder la priorité aux zones rurales — le règlement le permet — a eu une incidence négative sur le montant des crédits disponibles pour ces zones.

43.

La densité de population a également été analysée pour les 300 projets. S’agissant de chacune des catégories représentées dans l’échantillon, la densité moyenne de population dans la zone d’investissement figure dans le tableau ci-après (UAL 2 est le niveau administratif «le plus bas», par exemple les communes; NUTS 3 correspond à une zone administrative plus étendue, par exemple les provinces). Pour tous les types d’investissements audités, les zones UAL 2 et NUTS 3 présentent, en moyenne, une densité de population supérieure à la moyenne européenne de 120 habitants au kilomètre carré. Il faut comparer les chiffres obtenus pour les régions relevant de l’objectif no 1 à la densité moyenne de population pour ces mêmes régions, qui est de 81 habitants/km2.

Tableau 3

Densité moyenne de population dans les zones d’investissement en faveur du développement rural, sur la base d’un échantillon représentatif de 300 projets FEOGA

Catégories représentées dans l’échantillon

Densité de population dans la zone d’investissement (hab./km2)

UAL 2

NUTS 3

Régions hors objectif no 1

259

242

Régions objectif no 1

237

246

44.

La pertinence de cette analyse découle de la corrélation entre la densité de population et la performance économique. Plus la densité de population est forte, plus le PIB par habitant est élevé. Les résultats figurant dans le tableau 3 indiquent que les investissements dans le domaine du développement rural se situent généralement dans des zones UAL 2 et NUTS 3 dont le PIB par habitant est supérieur à la moyenne européenne.

45.

L’une des caractéristiques de la classification de l’ORATE est que les zones définies comme urbaines présentent le PIB le plus élevé, c'est-à-dire que ce sont les plus riches. S’agissant de l’échantillon sélectionné, les résultats montrent donc qu'une part importante des dépenses pour les mesures examinées (47 % pour les régions hors objectif no 1, 21 % pour les régions relevant de l’objectif no 1) sont effectuées dans les zones où le PIB est le plus élevé, ce qui est contraire à l’objectif de réduction des déséquilibres territoriaux (voir point 6).

46.

Les résultats sont particulièrement significatifs pour les régions relevant de l’objectif no 1, qui sont généralement les régions parmi les plus pauvres de l’UE. La densité moyenne de population dans la zone d’investissement est très semblable pour les régions relevant de l’objectif no 1 et pour celles hors objectif no 1 (voir tableau 3). Cela indique que les investissements sont concentrés dans les zones les plus riches des régions relevant de l’objectif no 1.

Résultats et impacts des projets contrôlés sur place

Observation 6Les effets des projets n'ont pas toujours pu être déterminés, mais quand cela a été possible, il s’est avéré que les principaux facteurs ayant permis d’accroître l’efficacité des projets étaient la synergie avec d’autres projets et leur localisation dans des zones rurales.

47.

Dans le cadre de l’analyse des trente et un projets visités dans les États membres, l’audit a porté sur la question de savoir «quels étaient les résultats du projet et quelles étaient les variables clés qui les ont déterminés». Les photos ci-après permettent de se faire une idée de quatre des projets audités. L’annexe III fournit une description plus détaillée de ces projets, sur lesquels s’appuient les observations formulées dans les points suivants. Les résultats présentés ci-après ne peuvent pas être extrapolés, les projets ayant été sélectionnés par échantillonnage discrétionnaire; en outre, l’échantillon devait comporter des exemples de bonnes pratiques.

Point 1: les effets (résultats et impacts) ne sont pas toujours visibles

48.

Pour dix des projets examinés, les résultats et les impacts sont apparus de manière évidente. S’agissant de quinze autres projets (16), des éléments probants ont été obtenus pour certains mais pas pour tous les effets recherchés. Les six projets restants (17) n'avaient produit que des effets minimes, voire aucun. D’une manière générale, les États membres n'ont pas collecté ce type d’informations, prétendant parfois que cette tâche incombait aux évaluateurs.

Point 2: les projets sont plus efficaces lorsqu’il existe une synergie entre eux

49.

Des effets de synergie ont été relevés pour vingt projets. En d’autres termes, les projets n'ont pas été mis en œuvre isolément mais en liaison avec d’autres, généralement parce qu’ils faisaient partie d’un concept plus large, comme une stratégie de développement local (par exemple pour le développement de villages ou du tourisme). Pour les onze projets restants (18), il n'a pas été possible de mettre en évidence des effets de synergie. La Cour a constaté que l’impact et l’efficacité des projets isolés, c'est-à-dire sans aucun lien avec d’autres, étaient moindres.

50.

Les États membres n'exigent pas toujours que les projets soient intégrés dans un concept plus large ou dans un plan de développement local. Dans ce cas, en particulier pour les mesures relevant de l’article 33, un bon ciblage permettrait d’augmenter l’efficacité de l’aide.

Point 3: localisation et impact dans les zones rurales

51.

Tous les projets examinés ont produit leurs effets principaux à proximité immédiate de la zone d’investissement. Sept projets (19) seulement ont eu un impact dans une zone plus étendue.

52.

Pour dix-neuf des projets examinés, les résultats et les impacts ont contribué favorablement au développement de zones rurales. S’agissant des douze projets restants, la Cour n'a toutefois constaté aucune contribution positive en la matière: l’audit de six cas n'a révélé que peu ou pas d’effets (voir point 48); dans les six autres cas (20), les projets étaient localisés dans une zone urbaine ou non rurale. Ces projets ont un impact nettement moindre sur le développement rural et ne permettent donc pas de remédier efficacement aux problèmes des zones rurales.

Photo 1

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Projet no 15: construction d’une tour de guet dans le Brandebourg

Photo 2

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Projet no 11: achat de terres agricoles par l’État aux Pays-Bas


Photo 3

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Projet no 19: rénovation du centre du village de Kirchwahlingen en Basse-Saxe

Photo 4

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Projet no 22: remplacement des anciens aqueducs en béton par un système de canalisations souterraines et de pompes en Espagne

Question d’audit 4: Les réalisations, les résultats et les impacts ont-ils été correctement suivis et évalués?

Structure générale et mise en œuvre du système de suivi et d’évaluation

Observation 7La manière dont la Commission et les États membres mettent en œuvre le système de suivi et d’évaluation ne permet pas d’obtenir des informations suffisantes et fiables concernant les réalisations, les résultats et les impacts des investissements dans le domaine du développement rural.

53.

La base légale indique comment le système de suivi et d’évaluation doit être conçu; elle prévoit notamment que les plans de développement rural comportent des objectifs opérationnels et précisent les effets escomptés, ces éléments devant être quantifiés lorsqu’ils s’y prêtent en termes de suivi et d’estimations utilisables lors de l’évaluation.

54.

S’agissant du suivi, la base légale fait obligation aux États membres de transmettre à la Commission des rapports annuels sur les progrès accomplis, notamment sur l’état d’avancement des mesures par rapport à leurs objectifs. À cet effet, il convient d’utiliser dans la mesure du possible les indicateurs communs définis dans les lignes directrices élaborées par la Commission. Celle-ci établit périodiquement un rapport de synthèse sur la base des indicateurs communs fournis par les États membres.

55.

Les évaluations réalisées sont de trois types: ex ante (pendant la phase de planification du programme), à mi-parcours (au plus tard le 31 décembre 2003 avec, le cas échéant, une mise à jour deux ans plus tard) et ex post (pour le 31 décembre 2008). La Commission a également passé des contrats avec des évaluateurs pour l’élaboration de rapports de synthèse portant sur les informations mentionnées dans les évaluations ex post des États membres pour la période de programmation précédente (disponibles en 2003) et les évaluations à mi-parcours de la période actuelle.

56.

Compte tenu du fait que les modifications proposées par la Commission pour la nouvelle période de programmation permettront de remédier à certaines des défaillances actuelles, la Cour estime que, dans l’ensemble, la structure du système de suivi et d’évaluation est généralement appropriée.

57.

La Cour a analysé la manière dont la Commission et les États membres mettent en œuvre le système de suivi et d’évaluation. La Cour a constaté que ni la Commission ni les États membres n'assurent un suivi et une évaluation appropriés des réalisations, des résultats et des impacts des investissements dans le domaine du développement rural. En d’autres termes, ils ne disposent pas d’informations suffisantes pour gérer efficacement les mesures d’investissement.

58.

Les insuffisances suivantes ont été observées:

a)

il s’est avéré que, d’une manière générale, les objectifs du projet et de la mesure, les indicateurs et les cibles n'étaient pas définis de manière appropriée dans les programmes des États membres;

b)

même lorsque des indicateurs étaient définis de manière satisfaisante, plusieurs États membres n'ont ni collecté ni communiqué les données relatives aux résultats des projets, alors qu’ils auraient pu le faire;

c)

dans les cas où des données ont été transmises, il s’est souvent avéré que les indicateurs concernant les réalisations, les résultats et les impacts n'étaient pas fiables. Les réalisations de l’UE étaient surévaluées, le cofinancement national ayant été pris en compte et les mêmes résultats ayant été communiqués deux fois. En outre, les données étaient fondées sur des prévisions ou des estimations et n'avaient généralement pas fait l’objet d’un véritable contrôle de la part des administrations nationales;

d)

la Commission a demandé que ces données soient fondées sur les engagements et non sur les paiements; il n'existe donc aucun lien direct avec les montants versés et, par suite, avec l’information financière. Cela signifie également que les chiffres ne correspondent pas à la réalité et que les réalisations et les résultats sont communiqués trop tôt ou qu’ils sont surévalués (par exemple lorsque des projets sont annulés);

e)

s’agissant des mesures relevant de l’article 33, la Commission n'a défini aucun indicateur commun valable pour les réalisations en raison de la grande diversité des types de projet. Les rapports ne permettent pas de savoir ce qui a réellement été financé.

59.

Ces faiblesses affectent par conséquent les rapports annuels sur l’état d’avancement établis par les États membres, où figurent les données. C'est sur les indicateurs communs à ces rapports que la Commission s’appuie pour établir les rapports de synthèse intitulés «Suivi de la programmation du développement rural dans l’UE» et demandés par le Conseil «Agriculture». Le dernier en date, qui se rapporte aux années 2001-2003, a été établi en mai 2005; il est centré sur l’exécution financière et fournit peu de données de suivi sur les réalisations et les résultats. Il est incomplet, puisque les données relatives aux régions relevant de l’objectif no 1 faisaient défaut. Une comparaison avec l’année 2000 est impossible, parce que la Commission a modifié les indicateurs en 2001 et qu'une partie seulement des chiffres actualisés pour l’année 2000 est disponible.

60.

Les faiblesses (voir point 58) affectent également les rapports d’évaluation. Un autre problème lié aux évaluations tient au fait que la pertinence des «questions d’évaluation communes» est limitée. Il s’agit d’une série de questions d’évaluation, de critères et d’indicateurs développée par la Commission et requise par la base légale. L’audit réalisé par la Cour a fait apparaître que les évaluateurs ne répondent pas à la plupart des questions parce que la majeure partie de celles-ci, des critères et des indicateurs ne sont pas pertinents et que, lorsqu’ils le font, les données correspondantes ne sont ni communiquées ni quantifiables.

61.

Le suivi et l’évaluation ne fournissent que des informations limitées sur la localisation des réalisations, des résultats et des impacts. Sans ces données, il est impossible de vérifier si les mesures permettent avant tout de faire face aux problèmes affectant les zones rurales où les besoins sont les plus importants. En tant que telles, elles constituent la suite logique du ciblage et un moyen de mesurer l’efficacité de l’aide.

62.

Pendant de nombreuses années, l’approche de la Commission en matière de bonne gestion financière s’est appuyée sur les procédures de gestion par activités. Globalement, cette approche permet d’obtenir des indicateurs sur les réalisations et l’impact du développement rural. Toutefois, ces indicateurs ne permettent pas de se faire une idée de ce qui a été financé et de ce qui a été réalisé. Les indicateurs de réalisation décrivent les activités que la Commission a prévues et le seul indicateur d’impact pertinent pour les mesures d’investissement est le ratio dépenses de développement rural/total des dépenses du FEOGA.

63.

La façon dont le système de suivi et d’évaluation est mis en œuvre a conduit à une situation où les rapports ne donnent pas une image fidèle des réalisations, des résultats et des impacts des investissements dans le domaine du développement rural. Rien n'indique clairement ce qui a été financé (réalisations), ce qui a été accompli (résultats et impacts) et dans quelle mesure cela a contribué à résoudre les problèmes des zones rurales.

CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

64.

La Cour a constaté que des informations essentielles manquaient pour pouvoir répondre à la question de savoir si les mesures d’investissement dans le domaine du développement rural permettent de faire face efficacement aux problèmes des zones rurales. Il n'a donc pas été possible de déterminer quels fonds ont contribué à réaliser quel objectif. Si ces informations font défaut, c'est en partie parce que le règlement concernant le soutien au développement rural propose un large éventail de mesures visant à atteindre des objectifs de portée générale. En outre, les programmes des États membres ne comportaient aucune stratégie claire pour remédier aux problèmes des zones rurales (voir points 16 à 18).

Pour la prochaine période de programmation, la Commission devrait s’assurer, lorsqu'elle approuve les programmes de développement rural, que les États membres ont défini des stratégies claires qui sont liées à des objectifs spécifiques et qui permettront d’évaluer le rapport coût/efficacité des investissements.

65.

Les programmes établis par les États membres pour la mise en œuvre des mesures de développement rural concentrent dans une large mesure l’aide sur le secteur agricole et s’en tiennent donc essentiellement à l’un des objectifs généraux du règlement, à savoir contribuer à la réalisation des objectifs de la PAC. Le fait d’insister fortement sur l’agriculture met en péril la réalisation de l’autre objectif général du règlement, c'est-à-dire contribuer à la cohésion économique et sociale des zones rurales, qu'une approche territoriale comme celle appliquée dans le cadre d’autres Fonds structurels servirait mieux (voir points 19 à 26).

Lors de l’établissement des dispositions relatives à la période de programmation 2007-2013, il faudrait veiller à maintenir un certain équilibre entre les deux principaux objectifs du règlement: celui qui concerne la PAC et celui qui consiste à réduire les déséquilibres territoriaux.

66.

Le règlement ne définit pas la notion de zone rurale ni ne précise les conditions qu'une zone doit remplir pour être considérée comme rurale. Les États membres ne sont pas tenus de définir les zones rurales dans leurs programmes de développement rural. Des conditions et des procédures de sélection efficaces pour affecter les fonds aux zones géographiques et aux bénéficiaires les plus démunis font défaut (voir points 29 à 34).

La Commission devrait veiller, pour des raisons d’efficacité, à ce que les programmes des États membres prévoient, pour l’octroi des crédits, un ordre de priorité en fonction des besoins. Un classement par ordre de priorité serait plus facile à établir si les zones et les bénéficiaires les plus démunis étaient plus clairement identifiés.

67.

La Commission dispose de peu d’informations sur la localisation des résultats et des impacts des investissements. La Cour a observé qu'une part importante des dépenses est effectuée dans des zones qui ne sont pas essentiellement rurales et que, par rapport à la période de programmation précédente, l’aide à l’investissement pour les zones rurales a diminué de manière significative (voir points 40 à 46).

Lorsqu'elle approuve les programmes de développement rural, la Commission devrait s’assurer que les États membres ont clairement indiqué dans quelles zones les investissements sont les plus nécessaires et justifié leur choix.

68.

S’agissant des résultats et des impacts des projets contrôlés sur place, il a été constaté que l’effet obtenu était difficile à déterminer, mais que les facteurs ayant une incidence positive sur l’efficacité étaient la synergie avec d’autres projets et la localisation des projets dans des zones rurales (voir points 47 à 53).

La Commission devrait encourager les États membres à analyser les principaux facteurs qui influent sur la réussite des projets d’investissement et à diffuser des exemples de bonnes pratiques.

69.

Le système de suivi et d’évaluation ne permet pas à la Commission et aux États membres d’obtenir des informations suffisantes et fiables concernant les réalisations, les résultats et les impacts (voir points 53 à 63).

La Commission devrait veiller à ce que la collecte des données et l’établissement des rapports soient améliorés pour être mieux informée de l’efficacité des investissements.

Le présent rapport a été adopté par la Cour des comptes à Luxembourg en sa réunion du 28 juin 2006.

Par la Cour des comptes

Hubert WEBER

Président


(1)  Règlement (CE) no 1782/2003 du Conseil du 29 septembre 2003 établissant des règles communes pour les régimes de soutien direct dans le cadre de la politique agricole commune et établissant certains régimes de soutien en faveur des agriculteurs (JO L 270 du 21.10.2003, p. 1), article 10.

(2)  Règlement (CE) no 1257/1999 du Conseil du 17 mai 1999 concernant le soutien au développement rural par le Fonds européen d’orientation et de garantie agricole (FEOGA) et modifiant et abrogeant certains règlements (JO L 160 du 26.6.1999, p. 80).

(3)  Rapports spéciaux no 3/2005 (JO C 279 du 11.11.2005), no 4/2003 (JO C 151 du 27.6.2003) et no 9/2004 (JO C 67 du 18.3.2005).

(4)  Le premier pilier de la PAC consiste en des aides octroyées aux exploitants agricoles sous la forme de paiements directs.

(5)  Article 1er du règlement (CE) no 1257/1999.

(6)  Articles 4, 25 et 33 du règlement (CE) no 1257/1999.

(7)  Régions au niveau NUTS 2, dont le produit intérieur brut (PIB) par habitant est inférieur à 75 % de la moyenne communautaire.

(8)  Évaluation ex post des programmes de l’objectif no 5 b) pour la période 1994-1999, août 2003. Rapport de synthèse des évaluations à mi-parcours pour la période 2000-2006, février 2006.

(9)  Un nouveau partenariat pour la cohésion — Troisième rapport sur la cohésion économique et sociale, février 2004, p. 29.

(10)  Conclusions de la conférence européenne sur le développement rural à Cork, 7-9 novembre 1996.

(11)  Conclusions de la deuxième conférence européenne sur le développement rural à Salzbourg, 12-14 novembre 2003.

(12)  Par exemple, si le programme présente un diagnostic des problèmes des différentes parties du territoire, il le fait sur un plan général sans indiquer de manière précise les zones rurales affectées par les problèmes en question. En outre, la description des problèmes/besoins n'est pas utilisée pour adapter les mesures dans le domaine du développement rural aux besoins des différentes zones.

(13)  Newsletter de la Commission «Le développement rural au service de la croissance et de l’emploi», 2005.

(14)  Direction générale de l’agriculture — Factsheet — De nouvelles perspectives pour le développement rural de l’UE, p. 7.

(15)  Source: Analyse, par la Cour, des données comptables de la Commission.

(16)  Projets 1-5, 7-9, 16, 18, 19, 22, 23, 30 et 31 (voir annexe I).

(17)  Projets 12, 15, 17, 20, 26 et 27 (voir annexe I).

(18)  Projets 1, 2, 3, 4, 7, 8, 9, 12, 17, 20 et 31 (voir annexe I).

(19)  Projets 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 11 (voir annexe I).

(20)  Projets 7, 8, 11, 18, 24 et 25 (voir annexe I).


ANNEXE I

LISTE DES PROJETS AUDITÉS DANS LES ÉTATS MEMBRES

No de réf.

État membre et programme

Mesure — Règlement (CE) no 1257/1999

Brève description du projet

Investissements dans des exploitations agricoles

Amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits

Mesures relevant de l'article 33

Remembrement

Rénovation et développement des villages et protection et conservation du patrimoine rural

Gestion de l'eau agricole

Développement et amélioration des infrastructures liées au développement de l'agriculture

1

Italie — Émilie-Romagne

×

 

 

 

 

 

Achat de machines agricoles dans le but de réduire les coûts

2

Italie — Émilie-Romagne

×

 

 

 

 

 

Construction de bâtiments agricoles destinés à entreposer des machines, dans le but de réduire les coûts

3

Espagne — PO national

×

 

 

 

 

 

Aide à l'investissement (subvention, bonification d'intérêts et prêts bonifiés) octroyée à une petite exploitation familiale possédant environ 15 vaches

4

Espagne — PO national

×

 

 

 

 

 

Aide à l'investissement (subvention et bonification d'intérêts) octroyée à une coopérative laitière de taille relativement grande (186 vaches, quota laitier de 1,2 million de kg)

5

France — PDR national

 

×

 

 

 

 

Investissements destinés à améliorer le contrôle de la qualité dans une coopérative viticole

6

France — PDR national

 

×

 

 

 

 

Investissements destinés à améliorer et à contrôler les conditions d'hygiène dans un abattoir

7

Espagne — Catalogne

 

×

 

 

 

 

Amélioration des conditions sanitaires et réalisation d'économies d'énergie grâce à l'adaptation du processus de production dans une entreprise privée

8

Espagne — Catalogne

 

×

 

 

 

 

Construction d'une nouvelle usine et amélioration des conditions sanitaires grâce à l'adaptation du processus de production dans une entreprise privée

9

Espagne — Catalogne

 

×

 

 

 

 

Construction d'une nouvelle usine et amélioration des conditions sanitaires grâce à l'adaptation du processus de production pour une association de producteurs

10

Pays-Bas — PDR national

 

 

×

 

 

 

Achat, à un exploitant agricole, de 28,6 hectares de terres agricoles situées dans une réserve naturelle

11

Pays-Bas — PDR national

 

 

×

 

 

 

Achat, à la municipalité de Zaanstad, de 125,6 hectares de terrain dans une réserve naturelle, utilisés essentiellement comme terres agricoles

12

Italie — Campanie

 

 

 

×

 

 

Rénovation d'un bâtiment existant dans une exploitation isolée avec l'engagement de l'utiliser comme gîte touristique

13

Italie — Campanie

 

 

 

×

 

 

Rénovation, dans une commune, d'un espace libre (rue et place) destiné à servir d'espace social

14

Allemagne — Brandebourg

 

 

 

×

 

 

Rénovation d'un château pour en faire un musée

15

Allemagne — Brandebourg

 

 

 

×

 

 

Construction d'une tour en acier de 31,5 mètres de haut offrant une vue panoramique sur un lac et ses alentours

16

Allemagne — Brandebourg

 

 

 

×

 

 

Reconstruction de deux ponts et modernisation d'un chemin rural de 1,1 km de long

17

Allemagne — Basse-Saxe

 

 

 

×

 

 

Conversion d'un ancien bâtiment traditionnel en local social et lieu de rencontre

18

Allemagne — Basse-Saxe

 

 

 

×

 

 

Restauration des clôtures et des pignons d'une ancienne ferme

19

Allemagne — Basse-Saxe

 

 

 

×

 

 

Construction d'un parking, réfection du revêtement d'une route, aménagement d'une aire de virage pour les engins agricoles, réparation de clôtures typiques et installation de bancs publics

20

Espagne — Catalogne

 

 

 

×

 

 

Rénovation d'une salle de réunion dans une commune rurale

21

Allemagne — Brandebourg

 

 

 

 

×

 

Amélioration du système de digues le long de la rivière Oder et alimentation en eau de rivière pour l'irrigation

22

Espagne — PDR national

 

 

 

 

×

 

Amélioration et modernisation du réseau d'irrigation pour une entreprise d'irrigation

23

Espagne — PDR national

 

 

 

 

×

 

Assainissement d'une zone pour une entreprise d'irrigation dans le cadre d'un projet intégré (irrigation, drainage, routes, etc.)

24

Espagne — PDR national

 

 

 

 

×

 

Irrigation dans une zone agricole située à proximité immédiate de la ville de Castellón de la Plana

25

Espagne — PDR national

 

 

 

 

×

 

Irrigation de terres agricoles situées à proximité de la ville de Sagunto

26

Portugal — Lisbonne et Vallée du Tage

 

 

 

 

×

 

Construction d'un nouveau système d'irrigation sur le territoire de deux villages dans une communauté rurale de Tomar

27

Portugal — Lisbonne et Vallée du Tage

 

 

 

 

×

 

Construction d'un nouveau système d'irrigation dans une zone située à 25 km de Lisbonne

28

Italie — Campanie

 

 

 

 

 

×

Réfection de chemins ruraux existants, amélioration de l'accessibilité des exploitations situées aux alentours, amélioration des communications entre les différentes parties de la commune et de l'accès aux routes principales

29

Italie — Campanie

 

 

 

 

 

×

Réfection de chemins ruraux existants, amélioration de l'accessibilité des exploitations situées aux alentours, amélioration des communications entre les différentes parties de la commune et de l'accès aux routes principales

30

Allemagne — Basse-Saxe

 

 

 

 

 

×

Construction d'un nouveau chemin rural de 410 mètres de long

31

Allemagne — Basse-Saxe

 

 

 

 

 

×

Rénovation d'un chemin rural de 1,4 km de long


ANNEXE II

DÉFINITIONS DES ZONES RURALES — CRITÈRES DE RÉFÉRENCE UTILISÉS POUR L'AUDIT

1.

Zones ex-objectif no 5 b)

Le règlement (CEE) no 2052/88 (1) a été abrogé le 1er janvier 2000, date de l'entrée en vigueur du règlement concernant le soutien au développement rural. Conformément aux dispositions de l'article 1er, paragraphe 5, du règlement (CEE) no 2052/88, l'objectif no 5 b) consiste à «promouvoir le développement des zones rurales». L'article 11 de ce même règlement dispose que «les zones éligibles au titre de l'objectif no 5 b) seront sélectionnées (…) en tenant compte notamment de leur degré de ruralité, compte tenu du nombre de personnes occupées dans l'agriculture, de leur niveau de développement économique et agricole, de leur périphéricité, ainsi que de leur sensibilité à l'évolution du secteur agricole, en particulier dans la perspective de la réforme de la politique agricole commune». Pour la période de programmation 1994-1999, la Commission a déclaré 83 zones éligibles sur la base de ces critères. La zone concernée par les programmes relevant de l'objectif no 5 b) représentait ainsi 26 % du territoire de l'UE et 9 % de sa population.

2.

Typologie de l'ORATE

Dans le rapport final du projet de l'ORATE 1.1.2 «Urban-rural relations in Europe», l'accent est mis sur la question de savoir si le clivage villes-campagnes est réaliste, comment établir celui-ci et quels critères utiliser, et s'il peut servir à l'élaboration des politiques. Le rapport en cause définit une typologie des régions d'Europe en fonction des caractéristiques urbaines-rurales. La typologie de l'ORATE s'articule autour de deux dimensions principales: le degré d'influence urbaine et le degré d'intervention humaine. L'influence urbaine est définie au regard de la densité de population et du statut du centre urbain principal de chaque zone NUTS 3. Le degré d'intervention humaine a été déterminé par le calcul de la part relative des sols occupés correspondant aux principales catégories d'occupation des sols de la nomenclature Corine, à savoir les surfaces artificielles, les zones agricoles et l'occupation des terres restantes. Pour les besoins de l'audit, la première catégorie (type 1 «influence urbaine élevée, forte intervention humaine») correspond aux zones urbaines, les catégories 2 à 5 à celles moyennement urbaines/rurales et la catégorie 6 aux zones rurales.

3.

Définitions nationales

En raison de la grande variété de critères appliqués par les États membres, les différentes typologies telles qu'elles sont définies ne sont pas comparables. Toutefois, dans le cadre du projet 1.1.2, l'ORATE a harmonisé les classifications nationales en définissant trois catégories suivant la moyenne du pays. Il en résulte une typologie du degré de ruralité conforme aux définitions nationales, qui comprend trois catégories: ruralité faible (indice inférieur à 90 par rapport à la moyenne du pays), ruralité moyenne (indice compris entre 90 et 110) et ruralité élevée (indice supérieur à 110).

4.

OCDE

La classification de l'OCDE comprend trois catégories définies comme suit: les zones NUTS 3 sont considérées comme urbaines si moins de 15 % de leur population vit dans des zones UAL 2 dont la densité de population est inférieure à 150 habitants/km2; les zones NUTS 3 sont dites relativement rurales si 15-50 % de leur population vit dans des zones UAL 2 dont la densité de population est inférieure à 150 habitants/km2; les zones NUTS 3 sont qualifiées de rurales si ce pourcentage est supérieur à 50 %.


(1)  Règlement (CEE) no 2052/88 du Conseil du 24 juin 1988 concernant les missions des Fonds à finalité structurelle (JO L 185 du 15.7.1988, p. 9).


ANNEXE III

EXEMPLES DE RÉSULTATS ET D'IMPACTS DES PROJETS EXAMINÉS

Point 1 — Les effets ne sont pas toujours visibles

Dans le Brandebourg, une tour de guet en acier de 31,5 mètres de haut, offrant une vue panoramique sur le Senftenberger See et ses alentours, a été construite dans le cadre de la mesure relevant de l'article 33 «rénovation et développement de villages et protection et préservation du patrimoine rural» (voir photo 1). La tour donne un attrait supplémentaire à la région mais, de l'avis des auditeurs, il ne s'agit pas d'un projet essentiel. Si elle n'avait pas été construite, le nombre de visiteurs serait vraisemblablement, pour l'essentiel, resté le même. Il n'existe aucun élément probant attestant que ce projet, qui a coûté environ 380 000 euros, ait réellement contribué au développement de la zone rurale. Les autorités du parc ont pu fournir des statistiques indiquant le nombre de visiteurs venus passer une journée ou deux. La construction de la tour n'a eu aucune incidence perceptible sur ces chiffres; en tout état de cause, une évolution dans un sens ou dans un autre pourrait être due à d'autres facteurs. Il est donc très difficile de déterminer et de quantifier les résultats et l'impact de la tour, et il est trop tôt pour évaluer les effets à moyen et à long terme du projet.

Point 2 — Les projets sont plus efficaces lorsqu'il existe un effet de synergie

Exemple 1: synergie avec d'autres instruments et objectifs, intégration dans une stratégie plus large

Le projet concernait l'achat de terres agricoles par l'État néerlandais dans le cadre de la mesure de remembrement relevant de l'article 33 (voir photo 2). En l'occurrence, il s'agissait de parcelles achetées dans les années 60 par la municipalité pour en faire des terrains à bâtir; par la suite, elles ont été acquises (avec un cofinancement de l'UE) par l'État en vue de la création d'aires naturelles plutôt qu'à des fins d'urbanisation. D'autres projets cofinancés par l'UE ont également été mis en œuvre dans la zone en cause, ce qui a permis d'atteindre simultanément les deux objectifs principaux du PDR: la création d'aires naturelles et le développement durable de l'agriculture. En outre, la zone où se situe le projet offrait des possibilités d'activités nautiques de plaisance et une piste cyclable cofinancée par l'UE était en construction entre les parcelles achetées et la ville de Zaanstad. Le projet s'inscrivait également dans le cadre d'une stratégie plus large de plans nationaux et provinciaux et de plans d'aménagement détaillés. Cela revêt un intérêt particulier pour l'objectif de développement de la nature, par exemple pour la protection des espèces, qui nécessite une intervention allant bien au-delà des projets individuels.

Exemple 2: synergie avec d'autres projets et intégration dans une stratégie plus large

Le centre du village de Kirchwahlingen (Allemagne) a été modernisé dans le cadre de la mesure relevant de l'article 33 «rénovation et développement de villages et protection et préservation du patrimoine rural» (voir photo 3). Cette mesure consistait en la construction d'un parking pour les personnes se rendant à l'église et les autres visiteurs, en la réfection du revêtement routier pour faciliter l'évacuation des eaux de pluie et éviter les inondations, en l'aménagement d'une aire de virage pour les engins agricoles, en la réparation de clôtures typiques et en l'installation de bancs publics. Sa mise en œuvre a donné un attrait supplémentaire au village, qui s'est ouvert aux événements culturels et au tourisme. De ce fait, certaines personnes ont même été incitées à revenir y vivre. L'intégration de ce projet dans un plan de rénovation des villages plus large a permis de garantir, d'une part, la participation de personnes indiquées, parmi la population, à la procédure de planification, notamment l'établissement des priorités, et, d'autre part, la sélection des projets les plus urgents pour ce village. Le projet en cause a été complété par deux autres projets publics étroitement liés et par un projet privé, qui figuraient tous les trois aussi dans le plan de rénovation des villages. En outre, le projet faisait partie d'un ensemble plus large de quinze plans de rénovation des villages (au total) des trois regroupements communaux locaux (Samtgemeinde). Le village concerné se situe dans une zone rurale qui souffrait d'un problème de dépeuplement et dont les infrastructures étaient relativement peu développées. Le village perdait son identité. Ces éléments ont accentué l'impact de ce projet.

Point 3 — Localisation dans des zones non rurales

L'un des projets examinés pour la mesure «irrigation» en Espagne correspond à un investissement total de 9,9 millions d'euros, cofinancé par le FEOGA à concurrence de 2,4 millions d'euros. Il s'agit d'un projet d'irrigation dans une zone agricole située à proximité immédiate de Castellón de la Plana. Aucun petit village n'est situé à l'intérieur ou aux alentours de la zone agricole et les exploitants qui retirent un avantage du projet habitent à Castellón.

Une autoroute reliant la ville au port de Castellón, situé à une distance d'environ 5 km, traverse la zone agricole irriguée en son milieu. Entre la zone agricole et la mer Méditerranée se trouve une zone bâtie pour l'essentiel. Castellón de la Plana a une population d'environ 147 000 habitants et une densité de population de 1 346 habitants/km2. La ville est l'un des centres de production d'agrumes en Espagne en raison de la fertilité du sol dans la région. Il s'agit d'un centre commercial important, dont les activités principales sont la pétrochimie, la fabrication de carreaux de céramique et la pêche.

Castellón de la Plana est l'une des vingt-neuf villes espagnoles à avoir bénéficié de l'initiative communautaire URBAN I cofinancée par l'UE. L'initiative communautaire URBAN est un instrument de la politique de cohésion européenne visant à la régénération des zones urbaines et des banlieues en crise.

Le projet consiste dans la modernisation d'un réseau d'irrigation dans une zone de 895 hectares, moyennant le remplacement des aqueducs en béton existants par un système de pompes et de canalisations souterraines (voir photo 4). Les principaux résultats sont la réduction significative de la consommation d'eau, ce qui accroît l'efficience dans la zone agricole, l'augmentation de la quantité de produits et de leur qualité, ainsi que le maintien de l'agriculture à temps partiel existante («consolidar la agricultura a tiempo parcial»).

Les résultats de ce projet contribuent à l'amélioration de la productivité de l'agriculture et de l'environnement (économie des ressources en eau). Toutefois, ces résultats sont obtenus dans une zone qui, à plusieurs égards, se trouve dans l'une des parties les plus compétitives et les mieux situées des régions d'Espagne relevant de l'objectif no 1. Castellón de la Plana et les zones agricoles voisines ne présentent pas les problèmes qui caractérisent généralement les zones rurales (dépeuplement, taux d'emploi élevé dans l'agriculture, etc.). Elles ne peuvent pas être considérées comme rurales si l'on se fonde sur des critères objectifs. Le financement de projets de cette nature ne favorise pas l'adaptation et le développement des zones rurales.


RÉPONSES DE LA COMMISSION

II.

L’efficacité de la mise en œuvre des mesures d’investissement ne saurait être évaluée sur la seule base de leur incidence sur la résolution des problèmes existants dans les zones rurales. S’il vise la cohésion territoriale, le développement rural poursuit également d’autres objectifs, tels que l’accroissement de la compétitivité des secteurs agricole et forestier, l’amélioration de l’environnement et de l’espace rural et le développement de l’économie rurale au sens large, tant au niveau communautaire qu’au niveau national/régional (voir réponse aux points 6 à 13).

Pour apporter une solution adéquate aux problèmes des zones rurales, il faut donc mettre en place plusieurs instruments.

III.

Toutes les mesures auditées correspondent à des objectifs spécifiques, prévus aux chapitres I, VII et IX du règlement (CE) no 1257/1999 du Conseil. En ce qui concerne la prochaine période de programmation, la Commission a incorporé une approche plus stratégique au moyen des orientations stratégiques de la Communauté. Les États membres peuvent ainsi mieux cibler leurs stratégies de développement rural sur les objectifs qui découlent de leurs besoins particuliers.

La place prépondérante accordée au secteur agricole est inhérente à la politique de développement rural qui, centrée à l’origine sur les problèmes structurels de ce secteur, prend aujourd’hui en charge les multiples rôles joués par l’agriculture dans la société et, en particulier, les défis à relever dans le monde rural au sens large. L’association des éléments sectoriel et territorial est ancrée dans cette politique, considérée comme le deuxième pilier de la PAC (voir réponse aux points 16 à 28).

IV.

La politique de développement rural est une politique horizontale qui s’applique à l’ensemble des régions européennes. Conformément au principe de subsidiarité, le recensement des bénéficiaires et des zones pouvant prétendre à un soutien ainsi que l’élaboration des stratégies appropriées relèvent des États membres (voir réponse aux points 29 à 34).

Le règlement (CE) no 1698/2005 du Conseil relatif à la prochaine période de programmation met l’accent sur les petites entreprises de transformation et de commercialisation des produits agricoles (ainsi que, au titre de l’axe 1, sur les microentreprises œuvrant dans le secteur des produits forestiers et, au titre de l’axe 3, sur le développement de l’activité économique) en vue, notamment, de limiter les effets d’aubaine (le cas échéant) autant que faire se peut (voir réponse aux points 35 à 39).

V.

La définition et le recensement des zones éligibles ainsi que le choix de la localisation des différentes mesures incombent aux États membres/régions, qui s’appuient pour ce faire sur leur analyse des problèmes, leurs objectifs et la stratégie qu’ils ont définie dans leurs programmes. Il s’agit d’un élément fondamental au regard de la subsidiarité. En outre, on ne peut mettre en rapport l’efficacité de l’utilisation des crédits alloués aux mesures d’investissement avec le caractère rural de la zone bénéficiaire (voir réponse aux points 40 à 46).

VI.

La Commission reconnaît que les approches territoriales intégrées représentent un outil important pour la mise en œuvre de la politique de développement rural et a recommandé le recours à cette possibilité dans le nouveau règlement (CE) no 1698/2005, en encourageant la réalisation de projets intégrés, combinant plusieurs mesures, et en assurant une prise en compte, à tous les niveaux, de l’initiative communautaire Leader (voir réponse aux points 48 à 51).

La Commission a consenti des efforts considérables pour remédier aux insuffisances concernant la quantité et la qualité des données de suivi des États membres, et ce dès la période de programmation en cours. Le suivi sera renforcé avec l’introduction, pour la prochaine période de programmation, d’un cadre commun de suivi et d’évaluation (CCSE), en coopération avec les États membres (voir réponse aux points 55 à 63).

VII.

Pour la période 2007-2013, le soutien sera mieux ciblé grâce à la mise en place du CCSE, qui est étroitement lié aux stratégies nationales.

En outre, le règlement (CE) no 1698/2005 relatif à la prochaine période de programmation aborde le développement rural de manière plus stratégique puisqu’il définit trois objectifs fondamentaux (amélioration de la compétitivité de l’agriculture et de la sylviculture, amélioration de l’environnement et de l’espace rural, amélioration de la qualité de vie et diversification de l’économie rurale). Ces objectifs sont subdivisés en sous-objectifs correspondant aux différentes mesures.

6 à 13.

La Commission salue les observations et les conclusions présentées par la Cour dans ce rapport. Nombre d’entre elles sont à prendre en considération en vue de la mise en œuvre du cadre juridique lors de la période de programmation 2007-2013.

La politique de développement rural consiste en un ensemble de neuf groupes de mesures de types divers. Pour répondre aux problèmes des zones rurales, il faut prendre en compte tous les groupes de mesures pour couvrir le champ plus large des objectifs de développement rural.

Les objectifs spécifiques définis dans les trois groupes de mesures d’investissement en faveur du développement rural portent plus particulièrement sur la réduction des coûts de production, sur l’amélioration de la production et de la qualité et sur la promotion de la diversification des activités agricoles. Ces objectifs s’inscrivent dans le cadre de l’approche plus globale du développement rural, approche qui s’articule autour de l’accroissement de la compétitivité des secteurs agricole et forestier, de l’amélioration de l’environnement et de l’espace rural et du développement de l’économie rurale au sens large (voir également réponse aux points 19 à 27).

Observation 1La souplesse de conception de la politique de développement rural permet aux États membres/régions de définir des objectifs et des stratégies adaptés à leur situation particulière. Les PDR comportent des informations sur les objectifs fixés pour la période de programmation et fournissent une description des mesures retenues pour la réalisation de ces objectifs.

16.

Avec le règlement (CE) no 1257/1999 relatif à la période de programmation 2000-2006, on est parvenu pour la première fois à fusionner plusieurs mesures préexistantes en un seul et même cadre juridique, centré à l’origine sur les problèmes structurels du secteur agricole et qui, aujourd’hui, prend en charge les multiples rôles joués par l’agriculture dans la société.

Cette approche en faveur d’une plus grande cohérence entre les différentes mesures est développée plus avant par le règlement (CE) no 1698/2005 pour la période de programmation 2007-2013. Elle améliore la structure interne en définissant clairement les trois grands objectifs à atteindre, qui sont subdivisés en objectifs correspondant aux différentes mesures (voir réponse au point 27).

17.

La souplesse des mesures d’investissement n’empêche pas les États membres d’établir des stratégies de développement cohérentes: le règlement propose toute une panoplie de mesures de sorte que les États membres puissent choisir celles qui répondent davantage à leur situation et à leurs besoins.

18.

Sur la base de l’analyse des problèmes, les États membres/régions définissent des objectifs et une stratégie dans leurs PDR. Différentes mesures peuvent contribuer à la réalisation de ces objectifs. C'est pourquoi il est parfois difficile, au début de la période de programmation, de prédéfinir la dotation en ressources de certains sous-objectifs au niveau régional.

Sur la base du cadre fourni par le Conseil pour la période 2007-2013, une approche plus stratégique a été introduite avec l’adoption des orientations stratégiques de la Communauté (OSC) par le Conseil, en février 2006 (1).

Les États membres doivent élaborer leurs stratégies nationales de développement rural sur la base des six orientations stratégiques de la Communauté, qui contribueront à:

recenser les zones où l’utilisation du soutien communautaire en faveur du développement rural crée le plus de valeur ajoutée au niveau de l’Union,

établir le lien avec les principales priorités de l’Union (Lisbonne, Göteborg),

assurer la complémentarité et la cohérence des actions financées par la politique structurelle, la politique de l’emploi et la politique de développement rural sur un territoire donné et dans un domaine d’activité donné,

accompagner la mise en œuvre de la nouvelle politique agricole commune (PAC) orientée vers le marché et la restructuration nécessaire qu’elle entraînera dans les anciens États membres comme dans les nouveaux.

Encadré 1 — Espagne

Les objectifs poursuivis par le programme découlent de l’évaluation ex ante du plan de développement rural correspondant. Lorsque la couverture territoriale d’un programme donné est plurirégionale, comme dans le cas du programme espagnol d’amélioration des structures, mentionné dans l’encadré 1, un objectif général peut être réalisé de différentes manières, selon la structure des exploitations et la cohérence des mesures proposées.

Encadré 1 — Portugal

Les deux exemples cités par la Cour se rapportent à l’objectif d’augmentation des revenus et d’amélioration des conditions de vie, de travail et de production. D’une manière générale, ce n’est pas parce qu’un certain degré de compétitivité a été atteint qu’il faut exclure tout nouvel investissement.

Dans l’exemple portugais, la mesure intitulée «gestion des ressources hydriques et remembrement» (qui combine deux tirets distincts de l’article 33) n’est qu’un des instruments qui doivent permettre de réaliser l’objectif global consistant à «promouvoir une agriculture moderne et compétitive». L’irrigation et le remembrement constituent deux éléments étroitement liés. Dans les zones où les exploitations sont fragmentées en de multiples petites parcelles, il est judicieux de commencer par un remembrement, puis de mettre en place des réseaux d’irrigation, une fois la structure de l’exploitation améliorée et stabilisée. Dans d’autres régions du Portugal où la structure des exploitations est plus satisfaisante, le principal facteur de développement est la gestion de l’eau. Il n’est pas toujours possible d’allouer des fonds aux sous-objectifs dès le début de la période de programmation, c'est pourquoi les deux tirets ont été regroupés en une seule mesure dans le programme. Concernant la référence faite à un seul grand projet, l’élément clé à prendre en considération est la contribution du projet aux objectifs du programme.

De plus, une mesure peut contribuer à plusieurs sous-objectifs du programme, liés à l’objectif global de promotion d’une agriculture moderne et compétitive. Cela étant, pour la prochaine période, les États membres seront tenus d’élaborer une stratégie nationale distincte, définissant des priorités qui seront ensuite transposées dans les programmes de développement rural.

Encadré 1 — Pays-Bas

Aux Pays-Bas, la mesure de remembrement est liée à différents objectifs. L’achat de terres repose sur le volontariat. Il offre aux exploitants agricoles la possibilité de déplacer leur exploitation là où il existe un plus grand potentiel de développement durable. Grâce à cette approche intégrée, les deux objectifs que constituent la protection de la nature et le développement agricole sont réalisés.

Les priorités/objectifs et leur dotation financière évoluant au cours de la période de programmation (par exemple, en fonction du degré d’utilisation de la mesure par les exploitants agricoles), un reciblage de la mesure est parfois nécessaire pour garantir une mise en œuvre efficace.

Observation 2Avec l’Agenda 2000, le développement rural est devenu le deuxième pilier de la PAC. La plupart des mesures de développement rural sont par définition axées sur l’agriculture et sur les exploitants agricoles, d’où la part considérable du secteur agricole dans les dépenses. Ces mesures comportent néanmoins des éléments à caractère territorial, comme les taux plus élevés de cofinancement des investissements en faveur des zones défavorisées et des régions de la cohésion.

20.

La souplesse de conception de la politique de développement rural, conjuguée à l’approche décentralisée sur laquelle elle repose, offre aux États membres la possibilité d’incorporer une approche territoriale dans leurs programmes de développement rural. En application du règlement (CE) no 1257/1999, il y a lieu que la politique de développement rural «soit aussi décentralisée que possible et mette l’accent sur la participation et sur une approche à partir de la base» (2). L’intégration des différentes politiques mises en œuvre sur un territoire à l’échelle régionale/locale est prise en charge par les États membres. En outre, des informations sur la complémentarité du soutien avec d’autres instruments communautaires (politique de cohésion, par exemple) sont exigées dans les programmes de développement rural (PDR).

21.

Toutes les politiques structurelles (y compris la politique régionale) qui contribuent au renforcement de la cohésion territoriale en milieu rural ont été prises en considération lors de l’établissement des rapports de la Commission sur la cohésion économique et sociale. Il faut donc considérer ces politiques comme un tout auquel la politique de développement rural apporte une contribution significative en tant que deuxième pilier de la PAC (voir également réponse au point 24).

22.

Les deux conférences européennes sur le développement rural mentionnées par la Cour doivent être envisagées dans le contexte d’une époque nouvelle, où la nécessité d’une politique de développement rural plus globale a été ressentie, politique qui, outre la restructuration agricole, répondrait également aux préoccupations environnementales et aux besoins en général des zones rurales. Cet aspect, déjà pris en compte dans l’actuelle période de programmation, a été renforcé par le règlement (CE) no 1698/2005 pour la période à venir.

24.

Avec l’Agenda 2000, le développement rural est devenu le deuxième pilier de la PAC afin que les multiples défis inhérents à l’agriculture en tant que principal utilisateur des terres puissent être relevés. Cette politique est donc par nature étroitement liée au secteur agricole; cela étant, elle favorise également la prise en compte des disparités territoriales. De plus, pour la période 2000-2006, le développement rural se caractérise aussi par plusieurs éléments de nature territoriale, comme la mise en œuvre de la mesure en faveur des zones défavorisées et l’application de taux de cofinancement plus élevés pour les investissements dans les zones défavorisées et les régions de la cohésion. L’approfondissement de la différenciation spatiale au niveau du programme incombe aux États membres.

25 et 26.

La plupart des mesures de développement rural sont par définition axées sur l’agriculture et les exploitants agricoles, d’où la part considérable de l’agriculture dans les dépenses. Étant donné que l’agriculture continue d’être le plus grand utilisateur de l’espace rural et de jouer un rôle important dans l’économie des zones rurales, le soutien au secteur agricole peut contribuer de manière significative au développement de ces zones. La politique de développement rural constitue un instrument de première importance pour la promotion de pratiques agricoles durables et la préservation du milieu rural et des paysages. Qui plus est, comme le montre le cas de la Campanie, la mise en œuvre d’une politique principalement sectorielle n’exclut pas la différenciation territoriale.

Pour la prochaine période de programmation, une enveloppe minimale égale à 10 % de la participation communautaire totale a été réservée par le règlement du Conseil aux mesures concernant la qualité de vie et la diversification de l’économie rurale dans des secteurs autres que l’agriculture et la sylviculture.

27.

Conformément au cadre établi par le Conseil, le développement rural devrait aussi à l’avenir, en tant que deuxième pilier, accompagner et compléter les mesures de la PAC en faveur du soutien au marché et aux revenus, compte tenu des objectifs généraux de la cohésion économique et sociale.

C'est pourquoi la politique de développement rural 2007-2013 portera essentiellement sur trois domaines en conformité avec les «trois axes» de mesures établis dans le règlement (CE) no 1698/2005: axe 1 — Amélioration de la compétitivité des secteurs agricole et forestier; axe 2 — Amélioration de l’environnement et de l’espace rural; axe 3 — Qualité de la vie en milieu rural et diversification de l’économie rurale. Le quatrième, l’axe Leader, introduit la possibilité de mettre en œuvre des approches locales ascendantes du développement rural.

Quoi qu’il en soit, pour que la dimension territoriale soit davantage mise en avant, les États membres doivent évaluer la désignation des zones rurales et l’importance de ces zones lors de l’élaboration de leurs PDR.

28.

Comme on l’a indiqué aux points 24 à 26, certaines mesures sectorielles sont mises en œuvre déjà aujourd’hui sur la base d’une différenciation territoriale.

Pour la prochaine période de programmation, plusieurs éléments de nature territoriale ont été inclus, comme la mise en œuvre de la mesure en faveur des zones défavorisées et une différenciation des taux de cofinancement en fonction du type de zone (taux de cofinancement plus élevés pour certaines mesures réalisées dans les zones défavorisées, telles que les régions de la convergence, les régions ultrapériphériques et les îles mineures de la mer Égée). La prise en considération de l’initiative communautaire Leader dans les trois autres axes facilitera également l’application de cette approche.

Il est vrai que la participation communautaire minimale aux programmes a été réduite par le Conseil à 10 % pour les axes 1 et 3. Les États membres étaient favorables à cette réduction, qui leur offre une plus grande souplesse dans l’adaptation de la programmation à leurs besoins particuliers. Les taux de programmation constituent cependant un minimum donnant aux États membres la possibilité d’appliquer des taux plus élevés. La réduction du pourcentage applicable à la participation Leader dans les nouveaux États membres doit se concevoir comme s’inscrivant dans une période transitoire, permettant d’acquérir de l’expérience dans le long processus de mise en œuvre de ces mesures.

Observation 3La détermination des zones et des bénéficiaires éligibles à l’intervention ainsi que la sélection des projets incombent aux États membres, lesquels tiennent compte à cet effet des besoins et des objectifs énoncés dans leurs programmes de développement rural.

29.

Étant donné la diversité des régions européennes et la variété des situations au niveau national, il est difficile de donner une définition unique des zones rurales.

Par conséquent, la définition des zones rurales et le recensement des zones éligibles à l’intervention, ainsi que la localisation des projets au sein de ces zones rurales, relèvent de la compétence des États membres, lesquels se fondent à cet égard sur leurs besoins, leurs objectifs et la stratégie figurant dans leurs programmes. Cela explique les différences qui existent, en ce qui concerne la désignation des zones de mise en œuvre des mesures spécifiques, entre les PDR adoptés pour la période de programmation actuelle par les États membres.

Comme on l’a indiqué au point 27, les États membres doivent faire figurer les zones rurales désignées et indiquer l’importance de ces zones dans les PDR relatifs à la prochaine période de programmation.

30 et 31.

Les mesures d’investissement doivent être adaptées aux besoins des zones éligibles à l’intervention. Dans certains États membres, par exemple, la pression urbaine (environnementale) croissante exercée sur les zones dites «périurbaines» représente un défi considérable en termes d’espace, défi que la politique de développement rural peut contribuer à relever. Dès lors, selon l’objectif de la mesure, le soutien peut se révéler plus efficace dans les zones soumises à une pression urbaine que dans les zones périphériques.

Toutefois, comme on l’a indiqué au point 29, la situation diffère d’un État membre à l’autre. Par exemple, pour un petit pays comme les Pays-Bas, où les disparités régionales sont limitées, une approche nationale générale pourrait être plus utile. Dans d’autres États membres, il existe des différenciations thématiques qui permettent de favoriser les zones qui en ont le plus besoin.

32 et 33.

Conformément au principe de subsidiarité, la sélection des projets et leur classement par ordre de priorité relèvent également de la compétence des États membres.

Cela étant, la Commission a introduit une gestion plus stratégique fondée sur les priorités et les objectifs pour la prochaine période de programmation.

Encadré 3 — Espagne

La pratique catalane, décrite par la Cour, consistant à encourager l’introduction de nouvelles demandes par l’accroissement du nombre total de bénéficiaires différents au fil du temps contribue à répartir l’aide communautaire entre un plus grand nombre de personnes.

Encadré 3 — Allemagne

L’exemple cité de la Basse-Saxe est une exception en Allemagne, les communes étant chargées du cofinancement. Dans d’autres Länder allemands, cette tâche est assumée par l’État fédéral (Bund) et/ou par le Land.

34.

L’une des conditions d’éligibilité prévues actuellement pour les investissements productifs concerne la viabilité économique de l’exploitation, afin que les projets bénéficiant d’un soutien soient des projets qui offrent de réelles perspectives économiques. L’objectif est de contribuer à accroître l’efficacité du soutien public. Pour la prochaine période de programmation, les entreprises «en difficulté» seront exclues du bénéfice de l’aide.

Il est néanmoins évident que les candidats les mieux informés et les mieux organisés sont aussi les mieux placés pour obtenir une aide.

Encadré 4 — Italie

L’exemple cité du revenu minimal requis en Émilie-Romagne rappelle les critères choisis par la région, sur la base d’une méthode établie par l’État membre, pour satisfaire à l’exigence juridique de la viabilité économique pour les exploitations agricoles bénéficiant d’un soutien à l’investissement cofinancé par l’Union. Le fait que seule une partie des exploitations de la région (environ la moitié d’entre elles) peuvent avoir accès à ce soutien est lié à certaines considérations relatives à la structure spécifique des exploitations agricoles, à l’objectif à atteindre (soutien aux exploitations compétitives) et à la responsabilité de la gestion financière des fonds communautaires.

Encadré 4 — Espagne

Comme indiqué plus haut (point 34), le règlement impose que les investissements en faveur des exploitations agricoles qui bénéficieront d’un concours financier de l’Union soient économiquement viables. En vertu de l’article 33, des aides peuvent être accordées pour les investissements dépassant l’échelle de l’exploitation agricole. Il est essentiel que les fonds communautaires apportent de la valeur ajoutée et, dans le cas des investissements, permettent d’assurer la viabilité économique. Il faut pour cela procéder à un ciblage des meilleurs projets, ce qui explique la situation observée en Espagne concernant les projets de gestion des ressources en eau.

Observation 4La Commission reconnaît que l’absence de ciblage accroît le risque d’effets d’aubaine et qu’une utilisation ciblée des ressources par les États membres contribue à l’efficacité des programmes de développement rural.

35.

La Commission admet que le problème des effets d’aubaine est important et qu’il y a lieu d’en tenir compte tant lors de l’établissement du cadre juridique que lors de l’élaboration des programmes.

Pour autant, les enseignements tirés des précédentes évaluations montrent que les effets d’aubaine doivent être considérés avec prudence. L’impact observé au niveau microéconomique étant le résultat d’une multiplicité de facteurs, il est difficile d’établir la présence réelle d’effets d’aubaine.

36.

Dans le Factsheet intitulé «De nouvelles perspectives pour le développement rural de l’UE», mentionné par la Cour, la Commission déclare notamment: «Un manque de ciblage augmente le risque d’inertie, une concentration des ressources peut augmenter l’efficacité des programmes.» Cette dernière tâche relève des États membres.

La synthèse des évaluations à mi-parcours relatives au développement rural, dont la publication n’est intervenue qu’une fois le rapport de la Cour finalisé (3), conclut qu’aucun jugement définitif ne peut être émis pour l’ensemble de l’Union quant à la présence d’effets d’aubaine, dans la mesure où la question n’a fait l’objet d’aucune évaluation systématique dans les évaluations à mi-parcours des différents programmes de développement rural.

Encadré 5 — Italie

Dans le cadre de la mise à jour de l’évaluation intermédiaire du programme de développement rural de l’Émilie-Romagne, l’évaluateur montre une situation différenciée en ce qui concerne cet aspect par rapport, notamment, à l’orientation productive, à la dimension économique de l’exploitation et à la typologie des investissements. Ces conclusions devront être prises en compte dans le cadre des interventions similaires de la prochaine période de programmation (2007-2013).

37 et 38.

La Commission admet que les effets d’aubaine constituent un élément important qu’il y a lieu de prendre en compte lors de l’établissement du cadre juridique. Toutefois, la pratique a montré que plusieurs éléments peuvent influer sur les effets d’aubaine, ce qui fait qu’il est très difficile de fournir une solution «normalisée».

Le soutien aux investissements qui sera accordé pendant la prochaine période de programmation sera clairement ciblé en fonction des besoins des entreprises. Le règlement (CE) no 1698/2005 (règlement du Feader) vise les petites entreprises du secteur de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles (ainsi que, au titre de l’axe 1, les microentreprises œuvrant dans le secteur des produits forestiers et, au titre de l’axe 3, le développement de l’activité économique) en vue, notamment, de limiter les effets d’aubaine autant que faire se peut. D’autre part, les investissements bénéficiant d’un soutien doivent permettre d’améliorer les résultats généraux des entreprises/exploitations (notamment en matière d’environnement) (voir également réponse au point 34).

39.

L’octroi d’un soutien à l’investissement pour les exploitations de trop petite taille, qui se situent donc en deçà d’un certain niveau de viabilité, pose la question de savoir si ces exploitations ont une chance de maintenir leur activité à moyen terme et, partant, jette des doutes sur la durabilité de l’investissement.

Dans le cas visé, la Région flamande a inclus dans son programme de développement rural l’exigence d’un revenu annuel par unité de travail d’au moins 21 577 euros sur la base de l’analyse des problèmes au niveau régional ainsi que des objectifs et des priorités qui en découlent et qu’elle souhaite voir figurer dans son programme.

Observation 5L’éligibilité du soutien au titre des investissements dans les exploitations agricoles et des investissements dans le secteur de la transformation alimentaire ne se limite pas aux zones rurales. Les objectifs des mesures sont, respectivement, de contribuer à l’amélioration du revenu agricole et des conditions de vie, de travail et de production et d’accroître la compétitivité et la valeur ajoutée de la transformation alimentaire, là où ces activités sont exercées dans le pays (zones rurales et non rurales).

40.

Les évaluateurs examinent bel et bien la localisation des réalisations, des résultats et de l’impact. Les données de suivi fournies chaque année par les États membres comportent une ventilation géographique du soutien.

Les multiples définitions des zones urbaines et rurales, définitions établies dans différentes études, témoignent de la difficulté de formuler une définition unique «polyvalente», couvrant tout le territoire de l’Union, pour orienter les interventions menées au titre du développement rural.

41.

Le constat général que l’on peut tirer de cet exercice est que très peu de projets bénéficiant d’un soutien au titre du FEOGA-Orientation se situent dans des zones urbaines (22 % pour deux des quatre critères de référence et seulement 9 % d’après la classification de l’OCDE), ce qui dénote l’existence d’une dimension territoriale dans la politique de développement rural.

42.

Le calcul présenté par la Cour comprend une estimation fondée sur un ensemble de 300 échantillons. De plus, il est difficile de comparer dans le temps les dépenses consacrées aux mesures relevant de l’article 33, puisque la délimitation des zones de l’objectif no 5 b) retenue pour la période de programmation 1994-1999 n’a pas été maintenue pour la période 2000-2006.

43.

En raison de la diversité des régions européennes, la fixation de seuils est un exercice très complexe lorsqu’il s’agit de transposer les données du niveau local au niveau européen. En outre, les États membres peuvent choisir les zones dans lesquelles ils souhaitent mettre en œuvre tout ou partie de leurs mesures, ces zones n’étant pas nécessairement les moins peuplées. Il peut y avoir des cas où les formes de soutien autres que le soutien à l’investissement répondent mieux aux besoins de certains types particuliers de zones rurales (par exemple, soutien spécifique aux zones défavorisées qui sont, en général, des zones moins peuplées et isolées).

45.

Le tableau 2 montre que, dans les zones de l’objectif no 1, 80 % des dépenses afférentes aux projets examinés ont été effectuées dans les zones rurales. Par ailleurs, l’objectif de réduction des déséquilibres territoriaux n’est qu’un des objectifs que sert le développement rural.

46.

Suivant la définition de l’OCDE, laquelle est fondée sur la densité de population, les projets mis en œuvre dans les régions de l’objectif no 1 sont en très grande partie (91 %) localisés dans des régions importantes à prédominance rurale, qui correspondent en général aux parties les plus pauvres des régions de l’objectif no 1.

Observation 6On mesure l’efficacité des dépenses en comparant les projets avec leurs objectifs.

48.

Le jugement des interventions en fonction de leurs résultats, de leur impact et des besoins qu’elles visent à satisfaire fait partie de l’exercice d’évaluation mené au niveau national ou régional. La synthèse de ces évaluations nationales/régionales du développement rural réalisées pour le compte de la Commission permet d’apprécier l’impact des différentes mesures au niveau du programme.

La possibilité de mesurer la contribution des effets immédiats des projets individuels sur les objectifs globaux des programmes sera renforcée lors de la prochaine période de programmation grâce à une évaluation continue des programmes au moyen du cadre commun de suivi et d’évaluation, lequel permettra aussi d’assurer un meilleur suivi.

49.

La Commission reconnaît que les approches territoriales intégrées représentent un outil important pour la mise en œuvre de la politique de développement rural et a recommandé le recours à cette possibilité pour la période de programmation actuelle et dans le nouveau règlement (CE) no 1698/2005, en encourageant la réalisation de projets intégrés, combinant plusieurs mesures, et en assurant une prise en compte, à tous les niveaux, de l’initiative communautaire Leader.

50.

La nécessité d’intégrer les projets à un plan de développement local plus large dépend de l’objectif et de la nature du projet et est évaluée par les États membres/les régions.

51.

Tous les projets ont indirectement un impact potentiel plus large, étant donné que les bénéficiaires participent à la vie économique des zones rurales et y jouent un rôle important.

Observation 7La Commission a consenti des efforts considérables pour remédier aux insuffisances concernant la quantité et la qualité des données de suivi des États membres, et ce dès la période de programmation en cours. Le suivi sera renforcé avec la mise en place d’un cadre commun de suivi et d’évaluation pour la prochaine période de programmation, en coopération avec les États membres.

57.

Dans le cadre de l’exercice de suivi, la Commission vérifie bel et bien les données relatives aux réalisations fournies par les États membres dans leurs rapports annuels sur les progrès accomplis. L’évaluation apprécie l’impact des mesures en vue de déterminer leur contribution aux objectifs à atteindre, définis au niveau du programme.

La Commission a consenti des efforts considérables pour remédier aux insuffisances concernant la quantité et la qualité des données de suivi des États membres, et ce dès la période de programmation en cours. Le suivi sera renforcé avec la mise en place d’un cadre commun de suivi et d’évaluation pour la prochaine période de programmation, en coopération avec les États membres.

58.

 

a)

Conformément à l’article 43 du règlement (CE) no 1257/1999, les plans de développement rural comportent la description de la stratégie proposée, ses objectifs quantifiés et les priorités retenues en matière de développement rural, ainsi que la zone géographique couverte.

d)

L’approche consistant à prendre les engagements comme base de l’évaluation des réalisations semble être mieux adaptée à certains types pluriannuels de soutien au développement rural, étalés dans le temps (agroenvironnement, boisement, etc.), ces derniers ne produisant souvent pas de résultats concrets pendant les premières années de leur mise en œuvre. Pour la période 2007-2013, les dépenses effectuées seront indiquées dans les tableaux de suivi et l’information financière sera alignée autant que possible sur l’information physique.

La synthèse des rapports d’évaluation à mi-parcours relatifs au développement rural comporte des données financières sur les dépenses du FEOGA par chapitre et par État membre.

e)

La diversité des projets éligibles au titre des mesures de l’article 33 est telle qu’il est impossible de prévoir des indicateurs de suivi qui couvriraient l’ensemble des projets. La liste des indicateurs communs incluse dans les tableaux de suivi n’est en aucun cas exhaustive. Les États membres peuvent ajouter des indicateurs complémentaires adaptés à leurs besoins particuliers ou aux caractéristiques spécifiques de leurs programmes.

59.

Actuellement, les États membres ne sont pas obligés d’utiliser les questions évaluatives communes pour le soutien au développement rural financé par le FEOGA-Orientation. La Commission admet qu’il s’agit là d’une lacune du système actuel de suivi et d’évaluation, lacune qui sera comblée pour la prochaine période de programmation par la création d’un fonds de développement rural unique. L’année 2000, première année donnant lieu à un rapport, a été à maints égards atypique, puisque l’approbation du programme était toujours en cours et que la mise en œuvre des mesures n’en était qu’à son début.

60.

On a peu eu recours à d’autres indicateurs et à des questions nationales supplémentaires pour compléter les questions évaluatives communes dans les rapports nationaux d’évaluation. Les indicateurs communs spécifiés se sont généralement révélés appropriés et la gamme de questions posées a permis d’évaluer les programmes de développement rural.

Le système de l’évaluation continue introduit par le cadre commun de suivi et d’évaluation pour la prochaine période de programmation améliorera la contribution du suivi à l’évaluation ainsi que la collecte des données et la quantification des indicateurs.

61.

Certaines informations sont disponibles au niveau du programme, qui est le niveau d’évaluation, mais non au niveau des projets. Les évaluateurs examinent, dans les limites du champ d’application géographique des programmes, la localisation des réalisations, des résultats et de l’impact. Par exemple, le tableau de suivi no 5 inclut une ventilation géographique du soutien financier et le nombre de demandes approuvées.

62.

Il est difficile de compiler, au niveau des procédures de gestion par activités, un ensemble adéquat d’indicateurs décrivant les résultats et réalisations de la politique de développement rural, qui a, par définition, une large portée. Seul un petit nombre d’indicateurs est significatif à cet égard. Cette difficulté est encore exacerbée actuellement en raison des différents systèmes de gestion, de suivi, de communication et d’évaluation appliqués selon les modèles de programmation (FEOGA-Orientation, FEOGA-Garantie, Leader+). On escompte des améliorations grâce au cadre commun de suivi et d’évaluation.

63.

Les rapports de synthèse du suivi et les différents rapports d’évaluation fournissent bel et bien des données et des informations. Tant les évaluations à mi-parcours que les évaluations ex post, réalisées par des évaluateurs indépendants, fournissent une appréciation des résultats et de l’impact des mesures de développement rural. Les lacunes du système actuel ont été résolues: la Commission et les autres parties intéressées devraient pouvoir bénéficier d’informations complètes sur le suivi et l’évaluation des dépenses consacrées au développement rural.

64.

La souplesse de conception de la politique de développement et la diversité des mesures et des objectifs y afférents n’empêchent pas les États membres de définir des stratégies et des objectifs clairs dans leurs programmes de développement rural, ainsi que l’exige le règlement (CE) no 1257/1999.

Pour la prochaine période de programmation, une approche plus stratégique a été introduite avec l’adoption des orientations stratégiques de la Communauté. Les États membres pourront ainsi mieux cibler leurs stratégies de développement rural sur les objectifs pertinents, découlant de leurs besoins particuliers. En outre, ils doivent réserver un pourcentage minimal de leur enveloppe nationale pour chaque axe, ce qui garantit l’équilibre du programme, les préoccupations sectorielles et territoriales étant prises en considération.

65.

La plupart des mesures d’investissement en faveur du développement rural sont par définition axées sur l’agriculture et les exploitants agricoles, d’où la part considérable du secteur agricole dans le soutien accordé. Cela étant, puisque l’agriculture continue de jouer un rôle important dans l’économie des zones rurales, le soutien à ce secteur peut contribuer de manière significative au développement des zones rurales.

Le règlement (CE) no 1698/2005 énonce trois objectifs fondamentaux au titre du soutien au développement rural pour la période de programmation 2007-2013: 1) amélioration de la compétitivité de l’agriculture et de la sylviculture, 2) amélioration de l’environnement et de l’espace rural, 3) amélioration de la qualité de vie en milieu rural et promotion de la diversification de l’économie rurale. Ces objectifs sont mis en œuvre au moyen de mesures regroupées sous quatre axes. L’article 17 du règlement garantit un équilibre entre les objectifs par l’instauration de taux minimaux de dépense pour chaque axe.

66.

Étant donné la diversité des régions européennes et la variété des situations au niveau national, il est difficile de donner une définition unique et uniforme des zones rurales. C'est la raison pour laquelle le recensement des zones éligibles à l’intervention ainsi que la sélection et le classement des projets par ordre de priorité relèvent des États membres.

Grâce à l’introduction des plans stratégiques nationaux, la prochaine génération de programmes de développement rural bénéficiera d’une approche plus ciblée.

67.

L’éligibilité du soutien au titre des investissements dans les exploitations agricoles et des investissements dans le secteur de la transformation alimentaire ne se limite pas aux zones rurales définies aux fins des mesures correspondantes relevant de l’article 33. Le choix du champ d’application de ces mesures concorde avec leur objectif, qui consiste à contribuer à l’amélioration du revenu agricole et des conditions de vie, de travail et de production et à accroître la compétitivité et la valeur ajoutée de la transformation alimentaire, là où ces activités sont exercées dans le pays (zones rurales et non rurales).

Les PDR comportent une description générale du plan, laquelle indique la couverture géographique et dépeint la situation actuelle à l’appui de données quantifiées mettant en évidence les points forts, les disparités, les lacunes et le potentiel de développement rural. Cette description prend en considération les secteurs agricole et forestier, l’économie rurale, la situation démographique, les ressources humaines et l’emploi ainsi que l’état de l’environnement. Les États membres décrivent les priorités d’action et la stratégie qui en découle sur la base de ces informations.

Une nouvelle étape sur la voie du ciblage territorial a été franchie pour la prochaine période de programmation, puisque les États membres doivent faire figurer les zones rurales désignées et indiquer l’importance de ces zones dans les PDR.

68.

La Commission reconnaît que les approches territoriales intégrées représentent un outil important pour la mise en œuvre de la politique de développement rural et a encouragé l’application de stratégies locales de développement tant pour la période de programmation actuelle que pour la prochaine.

Les conclusions des rapports d’évaluation à mi-parcours et les résultats des évaluations ex ante constitueront un apport important dans les PDR actuels et les nouveaux PDR. De plus, les réseaux ruraux nationaux et le réseau rural communautaire offriront une plate-forme d’échange d’informations et de meilleures pratiques.

69.

La Commission a consenti des efforts considérables en vue d’améliorer qualitativement et quantitativement les données de suivi des États membres pour la période de programmation en cours.

En concertation avec les États membres, la Commission a proposé, pour la prochaine période de programmation, un nouveau cadre commun de suivi et d’évaluation, plus efficace.


(1)  Décision 2006/144/CE du Conseil.

(2)  Considérant 14 du règlement (CE) no 1257/1999 du Conseil.

(3)  Publié en juin 2006.