COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN, AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Plan d'action: droit européen des sociétés et gouvernance d'entreprise - un cadre juridique moderne pour une plus grande implication des actionnaires et une meilleure viabilité des entreprises /* COM/2012/0740 final */
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN,
AU CONSEIL, AU COMITÉ ÉCONOMIQUE ET SOCIAL EUROPÉEN ET AU COMITÉ DES RÉGIONS Plan d'action: droit européen des sociétés et gouvernance
d'entreprise - un cadre juridique moderne pour une plus grande implication des
actionnaires et une meilleure viabilité des entreprises (Texte présentant de l'intérêt pour l'EEE)
1.
Introduction
La communication de la Commission intitulée «Europe 2020»[1]
appelle à l’amélioration de l’environnement des entreprises en Europe. Pour
être modernes et efficaces pour les entreprises européennes, leurs salariés et
leurs investisseurs, le droit des sociétés et le cadre de gouvernance
d’entreprise doivent être adaptés aux besoins de la société d'aujourd'hui et à
l'évolution de l'environnement économique. La dernière analyse complète dans ce
domaine remonte au plan d’action de 2003 sur la modernisation du droit des
sociétés et le renforcement du gouvernement d'entreprise dans l'Union
européenne[2]
et à la consultation qui a suivi en 2005 et 2006 sur les priorités futures pour
ce plan d'action[3].
Un grand nombre des initiatives annoncées dans le plan d’action de 2003 ont vu
le jour. En particulier, des règles relatives aux déclarations de gouvernance
d'entreprise ont été introduites dans la directive comptable[4],
tandis qu'une directive sur les droits des actionnaires[5]
et la dixième directive «Droit des sociétés» sur les fusions transfrontalières[6]
ont été adoptées. La Commission a également émis deux recommandations
concernant le rôle des administrateurs non exécutifs indépendants et la
rémunération des administrateurs des sociétés cotées[7],
et la deuxième directive «Droit des sociétés» sur la constitution de la société
anonyme ainsi que le maintien et les modifications de son capital[8]
de même que la troisième et la sixième directives «Droit des sociétés» sur les
fusions et les scissions ont été simplifiées[9].
Néanmoins, de nouveaux développements sont intervenus depuis, qui appellent, de
l'avis de la Commission, de nouvelles mesures. La gouvernance d'entreprise définit les relations entre la
direction d'une société, son conseil d’administration, ses actionnaires et les
autres parties prenantes[10].
Elle détermine les modalités de gestion et de contrôle des entreprises. L'efficacité
du cadre de la gouvernance d'entreprise est essentielle, car les sociétés bien
gérées sont susceptibles d'être à la fois plus compétitives et plus viables à
long terme. Une bonne gouvernance d’entreprise est d’abord et avant tout de la
responsabilité de l'entreprise concernée, et des règles sont en place au niveau
européen et national pour garantir que certaines normes sont respectées. Le
cadre de gouvernance d’entreprise de l’UE est une combinaison de dispositions
législatives et de mesures non contraignantes, à savoir les codes nationaux de
gouvernance d’entreprise appliqués selon le principe «se conformer ou
s'expliquer» (comply or explain)[11],
qui laisse une marge de manœuvre importante aux sociétés et à leurs
actionnaires. Les actionnaires ont un rôle crucial à jouer dans la promotion
d'une meilleure gouvernance d'entreprise. Ce faisant, ils agissent à la fois
dans l'intérêt de la société et le leur propre. Toutefois, les dernières années ont mis en lumière certaines
lacunes dans ce domaine. La crise financière a révélé que d'importantes
faiblesses dans la gouvernance d'entreprise des établissements financiers
avaient contribué à son développement. Afin de répondre rapidement au problème
de la prise de risques excessive par les établissements de crédit et, en fin de
compte, de l’accumulation excessive de risques dans le système financier, la
Commission a publié en 2010 un livre vert sur le gouvernement d'entreprise dans
les établissements financiers[12]
et, en 2011, elle a proposé des règles plus strictes sur la gouvernance d'entreprise
en leur sein, dans le cadre du paquet CRD IV[13].
Bien que la gouvernance d'entreprise des sociétés cotées ne relevant pas du
secteur financier n'ait pas suscité les mêmes préoccupations, un certain nombre
de faiblesses ont également été observées. En particulier, il semble que les
actionnaires soient peu enclins à tenir les instances dirigeantes des
entreprises responsables de leurs décisions et de leurs actions, ce qu'aggrave
encore le fait que nombre d'entre eux ne gardent que brièvement possession de
leurs actions. Il existe également des lacunes dans l’application des codes de
gouvernance d'entreprise lorsque le reporting se fait selon le principe «se
conformer ou s'expliquer». Dans ce contexte, la Commission a adopté son Livre
vert sur le cadre de la gouvernance d’entreprise dans l'UE (ci-après le «Livre
vert de 2011»)[14],
qui a marqué le lancement d’un débat sur les moyens d'améliorer l'efficacité
des règles actuelles. Si les réponses divergeaient quant à la nécessité d'une
nouvelle réglementation au niveau de l'UE, un large consensus s'est dégagé en
faveur de l'adoption, par l'UE, de mesures dans certains domaines bien précis[15].
Le Parlement européen a également fait part de son point de vue sur les
questions soulevées par le Livre vert de 2011 dans une résolution adoptée le 29
mars 2012[16],
dans laquelle il soulignait l'importance de la gouvernance d’entreprise pour
l’ensemble de la société. Le droit européen des sociétés est l'une des pierres angulaires
du marché intérieur[17].
Il facilite le libre établissement des entreprises, tout en assurant une plus
grande transparence et une sécurité juridique accrue ainsi qu'un meilleur
contrôle de leurs opérations. Ces derniers temps, cependant, il est devenu plus
difficile de parvenir à un accord au niveau de l’Union européenne sur
l'adoption d'initiatives concernant le droit des sociétés. C'est ce
qu'illustre, par exemple, l'absence de progrès sur certaines initiatives de
simplification[18]
et sur la proposition de statut de la société privée européenne (SPE). Or, dans
le même temps, la dimension transfrontière de l'activité économique s'est très
fortement développée, du point de vue tant des entreprises que des
consommateurs. Les services de la Commission ont donc lancé un processus de
réflexion sur l'avenir du droit européen des sociétés avec la publication d'un
rapport établi par un groupe de réflexion ad hoc[19]
et la tenue d'une conférence publique à Bruxelles les 16 et 17 mai 2011[20].
Afin de recueillir les points de vue d'un large éventail de parties prenantes,
une consultation en ligne a été lancée le 20 février 2012 (ci-après la
«consultation publique de 2012»)[21].
Pour sa part, le Parlement européen a exprimé son point de vue sur la voie à
suivre en matière de droit européen des sociétés dans une résolution adoptée le
14 juin 2012[22].
Une majorité des personnes ayant répondu à cette consultation étaient en faveur
de nouvelles mesures visant à moderniser le cadre actuel en matière de droit
des sociétés[23]. Le présent plan d'action expose les initiatives que la Commission
compte prendre pour moderniser le cadre de la gouvernance d’entreprise et du
droit des sociétés. Il s'articule selon trois lignes de force: ·
accroître la transparence: les entreprises doivent mieux informer
les investisseurs et le public en général des modalités de leur gouvernance. Parallèlement,
les sociétés devraient être autorisées à savoir qui sont leurs actionnaires, et
les investisseurs institutionnels devraient être plus transparents quant à
leurs politiques de vote, afin de permettre la tenue d'un dialogue plus
fructueux sur les questions de gouvernance d'entreprise; ·
impliquer les actionnaires: les actionnaires devraient être
encouragés à s’impliquer davantage dans la gouvernance d'entreprise. Ils
devraient se voir offrir plus de possibilités de superviser la politique de
rémunération et les transactions avec des parties liées, et leur coopération à
cette fin devrait être facilitée. En outre, un nombre limité d'obligations
devront être imposées aux investisseurs institutionnels, aux gestionnaires d’actifs
et aux conseillers en vote afin de susciter un véritable engagement de leur
part; ·
soutenir la croissance des entreprises et leur compétitivité: il
est nécessaire de simplifier les opérations transfrontières des entreprises
européennes, en particulier dans le cas des petites et moyennes entreprises. Outre le soutien qu'elle apporte à ces trois objectifs clés, la
Commission lancera un vaste exercice de codification visant à rendre le cadre
réglementaire plus convivial. Le présent plan d'action est le fruit de la consultation
publique de 2012, de diverses discussions tenues avec un grand nombre de
parties prenantes et de la propre analyse de la Commission. Il expose les
initiatives que la Commission a l'intention de prendre dans les domaines du
droit des sociétés et de la gouvernance d’entreprise. Les différentes mesures
qu'il prévoit n'auront pas toutes le même champ d’application. Les règles de
gouvernance d’entreprise de l’UE s’appliquent uniquement aux sociétés cotées en
bourse. À l'inverse, le droit des sociétés de l'UE couvre en principe toutes
les sociétés anonymes. La Commission veillera à ce que les initiatives prévues
ne créent pas de charges inutiles pour les entreprises et tiendra compte, en
particulier, de la situation spécifique des PME. Toutes les initiatives feront l’objet d’analyses d’impact ex
ante. Le plan d'action ne peut présumer des résultats de ces analyses d’impact.
La Commission pourrait donc être amenée à modifier ses plans en ce qui concerne
tant leur contenu que leur calendrier si besoin est. Par la suite, de nouveaux
problèmes peuvent se présenter qui demanderont à être traités en plus des
initiatives exposées dans le présent plan d’action. De nouveaux éléments
pourraient surgir des réponses à la consultation prévue sur le financement à
long terme de l’économie européenne. Le prochain Livre vert sur ce sujet
amorcera un vaste débat sur les moyens de renforcer la capacité qu’a le secteur
financier de l'Union européenne d’assurer un financement à long terme des
investissements productifs nécessaires à l'essor d'une croissance durable. Il
traitera de questions telles que la nécessité de garantir l’accès à des sources
de financement variées, l'importance de ne pas trop se focaliser sur le court
terme, et la nécessité de renforcer la capacité du secteur et de développer de
nouveaux produits se prêtant à des financements à long terme. La portée de ce
Livre vert va donc au-delà des questions de gouvernance d'entreprise; cependant,
il peut également contribuer à la réflexion sur les moyens d'encourager
l'implication à long terme des actionnaires et la manière dont des dispositifs
appropriés de gouvernance d'entreprise pourraient favoriser les financements à
long terme.
2.
Accroître
la transparence
2.1.
Publication de la politique de diversification des conseils
d'administration et de surveillance et gestion des risques non financiers
Différentes structures de conseil
d'administration ou de surveillance coexistent en Europe. Selon le pays, les
sociétés cotées peuvent mettre en place un système à une seule instance
(appelée «structure moniste» ou «structure unitaire), un système à deux niveaux
(«structure duale») ou une forme quelconque de système mixte. La Commission
admet la coexistence de ces différentes structures, qui sont souvent
profondément ancrées dans le système général de gouvernance économique du pays,
et elle n’a nullement l’intention de contester ou de modifier ce régime. Quelle que soit la structure du conseil d'administration ou de
surveillance, sa composition joue un rôle clé dans la réussite de l’entreprise.
Une supervision efficace des administrateurs exécutifs ou du directoire par les
administrateurs non exécutifs ou le conseil de surveillance[24]
est la clé d’une bonne gouvernance de la société. À cet égard, la diversité des
compétences et des points de vue des membres du conseil est très importante. Elle
facilite la compréhension de l'organisation et des affaires de la société,
permettant ainsi au conseil de pratiquer une critique objective et constructive
des décisions de la direction. À l'inverse, le manque de diversité peut
favoriser les réflexes suivistes, entraînant un appauvrissement du débat et de
la confrontation des idées au sein du conseil et donc, potentiellement, une
surveillance moins efficace du directoire ou des administrateurs exécutifs. La
Commission, confortée par les résultats de la consultation sur le Livre vert de
2011[25],
estime qu'une plus grande transparence de la politique appliquée en matière de
diversification du conseil d'administration ou de surveillance pourrait inciter
les entreprises à réfléchir davantage à la question et à mieux tenir compte de
la nécessité de pousser plus avant cette diversification. Cette initiative
complétera aussi la proposition spécifique relative à l’amélioration de
l’équilibre hommes/femmes parmi les administrateurs non exécutifs des sociétés
cotées[26]. La Commission considère en outre que les conseils (de
surveillance) devraient prendre davantage en considération l'éventail complet
des risques rencontrés par leur société. Une extension des obligations
déclaratives aux paramètres non financiers aiderait à établir un profil de
risque plus complet de la société, permettant d'élaborer des stratégies plus
efficaces pour y remédier. Et le fait de se concentrer également sur les
aspects non financiers inciterait les entreprises à adopter une approche
stratégique à long terme et durable de leur activité. Afin d'encourager les entreprises à accroître la diversité de leur
conseil d'administration ou de surveillance et à tenir davantage compte des risques
non financiers, la Commission soumettra, en 2013, une proposition visant à
renforcer les obligations déclaratives concernant cette politique de
diversification et la gestion des risques non financiers, au moyen d'une
modification de la directive comptable[27].
2.2.
Amélioration de l'information sur la gouvernance d’entreprise
La qualité des rapports fournis par les sociétés cotées sur la
gouvernance d'entreprise a fait l'objet de critiques. Les codes de gouvernance
d’entreprise sont appliqués dans l'UE selon la formule «se conformer ou
s'expliquer». Cette approche permet aux sociétés de déroger à certaines des
recommandations du code applicable, à condition d'expliquer pour quelles
raisons. Toutefois, les explications fournies par les sociétés sont souvent insuffisantes.
Elles se contentent d'indiquer qu’elles ont dérogé à une recommandation sans
fournir d'autre explication, ou bien ne fournissent qu'une explication générale
ou limitée[28].
Étant donné que ces explications sont utilisées par les investisseurs pour
prendre leurs décisions d'investissement et pour évaluer la valeur d'une
société, ces carences limitent l'utilité du système et sa viabilité. Une grande
majorité des réponses au Livre vert de 2011 étaient favorables à ce qu'il soit
imposé aux entreprises de mieux expliquer les raisons pour lesquelles elles
s'écartent des recommandations contenues dans les codes. À la suite du Livre vert de 2011, certains États membres ont
entamé des discussions ou publié des lignes directrices sur la qualité des
explications fournies par les sociétés. En Finlande par exemple, l'association
des marchés de valeurs mobilières a fait paraître, le 20 janvier 2012, des
lignes directrices sur les explications que les entreprises devraient fournir. La
commission belge sur la gouvernance d'entreprise a commandé une étude
indépendante sur la qualité des explications données et, sur la base des
résultats de cette étude, a formulé en 2012 un certain nombre de
recommandations pratiques. Au Royaume-Uni, le Financial Reporting Council a lancé
en décembre 2011 une discussion entre entreprises et investisseurs sur ce qui
constitue une motivation appropriée et a inséré par la suite des orientations
sur l'approche «se conformer ou s’expliquer» dans le code de gouvernance
d’entreprise. La Commission se félicite de ces initiatives. Elle compte aussi
encourager la poursuite de la coopération entre les organismes nationaux
chargés de contrôler l'application des codes de gouvernance d'entreprise,
notamment par l'échange des bonnes pratiques mises en place dans les différents
États membres. La Commission prendra en 2013 une initiative, sous forme
éventuellement d'une recommandation, visant à améliorer la qualité de
l'information sur la gouvernance d'entreprise et, en particulier, la qualité
des explications à fournir par les entreprises qui s'écartent des codes en la
matière.
2.3.
Identification des actionnaires
Le Livre vert de 2011 demandait aux parties intéressées si elles
voyaient le besoin d'un mécanisme européen pour aider les émetteurs à
identifier leurs actionnaires afin de faciliter le dialogue sur les questions
de gouvernance d'entreprise. Il posait en outre la question de savoir si cette
information devait également être mise à la disposition d'autres investisseurs.
Une nette majorité de réponses étaient favorables à un tel mécanisme[29],
tout particulièrement parmi les entreprises et les investisseurs. En revanche, les avis étaient clairement divisés sur la
meilleure manière de procéder. Tandis que certains jugeaient suffisant de
demander aux émetteurs de prévoir un forum destiné aux actionnaires sur le site
de leur société, d'autres, au contraire, se sont prononcés en faveur d'un
mécanisme de l’UE permettant une identification en bonne et due forme des
actionnaires. Un grand nombre de réponses suggéraient d'abaisser plutôt les
seuils de notification des participations importantes fixés dans la directive
sur la transparence. Enfin, un groupe non négligeable de personnes a considéré
que les États membres devraient être tenus de prévoir la reconnaissance
mutuelle des mécanismes d'identification nationaux existants et, si nécessaire,
de mettre en place un outil de transparence national respectant un certain
nombre d'exigences minimales. Le Parlement européen est d'avis que les entreprises émettrices
d'actions nominatives devraient être autorisées à connaître l'identité de leurs
propriétaires, mais que les détenteurs d'actions au porteur devraient pouvoir
garder l’anonymat. Ce point de vue fait écho à des préoccupations déjà
exprimées concernant le droit à la vie privée des investisseurs de détail. La Commission estime que la fourniture d'informations
supplémentaires sur l’identité des propriétaires des actions d’une société
cotée est de nature à améliorer le dialogue sur la gouvernance d'entreprise
entre la société et ses actionnaires. Les outils existants ne sont pas
suffisamment détaillés ou bien ne possèdent pas la dimension transfrontière
nécessaire. La Commission proposera en 2013 une initiative visant à améliorer
la visibilité des participations en Europe, dans le cadre de son programme de
travail législatif sur le droit des valeurs mobilières.
2.4.
Renforcement des règles de transparence pour les investisseurs
institutionnels
Les recherches menées en préparation des deux Livres verts de la
Commission de 2010 et 2011, ainsi que les réponses reçues à ces deux documents,
ont mis en évidence la nécessité d'améliorer la transparence des politiques de
vote suivies par les investisseurs institutionnels, notamment les sociétés de
gestion d'actifs, et la mise en œuvre de ces politiques[30].
À l'heure actuelle, le «Stewardship Code» britannique[31]
et les bonnes pratiques du réseau néerlandais Eumédion pour l'engagement
actionnarial[32],
ainsi que le code de gouvernance externe de l'Association européenne des
gestionnaires de fonds et d'actifs (EFAMA)[33]
et les principes du Réseau international de gouvernance d'entreprise[34]
recommandent déjà aux investisseurs institutionnels de faire preuve de
transparence sur la manière dont ils s'acquittent de leurs
responsabilités/exercent leurs droits de propriété, ce qui suppose, en
particulier, des informations sur leur politique en matière de vote et
d'engagement. La publication de ces informations pourrait avoir un effet
positif sur la connaissance qu'ont les investisseurs de la situation, permettre
aux investisseurs finaux de prendre des décisions optimales, faciliter le
dialogue entre les investisseurs et les entreprises, encourager les
actionnaires à s'impliquer et accroître la responsabilisation des entreprises à
l'égard de la société civile. En outre, ces informations pourraient être utiles
aux investisseurs qui se disposent à conclure un contrat de gestion de
portefeuille, ou aux bénéficiaires d'investisseurs institutionnels agissant au
nom ou pour le compte d'autrui. Eu égard à son objectif général d’implication
des actionnaires, la Commission estime qu'il s'agit là d'un pas dans la bonne
direction. La Commission soumettra en 2013 une proposition, le cas échéant
portant modification de la directive sur les droits des actionnaires[35],
concernant la publicité des politiques en matière de vote et d'engagement des
actionnaires ainsi que des votes antérieurs des investisseurs institutionnels.
3.
Impliquer
davantage les actionnaires
L'engagement concret et durable des actionnaires est l'une des
pierres angulaires du modèle de gouvernance des sociétés cotées, qui repose
notamment sur l’équilibre des pouvoirs entre les différents organes et les
différentes parties prenantes. Si, par exemple, la plupart des actionnaires
restent passifs, ne cherchent pas à interagir avec la société et ne votent pas,
le fonctionnement du système actuel de gouvernance d'entreprise perd en
efficacité. Dans ces circonstances, aucune mesure de correction n'est à
attendre des actionnaires, et le contrôle de la direction repose entièrement
sur le conseil d’administration (ou de surveillance).
3.1.
Une meilleure surveillance de la politique de rémunération par les
actionnaires
La rémunération des dirigeants d’entreprises a fait l’objet
d’innombrables débats ces dernières années[36].
La Commission est persuadée que les entreprises auraient intérêt à appliquer
des politiques de rémunération qui favorisent la création de valeur à long
terme et subordonnent réellement les rémunérations aux résultats. De mauvaises
politiques de rémunération et/ou structures d'incitation peuvent conduire à des
transferts de valeur injustifiés vers les dirigeants au détriment des sociétés,
de leurs actionnaires et des autres parties prenantes. Par conséquent, et
compte tenu des possibilités actuelles de contrôle/supervision, notamment dans
les sociétés à structure duale, il conviendrait de permettre aux actionnaires
de mieux contrôler les politiques de rémunération applicables aux
administrateurs de sociétés cotées, ainsi que la mise en œuvre de ces
politiques. Cela suppose, comme le confirment les résultats de la
consultation lancée par le Livre vert de 2011[37],
que les actionnaires disposent d’informations claires, complètes et comparables
sur les politiques de rémunération et sur la rémunération individuelle des administrateurs,
ce qui peut être obtenu par une harmonisation élémentaire des obligations
déclaratives. De plus, les actionnaires devraient pouvoir se prononcer sur ces
questions, dans le cadre d’un vote obligatoire des actionnaires sur la
politique de rémunération de l’entreprise et sur le rapport consacré aux
rémunérations, qui donne une vue d’ensemble de la manière dont la politique de
rémunération a été mise en œuvre. Actuellement, tous les États membres ne
reconnaissent pas aux actionnaires le droit de se prononcer sur cette politique
ou sur ce rapport, et il n’est pas aisé de comparer les informations publiées
par les sociétés de différents États membres[38]. La Commission proposera en 2013 une initiative, éventuellement
sous la forme d’une modification de la directive sur les droits des
actionnaires, afin d’améliorer la transparence des politiques de rémunération
et des rémunérations individuelles des administrateurs et d'accorder aux
actionnaires le droit de vote sur la politique de rémunération et le rapport
concernant les rémunérations.
3.2.
Extension du droit de regard des actionnaires sur les transactions avec
des parties liées
Les transactions avec des parties liées, c'est-à-dire les
transactions dans le cadre desquelles la société passe contrat avec ses administrateurs
ou actionnaires majoritaires, peuvent lui porter préjudice, ainsi qu’à ses
actionnaires minoritaires, en permettant aux parties liées de s’approprier des
valeurs qui lui appartiennent. C’est pourquoi il est extrêmement important de
mettre en place des garde-fous suffisants pour protéger les intérêts des
actionnaires. La réglementation actuelle de l’UE impose aux sociétés d’inclure
dans leurs comptes annuels une note sur les transactions effectuées avec des
parties liées, qui indique le montant et la nature de la transaction et
communique d'autres informations nécessaires[39].
Mais cette obligation tend à être considérée comme insuffisante, ce qui a amené
le Forum européen du gouvernement d'entreprise à publier une déclaration sur
les transactions avec des parties liées, qui préconise l’instauration de
principes communs à toute l’Europe[40].
Le Forum propose, en particulier, que les transactions dépassant un certain
seuil soient évaluées par un conseiller indépendant et que les transactions les
plus importantes soient approuvées par les actionnaires. Le Livre vert de 2011
pose la question d’un renforcement de la protection contre ce type de
transactions. Un pourcentage considérable de réponses appelle à un tel
renforcement. Au vu de ces réponses et des orientations proposées dans la
déclaration du Forum européen du gouvernement d'entreprise, la Commission
estime qu’il convient de renforcer le contrôle des actionnaires sur les
transactions avec des parties liées. La Commission proposera en 2013 une initiative visant à renforcer
le contrôle des actionnaires sur les transactions avec des parties liées,
éventuellement sous la forme d'une modification de la directive sur les droits
des actionnaires.
3.3.
Réglementer l’activité des conseillers en vote («proxy advisors»)
Les investisseurs institutionnels détenteurs de portefeuilles
d’actions très diversifiés sont confrontés à des difficultés pratiques
lorsqu’il s’agit d’apprécier comment voter sur certains points de l'ordre du
jour lors des assemblées générales des sociétés dont ils détiennent des
actions. C’est pourquoi ils recourent souvent aux services de conseillers en
vote, tels que le conseil en vote, le vote par procuration et les notations de
la gouvernance d'entreprise. L'influence de ces conseillers sur le vote n’est
donc pas négligeable. En outre, il a été souligné que les investisseurs
institutionnels s’appuient davantage sur le conseil en vote pour leurs
investissements dans des sociétés étrangères que pour ceux réalisés dans leur
propre pays. Il est donc probable que les conseillers en vote aient davantage
d'influence sur les marchés comptant un pourcentage élevé d’investisseurs
internationaux. Or, à l’heure actuelle, ils ne font l’objet d’aucune
réglementation au niveau de l’UE. L'influence des conseillers en vote est source de
préoccupations. Lors de l’élaboration du Livre vert de 2011, les investisseurs
et les sociétés détenues se sont dits inquiets du manque de transparence des
méthodes utilisées par ces conseillers pour préparer leurs avis. Concrètement,
certains considèrent que la méthode analytique qu’ils emploient ne tient pas
compte des caractéristiques propres à chaque entreprise ou de certains éléments
de législation nationale et des meilleures pratiques en matière de gouvernance
d'entreprise. Autre motif de préoccupation, les conseillers en vote sont
exposés à des conflits d’intérêts, par exemple lorsqu’ils fournissent aussi aux
sociétés détenues des conseils en matière de gouvernance d'entreprise. Il peut
aussi y avoir conflit d'intérêts lorsqu'un conseiller en vote conseille des
investisseurs sur une résolution d'actionnaires proposée par l’un de ses
clients. Enfin, le manque de concurrence dans le secteur amène à s’interroger,
notamment, sur la qualité des conseils et leur adéquation aux besoins des
investisseurs. L'AEMF a publié en 2012 un document de réflexion sur les
conseillers en vote, où elle sollicite des avis sur les options réglementaires
possibles, qui vont du statu quo accompagné de mesures d’autodiscipline à
l’adoption par l'UE d’instruments contraignants ou quasi contraignants[41].
La Commission pourrait s’inspirer des résultats de cet échange pour mettre en
place un cadre opérationnel cohérent et efficace pour les conseillers en vote. La Commission réfléchira en 2013 à une initiative, qui pourrait
s’inscrire dans le cadre de la révision de la directive sur les droits des
actionnaires, pour améliorer les règles applicables aux conseillers en vote en
matière de transparence et de conflits d’intérêts.
3.4.
Clarification de l’articulation entre la coopération des investisseurs
sur les questions de gouvernance d'entreprise et la notion d’action «concertée»
Un grand nombre des participants à la consultation sur le Livre
vert de 2011 a appelé à une clarification de la notion d’action «concertée». En
effet, le manque de sécurité juridique résultant des dispositions actuelles de
la directive sur les offres publiques d’acquisition et de la directive sur la
transparence, ainsi que de leur transposition en droit national, est perçu
comme un obstacle à une coopération fructueuse des actionnaires. Les
actionnaires doivent savoir dans quels cas ils peuvent échanger des
informations et coopérer les uns avec les autres sans courir le risque de
conséquences juridiques inattendues. En l’absence d’une telle clarification, les actionnaires
pourraient éviter de coopérer les uns avec les autres, ce qui pourrait
compromettre les possibilités d’implication sur le long terme de l’actionnariat
et d’exercice effectif par ce dernier d’un droit de regard sur le conseil d’administration
(ou de surveillance). La Commission reconnaît la nécessité d'orientations pour
délimiter plus précisément cette notion et assurer aux actionnaires une plus
grande sécurité juridique à cet égard, afin de faciliter leur coopération. En 2013, la Commission travaillera en étroite collaboration avec
les autorités nationales compétentes et l'AEMF à l’élaboration d’orientations
pour renforcer la sécurité juridique en ce qui concerne l’articulation entre la
coopération des investisseurs sur les questions de gouvernance d'entreprise et
les dispositions relatives à l’action «concertée».
3.5.
Participation des salariés au capital
Selon la Commission, l’intérêt des salariés à la viabilité de
leur société est un élément qui devrait être pris en considération dans la
conception de tout cadre de gouvernance se voulant performant. La participation
du personnel à la gestion de l'entreprise peut passer par l'information, la
consultation et la participation au conseil d'administration (ou de
surveillance). Mais elle peut également prendre la forme d’une participation
financière, en particulier via l'actionnariat salarié. Des systèmes d’actionnariat salarié sont déjà traditionnellement
appliqués avec succès dans de nombreux États membres. Les recherches menées en
préparation du Livre vert de 2011 et les réponses qu'il a suscitées indiquent
que l’actionnariat salarié pourrait être un facteur majeur d'accroissement du
pourcentage d’actionnaires privilégiant le long terme. Cette question devant
être abordée sous de nombreux angles (fiscalité, sécurité sociale et droit du
travail, par exemple), la Commission juge important de l’analyser plus en
détail, en particulier du point de vue du marché intérieur. À la lumière de
cette analyse, elle déterminera les initiatives susceptibles d'encourager le
développement de systèmes d'actionnariat salarié transnationaux en Europe. La Commission identifiera et étudiera les obstacles potentiels aux
systèmes d'actionnariat salarié transnationaux et prendra toutes les mesures
propres à encourager l’actionnariat des salariés dans toute l’Europe.
4.
Améliorer
l’encadrement des opérations transfrontières des entreprises de l’UE
Le droit européen des sociétés fait partie intégrante du marché
intérieur. Il facilite le libre établissement des entreprises, tout en leur
assurant une plus grande sécurité juridique pour leurs opérations, ce qui
favorise leur croissance et leur compétitivité.
4.1.
Transfert du siège
Hormis les règles figurant dans les statuts de la société
européenne (SE), de la société coopérative européenne (SCE) et du groupement
européen d'intérêt économique (GEIE), l’UE ne dispose pas de règles permettant
aux sociétés de transférer leur siège statutaire dans un autre État membre sans
que cela n’affecte leur personnalité juridique. À l’heure actuelle, seuls
quelques États membres autorisent un transfert du siège sans qu'il soit
nécessaire de liquider la société puis d'en constituer une nouvelle. Les
entreprises qui souhaitent changer d’État membre d’origine peuvent aussi
utiliser à cette fin la directive sur les fusions transfrontalières ou le
statut de SE. Les réponses à la consultation publique de 2012 ont néanmoins
révélé un intérêt considérable pour la mise en place de règles de l’UE sur les
transferts de sièges entre États membres[42].
La Commission reconnaît l'importance de cette question. Toutefois, elle
considère que toute initiative dans ce domaine devra s’appuyer sur des données
économiques solides et sur une analyse approfondie de la nécessité concrète et
réelle de règles européennes en la matière et de l'usage qui en sera fait. Elle
devra également tenir compte de la jurisprudence récente de la Cour européenne
de justice[43]
et de l’évolution des législations des États membres. À cet effet, elle
organisera des consultations publiques et ciblées et rendra compte de leurs
résultats. Tout au long de l’année 2013, la Commission procédera à des
consultations publiques et ciblées afin d’actualiser son analyse de l'impact
d’une éventuelle initiative sur les transferts de siège statutaire entre États
membres. Elle étudiera ensuite l'opportunité d'une initiative législative.
4.2.
Améliorer le mécanisme des fusions transfrontières
La directive 2005/56/CE sur les fusions transfrontalières des
sociétés de capitaux a constitué un grand progrès du point de vue de la mobilité
transnationale des entreprises dans l’UE. Le cadre qu’elle a mis en place doit
maintenant être adapté pour répondre à l’évolution des besoins du marché
unique. La Commission analysera les conclusions d'une étude à venir sur
l'application de cette directive, qui seront disponibles au second semestre
2013, en tenant compte aussi bien de l'expérience acquise que des besoins
futurs dans ce domaine. Il semble notamment opportun de renforcer les règles de
procédure, un certain nombre de points s’étant révélés être des sources
potentielles de complication et d'incertitude, en particulier le manque
d’harmonisation des méthodes d’évaluation des actifs, la durée de la période de
protection des droits des créanciers et les conséquences qu’a sur ces droits la
réalisation de la fusion. Il ressort de la consultation publique de 2012 qu'une
amélioration du cadre régissant les fusions transfrontières remporte un large
soutien[44].
L'étude en cours aidera la Commission à préparer les mesures requises par la
suite. L’objectif de la Commission pour 2013 est de rendre compte des
résultats de l'étude puis d'étudier l'opportunité de modifier la directive sur
les fusions transfrontalières.
4.3.
Autoriser les scissions transfrontières
Les scissions au niveau national sont harmonisées depuis un
certain nombre d’années par la directive 82/891/CEE. Toutefois, cette
harmonisation n’a pas encore trouvé sa traduction dans la législation de l’UE
sur les opérations transfrontières, qui n’autorise explicitement que les
fusions transfrontières. Actuellement, les entreprises qui souhaitent procéder
à une scission transfrontière doivent effectuer plusieurs opérations, comme la
création d'une filiale suivie d’un transfert d’actifs, ou une scission
nationale suivie d'un transfert de siège. En outre, la mise en place d’un cadre
juridique définissant clairement les conditions sous réserve desquelles il est
possible d’effectuer directement une scission transfrontière permettrait d’en
réduire sensiblement le coût. En fait, nombreux sont ceux qui souhaitent
l’instauration d’un tel cadre, comme le montrent les résultats de la
consultation publique de 2012[45]. En 2013, une fois connus les résultats de l'étude sur
l'application de la directive sur les fusions transfrontalières, la Commission
envisagera une initiative visant à instaurer un cadre pour les scissions
transfrontières, éventuellement par une modification de ladite directive, dans
la mesure où celle-ci est bien connue des milieux intéressés et a prouvé sa
validité en tant que cadre pour les restructurations transfrontières.
4.4.
Des formes juridiques adaptées aux PME européennes
Les petites et moyennes entreprises (PME) européennes ont un
rôle essentiel à jouer dans le renforcement de l’économie de l’UE, en
particulier dans le contexte de la crise économique. D'importants efforts ont
déjà été faits pour leur faciliter la vie dans un certain nombre de domaines où
elles semblent rencontrer des difficultés, notamment avec les actions
entreprises à la suite du réexamen, en 2011, du «Small Business Act» pour l’Europe[46].
En matière de droit des sociétés, en particulier, la Commission estime que les
PME ont besoin d'une simplification et d’un allègement des conditions
d'exercice de leur activité dans toute l'UE; l’adoption de mesures concrètes en
ce sens reste pour elle une priorité évidente. Les négociations sur la proposition de statut de «société privée
européenne» (SPE) n’ayant guère progressé, il ressort de la consultation
publique de 2012 que les milieux concernés hésitent à les poursuivre. Ils sont
toutefois très désireux de réfléchir à d’autres mesures[47].
La Commission continuera d’explorer les moyens d’améliorer le cadre
administratif et réglementaire applicable aux PME, afin de faciliter leurs
activités transfrontières, d’instaurer à leur intention dans toute l'UE des
règles simples, adaptables et connues de tous et de réduire les coûts qu’elles
assument actuellement. La Commission continuera de travailler sur les suites à donner à
la proposition de statut de SPE, en vue de renforcer les opportunités
transfrontières des PME.
4.5.
Promouvoir et mieux faire connaître les statuts de la société européenne
(SE) et de la société coopérative européenne (SCE)
Le statut de la SE a créé un certain nombre d'avantages pour les
entreprises de dimension européenne; à en juger d’après le nombre de SE
immatriculées (1 426 en octobre 2012)[48],
l’intérêt que suscite cette forme juridique continue de croître. Selon le
rapport de 2010 sur l'application de ce statut[49],
les entreprises qui ont opté pour cette forme juridique ont été motivées par
son image européenne et par la possibilité qu’elle leur offre de transférer
leur siège statutaire et de se restructurer plus efficacement sur une base
transfrontière. Les intéressés se plaignent néanmoins des coûts élevés de
constitution d’une SE, de la complexité des procédures et de l'insécurité
juridique souvent imputables à de nombreux renvois aux législations nationales,
d’un manque de connaissance et d’expérience pratique du statut et de la rigueur
de certains des critères à remplir pour pouvoir créer une SE. De même, en ce
qui concerne la SCE, la Commission prend note, à la suite d’une vaste
consultation[50],
du fait que la complexité du règlement relatif à son statut est considérée
comme l’un des deux facteurs expliquant le recours limité à cet instrument (en
juillet 2012, on ne dénombrait que 25 créations de SCE), l'autre étant
l’ignorance de son existence et la méconnaissance de ses avantages pour les
PME. Les participants à la consultation de 2012 ont eux aussi
approuvé l’idée d’une révision générale des formes juridiques existant au
niveau de l’UE[51].
Toutefois, étant donné que les avantages à attendre d'une révision, en termes
de simplification et d’amélioration de ces deux statuts, ne compenseraient pas
les difficultés que pourrait entraîner la réouverture des débats, la Commission
ne prévoit pas de révision à court terme. Elle s’attachera plutôt à mieux faire
connaître ces statuts aux entreprises et à leurs conseillers juridiques (y
compris les aspects liés à la participation des salariés), afin de les
encourager à opter plus souvent pour l’une ou l’autre de ces formes juridiques. La Commission lancera en 2013 une campagne d'information destinée
à mieux faire connaître le statut de la société européenne (SE), grâce à un
site web complet associant conseils pratiques et documents utiles, et elle
réfléchira aux moyens de mener une action similaire pour promouvoir le statut
de la société coopérative européenne (SCE).
4.6.
Groupes de sociétés
La consultation publique de 2012 a montré que le public était
favorable à des initiatives bien ciblées de l'UE sur les groupes de sociétés[52].
Le rapport du groupe de réflexion[53]
et les autres informations transmises à la Commission avant ou pendant la
consultation ont notamment permis de distinguer deux points importants: une
simplification de la communication de la structure des groupes à l’adresse des
investisseurs et une initiative à l’échelon de l’UE pour la reconnaissance de
la notion d’«intérêt de groupe» seraient jugées bienvenues par les milieux
intéressés. En revanche, l'idée d'un cadre légal complet de l'UE pour les
groupes de sociétés a été accueillie avec circonspection. La Commission proposera en 2014 une initiative visant à améliorer
tant l’information disponible sur les groupes que la reconnaissance de la
notion d’«intérêt de groupe».
5.
Codification
du droit des sociétés de l'UE
Les dispositions du droit européen des sociétés étant
éparpillées entre de nombreux actes juridiques différents, il est difficile
pour les utilisateurs d’avoir une vue d'ensemble claire du droit applicable en
la matière. La multiplicité des directives régissant le droit des sociétés
risque aussi de créer des vides juridiques ou des chevauchements involontaires.
La consultation publique de 2012 montre que l’idée d’une fusion des directives
existantes sur le droit des sociétés rencontre un vif soutien[54].
Plus de 75 % des participants[55]
ont demandé soit la création d'un seul instrument de l'UE sur le droit des
sociétés, dans lequel seraient incorporées les directives existantes, soit
plusieurs fusions de groupes de directives ayant un champ d’application
similaire. Cette approche a également la faveur du Parlement européen[56]. La Commission juge important d’améliorer la lisibilité du droit
des sociétés de l’UE et de réduire les risques d’incohérences. Elle préparera
donc la codification des principales directives sur le droit des sociétés et
leur fusion en un instrument unique. Cet exercice concernera les directives sur
les fusions, sur les scissions, sur la constitution de la société anonyme ainsi
que le maintien et les modifications de son capital, sur les sociétés à
responsabilité limitée à un seul associé et sur les succursales étrangères,
ainsi que certaines dispositions en matière de publicité, de validité et de
nullité[57].
Il intégrera aussi les modifications apportées par la récente directive sur
l'interconnexion des registres du commerce[58].
Les progrès dépendront en partie de l’issue d'initiatives parallèles, telles
que la mise en place du cadre de gestion des crises, qui prévoit des
modifications mineures aux directives actuelles sur le droit des sociétés. La Commission prévoit d'adopter en 2013 une proposition de
codification et de fusion des principales directives en matière de droit des
sociétés.
6.
Conclusion
La Commission a tracé, dans le présent plan d'action, un certain
nombre de lignes d'action concrètes à suivre en matière de droit des sociétés
et de gouvernance d'entreprise pour obtenir de nouvelles améliorations dans ces
domaines. Il s’agit notamment d’initiatives visant à accroître la transparence
entre les sociétés et leurs actionnaires, à encourager et à faciliter
l’implication à long terme des actionnaires et, en matière de droit des
sociétés, à soutenir les entreprises européennes et à favoriser leur croissance
et leur compétitivité. Les initiatives proposées dans le domaine de la
gouvernance d’entreprise ne visent pas à modifier l'approche actuelle, mais à
la rendre plus efficace en promouvant une meilleure interaction entre les
sociétés, leurs actionnaires et les tiers intéressés. Dans le domaine du droit
des sociétés, les initiatives proposées visent notamment à assurer aux sociétés
une plus grande sécurité juridique, en particulier pour les opérations
transfrontières. La Commission continuera de réfléchir avec les milieux
intéressés à d’éventuelles autres mesures à prendre pour que le cadre
réglementaire de l'UE en matière de droit des sociétés et de gouvernance
d'entreprise concoure à la réalisation de son objectif de croissance
intelligente, durable et inclusive. Les initiatives proposées sont résumées en annexe. Les personnes
intéressées qui souhaitent pouvoir en suivre l’évolution de plus près sont
invitées à consulter régulièrement le site web de la Commission: http://ec.europa.eu/internal_market/company/index_fr.htm
Annexe: synthèse des principales initiatives prévues
dans le présent plan d'action Initiative || Instrument et calendrier prévisionnel Publication de la politique de diversification du conseil d'administration ou de surveillance et des mesures de gestion des risques || Modification de la directive comptable, 2013 Amélioration de la visibilité des participations détenues dans les sociétés cotées en Europe || Législation régissant les valeurs mobilières, 2013 Amélioration de la qualité de l'information sur la gouvernance d'entreprise, et en particulier des explications à fournir par les sociétés cotées qui s'écartent des codes en la matière || Éventuellement une initiative non législative, 2013 Publicité des politiques en matière de vote et d'engagement des actionnaires ainsi que des votes antérieurs des investisseurs institutionnels || Éventuellement dans le cadre de la directive sur les droits des actionnaires, 2013 Amélioration de la transparence des politiques de rémunération et des rémunérations individuelles des administrateurs, et octroi aux actionnaires du droit de vote sur la politique de rémunération Amélioration du contrôle par les actionnaires des transactions avec des parties liées Amélioration des règles en matière de transparence et de conflits d'intérêts applicables aux conseillers en vote (proxy advisors) Collaboration étroite avec les autorités nationales compétentes et l'AEMF en vue d’élaborer des orientations pour renforcer la sécurité juridique quant à l’articulation entre la coopération des investisseurs sur les questions de gouvernance d'entreprise et les dispositions relatives à l’action «concertée» || Orientations, 2013 Amélioration de l’information sur les statuts de la société européenne (SE) (et notamment sur la participation des salariés) et éventuellement sur le statut de la société coopérative européenne (SCE) || Campagne d’information, 2013 Poursuite des travaux de la Commission sur les suites à donner à la proposition de statut de SPE, en vue de renforcer les opportunités transfrontières des PME || Poursuite des réflexions Recensement des obstacles à l’actionnariat des salariés dans les États membres || Analyse en cours Règles sur le transfert du siège statutaire dans un autre État membre || Poursuite des consultations en 2013, et proposition éventuelle d’une initiative Révision des règles sur les fusions transfrontières || Réalisation d’une étude en 2013 et modification éventuelle de la directive sur les fusions transfrontalières Réglementation des scissions transfrontières Codification des principales directives en matière de droit des sociétés || Proposition de directive codifiée sur le droit des sociétés, 2013 Amélioration de l’information disponible sur les groupes et reconnaissance de la notion d’«intérêt de groupe» || Initiative à déterminer, 2014 [1] Communication
de la Commission «EUROPE 2020 - Une stratégie pour une croissance intelligente,
durable et inclusive», COM(2010) 2020 final, p.16-17. [2] Communication
de la Commission au Conseil et au Parlement européen «Modernisation du droit
des sociétés et renforcement du gouvernement d'entreprise dans l'Union
européenne - Un plan pour avancer», COM(2003) 284 final. [3] Ce
document peut être consulté à l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/consultation/consultation_en.pdf. [4] Directive 78/660/CEE. [5] Directive 2007/36/CE. [6] Directive 2005/56/CE. [7] Recommandations
de la Commission 2005/162/CE et 2004/913/CE. [8] Voir
la directive 2006/68/CE modifiant la directive 77/91/CEE. [9] Voir
les directives 2007/63/CE et 2009/109/CE modifiant les directives 78/855/CEE et
82/891/CEE. [10] Principes
de gouvernement d’entreprise de l’OCDE, 2004, p. 11, disponible sur: http://www.oecd.org/fr/daf/affairesdentreprises/principesdegouvernementdentreprise/31652074.PDF.
Le cadre de gouvernance d’entreprise de l’UE englobe la législation relative,
notamment, aux déclarations de gouvernance d'entreprise, à la transparence des
sociétés cotées, aux droits des actionnaires et aux offres publiques d’achat,
ainsi que des dispositions non contraignantes («soft law») comme les
recommandations relatives au rôle et à la rémunération des dirigeants des
sociétés. [11] Voir infra, point 2.2. [12] COM(2010) 284 final. [13] COM(2011) 453 final et COM(2011) 452 final. [14] COM(2011) 164 final,
disponible à l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/modern/com2011-164_en.pdf#page=2. [15] Voir
le compte rendu du 15 novembre 2011 ainsi que les réponses reçues à l’adresse
suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/corporate-governance-framework_en.htm,
ci-après dénommé le «compte rendu des réponses au Livre vert de 2011». [16] Résolution
du Parlement européen du 29 mars 2012 sur un cadre de gouvernance d'entreprise
pour les sociétés européennes, P7_TA(2012)0118, point 41: http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2012-0118+0+DOC+XML+V0//FR. [17] Le
champ d'application du droit des sociétés de l'UE couvre la protection des
intérêts des actionnaires et des tiers, la constitution et le maintien du
capital des sociétés anonymes, la publicité des succursales, les fusions et les
scissions, des règles minimales concernant les sociétés à responsabilité
limitée à un seul associé et les droits des actionnaires, ainsi que les formes
juridiques telles que la société européenne (SE), le groupement européen
d'intérêt économique (GEIE) et la société coopérative européenne (SCE). [18] Voir,
par exemple, le document COM(2008) 194 du 17.4.2008. [19] Rapport
disponible à l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/modern/reflectiongroup_report_en.pdf. [20] Voir
à l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/index_en.htm#conference. [21] Le
texte de la consultation est disponible à l’adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/consultations/2012/company_law_en.htm. [22] Résolution
du Parlement européen du 14 juin 2012 sur l’avenir du droit européen
des sociétés, P7_TA(2012)0259: http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2012-0259+0+DOC+XML+V0//FR. [23] Voir
le compte rendu du 17 juillet 2012 et les réponses reçues à l’adresse suivante:
http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/index_fr.htm#conference
[24] Selon
la structure (unitaire, mixte ou duale) des instances dirigeantes de la
société. [25] Voir
le compte rendu des réponses au Livre vert de 2011. [26] Voir
xxxx [27] Directive
78/660/CEE. [28] Étude
sur les systèmes de contrôle et la mise en place des règles de gouvernement
d’entreprise au sein des États membres de l’UE, disponible à l’adresse http://ec.europa.eu/internal_market/company/ecgforum/studies_fr.htm [29] Voir
le compte rendu des réponses au Livre vert de 2011. [30] Les
règles de publicité actuelles applicables aux organismes de placement collectif
en valeurs mobilières (OPCVM) et aux gestionnaires de fonds d'investissement
alternatifs (ci-après «les gestionnaires») exigent seulement de fournir aux
investisseurs des informations sur les objectifs et la politique
d'investissement, y compris et en particulier sur le profil de risque, les
performances passées et escomptées et les différents coûts; voir les directives
2009/65/CE et 2011/61/UE. [31] Voir
à l'adresse suivante: http://www.frc.org.uk/getattachment/e2db042e-120b-4e4e-bdc7-d540923533a6/UK-Stewardship-Code-September-2012.aspx,
en particulier les principes 1 et 6. [32] Voir
à l'adresse suivante: http://www.eumedion.nl/en/public/knowledgenetwork/best-practices/best_practices-engaged-share-ownership.pdf,
notamment la meilleure pratique n° 6. [33] Voir
à l'adresse suivante: http://www.efama.org/Publications/Public/Corporate_Governance/11-4035%20EFAMA%20ECG_final_6%20April%202011%20v2.pdf,
en particulier les principes 1, 5 et 6. [34] Voir
à l'adresse suivante: https://www.icgn.org/images/ICGN/Best%20Practice%20Guidance%20PDFS/short_version_-_icgn_global_corporate_governance_principles-_revised_2009.pdf,
en particulier le point 9.5. Voir aussi: https://www.icgn.org/files/icgn_main/pdfs/best_practice/inst_share_responsibilities/2007_principles_on_institutional_shareholder_responsibilities.pdf,
notamment p. 12. [35] Directive
2007/36/CE. [36] Des
règles spécifiques sur les rémunérations au sein des établissements financiers
ont déjà été adoptées dans le cadre du paquet CRDIII et sont en vigueur depuis
janvier 2011. Sachant qu’une gestion inappropriée des risques et le
court-termisme à outrance dans les établissements financiers peuvent créer des
risques systémiques et affecter l'ensemble de l'économie, il est important
d'appliquer des politiques de rémunération saines qui n’encouragent pas ni ne
récompensent les prises de risque excessives. [37] Voir
le compte rendu des réponses au Livre vert de 2011. [38] Voir
le rapport de la Commission COM(2010) 285 final, p. 5 et 8. Disponible à
l’adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/directors-remun/com-2010-285-2_fr.pdf. [39] Voir
l’article 43, paragraphe 1, point 7 ter, de la
directive 78/660/CE et l’article 34, paragraphe 7 ter,
de la directive 83/349/UE. [40] Déclaration
du Forum européen du gouvernement d'entreprise sur les transactions entre
parties liées pour les sociétés cotées, du 10 mars 2011, disponible à
l'adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/ecgforum/ecgf_related_party_transactions_en.pdf. [41] Voir:
http://www.esma.europa.eu/content/Discussion-Paper-Overview-Proxy-Advisory-Industry-Considerations-Possible-Policy-Options.
La synthèse des réponses reçues et la position de l'AEMF seront publiées
prochainement. [42] 373
réponses sur 496 au total (337 en faveur d’une directive, 36 en faveur d'autres
mesures); voir le compte rendu des réponses du 17 juillet 2012, ainsi que les
réponses reçues, à l’adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/index_fr.htm#consultation2012
[43] Arrêt dans l’affaire C-378/10, VALE, point 34. [44] 331
réponses sur 496 au total. [45] 318
réponses sur 496 au total. [46] COM(2011) 78
du 23.2.2011. [47] 251
réponses sur 496 au total. [48] Voir
http://ecdb.worker-participation.eu/ [49] Ce
document est disponible à l’adresse suivante: http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2010:0676:FIN:FR:PDF. [50] Voir
http://ec.europa.eu/enterprise/policies/sme/public-consultation/past-consultations/index_fr.htm [51] 61 %
(307 sur un total de 496) s’y sont déclarés favorables. [52] Voir
le compte rendu du 17 juillet 2012 et les réponses reçues à l’adresse suivante:
http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/index_fr.htm#consultation2012
[53] Pour
plus de détails, voir le rapport du groupe de réflexion, pages 59 à 75, à
l’adresse suivante: http://ec.europa.eu/internal_market/company/docs/modern/reflectiongroup_report_en.pdf
[54] Voir
le compte rendu du 17 juillet 2012 et les réponses reçues à l’adresse suivante:
http://ec.europa.eu/internal_market/company/modern/index_fr.htm#consultation2012
[55] 376
réponses sur 496 au total. [56] Résolution
du Parlement européen du 14 juin 2012 sur l’avenir du droit européen
des sociétés, point 10, P7_TA(2012)0259: http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2012-0259+0+DOC+XML+V0//FR. [57] Directives
77/91/CEE, 82/891/CEE, 89/666/CEE, 2005/56/CE, 2009/101/CE, 2009/102/CE et
2011/35/UE. [58] Directive
2012/17/UE.