COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL sur les moyens concrets de renforcer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, y compris en ce qui concerne les pays tiers /* COM/2012/0351 final */
COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET
AU CONSEIL sur les moyens concrets de renforcer la lutte contre la
fraude et l’évasion fiscales, y compris en ce qui concerne les pays tiers 1. Introduction La fraude et l’évasion fiscales limitent la capacité des
États membres à percevoir des recettes et à mettre en œuvre leur politique
économique. En période d’assainissement budgétaire, où de nombreux États
membres doivent réduire leurs dépenses et augmenter leurs recettes, la fraude
et l’évasion fiscales rendent encore plus difficile la conduite de la politique
budgétaire[1].
Les estimations concernant l’importance de l’économie souterraine dans l’Union
européenne (UE), qui représenterait près d’un cinquième du PIB, donnent une
première indication de l’ampleur du problème. Figure 1: estimation de l’importance de l’économie
souterraine en 2011 (en % du PIB)[2] En outre, plusieurs dizaines de milliards d’euros se
trouvent dans des juridictions offshore, souvent non déclarés et non imposés,
ce qui réduit les recettes fiscales nationales. Vu l’ampleur de ce phénomène, l’intensification
de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales n’est pas qu’un problème de
recettes; il s’agit aussi d’une question d’équité. Il est important de garder à
l’esprit que, d’une manière générale, la grande majorité des contribuables de l’UE
s’efforcent de respecter leurs obligations fiscales. Tout particulièrement en
cette période économique difficile, ces contribuables honnêtes ne doivent pas
subir des hausses d’impôts destinées à compenser les pertes de recettes dues
aux fraudeurs et à ceux qui éludent l’impôt. Il convient donc de mettre l’accent
sur la lutte contre la fraude et l’évasion. La présente communication n’aborde
pas la question du travail au noir en tant que tel, bien qu’il puisse se
produire dans le cadre de la fraude en matière de fiscalité indirecte; l’approche
relative à la lutte contre le travail au noir a été exposée dans le document
COM(2007) 628. Les avantages découlant de la résolution de ces problèmes peuvent
être considérables. Selon les estimations, les initiatives récentes visant à
encourager le respect spontané des règles prises dans le cadre du G20 ont
permis de récolter, à elles seules, 10 milliards d’euros sur deux ans dans les
États membres de l’UE concernés[3].
En réduisant la fraude et l’évasion, les États membres peuvent augmenter leurs
recettes fiscales, ce qui leur donnera également une plus grande marge de
manœuvre pour restructurer leurs systèmes fiscaux d’une manière propice à la
croissance, comme le préconise l’examen annuel de la croissance pour 2012[4]. Au cours des dernières années, le défi posé par la fraude et
l’évasion fiscales a considérablement gagné en importance. La mondialisation de
l’économie, l’évolution technologique, l’internationalisation de la fraude et l’interdépendance
des autorités fiscales des États membres qui en résulte montrent les limites
des approches purement nationales et renforcent la nécessité d’une action
commune. Le 2 mars 2012, le Conseil européen a par conséquent invité
le Conseil et la Commission à définir rapidement des moyens concrets pour
améliorer la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, y compris en ce qui
concerne les pays tiers, et à faire rapport en la matière en juin 2012 au plus
tard. En avril, le Parlement européen a adopté une résolution qui fait écho à
la nécessité urgente d’agir dans ce domaine. Un accroissement de l’efficience et de l’efficacité de la
perception de l’impôt est donc crucial. Il convient d’agir à trois niveaux pour
régler les problèmes que posent la fraude et l’évasion fiscales. Tout d’abord,
la perception de l’impôt doit être améliorée au sein de chaque État membre.
Ensuite, il est nécessaire de renforcer la coopération transfrontière entre les
administrations fiscales des États membres. Enfin, l’Union européenne doit
avoir une politique claire et cohérente à l’égard des pays tiers pour
promouvoir ses normes au niveau international et assurer des conditions de
concurrence équitables. La coopération au niveau de l’UE apporte une valeur
ajoutée dans chacun de ces trois domaines. La présente communication expose la manière dont il est
possible d’améliorer le respect des obligations fiscales et de réduire la
fraude et l’évasion, grâce à une meilleure utilisation des instruments existants
et à l’adoption des propositions de la Commission toujours en suspens. Elle
recense également les domaines dans lesquels la coordination ou des mesures
législatives supplémentaires seraient bénéfiques à l’UE et aux États membres.
Il s’agit de cibler non seulement les activités frauduleuses et l’évasion
fiscale, mais aussi la planification fiscale agressive. La planification
fiscale agressive inclut le recours à des structures ou opérations
artificielles et l’exploitation des différences entre régimes fiscaux ayant
pour effet de mettre à mal les règles fiscales des États membres et d’aggraver
la perte de recettes fiscales. 2. Collecte plus efficace de l’impôt dans les
États membres Les États membres sont entièrement souverains en ce qui
concerne la collecte de l’impôt, le fonctionnement et la cohérence de leurs
législation et administrations fiscales, le recouvrement de l’impôt et la lutte
contre la fraude fiscale. Toutefois, les mesures nationales (ou leur absence) ont une
incidence directe sur le fonctionnement du marché intérieur dans son ensemble,
car elles peuvent entraîner des distorsions de concurrence entre les
entreprises de l’UE, et sur la capacité des États membres à tenir les
engagements du pacte de stabilité et de croissance. L’importance de la politique fiscale pour l’assainissement
budgétaire et la croissance a été clairement reconnue dans le processus du
semestre européen[5]
et le pacte pour l’euro plus[6].
Le G20 l’a également soulignée. L’inefficacité et l’inefficience de la collecte
de l’impôt entravent la mise en place d’un assainissement budgétaire juste et
ambitieux. La vaste analyse réalisée par la Commission dans le contexte
du semestre européen, qui a donné lieu à des recommandations à la fois pour
chaque État membre et pour les pays de la zone euro dans son ensemble, a mis en
évidence le fait que de nombreux États membres sont confrontés à des problèmes
réels et considérables d’évasion fiscale, parfois liés à la faiblesse de leur
capacité administrative. Des recommandations par pays en la matière ont été
adressées à dix États membres[7]. Le renforcement de la lutte contre la fraude et l’évasion
fiscales, qui figure dans certaines recommandations par pays, permettra d’accroître
les recettes fiscales et donc de soutenir les réformes structurelles
nécessaires. Ce renforcement peut aussi aider les États membres à mettre en
œuvre les autres recommandations fiscales propices à la croissance, et
notamment à réduire les coûts de conformité fiscale pour les entreprises. Les données sur le ratio des recettes de TVA dans les États
membres illustrent l’ampleur de la sous-perception des recettes. Si les taux
réduits de TVA et les exonérations de la taxe expliquent en partie cet écart,
le fait que les États membres ne collectent qu’une partie des recettes
théoriques de la TVA est également imputable à l’évasion fiscale. Figure 2: recettes de TVA effectives en 2010
(exprimées en % des recettes théoriques au taux normal)[8] Les problèmes auxquels les administrations fiscales sont
confrontées sont également mis en évidence par les coûts administratifs
considérables liés à la perception de l’impôt. Figure 3: coûts administratifs/perception des
recettes nettes (coût en EUR par 100 EUR de recettes)[9] Dans ce contexte, il existe d’ores
et déjà des programmes d’assistance technique spécifiques[10],
et la Commission invite les États membres à y recourir lors de la conception
des programmes destinés à améliorer le fonctionnement de leurs administrations
fiscales ainsi qu’à renforcer la capacité administrative et le respect des
obligations fiscales. Pour l’avenir, il est nécessaire de disposer d’un
successeur efficace au programme Fiscalis, pour améliorer le bon fonctionnement
des systèmes fiscaux dans le marché intérieur. La Commission estime également qu’il importe de continuer à
aider les États membres à déceler les faiblesses inhérentes à leurs
administrations fiscales et de les soutenir dans la résolution des problèmes
spécifiques, d’assurer l’échange des meilleures pratiques et également de
définir des méthodes d’étalonnage des performances pour évaluer les fonctions
essentielles de la perception de l’impôt et des contrôles. 3. Meilleure coopération transfrontière entre
les administrations fiscales de l’UE Le processus d’intégration européenne a renforcé l’intégration
des économies de tous les États membres, avec un volume élevé de transactions
transfrontières et une diminution des coûts et des risques liés à ces
transactions, ce qui pose de nouveaux défis aux administrations fiscales
nationales dans le domaine de la coopération et de l’échange d’informations. 3.1. Utilisation optimale des instruments
juridiques existants La coopération transfrontière entre les administrations
fiscales des États membres ne peut être vraiment efficace sans confiance
mutuelle et solidarité entre les États membres. Ce n’est que s’ils sont prêts à
s’entraider que les États membres peuvent espérer tirer profit de tous les
avantages de la coopération. L’expérience de la directive «Épargne»[11]
démontre les avantages d’une telle coopération. En moyenne, les pays de la
source envoient chaque année aux pays de résidence plus de 4 millions d’enregistrements,
qui correspondent en moyenne à 20 milliards d’euros de revenus de l’épargne. Une série d’instruments juridiques importants dans le domaine
de la coopération administrative ont été adoptés au cours des dernières années,
tant pour la fiscalité directe que pour la fiscalité indirecte[12].
Toutefois, leur utilisation effective et globale par les États membres n’est
pas encore une réalité. La Commission soutient les États membres dans leurs efforts,
en leur fournissant les outils et instruments pratiques dont ils ont besoin
pour une coopération administrative efficace. Elle a déjà mis au point des
formats électroniques pour l’échange d’informations et des canaux de
communication sécurisés devront être mis à jour et élargis en permanence pour
couvrir d’autres types de revenus. La Commission suivra de près la bonne
application, par tous les États membres, des règles et procédures convenues en
commun. 3.2. Autres moyens concrets de renforcer la
coopération 3.2.1. Renforcer les outils existants Le 13 novembre 2008, la Commission européenne a
adopté une proposition de modification de la directive «Épargne» en vue de
combler les lacunes existantes et de mieux prévenir l’évasion fiscale. Les deux
principales lacunes relevées sont l’utilisation de structures intermédiaires
non imposées pour dissimuler le bénéficiaire effectif réel et le recours à des
instruments et autres produits financiers innovants (par exemple des produits
de détail structurés et des enveloppes d’assurance) non couverts par la
directive. Le deuxième réexamen de la directive «Épargne» a confirmé l’utilisation
généralisée de structures offshore non taxées comme intermédiaires entre le payeur
et le bénéficiaire final afin de dissimuler le bénéficiaire effectif réel. En
effet, 35 % des dépôts non bancaires dans les États membres (65 % des
dépôts dans les pays ayant conclu un accord dans le domaine de l’épargne) sont
détenus par des structures de ce type établies dans des juridictions offshore.
Le réexamen a également révélé qu’au cours des dernières années, le marché des
produits financiers structurés (encours actuel des ventes de 767,3 milliards d’euros)
a augmenté en moyenne de plus de 30 % par an. Les États membres approuvent
l’essentiel du contenu de la proposition de modification, et il est primordial
que ces modifications soient désormais adoptées sans délai. L’UE doit montrer
son aptitude à s’attaquer à ces problèmes, ce qui la placera également dans une
meilleure position pour demander aux autres pays des améliorations
équivalentes. 3.2.2. Intensifier l’échange d’informations L’échange d’informations fournit aux administrations
fiscales des données extrêmement précieuses sur les revenus perçus et les
actifs détenus par leurs contribuables, qui peuvent également se révéler
particulièrement utiles aux fins de l’analyse de risque et servir d’incitation
au respect volontaire des règles. Il convient d’encourager le recours à l’échange
automatique d’informations là où il est le plus utile. La Commission a établi
des formats informatiques pour les revenus de l’épargne et est en train de
mettre au point de nouveaux formats concernant les revenus couverts par la
directive 2011/16/UE en vue de la mise en œuvre d’un échange automatique d’informations
sûr et renforcé dans l’UE. L’UE a un rôle essentiel à jouer dans
la promotion de sa norme d’échange automatique d’informations, de façon à
soutenir l’élaboration de normes internationales concernant la transparence et
l’échange d’informations en matière fiscale. Pour que les informations échangées puissent être utilisées
immédiatement, il est essentiel d’améliorer l’identification des contribuables.
L’expérience acquise dans les États membres montre que les informations peuvent
être mises en concordance de manière bien plus adéquate lorsqu’un numéro d’identification
fiscale (NIF) est communiqué et utilisé comme identificateur unique. C’est
pourquoi la Commission va procéder à une analyse d’impact en vue de proposer,
le cas échéant, l’attribution d’un NIF européen à chaque contribuable engagé
dans une activité transfrontière. Il convient également d’étudier la
possibilité de donner aux administrations fiscales des États membres un accès
réciproque direct aux parties des bases de données nationales pertinentes,
ainsi qu’une extension du champ d’application de l’accès automatisé dans le
domaine de la TVA. 3.2.3. Agir sur les tendances et les mécanismes de
fraude et d’évasion fiscales Il est essentiel de mettre au point et de partager des
outils, systèmes et méthodes de travail qui permettent de déceler les tendances
et mécanismes en matière de fraude et d’évasion fiscales, ainsi que de détecter
les fraudeurs individuels dans un contexte transfrontière. À cette fin, la
Commission poursuivra ses travaux sur l’extension rapide de réseau Eurofisc et
de son système d’alerte précoce au domaine de la fiscalité directe, ainsi que
sur l’amélioration des techniques de gestion des risques. Elle proposera
également un mécanisme de réaction rapide pour la fraude à la TVA. La Commission entend également définir une stratégie pour
lutter contre la planification fiscale agressive. Elle examinera les moyens d’améliorer
l’accès à l’information sur les flux financiers, de façon à rendre plus facile
le suivi des paiements importants effectués par le biais de comptes bancaires
offshore. Il convient d’envisager la création, au sein de l’UE, d’équipes d’auditeurs
consacrées à la fraude fiscale transfrontière. Il importe en outre d’encourager
les audits conjoints réguliers par un recours intensif aux dispositions
juridiques existantes relatives aux contrôles simultanés et à la présence de
fonctionnaires étrangers dans un autre État membre[13]. 3.2.4. Assurer un niveau élevé de respect des
règles par les contribuables L’amélioration du respect des règles par les contribuables[14]
est un élément important de toute stratégie efficace de lutte contre la fraude
et l’évasion fiscales. Pour renforcer le respect des règles aux niveaux
national et transfrontière, il faut que les contribuables soient mieux
sensibilisés aux règles fiscales de l’UE et des États membres. Des outils tels
qu’un PORTAIL INTERNET unique SUR LA FISCALITÉ, couvrant l’ensemble des impôts
et taxes et destiné à tous les contribuables, de même qu’un guichet unique pour
les contribuables non-résidents dans les États membres permettraient aux
contribuables concernés d’accomplir plus facilement leurs obligations fiscales.
Dans le domaine de la TVA, la Commission est en train de mettre en place une
plateforme de dialogue, appelée «Forum de l’UE sur la TVA», regroupant les
autorités fiscales et les représentants du monde des entreprises. Ce forum
créera les conditions nécessaires à un fonctionnement plus harmonieux du
système actuel de TVA, en visant à améliorer le respect spontané des règles. Le respect des règles par les contribuables pourrait être
encouragé de diverses manières. L’une de celles-ci consiste à simplifier les
règles et à réduire les coûts de conformité pour les contribuables. Les coûts
administratifs que les entreprises doivent supporter pour se conformer au code
fiscal varient considérablement selon les États membres. Étant donné que ces
coûts et le temps nécessaire sont proportionnellement beaucoup plus importants
pour les petites entreprises, la réduction de la complexité administrative et
le recours accru aux outils en ligne permettraient d’améliorer la collecte de l’impôt
et de renforcer la compétitivité de nombreuses entreprises européennes. Les administrations fiscales devraient également envisager
de compléter leur approche fondée sur les contrôles par une approche de
service. Elles pourraient aussi créer des incitations sous la forme de
programmes de divulgation volontaire et encourager leurs contribuables à corriger
spontanément leurs erreurs. Dans l’esprit de la responsabilité sociale des
entreprises[15],
la Commission élaborera une charte des contribuables. Dans une économie mondialisée, où les contribuables
contrevenants peuvent peser les risques d’être démasqués et sanctionnés dans
différentes juridictions, il est utile d’envisager, en ce qui concerne certains
types de délits fiscaux, un niveau commun minimal de sanction à l’encontre des
personnes qui se rendent coupables de fraude et d’évasion fiscales, y compris des
sanctions administratives et pénales. La lutte contre la fraude est un des
domaines prioritaires recensés dans la communication de la Commission intitulée
«Vers une politique de l’UE en matière pénale»[16].
La Commission proposera des règles pour renforcer la lutte contre la fraude
touchant les intérêts financiers de l’UE au moyen du droit pénal. 3.2.5. Renforcer la gouvernance fiscale Un contribuable qui se livre à la fraude à la TVA
éludera souvent aussi l’impôt sur les entreprises ou sur les revenus, et
inversement. Il est donc essentiel de viser une approche plus coordonnée entre
la fiscalité directe et la fiscalité indirecte. Sans ignorer les spécificités
des différents impôts et taxes, il convient de s’inspirer des divers mécanismes
et méthodes de travail dans les différents domaines pour améliorer l’efficacité
de la lutte contre la fraude fiscale dans tous les domaines. Il importe de promouvoir une plus grande convergence des
outils et systèmes dans les domaines de la fiscalité directe et indirecte, par
exemple en prévoyant une présentation identique pour les parties communes des
formulaires. À moyen terme, la Commission envisagera la possibilité de proposer
un instrument juridique unique pour la coopération administrative concernant
tous les types d’impôts et taxes, afin d’assurer l’intégration et la cohérence
totales des mécanismes de coopération. Étant donné que la fraude fiscale est souvent liée à d’autres
formes de criminalité, il est important de renforcer la coopération entre les
administrations fiscales et les autres autorités, en particulier celles
chargées de la lutte contre le blanchiment d’argent et de la sécurité sociale
et les autorités judiciaires, au niveau tant national qu’international. Sur le
plan national, il est nécessaire d’assurer un niveau satisfaisant de
coopération entre tous les services répressifs, en ce qui concerne non
seulement la fraude et l’évasion fiscales, mais aussi la criminalité fiscale[17][18].
La coopération en matière de criminalité fiscale peut également être assurée par
l’intermédiaire d’Europol[19].
La Commission peut faciliter la coordination dans les domaines concernés par l’utilisation
commune des programmes existants et de ceux qui leur succéderont. 4. Politique cohérente à l’égard des pays
tiers L’UE dispose d’une politique claire et cohérente sur les
principes de bonne gouvernance dans le domaine fiscal (transparence, échange d’informations
et concurrence fiscale loyale), mais elle doit veiller à promouvoir cette
politique de façon plus méthodique, non seulement en son sein, mais aussi à l’égard
des pays tiers. 4.1. Garantir l’application de normes
équivalentes par les pays tiers L’application effective et harmonieuse des mesures
renforcées en matière de fiscalité de l’épargne au niveau de l’UE bénéficierait
grandement du renforcement des mesures équivalentes en vigueur avec nos grands
partenaires. Des centres financiers bien connus et bénéficiant d’une
large publicité, qui disposent de lois très poussées en matière de secret
bancaire, continuent de dominer le marché international des dépôts
transfrontières. Avec un total de 1 352 milliards d’USD de dépôts non
bancaires, les Îles Caïmans et la Suisse représentent, à elles seules, près de
20 % de l’ensemble des dépôts mondiaux de ce type. Graphique 4: évolution des dépôts non bancaires
étrangers auprès des banques de certains grands centres financiers situés en
dehors de l’UE (en millions d’USD)[20] Par conséquent, le Conseil devrait rapidement donner mandat
à la Commission, et lui apporter son soutien, pour négocier des modifications
des accords dans le domaine de la fiscalité de l’épargne que l’UE a conclus
avec la Suisse, le Liechtenstein, l’Andorre, Monaco et Saint-Marin. Aligner ces
accords sur les nouvelles normes qui seront appliquées dans l’UE à la suite des
modifications à apporter à la directive «Épargne» devrait permettre de
nouvelles avancées dans la mise en place de mesures équivalentes régissant les
relations avec ces juridictions. Une démarche identique devrait être adoptée
pour mettre à jour les accords de ce type conclus avec les territoires
dépendants et associés concernés. Il convient d’accorder une attention
particulière à l’évolution de la situation internationale concernant les
centres financiers à travers le monde entier. Ensemble, toutes ces mesures renforceraient considérablement
la capacité des États membres à collecter les impôts sur les revenus d’investissement
de leurs résidents. Les accords bilatéraux récemment conclus avec la Suisse par
le Royaume-Uni et l’Allemagne donnent une indication des actifs non taxés
détenus en Suisse. Les avances prévues en application de ces accords s’élevaient
à 500 millions de francs suisses pour le Royaume-Uni et à 2 milliards
de francs suisses pour l’Allemagne. Les montants effectifs de la régularisation
devraient dépasser 1,3 milliard de francs suisses pour le Royaume-Uni et
4 milliards de francs suisses pour l’Allemagne. Le Royaume-Uni estime que
la régularisation pourrait lui rapporter entre 4 et 7 milliards de
livres sterling. Cette estimation donne une indication de l’ampleur du problème
pour l’UE dans son ensemble. Il ressort des conclusions du deuxième réexamen de la
directive «Épargne» que le renforcement des accords existants conformément aux
modifications proposées de la directive permettrait d’inclure les fonds détenus
sur des comptes fiduciaires. Il s’agit de comptes sur lesquels la banque de l’investisseur
redépose des fonds en son nom propre dans une autre juridiction. Dans le cas de
la Suisse, les fonds détenus sur ces comptes fiduciaires représentent 4,5 fois
les fonds détenus directement par les investisseurs concernés. 4.2. Promouvoir les normes de l’UE au niveau
international Il importe d’assurer une meilleure cohérence entre les
politiques de l’UE en général, de sorte que les partenaires de l’UE dans le
cadre des accords internationaux en matière de coopération et de commerce s’engagent
à respecter les principes de bonne gouvernance dans le domaine fiscal,
conformément aux conclusions du Conseil de 2008[21].
Ces principes doivent continuer à être inclus dans tous les accords pertinents
conclus avec les pays tiers au niveau de l’Union et être encouragés par des
mesures d’incitation dans le cadre de la coopération au développement, comme la
Commission l’a exposé dans sa communication de 2009 intitulée «Encourager
la bonne gouvernance dans le domaine fiscal»[22]
et dans sa communication de 2010 intitulée «Fiscalité et développement –
Coopérer avec les pays en développement afin d’encourager la bonne gouvernance
dans le domaine fiscal»[23].
Le Conseil devrait également approuver rapidement le projet
d’accord UE/Liechtenstein sur la lutte antifraude et les questions de
coopération fiscale et donner mandat à la Commission pour ouvrir des
négociations similaires avec l’Andorre, Monaco, Saint-Marin et la Suisse. En
outre, il convient d’étudier les possibilités de conclure avec des pays tiers
des accords multilatéraux concernant la coopération administrative dans le
domaine de la fiscalité indirecte, ainsi que la participation de pays tiers aux
contrôles simultanés. Les évolutions récentes au niveau international en ce qui
concerne le Foreign Account Tax Compliance Act (FACTA) des États-Unis
ouvrent de nouvelles perspectives pour le renforcement de l’échange automatique
d’informations entre les États membres et les pays tiers et, partant, pour l’amélioration
de la transparence au niveau mondial. Enfin, il faut améliorer la coopération avec les autres
organisations internationales en vue de promouvoir les intérêts communs et d’éviter
les doubles emplois, ainsi que de créer des synergies au bénéfice des
institutions financières et des administrations fiscales[24].
Les États membres devraient être en mesure d’utiliser un seul ensemble d’outils
et instruments à la fois au sein de l’UE et dans leurs relations avec les pays
tiers. À cette fin, la Commission promeut des outils pratiques avancés de l’Union
européenne (y compris des formats électroniques) afin d’assurer leur
utilisation par les pays tiers, en particulier dans les relations avec les
États membres de l’UE. 4.3. Voie à suivre pour aborder la question des
paradis fiscaux et de la planification fiscale agressive Les paradis fiscaux, parfois également appelés «juridictions
non coopératives», désignent communément des juridictions qui sont en mesure de
financer leurs services publics sans prélever d’impôt sur les revenus, ou en ne
taxant ces derniers que très faiblement, et qui se présentent comme des
endroits permettant aux non-résidents d’échapper à l’impôt dans leur pays de
résidence. L’OCDE a relevé trois éléments caractéristiques de l’existence d’un
paradis fiscal: i) absence d’échange effectif d’informations, ii) manque de
transparence et iii) absence d’obligation de mener des activités
significatives. En outre, ces juridictions offrent souvent un traitement fiscal
préférentiel aux non-résidents afin d’attirer les investissements provenant d’autres
pays. Les paradis fiscaux pratiquent donc une concurrence déloyale et
compliquent la tâche des autres pays qui souhaitent imposer leurs résidents de
manière équitable. Des travaux intensifs sont en cours pour éliminer bon nombre
des caractéristiques dommageables des paradis fiscaux. L’adoption quasi
universelle de règles très poussées en matière d’échange d’informations sur
demande et de transparence, à la suite de la relance du Forum mondial de l’OCDE
sur la transparence et de l’échange d’informations à des fins fiscales, a
constitué une avancée considérable. Toutefois, bien que de nombreux anciens
«paradis fiscaux» se soient engagés à respecter ces principes, on commence à peine
à examiner si ces engagements ont été tenus dans la pratique. En outre, le
Forum ne s’occupe pas de la question de la «concurrence fiscale équitable»,
principe que l’UE défend en son sein par l’intermédiaire du code de conduite
dans le domaine de la fiscalité des entreprises[25].
La promotion de cette notion auprès des pays tiers présente un intérêt à la
fois pour l’OCDE et pour l’UE. Les paradis fiscaux restent susceptibles de porter atteinte
aux intérêts des États membres. La charge des coûts de conformité
supplémentaires dus à l’action non coordonnée des États membres pour protéger
leurs assiettes fiscales est supportée par tous les contribuables. De même,
lorsque des recettes fiscales sont perdues en raison du détournement de l’assiette
d’imposition vers des paradis fiscaux et que les taux de taxation sont
augmentés pour compenser l’érosion de cette assiette d’imposition, c’est l’ensemble
des contribuables qui en souffre. Au-delà des questions spécifiques liées aux paradis fiscaux,
la Commission entend contribuer à la mise place dans l’UE d’un environnement
fiscal sain et juste (pour les États membres, les contribuables et les
investisseurs), dans lequel le problème de l’érosion des assiettes d’imposition
est traité de manière efficace (au sein de l’UE et dans les relations avec les
pays tiers). Il importe que des mesures prises par des pays tiers ne viennent
pas compromettre les avantages découlant de cet environnement. Les moyens d’action
envisageables dans cette perspective sont actuellement à l’étude, l’objectif
étant de présenter un plan d’action vers la fin de l’année. Il s’agit d’établir
une série de mesures, de procédures et d’outils en vue d’une action coordonnée,
lesquels pourraient inclure un mélange de mesures de défense ou de sanctions
contre les pays qui pratiquent une concurrence fiscale déloyale et de mesures d’incitation
pour encourager ces pays à mettre fin à ces pratiques. L’accent sera mis sur
des mesures coordonnées. La communication de la Commission abordera également
les questions liées à la planification fiscale agressive. 5. Conclusion Il existe une volonté politique claire, exprimée par les
chefs d’État et de gouvernement le 2 mars 2012, de donner la priorité
aux actions concrètes pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales. Il
convient désormais de passer de la parole aux actes. La présente communication
constitue une première réponse à la demande du Conseil européen; elle recense
les différents niveaux auxquels des mesures sont nécessaires et donne de
grandes orientations sur les questions qui méritent une réflexion plus
approfondie. La Commission espère faire avancer ces discussions à la fois au
niveau du Conseil et au sein du groupe de politique fiscale[26].
Une adoption rapide de la révision de la directive «Épargne» et un accord
immédiat sur l’octroi d’un mandat de négociation à la Commission
constitueraient un premier pas dans cette direction. Le semestre européen offre un cadre idéal pour examiner les
questions fiscales dans le contexte plus large du développement économique de l’Union
européenne et intégrer la politique fiscale dans les efforts en faveur de la
croissance. La Commission poursuivra ses efforts visant à soutenir les
stratégies d’assainissement et de croissance des États membres. Avant la fin de 2012, la Commission a l’intention de
présenter un plan d’action fondé sur une analyse d’impact proportionnée et
recensant les mesures spécifiques qui pourraient être mises en place rapidement
si on leur accorde la priorité politique nécessaire. La présentation de ce plan
devrait intervenir en même temps que celle de l’initiative sur les paradis
fiscaux et la planification fiscale agressive. Ce plan d’action définira des
mesures concrètes pour renforcer la coopération administrative et soutiendra le
développement de la politique actuelle en matière de bonne gouvernance; il
portera également sur les questions plus larges de l’interaction avec les
paradis fiscaux et de la lutte contre la planification fiscale agressive, ainsi
que sur d’autres aspects du problème, comme la criminalité fiscale. [1] La
fraude fiscale est une forme de contournement délibéré de l'impôt, qui est
généralement punie pénalement. Elle englobe les situations dans lesquelles de
fausses déclarations sont effectuées ou de faux documents sont produits de manière
intentionnelle. L'évasion fiscale désigne généralement des mécanismes illicites
par lesquels l’assujettissement à l’impôt est caché ou ignoré, c’est-à-dire que
le contribuable paie moins d'impôts que ce qu'il est légalement tenu de payer,
en dissimulant des revenus ou des informations aux autorités fiscales. [2] Source: Schneider, F. (2012), «Size and development
of the Shadow Economy from 2003 to 2012: some new facts». Les chiffres
présentés dans la présente étude sont, par la force des choses, fondés sur des
hypothèses, et il convient donc de les considérer avec prudence étant donné que
leur exactitude n'a pas été démontrée. [3] OCDE: «The Era of Bank Secrecy is Over; the G20/OECD
process is delivering results», 26 octobre 2011. [4] Communication
de la Commission sur l'examen annuel de la croissance 2012 –
COM(2011) 815 final du 25 novembre 2011 – 17229/11;
conclusions du Conseil du 16 février 2012 (doc. 6353/1/12
Rev.1). [5] Communication
de la Commission sur l'examen annuel de la croissance 2012 – COM(2011) 815 final
du 25 novembre 2011 – 17229/11; conclusions du Conseil du
16 février 2012 (doc. 6353/1/12 Rev.1). [6] Conclusions
du Conseil du 16 février 2012 (doc. 6404/1/12 Rev.1). [7] Des
recommandations par pays sur ces questions ont été adressées à la Bulgarie, à
Chypre, à la République tchèque, à l'Estonie, à la Hongrie, à l'Italie, à la
Lituanie, à Malte, à la Pologne et à la Slovaquie. On notera que les États
membres qui bénéficient actuellement d'une aide financière au titre du Fonds
européen de stabilité financière (FESF), du mécanisme européen de stabilisation
financière (MESF) ou des dispositions de l’article 143 du traité sont invités à
mettre en œuvre les mesures établies dans les décisions d'exécution qui les
concernent et précisées dans leurs protocoles d'accord ainsi que dans leurs
possibles suppléments. Les États membres concernés sont la Grèce, l'Irlande, le
Portugal et la Roumanie. [8] Source:
Commission européenne, «Tendances de la fiscalité dans l'Union européenne»,
édition 2012. [9] Source:
OCDE. Le tableau contient des données pour 23 États membres. Les
données pour CY, EL, LT et SK ne sont pas disponibles ou sont en cours de
validation. [10] Décision
n° 1482/2007/CE du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2007
établissant un programme communautaire pour améliorer le fonctionnement des
systèmes fiscaux sur le marché intérieur (Fiscalis 2013) et abrogeant la
décision n° 2235/2002/CE (JO L 330 du 15.12.2007,
p. 1). [11] Directive 48/2003/CE
du Conseil du 3 juin 2003 en matière de fiscalité des revenus de l'épargne
sous forme de paiement d'intérêts (JO L 157 du 26.6.2003, p. 38). [12] Directive
2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance
mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts,
droits et autres mesures (JO L 84 du 31.3.2010, p. 1); règlement
(UE) n° 904/2010 du Conseil du 7 octobre 2010 concernant la
coopération administrative et la lutte contre la fraude dans le domaine de la
taxe sur la valeur ajoutée (JO L 268 du 12.10.2010, p. 1);
directive 2011/16/UE du Conseil du 15 février 2011 relative à la
coopération administrative dans le domaine fiscal et abrogeant la directive
77/799/CEE (JO L 64 du 11.3.2011, p. 1);
règlement (UE) n° 389/2012 du Conseil du 2 mai 2012
concernant la coopération administrative dans le domaine des droits d'accise et
abrogeant le règlement (CE) n° 2073/2004 (JO L 121 du
8 mai 2012, p. 1). [13] Article
7 de la directive 2010/24/UE; articles 28, 29 et 30 du règlement (UE)
n° 904/2010; articles 11 et 12 de la directive 2011/16/UE; articles 12 et
13 du règlement (UE) n° 389/2012. [14] Le
respect des obligations fiscales désigne la mesure dans laquelle un
contribuable respecte (ou non) les règles fiscales de son pays, par exemple en
déclarant ses revenus, en déposant une déclaration et en payant ses impôts en
temps et en heure. [15] Communication
intitulée «Responsabilité sociale des entreprises: une nouvelle stratégie de
l'UE pour la période 2011-2014» - COM(2001) 681 final du 25 mai 2011. [16] COM(2011)
573 final du 20 septembre 2011. [17] Blanchiment
d'argent, financement du terrorisme et organisations criminelles concernant les
fraudes intracommunautaires à l'opérateur défaillant, y compris la fraude à la
TVA de type carrousel et les investissements délictueux dans le système
d'échange de quotas d'émission de l'Union. [18] Les
normes révisées du GAFI, adoptées en février 2012, ont fait de la
criminalité fiscale une infraction à part entière, au même titre que le
blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. [19] Europol
permet d'identifier les organisateurs d'actes de criminalité fiscale et de
démanteler les réseaux criminels. [20] Source:
Données publiques agrégées de la BRI [21] Conclusions
du Conseil «Ecofin» du 14 mai 2008 (communiqué de presse n° 8850/08). [22] COM(2009) 201 final du 28 avril 2009. [23] COM(2010) 163 final du 21 avril 2010. [24] L'UE
joue un rôle actif dans d'autres enceintes internationales, telles que l’OCDE,
l'Organisation interétatique des administrations fiscales (IOTA), le Centre
interaméricain des administrateurs fiscaux (CIAT), le Dialogue fiscal
international (DFI), le Pacte fiscal international (ITC) et le Forum africain
d'administration fiscale (ATAF). [25] Conclusions
du Conseil Ecofin du 1er décembre 1997 concernant la politique
fiscale (JO C 2 du 6.1.1998, p. 1). [26] Le
groupe de politique fiscale est un groupe permanent à haut niveau, créé en
1996, au sein duquel les questions de politique fiscale font l'objet d'un
examen stratégique global au niveau européen; il est présidé par le commissaire
chargé de la fiscalité.