RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL présenté conformément à l'article 18 de la directive 2003/48/CE du Conseil en matière de fiscalité des revenus de l'épargne sous forme de paiements d'intérêts /* COM/2012/065 final */
RAPPORT DE LA COMMISSION AU CONSEIL présenté conformément à l'article 18 de la directive 2003/48/CE
du Conseil en matière de fiscalité des revenus de l'épargne sous forme de
paiements d'intérêts
1.
Introduction
L’article 18 de la directive 2003/48/CE
du Conseil du 3 juin 2003 en matière de fiscalité des revenus de l’épargne sous
forme de paiements d’intérêts (ci-après «la directive sur la fiscalité de l'épargne»
ou «la directive»)[1]
dispose ce qui suit: «La Commission présente tous les trois ans un rapport au
Conseil sur le fonctionnement de la présente directive. Sur la base de ces
rapports, la Commission propose au Conseil, le cas échéant, les modifications
de la directive qui s'avèrent nécessaires en vue d'assurer plus efficacement
une imposition effective des revenus de l'épargne ainsi que d'éliminer des
distorsions indésirables de concurrence.» Le rapport concernant le premier
réexamen[2]
a été établi en 2008 (ci-après «le rapport de 2008»)[3]; il couvrait la
transposition et la mise en œuvre de la directive et présentait un résumé de
l'évaluation économique[4]
ainsi que les recommandations de la Commission quant aux modifications
nécessaires. Les modifications nécessaires mises en évidence dans le rapport de 2008
étaient principalement destinées à clarifier diverses questions
d'interprétation et à combler certaines lacunes. À cette fin, la Commission a
adopté, le 13 novembre 2008, une proposition[5] de modification de la
directive (ci-après la «proposition») en vue de combler les lacunes existantes
et de mieux prévenir la fraude fiscale. Le présent rapport, qui concerne
le deuxième réexamen, porte essentiellement sur le fonctionnement et
l'évaluation économique de la directive. Les principales constatations du
présent document, à savoir l’utilisation généralisée des juridictions offshore
pour les entités intermédiaires et la croissance de marchés clés qui proposent
des produits comparables aux créances, renforcent les arguments en faveur de
l'extension du champ d'application de la directive et des accords correspondants
conclus conformément à l’article 17 de la directive. Ces conclusions sont
également conformes à l'engagement politique manifesté par le G20 de favoriser
le respect des normes internationales en matière d'échange d'informations
fiscales et financières et de mettre en œuvre toutes les mesures de rétorsion
disponibles pour lutter contre les paradis fiscaux et les juridictions non
coopératives qui ne respectent pas ces normes. Le document de travail des
services de la Commission accompagnant le présent rapport fournit davantage de
données factuelles sur les sujets abordés ci-après.
2.
Transposition et mise en œuvre de la directive
Lors du premier réexamen, la
Commission a conclu que tous les États membres avaient transposé la directive[6] et commencé à appliquer ses
modalités de mise en œuvre à compter des dates convenues (c’est-à-dire le 1er juillet 2005
et, pour la Bulgarie et la Roumanie, le 1er janvier 2007).
La Commission a ouvert des procédures d'infraction à l'encontre de
différents États membres au sujet d'éléments spécifiques de leurs modalités
d'application et n'a clôturé ces procédures qu'après avoir reçu confirmation de
la part des États membres concernés que les règles en cause avaient été mises
en conformité avec la directive. Il n'y a, à l'heure actuelle, pas de
procédure d'infraction en cours dans ce domaine. Lors de la réunion du Conseil Ecofin du 7 décembre 2010, la
Commission s'est engagée à présenter pour la mi-2011 un rapport ad hoc sur
l'application correcte et effective de la directive par les États membres. Sur la base des réponses reçues à un questionnaire envoyé à
tous les États membres, les services de la Commission ont établi ce rapport
[SEC(2011) 775 final][7], qui a été transmis au Conseil le 14 juin 2011. L'analyse des réponses des
États membres indique que certaines des dispositions de la directive ont été
interprétées de manière différente par les États membres. Certains des risques
de divergence d'interprétation ainsi mis en évidence avaient été déjà soulignés
dans le rapport de 2008. À cet égard, les nouvelles règles contenues dans
la proposition permettraient de remédier aux principaux problèmes.
3.
Fonctionnement de la directive
Le fonctionnement de la directive a été évalué au moyen d'un
questionnaire adressé aux administrations fiscales des États membres et portant
sur leur utilisation des données échangées au titre de la directive. En outre,
la Commission a examiné les statistiques fournies au titre de la directive et
commandé une étude pour évaluer la charge administrative que la directive
existante fait peser sur les opérateurs économiques. Les principales
conclusions de cette analyse sont fournies ci-après.
3.1.
Questionnaire concernant l'utilisation des données
Un questionnaire a été envoyé aux experts du groupe ACDT[8] concernant l'utilisation
des données reçues par leurs administrations fiscales de la part d’autres États
membres, lequel portait notamment sur les aspects suivants: l’utilisation des
données à des fins de contrôle fiscal, la qualité des données reçues d'autres
États membres et la question de savoir si l’introduction de la directive a
conduit à l'amélioration du respect de la législation par les contribuables. Meilleures pratiques Les États membres qui ont procédé à une évaluation ont fait
état de résultats positifs en matière de conformité. Toutefois, le présent
réexamen met en avant certains domaines que les États membres pourraient
améliorer de manière à assurer une meilleure utilisation des informations
échangées: ·
intégration de la base de données de la directive sur la
fiscalité de l'épargne avec les bases de données fiscales nationales; ·
développement de la gestion des risques et davantage
d'automatisation du processus de recoupement des données; ·
rationalisation de la diffusion de données entre l'administration
fiscale centrale et les bureaux locaux de perception. Qualité des données Les États membres ont mis en évidence une nette augmentation
de la qualité des données qu'ils reçoivent, grâce au format structuré et aux
règles de procédure communes applicables à la communication des données. Par
rapport à l’échange d’informations dans le cadre de traités bilatéraux, la
qualité des données reçues au titre de la directive est considérablement plus
élevée. Toutefois, cette qualité reste une source de préoccupation
pour de nombreux États membres. Actuellement, environ la moitié des États
membres ont confirmé qu'ils procèdent à des vérifications du contenu des
informations reçues de la part des agents payeurs avant leur envoi aux États
membres destinataires. Compte tenu de l'importance
que revêt l'amélioration de la qualité, tous les États membres devraient
envisager l'application de contrôles systématiques sur la qualité des
informations à envoyer. En outre, les États membres sont encouragés à utiliser
le système de vérification en ligne que la Commission élabore actuellement pour
le numéro d'identification fiscale (NIF), afin d'identifier correctement les
contribuables.
3.2.
Statistiques fournies au titre de la directive
La portée du premier réexamen a été limitée par un manque de
données dû au fait que la directive n'était en vigueur que depuis le 1er juillet 2005.
Ce n'est que lors de la réunion du Conseil du 12 mai 2008 que
les États membres se sont mis d'accord sur les statistiques[9] à fournir à la Commission
pour que celle-ci puisse évaluer l’efficience et l’efficacité de la directive. Depuis le premier réexamen, des définitions et formats de
données ont été arrêtés, qui ont conduit à des échanges d'informations plus
rapides et de meilleure qualité entre les États membres. Concernant la quantité
de données échangées, les grands États membres ou ceux qui disposent de centres
financiers importants sont ceux qui ont échangé le plus d'informations.
L'année 2007 a été une année record en matière d'informations échangées;
cette année-là le montant des transactions déclarées s'est élevé à 38,9
milliards d'euros (chiffre 2009[10]:
9,9 milliards d'euros). L'inclusion des produits bruts dans les chiffres
peut conduire à une base de comparaison différente; si l'on exclut cet élément,
les montants déclarés sont plus stables (les revenus sous forme d'intérêts en 2009
s’élèvent à 2,3 milliards d'euros contre 3,6 milliards en 2007). Le
montant de retenue à la source partagé par l'ensemble des pays au titre de la
directive et des accords connexes a diminué, passant de 700,9 millions d'euros
en 2008 à 495,9 millions d'euros en 2009. Tant la diminution du volume
d'informations échangées que celle du montant de la retenue à la source peuvent
en partie s’expliquer par la crise financière qui a éclaté au cours du dernier
trimestre de 2008 et qui s'est traduite par une baisse significative des taux
d’intérêt pour les dépôts des ménages en 2009. Les données font notamment ressortir une forte variabilité
des informations échangées par les États membres au cours de la période
couverte. Un exercice de simulation réalisé sur le volume des dépôts
transfrontaliers de la BCE (section 4 du présent rapport) a confirmé que, pour
certains États membres, les montants des paiements d'intérêts déclarés pour la
forme d'intérêts classique étaient inférieurs à la valeur de référence estimée
pour les taux d'intérêt et les dépôts transfrontaliers. En outre, les réponses
des États membres au rapport ad hoc (section 2 du présent rapport) ont révélé
que la plupart des États membres se fondent principalement sur la bonne
application de leurs lignes directrices par les agents payeurs pour
l'identification correcte des revenus à déclarer, bien qu'ils aient prévu des
dispositions pour la réalisation de contrôles et l'application de sanctions en
cas de non-respect de la directive. Pour remédier au problème de
la variabilité des données échangées d'un exercice à l'autre, les États membres
devraient envisager de vérifier l’exhaustivité des données fournies par leurs
agents payeurs, notamment par les moyens suivants: i) un registre central à
mettre en place par chaque État membre et contenant la liste des agents payeurs
établis sur leur territoire, pour vérifier si les données ont été présentées en
temps utile; ii) des analyses de la fluctuation des données soumises par les
agents payeurs, en particulier pour les montants déclarés et le nombre de
bénéficiaires effectifs; iii) la coopération entre les États membres, afin de
renforcer les procédures de contrôle relatives aux agents payeurs, notamment en
ce qui concerne les systèmes et les lignes directrices internes mis en place
par ceux-ci en matière de contrôle; et iv) la définition de valeurs de
référence et les comparaisons avec d’autres sources de données, par exemple les
statistiques nationales sur la déclaration des dépôts transfrontaliers.
3.3.
Évaluation des coûts de démarrage et des coûts récurrents de la mise en
œuvre de la directive
Une étude destinée à évaluer la charge administrative que la
directive fait peser sur les opérateurs économiques a conclu que ces derniers
disposaient déjà de la plupart des informations à communiquer au titre de la
directive en raison de la législation relative à la lutte contre le blanchiment
de capitaux[11],
de leur législation nationale ou des pratiques internes des entreprises.
Toutefois, aucun des participants à l'enquête n'a indiqué qu'il recueillerait
les informations concernant l’article 4, paragraphe 2, (dispositions relatives
à l’agent payeur à la réception) s'il n'y était contraint par la directive. La plupart des étapes de la
communication des données au titre de la directive sont considérées par les
agents payeurs comme faisant partie de leurs activités habituelles et, par
conséquent, la charge administrative associée ne semble pas être excessive.
4.
Évaluation économique
Dans le cadre du présent réexamen, une évaluation économique
a été réalisée afin d’analyser l’évolution des principaux marchés des produits
de l'épargne de l’Union européenne (UE) et des pays tiers en ce qui concerne
l’importance desdits marchés et la répartition géographique de leur clientèle.
Les données de déclaration bancaire de la Banque des règlements internationaux
(BRI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque nationale suisse
(BNS) ont été utilisées. Les données de la BCE ont également été utilisées aux
fins d'un exercice de simulation sur le degré de couverture de la base
potentielle de l'échange d'informations ou de la retenue à la source. En outre, des données sur des marchés spécifiques ont été
exploitées pour l'analyse de l'évolution de ces marchés aux cours des dernières
années; il s'agit des marchés des produits suivants: 1) actions et obligations
(enquête CPIS du FMI), 2) produits en créances et en capitaux propres et
produits dérivés en général (données d'Eurostat), 3) produits structurés de
détail (base de données Avery), 4) OPCVM (essentiellement données de l’EFAMA)
et 5) produits d’assurance (données provenant principalement d'une étude de
Europe Economics). Aux fins du présent rapport, le terme OPCVM fait référence à
des entreprises ou des entités agréées conformément à la directive 2009/65/CE[12] (anciennement directive 85/611/CEE[13]). Les termes «fonds non
coordonnés» et «OPCVM non coordonnés» se rapportent à tous les autres fonds ou
régimes de placement collectif. Les principales conclusions de l'analyse sont exposées
ci-après. Données de la BRI Les statistiques bancaires territoriales (International
locational banking statistics) de la Banque des règlements internationaux
(BRI) comprennent des données trimestrielles sur l'actif et le passif des
banques nationales et succursales de banques étrangères situées dans les 43
pays déclarants, ventilées sur une base bilatérale en fonction du pays de la
contrepartie étrangère. Les positions sont présentées sur une base brute non
consolidée, en millions de dollars américains. La plupart des principaux centres financiers offshore n'ont
pas donné leur accord à la divulgation de leurs positions bilatérales par
l'intermédiaire de la BRI. Toutefois, les données de la BRI accessibles
publiquement, y compris celles qui concernent les pays de la contrepartie[14], ont permis une analyse
détaillée des participations offshore dans les juridictions situées tant au
sein du réseau d’accords sur la fiscalité de l'épargne qu'en dehors de
celui-ci. Les données de la BRI accessibles publiquement montrent que
l'encours des dépôts non bancaires étrangers pour les Îles Caïmans en 2011 est
le deuxième le plus important des pays déclarants, comparable à celui des
États-Unis. Les résultats par pays de la contrepartie révèlent qu'une part
importante des dépôts non bancaires dans les États membres et les juridictions
appartenant au réseau d’accords sur la fiscalité de l'épargne est détenue par
des clients de juridictions offshore (moyenne combinée de 35 % pour les
États membres et les juridictions appartenant au réseau d’accords sur la
fiscalité de l'épargne pour la période 2000-2010; pour les juridictions
appartenant au réseau d’accords sur la fiscalité de l'épargne, cette part
culmine à 65 % en 2007)[15].
L'importance des centres offshore en tant que lieu
d'implantation des dépôts et lieu d'établissement ou de gestion de structures
titulaires de dépôts non bancaires indique que la mise en œuvre des
dispositions concernant l'approche par transparence et l’agent payeur à la
réception pour certaines structures juridiques établies dans les juridictions
offshore est justifiée et nécessaire aux fins tant de la directive que des
accords sur la fiscalité de l'épargne. Données de la BCE Simulation de couverture Les données fournies par la BCE se fondent sur les
statistiques de bilan des IFM[16].
Les institutions financières de chaque État membre communiquent tous les mois à
la BCE les dépôts détenus par des ménages non-résidents situés dans la zone
euro. Les montants sont indiqués pour l'agrégat zone euro, sans ventilation
détaillée entre les États membres de ladite zone. Les données sont réparties en
fonction du secteur auquel appartient le titulaire du dépôt (y compris une
répartition détaillée des ménages) selon sept catégories d'échéances. Ces
données ont été jugées les plus appropriées aux fins d'un exercice de
simulation visant à fournir une évaluation limitée de la mesure dans laquelle
les données échangées (ou la retenue à la source) au titre de la directive
couvrent de manière satisfaisante la base d'imposition potentielle
correspondante. Si l'on prend un taux de couverture moyen de 70 % comme
valeur de référence pour les exercices 2006-2009, on constate que sept États
membres n'atteignent pas ce seuil, tandis que quatre autres se situent en
dessous de 100 %. Les seize États membres restants dépassent les 100 %[17]. Les résultats de l'exercice
de simulation confirment la nécessité, pour les États membres, d'envisager le
contrôle systématique de l’exhaustivité des données fournies par leurs agents
payeurs, comme suggéré à la section 3.2. Évolution des dépôts transfrontaliers des ménages de la
zone euro Les données de la BCE ont également été analysées aux fins
d'une l'évaluation de l’évolution des dépôts transfrontaliers. L'encours des
dépôts, tous termes confondus (y compris les dépôts à vue, qui produisent
généralement des intérêts bas), s'élevait à 164 milliards d’euros en 2003 et a
culminé à plus de 247 milliards d’euros en octobre 2008 (soit une augmentation
de 50 % au cours de la période considérée). Les dépôts à terme ont diminué, passant de 72 milliards
d’euros en janvier 2003 à 60 milliards d'euros en novembre 2005 (soit une
baisse de 15 % pour l'ensemble la période et une diminution mensuelle de 0,52 %).
Cette diminution ne s'observe pas pour les dépôts sans échéance (par exemple
les dépôts à vue). Une analyse plus fine de l'évolution des dépôts à terme dans
la zone euro et en dehors de celle-ci révèle que la tendance à la baisse
observée jusqu'en novembre 2005 a été essentiellement enregistrée dans les
États membres de la zone euro (-38,84 % au cours de la période et une
diminution mensuelle de 1,51 %). Pendant les trois années suivantes, de
novembre 2005 à novembre 2008, les dépôts transfrontaliers ont connu une hausse
presque identique dans les deux catégories, passant de 60 milliards
d’euros à 81 milliards d'euros (soit une augmentation de 25 % pour la zone
euro et de 30% pour les pays hors zone euro). Après la fin de l’année 2008, les dépôts à terme dans les
États membres de la zone euro semblent avoir subi la plus forte baisse (passant
de 41 milliards d’euros en novembre 2008 à 21 milliards d'euros en
mars 2010), principalement en raison de la crise financière. L’évolution des dépôts
transfrontaliers hors zone euro des ménages de la zone euro montre une hausse
globale jusqu'au début de la crise financière. Cette augmentation a
principalement été tirée par les dépôts sans échéance (par exemple, les dépôts
à vue assortis de très faibles taux d'intérêt), tandis que les dépôts à terme
(par exemple, les comptes d'épargne à terme assortis de taux d'intérêt plus
élevés) dans les États membres de la zone euro ont diminué jusqu'en novembre 2005,
avant de repartir à la hausse parallèlement aux dépôts en dehors de la zone
euro. Données de la BNS La Banque nationale suisse (BNS) publie chaque année un
rapport intitulé «Les banques suisses», qui fournit des données statistiques
détaillées fondées sur les rapports financiers des banques suisses. Ce rapport
contient des données détaillées très utiles ventilées par pays et/ou par type
de client, contenues dans les tableaux suivants: i) «Répartition par pays des
avoirs et engagements dans les bilans», ii) «Opérations fiduciaires –
répartition géographique» et iii) «Stocks de titres dans les dépôts de la
clientèle auprès des banques - Répartition par domicile du titulaire,
catégories de titres et secteurs économiques». Les données de la BNS font
apparaître l'existence d'une importante clientèle située dans des juridictions
offshore, tant au sein du réseau d'accords sur la fiscalité de l'épargne qu'en
dehors de celui-ci[18].
Cette situation confirme la nécessité urgente (voir également la section
ci-dessus consacrée aux données de la BRI) de s'attaquer aux cas dans lesquels
des structures intermédiaires dans des juridictions offshore participent au
paiement de revenus de l'épargne par des juridictions relevant du réseau
d'accords sur la fiscalité de l'épargne et en particulier de l'accord UE-Suisse
sur la fiscalité de l’épargne. Données CPIS du FMI Le FMI dans le cadre de son enquête coordonnée sur les
investissements de portefeuille (Coordinated Portfolio Investment Survey – CPIS)
fait état des positions d’investissement transfrontalier (exprimées aux prix du
marché en vigueur à la fin de l'année) des investisseurs résidant dans les 74
pays participants (pays de l'investisseur), avec une répartition par pays
d'investissement (pays de l'émetteur). En principe, les données sont compilées
en fonction de l'endroit où le débiteur (émetteur de dette ou de capitaux
propres) et le créancier (investisseur) sont situés, qui ne reflète pas
toujours la relation agent payeur-bénéficiaire effectif, au cœur du
fonctionnement de la directive. On peut tirer deux grandes conclusions des données CPIS en
ce qui concerne les États membres qui fournissent une ventilation sectorielle
détaillée: La mise en œuvre de la
directive n’a pas dissuadé les investisseurs particuliers d'investir dans des
titres émis dans les États membres et notamment dans ceux qui procèdent à
l'échange d'informations. Au contraire, on note un accroissement des
investissements en titres des particuliers dans la plupart des États membres
couverts par l'étude, et notamment dans ceux recourant à l’échange
d’informations. Le secteur des fonds
d’investissement du Luxembourg a connu une augmentation importante de sa part
dans les prises de participation transfrontalières des ménages de l'UE. Données d’Eurostat Revenus Une comparaison a été effectuée entre les revenus perçus par
les ménages par rapport à tous les secteurs de l'économie pour les éléments de
revenu relevant et ne relevant pas du champ d'application de la directive, afin
de vérifier s’il y a eu substitution de produits. Les données révèlent que, sur
la période 2000-2009, les intérêts perçus par les ménages de l'Union européenne
en pourcentage des revenus de la propriété[19]
ont été relativement stables jusqu'en 2008, avant de chuter en 2009 en raison
d’une baisse des taux d’intérêt perçus sur les créances à la suite de la crise
financière, tendance par ailleurs observable dans l'ensemble de l'économie. Les données d'Eurostat
concernant les revenus de l'épargne[20]
n'indiquent pas de transfert manifeste des revenus de l'épargne vers des
produits ne relevant pas du champ d'application de la directive. Actifs L'analyse des actifs sous forme de créances détenus par les
ménages montre que ces actifs sont restés relativement stables au cours de la
période 2000-2009 par rapport aux capitaux propres détenus par les ménages, qui
ont diminué de près de moitié au cours de la même période, reflétant peut-être
une plus grande aversion au risque de la part des investisseurs et/ou une
baisse générale de la valeur des actions. L'une des évolutions notables est
l’augmentation considérable des produits financiers dérivés détenus par les
ménages (18,03 % du total des actifs des ménages en 2009 contre 1,05 %
en 1999). L'utilisation accrue des
produits financiers dérivés plaide en faveur d'une extension du champ
d'application de la directive afin d'y inclure les produits financiers
structurés dont l’actif sous‑jacent est équivalent à une créance. Produits structurés de détail La Commission a fait usage de la base de données Avery sur
les produits structurés de détail, qui contient des données détaillées sur 34
marchés et plus de deux millions de produits structurés commercialisés à
travers le monde. On estime que, dès janvier 2005, la base de données
couvrait environ 90 % des produits structurés de détail émis en Europe. Sa
principale limite est qu'elle est conçue pour les besoins de commercialisation
de ses clients et qu'elle ne fait pas la distinction, utile aux fins de la
directive, entre les investissements nationaux et les investissements
transfrontaliers. Néanmoins, malgré l'absence de données spécifiques relatives
à l'élément transfrontalier, la taille du marché de ces produits, dont
l'encours actuel des ventes sur les marchés couverts de l’Union européenne
s’élève à 767,3 milliards d'euros, en démontre l'importance. Ce marché a connu
une croissance rapide en général (une augmentation annuelle moyenne de plus de 30 %),
avec une forte proportion de produits qui prévoient une protection du capital
(l'essentiel des émissions en termes de volume, avec une part de 60 à 70 %)
et dont l'actif sous-jacent comporte un taux d'intérêt (la part de la classe
des actifs à taux d'intérêt est passée de 3,2 % en 2001 à près de 30 %
en 2007). L’importance avérée du
marché des produits structurés, et en particulier des produits similaires à des
créances, ainsi que le développement de marchés européens spécifiques
principalement destinés aux investisseurs de détail étrangers, justifient
l'extension du champ d'application de la directive et des accords sur la
fiscalité de l'épargne, de manière à y inclure les types de produits structurés
concernés. Données sur les OPCVM[21] En ce qui concerne la substituabilité des fonds, les données
fournies par l’EFAMA[22]
font apparaître une baisse de la part des organismes de placement collectif
investis en obligations dans le total des OPCVM (23 % en 2010, contre 31 %
en 2002), parallèlement à une augmentation des investissements dans des OPCVM
d'autres catégories, davantage susceptibles de ne pas relever du champ
d’application de la directive 2003/48/CE en raison de la composition de leurs
actifs. De même, on a constaté un transfert vers des fonds non coordonnés au
cours de la même période (dont la part est passée de 22 % en 2002 à 25 %
en 2010). L'augmentation de la part
des fonds non coordonnés, bien qu'elle ne résulte pas nécessairement d'une
stratégie d'évasion fiscale, justifie les éléments contenus dans la proposition
qui visent à assurer l'égalité de traitement entre les OPCVM et les OPCVM non
coordonnés dont la composition des actifs est comparable. Produits d’assurance Tant les sources de données que l'expérience confirment
l’opportunité d'inclure dans le champ d’application de la directive les
produits d'assurance-vie comportant un élément d’investissement. Le rapport
PRIPS[23]
de Europe Economics a mis en évidence l'importance de la part des
assurances-vie en unité de compte dans le marché de l'assurance-vie de l'UE, y
compris pour les États membres ayant une activité transfrontalière importante
avec des investisseurs de détail de l'UE dans le domaine de l'assurance-vie. Le développement de marchés
transfrontaliers significatifs pour les produits d'assurance-vie en unités de
compte (considérés comme un canal de distribution pour les OPCVM) justifie
l’élément figurant dans la proposition qui vise à étendre le champ
d'application de la directive aux prestations liées à des produits d'assurance
comparables à des créances.
5.
Conclusions
En général, les États membres ont exprimé leur satisfaction
à l'égard des données reçues dans le cadre de la directive, qui leur permettent
d'assurer le respect des règles par leurs contribuables en ce qui concerne la
déclaration des intérêts. Pour la période examinée, les États membres
ont signalé une nette augmentation de la qualité des données reçues, imputable
selon eux au format structuré et aux règles de procédure communes applicables à
la communication des données. Le réexamen a également montré la manière
dont les États membres peuvent mieux utiliser les données et a démontré la
nécessité d'améliorer davantage l’exactitude et l’exhaustivité des données
échangées. L'analyse économique a montré l'urgence de mettre à jour la
directive et les accords sur la fiscalité de l'épargne correspondants, en ce
qui concerne les produits ainsi que les transactions et les opérateurs
économiques couverts, afin de supprimer les possibilités existantes de
contournement, y compris celles qui découlent de situations triangulaires
impliquant à la fois des juridictions couvertes par les accords sur la
fiscalité de l’épargne et des juridictions n'en relevant pas. Un consensus
sur la proposition et l'adoption d'un mandat de négociation en vue
d'améliorations équivalentes de ces accords sont nécessaires afin de favoriser
la transparence et la bonne gouvernance dans le domaine fiscal, tant au sein de
l'UE qu'en dehors de celle-ci. [1] http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2003:157:0038:0048:en:PDF [2] http://ec.europa.eu/taxation_customs/taxation/personal_tax/savings_tax/savings_directive_review/index_fr.htm [3] Rapport
COM(2008) 552 http://eurlex.europa.eu/Result.do?T1=V5&T2=2008&T3=552&RechType=RECH_naturel&Submit=Search
[4] Détaillée
dans le document de travail des services de la Commission intitulé «Commission
Staff Working Document presenting an economic evaluation of the effects of
Council Directive 2003/48/EC on the basis of the available data», Bruxelles, le
15 septembre 2008, SEC (2008) 2420
http://ec.europa.eu/taxation_customs/resources/documents/taxation/personal_tax/savings_tax/savings_directive_review/sec%282008%292420.pdf.
[5] Proposition
de directive du Conseil modifiant la directive 2003/48/CE en matière de
fiscalité des revenus de l'épargne sous forme de paiement d'intérêts,
Bruxelles, le 13 novembre 2008, COM(2008) 727 final, http://ec.europa.eu/taxation_customs/resources/documents/taxation/personal_tax/savings_tax/savings_directive_review/com%282008%29727_fr.pdf.
[6] http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:72003L0048:FR:NOT#FIELD_BE. [7] http://ec.europa.eu/taxation_customs/resources/documents/taxation/personal_tax/savings_tax/implemen tation/sec(2011)775_en.pdf. [8] Groupe
d’experts nationaux de la Commission: coopération administrative dans le
domaine de la fiscalité directe. [9] http://register.consilium.europa.eu/pdf/fr/08/st09/st09467.fr08.pdf. [10] La
Suède n'a pas transmis à la Commission de données relatives aux échanges d'informations
avec d'autres États membres pour tous les exercices. L'Irlande a rencontré des
problèmes techniques avec la transmission des données pour 2009. [11] Directive
2005/60/CE du Parlement européen et du Conseil du 26 octobre 2005 relative
à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment
de capitaux et du financement du terrorisme (Texte présentant de l'intérêt pour
l'EEE). [12] Directive
2009/65/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 portant
coordination des dispositions législatives, réglementaires et administratives
concernant certains organismes de placement collectif en valeurs mobilières
(OPCVM), JO L 302 du 17.11.2009, p. 32. [13] Directive
85/611/CEE du Conseil du 20 décembre 1985 portant coordination des dispositions
législatives, réglementaires et administratives concernant certains organismes
de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), JO L 375 du 31.12.1985,
p. 3. [14] Tous les États
membres, la Suisse et Guernesey ont accepté la divulgation de leurs positions
bilatérales avec tous les pays de la contrepartie, à savoir les pays de leurs
détenteurs de dépôts. [15] On
peut raisonnablement supposer que le secteur non bancaire de ces juridictions
n’est pas essentiellement constitué d'entreprises industrielles et de
particuliers, mais d'entités intermédiaires. [16] IFM:
institution financière monétaire. [17] Des
résultats supérieurs à 100 % sont normaux, étant donné que la définition
des intérêts prévue par la directive couvre une gamme de produits plus large que
les dépôts couverts par les données de la BCE. [18] Par
exemple, les passifs fiduciaires envers les entités (principalement non
bancaires) situées dans les Antilles (qui, aux fins de la BNS et de la BRI,
regroupent Anguilla, Antigua-et-Barbuda, les Îles Vierges britanniques,
Montserrat et Saint-Christophe-et-Nevis) et au Panama (avec des parts de 16 %
et 9 % respectivement) occupent les première et deuxième places en
pourcentage de l'ensemble des passifs fiduciaires. [19] Revenus
de la propriété: revenus provenant d'actifs. [20] Il
convient de noter que l'une des principales limites des données d’Eurostat est
que celles-ci n'opèrent pas de distinction entre les revenus nationaux et les
revenus transfrontaliers, de sorte que seules des conclusions générales peuvent
être tirées. [21] Pour
la définition de cette notion, voir la page 8 ci-dessus. [22] EFAMA:
Association européenne de la gestion d'actifs et de fonds. [23] Study on
the Costs and Benefits of potential changes to distribution rules for Insurance
Investment Products and other Non-MIFID packaged retail investment products.
http://ec.europa.eu/internal_market/consultations/docs/2010/prips/costs_benefits_study_en.pdf.